Surréaliste pour les uns, émouvant pour les autres, intolérable pour certains. Le soir du vendredi 13, des centaines de fidèles catholiques se sont réunis à Paris devant Saint-Sulpice pour prier et chanter, demandant au gouvernement de permettre l’organisation de messes dans les églises malgré le confinement. 


D’autres rassemblements similaires avaient déjà eu lieu, d’autres sont prévus.

Sur les réseaux sociaux, on compare naturellement ces regroupements aux prières de rue musulmanes, le « camp laïque » y voit un défi insupportable à l’autorité de la République et exige des verbalisations massives, pendant que des croyants – et des non-croyants – se réjouissent de voir que, finalement, le catholicisme français ne se résout pas à une lente disparition, et que nous ne sommes pas condamnés à ce que l’islam devienne la seule religion visible. Le gouvernement tente l’apaisement, mais promet à l’avenir la fermeté. Que dire ?

Vers un affrontement inéluctable?

Si le vendredi 13 évoque l’arrestation des Templiers par Philippe le Bel, donc un combat entre l’état et une organisation religieuse, la situation tient plutôt de la tragédie grecque, et pas seulement en référence à Créon et Antigone. C’est l’affrontement semble-t-il inéluctable de gens pourtant tous honorables et bien intentionnés. Car enfin !

Qui peut raisonnablement imaginer que ces rassemblements – le terme de « manifestations » lui-même semble excessif – menaceraient la République ou la laïcité ? Ces groupes partageant le Salve Regina et des chants scouts ne tiennent pas l’ombre d’un propos, ne se réfèrent pas au plus petit commencement d’un symbole qui remettraient en cause ce qui fait notre société, nos libertés, nos droits et nos devoirs de citoyens. Chez nous, soyez reine n’est pas un appel à remplacer la République par une monarchie théocratique ! Ils ne sont pas seulement pacifiques, ils sont paisibles, sans une once d’agressivité. On peut évidemment désapprouver leurs demandes, on peut désapprouver leur action, mais on ne peut pas faire l’impasse sur ce simple constat qui d’emblée les place à part. Je ne vois qu’un équivalent : les Gilets jaunes des premiers jours, sur les ronds-points, avant qu’ils soient empoisonnés par l’extrême-gauche. Deux visages complémentaires et sans doute inséparables de la France affirmant avec dignité sa détermination à ne pas disparaître.

A lire aussi, Entretien avec Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon: Interdiction des messes: «Nous le vivons comme une injustice»

À rebours, comment ne pas voir le bienfondé de la réaction du « camp laïque » ? – le vrai bien sûr, le républicain, pas ces insupportables tartuffes qui confondent laïcité et multiculturalisme. C’est peu de dire que notre pays est déchiré, c’est peu de dire que la laïcité et la soumission des religions à la loi commune sont remises en cause, alors qu’elles sont tout ce qui nous sépare à terme d’une nouvelle Saint Barthélémy. Certes, la messe est importante dans la vie des fidèles, mais il faudrait être totalement inconscient pour ne pas voir les instrumentalisations qui seront faites de tels rassemblements, et je comprends ceux qui disent qu’un minimum de sens civique aurait donc commandé de s’en abstenir.

Ils ont tous raison

Reste le gouvernement, représenté ici par Gérald Darmanin dont il faut saluer la mesure. Là encore, on peut bien sûr désapprouver sa décision d’avoir laissé faire tout en interdisant de recommencer, mais je ne doute pas un instant qu’elle ait été motivée par un sincère souci d’équilibre et de concorde. Il sait bi

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Lire la suite