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Mir ne répond plus!

Nous vous parlons ici des banques russes et de la Turquie, pas de la station spatiale internationale (qui va très bien)

Mir ne répond plus!
© Igor Yegorov/SPUTNIK/SIPA

De peur d’être punies par des sanctions secondaires américaines, les banques turques renoncent une à une au système de paiement russe « Mir ». Au grand désarroi des visiteurs russes se rendant dans les stations touristiques turques.


Istanbul. A la mi-septembre, c’était un peu la panique chez les citoyens russes qui se trouvaient dans la mégalopole turque. Craignant de s’exposer aux sanctions américaines, certains hôtels ont en effet cessé du jour au lendemain d’accepter les cartes de crédit russes utilisant le système de paiement Mir.

C’est d’où ? c’est neuf ? de Russie

On se souvient que suite à l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, les États-Unis et plusieurs pays européens ont imposé des sanctions sévères à Moscou, et ont exclu la Russie du système mondial de paiement Swift.

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Mir (qui signifie à la fois « monde » et « paix », en russe), l’équivalent russe de Visa ou Mastercard, est accepté en Corée du Sud, à Cuba, dans certains anciens États soviétiques de l’Asie centrale et dans le Caucase, et bientôt en Iran.

Ruée vers les distributeurs

La nouvelle de ces restrictions sur les cartes Mir, qui s’est rapidement ébruitée via des chaînes Telegram russes, a poussé certains vacanciers à se rendre rapidement aux distributeurs de billets. Plusieurs personnes ont notamment publié sur les réseaux sociaux des photos témoignant du fait que de grands hôtels étoilés et des palaces, fréquentés notamment par les touristes russes fortunés de la station balnéaire turque d’Antalya, avaient cessé d’accepter les cartes Mir…

Souvent, ces malheureux touristes ont découvert que la plupart des banques refusaient également ces mêmes cartes. Face à la panique naissante, le responsable du système national russe de paiement par carte, Vladimir Komlev, a déclaré que les cartes bancaires Mir continueraient bien de fonctionner en Turquie, malgré la suspension par deux grandes banques.  

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Devant les quelques distributeurs exceptionnels restés utilisables, des files d’attentes composées de Russes se sont vite formées. Un peu plus tard, on a bien eu la confirmation que certaines chaînes hôtelières avaient effectivement cessé d’utiliser le système Mir de leur propre initiative, mais que la plupart des hôtels du pays continueraient à traiter les paiements. Par la suite, d’autres établissements ont indiqué qu’il s’agissait d’un problème informatique vite résolu. En revanche, d’autres hôtels n’ont jamais recommencé à accepter les paiements par Mir, même après la fameuse « panne ». Tandis que les acteurs du tourisme turc se voulaient rassurants, il devenait de plus en clair que certaines banques turques avaient peur de faire l’objet de sanctions secondaires imposées par les États-Unis et l’UE. On ne peut pas exclure non plus que des pressions du même genre soient venues des actionnaires des hôtels et des chaines hôtelières, qui, ne voulant pas être soumis à des sanctions, ont souhaité se mettre en conformité au plus vite avec la nouvelle « compliance » bancaire, les nouvelles règles. Une grosse semaine après cette « panne », Isbank et Denizbank, deux des cinq banques turques qui acceptaient Mir, ont déjà confirmé avoir suspendu les paiements via le système. Mais ce n’est pas tout: de plus en plus de signes nous indiquent que cela ne s’arrêtera pas là.

Pressions américaines

Ainsi, le Financial Times a rapporté que les États-Unis et l’UE mettaient de plus en plus de pression sur la Turquie pour qu’elle n’accepte plus du tout le système Mir (1). La raison de ces pressions est évidente: depuis l’invasion de l’Ukraine, la Turquie essaie de jouer sur tous les tableaux, et les Occidentaux le tolèrent de moins en moins.

Bien qu’Ankara ait fermé dès le début des hostilités en Ukraine le détroit du Bosphore aux navires russes souhaitant gagner les ports de la mer Noire, déclaré que l’assaut russe était une « guerre illégale et injuste » (par la voix de Recep Tayyip Erdogan lui-même) et même fourni des drones armés à l’Ukraine, la Turquie entretient toujours de bonnes relations avec Moscou et ne s’est pas jointe aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l’Union européenne pour imposer des sanctions. Au contraire, elle a jusqu’à présent plutôt essayé de profiter des opportunités économiques et politiques créées par la crise. Et donc de contourner les sanctions voire d’aider la Russie à mettre en place des mécanismes de contournement. Et, puisque certaines des plus grandes banques turques sont bien connectées avec le système de paiement russe, on peut comprendre que le potentiel d’une telle « fuite » et des gains générés par la création d’un véritable pipeline de devises de ce côté-là était attrayant.

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La Banque centrale turque reste discrète. Il est possible qu’elle conseille la plus grande prudence ou discrétion aux banques turques pour tout ce qui concerne leurs liens avec la vingtaine de banques russes sanctionnées comme la Sberbank, VTB ou Gazprombank… Fin août, le secrétaire adjoint au Trésor américain Wally Adeyemo a envoyé deux lettres d’avertissement aux entreprises et aux banques. Il les mettait en garde au sujet des leurs éventuelles relations avec les banques russes sanctionnées, relations qui leur feraient courir un risque quant à leur possibilité future de travailler avec les autres grandes banques mondiales. Quelques semaines plus tard, le Trésor américain a sanctionné les principaux dirigeants de Mir, et a averti les « facilitateurs » tiers qu’ils pourraient faire l’objet de sanctions similaires.

Pendant son séjour à New-York, à l’occasion de l’assemblée générale des Nations Unies, le président turc, répondant à la presse, a déclaré que son pays étudiait « des alternatives possibles au système de paiement russe Mir suite aux sanctions américaines ». Erdogan a affirmé que la décision américaine concernant le système Mir « sortait de l’ordinaire », mais que son gouvernement examinait bien des alternatives. Il a enfin déclaré qu’il tiendrait une réunion économique de haut niveau ce vendredi 30 septembre pour revenir sur cette question sensible et prendre une décision finale quant au système Mir. Toutes ces dernières déclarations turques témoignent que la pression américaine ne cesse de croitre depuis la fin de l’été. En ce qui concerne la guerre en Ukraine, la Turquie est sur la corde raide. Mais sa position devient de plus en plus intenable. Ces derniers jours, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan ont annoncé également la suspension du système Mir. 


(1) https://www.ft.com/content/95243a73-22c8-447e-bbae-a10a206d7e9e  https://www.ft.com/content/1d93ef8a-31eb-499d-b671-237f664a3a3d


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est historien et directeur de la publication de Causeur.

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