Accueil Site Page 1226

Expulsions: l’État de droit dans le mur


Ancien préfet, Michel Auboin connaît de l’intérieur les rouages et chausse-trappes du système administratif chargé de l’expulsion des étrangers dangereux. Son constat: aujourd’hui ces rouages sont grippés à cause d’un transfert de pouvoir des élus et des fonctionnaires vers les juges. Encore un mauvais coup des énarques!


Pour répondre à l’émotion légitime des Français, le ministre de l’Intérieur a annoncé des mesures immédiates. Les préfets sont à la manœuvre et la manœuvre est délicate, car les actes de police administrative qu’on leur demande de prendre sont semés d’embûches et de chausses-trappes. L’une de ces mesures concerne la fermeture de la mosquée de Pantin. La fermeture d’un lieu de culte où est prêchée l’incitation au crime terroriste est prévue à l’article L. 227-1 du Code de sécurité intérieure et elle est régulièrement utilisée. Mais, comme elle touche « à la liberté de conscience et au libre exercice des cultes », le Conseil constitutionnel l’a fortement encadrée. Elle ne peut, ainsi, excéder six mois. Dans un pays comme le nôtre qui compte plus de 2 500 mosquées et un grand nombre de salles de prière, on ne voit pas bien en quoi la fermeture de l’une d’entre elles nuit à l’exercice du culte. Personne ne s’émeut de la fermeture d’une gare, qui nuit pourtant à la liberté de se déplacer, ou de celle d’un commerce essentiel à l’alimentation des habitants en milieu rural.

Le Conseil constitutionnel est animé par d’éminents membres du Conseil d’État, la plus haute instance de la juridiction administrative, dont toute la jurisprudence, depuis des décennies, consiste à défendre les droits des usagers contre l’empiétement de l’administration. Cette jurisprudence a créé un corpus juridique qui verrouille et encadre l’élaboration de la norme, qu’elle émane de la représentation nationale élue par le peuple (la loi) ou du gouvernement en charge de diriger le pays (le règlement). Ce verrou est d’autant plus puissant que les mêmes membres du Conseil d’État, sortis premiers de leur promotion de l’ENA, occupent dans l’administration les postes les plus en vue et que certains finissent même Premier ministre. Tous les directeurs d’administration centrale redoutent le passage d’un texte qu’ils doivent défendre devant cette « haute » assemblée qui gère le dialogue comme un grand oral. Je n’ai pas fait exception à la règle.

Le Conseil constitutionnel est un verrou puissant

De décision en décision, le Conseil constitutionnel, faisant de la Constitution une lecture parfois contestable, a déplacé le curseur qui permettait d’assumer le juste équilibre entre la défense des intérêts collectifs – ce que nous appelions auparavant l’intérêt général – et les libertés des individus. Ce faisant, il a privé le décideur politique (le ministre) ou administratif (le préfet ou le maire) d’une grande partie de son pouvoir. Il le soumet à tout moment au contrôle du juge. Il multiplie les voies de recours qui entravent son action. On est arrivé à cette situation absurde où l’administration, convoquée comme coupable dans les procès engagés par des tiers, est contrainte de prendre des avocats pour se défendre.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine, est menacée d'une fermeture administrative de 6 mois © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine, est menacée d’une fermeture administrative de 6 mois © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Les autres mesures prises par les préfets à la demande du ministre de l’Intérieur (il n’existe plus beaucoup de mesures que les préfets prennent de leur propre chef) concernent le droit des étrangers. Dans ce domaine, l’action est plus compliquée encore, car la loi a ajouté au contrôle du juge administratif celui du juge judiciaire, investi du rôle de « juge des libertés ». Le ministre a annoncé des expulsions, mais en l’écoutant attentivement, les spécialistes ont compris qu’il ne parlait pas d’expulsion, mais de reconduite à la frontière, ce qui n’est pas la même chose. La reconduite à la frontière concerne les individus de nationalité étrangère vivant en France en situation irrégulière. Ce sont pour l’essentiel des étrangers qui ont passé la frontière sans en avoir été autorisés (des clandestins) ou des déboutés du droit d’asile invités à quitter la France, mais qui y sont restés. L’expulsion concerne, en revanche, des étrangers admis à séjourner en France. Cette confusion a conduit plusieurs commentateurs de la presse télévisée à soulever, par ignorance, la question enterrée de la double peine, sans comprendre que la reconduite de personnes incarcérées n’est pas un effet de leur condamnation, mais de leur situation au regard du droit au séjour. La plupart des prisonniers en situation irrégulière font l’objet d’une mesure de reconduite, parce que l’administration, les ayant sous la main, préfère les cueillir à la sortie de leur détention plutôt que d’attendre qu’ils se soient volatilisés dans la nature. De ce point de vue, la portée de l’annonce est assez relative.

A lire aussi, Gil Mihaely: Erdogan, le sultan voyou

Répondre aux actes criminels de l’islam politique par des mesures de police des étrangers ne suffit pas à éradiquer le mal, car nous savons, depuis longtemps, le loup dans la bergerie. Une grande majorité des agitateurs, des sympathisants et des exécutants/exécuteurs de l’islam politique est de nationalité française. Beaucoup sont même des Français d’origine française. Mais il va de soi que commettre un crime dans un pays où l’on ne vit que comme invité ne mérite aucune clémence.

Peu de reconductions pour les étrangers en situation irrégulière

Les reconduites à la frontière sont mises en œuvre par les préfets et leurs services. Il faut reconnaître que, dans ce domaine, le gouvernement fait mieux que les précédents. Pourtant, les difficultés de procédure ne manquent pas. En 2018 (ce sont les derniers chiffres connus), 110 000 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés, 39 400 ont été placés en centre de rétention administrative (dont 25 300 en métropole), mais seuls 15 700 ont été effectivement reconduits, dont seulement 7 300 vers des pays autres que ceux de l’Union européenne. Cette incroyable déperdition est liée à toute une série de facteurs. Dans près de la moitié des cas, l’administration n’a pas réussi à récupérer à temps le laissez-passer consulaire (LPC) qui permet à l’étranger de prendre l’avion ou le bateau, ce dernier ayant pris soin de faire disparaître son passeport. Certains pays rechignent, et on les comprend, à fournir ce document pour ne pas avoir à accueillir chez eux des individus hautement indésirables. Beaucoup contestent même leur nationalité, y compris lorsque tout les désigne. Et la France ne dispose, en la matière, d’aucun fichier fiable.

Grâce à un meilleur dialogue avec les États concernés, la délivrance des LPC a été améliorée, mais elle est loin d’être satisfaisante. Si l’on prend l’exemple de l’Algérie, pourtant le premier pays d’émigration vers la France, seuls 1 800 éloignements ont été exécutés sur 13 900 mesures prononcées. Le Quai d’Orsay, sur ce point, devrait montrer plus d’empressement à accompagner les démarches du ministre de l’Intérieur.

Manque de diligence des pays d’origine

Mais le problème ne tient pas qu’au manque de diligence des pays d’origine, il tient aussi aux délais qu’on leur impose, contraints eux-mêmes par la durée de la rétention. Quand la référence européenne est de dix-huit mois, la France, elle, n’applique qu’une durée maximale de quatre-vingt-dix jours (elle a doublé en 2018). Et si elle ne peut faire mieux, c’est parce que les centres de rétention sont saturés et qu’il n’est pas prévu d’en construire d’autres. Nous sommes là dans la même situation que pour les prisons ou les centres éducatifs fermés, la question des murs conditionne les orientations politiques. La construction coûte trop cher dans un pays qui perd chaque année une partie de ses capacités d’investissement. La question est d’autant plus incompréhensible que les entreprises françaises construisent partout en Europe des centres adaptés et moins coûteux. Avec seulement 23 centres de rétention, en métropole, pour 1 571 places, la France ne possède que 4,7 % des capacités de l’Union européenne, alors qu’elle est le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile. Il faut donc en construire et trouver un mode de gestion plus économe (le coût de fonctionnement est de 215 millions d’euros par an), en confiant au secteur privé ce qui ne relève pas stricto sensu de la compétence de la police.

Comparée à la reconduite, l’expulsion est rarement mise en œuvre

L’obstacle des LPC n’est pas le seul. Les personnes placées en rétention sont invitées à saisir à la fois le juge judiciaire, sur le fondement de la privation de liberté, et le juge administratif, sur la légalité de la mesure prise par le préfet. En 2018, 4 600 étrangers ont été libérés par un juge judiciaire, 1 750 par un juge administratif. Par ailleurs, même si le droit l’autorise, il devient de plus en plus difficile d’éloigner des familles entières, et donc des parents, cette position de principe étant intervenue pour répondre aux exigences d’associations issues du corps enseignant.

Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.
Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.

Comparée à la reconduite, l’expulsion est rarement mise en œuvre. Elle concerne à titre principal les étrangers en situation régulière qui présentent une menace grave pour l’ordre public, qu’ils aient été ou non condamnés. Les activités à caractère terroriste sont précisément visées par le Code. La personne menacée par une procédure d’expulsion est convoquée devant une commission d’expulsion, qui se réunit au tribunal de grande instance et comprend son président, un magistrat de l’ordre judiciaire et un magistrat de tribunal administratif. J’ai un souvenir assez cuisant de cette procédure. Elle concernait un imam considéré comme très dangereux officiant dans une salle de prière de la région parisienne. N’ayant jamais auparavant participé à une commission, je pensais m’y retrouver entre personnes de bonne compagnie. Je fus mis au banc des accusés, mortifié, obligé de justifier une mesure qui tombait pourtant sous le sens, quand le prévenu, de son côté, était interrogé avec égards. Les rapports émis sur l’individu provenaient d’un service de renseignement non autorisé à les signer, et les juges n’entendent pas les arguments formulés par des institutions anonymes. Heureusement pour moi, ce sinistre personnage avait fait violer sa fille de 13 ans pour la marier de force et cet acte odieux a fini par emporter la conviction du juge.

Il est parfois difficile d’être seul contre tous, quand vous savez de surcroît qu’une mesure prise en application d’un texte de loi peut être contestée par votre ministre lui-même parce qu’entre-temps un groupe de pression influent a fait valoir son point de vue. Tout en sachant qu’on vous reprochera une absence de mesure si cette défaillance conduit à un acte criminel, comme l’a appris à ses dépens un ancien préfet de Lyon.

Nelson prend l’eau


Le vice-amiral Nelson, accusé de complicité avec le commerce d’esclaves, est la cible des militants de Black Lives Matter. Il rejoint Napoléon son ennemi de toujours.


Le vice-amiral Nelson, du haut de sa colonne à Trafalgar Square, regardait passer les iconoclastes emmenés par Black Lives Matter. Au cœur de Londres, ceux-ci s’en prenaient aux statues des figures historiques accusées de complicité envers le commerce d’esclaves au xviiie siècle (ou taxés de racisme, comme l’ignoble Winston Churchill). Dans The Guardian, une éditorialiste vigilante s’était occupée de rétrécir le héros national, qualifiant Nelson de « suprémaciste blanc ». Mais, à 50 mètres d’altitude, la sculpture du vainqueur de Trafalgar était à l’abri des crachats.

Une fausse lettre comme mobile…

Les néo-abolitionnistes ont trouvé une statue plus à leur portée. Ils ont attaqué l’amiral stratège boulonné près de la cathédrale de Norwich (Norfolk), Nelson étant un enfant du pays. Lors de son arrestation, la jeune vandale auteur des dégradations de la sculpture a expliqué qu’elle voulait ouvrir le débat. Le vandalisme comme préliminaire à la discussion, c’est très tendance.

Pourquoi s’en prendre à Nelson, qui n’a jamais possédé ni transporté d’esclaves ? À cause d’une lettre qu’il aurait écrite à bord du Victory le 10 juin 1805 : adressée à un propriétaire de plantations en Jamaïque, elle trahirait son soutien aux négriers. Or cette lettre est une contrefaçon. Une copie de l’originale figure à la British Library. Au jeu des différences, on ne trouve pas moins de 25 erreurs dans cette version apocryphe publiée en 1807 par les anti-abolitionnistes, désireux de mettre le prestige de feu Nelson au service de l’esclavage.

À lire aussi, François-Xavier Ajavon: La politique du socle vide

Martin Downer, fin connaisseur de la correspondance de Nelson, affirme qu’il n’y a, parmi ses 8 000 lettres, pas une once de racisme, si ce n’est vis-à-vis des Français qu’il haïssait passionnément… Or, en France, on veut déboulonner Napoléon. L’internationale progressiste aura réussi ce tour de force de faire de Bonaparte et Nelson des alliés objectifs dans cette aberrante « guerre culturelle ».

Tous gros!

0

Le confinement fait craindre une augmentation de l’obésité de nos ados


Le Figaro s’émeut : la sédentarité des adolescents, dit Delphine Chayet, atteint des niveaux alarmants. Et de parler d’ « épidémie silencieuse », parce que les 11-17 ans passent désormais devant des écrans le double du temps qu’ils consacrent au sport — et sans doute bien davantage. Sans compter le confinement, qui oblige à la paresse, particulièrement chez les plus pauvres, ceux qui n’ont pas la place d’installer un vélo d’appartement — ou le partagent à douze.

Notez qu’avec un peu de chance, l’ascenseur de leur HLM est en panne. Une bonne occasion de faire de l’exercice. Toute plaisanterie mise à part, les gosses les plus démunis sont les heureux gagnants d’une loterie à double tirage. Privés de cours et de culture, ils sont en même temps assignés à obésité.

Un cardiologue de Rennes, le professeur François Carré, parle de « bombe sanitaire à retardement ». « À long terme, le manque d’exercice va favoriser une augmentation à bas bruit des niveaux d’inflammation et de stress oxydatif à l’origine de la plupart des maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, la dépression et certains cancers. » Étonnez-vous que le centre anti-diabétique de Marseille ait été construit dans les quartiers Nord, là où la misère se nourrit de sucres rapides… Sans compter que les habitudes prises à dix ans ont tendance à se perpétuer. « Un enfant assis sera un adulte assis ». Belle formule, qui rappelle ces enfants battus qui deviennent des adultes batteurs. Gros culs un jour, gros culs toujours. Est-ce en prévision de cette mutation physiologique que les sœurs Kardashian, avec leurs postérieurs de fermières, sont devenues des modèles callipyges ?

C’en est bien fini des « cintres » que Lagerfeld voulait pour ses défilés, adolescentes filiformes importées de pays de l’Est mal remis de l’Holodomor. Et retour général des Vénus hottentotes de toutes origines. Les petits boudins, hin hin hin, chantait jadis Dominique Walter. Demain, nous serons tous gros tas. Et gros tas dépressifs. Les centres d’aide psychologique reçoivent des centaines d’appels d’étudiants confinés, de moins en moins capables de suivre des cours distribués dans des conditions acrobatiques, privés des petits boulots qui les faisaient vivre, enfermés dans 9m2, et suicidaires à court terme. Plus vieux, on a tendance à compenser l’absence des autres — le gouvernement, qui compte tant de ministres intelligents, a manifestement oublié que l’homme est un animal grégaire — en se jetant sur les nourritures compensatrices. Fin du « régime crétois », et bonjour Nutella. Les ventes de saloperies arrosées à l’huile de palme ont augmenté très significativement pendant le confinement — près de 50% en sus. Et habitude prise, habitude perpétuée. Mais on ne doit pas savoir cela, dans les cantines des ministères, où les nourritures restent raffinées et les vins de qualité…

À noter que nombre de cantines scolaires, qui délivraient souvent le seul repas chaud et équilibré des enfants les plus déshérités, ont fermé, sous la pression des angoissés du virus. Un grand pas en avant dans la malbouffe.

J’avais l’habitude de marcher au moins une dizaine de kilomètres par jour. Me voici réduit à un aller-retour quotidien jusqu’au lycée où j’enseigne. Deux fois 15 minutes. Le reste du temps, pour compenser l’ennui massif né du manque de divertissement — le gouvernement, qui compte tant d’esprits supérieurs, a manifestement oublié de relire Pascal —, je cuisine : là aussi, adieu les salades et bonjour couscous, cassoulet et choucroute. Lipides et glucides vont en bateau, je tombe à l’eau.

Nos gouvernants, hantés par la mémoire de l’affaire du sang contaminé, se bardent de précautions pour éviter qu’on les traîne en justice : le Covid ne passera pas ! Pas par eux !

Mais le diabète, les décompensations psychiques, les suicides, l’obésité galopante, la destruction rapide des corps envahi par des graisses opportunistes — de tout cela aussi on devra exiger des comptes. « Ne négligez pas votre santé ! » disent les médecins, « n’hésitez pas à consulter ! » Oui — sauf que les hôpitaux postposent les opérations considérées comme non urgentes. Voici deux mois qu’une amie se balade avec les tendons du pied arrachés, et que l’opération qui devait les rattacher est indéfiniment reportée — broutilles que cela ! Elle boitera à vie, mais qu’importe ! On aura au moins conservé un lit vide, au cas où. Merci, Olivier Véran !

Il est temps d’en finir avec ces restrictions qui seront à terme dévastatrices en termes de santé publique. Oui, mais le Covid ? Nous le combattrons bien mieux en nous activant, en ayant une vie sportive et un moral d’acier, qu’en jouant, comme on dit éloquemment en anglais, aux couch potatoes. Mais c’est peut-être cela, l’idéal de la société post-libérale. Une France peuplée d’obèses, vautrés sur leurs canapés, et vivant de sucreries bon marché achetées avec un salaire universel de misère. Comme disait Houellebecq, le monde d’après sera le même, mais en pire.

Voilà pourquoi nous défendrons l’instruction en famille jusqu’à la victoire

0

Une tribune d’Anne Coffinier, Présidente de l’association Créer son école – Educ’France et fondatrice de la Fondation Kairos


L’instruction en famille pointée du doigt

Il fallait oser le faire : interdire le régime déclaré de l’instruction en famille parce qu’on veut qu’il n’y ait plus en France d’enfants exposés à des formes non déclarées d’instruction, échappant de ce fait à tout contrôle de l’État ! C’est pourtant ce que proposent les articles 18 à 20 du projet de loi confortant les principes républicains, qui sera présenté le 9 décembre prochain en Conseil des ministres. Cela défie toute logique, puisque cette loi repose sur un raisonnement absurde: prétendre mieux contrôler les enfants non déclarés en supprimant l’un des quatre régimes d’instruction dûment déclarés et contrôlés, l’instruction en famille, instaurée par Jules Ferry lui-même en 1882 ! C’est sans doute pour cela que nos interlocuteurs des cabinets ou de la haute administration place Beauvau et rue de Grenelle se montrent jusqu’à présent incapables d’expliquer le but recherché par cette mesure. Tout au plus, avancent-ils qu’il s’agirait de repérer des enfants qui seraient actuellement « hors de tout radar », qui ne seraient ni en école publique, ni en école privée sous ou hors contrat, ni dans le régime déclaré de l’instruction en famille. Il y aurait « des trous dans la raquette ». Il est facile alors de leur faire remarquer que les enfants scolarisés dans le cadre du régime légal et réglementé de l’instruction en famille ne peuvent pas être concernés par leur inquiétude puisque précisément ils sont déclarés et connus de l’administration qui peut donc les inspecter autant de fois qu’elle le souhaite.

À lire aussi, Aurélien Marq : Le projet de loi “confortant les principes républicains” ne tourne-t-il pas autour du pot?

Comment comprendre qu’aucune disposition dans ce projet de loi ne concerne l’Éducation nationale, en particulier les enfants absentéistes ou décrocheurs, qui ne sont scolarisés que de manière erratique ? L’État n’est alors pourtant plus capable de garantir leur accès à l’instruction. De plus, ils sont les premiers exposés aux influences islamistes. De même, on ne trouvera pas un mot sur les établissements scolaires musulmans, auxquels l’État a accordé un contrat donc des financements publics, alors qu’ils sont ouvertement rattachés aux très sulfureux Frères musulmans : l’école Eva de Vitray, le collège Al Kindi à Lyon, le lycée Averroès à Lille, le groupe scolaire Ibn Khaldoun à Marseille, etc.

Les mots « islamisme » et « séparatisme islamiste » ont disparu du projet de loi

Plus fondamentalement, on notera que les mots d’« islamisme » ou de « séparatisme islamiste » n’apparaissent même pas dans un projet de loi que le président de la République lui-même nous avait dit leur être consacré. Comment pourrait-on arriver à gagner une guerre contre un ennemi qu’on s’interdit de désigner précisément ? On risque de livrer inconsidérément les musulmans, en tant que personnes, à la vindicte populaire sans pour autant avancer d’un iota dans la lutte concrète contre le séparatisme islamiste. Par contre, et l’on peut se demander à l’intention de qui ce lot de consolation a été octroyé, c’est le mot « famille » que le projet de loi veut éradiquer dans le Code de l’éducation. Ainsi, s’il prévoit quelques cas de dérogations à l’obligation de scolarisation en école, ce n’est plus pour permettre « l’instruction en famille » d’enfants porteurs de handicap ou sportifs de haut niveau, mais pour leur accorder un droit, valable pour un an seulement, et sur autorisation expresse de l’État, à recourir à « l’instruction à domicile ». Même si cette loi affirmait ouvertement lutter contre les formes de séparatisme islamiste auxquelles certains enfants pourraient être exposés, nous ne pourrions pas davantage retirer à tous les parents le droit d’instruire leurs enfants en famille, de peur que ce droit ne soit dévoyé par certains, et encore moins de peur qu’il existe « quelque part » des enfants non déclarés ou scolarisés mais absentéistes et décrocheurs.

Les atteintes contre les principes républicains et la propagande islamiste est bien plus largement diffusée sur Internet que dans les lieux d’instruction des enfants.

La mesure d’interdiction de l’instruction en famille, outre qu’elle est illogique, est manifestement disproportionnée. Dans un État de droit, on ne peut réduire qu’avec une infinie précaution les libertés des citoyens. S’il reconnaît le caractère constitutionnel de l’instruction en famille comme c’est hautement probable, le Conseil constitutionnel ne pourra que censurer de telles atteintes à un droit qui a reçu un baptême on ne peut plus républicain des mains de Jules Ferry lui-même et qui n’a jamais été remis en cause en 138 ans. Constitutionnelle ou simplement législative, l’interdiction de l’instruction en famille ne doit de toute manière pas conduire à des atteintes disproportionnées aux libertés. Est-il vraiment raisonnable de supprimer la liberté de tous par peur qu’une poignée de gens en mésusent ? Les atteintes contre les principes républicains et la propagande islamiste est bien plus largement diffusée sur Internet que dans les lieux d’instruction des enfants ; nul n’a jamais pensé pour autant à interdire Internet ou à soumettre la publication des articles à un régime d’autorisation préalable ! Nous parlons tout de même qu’un droit qui est consacré par l’article 26-3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui rappelle que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

La capacité de chaque parent à protéger son enfant

En se proposant de retirer ce droit aux parents, le gouvernement ne semble pas prendre la mesure de ce à quoi il s’en prend : il touche à ce qu’il y a de plus viscéralement sacré pour chaque homme et chaque femme : son enfant. Et si les parents ressentent le besoin pour le protéger ou mieux l’épanouir de ne pas ou de ne plus le confier au système scolaire, rien ni personne ne pourra les en empêcher. Nul doute qu’ils n’hésiteront pas à rechercher la responsabilité pénale de l’État devant les tribunaux avec une pugnacité supérieure à ce qu’on voit pour la Covid-19. Et vous qui me lisez, si demain votre enfant est harcelé à l’école, l’y laisserez-vous parce que la loi vous a retiré le droit de le déscolariser ? Si votre enfant à haut-potentiel végète à l’école parce qu’elle ne répond pas à ses besoins cognitifs et psychologiques, l’y maintiendrez-vous au risque de le voir sombrer dans l’échec scolaire et la dépression ? Nous avons tous besoin d’alternative. En 1984, les Français sont descendus par millions défendre l’école libre que Mitterrand voulait éradiquer à l’absorbant dans un grand service public unique. Aujourd’hui, ce qui est en jeu est encore plus fondamental : c’est la place de la famille aux côtés de l’enfant, c’est la capacité de chaque parent à protéger son enfant.

Les parlementaires ne s’y trompent pas. Ils sont déjà 130 à s’être positionnés contre cette mesure liberticide. Les auditions, manifestations, et consultations juridiques se multiplient. La liberté d’enseignement inclut le choix d’instruire en école ou en famille son enfant. Il serait proprement irresponsable d’interdire l’instruction en famille alors que la crise sanitaire de la Covid a montré que cela pouvait être un recours précieux, et que les difficultés de l’Éducation nationale à assurer un niveau de sécurité et d’enseignement suffisant dans tout point du territoire sont aujourd’hui reconnues par l’État lui-même. Au regard de cette situation, il est franchement malvenu de tirer sur l’ambulance qu’est l’instruction en famille et les établissements libres hors contrat. Alors, mobilisons-nous pour défendre notre légitimité en tant que parents et de veiller sur le bien de notre enfant face aux Danton au petit pied qui s’imaginent que l’enfant appartient à l’État alors qu’il n’appartient qu’à lui-même et que nous lui devons collectivement la sécurité et l’accès à la connaissance.

Pays-Bas : Thierry Baudet se bat pour sa survie en politique

0

Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, concurrent principal de M. Geert Wilders, ne supporte plus les « procès par médias interposés », a-t-il annoncé lundi 23 novembre.


Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, promis il y a peu à un grand avenir, se bat pour sa survie politique.

Ne supportant plus le « procès par médias interposés », il annonça sa démission le lundi 23 novembre. Pour se raviser peu après, laissant en désarroi le parti fondé par lui-même en 2017, le Forum voor (pour la) Democratie (FVD). C’est comme si Marine Le Pen quittait le Rassemblement national avant de changer d’avis et de préparer son retour.

Tout avait commencé au printemps par une  fronde au sein du FVD. M. Baudet aurait réagi trop mollement contre des membres de l’aile de la jeunesse de Forum, accusés de tweets, d’apps et de posts sur Instagram avec un contenu raciste, antisémite et homophobe.

Baudet, francophile et francophone, musicien de talent, fier des gouttes de sang indonésien dans ses veines, feignait d’abord que le sujet l’ennuyait. Il admonestait mollement les coupables et enjoignait le dirigeant des jeunes du Forum à mettre de l’ordre. Efforts restés sans effet, car des journalistes de la presse néerlandaise continuent de fouiner les tweets et apps de jeunes fans de « Thierry ». Spectacle quelque peu désolant, que celui des limiers de la presse d’un certain âge chassant les élucubrations d’adolescents ou post-adolescents qui, comme chacun sait, déconnent ferme sur les réseaux sociaux. Aussi n’est-il pas facile d’ établir si ces frasques racistes ou homophobes étaient de véritables professions de foi, ou des provocations mêlées d’humour potache.

Un doute que certains journalistes et commentateurs ne se permettaient pas, sûrs dans leur conviction que ses garçons et filles sont d’affreux fascistes tolérés, sinon encouragés, par M. Baudet en personne. Celui-ci fut traîné dans la boue d’une manière qui rappela le lynchage médiatique de M. Pim Fortuyn, assassiné pour ses idées en 2002.

Baudet refusa de désavouer « sa » jeunesse, plaidant pour une solution tres politicienne: l’instauration d’une commission d’enquête. Mais son cercle restreint commençait à le lâcher à mesure que les révélations sur ces scandaleux jeunots se succédèrent, exigeant notamment le renvoi de leur dirigeant, M. Freek Jansen. Cet ami intime et conseiller de M. Baudet avait été accusé de sympathies pour les nazis, qu’il niait. Quand ses plus proches collaborateurs exigeaient eux-aussi le renvoi de M. Freek Jansen, M. Baudet embrassa son camarade longuement devant les caméras en guise de pied de nez à ses détracteurs dans son parti et dans la presse. Quelques heures après, il annonça sa démission comme tête de liste et président du parti. Décision qu’il regretta un peu plus tard, quand il annonça sa volonté de revenir. Ce qui donnait lieu à des soucis sur son état mental.

Il est vrai que, ces derniers mois, M. Baudet avait fait preuve de lassitude sous le feu des médias dits sérieux qui en général le détestent copieusement. Au Parlement, où son parti n’occupe que trois des 150 sièges, M. Geert Wilders, son concurrent à la droite de la droite, dont le parti PVV en occupe vingt, lui vola la vedette. M. Baudet, écrivain d’un certain renom, ne semblait pas doué pour la politique pratique ou pour un rapport apaisé avec les médias. Qui ne cessèrent de lui reprocher ses contacts avec un dirigeant de l’alt-right aux Etats-Unis, son souhait que les Pays-Bas puissent rester une nation Blanche, son admiration pour MM. Poutine et Orban, sa rencontre avec le très admiré Jean-Marie Le Pen.…

Non sans raison, M. Baudet avait accusé les médias néerlandais de considérer sa curiosité comme un vilain défaut. Une rencontre avec un penseur fulgurant de l’extrême droite américaine n’équivaut pas à partager ses idées, répétait-il à satiété avant  de sombrer dans un certain morosité.

Et dans une folie autodestructrice, selon ses adversaires. Quand soudain il annonça sa volonté de revenir à la tête du parti, ses adversaires, furieux, lui interdirent l’accès au siège à Amsterdam. Pour être certains que M. Baudet n’y mettrait plus les pieds, les « putschistes », selon l’intéressé, firent remplacer la serrure. En même temps, ses derniers soutiens de poids  s’évaporèrent  après les révélations, venant d’ une sénatrice de son parti, que M. Baudet avait proféré des opinions tachées d’antisémitisme. Surtout en ce qui concerne George Soros et la ‘responsabilité’ de celui-ci dans la propagation du coronavirus. C’était le signal du départ des derniers cadres du parti.

Baudet reste populaire, cependant, parmi les membres ordinaires qu’il compte consulter sur son désir de retour. « Référendum », dont la date reste à déterminer, avec l’aval grinçant de ce qui reste de la direction, qui l’avait pourtant congédié.

Qu’il semblait loin, le temps pourtant proche quand son parti sortit vainqueur des élections provinciales fin 2019. Environ un million de Néerlandais avait opté pour les candidats de Forum voor Democratie, ce qui fit sensation dans un pays peu enclin au renouvellement en politique. Rétrospectivement, le triomphe portait en lui les germes de la chute de M. Baudet. Car son discours cette nuit-là, avec moult références au philosophe Hegel, la civilisation boréale et autres sujets incompréhensibles pour le Néerlandais moyen, mécontentait fort ses plus étroits collaborateurs. Thierry, disaient-ils en substance et en coulisses, aurait dû avoir la décence de se joindre à une soirée électorale festive et arrosée, au lieu de prendre ses électeurs par le haut. Critique encore feutrée, mais qui mena directement à l’implosion du parti dans laquelle la droite dure tendance intello avait fondé tant d’espoirs.

Les sondages prévoient que, pour les élections législatives de mars 2021, bon nombre d’électeurs déçus de M. Baudet vont jeter leur dévolu sur le très terre-à-terre M. Wilders. Pour beaucoup, c’est un retour au bercail. Leur flirt avec M. Baudet fut aussi intense que bref.

Article mis à jour le 04 décembre 2020. 

 

OUI-MÉ-LÉ-ZÔTRES !

0

Les critiques faites à l’encontre de l’islam provoquent un réflexe pavlovien : le « ouimélézôtres ». Or, les « zôtres » ont déjà fait leur autocritique depuis bien longtemps…


« C’est vrai, Madame la juge, mon client a tué et opprimé des millions de personnes et appelé à en tourmenter encore bien plus, mais il faut l’acquitter puisque d’autres ont fait pareil. » Étrange plaidoirie, que même l’inénarrable Jacques Vergès ou notre audacieux Garde des Sceaux n’ont, je crois, jamais osée.

Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé

Et pourtant ! Combien de fois n’ai-je pas entendu cette parodie d’argument venant de ceux qui tentent de défendre l’islam. « Ouimélézôtres »: oui mais l’Inquisition, oui mais les Croisades, oui mais la colonisation, oui mais l’esclavage, oui mais les Territoires Occupés, oui mais les bombardements par les États-Unis et leurs alliés, oui mais, oui mais, oui mais. Et bien sûr, tour à tour lamentation geignarde ou accusation rageuse, « pourquoi ne critiquez-vous toujours que l’islam ? » Peut-être parce que de nos jours l’islam est la seule idéologie présente sur notre sol (avec ses alliés « woke ») à remettre sérieusement en cause l’égalité des droits civiques entre les sexes, la liberté de conscience, et le droit de rechercher la vérité?

À lire aussi: Terrorisme: pour eux, c’est (toujours) la faute de la France!

Mais reprenons. Ceux qui, à mes critiques de l’islam, répondent « ouimélézôtres » seraient-ils prêts à aller jusqu’au bout de leur propre logique ? Accepteraient-ils d’être volés ou tués sous prétexte qu’il y a ailleurs dans le monde des voleurs et des meurtriers? Qu’il y a, même, des voleurs et des meurtriers impunis? Je crois raisonnable d’affirmer qu’ils refuseraient….

« Rien à voir avec l’islam ! » disent-ils…

Les crimes des autres ne sont pas une excuse, et ils le sont encore moins lorsque l’on prétend être « la meilleure communauté » (je sais, l’humilité n’est pas la caractéristique première de certains). L’argument a même un degré d’absurdité supplémentaire lorsqu’il est évoqué pour justifier une loi prétendument révélée par un dieu, dictée, éternelle et incréée. Allah ne saurait se prévaloir des crimes commis par des mortels livrés à eux-mêmes, pour justifier le fait qu’il prescrive à ses adeptes de commettre les mêmes crimes, voire pire – ou alors, il faudrait qu’il renonce à bon nombre des attributs que lui donnent généralement ses fidèles.

Il est très révélateur que, pratiquement comme un réflexe, les critiques faites à l’islam et/ou aux musulmans suscitent en réponse ce « ouimélézôtres », surtout lorsque ces autres sont déjà tout autant critiqués, voire – et c’est le plus intéressant – lorsqu’ils font déjà leur autocritique.

À titre d’exemple, on se souvient trop peu des mots de Jean-Paul II confessant en mars 2000 les fautes commises par l’Église pendant ses vingt siècles d’histoire, ou encore implorant en 2003 « le Seigneur tout-puissant pour sa miséricorde envers les fautes commises contre l’Homme, sa dignité et sa liberté, y compris par les fils de l’Église catholique. » À quand l’un des plus hauts dignitaires musulmans implorant le pardon pour tous les crimes commis par l’islam, ou par des musulmans, contre l’Homme, sa dignité et sa liberté? Il faudrait d’abord qu’il commence par admettre que les crimes commis au nom de l’islam est en parfaite conformité avec les enseignements de textes sacrés.

Le refus de l’autocritique

« Ouimélézôtres »: les zôtres sont capables de se préoccuper d’éthique et de morale, ils sont capables de se préoccuper du Bien et du Mal, et d’en débattre. Tant qu’il ne raisonnera qu’en termes de conformité aux prescriptions autoréférentes de ses textes, de permis et d’interdit, licite et illicite, halal et haram, l’islam ne pourra pas être à la hauteur de tous ces autres, et restera désespérément prisonnier de ce qu’il y a de pire en lui. Et ce pire, ces versets et ces « beaux exemples » jamais vraiment rejetés, jamais vraiment désavoués, ce pire est un crachat au visage de la dignité humaine, et une déclaration de guerre au monde entier.

À lire aussi, Aurélien Marq: Cé-pa-ça-li-slam !

« Ouimélézôtres »: parce qu’ils n’ont pas étouffé le sens moral au nom de l’obéissance, les zôtres ont pu apprendre et grandir. En d’autres temps, sans doute, Charlie Hebdo et Mila auraient été brûlés vifs ou embastillés, au nom du Christ ou au nom du Roi, mais plus aujourd’hui. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule religion au nom de laquelle on massacre pour des dessins. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul dieu au nom duquel des dizaines de milliers d’adeptes appellent à violer et tuer une adolescente. Aujourd’hui, les seuls peuples à vouloir ces horreurs ne sont pas les peuples qui ont fait l’Occident.

« Ouimélézôtres »: les zôtres, voyez-vous, ont encore autre chose qui manque cruellement à l’islam et à trop de musulmans. Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé. Or, il y a un principe général que confirme l’observation de tous les totalitarismes, toutes les dictatures, et qui doit nous guider: la critique la plus urgente est toujours celle de ceux qui refusent d’être critiqués.

Les jeunes musulmans bruxellois frappés d’antilibéralisme social et culturel

0

Depuis 2006, les crimes antisémites sont, tant en Belgique qu’en France, le fait de musulmans radicalisés. Mais au-delà de ce constat brut, peut-on parler d’un antisémitisme musulman ? Et plus largement, quel rapport les jeunes musulmans entretiennent-ils avec les valeurs occidentales ? Une étude menée auprès des jeunes lycéens bruxellois tente de répondre à cette question.


Joël Kotek et Joël Tournemenne sont tous deux chercheurs au Centre européen d’études sur la Shoah, l’Antisémitisme, les Génocides[tooltips content= »Un laboratoire lié à l’Institut d’Études du Judaïsme près de l’Université Libre de Bruxelles »](1)[/tooltips]. Les résultats de leur étude intitulée « Le Juif et l’Autre dans les écoles francophones bruxelloises », publiés en octobre 2020 par la Fondation Jean Jaurès, révèlent un indéniable antisémitisme parmi les lycéens musulmans, mais aussi un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », autrement dit un positionnement nettement conservateur sur le plan des mœurs.

38 écoles secondaires francophones bruxelloises parmi les 60 tirées au sort (sur un total de 115 écoles) ont accepté de participer à cette étude ciblant les jeunes lycéens bruxellois. 1672 jeunes de 16 à 22 ans ont ainsi pu être sondés[tooltips content= »L’âge normal pour ce public est de 16 à 18 ans, mais il est fréquent en Belgique qu un élève doive recommencer une ou plusieurs années d études. »](2)[/tooltips], ce qui constitue un échantillon représentatif de la population scolaire bruxelloise francophone. Parmi ces jeunes, 649 (39%) se réclament de l’islam, et l’immense majorité de ceux-ci (537) se disent pratiquants. 451 (26%) sont non croyants, 418 (25%) sont catholiques (dont 201 pratiquants), 13 seulement sont juifs, et 76 « autres ».

Dans cette étude, les auteurs partent du constat selon lequel l’antisémitisme est depuis 1945 en Belgique « un angle mort », que même l’attentat de 2014 contre le musée juif situé en plein cœur de Bruxelles n’a pas levé. Ainsi, l’accord régional bruxellois de gouvernement conclu en juillet 2019 n‘a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois, à la différence de « la stigmatisation due à un discours récurrent sur la radicalisation et le terrorisme ».

Les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent

De manière plus évidente encore, le lien entre islam et antisémitisme constitue un véritable impensé, auquel les auteurs avancent plusieurs facteurs explicatifs. Parmi eux, l’inclinaison « nettement à gauche » du monde des sciences sociales, qui suscite en son sein une répugnance à interroger « les préjugés d’autres populations discriminées ». Ainsi , l’antisémitisme, conformément à un logiciel politique mâtiné d’ « ethos antifasciste », ne saurait provenir que de l’extrême droite, tandis que les musulmans, dès lors qu’ils seraient les premières victimes de discriminations, seraient en quelque sorte immunisés contre le racisme et l’antisémitisme. Pourtant, comme le rappellent les auteurs, les 17 personnes assassinées depuis 2006 en France et en Belgique parce que juives ou supposées telles l’ont été par de jeunes musulmans radicalisés, comme Merah, Koulibali ou Nemmouche.

Les musulmans, premières victimes de discriminations?

L’étude permet en tout cas d’affirmer que c’est bien ainsi que l’islam est globalement perçu : 39% des non musulmans estiment que l’islam est la religion la plus persécutée, et ce chiffre monte à 65% pour les élèves musulmans sondés. Vient ensuite, quelles que soient les convictions religieuses des sondés, le judaïsme, puis le christianisme, et enfin l’athéisme.

Pourtant, rien ne vient corroborer ce sentiment. Au contraire, les statistiques montrent qu’en Belgique comme en France, depuis 2000, les actes antisémites sont proportionnellement plus fréquents que les actes antimusulmans, et ce alors que les Juifs représentent 0,23% à peine de la population belge, et les musulmans 6 à 7% (et plus de 30% de la population bruxelloise). De plus, la grande majorité des plaintes pour « islamophobie » se rapporte à des refus de port du voile, alors que les actes à caractère antisémite prennent souvent la forme d’agressions physiques.

A lire aussi: Molenbeek, l’arbre qui cache la forêt islamiste

Quant à l’étude proprement dite, interrogeant les sondés sur le caractère de « religion de paix et d’amour » de chacun des trois monothéismes, elle met en évidence le fait que l’islam est la religion qui jouit en réalité du plus grand capital de sympathie auprès des sondés, le judaïsme bénéficiant quant à lui de l’image la plus négative, et ce toutes confessions confondues. Seuls 2% des sondés non musulmans se déclarent d’accord avec l’énoncé selon lequel « Chaque musulman est un terroriste potentiel », et la tolérance religieuse la plus large semble régner parmi les élèves bruxellois : 39% des élèves non musulmans (et 71% des élèves musulmans) souscrivent à l’affirmation « Les musulmans doivent avoir la possibilité de vivre publiquement leur foi en Belgique et ce, sans la moindre restriction » – y compris l’autorisation du voile intégral.

On semble donc loin, à la fois dans la société en général et au sein de la jeunesse francophone bruxelloise, d’une quelconque persécution attestée des musulmans en tant que tels, sauf à considérer, à l’instar du Collectif contre l’islamophobie, que l’interdiction du port de signes convictionnels est en soi une discrimination anti-musulmane. De l’aveu même de ce collectif, en effet, « dans près de 76% des cas où le genre de la victime est connu, il s’agit d’une femme (…) C’est lié au port du foulard, un signe visible d’appartenance, mais pas seulement. » 

Un antisémitisme culturel

En revanche, les préjugés antisémites sont bien présents parmi la jeunesse bruxelloise de confession musulmane. L’étude révèle ainsi que pour 17% des sondés musulmans (et 13% des lycéens sondés, toutes confessions confondues), les Juifs constituent une race, mais aussi que 21% des musulmans sondés pensent qu’on a fortement exagéré le nombre de victimes juives assassinées par les nazis, et que 28% des musulmans sondés pensent que les attentats du 11 septembre 2001 sont l’œuvre du Mossad et de la CIA. Ils sont également plus de 35% à croire que « Les Juifs contrôlent les banques et les médias avec les francs-maçons » et plus de 35% à estimer que les sionistes sont des criminels.

Ce qui amène les auteurs à conclure que de manière générale, « La prévalence antisémite est deux fois plus élevée chez les catholiques pratiquants (…) et trois fois plus élevée chez les musulmans, même non-pratiquants. ». Revenant sur une étude réalisée en 2011 par Marc Elchardus, sociologue de l’université flamande VUB, qui concluait de manière similaire, ils rappellent que « les représentations antisémites [ne sont] pas liées au faible niveau d’éducation, ni au désavantage social mais bien à la religiosité des personnes interrogées.»

L’islam, religion de paix et d’amour, mais…

L’islam est religion de paix et d’amour pour 92% des musulmans (et 63% des sondés, toutes convictions confondues) ce qui en fait la religion la plus plébiscitée, devant le catholicisme et enfin le judaïsme. Ce qui n’empêche pas 47% des catholiques de considérer que l’islam veut étendre sa religion au monde entier, opinion qui est d’ailleurs partagée (et donc confirmée) par 40% des musulmans ! De même, l’énoncé selon lequel l’islam est incompatible avec la modernité rencontre l’adhésion de 27% des catholiques pratiquants sondés, de 20% des non croyants, mais aussi, ce qui peut étonner,  de 19% des musulmans !

A lire aussi: En France, l’homosexualité reste une «maladie» ou une «perversion» pour 63% des musulmans

Si l’on peut parfaitement comprendre que les musulmans eux-mêmes témoignent d’une affection particulière pour leur religion, y compris dans ses aspects les plus prosélytes et hostiles à la modernité, il est en revanche plus étonnant de constater une attitude similaire chez les non-musulmans. Ainsi, l’étude met en évidence l’attachement de ces derniers à une Europe plus solidaire et tolérante, sensible aux droits de l’homme et à l’altérité. Faut-il en conclure que cette sensibilité à l’altérité va, chez ces jeunes non musulmans, jusqu’à accorder à l’islam fondamentaliste et conquérant le droit de s’imposer à tous ? 

Un rejet des valeurs occidentales

Enfin, sur les questions liées à des valeurs sociales et culturelles, les élèves musulmans sondés se caractérisent par ce que les auteurs appellent un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », conservatisme qui se révèle au travers de questions portant sur le rôle des femmes dans la société, l’homosexualité, la peine de mort, la séparation du politique et du religieux ou le rapport à la science. Ainsi, 29% des musulmans pratiquants rejettent le darwinisme, 25% refusent d’avoir un enseignant homosexuel, et 22% des musulmans considèrent devoir rompre une amitié en cas d’homosexualité, contre 3% des non-croyants. Et ils sont 38% de musulmans pratiquants à considérer que la loi religieuse est plus importante que la loi civile (pour 29% de musulmans non pratiquants, ce chiffre tombant à 19% pour les catholiques pratiquants et 8% pour les catholiques non pratiquants).

Ce constat amène les auteurs de l’étude à conclure que « les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent pour être engagées dans un processus de réactivation du religieux. Face à leurs concitoyens qui sont sortis, non sans mal de l’emprise de la religion, celles-ci apparaissent porteurs d’une foi tout à la fois très traditionnelle et très affirmative. »

Il peut dès lors sembler paradoxal que, comme de nombreuses enquêtes le soulignent, les musulmans votent préférentiellement pour deux partis situés à gauche de l’échiquier politique belge francophone, le PS et le PTB. Ce qui se traduit sans doute par un phénomène de renforcement réciproque, où les partis traditionnellement considérés comme progressistes n’hésitent pas à flirter avec un tissu associatif proche des Frères musulmans très actif à Bruxelles, ou intègrent en leur sein des tenants d’un islam conservateur, voire rigoriste, au nom d’une conception de la liberté religieuse qui renforce précisément ces tendances les plus conservatrices. Tout cela, bien entendu, au nom de la liberté de conscience.

Erdogan, le sultan voyou


Les invectives à répétition dont le président turc Erdogan abreuve Emmanuel Macron ont sans doute une visée politique: faire de la Turquie une puissance mondiale et de lui-même un nouveau calife. Elles sont aussi le reflet de son caractère profond, celui d’un homme élevé à la fois à l’école islamique et à l’école de la rue. 


« Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale. » Ces mots du président turc Recep Tayyip Erdogan à l’adresse d’Emmanuel Macron mettent en évidence le style personnel de l’homme qui préside au destin de la Turquie sans interruption depuis le début du XXIe siècle et la marque qu’il imprime aux relations franco-turques.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le trumpisme avait tout de même du bon

Pour comprendre Erdogan, pas besoin de maîtriser le turc, apprendre un seul mot suffit : kabadayi. Ce terme désigne un « fier-à-bras », un zeste voyou, bref celui qui s’impose dans le quartier – qu’on appellerait aujourd’hui en français « petit caïd ». Il résume parfaitement l’homme et son histoire, mais aussi l’essence de son charisme, le secret de son pouvoir politique.

Un détricotage minutieux des réformes kémalistes

Erdogan est né en 1954 dans une famille de migrants caucasiens. Une ascendance si ordinaire qu’elle est devenue proverbiale, « si tu grattes un Turc, tu trouves un Caucasien », dit-on en Turquie. Comme des millions d’autres familles, les aïeux d’Erdogan ont fui leur terre natale devant l’inexorable avancée de l’Empire russe. Ils se sont installés dans les quartiers populaires d’Istanbul et des autres grandes villes de l’ouest de la Turquie. Élevé dans ce milieu très provincial, Erdogan a reçu une éducation imbibée de valeurs traditionnelles (domination masculine appuyée et culture de l’honneur) et encadrée par une pratique assidue de l’islam. Ces milieux populaires conservateurs et farouchement antirépublicains étaient totalement insensibles aux réformes d’Atatürk. Dès que l’ouverture démocratique du régime l’a permis, ils ont chassé du pouvoir Ismet Inönü, le successeur attitré de Mustafa Kemal, pour le remplacer par Adnan Menderes. Arrivé au pouvoir en 1950, ce dernier s’est empressé de détricoter les réformes kémalistes, vidant ainsi la laïcité turque de son sens. Pour ses électeurs, Menderes incarnait l’homme de foi, défenseur du peuple et du libre-marché face à la dictature laïciste et athéiste d’un État bureaucratique et interventionniste soutenu par des élites composées de traîtres occidentalisés.

C’est ainsi qu’à la rentrée 1951, le gouvernement Menderes a permis la réouverture des écoles imam Hatip, réseau d’écoles religieuses privées dont la fermeture par Atatürk une vingtaine d’années plus tôt avait été l’une plus importantes mesures de laïcisation. Dans un climat de guerre froide et de haine anti-Russes – ennemis de toujours devenus en prime communistes et athées –, l’armée, pourtant garante de la laïcité, a choisi face à l’URSS de nouer avec l’islam une alliance de circonstance. Le loup a donc été réintroduit dans la bergerie. Erdogan et nombre de ceux qui dirigent aujourd’hui la Turquie ont été scolarisés dans ces écoles où l’islamisme est la continuité naturelle et la conclusion logique d’un islam vécu comme une religion, une idéologie et une civilisation.

À lire aussi, François Dubreil: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Menderes a fini par épuiser la patience des généraux. En 1960, il a été renversé par un putsch, avant d’être exécuté un an plus tard. Pour Recep Tayyip Erdogan, alors âgé de sept ans, c’est le drame de sa vie. « Mon père, racontera-t-il quarante ans plus tard, avait apporté à la maison une revue avec des photos de cet homme qui marchait à la potence. Pour mes parents, ce furent des instants de grande émotion. » Le souvenir de l’homme en chemise condamné à mort, les mains liées dans le dos et du chagrin de ses parents accompagneront Erdogan tout au long de sa vie et de sa carrière politique, commencée à la fin des années 1970.

La taqqiya à tous les étages

Dans les rangs de la mouvance islamiste turque fortement inspirée par les Frères musulmans, Erdogan a tout pour réussir. Formé à l’école islamique, mais aussi à celle de la rue, le kabadayi est un excellent footballeur : le « Beckenbauer de Kasipacha » a failli intégrer le Fenerbahçe mais son père a dit yok, niet. À 13 ans, il vend des simit (des pains ronds au sésame qui ressemblent à de gros bagels) pour se faire de l’argent de poche. Ce dur à cuire au mental d’athlète de haut niveau a en plus un vrai talent d’orateur, il connaît par cœur un grand nombre de poèmes et déclame comme nul autre les versets du Coran. Très vite, il s’impose comme un chef et comme une tête politique. Il analyse les raisons de l’échec de l’islamisme turc et en tire les conséquences : taqqiya (dissimulation) à tous les étages et alliances de circonstances. Il avance masqué, jouant le musulman modéré dont tout le monde rêve et mobilise les libéraux turcs et l’Union européenne pour contrer le pouvoir des généraux, ultime rempart de la laïcité. La chose faite, en 2010, se retourne contre ses anciens alliés. En 2018, grâce à une modification de la constitution validée par référendum, il accède au pouvoir quasi absolu. Et toujours au service de la même idéologie.

À lire aussi, Cyril Garcia: Erdogan, sultan aux pieds d’argile

Pour ce chef du parti dont l’emblème est une ampoule, l’objectif est l’instauration d’un islam des lumières au sens littéral du terme : le Coran plus l’électricité, le conservatisme plus l’informatique, le capitalisme plus le voile, le stade de football et la mosquée, le nationalisme et l’oumma. La modernité est pour Erdogan une boîte à outils qui servira la revanche que lui et sa génération ont à prendre sur l’élite laïque qui a réprimé l’islam et sur l’élite occidentale qui l’a soutenue, les « Mon Cher » comme on les appelle en turc. Ce n’est pas un hasard si c’est un mot français qui exprime le mépris des kabadayi pour la civilisation occidentale et ses joyaux : la liberté des femmes et de conscience.

Le défenseur de tous les musulmans dans le monde

Dans ces conditions, on comprend mieux les attaques contre Emmanuel Macron, président « Mon Cher » par excellence. Le ton d’Erdogan – qui rappelle celui de Trump – résume son message politique. Certes, le président turc est un sanguin qui recourt naturellement à la provocation et à l’insulte, mais il reste un fin stratège qui surjoue le rôle du pieux-voyou pour s’ériger en défenseur des musulmans du monde, éternellement humiliés et offensés. Comme Ahmadinejad avant lui, Erdogan sait qu’il peut gagner des voix et des cœurs en flattant le penchant victimaire et les ressentiments des couches populaires.

À lire aussi, Alexandre Domovoï: A l’est, un petit front s’organise contre Erdogan

Ces succès faciles, Erdogan en a besoin. Lui qui a tout misé sur les Frères musulmans depuis le début des révolutions arabes enchaîne les échecs. En Syrie, sa politique a été un fiasco qui le met en porte-à-faux avec l’Iran et la Russie. Dans le monde arabe, il a fait de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats ses ennemis déterminés. Dans le bassin oriental de la Méditerranée, c’est un bloc composé d’Israël, Chypre, la Grèce, l’Égypte et la France qui se dresse à présent contre lui. En Libye, où il a remporté quelques succès militaires, il a tout misé sur le gouvernement de Tripoli mais risque, comme en Syrie, de quitter la table mains et poches vides. Pour ne rien arranger, une crise économique profonde secoue la Turquie et touche durement sa propre base populaire.

Après presque deux décennies de pouvoir d’Erdogan, la Turquie est faible et isolée. Seul dans le palais de mille pièces qu’il a fait construire à Ankara, rejeté par presque la moitié de l’électorat turc (en 2014 et 2018, il a été élu avec à peu près 52 % des suffrages), Erdogan revient à sa nature profonde de kabadayi. Aux défis du monde, il répond par des roulements de mécaniques et par une fuite en avant dans la surenchère nationaliste, islamiste et narcissique.

Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

0

Les projets de Monseigneur Aupetit pour la rénovation de Notre-Dame de Paris ne sont pas au goût de l’académicien Jean-Marie Rouart


Quelques précisions pour commencer afin de rendre plus clair ce qui va suivre. La chirurgie esthétique a pour mission de réparer les outrages du temps. On retendra la peau d’un cou affaissé par les années. On effacera telle ou telle ride jugée disgracieuse. Mais on s’abstiendra de porter le scalpel sur un visage demeuré éternellement jeune !

Ensuite, rappelons que Notre-Dame est comme son nom l’indique notre. Elle est à nous tous: croyants, non-croyants, catholiques, athées. Les droits de propriété que s’arroge sur elle l’archevêque de Paris sont donc parfaitement contestables.

Mgr Aupetit est un prélat résolument moderne et progressiste. Il a donc décidé, pour sacrifier aux goûts du jour et aux siens, de retaper Notre-Dame pour la mettre en conformité avec ce qu’il juge être la mode. Et surtout il a eu à cœur de faire la peau de ce vieux réac de Viollet-le-Duc. Il envisage ainsi de faire appel à des artistes « contemporains » pour refaire les vitraux brûlés de la cathédrale. Les sièges détruits par l’incendie seront, selon ses vœux, remplacés par des bancs dont l’élaboration sera confiée à des designers modernes. Et sous la nef, il y aura même un parcours lumineux.

Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l'occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029
Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l’occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029

La fête qui s’annonce sera parfaite si pour la quête il est fait appel à des jeunes bonnes sœurs en tutu. Pour défigurer définitivement Notre-Dame, Mgr Aupetit devrait solliciter Jeff Koons et McCarthy les auteurs immortels du « Vagin de la Reine » et du « Plug anal ». Ils sont certes très chers. Mais pour Notre-Dame ils accepteront de travailler gratuitement car cela leur fera une pub d’enfer.

Pour renflouer les caisses un peu vides de l’archevêché, Mgr Aupetit organisera des spectacles son et lumières sur le parvis de Notre-Dame. On y verra Esmeralda incarnée par une migrante. Ce qui est aussi très tendance.

Bientôt Notre-Dame sera rafistolée et laide. Pour célébrer cet événement, il y aura une messe conduite par l’archevêque de Paris. Rien que d’y penser ça donne furieusement envie d’aller prier à Saint-Nicolas du Chardonnet!

Chic, on peut tourner 20 km autour de la maison!

0

Ce second déconfinement se déroulera en trois étapes…


Les allocutions se suivent et se ressemblent. Les mêmes questions après les mêmes restrictions. Quelle appréciation le président de la République allait-il nous donner ? Quelles libertés allions-nous recouvrer ?

Se faisant le défenseur de l’art de vivre à la française, Emmanuel Macron n’a tout de même pas hésité à laisser les restaurateurs – entendez « les pestiférés » – fermer leurs portes encore deux mois. C’est le « en même temps » macronien !

A lire aussi: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Les restaurateurs peuvent pousser des cris d’orfraie, mais le peuple a un calendrier de sortie progressive du confinement. Trois dates : 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier 2021.

Le 28 novembre, les petits commerces rouvriront (mais n’oubliez pas votre attestation !). Les promenades et activités physiques seront permises dans un rayon de 20 kilomètres pour trois heures. 

Le 15 décembre, si la situation sanitaire le permet, le confinement sera à nouveau allégé. L’autorisation ne sera plus nécessaire pour se déplacer, mais un couvre-feu national de 21 heures à 7 heures sera instauré. Les salles de cinéma, les théâtres et les musées pourront rouvrir. Noël est sauvé, et papi et mamie pourront manger seuls dans la cuisine. 

Enfin, le 20 janvier, il sera alors question d’ouvrir les restaurants et les salles de sport. Quant aux lycées, ils pourront être pleinement ouverts. Et le couvre-feu national sera levé. 

Si Emmanuel Macron a dissipé les doutes et les craintes autour de l’éventualité d’une vaccination obligatoire, il est toujours étonnant de voir notre président de la République faire fi des spécificités locales. Dès la fin du premier confinement, le maître-mot était « adaptation ». Aujourd’hui, il n’est même plus évoqué. Une preuve de plus que le déconfinement de mai fut très mal préparé.

Elisabeth Lévy réagit à la dernière adresse du président français sur Sud Radio
« Encore cette folie réglementaire et son cortège d’absurdités »

Expulsions: l’État de droit dans le mur

0
Le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, 18 septembre 2019.© Stephane de Sakutin/AFP

Ancien préfet, Michel Auboin connaît de l’intérieur les rouages et chausse-trappes du système administratif chargé de l’expulsion des étrangers dangereux. Son constat: aujourd’hui ces rouages sont grippés à cause d’un transfert de pouvoir des élus et des fonctionnaires vers les juges. Encore un mauvais coup des énarques!


Pour répondre à l’émotion légitime des Français, le ministre de l’Intérieur a annoncé des mesures immédiates. Les préfets sont à la manœuvre et la manœuvre est délicate, car les actes de police administrative qu’on leur demande de prendre sont semés d’embûches et de chausses-trappes. L’une de ces mesures concerne la fermeture de la mosquée de Pantin. La fermeture d’un lieu de culte où est prêchée l’incitation au crime terroriste est prévue à l’article L. 227-1 du Code de sécurité intérieure et elle est régulièrement utilisée. Mais, comme elle touche « à la liberté de conscience et au libre exercice des cultes », le Conseil constitutionnel l’a fortement encadrée. Elle ne peut, ainsi, excéder six mois. Dans un pays comme le nôtre qui compte plus de 2 500 mosquées et un grand nombre de salles de prière, on ne voit pas bien en quoi la fermeture de l’une d’entre elles nuit à l’exercice du culte. Personne ne s’émeut de la fermeture d’une gare, qui nuit pourtant à la liberté de se déplacer, ou de celle d’un commerce essentiel à l’alimentation des habitants en milieu rural.

Le Conseil constitutionnel est animé par d’éminents membres du Conseil d’État, la plus haute instance de la juridiction administrative, dont toute la jurisprudence, depuis des décennies, consiste à défendre les droits des usagers contre l’empiétement de l’administration. Cette jurisprudence a créé un corpus juridique qui verrouille et encadre l’élaboration de la norme, qu’elle émane de la représentation nationale élue par le peuple (la loi) ou du gouvernement en charge de diriger le pays (le règlement). Ce verrou est d’autant plus puissant que les mêmes membres du Conseil d’État, sortis premiers de leur promotion de l’ENA, occupent dans l’administration les postes les plus en vue et que certains finissent même Premier ministre. Tous les directeurs d’administration centrale redoutent le passage d’un texte qu’ils doivent défendre devant cette « haute » assemblée qui gère le dialogue comme un grand oral. Je n’ai pas fait exception à la règle.

Le Conseil constitutionnel est un verrou puissant

De décision en décision, le Conseil constitutionnel, faisant de la Constitution une lecture parfois contestable, a déplacé le curseur qui permettait d’assumer le juste équilibre entre la défense des intérêts collectifs – ce que nous appelions auparavant l’intérêt général – et les libertés des individus. Ce faisant, il a privé le décideur politique (le ministre) ou administratif (le préfet ou le maire) d’une grande partie de son pouvoir. Il le soumet à tout moment au contrôle du juge. Il multiplie les voies de recours qui entravent son action. On est arrivé à cette situation absurde où l’administration, convoquée comme coupable dans les procès engagés par des tiers, est contrainte de prendre des avocats pour se défendre.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine, est menacée d'une fermeture administrative de 6 mois © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine, est menacée d’une fermeture administrative de 6 mois © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004

Les autres mesures prises par les préfets à la demande du ministre de l’Intérieur (il n’existe plus beaucoup de mesures que les préfets prennent de leur propre chef) concernent le droit des étrangers. Dans ce domaine, l’action est plus compliquée encore, car la loi a ajouté au contrôle du juge administratif celui du juge judiciaire, investi du rôle de « juge des libertés ». Le ministre a annoncé des expulsions, mais en l’écoutant attentivement, les spécialistes ont compris qu’il ne parlait pas d’expulsion, mais de reconduite à la frontière, ce qui n’est pas la même chose. La reconduite à la frontière concerne les individus de nationalité étrangère vivant en France en situation irrégulière. Ce sont pour l’essentiel des étrangers qui ont passé la frontière sans en avoir été autorisés (des clandestins) ou des déboutés du droit d’asile invités à quitter la France, mais qui y sont restés. L’expulsion concerne, en revanche, des étrangers admis à séjourner en France. Cette confusion a conduit plusieurs commentateurs de la presse télévisée à soulever, par ignorance, la question enterrée de la double peine, sans comprendre que la reconduite de personnes incarcérées n’est pas un effet de leur condamnation, mais de leur situation au regard du droit au séjour. La plupart des prisonniers en situation irrégulière font l’objet d’une mesure de reconduite, parce que l’administration, les ayant sous la main, préfère les cueillir à la sortie de leur détention plutôt que d’attendre qu’ils se soient volatilisés dans la nature. De ce point de vue, la portée de l’annonce est assez relative.

A lire aussi, Gil Mihaely: Erdogan, le sultan voyou

Répondre aux actes criminels de l’islam politique par des mesures de police des étrangers ne suffit pas à éradiquer le mal, car nous savons, depuis longtemps, le loup dans la bergerie. Une grande majorité des agitateurs, des sympathisants et des exécutants/exécuteurs de l’islam politique est de nationalité française. Beaucoup sont même des Français d’origine française. Mais il va de soi que commettre un crime dans un pays où l’on ne vit que comme invité ne mérite aucune clémence.

Peu de reconductions pour les étrangers en situation irrégulière

Les reconduites à la frontière sont mises en œuvre par les préfets et leurs services. Il faut reconnaître que, dans ce domaine, le gouvernement fait mieux que les précédents. Pourtant, les difficultés de procédure ne manquent pas. En 2018 (ce sont les derniers chiffres connus), 110 000 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés, 39 400 ont été placés en centre de rétention administrative (dont 25 300 en métropole), mais seuls 15 700 ont été effectivement reconduits, dont seulement 7 300 vers des pays autres que ceux de l’Union européenne. Cette incroyable déperdition est liée à toute une série de facteurs. Dans près de la moitié des cas, l’administration n’a pas réussi à récupérer à temps le laissez-passer consulaire (LPC) qui permet à l’étranger de prendre l’avion ou le bateau, ce dernier ayant pris soin de faire disparaître son passeport. Certains pays rechignent, et on les comprend, à fournir ce document pour ne pas avoir à accueillir chez eux des individus hautement indésirables. Beaucoup contestent même leur nationalité, y compris lorsque tout les désigne. Et la France ne dispose, en la matière, d’aucun fichier fiable.

Grâce à un meilleur dialogue avec les États concernés, la délivrance des LPC a été améliorée, mais elle est loin d’être satisfaisante. Si l’on prend l’exemple de l’Algérie, pourtant le premier pays d’émigration vers la France, seuls 1 800 éloignements ont été exécutés sur 13 900 mesures prononcées. Le Quai d’Orsay, sur ce point, devrait montrer plus d’empressement à accompagner les démarches du ministre de l’Intérieur.

Manque de diligence des pays d’origine

Mais le problème ne tient pas qu’au manque de diligence des pays d’origine, il tient aussi aux délais qu’on leur impose, contraints eux-mêmes par la durée de la rétention. Quand la référence européenne est de dix-huit mois, la France, elle, n’applique qu’une durée maximale de quatre-vingt-dix jours (elle a doublé en 2018). Et si elle ne peut faire mieux, c’est parce que les centres de rétention sont saturés et qu’il n’est pas prévu d’en construire d’autres. Nous sommes là dans la même situation que pour les prisons ou les centres éducatifs fermés, la question des murs conditionne les orientations politiques. La construction coûte trop cher dans un pays qui perd chaque année une partie de ses capacités d’investissement. La question est d’autant plus incompréhensible que les entreprises françaises construisent partout en Europe des centres adaptés et moins coûteux. Avec seulement 23 centres de rétention, en métropole, pour 1 571 places, la France ne possède que 4,7 % des capacités de l’Union européenne, alors qu’elle est le premier pays d’accueil des demandeurs d’asile. Il faut donc en construire et trouver un mode de gestion plus économe (le coût de fonctionnement est de 215 millions d’euros par an), en confiant au secteur privé ce qui ne relève pas stricto sensu de la compétence de la police.

Comparée à la reconduite, l’expulsion est rarement mise en œuvre

L’obstacle des LPC n’est pas le seul. Les personnes placées en rétention sont invitées à saisir à la fois le juge judiciaire, sur le fondement de la privation de liberté, et le juge administratif, sur la légalité de la mesure prise par le préfet. En 2018, 4 600 étrangers ont été libérés par un juge judiciaire, 1 750 par un juge administratif. Par ailleurs, même si le droit l’autorise, il devient de plus en plus difficile d’éloigner des familles entières, et donc des parents, cette position de principe étant intervenue pour répondre aux exigences d’associations issues du corps enseignant.

Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.
Place de la République à Paris, le 23 novembre 2020 © MICHEL SETBOUN/SIPA Numéro de reportage: 00992241_000006.

Comparée à la reconduite, l’expulsion est rarement mise en œuvre. Elle concerne à titre principal les étrangers en situation régulière qui présentent une menace grave pour l’ordre public, qu’ils aient été ou non condamnés. Les activités à caractère terroriste sont précisément visées par le Code. La personne menacée par une procédure d’expulsion est convoquée devant une commission d’expulsion, qui se réunit au tribunal de grande instance et comprend son président, un magistrat de l’ordre judiciaire et un magistrat de tribunal administratif. J’ai un souvenir assez cuisant de cette procédure. Elle concernait un imam considéré comme très dangereux officiant dans une salle de prière de la région parisienne. N’ayant jamais auparavant participé à une commission, je pensais m’y retrouver entre personnes de bonne compagnie. Je fus mis au banc des accusés, mortifié, obligé de justifier une mesure qui tombait pourtant sous le sens, quand le prévenu, de son côté, était interrogé avec égards. Les rapports émis sur l’individu provenaient d’un service de renseignement non autorisé à les signer, et les juges n’entendent pas les arguments formulés par des institutions anonymes. Heureusement pour moi, ce sinistre personnage avait fait violer sa fille de 13 ans pour la marier de force et cet acte odieux a fini par emporter la conviction du juge.

Il est parfois difficile d’être seul contre tous, quand vous savez de surcroît qu’une mesure prise en application d’un texte de loi peut être contestée par votre ministre lui-même parce qu’entre-temps un groupe de pression influent a fait valoir son point de vue. Tout en sachant qu’on vous reprochera une absence de mesure si cette défaillance conduit à un acte criminel, comme l’a appris à ses dépens un ancien préfet de Lyon.

Nelson prend l’eau

0
Statue de Nelson. © D.R.

Le vice-amiral Nelson, accusé de complicité avec le commerce d’esclaves, est la cible des militants de Black Lives Matter. Il rejoint Napoléon son ennemi de toujours.


Le vice-amiral Nelson, du haut de sa colonne à Trafalgar Square, regardait passer les iconoclastes emmenés par Black Lives Matter. Au cœur de Londres, ceux-ci s’en prenaient aux statues des figures historiques accusées de complicité envers le commerce d’esclaves au xviiie siècle (ou taxés de racisme, comme l’ignoble Winston Churchill). Dans The Guardian, une éditorialiste vigilante s’était occupée de rétrécir le héros national, qualifiant Nelson de « suprémaciste blanc ». Mais, à 50 mètres d’altitude, la sculpture du vainqueur de Trafalgar était à l’abri des crachats.

Une fausse lettre comme mobile…

Les néo-abolitionnistes ont trouvé une statue plus à leur portée. Ils ont attaqué l’amiral stratège boulonné près de la cathédrale de Norwich (Norfolk), Nelson étant un enfant du pays. Lors de son arrestation, la jeune vandale auteur des dégradations de la sculpture a expliqué qu’elle voulait ouvrir le débat. Le vandalisme comme préliminaire à la discussion, c’est très tendance.

Pourquoi s’en prendre à Nelson, qui n’a jamais possédé ni transporté d’esclaves ? À cause d’une lettre qu’il aurait écrite à bord du Victory le 10 juin 1805 : adressée à un propriétaire de plantations en Jamaïque, elle trahirait son soutien aux négriers. Or cette lettre est une contrefaçon. Une copie de l’originale figure à la British Library. Au jeu des différences, on ne trouve pas moins de 25 erreurs dans cette version apocryphe publiée en 1807 par les anti-abolitionnistes, désireux de mettre le prestige de feu Nelson au service de l’esclavage.

À lire aussi, François-Xavier Ajavon: La politique du socle vide

Martin Downer, fin connaisseur de la correspondance de Nelson, affirme qu’il n’y a, parmi ses 8 000 lettres, pas une once de racisme, si ce n’est vis-à-vis des Français qu’il haïssait passionnément… Or, en France, on veut déboulonner Napoléon. L’internationale progressiste aura réussi ce tour de force de faire de Bonaparte et Nelson des alliés objectifs dans cette aberrante « guerre culturelle ».

Tous gros!

0
Une plaque commémorative dans un restaurant KFC à Paris, après le passage des stars américaines Kim Kardashian et Kanye West en 2020. © SEVGI/SIPA Numéro de reportage : 00964077_000007.

Le confinement fait craindre une augmentation de l’obésité de nos ados


Le Figaro s’émeut : la sédentarité des adolescents, dit Delphine Chayet, atteint des niveaux alarmants. Et de parler d’ « épidémie silencieuse », parce que les 11-17 ans passent désormais devant des écrans le double du temps qu’ils consacrent au sport — et sans doute bien davantage. Sans compter le confinement, qui oblige à la paresse, particulièrement chez les plus pauvres, ceux qui n’ont pas la place d’installer un vélo d’appartement — ou le partagent à douze.

Notez qu’avec un peu de chance, l’ascenseur de leur HLM est en panne. Une bonne occasion de faire de l’exercice. Toute plaisanterie mise à part, les gosses les plus démunis sont les heureux gagnants d’une loterie à double tirage. Privés de cours et de culture, ils sont en même temps assignés à obésité.

Un cardiologue de Rennes, le professeur François Carré, parle de « bombe sanitaire à retardement ». « À long terme, le manque d’exercice va favoriser une augmentation à bas bruit des niveaux d’inflammation et de stress oxydatif à l’origine de la plupart des maladies chroniques comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, la dépression et certains cancers. » Étonnez-vous que le centre anti-diabétique de Marseille ait été construit dans les quartiers Nord, là où la misère se nourrit de sucres rapides… Sans compter que les habitudes prises à dix ans ont tendance à se perpétuer. « Un enfant assis sera un adulte assis ». Belle formule, qui rappelle ces enfants battus qui deviennent des adultes batteurs. Gros culs un jour, gros culs toujours. Est-ce en prévision de cette mutation physiologique que les sœurs Kardashian, avec leurs postérieurs de fermières, sont devenues des modèles callipyges ?

C’en est bien fini des « cintres » que Lagerfeld voulait pour ses défilés, adolescentes filiformes importées de pays de l’Est mal remis de l’Holodomor. Et retour général des Vénus hottentotes de toutes origines. Les petits boudins, hin hin hin, chantait jadis Dominique Walter. Demain, nous serons tous gros tas. Et gros tas dépressifs. Les centres d’aide psychologique reçoivent des centaines d’appels d’étudiants confinés, de moins en moins capables de suivre des cours distribués dans des conditions acrobatiques, privés des petits boulots qui les faisaient vivre, enfermés dans 9m2, et suicidaires à court terme. Plus vieux, on a tendance à compenser l’absence des autres — le gouvernement, qui compte tant de ministres intelligents, a manifestement oublié que l’homme est un animal grégaire — en se jetant sur les nourritures compensatrices. Fin du « régime crétois », et bonjour Nutella. Les ventes de saloperies arrosées à l’huile de palme ont augmenté très significativement pendant le confinement — près de 50% en sus. Et habitude prise, habitude perpétuée. Mais on ne doit pas savoir cela, dans les cantines des ministères, où les nourritures restent raffinées et les vins de qualité…

À noter que nombre de cantines scolaires, qui délivraient souvent le seul repas chaud et équilibré des enfants les plus déshérités, ont fermé, sous la pression des angoissés du virus. Un grand pas en avant dans la malbouffe.

J’avais l’habitude de marcher au moins une dizaine de kilomètres par jour. Me voici réduit à un aller-retour quotidien jusqu’au lycée où j’enseigne. Deux fois 15 minutes. Le reste du temps, pour compenser l’ennui massif né du manque de divertissement — le gouvernement, qui compte tant d’esprits supérieurs, a manifestement oublié de relire Pascal —, je cuisine : là aussi, adieu les salades et bonjour couscous, cassoulet et choucroute. Lipides et glucides vont en bateau, je tombe à l’eau.

Nos gouvernants, hantés par la mémoire de l’affaire du sang contaminé, se bardent de précautions pour éviter qu’on les traîne en justice : le Covid ne passera pas ! Pas par eux !

Mais le diabète, les décompensations psychiques, les suicides, l’obésité galopante, la destruction rapide des corps envahi par des graisses opportunistes — de tout cela aussi on devra exiger des comptes. « Ne négligez pas votre santé ! » disent les médecins, « n’hésitez pas à consulter ! » Oui — sauf que les hôpitaux postposent les opérations considérées comme non urgentes. Voici deux mois qu’une amie se balade avec les tendons du pied arrachés, et que l’opération qui devait les rattacher est indéfiniment reportée — broutilles que cela ! Elle boitera à vie, mais qu’importe ! On aura au moins conservé un lit vide, au cas où. Merci, Olivier Véran !

Il est temps d’en finir avec ces restrictions qui seront à terme dévastatrices en termes de santé publique. Oui, mais le Covid ? Nous le combattrons bien mieux en nous activant, en ayant une vie sportive et un moral d’acier, qu’en jouant, comme on dit éloquemment en anglais, aux couch potatoes. Mais c’est peut-être cela, l’idéal de la société post-libérale. Une France peuplée d’obèses, vautrés sur leurs canapés, et vivant de sucreries bon marché achetées avec un salaire universel de misère. Comme disait Houellebecq, le monde d’après sera le même, mais en pire.

Voilà pourquoi nous défendrons l’instruction en famille jusqu’à la victoire

0
Enfant travaillant à la maison, le 7 mai 2020, Gace, France. © RAPHAEL BLOCH/SIPA Numéro de reportage : 00960941_000002

Une tribune d’Anne Coffinier, Présidente de l’association Créer son école – Educ’France et fondatrice de la Fondation Kairos


L’instruction en famille pointée du doigt

Il fallait oser le faire : interdire le régime déclaré de l’instruction en famille parce qu’on veut qu’il n’y ait plus en France d’enfants exposés à des formes non déclarées d’instruction, échappant de ce fait à tout contrôle de l’État ! C’est pourtant ce que proposent les articles 18 à 20 du projet de loi confortant les principes républicains, qui sera présenté le 9 décembre prochain en Conseil des ministres. Cela défie toute logique, puisque cette loi repose sur un raisonnement absurde: prétendre mieux contrôler les enfants non déclarés en supprimant l’un des quatre régimes d’instruction dûment déclarés et contrôlés, l’instruction en famille, instaurée par Jules Ferry lui-même en 1882 ! C’est sans doute pour cela que nos interlocuteurs des cabinets ou de la haute administration place Beauvau et rue de Grenelle se montrent jusqu’à présent incapables d’expliquer le but recherché par cette mesure. Tout au plus, avancent-ils qu’il s’agirait de repérer des enfants qui seraient actuellement « hors de tout radar », qui ne seraient ni en école publique, ni en école privée sous ou hors contrat, ni dans le régime déclaré de l’instruction en famille. Il y aurait « des trous dans la raquette ». Il est facile alors de leur faire remarquer que les enfants scolarisés dans le cadre du régime légal et réglementé de l’instruction en famille ne peuvent pas être concernés par leur inquiétude puisque précisément ils sont déclarés et connus de l’administration qui peut donc les inspecter autant de fois qu’elle le souhaite.

À lire aussi, Aurélien Marq : Le projet de loi “confortant les principes républicains” ne tourne-t-il pas autour du pot?

Comment comprendre qu’aucune disposition dans ce projet de loi ne concerne l’Éducation nationale, en particulier les enfants absentéistes ou décrocheurs, qui ne sont scolarisés que de manière erratique ? L’État n’est alors pourtant plus capable de garantir leur accès à l’instruction. De plus, ils sont les premiers exposés aux influences islamistes. De même, on ne trouvera pas un mot sur les établissements scolaires musulmans, auxquels l’État a accordé un contrat donc des financements publics, alors qu’ils sont ouvertement rattachés aux très sulfureux Frères musulmans : l’école Eva de Vitray, le collège Al Kindi à Lyon, le lycée Averroès à Lille, le groupe scolaire Ibn Khaldoun à Marseille, etc.

Les mots « islamisme » et « séparatisme islamiste » ont disparu du projet de loi

Plus fondamentalement, on notera que les mots d’« islamisme » ou de « séparatisme islamiste » n’apparaissent même pas dans un projet de loi que le président de la République lui-même nous avait dit leur être consacré. Comment pourrait-on arriver à gagner une guerre contre un ennemi qu’on s’interdit de désigner précisément ? On risque de livrer inconsidérément les musulmans, en tant que personnes, à la vindicte populaire sans pour autant avancer d’un iota dans la lutte concrète contre le séparatisme islamiste. Par contre, et l’on peut se demander à l’intention de qui ce lot de consolation a été octroyé, c’est le mot « famille » que le projet de loi veut éradiquer dans le Code de l’éducation. Ainsi, s’il prévoit quelques cas de dérogations à l’obligation de scolarisation en école, ce n’est plus pour permettre « l’instruction en famille » d’enfants porteurs de handicap ou sportifs de haut niveau, mais pour leur accorder un droit, valable pour un an seulement, et sur autorisation expresse de l’État, à recourir à « l’instruction à domicile ». Même si cette loi affirmait ouvertement lutter contre les formes de séparatisme islamiste auxquelles certains enfants pourraient être exposés, nous ne pourrions pas davantage retirer à tous les parents le droit d’instruire leurs enfants en famille, de peur que ce droit ne soit dévoyé par certains, et encore moins de peur qu’il existe « quelque part » des enfants non déclarés ou scolarisés mais absentéistes et décrocheurs.

Les atteintes contre les principes républicains et la propagande islamiste est bien plus largement diffusée sur Internet que dans les lieux d’instruction des enfants.

La mesure d’interdiction de l’instruction en famille, outre qu’elle est illogique, est manifestement disproportionnée. Dans un État de droit, on ne peut réduire qu’avec une infinie précaution les libertés des citoyens. S’il reconnaît le caractère constitutionnel de l’instruction en famille comme c’est hautement probable, le Conseil constitutionnel ne pourra que censurer de telles atteintes à un droit qui a reçu un baptême on ne peut plus républicain des mains de Jules Ferry lui-même et qui n’a jamais été remis en cause en 138 ans. Constitutionnelle ou simplement législative, l’interdiction de l’instruction en famille ne doit de toute manière pas conduire à des atteintes disproportionnées aux libertés. Est-il vraiment raisonnable de supprimer la liberté de tous par peur qu’une poignée de gens en mésusent ? Les atteintes contre les principes républicains et la propagande islamiste est bien plus largement diffusée sur Internet que dans les lieux d’instruction des enfants ; nul n’a jamais pensé pour autant à interdire Internet ou à soumettre la publication des articles à un régime d’autorisation préalable ! Nous parlons tout de même qu’un droit qui est consacré par l’article 26-3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui rappelle que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

La capacité de chaque parent à protéger son enfant

En se proposant de retirer ce droit aux parents, le gouvernement ne semble pas prendre la mesure de ce à quoi il s’en prend : il touche à ce qu’il y a de plus viscéralement sacré pour chaque homme et chaque femme : son enfant. Et si les parents ressentent le besoin pour le protéger ou mieux l’épanouir de ne pas ou de ne plus le confier au système scolaire, rien ni personne ne pourra les en empêcher. Nul doute qu’ils n’hésiteront pas à rechercher la responsabilité pénale de l’État devant les tribunaux avec une pugnacité supérieure à ce qu’on voit pour la Covid-19. Et vous qui me lisez, si demain votre enfant est harcelé à l’école, l’y laisserez-vous parce que la loi vous a retiré le droit de le déscolariser ? Si votre enfant à haut-potentiel végète à l’école parce qu’elle ne répond pas à ses besoins cognitifs et psychologiques, l’y maintiendrez-vous au risque de le voir sombrer dans l’échec scolaire et la dépression ? Nous avons tous besoin d’alternative. En 1984, les Français sont descendus par millions défendre l’école libre que Mitterrand voulait éradiquer à l’absorbant dans un grand service public unique. Aujourd’hui, ce qui est en jeu est encore plus fondamental : c’est la place de la famille aux côtés de l’enfant, c’est la capacité de chaque parent à protéger son enfant.

Les parlementaires ne s’y trompent pas. Ils sont déjà 130 à s’être positionnés contre cette mesure liberticide. Les auditions, manifestations, et consultations juridiques se multiplient. La liberté d’enseignement inclut le choix d’instruire en école ou en famille son enfant. Il serait proprement irresponsable d’interdire l’instruction en famille alors que la crise sanitaire de la Covid a montré que cela pouvait être un recours précieux, et que les difficultés de l’Éducation nationale à assurer un niveau de sécurité et d’enseignement suffisant dans tout point du territoire sont aujourd’hui reconnues par l’État lui-même. Au regard de cette situation, il est franchement malvenu de tirer sur l’ambulance qu’est l’instruction en famille et les établissements libres hors contrat. Alors, mobilisons-nous pour défendre notre légitimité en tant que parents et de veiller sur le bien de notre enfant face aux Danton au petit pied qui s’imaginent que l’enfant appartient à l’État alors qu’il n’appartient qu’à lui-même et que nous lui devons collectivement la sécurité et l’accès à la connaissance.

Pays-Bas : Thierry Baudet se bat pour sa survie en politique

0
Thierry Baudet © Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40792088_000071

Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, concurrent principal de M. Geert Wilders, ne supporte plus les « procès par médias interposés », a-t-il annoncé lundi 23 novembre.


Thierry Baudet, le dandy de la droite dure néerlandaise, promis il y a peu à un grand avenir, se bat pour sa survie politique.

Ne supportant plus le « procès par médias interposés », il annonça sa démission le lundi 23 novembre. Pour se raviser peu après, laissant en désarroi le parti fondé par lui-même en 2017, le Forum voor (pour la) Democratie (FVD). C’est comme si Marine Le Pen quittait le Rassemblement national avant de changer d’avis et de préparer son retour.

Tout avait commencé au printemps par une  fronde au sein du FVD. M. Baudet aurait réagi trop mollement contre des membres de l’aile de la jeunesse de Forum, accusés de tweets, d’apps et de posts sur Instagram avec un contenu raciste, antisémite et homophobe.

Baudet, francophile et francophone, musicien de talent, fier des gouttes de sang indonésien dans ses veines, feignait d’abord que le sujet l’ennuyait. Il admonestait mollement les coupables et enjoignait le dirigeant des jeunes du Forum à mettre de l’ordre. Efforts restés sans effet, car des journalistes de la presse néerlandaise continuent de fouiner les tweets et apps de jeunes fans de « Thierry ». Spectacle quelque peu désolant, que celui des limiers de la presse d’un certain âge chassant les élucubrations d’adolescents ou post-adolescents qui, comme chacun sait, déconnent ferme sur les réseaux sociaux. Aussi n’est-il pas facile d’ établir si ces frasques racistes ou homophobes étaient de véritables professions de foi, ou des provocations mêlées d’humour potache.

Un doute que certains journalistes et commentateurs ne se permettaient pas, sûrs dans leur conviction que ses garçons et filles sont d’affreux fascistes tolérés, sinon encouragés, par M. Baudet en personne. Celui-ci fut traîné dans la boue d’une manière qui rappela le lynchage médiatique de M. Pim Fortuyn, assassiné pour ses idées en 2002.

Baudet refusa de désavouer « sa » jeunesse, plaidant pour une solution tres politicienne: l’instauration d’une commission d’enquête. Mais son cercle restreint commençait à le lâcher à mesure que les révélations sur ces scandaleux jeunots se succédèrent, exigeant notamment le renvoi de leur dirigeant, M. Freek Jansen. Cet ami intime et conseiller de M. Baudet avait été accusé de sympathies pour les nazis, qu’il niait. Quand ses plus proches collaborateurs exigeaient eux-aussi le renvoi de M. Freek Jansen, M. Baudet embrassa son camarade longuement devant les caméras en guise de pied de nez à ses détracteurs dans son parti et dans la presse. Quelques heures après, il annonça sa démission comme tête de liste et président du parti. Décision qu’il regretta un peu plus tard, quand il annonça sa volonté de revenir. Ce qui donnait lieu à des soucis sur son état mental.

Il est vrai que, ces derniers mois, M. Baudet avait fait preuve de lassitude sous le feu des médias dits sérieux qui en général le détestent copieusement. Au Parlement, où son parti n’occupe que trois des 150 sièges, M. Geert Wilders, son concurrent à la droite de la droite, dont le parti PVV en occupe vingt, lui vola la vedette. M. Baudet, écrivain d’un certain renom, ne semblait pas doué pour la politique pratique ou pour un rapport apaisé avec les médias. Qui ne cessèrent de lui reprocher ses contacts avec un dirigeant de l’alt-right aux Etats-Unis, son souhait que les Pays-Bas puissent rester une nation Blanche, son admiration pour MM. Poutine et Orban, sa rencontre avec le très admiré Jean-Marie Le Pen.…

Non sans raison, M. Baudet avait accusé les médias néerlandais de considérer sa curiosité comme un vilain défaut. Une rencontre avec un penseur fulgurant de l’extrême droite américaine n’équivaut pas à partager ses idées, répétait-il à satiété avant  de sombrer dans un certain morosité.

Et dans une folie autodestructrice, selon ses adversaires. Quand soudain il annonça sa volonté de revenir à la tête du parti, ses adversaires, furieux, lui interdirent l’accès au siège à Amsterdam. Pour être certains que M. Baudet n’y mettrait plus les pieds, les « putschistes », selon l’intéressé, firent remplacer la serrure. En même temps, ses derniers soutiens de poids  s’évaporèrent  après les révélations, venant d’ une sénatrice de son parti, que M. Baudet avait proféré des opinions tachées d’antisémitisme. Surtout en ce qui concerne George Soros et la ‘responsabilité’ de celui-ci dans la propagation du coronavirus. C’était le signal du départ des derniers cadres du parti.

Baudet reste populaire, cependant, parmi les membres ordinaires qu’il compte consulter sur son désir de retour. « Référendum », dont la date reste à déterminer, avec l’aval grinçant de ce qui reste de la direction, qui l’avait pourtant congédié.

Qu’il semblait loin, le temps pourtant proche quand son parti sortit vainqueur des élections provinciales fin 2019. Environ un million de Néerlandais avait opté pour les candidats de Forum voor Democratie, ce qui fit sensation dans un pays peu enclin au renouvellement en politique. Rétrospectivement, le triomphe portait en lui les germes de la chute de M. Baudet. Car son discours cette nuit-là, avec moult références au philosophe Hegel, la civilisation boréale et autres sujets incompréhensibles pour le Néerlandais moyen, mécontentait fort ses plus étroits collaborateurs. Thierry, disaient-ils en substance et en coulisses, aurait dû avoir la décence de se joindre à une soirée électorale festive et arrosée, au lieu de prendre ses électeurs par le haut. Critique encore feutrée, mais qui mena directement à l’implosion du parti dans laquelle la droite dure tendance intello avait fondé tant d’espoirs.

Les sondages prévoient que, pour les élections législatives de mars 2021, bon nombre d’électeurs déçus de M. Baudet vont jeter leur dévolu sur le très terre-à-terre M. Wilders. Pour beaucoup, c’est un retour au bercail. Leur flirt avec M. Baudet fut aussi intense que bref.

Article mis à jour le 04 décembre 2020. 

 

OUI-MÉ-LÉ-ZÔTRES !

0
Marche contre l'islamophobie, le 10 novembre 2019. © SEVGI/SIPA Numéro de reportage : 00931703_000026

Les critiques faites à l’encontre de l’islam provoquent un réflexe pavlovien : le « ouimélézôtres ». Or, les « zôtres » ont déjà fait leur autocritique depuis bien longtemps…


« C’est vrai, Madame la juge, mon client a tué et opprimé des millions de personnes et appelé à en tourmenter encore bien plus, mais il faut l’acquitter puisque d’autres ont fait pareil. » Étrange plaidoirie, que même l’inénarrable Jacques Vergès ou notre audacieux Garde des Sceaux n’ont, je crois, jamais osée.

Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé

Et pourtant ! Combien de fois n’ai-je pas entendu cette parodie d’argument venant de ceux qui tentent de défendre l’islam. « Ouimélézôtres »: oui mais l’Inquisition, oui mais les Croisades, oui mais la colonisation, oui mais l’esclavage, oui mais les Territoires Occupés, oui mais les bombardements par les États-Unis et leurs alliés, oui mais, oui mais, oui mais. Et bien sûr, tour à tour lamentation geignarde ou accusation rageuse, « pourquoi ne critiquez-vous toujours que l’islam ? » Peut-être parce que de nos jours l’islam est la seule idéologie présente sur notre sol (avec ses alliés « woke ») à remettre sérieusement en cause l’égalité des droits civiques entre les sexes, la liberté de conscience, et le droit de rechercher la vérité?

À lire aussi: Terrorisme: pour eux, c’est (toujours) la faute de la France!

Mais reprenons. Ceux qui, à mes critiques de l’islam, répondent « ouimélézôtres » seraient-ils prêts à aller jusqu’au bout de leur propre logique ? Accepteraient-ils d’être volés ou tués sous prétexte qu’il y a ailleurs dans le monde des voleurs et des meurtriers? Qu’il y a, même, des voleurs et des meurtriers impunis? Je crois raisonnable d’affirmer qu’ils refuseraient….

« Rien à voir avec l’islam ! » disent-ils…

Les crimes des autres ne sont pas une excuse, et ils le sont encore moins lorsque l’on prétend être « la meilleure communauté » (je sais, l’humilité n’est pas la caractéristique première de certains). L’argument a même un degré d’absurdité supplémentaire lorsqu’il est évoqué pour justifier une loi prétendument révélée par un dieu, dictée, éternelle et incréée. Allah ne saurait se prévaloir des crimes commis par des mortels livrés à eux-mêmes, pour justifier le fait qu’il prescrive à ses adeptes de commettre les mêmes crimes, voire pire – ou alors, il faudrait qu’il renonce à bon nombre des attributs que lui donnent généralement ses fidèles.

Il est très révélateur que, pratiquement comme un réflexe, les critiques faites à l’islam et/ou aux musulmans suscitent en réponse ce « ouimélézôtres », surtout lorsque ces autres sont déjà tout autant critiqués, voire – et c’est le plus intéressant – lorsqu’ils font déjà leur autocritique.

À titre d’exemple, on se souvient trop peu des mots de Jean-Paul II confessant en mars 2000 les fautes commises par l’Église pendant ses vingt siècles d’histoire, ou encore implorant en 2003 « le Seigneur tout-puissant pour sa miséricorde envers les fautes commises contre l’Homme, sa dignité et sa liberté, y compris par les fils de l’Église catholique. » À quand l’un des plus hauts dignitaires musulmans implorant le pardon pour tous les crimes commis par l’islam, ou par des musulmans, contre l’Homme, sa dignité et sa liberté? Il faudrait d’abord qu’il commence par admettre que les crimes commis au nom de l’islam est en parfaite conformité avec les enseignements de textes sacrés.

Le refus de l’autocritique

« Ouimélézôtres »: les zôtres sont capables de se préoccuper d’éthique et de morale, ils sont capables de se préoccuper du Bien et du Mal, et d’en débattre. Tant qu’il ne raisonnera qu’en termes de conformité aux prescriptions autoréférentes de ses textes, de permis et d’interdit, licite et illicite, halal et haram, l’islam ne pourra pas être à la hauteur de tous ces autres, et restera désespérément prisonnier de ce qu’il y a de pire en lui. Et ce pire, ces versets et ces « beaux exemples » jamais vraiment rejetés, jamais vraiment désavoués, ce pire est un crachat au visage de la dignité humaine, et une déclaration de guerre au monde entier.

À lire aussi, Aurélien Marq: Cé-pa-ça-li-slam !

« Ouimélézôtres »: parce qu’ils n’ont pas étouffé le sens moral au nom de l’obéissance, les zôtres ont pu apprendre et grandir. En d’autres temps, sans doute, Charlie Hebdo et Mila auraient été brûlés vifs ou embastillés, au nom du Christ ou au nom du Roi, mais plus aujourd’hui. Aujourd’hui, il n’y a qu’une seule religion au nom de laquelle on massacre pour des dessins. Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul dieu au nom duquel des dizaines de milliers d’adeptes appellent à violer et tuer une adolescente. Aujourd’hui, les seuls peuples à vouloir ces horreurs ne sont pas les peuples qui ont fait l’Occident.

« Ouimélézôtres »: les zôtres, voyez-vous, ont encore autre chose qui manque cruellement à l’islam et à trop de musulmans. Non seulement les zôtres ont fait et font leur autocritique, mais on constate quotidiennement qu’il est possible de critiquer ces zôtres sans être immédiatement accusé de zôtrophobie, sans être injurié, harcelé, menacé, agressé. Or, il y a un principe général que confirme l’observation de tous les totalitarismes, toutes les dictatures, et qui doit nous guider: la critique la plus urgente est toujours celle de ceux qui refusent d’être critiqués.

Les jeunes musulmans bruxellois frappés d’antilibéralisme social et culturel

0
Scene de rue dans le bas Molenbeek, au croisement des rue des quatre vents et Jean-Baptiste Decock, en 2017 © VIRGILIO MARTINI/SIPA Numéro de reportage: 00814077_000001.

Depuis 2006, les crimes antisémites sont, tant en Belgique qu’en France, le fait de musulmans radicalisés. Mais au-delà de ce constat brut, peut-on parler d’un antisémitisme musulman ? Et plus largement, quel rapport les jeunes musulmans entretiennent-ils avec les valeurs occidentales ? Une étude menée auprès des jeunes lycéens bruxellois tente de répondre à cette question.


Joël Kotek et Joël Tournemenne sont tous deux chercheurs au Centre européen d’études sur la Shoah, l’Antisémitisme, les Génocides[tooltips content= »Un laboratoire lié à l’Institut d’Études du Judaïsme près de l’Université Libre de Bruxelles »](1)[/tooltips]. Les résultats de leur étude intitulée « Le Juif et l’Autre dans les écoles francophones bruxelloises », publiés en octobre 2020 par la Fondation Jean Jaurès, révèlent un indéniable antisémitisme parmi les lycéens musulmans, mais aussi un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », autrement dit un positionnement nettement conservateur sur le plan des mœurs.

38 écoles secondaires francophones bruxelloises parmi les 60 tirées au sort (sur un total de 115 écoles) ont accepté de participer à cette étude ciblant les jeunes lycéens bruxellois. 1672 jeunes de 16 à 22 ans ont ainsi pu être sondés[tooltips content= »L’âge normal pour ce public est de 16 à 18 ans, mais il est fréquent en Belgique qu un élève doive recommencer une ou plusieurs années d études. »](2)[/tooltips], ce qui constitue un échantillon représentatif de la population scolaire bruxelloise francophone. Parmi ces jeunes, 649 (39%) se réclament de l’islam, et l’immense majorité de ceux-ci (537) se disent pratiquants. 451 (26%) sont non croyants, 418 (25%) sont catholiques (dont 201 pratiquants), 13 seulement sont juifs, et 76 « autres ».

Dans cette étude, les auteurs partent du constat selon lequel l’antisémitisme est depuis 1945 en Belgique « un angle mort », que même l’attentat de 2014 contre le musée juif situé en plein cœur de Bruxelles n’a pas levé. Ainsi, l’accord régional bruxellois de gouvernement conclu en juillet 2019 n‘a pas jugé opportun de citer l’antisémitisme parmi les maux spécifiques bruxellois, à la différence de « la stigmatisation due à un discours récurrent sur la radicalisation et le terrorisme ».

Les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent

De manière plus évidente encore, le lien entre islam et antisémitisme constitue un véritable impensé, auquel les auteurs avancent plusieurs facteurs explicatifs. Parmi eux, l’inclinaison « nettement à gauche » du monde des sciences sociales, qui suscite en son sein une répugnance à interroger « les préjugés d’autres populations discriminées ». Ainsi , l’antisémitisme, conformément à un logiciel politique mâtiné d’ « ethos antifasciste », ne saurait provenir que de l’extrême droite, tandis que les musulmans, dès lors qu’ils seraient les premières victimes de discriminations, seraient en quelque sorte immunisés contre le racisme et l’antisémitisme. Pourtant, comme le rappellent les auteurs, les 17 personnes assassinées depuis 2006 en France et en Belgique parce que juives ou supposées telles l’ont été par de jeunes musulmans radicalisés, comme Merah, Koulibali ou Nemmouche.

Les musulmans, premières victimes de discriminations?

L’étude permet en tout cas d’affirmer que c’est bien ainsi que l’islam est globalement perçu : 39% des non musulmans estiment que l’islam est la religion la plus persécutée, et ce chiffre monte à 65% pour les élèves musulmans sondés. Vient ensuite, quelles que soient les convictions religieuses des sondés, le judaïsme, puis le christianisme, et enfin l’athéisme.

Pourtant, rien ne vient corroborer ce sentiment. Au contraire, les statistiques montrent qu’en Belgique comme en France, depuis 2000, les actes antisémites sont proportionnellement plus fréquents que les actes antimusulmans, et ce alors que les Juifs représentent 0,23% à peine de la population belge, et les musulmans 6 à 7% (et plus de 30% de la population bruxelloise). De plus, la grande majorité des plaintes pour « islamophobie » se rapporte à des refus de port du voile, alors que les actes à caractère antisémite prennent souvent la forme d’agressions physiques.

A lire aussi: Molenbeek, l’arbre qui cache la forêt islamiste

Quant à l’étude proprement dite, interrogeant les sondés sur le caractère de « religion de paix et d’amour » de chacun des trois monothéismes, elle met en évidence le fait que l’islam est la religion qui jouit en réalité du plus grand capital de sympathie auprès des sondés, le judaïsme bénéficiant quant à lui de l’image la plus négative, et ce toutes confessions confondues. Seuls 2% des sondés non musulmans se déclarent d’accord avec l’énoncé selon lequel « Chaque musulman est un terroriste potentiel », et la tolérance religieuse la plus large semble régner parmi les élèves bruxellois : 39% des élèves non musulmans (et 71% des élèves musulmans) souscrivent à l’affirmation « Les musulmans doivent avoir la possibilité de vivre publiquement leur foi en Belgique et ce, sans la moindre restriction » – y compris l’autorisation du voile intégral.

On semble donc loin, à la fois dans la société en général et au sein de la jeunesse francophone bruxelloise, d’une quelconque persécution attestée des musulmans en tant que tels, sauf à considérer, à l’instar du Collectif contre l’islamophobie, que l’interdiction du port de signes convictionnels est en soi une discrimination anti-musulmane. De l’aveu même de ce collectif, en effet, « dans près de 76% des cas où le genre de la victime est connu, il s’agit d’une femme (…) C’est lié au port du foulard, un signe visible d’appartenance, mais pas seulement. » 

Un antisémitisme culturel

En revanche, les préjugés antisémites sont bien présents parmi la jeunesse bruxelloise de confession musulmane. L’étude révèle ainsi que pour 17% des sondés musulmans (et 13% des lycéens sondés, toutes confessions confondues), les Juifs constituent une race, mais aussi que 21% des musulmans sondés pensent qu’on a fortement exagéré le nombre de victimes juives assassinées par les nazis, et que 28% des musulmans sondés pensent que les attentats du 11 septembre 2001 sont l’œuvre du Mossad et de la CIA. Ils sont également plus de 35% à croire que « Les Juifs contrôlent les banques et les médias avec les francs-maçons » et plus de 35% à estimer que les sionistes sont des criminels.

Ce qui amène les auteurs à conclure que de manière générale, « La prévalence antisémite est deux fois plus élevée chez les catholiques pratiquants (…) et trois fois plus élevée chez les musulmans, même non-pratiquants. ». Revenant sur une étude réalisée en 2011 par Marc Elchardus, sociologue de l’université flamande VUB, qui concluait de manière similaire, ils rappellent que « les représentations antisémites [ne sont] pas liées au faible niveau d’éducation, ni au désavantage social mais bien à la religiosité des personnes interrogées.»

L’islam, religion de paix et d’amour, mais…

L’islam est religion de paix et d’amour pour 92% des musulmans (et 63% des sondés, toutes convictions confondues) ce qui en fait la religion la plus plébiscitée, devant le catholicisme et enfin le judaïsme. Ce qui n’empêche pas 47% des catholiques de considérer que l’islam veut étendre sa religion au monde entier, opinion qui est d’ailleurs partagée (et donc confirmée) par 40% des musulmans ! De même, l’énoncé selon lequel l’islam est incompatible avec la modernité rencontre l’adhésion de 27% des catholiques pratiquants sondés, de 20% des non croyants, mais aussi, ce qui peut étonner,  de 19% des musulmans !

A lire aussi: En France, l’homosexualité reste une «maladie» ou une «perversion» pour 63% des musulmans

Si l’on peut parfaitement comprendre que les musulmans eux-mêmes témoignent d’une affection particulière pour leur religion, y compris dans ses aspects les plus prosélytes et hostiles à la modernité, il est en revanche plus étonnant de constater une attitude similaire chez les non-musulmans. Ainsi, l’étude met en évidence l’attachement de ces derniers à une Europe plus solidaire et tolérante, sensible aux droits de l’homme et à l’altérité. Faut-il en conclure que cette sensibilité à l’altérité va, chez ces jeunes non musulmans, jusqu’à accorder à l’islam fondamentaliste et conquérant le droit de s’imposer à tous ? 

Un rejet des valeurs occidentales

Enfin, sur les questions liées à des valeurs sociales et culturelles, les élèves musulmans sondés se caractérisent par ce que les auteurs appellent un certain « antilibéralisme sociétal et culturel », conservatisme qui se révèle au travers de questions portant sur le rôle des femmes dans la société, l’homosexualité, la peine de mort, la séparation du politique et du religieux ou le rapport à la science. Ainsi, 29% des musulmans pratiquants rejettent le darwinisme, 25% refusent d’avoir un enseignant homosexuel, et 22% des musulmans considèrent devoir rompre une amitié en cas d’homosexualité, contre 3% des non-croyants. Et ils sont 38% de musulmans pratiquants à considérer que la loi religieuse est plus importante que la loi civile (pour 29% de musulmans non pratiquants, ce chiffre tombant à 19% pour les catholiques pratiquants et 8% pour les catholiques non pratiquants).

Ce constat amène les auteurs de l’étude à conclure que « les populations musulmanes de Belgique sont en termes religieux à contre-courant de l’évolution religieuse de notre continent pour être engagées dans un processus de réactivation du religieux. Face à leurs concitoyens qui sont sortis, non sans mal de l’emprise de la religion, celles-ci apparaissent porteurs d’une foi tout à la fois très traditionnelle et très affirmative. »

Il peut dès lors sembler paradoxal que, comme de nombreuses enquêtes le soulignent, les musulmans votent préférentiellement pour deux partis situés à gauche de l’échiquier politique belge francophone, le PS et le PTB. Ce qui se traduit sans doute par un phénomène de renforcement réciproque, où les partis traditionnellement considérés comme progressistes n’hésitent pas à flirter avec un tissu associatif proche des Frères musulmans très actif à Bruxelles, ou intègrent en leur sein des tenants d’un islam conservateur, voire rigoriste, au nom d’une conception de la liberté religieuse qui renforce précisément ces tendances les plus conservatrices. Tout cela, bien entendu, au nom de la liberté de conscience.

Erdogan, le sultan voyou

0
Recep Tayyip Erdogan en visite à Cologne pour présider l'inauguration d'une des plus grandes mosquées d'Europe, 29 septembre 2018. © Federico Gambarini/dpa/AFP

Les invectives à répétition dont le président turc Erdogan abreuve Emmanuel Macron ont sans doute une visée politique: faire de la Turquie une puissance mondiale et de lui-même un nouveau calife. Elles sont aussi le reflet de son caractère profond, celui d’un homme élevé à la fois à l’école islamique et à l’école de la rue. 


« Tout ce qu’on peut dire d’un chef d’État qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d’abord faire des examens de santé mentale. » Ces mots du président turc Recep Tayyip Erdogan à l’adresse d’Emmanuel Macron mettent en évidence le style personnel de l’homme qui préside au destin de la Turquie sans interruption depuis le début du XXIe siècle et la marque qu’il imprime aux relations franco-turques.

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Le trumpisme avait tout de même du bon

Pour comprendre Erdogan, pas besoin de maîtriser le turc, apprendre un seul mot suffit : kabadayi. Ce terme désigne un « fier-à-bras », un zeste voyou, bref celui qui s’impose dans le quartier – qu’on appellerait aujourd’hui en français « petit caïd ». Il résume parfaitement l’homme et son histoire, mais aussi l’essence de son charisme, le secret de son pouvoir politique.

Un détricotage minutieux des réformes kémalistes

Erdogan est né en 1954 dans une famille de migrants caucasiens. Une ascendance si ordinaire qu’elle est devenue proverbiale, « si tu grattes un Turc, tu trouves un Caucasien », dit-on en Turquie. Comme des millions d’autres familles, les aïeux d’Erdogan ont fui leur terre natale devant l’inexorable avancée de l’Empire russe. Ils se sont installés dans les quartiers populaires d’Istanbul et des autres grandes villes de l’ouest de la Turquie. Élevé dans ce milieu très provincial, Erdogan a reçu une éducation imbibée de valeurs traditionnelles (domination masculine appuyée et culture de l’honneur) et encadrée par une pratique assidue de l’islam. Ces milieux populaires conservateurs et farouchement antirépublicains étaient totalement insensibles aux réformes d’Atatürk. Dès que l’ouverture démocratique du régime l’a permis, ils ont chassé du pouvoir Ismet Inönü, le successeur attitré de Mustafa Kemal, pour le remplacer par Adnan Menderes. Arrivé au pouvoir en 1950, ce dernier s’est empressé de détricoter les réformes kémalistes, vidant ainsi la laïcité turque de son sens. Pour ses électeurs, Menderes incarnait l’homme de foi, défenseur du peuple et du libre-marché face à la dictature laïciste et athéiste d’un État bureaucratique et interventionniste soutenu par des élites composées de traîtres occidentalisés.

C’est ainsi qu’à la rentrée 1951, le gouvernement Menderes a permis la réouverture des écoles imam Hatip, réseau d’écoles religieuses privées dont la fermeture par Atatürk une vingtaine d’années plus tôt avait été l’une plus importantes mesures de laïcisation. Dans un climat de guerre froide et de haine anti-Russes – ennemis de toujours devenus en prime communistes et athées –, l’armée, pourtant garante de la laïcité, a choisi face à l’URSS de nouer avec l’islam une alliance de circonstance. Le loup a donc été réintroduit dans la bergerie. Erdogan et nombre de ceux qui dirigent aujourd’hui la Turquie ont été scolarisés dans ces écoles où l’islamisme est la continuité naturelle et la conclusion logique d’un islam vécu comme une religion, une idéologie et une civilisation.

À lire aussi, François Dubreil: Sainte-Sophie transformée en mosquée: derrière la consternation…

Menderes a fini par épuiser la patience des généraux. En 1960, il a été renversé par un putsch, avant d’être exécuté un an plus tard. Pour Recep Tayyip Erdogan, alors âgé de sept ans, c’est le drame de sa vie. « Mon père, racontera-t-il quarante ans plus tard, avait apporté à la maison une revue avec des photos de cet homme qui marchait à la potence. Pour mes parents, ce furent des instants de grande émotion. » Le souvenir de l’homme en chemise condamné à mort, les mains liées dans le dos et du chagrin de ses parents accompagneront Erdogan tout au long de sa vie et de sa carrière politique, commencée à la fin des années 1970.

La taqqiya à tous les étages

Dans les rangs de la mouvance islamiste turque fortement inspirée par les Frères musulmans, Erdogan a tout pour réussir. Formé à l’école islamique, mais aussi à celle de la rue, le kabadayi est un excellent footballeur : le « Beckenbauer de Kasipacha » a failli intégrer le Fenerbahçe mais son père a dit yok, niet. À 13 ans, il vend des simit (des pains ronds au sésame qui ressemblent à de gros bagels) pour se faire de l’argent de poche. Ce dur à cuire au mental d’athlète de haut niveau a en plus un vrai talent d’orateur, il connaît par cœur un grand nombre de poèmes et déclame comme nul autre les versets du Coran. Très vite, il s’impose comme un chef et comme une tête politique. Il analyse les raisons de l’échec de l’islamisme turc et en tire les conséquences : taqqiya (dissimulation) à tous les étages et alliances de circonstances. Il avance masqué, jouant le musulman modéré dont tout le monde rêve et mobilise les libéraux turcs et l’Union européenne pour contrer le pouvoir des généraux, ultime rempart de la laïcité. La chose faite, en 2010, se retourne contre ses anciens alliés. En 2018, grâce à une modification de la constitution validée par référendum, il accède au pouvoir quasi absolu. Et toujours au service de la même idéologie.

À lire aussi, Cyril Garcia: Erdogan, sultan aux pieds d’argile

Pour ce chef du parti dont l’emblème est une ampoule, l’objectif est l’instauration d’un islam des lumières au sens littéral du terme : le Coran plus l’électricité, le conservatisme plus l’informatique, le capitalisme plus le voile, le stade de football et la mosquée, le nationalisme et l’oumma. La modernité est pour Erdogan une boîte à outils qui servira la revanche que lui et sa génération ont à prendre sur l’élite laïque qui a réprimé l’islam et sur l’élite occidentale qui l’a soutenue, les « Mon Cher » comme on les appelle en turc. Ce n’est pas un hasard si c’est un mot français qui exprime le mépris des kabadayi pour la civilisation occidentale et ses joyaux : la liberté des femmes et de conscience.

Le défenseur de tous les musulmans dans le monde

Dans ces conditions, on comprend mieux les attaques contre Emmanuel Macron, président « Mon Cher » par excellence. Le ton d’Erdogan – qui rappelle celui de Trump – résume son message politique. Certes, le président turc est un sanguin qui recourt naturellement à la provocation et à l’insulte, mais il reste un fin stratège qui surjoue le rôle du pieux-voyou pour s’ériger en défenseur des musulmans du monde, éternellement humiliés et offensés. Comme Ahmadinejad avant lui, Erdogan sait qu’il peut gagner des voix et des cœurs en flattant le penchant victimaire et les ressentiments des couches populaires.

À lire aussi, Alexandre Domovoï: A l’est, un petit front s’organise contre Erdogan

Ces succès faciles, Erdogan en a besoin. Lui qui a tout misé sur les Frères musulmans depuis le début des révolutions arabes enchaîne les échecs. En Syrie, sa politique a été un fiasco qui le met en porte-à-faux avec l’Iran et la Russie. Dans le monde arabe, il a fait de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et des Émirats ses ennemis déterminés. Dans le bassin oriental de la Méditerranée, c’est un bloc composé d’Israël, Chypre, la Grèce, l’Égypte et la France qui se dresse à présent contre lui. En Libye, où il a remporté quelques succès militaires, il a tout misé sur le gouvernement de Tripoli mais risque, comme en Syrie, de quitter la table mains et poches vides. Pour ne rien arranger, une crise économique profonde secoue la Turquie et touche durement sa propre base populaire.

Après presque deux décennies de pouvoir d’Erdogan, la Turquie est faible et isolée. Seul dans le palais de mille pièces qu’il a fait construire à Ankara, rejeté par presque la moitié de l’électorat turc (en 2014 et 2018, il a été élu avec à peu près 52 % des suffrages), Erdogan revient à sa nature profonde de kabadayi. Aux défis du monde, il répond par des roulements de mécaniques et par une fuite en avant dans la surenchère nationaliste, islamiste et narcissique.

Monseigneur Aupetit, mais qu’est-ce qu’il a sous sa mitre?

0
L'archevêque de Paris, Mgr Aupetit, célèbrant la messe de Pâques dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, à Paris, le 12 avril 2020. © Dominique Boutin/SIPA Numéro de reportage : 00955670_000007

Les projets de Monseigneur Aupetit pour la rénovation de Notre-Dame de Paris ne sont pas au goût de l’académicien Jean-Marie Rouart


Quelques précisions pour commencer afin de rendre plus clair ce qui va suivre. La chirurgie esthétique a pour mission de réparer les outrages du temps. On retendra la peau d’un cou affaissé par les années. On effacera telle ou telle ride jugée disgracieuse. Mais on s’abstiendra de porter le scalpel sur un visage demeuré éternellement jeune !

Ensuite, rappelons que Notre-Dame est comme son nom l’indique notre. Elle est à nous tous: croyants, non-croyants, catholiques, athées. Les droits de propriété que s’arroge sur elle l’archevêque de Paris sont donc parfaitement contestables.

Mgr Aupetit est un prélat résolument moderne et progressiste. Il a donc décidé, pour sacrifier aux goûts du jour et aux siens, de retaper Notre-Dame pour la mettre en conformité avec ce qu’il juge être la mode. Et surtout il a eu à cœur de faire la peau de ce vieux réac de Viollet-le-Duc. Il envisage ainsi de faire appel à des artistes « contemporains » pour refaire les vitraux brûlés de la cathédrale. Les sièges détruits par l’incendie seront, selon ses vœux, remplacés par des bancs dont l’élaboration sera confiée à des designers modernes. Et sous la nef, il y aura même un parcours lumineux.

Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l'occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029
Des charpentiers partageant leur savoir-faire à l’occasion des Journées du patrimoine, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, le 20 septembre 2020. © Alfonso Jimenez/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40793209_000029

La fête qui s’annonce sera parfaite si pour la quête il est fait appel à des jeunes bonnes sœurs en tutu. Pour défigurer définitivement Notre-Dame, Mgr Aupetit devrait solliciter Jeff Koons et McCarthy les auteurs immortels du « Vagin de la Reine » et du « Plug anal ». Ils sont certes très chers. Mais pour Notre-Dame ils accepteront de travailler gratuitement car cela leur fera une pub d’enfer.

Pour renflouer les caisses un peu vides de l’archevêché, Mgr Aupetit organisera des spectacles son et lumières sur le parvis de Notre-Dame. On y verra Esmeralda incarnée par une migrante. Ce qui est aussi très tendance.

Bientôt Notre-Dame sera rafistolée et laide. Pour célébrer cet événement, il y aura une messe conduite par l’archevêque de Paris. Rien que d’y penser ça donne furieusement envie d’aller prier à Saint-Nicolas du Chardonnet!

Chic, on peut tourner 20 km autour de la maison!

0
24 novembre 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00992403_000010

Ce second déconfinement se déroulera en trois étapes…


Les allocutions se suivent et se ressemblent. Les mêmes questions après les mêmes restrictions. Quelle appréciation le président de la République allait-il nous donner ? Quelles libertés allions-nous recouvrer ?

Se faisant le défenseur de l’art de vivre à la française, Emmanuel Macron n’a tout de même pas hésité à laisser les restaurateurs – entendez « les pestiférés » – fermer leurs portes encore deux mois. C’est le « en même temps » macronien !

A lire aussi: Et en même temps, il fallait bien l’évacuer cette place de la République…

Les restaurateurs peuvent pousser des cris d’orfraie, mais le peuple a un calendrier de sortie progressive du confinement. Trois dates : 28 novembre, 15 décembre et 20 janvier 2021.

Le 28 novembre, les petits commerces rouvriront (mais n’oubliez pas votre attestation !). Les promenades et activités physiques seront permises dans un rayon de 20 kilomètres pour trois heures. 

Le 15 décembre, si la situation sanitaire le permet, le confinement sera à nouveau allégé. L’autorisation ne sera plus nécessaire pour se déplacer, mais un couvre-feu national de 21 heures à 7 heures sera instauré. Les salles de cinéma, les théâtres et les musées pourront rouvrir. Noël est sauvé, et papi et mamie pourront manger seuls dans la cuisine. 

Enfin, le 20 janvier, il sera alors question d’ouvrir les restaurants et les salles de sport. Quant aux lycées, ils pourront être pleinement ouverts. Et le couvre-feu national sera levé. 

Si Emmanuel Macron a dissipé les doutes et les craintes autour de l’éventualité d’une vaccination obligatoire, il est toujours étonnant de voir notre président de la République faire fi des spécificités locales. Dès la fin du premier confinement, le maître-mot était « adaptation ». Aujourd’hui, il n’est même plus évoqué. Une preuve de plus que le déconfinement de mai fut très mal préparé.

Elisabeth Lévy réagit à la dernière adresse du président français sur Sud Radio
« Encore cette folie réglementaire et son cortège d’absurdités »