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Panique à bord

L'édito politique de Jérôme Leroy

Panique à bord
Plusieurs personnes a la réunion publique du candidat et député dans la vingtième circonscription du Nord, Fabien Roussel, a Saint-Amand-les-Eaux, le 9 Juin © FRANCOIS GREUEZ/SIPA

L’édito politique de Jérôme Leroy


Je m’y attendais, mais je n’ai pas été déçu. Cela avait commencé avant le premier tour mais depuis dimanche soir, c’est un festival. A l’heure où j’écris cette chronique, mardi, le déferlement a déjà commencé. Pas celui demandé par Mélenchon, celui de ses électeurs qui, s’ils se mobilisent et mobilisent les abstentionnistes au second tour, peuvent faire gagner la Nupes. Car oui, la Nupes peut gagner. Et c’est bien ce qui affole tout le monde.

J’ai tout de même été surpris par la violence et la bêtise des attaques. Les médias toujours complaisants au macronisme donnent l’impression que le programme de Mélenchon, c’est sortir de l’Europe en burkini pour s’allier à Maduro et mettre les riches dans des camps. Blanquer, cet expert, l’a dit texto : « Extrême-droite et extrême gauche, c’est pareil. »

L’arnaque des projections

La grosse arnaque de la semaine, cela aura été les « projections ». Moi, les projections que j’aime, ce sont celles du peintre Jackson Pollock qui donnent des chef-d’œuvre, pas les projections en sièges des instituts de sondages qui n’ont aucune valeur sinon chercher à démobiliser l’électorat de gauche. A plus de 50 % d’abstention, tout reste possible y compris la majorité absolue pour la Nupes. Un exemple ? Tout à notre bonheur de l’élimination de Blanquer dès le premier tour dans cette circonscription de Montargis, de droite classique depuis toujours, on n’a pas vu tout de suite que c’était un communiste qui était au second tour face au RN. Blanquer a beau ne pas l’accepter parce qu’il découvre que le réel, c’est des gens, pas des assemblées de recteurs le petit doigt sur la couture du pantalon et les visites d’écoles Potemkine, il a été battu parce qu’il a été un mauvais candidat comme il a été mauvais ministre et qu’il est mauvais perdant.

Attention cependant à ceux qui vont vouloir diviser la Nupes de manière plus hypocrite et plus subtile. Quand on me dit, (familièrement) : « Enfin, Gégé, toi qui es un coco old school, qu’aime la bidoche, un laïcard hardcore qui prend des barres d’uranium enrichi au petit dej sous un portrait de Brejnev, comment tu peux être dans la même coalition qu’untel ou unetelle ? »

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Comment ? C’est très simple. Je ne peux pas être heureux tout seul, je ne supporte plus les discours libéraux sur le travail, je ne supporte plus les vies gâchées par l’uberisation, les insultes quotidiennes faites aux pauvres gens des cités et des villages. Je veux qu’on rende les richesses à ceux qui les produisent, je veux que les patrons baissent les yeux et que la camarilla de larbins médiatiques qui leur sert la soupe, jour à après jour, ferme un peu sa bouche. Bref, tout ce qui n’est pas la « question sociale » m’indiffère en cette période. Je veux bien discuter identité, séparatisme et tout le toutim, mais dans une France qui aura la retraite à 60 ans, un smic à 1500 euros et quatorze tranche d’impôts sur le revenu. Je suis certain que là, tout le monde sera beaucoup moins crispé.

Et pour ça, en face, ne vous faites pas d’illusions, je préfère encore voter pour un transsexuel indigéniste végane que pour un macroniste qui ose encore se dire de gauche et explique que tout ça n’est pas possible. Sans doute comme n’était pas possible les congés payés en 36 et la sécu en 45.

Toi aussi, passe ton brevet de bon « républicain »

Le comble dans la panique est tout de même visible chez ces excellences de la Macronie incapables d’appeler clairement à faire barrage au RN en cas de duel avec la Nupes. Pas une voix pour l’extrême droite, mais pour la Nupes, on verra au cas par cas. Fabien Roussel a ainsi reçu l’onction d’Elisabeth Borne. Madame la Première ministre est trop bonne, par ailleurs ancien membre d’un gouvernement qui, quand il réprimait les Gilets Jaunes avec une férocité qui avait indigné jusqu’à l’ONU, faisait nous interroger sur la différence qu’il y aurait eu si ça avait été l’extrême droite au pouvoir.

Autant dire que les brevets de républicanisme donnés par ces gens-là, ça nous fait bien rigoler.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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