La cour d’appel administrative de Bordeaux doit trancher ce jeudi le conflit qui oppose l’instituteur Matthieu Faucher à l’Éducation nationale. Par dénonciation anonyme, Monsieur Faucher avait été accusé de faire étudier des extraits bibliques en classe…


Jeudi 26 novembre, jour banal pour le plus grand nombre, jour essentiel pour quelques uns, mais jour fondamental pour l’enseignement en France. Ce soir, nous saurons si nous vivons dans un pays où un enseignant peut-être sanctionné sur la base d’une lettre anonyme dénonçant un contenu de cours parfaitement règlementaire. En outre, en cas de maintien de la sanction, les professeurs auront confirmation d’une injonction paradoxale de plus : le fait religieux doit être enseigné, mais « l’école de la confiance » ne les protègera pas en cas d’insatisfaction d’un usager.

Extrême sensibilité

Bref rappel des faits. Année scolaire 2016/2017, Matthieu Faucher enseigne en CM1/CM2 dans le petit village de Malicornay. Il choisit de mettre à profit sa formation de lettres classiques pour offrir à ses élèves un enseignement du fait religieux très riche, reliant l’Éducation Morale et Civique, le vocabulaire, l’éducation à l’image et illustrant la partie « récits mythologiques » du programme de littérature par des textes de la Bible. Il a préalablement expliqué son approche aux parents. Malgré cette précaution, la première pierre lui est jetée sous la forme d’une lettre anonyme l’accusant de « prosélythisme » (écrit tel quel). Une semaine après, sa hiérarchie le suspend de ses fonctions (promptitude réservée aux faits les plus graves). Malgré le soutien argumenté de nombreux élus et parents d’élèves, de spécialistes de l’enseignement laïc du fait religieux (Régis Debray, René Nouilhat, Jean Carpentier…), de professeurs engagés tels René Chiche, la commission disciplinaire voulue par le Directeur Académique de l’époque, Pierre-François Gachet, le sanctionne en lui imposant un déplacement d’office, c’est-à-dire le départ de l’école de Malicornay.

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Notons au passage l’extrême sensibilité de Pierre-François Gachet en matière de références culturelles, puisqu’il s’est également illustré en 2018 par l’interdiction signifiée au maire de Tournon-Saint-Martin de la Chanson de Craonne, traditionnellement chantée après la Marseillaise par les enfants des écoles à la cérémonie du 11 novembre. Soulignons également que si l’Autonome de Solidarité et le syndicat SE-UNSA ont apporté leur aide à Matthieu Faucher, la représentante locale du syndicat SNUIPP/FSU a approuvé la sanction. En juillet 2019, le Tribunal administratif de Limoges ordonne cependant l’annulation de cette sanction, au motif que celle-ci est disproportionnée par rapport aux faits reprochés mais le cabinet de Jean-Michel Blanquer dépose un recours auprès de la Cour d’appel administrative de Bordeaux dont le résultat est attendu ce 26 novembre.

Culture de la satisfaction de l’usager

La lecture de cet enchainement de faits ne peut que rendre perplexe. Jusqu’en mai 2017, un fonctionnaire académique, peut s’être senti poussé une vocation de censeur, porté par le climat du quinquennat Hollande. La culture de la satisfaction de l’usager venait d’apparaître noir sur blanc dans les grilles d’évaluation des directeurs d’école grâce à Najat Vallaud-Belkacem. Parallèlement, l’opinion de Pierre Nora sur les programmes d’histoire remaniés par cette dernière permet de comprendre que les racines chrétiennes de notre pays n’étaient pas les bienvenues : « Ils portent à l’évidence la marque de l’époque: une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’Islam, aux traites négrières, à l’esclavage et qui tend à réinterpréter l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes. […] C’est l’expression d’une France fatiguée d’être elle-même, d’un pays qui ne sait pas trop où il va et ne sait donc pas dire d’où il vient. »

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Mais comment expliquer l’acharnement des équipes de Jean-Michel Blanquer, ce ministre qui a souhaité apposer le label « confiance » sur son passage rue de Grenelle ? Comment croire celui qui déclare, en mars 2018 que « nous devons donner à nos enfants des racines et des ailes » tout en coupant celles d’un enseignant ? Exprime-t-il de réelles convictions lorsqu’il prétend que les élèves « doivent savoir d’où ils viennent et où ils vont. Quand vous faites une visite dans une cathédrale aujourd’hui, souvent des enfants ignorent tout des codes qui permettent de comprendre l’endroit où ils sont. De la même façon, il y a des interprétations complètement sauvages des différents textes sacrés. Cette ignorance est vecteur d’intolérance, d’incompréhension, d’absurdité. Cela génère de l’obscurantisme. On a besoin d’une culture générale sur les religions. D’où l’intérêt de l’enseignement laïc du fait religieux » ?

Un ministre qui n’aide pas

Une fois de plus l’ambigu ministre Blanquer montre l’écart qui sépare ses paroles rutilantes de ses actes obscurs. Il ne redressera pas l’école de la République en poignardant les derniers hussards. Il ne leur facilitera pas non plus la tâche en laissant en l’état les programmes d’histoire destructurés et appauvris par Najat Vallaud-Belkacem. Matthieu Faucher est un homme dont la rectitude est palpable jusque dans le costume qu’il porte pour enseigner par respect pour ses élèves. Lire ses fiches de préparation dans La leçon de Malicornay de René Nouilhat permet de constater la rigueur de ses préparations de classe, la parfaite cohérence de la mise en réseau des disciplines et sa grande culture générale, si rare dans le premier degré aujourd’hui. 60% des enseignants disent déjà éviter le sujet de la religion pourtant fondamental comme le démontrait le rapport Debray en 2002. La connaissance de la culture chrétienne est indispensable pour comprendre l’histoire de l’art, la littérature, les dates du calendrier, l’architecture, la musique, l’histoire de France…

Matthieu Faucher, agnostique père de trois enfants non baptisés, a eu l’honnêteté de vouloir offrir à ses élèves la même culture générale qu’à sa progéniture, cela ne peut en aucun cas constituer une faute.

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