«Moi, j’ai besoin du nucléaire», affirme le Président de la République lors de son interview à Brut vendredi dernier. Chiche, lui répondons-nous ! Une tribune libre de Laurence Trochu, Présidente du Mouvement Conservateur Sens Commun, Conseillère départementale des Yvelines.


Dans un contexte d’urgence climatique et de profonde crise économique, nous demandons que le gouvernement revienne sur la décision de fermeture de la centrale de Fessenheim, par l’arrêt immédiat du démantèlement et le redémarrage au plus tôt de ses deux réacteurs.

En effet, la mise à l’arrêt des réacteurs de la centrale a seulement conduit à interrompre sa production électronucléaire. L’arrêt définitif n’est pas encore effectif mais le sera dans plusieurs mois, lorsque les opérations menées actuellement auront conduit à rendre cet arrêt physiquement irréversible, probablement lors de la seconde moitié de l’année 2021. C’est pour des raisons purement électoralistes, remontant à 2012, et aucunement scientifiques, que les deux réacteurs de Fessenheim ont été mis à l’arrêt en février puis juin 2020, malgré d’importants travaux de modernisation permettant à la centrale d’atteindre un niveau de sûreté supérieur à la moyenne nationale, selon l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Il est donc encore temps de mettre fin à l’obscurantisme vert auquel se sont enchaînés François Hollande puis Emmanuel Macron pour récupérer les voix des écologistes.

Sécurisons notre approvisionnement électrique

La France, jusqu’à présent très faible émettrice de CO² d’origine électrique, a dû rallumer dès le mois de septembre ses quatre dernières centrales à charbon pour assurer notre approvisionnement d’électricité en l’absence de vent et de soleil lors des pics de consommation. Près de deux tiers de la puissance totale de ces centrales à charbon, fortes émettrices de CO², correspondent à la puissance des deux réacteurs nucléaires de la centrale de Fessenheim ! Avec la fermeture des quatre centrales thermiques programmée en 2022, la France aura perdu 5 GW de puissance pilotable, augmentant par la même occasion le risque de microcoupures, voire de blackout, comme nous nous apprêtons à le vivre cet hiver.

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Réduisons instantanément nos émissions de carbone

En mai 2019, l’AIEA (Agence Internationale pour l’Énergie Atomique) publiait un rapport qui « recommande des actions gouvernementales dans le but de maintenir la production des centrales nucléaires existantes tant que la sûreté peut être démontrée, de soutenir la construction de nouvelles centrales nucléaires et d’encourager le développement de nouvelles technologies nucléaires » pour parvenir à atteindre les objectifs ambitieux de l’Accord de Paris, ou au moins à s’en approcher. N’oublions pas que dans sa décision du 19 novembre 2020, dit « Grande Synthe », le Conseil d’État a donné trois mois au gouvernement pour prouver qu’il tiendra son engagement de limiter les gaz à effet de serre de 40% d’ici à 2030. Comment compte-t-il s’y prendre lorsque la fermeture de deux réacteurs nucléaires, pilotables et bas carbone, entraine le redémarrage de centrales à charbon fortement émettrices de CO² (820 CO²/kWh contre 12 g CO²/kWh pour les centrales nucléaires françaises) ? Pourquoi s’entête-t-il à vouloir réduire à 50% le parc nucléaire alors qu’il faudrait pour cela ouvrir 20 centrales à gaz, contraires à nos objectifs climatiques ?

Évitons les dépenses inutiles

Du fait du préjudice résultant de la fermeture anticipée de la centrale, dont la construction est pourtant amortie, l’État doit verser à EDF des indemnités dont la part fixe s’élève à 370 millions d’euros, à laquelle s’ajoute une part variable calculée selon les bénéfices manqués par l’entreprise jusqu’en 2041, fin de vie théorique de la centrale. Cette somme, issue directement de la poche du contribuable, ne pourrait-elle pas être utilement investie ailleurs ?

La France n’a pas les moyens de payer de nouvelles indemnités lors de la fermeture anticipée d’autres tranches nucléaires, sources stables et bas carbone.

Préparons l’avenir

Le Mouvement Conservateur Sens Commun demande à Emmanuel Macron qu’il soit à la hauteur de la responsabilité de la France, pays qui lui a été confié pour nous conduire vers des améliorations. Un entêtement à détruire ce qui a fait ses preuves serait l’œuvre d’un progressisme idéologique bien éloigné du progrès qu’il prétend incarner.

De même, pour anticiper le nécessaire renouvellement de nos actuelles centrales et passer le cap des 40 ans d’ici 2040, la Société française de l’énergie nucléaire enjoint à construire de nouveaux réacteurs. Il est donc grand temps d’investir à nouveau dans la recherche sur la technologie du neutron rapide. Super Phénix a été scandaleusement fermée en 1997 et le projet Astrid stoppé net en 2019 alors que 738 millions d’euros avaient déjà été déployés. Pendant ce temps, Russes et Chinois continuent leurs essais sur cette technique permettant de réutiliser les matières radioactives issues de la production du parc nucléaire actuel pour résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.

En faisant preuve de discernement paré de pragmatisme, on pourrait enfin éviter à la France de s’enfoncer davantage encore dans l’impasse stratégique, écologique et financière qui l’affaiblit et ruine les Français.

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