L’efficacité sanitaire du port du masque, du confinement, de la fermeture des bars et restos ou du choix des tests est sujette à caution. Tout comme la justification scientifique des mesures imposées par l’État. Qui visent d’abord à nous montrer que nos gouvernants agissent. 


Masques, un débat bâillonné

Lorsque Sibeth Ndiaye, alors porte-parole du gouvernement, expliquait lors d’une conférence de presse en mars qu’il n’y avait pas d’utilité au port du masque dans la population générale, il n’existait pas de preuves robustes ou de recommandations incitant à généraliser le port du masque. C’est encore le cas. Les seules preuves existantes concernent la capacité du masque à limiter le risque de transmission du virus d’une personne malade vers une personne non malade en cas d’interactions répétées et rapprochées. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) écrivait en juin qu’« il n’existe aucune preuve directe […] sur l’efficacité du port du masque généralisé aux personnes en bonne santé dans la communauté pour prévenir l’infection par les virus respiratoires, y compris le SARS-CoV-2 », listant 11 désavantages à la généralisation du port du masque comme le risque d’autocontamination par une mauvaise manipulation du masque ou des inconforts pour les personnes souffrant de troubles cognitifs(1). Il est regrettable que le gouvernement n’ait pas eu le courage d’affirmer que la non-généralisation du port du masque se défendait. Résultat, alors que le débat scientifique reste ouvert, plus personne n’ose contester l’utilité du masque pour tous. Et la façon dont l’État accorde des dispenses dans certaines situations et pas dans d’autres témoigne de la fébrilité avec laquelle les décisions sont prises. Il n’y a pas de justification scientifique à autoriser le retrait du masque dans les cantines scolaires ou dans les chambres d’internat partagées et à le rendre obligatoire pour l’enseignant dans une salle de classe de maternelle. Dans ce cas, c’est en outre dommageable : les jeunes enfants sont rarement contaminés, mais l’apprentissage de la langue est dégradé par le masque qui occulte le mouvement des lèvres et déforme les sons. Les indications du port du masque devraient pouvoir être revues sans passion ni démagogie, sans invoquer le spectre du patient intubé en réanimation, à la façon de ces images de chairs mises à nue des paquets de cigarettes, dont l’impact émotionnel finit toujours par s’émousser, et sans brandir le principe de précaution, cette projection du pire qui autorise toutes les dérives.

La valse des confinements

Certaines études affirment sur la base de modèles mathématiques, dont elles-mêmes soulignent les limites, que le confinement aurait sauvé des millions de vies(2), tandis que d’autres concluent à l’absence de lien entre cette mesure et la limitation du nombre de décès(3). Cette différence de résultats montre que le moment à partir duquel est mis en place un confinement et les mesures qui l’accompagnent ou pas, comme la fermeture des frontières, sont probablement déterminants pour son efficacité. Cependant, le confinement devrait rester une mesure exceptionnelle visant à pallier l’impossibilité temporaire de mettre en place des stratégies moins coûteuses, comme le dépistage et l’isolement des personnes contagieuses. Sans cela, on entre dans un engrenage qui ne peut être stoppé que par un vaccin ou l’immunité collective. De plus, si la reprise des contaminations observée en Europe annonce l’entrée du SARS-CoV-2 dans la cohorte des coronavirus qui participent chaque année à la vague hivernale d’infections respiratoires aiguës, il est impératif de trouver d’autres stratégies.

À lire aussi, Élisabeth Lévy: À chacun son quart d’heure de sainteté

Si on considère l’augmentation du nombre d’arrêts cardiaques hors milieu hospitalier(4) ou la mortalité de pathologies qui ont habituellement un bon pronostic comme les fractures de hanche(5), sans compter l’isolement des populations les plus fragiles et les dépressions ou suicides liés à la dégradation de la situation économique, le confinement apparaît comme plus néfaste que bénéfique à long terme. Les patients à risque de forme grave et de décès ayant été parfaitement identifiés depuis le début de la pandémie, on aurait pu mettre en place une protection ciblée de ces populations, au lieu de paralyser le fonctionnement d’un pays.

Intéressons-nous maintenant à la fermeture

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Novembre 2020 – Causeur #84

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite