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«Muzz», une application identitaire musulmane

Pour se faire de la publicité, le site incite les Françaises à aller se baigner en burqini

«Muzz», une application identitaire musulmane
L'application de rencontres communautariste Muzz. DR.

Il faut évidemment voir dans le scandale provoqué par l’application Muzz une nouvelle réplique du séisme civilisationnel Islam / Occident. Basé au Royaume-Uni, le site de rencontres a proposé de payer les amendes infligées aux femmes françaises vêtues du burqini promu par les islamistes. Une initiative illégale et dénoncée par le ministère de l’Intérieur.


Ce sont les joies de la mondialisation ! Pour faire parler d’elle, l’application de rencontres musulmanes, Muzz, basée en Grande-Bretagne, propose aux musulmanes radicalisées qui se verraient infliger une amende pour port du burqini en France un remboursement.

Ce nouveau signe vestimentaire, voulant marquer l’appartenance de ceux qui le portent à la civilisation musulmane, se développe en effet chez des jeunes femmes musulmanes vivant en France, et lorsque les maitres nageurs interviennent pour faire sortir de l’eau les baigneuses qui en sont vêtues, ils se font traiter sur les réseaux sociaux d’ « islamophobes », et certains subissent même des menaces.

Droit à la différence plutôt que droit à l’indifférence, la laïcité à la française prend l’eau

On avait déjà vu ce genre d’incidents se produire avec le voile dans certains lieux publics. Mais, s’agissant de ce signe, les intéressées s’en referaient alors à des obligations religieuses – du moins était-ce le prétexte invoqué. Avec le burqini, la référence à des obligations religieuses est plus délicate.

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Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit pour ces femmes de manifester qu’elles appartiennent à la civilisation musulmane, voulant marquer ainsi leur droit à la différence : elles sont dans une attitude de provocation. Il s’agit pour ces personnes de revendiquer leur fierté d’appartenir à la civilisation musulmane, et ces militantes tiennent à nous montrer que celle-ci a droit de cité aujourd’hui sur notre territoire, un territoire où l’islam n’était pas encore parvenu à prendre pied jusqu’ici. Nous sommes donc bien dans un combat civilisationnel, et les personnes qui, au nom des droits de l’homme ou que-sais-je (on pense à Eric Piolle), défendent la liberté de ces personnes de se vêtir comme bon leur semble refusent de comprendre que nous avons affaire à ce que Samuel Huntington avait appelé dans son ouvrage The clash of civilizations and the remaking of world order un « choc de civilisation ».

© CEM OZDEL/A.A./SIPA

Flux et reflux

Il faut bien voir que le monde de l’islam et celui de la chrétienté, devenu par la suite le monde occidental, sont en conflit depuis des siècles, c’est-à-dire depuis l’apparition de l’islam en Arabie au VIIe siècle de notre ère. Sitôt après la mort du prophète, les cavaliers d’Allah, fideles aux enseignements de Mahomet, se sont élancés à la conquête de l’empire romain, qui était chrétien depuis plus de deux siècles déjà, parvenant à en conquérir une bonne partie, toute la partie méditerranéenne allant de la Syrie à l’Atlantique, avec une première avancée en Europe – toute l’Espagne, gagnée en 711 sur les Wisigoths. Il y eut, ensuite, les croisades lancées en 1095 par le pape Urbain II pour reconquérir Jérusalem et la terre sainte des chrétiens. Les croisés parvinrent à prendre Jérusalem, en 1099, la ville où est mort Jésus-Christ, et ils s’y installèrent. Mais ils se trouvèrent finalement chassés de ces terres par le fameux Saladin, venu d’Egypte, après qu’ils eurent occupé et administré ces territoires pendant deux siècles. Il fallut ensuite chasser les Turcs, qui étaient parvenus jusqu’à Vienne après s’être emparés de Constantinople, en 1453, qui était la nouvelle Rome des chrétiens. Et cela demanda plusieurs siècles de combats difficiles et très meurtriers. La Grèce, par exemple, ne parvint à recouvrer son indépendance qu’en 1821 seulement. Il y eut ensuite, dans l’autre sens, les grandes nations occidentales qui allèrent s’installer dans bon nombre de pays musulmans, au dix neuvième siècle : les Français en Afrique du Nord, les Anglais en Egypte, les Hollandais en Indonésie, les Italiens en Tripolitaine, etc… et ils en furent chassés, à la fin du siècle suivant par les luttes d’indépendance que menèrent tous ces pays… en s’appuyant sur l’islam.

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Avant de revenir au burqini, il faut bien voir que tout a commencé avec la création par Hassan el Banna, en 1928, du mouvement des Frères Musulmans. Il proposa à ses compatriotes de prendre appui sur l’islam pour lutter contre les Anglais en Egypte, et Sayyed Qutb, le théoricien du mouvement, qui était allé découvrir aux Etats-Unis la civilisation occidentale, engagea à son retour en Egypte tous les musulmans, à travers le monde, à se mobiliser pour combattre les Occidentaux et leur civilisation, qualifiant notre civilisation de primitive (jâhiliyya), méprisable car sans Dieu, profondément matérialiste, toute d’avidité, et où les mœurs sont complètement dépravées. Il produisit de très nombreux écrits pour détourner les musulmans de la civilisation occidentale en leur faisant prendre conscience que l’islam est une civilisation bien supérieure : « Quelle raison, quelle hauteur de vue, quelle humanité en islam » écrivait il, par exemple, en conclusion d’un de ses pamphlets.

Les musulmans dans une phase de revanche

En Algérie, on vit Abdelhamid Ben Badis fonder en 1931 l’« Association des Oulémas d’ Algérie », une association de savants musulmans connaissant bien le Coran. Ce mouvement ayant pour slogan : « L’islam est notre religion, l’Algérie notre patrie, l’arabe notre langue ». Puis, on vit le Premier ministre iranien Mossadegh nationaliser, en 1951, la compagnie anglo-iranienne des pétroles, la NIOC , qui appartenait aux Anglais, et, peu de temps après, en 1956, le colonel Nasser nationaliser le canal de Suez qui appartenait à un consortium franco-anglais. Les musulmans comprirent ainsi qu’ils pouvaient lutter avec succès contre les puissances occidentales. En Algérie, le relais de Ben Badis fut pris par Messali Hadj et une guerre d’indépendance se déclencha en 1954. Ainsi, tous les pays musulmans que des nations européennes étaient allées coloniser et soumettre au XIXe siècle prirent les uns après les autres leur indépendance, le dernier épisode étant constitué par l’accès à l’indépendance de l’Algérie en 1962 après une guerre de prés de huit ans où la France avait engagé une armée de 500 000 hommes. Tous les Européens, que l’on appela les « pieds noirs », quittèrent aussitôt, et dans la plus grande précipitation, l’ Algérie, de premiers massacres ayant eu lieu à Oran et les murs étant couverts de l’inscription « la valise ou le cercueil ».

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Certains des musulmans qui viennent s’installer en Europe sont donc, dans leur esprit, dans une phase de revanche. L’islam s’est réveillé avec les luttes qui ont été menées partout avec succès pour permettre à tous ces pays qui étaient placés sous l’autorité de puissances occidentales de se libérer de leur tutelle, et l’islam est sorti de cette longue période où il était dominé par les Occidentaux, d’autant que les pays musulmans possèdent des ressources considérables de pétrole, un « don de Dieu » disent les musulmans, ce qui leur permet de tenir la dragée haute dans les négociations internationales.

Les tenues vestimentaires comme le voile ou le burkini pour les femmes, ou le port pour les hommes de la barbe et de vêtements appartenant à la civilisation islamique sont indéniablement les signes d’un conflit de civilisation entre notre civilisation qui est fondée sur le judéo-christianisme et la civilisation musulmane fondée sur l’islam. Dieu a dit aux musulmans « Vous êtes la meilleure communauté qui soit jamais apparue parmi les hommes » (3,110-12), et les musulmans, après avoir été pendant des siècles dominés par la civilisation occidentale, estiment qu’il est temps pour eux de retrouver leur dignité. Pour Samuel Huntington, l’histoire des hommes, c’est l’histoire des civilisations. Il nous dit : « Les distinctions majeures entre les peuples ne sont pas idéologiques, politiques, ou économiques : elles sont culturelles. Les peuples et les nations s’efforcent de répondre à la question fondamentale entre toutes pour les humains : qui sommes-nous ? Les individus y répondent de la façon la plus traditionnelle qui soit : en termes de lignage, de religion, de langue, d’histoire, de valeurs, d’habitudes et d’institutions ». Et cet auteur rappelle que pour les individus la notion d’identité est fondamentale.

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Ne nous étonnons donc pas que les musulmans qui s’installent en Europe tiennent à conserver leur identité. Il eut fallu que nos dirigeants n’ouvrent pas la voie à l’islam, comme ils l’ont fait après le départ du général de Gaulle. Alain Peyrefitte nous dit, dans son ouvrage sur de Gaulle, qu’il lui avait confié qu’il avait donné son indépendance à l’Algérie afin que « Colombey les deux églises ne devienne pas Colombey les deux mosquées ».

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Claude Sicard est l'auteur de « Le face à face islam chrétienté : quel destin pour l’Europe ? », et « L’islam au risque de la démocratie », préface de Malek Chebel (Ed. François Xavier de Guibert).

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