L’exécutif semble avoir relégué le terme séparatisme au placard. Demain, c’est un projet de loi « confortant les principes républicains » qui sera présenté en conseil des ministres. L’analyse de la philosophe Françoise Bonardel.


La chose est-elle vraiment si difficile à nommer qu’un projet de lutte contre les « séparatismes » soit finalement requalifié en loi « confortant la laïcité et les principes républicains » ? Le pluriel n’étant qu’un artifice pour ne pas avoir l’air de cibler d’entrée l’ambition islamique de créer un État dans l’État avant de planter, sur les ruines de la République, l’étendard de la charia. L’abandon pur et simple du mot « séparatisme » confirme ce repli, qu’on espère stratégique. Mais au profit de qui ? De la République bien sûr affirment les politiques qui refusent de voir qu’elle a perdu l’autorité qui, il y a quelques décennies, la faisait à ce point respecter qu’il n’était pas nécessaire de légiférer pour la protéger. Nous n’en sommes plus là et le mot « séparatisme » est aussi, il faut bien le reconnaître, chargé de trop d’ambiguïtés pour être fédérateur, et de trop d’affects comme tout ce qui touche à la séparation. 

Les islamistes veulent séparer le pur et l’impur

Quoi de commun d’ailleurs entre la séparation qui comme l’apartheid isole, discrimine et ghettoïse, et celle qui libère et autonomise ? Lutter pour son indépendance, à titre individuel ou collectif, n’est pas pratiquer le « séparatisme » aujourd’hui reproché aux islamistes radicaux qui ne se contentent pas de vivre de manière pacifique en marge de la société comme le font d’autres communautés dont l’existence passe inaperçue ; la République étant suffisamment généreuse pour abriter sous sa cape, telle la Madone de la miséricorde de Piero della Francesca, les réfractaires et les « marginaux » de tous bords qui sont légion et participent à leur manière à la vie collective. Marianne n’est-elle pas également parvenue à laïciser nombre des vertus chrétiennes après la séparation effective de l’Église catholique et de l’État français ? La vie est faite de ruptures, de compromis plus ou moins honorables et de réconciliations, mais il n’y aura pas, avec les islamistes, de retour des fils prodigues et de festin pour célébrer ces retrouvailles familiales.

La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA Numéro de reportage : 00986850_000004
La mosquée radicale de Pantin, qui avait critiqué sur Facebook le professeur assassiné à Conflans Sainte Honorine © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
Numéro de reportage : 00986850_000004

Mieux vaudrait donc ne pas attendre une Saint Barthelemy pour réaliser pleinement qu’on a affaire à un projet de conquête planétaire et que le « séparatisme », qui offusque notre vision républicaine du « vivre ensemble », est aux yeux de ces intégristes une nécessité quasi théologique – séparer le pur de l’impur – qui est elle-même le prélude à une réunification des sociétés occidentales sous l’égide de l’Islam qui mettra fin au « séparatisme » comme au terrorisme. Que des attentats soient perpétrés dans les pays occidentaux est en effet le signe que l’islamisation qui rendrait de tels actes superflus n’est pas encore achevée. C’est pourquoi l’expression « Islam politique » est à la fois compréhensible en raison de la volonté affichée des islamistes de conquérir le pouvoir, et erronée puisque l’Islam radical veut abolir la politique telle que la conçoivent les démocraties occidentales pour installer à sa place la loi de Dieu par une application stricte de la charia. Ce projet foncièrement théocratique n’a donc rien de « politique », même s’il se sert des institutions en place – du vote démocratique et de la protection de la République en particulier  – pour parvenir à ses fins. 

Le catéchisme républicain ne suffit plus

Toutes les mesures prises pour endiguer, contrer, rendre impossible le « séparatisme » islamique seront certes les bienvenues, mais aucune ne pourra contraindre ceux dont le projet politico-religi

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