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Immigration clandestine et criminalité: the Albanian connection

À Dunkerque, un dénommé « Lion d’or » dont le trafic génère près d'1 million d'euros par semaine!

Immigration clandestine et criminalité: the Albanian connection
Des clandestins ayant traversé la Manche sont débarqués dans le port de Douvres, en Angleterre, mai 2022 © Stuart Brock / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP.

Les dernières révélations de The Daily Mail, provenant d’enquêtes menées dans le nord de la France, confirment que le moteur de l’immigration clandestine vers l’Angleterre est le crime organisé international. Et à quel point il rapporte gros. Jeremy Stubbs fait le point sur les découvertes des journalistes britanniques.


On nous serine depuis longtemps avec un refrain moralisateur: l’immigration, même clandestine, est très largement une question humanitaire. Or, jour après jour, les données s’accumulent qui montrent que, trop souvent, c’est une question criminelle. Le dernier exemple provient d’une enquête clandestine menée dans le nord de la France par des journalistes du quotidien britannique, The Daily Mail [1], dont les conclusions ont été publiées lundi 26 septembre.

Une histoire d’or

La ville de Dunkerque est une de celles, dans le nord de la France, qui représentent une étape essentielle pour le trafic de migrants, en particulier la place de la Gare. Les hôtels bon marché qui l’entourent sont remplis de candidats, ou clients, qui attendent leur tour pour tenter la traversée de la Manche en bateau. C’est là que les deux journalistes britanniques ont interviewé le chef d’un gang de trafiquants albanais qui gagnerait personnellement au moins un million d’euros par semaine. Il est surnommé « Lion d’or », d’après l’hôtel où il a établi son quartier général. Aux journalistes qui se faisaient passer pour des clients potentiels, il a proposé le passage de la Manche pour 4500 euros chacun, en leur promettant que, une fois débarqués sur le territoire britannique, les autorités leur donneraient de la nourriture et des couvertures. Il a insisté aussi sur le fait que, après un séjour probablement très court dans un camp d’internement, ils seraient logés dans un hôtel et libres d’aller où ils voulaient. 

Lui-même sait prendre ses précautions : son téléphone portable est enregistré en Espagne, et les sommes que doivent payer les migrants en échange de leur passage sont versées à un de ses hommes de main à Londres. Les bénéfices potentiels de ce commerce étant si alléchants, son gang est loin d’être le seul. Un autre possède une liste d’attente avec 600 personnes prêtes à traverser, dès que le temps et la logistique le permettent – 600 personnes qui ont bien les fafiots nécessaires pour payer le privilège. Inévitablement, il y a une forte rivalité entre les différentes bandes, lesquelles contrôlent chacune leur territoire  férocement dans les camps de migrants de la région, et les règlements de comptes se font souvent à coups de fusillades. Après l’interview, Lion d’or sera arrêté par la police française dans une rafle générale des Albanais du coin, mais, étant muni des documents nécessaires pour séjourner en France, il sera vite libéré et de retour à son poste pour continuer ses affaires.

Les tribulations d’un Albanais en Albanie

Si les trafiquants sont souvent Albanais, il en va de même pour leurs clients. Rien que sur cette année 2022, plus de 32 000 migrants, toutes origines confondues, ont fait la traversée illégale de la Manche (c’est beaucoup plus que pour toute l’année 2021). Selon un rapport préparé par le service de renseignement de la Marine royale britannique, au cours de l’été, la part des Albanais parmi ces clandestins est montée en flèche, pour atteindre 40%. 

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Jusqu’alors, c’était les Iraniens qui dominaient, et il ne s’agissait pas de femmes refusant le port du voile mais d’hommes jeunes – comme la plupart des migrants clandestins en général. Or, ni l’Albanie, ni l’Iran n’est un pays en guerre, et bien que certains de leurs citoyens puissent avoir maille à partir avec le régime de leur pays, ils ne peuvent pas prétendre être des réfugiés fuyant une zone de combat. L’Albanie est même un État-candidat à l’adhésion à l’UE, ce qui donne à ses ressortissants le droit d’entrer sur le sol des États-membres sans visa pendant 90 jours. En réalité, il s’agit d’une double criminalité : si les traversées clandestines de la Manche constituent un acte criminel, beaucoup d’Albanais sont acheminés en Angleterre pour y participer à des activités de réseaux criminels, comme le trafic de drogue. Ils le font soit volontairement, soit involontairement, ayant contracté des dettes importantes envers les trafiquants lors du passage de la Manche. En plus des trafiquants albanais, beaucoup de Kurdes irakiens sont impliqués dans ce commerce. Et en plus des traversées maritimes dans des bateaux précaires, déjà assez coûteuses, il existe aussi des services hauts de gamme. Pour des sommes avoisinant les 18 ou 19 000 euros, des yachts de luxe, en partance de la France, de la Belgique et des Pays-Bas conduisent les clandestins à bon port. Il existe même des avions privés qui, par un chemin un peu détourné, vous déposent au Royaume Uni pour environ 22 000 euros. Les exploitants sont très adeptes du marketing. À travers des publicités sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok (leur média préféré), ils ont monté fin août leur propre opération « Black Friday », en soldant temporairement les « billets » les plus économiques à 3 300 euros !

Les autorités britanniques et françaises sont au courant. L’ancienne ministre de l’Intérieur britannique, Priti Patel, avait négocié un accord avec le gouvernement albanais en juillet 2021, complété par un autre en août cette année, pour renvoyer rapidement chez eux des criminels albanais. Pourtant, le nombre de ceux qui arrivent dépasse de loin le nombre des expulsés. Entre avril et juin, outre-Manche, les ressortissants albanais ont été à l’origine de plus de plaintes en tant que victimes d’esclavage moderne que tout autre groupe national.

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D’ailleurs, ces dernières années, deux criminels albanais notoires, dont un double meurtrier, ont pu se réfugier au Royaume Uni. Les opérations policières se succèdent avec succès, mais sans effet durable. Plusieurs réseaux de trafiquants ont été démantelés. Tout récemment, grâce à une opération de renseignement partagée entre la France, la Belgique, les Pays Bas et le Royaume Uni, les autorités françaises ont pu démanteler un réseau géré par des Kurdes irakiens basé sur Lille. Six personnes ont été arrêtées et un matériel important saisi, comprenant des bateaux, des stocks de carburant et des gilets de sauvetage. Ce réseau a réalisé 50 traversées cet été, chacune rapportant presque 90000 euros. Un autre a sûrement déjà pris sa place et son « business ».

Les profits de ces entrepreneurs criminels coûtent cher aux États. Rien que du côté britannique, le coût total du système d’asile pour l’année 2021-2022 a été de plus de deux milliards d’euros, deux fois ce qu’il était en 2019-2020. Une partie de cette somme sert donc non pas à financer l’accueil de réfugiés authentiques, mais à subventionner le commerce des bandes criminelles. 

Les ONG qui nous interdisent de distinguer entre ces catégories ont une part de responsabilité dans cette misère. On dit souvent que le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ici, les « bonnes » intentions sont elles-mêmes infernales.


[1] https://www.dailymail.co.uk/news/article-11248655/Exposed-Albanian-people-smuggler-called-Golden-Lion-makes-1million-week-trade.html


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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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