Philippe David nous rappelle les exploits de Diego Maradona, décédé hier. Le joueur d’1m66 était le plus grand géant du football. 


Un certain Jacques Chirac disait il y a quelques années que « les merdes ça vole en escadrille ». Et pour les amoureux de sport, entre les disparitions de Christophe Dominici, Jacques Secrétin et Diego Maradona en à peine vingt-heures, on peut dire que cette citation prend tout son sens.

Diego Armando Maradona est décédé moins d’un mois après son soixantième anniversaire, emporté par un arrêt cardio-respiratoire selon la presse argentine. Maradona, « el pibe de oro », le gamin en or, qui dans sa carrière aura tout gagné ou presque, aura disputé quatre coupes du monde, laissant dans chacune la marque de Dieu et celle du diable. Il aurait même pu en disputer cinq si son âge, 17 ans, n’avait pas dissuadé César Luis Menotti, le sélectionneur argentin pour la coupe du monde 1978 jouée à domicile et remportée par l’Albiceleste, de le prendre dans l’effectif alors qu’il lui avait offert sa première sélection à 16 ans en février 1977 contre la Hongrie.

La main de Dieu

1982 : Après un match d’ouverture perdu face aux redoutables Belges, Maradona réalise un match magnifique avec un doublé contre la Hongrie. Le Dieu Maradona était né. Lors du premier match du second tour, dans le groupe de la mort avec l’Italie et le Brésil, il subit un marquage odieux de Gentile qui serait renvoyé au vestiaire après 20 minutes aujourd’hui et l’Argentine s’incline 2-1. Face au magnifique Brésil de Télé Santana, Zico et Socrates, les Brésiliens mènent 3-0 à un quart d’heure du coup de sifflet final synonyme d’élimination et de perte du titre de champions du monde. Maradona pète les plombs en assénant un coup de pied dans le ventre de Batista avec pour conséquence un carton rouge on ne peut plus logique. Le diable Maradona venait de naître.

1986 : Après un premier tour où Maradona égalise pour un match nul contre les champions du monde italiens, c’est en quart de finale contre l’Angleterre qu’il va passer cette fois-ci de diable à Dieu en cinq minutes. Cinquante et unième minute, il trompe le gardien Peter Shilton de la main, « la main de Dieu » dira-t-il en faisant référence à la revanche de la guerre des Malouines. Le diable venait de frapper. Cinq minutes plus tard, le même Maradona troque le costume du diable pour celui de Dieu. Il prend le ballon sur le côté droit  une dizaine de mètres dans le camp argentin. Il accélère, élimine la moitié de l’équipe d’Angleterre, dribble le gardien et fait trembler les filets. Dieu venait de marquer. Victor Hugo Morales, le commentateur argentin, pleurera après ce but en le qualifiant de « Dieu Saint » et de « cerf-volant cosmique » en demandant « de quelle planète il venait ? ». Dieu allait réapparaitre avec un somptueux doublé contre les Belges en demie et une passe décisive magistrale pour Burruchaga en finale permettant à l’Argentine, qui venait de se faire remonter deux buts contre la RFA, de remporter son second trophée mondial en huit ans. En 1986, le Dieu du football avait un nom : Maradona.

De la cocaïne dans les urines

1990 : Lors de cette coupe du monde en Italie, l’Argentine arriva miraculeusement en finale avec un Maradona bien moins bon que quatre ans plus tôt mais leader incontesté, avec Claudio Caniggia, de la sélection Albiceleste. Sortie des poules miraculeuse comme meilleurs troisièmes. Victoire en huitième de finale contre le Brésil, une victoire dont Maradona dira en décembre 2004 lors d’une émission télévisée que les Argentins avaient mis du somnifère dans l’eau des joueurs auriverdes. En demi-finale à Naples, où il venait de remporter un second Scudetto en trois ans, il marqua le tir au but décisif contre le pays organisateur. Dieu avait permis à l’Argentine d’atteindre sa troisième finale en quatre coupes du monde. Mais le diable frappa quand Maradona traita les supporters italiens, qui éliminés par l’Argentine voulaient une revanche en finale en sifflant l’hymne de l’Albiceleste, de « hijos de p… », pas besoin de traduire, à voix haute face aux caméras.

1994 : la coupe du monde sera courte pour Maradona. Premier match contre la Grèce, et à l’heure de jeu alors que l’Argentine mène 2-0, une action à trois supersonique avec Redondo et Caniggia voit Maradona propulser le ballon en pleine lucarne. Dieu était encore là à 33 ans. Mais Dieu avait les apparences du démon puisque, au contrôle anti-dopage on trouvait de la cocaïne dans ses urines. Exclu du mondial, Maradona faisait ses adieux à la coupe du monde à 33 ans, un âge qui n’est pas anodin pour un Dieu du football.

Trois jours de deuil national

La fin de sa vie sera chaotique entre propos faisant scandale, cocaïne et soutien à des régimes fort peu démocratiques comme le Cuba de Castro et le Venezuela de Chavez. Peut-être parce que Dieu l’avait créé pour le football et rien que pour le football ?

Aujourd’hui l’Argentine a décrété trois jours de deuil national, le peuple de ce merveilleux pays pleurant des larmes grandes comme le Rio de la Plata. Une Argentine qui commémorera dans quinze jours les 130 ans de la naissance de son autre Dieu, Carlos Gardel. On imagine bien le Roi du tango accueillir Diego en lui chantant « la última copa » ou « mi noche triste ».

Dieu est mort, le diable aussi…

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