Alors que la France gronde, le président regarde ailleurs et se disperse dans des incidents tous plus maladroits les uns que les autres. Encore deux ans… ou plus, si affinités!


Voici trois ans, en avril 2017, j’écrivais dans un article paru dans Causeur qu’il fallait à tout prix éviter d’élire l’inconnu Emmanuel Macron à la présidence de la République. Deux éléments forts me poussaient à cette conclusion : tout d’abord sa folle stratégie consistant à rechaper les vieux pneus politiciens de tous horizons pour en faire le ridicule ersatz d’un nouveau parti présidentiel, et d’autre part ses nombreux propos surréalistes lâchés au débotté, plus inquiétants les uns que les autres. Souvenons-nous des crimes contre l’humanité commis par la France en Algérie, de la Guyane vue comme une île, de la Guadeloupe peuplée d’expatriés ou bien du constat jupitérien que la France souffrait de l’absence d’une véritable culture… française ! Sans oublier bien entendu sa revendication de l’immaturité en politique et son fameux « On se fout des programmes », le seul pourtant qu’il ait jamais mis en avant étant, à Marseille, son inénarrable cri du cœur : « Je soutiens l’OM ! » Bien vu ! Il n’a échappé à personne qu’Emmanuel Macron avait effectivement le profil idéal du supporter local.

Toujours plus loin dans l’insupportable

Et quid de ce qu’il advint, quelques semaines plus tard, franchies les grilles de l’Élysée ? Après avoir soulevé le cœur de millions de personnes par ses propos sur la colonisation en termes de crime contre l’humanité, voilà qu’il monte d’un cran dans l’insupportable en mettant sur le même plan la guerre d’Algérie et la Shoah. Et ceci, le jour même anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

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Mais que cherche-t-il, si tant est qu’il cherche quelque chose ? Lui qui, dans un hall de gare, voit immédiatement « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien », pour lancer, à Athènes, qu’il ne cèdera rien aux fainéants. Ne serait-il alors qu’une coquille vide, occupée par un communicant bernard-l’ermite, que l’on remplit de tirades diverses et variées en forme de discours ? A lui dès lors la seule responsabilité de les rendre crédibles auprès d’un bas peuple qui n’a pourtant qu’à traverser la rue pour trouver du travail. Mais ce n’est pas là le labeur d’un président, non, plutôt celui d’un vulgaire intermédiaire commercial. Un petit cadre d’entreprise. Et qui nous dirait quoi sur l’équilibre mondial ? Les alliances sont fragiles pendant que les terroristes cherchent sans cesse des talons d’Achille aux Occidentaux. Les conflits couvent sous la cendre. Les petites trahisons se multiplient sur le terrain. Les grandes traîtrises internationales squattent l’ONU. Qu’à cela ne tienne : voici le diagnostic Élyséen déposé fièrement dans toutes les ambassades : « l’Otan est en mort cérébrale ! » Branle-bas de combat dans toutes les capitales. Merkel est en quasi-réanimation. Daesh n’en croit pas ses yeux alors qu’Erdogan se frotte les mains. Dont la réponse vient rapidement clore le débat : « C’est le président Macron qui est en mort cérébrale ». Stop. Retour à la case départ pour tout le monde. Et là, dans une sorte de murmure, peut-être pour détourner l’attention du citoyen lambda, il assène sa vision du monde bioéthique à une dame anti PMA et GPA qui l’interpelle sur la filiation : « Votre problème, c’est que vous croyez qu’un père est forcément un mâle. » Tout est dit sur le monde idéal pour lequel notre président pense avoir été élu. Tout est dit sur ce qu’il croit être son rôle. Mais tout est-il dit sur ce qu’est en profondeur notre César ?

Un souverain indifférent aux protestataires

Avec lui, le peuple français a donc plongé gaiement pour la deuxième fois consécutive dans l’erreur stratégique : après le « Hollande plutôt que Sarkozy » qui se termina en eau de boudin, vint donc le « Macron plutôt que Le Pen », quinquennat qui commença de même, notamment avec l’affaire Benalla (toujours non résolue) puis la longue saga des gilets jaunes (toujours en cours). Lors, son trône étant bien installé sur des sables mouvants, notre Altesse républicaine peut s’engager dans son règne du copier-coller. On a l’imagination que l’on peut dans les hasards de sa propre histoire ! C’est ainsi que la majestueuse entrée de Mitterrand aux Invalides, rose rouge au poing, devint de la sorte une entrée sèchement déflorée au Louvre. Jusqu’au récent coup de gueule avec la police en Israël, sur les traces d’un Chirac outragé, altercation qui sentait à plein nez une reprise improvisée par un jubilatoire intermittent du spectacle. Mais le plus grave vient d’ailleurs. En effet, de nombreux élus, fiche explicative en main, ont tout naturellement déduit de l’exemple du chef que rien ne valait mieux pour eux que décalquer les pratiques de l’ancien monde pour participer d’un nouveau. Et c’est ainsi que, fort étonnés, ils se retrouvent aujourd’hui devant la justice pour des « anomalies » de gestion ou des « erreurs » de comportement. C’est ainsi que jamais autant de ministres, dans la cinquième République, ont dû quitter leur poste, remerciés ou démissionnaires. C’est ainsi que, parallèlement, jamais autant d’hommes et de femmes, de leur propre chef ou à l’appel des syndicats, ont fait l’union de la rue, semaine après semaine, comme s’il s’agissait d’une représentation récurrente mise en scène par les chaînes d’information, et ce, devant l’indifférence du gouvernement et de la présidence. Indifférence en forme de mépris et de dédain dont les policiers font toujours les frais, obligés qu’ils sont de gérer agressivement les défilés des grévistes, lesquels défendent cependant aussi les intérêts des forces de l’ordre lorsque, par exemple, ils parlent de pouvoir d’achat ou de faire annuler une loi félonne sur les retraites. Et pendant que, comme Chirac l’avait dit sur un tout autre sujet, la rue brûle, notre souverain, lui, extrêmement, distrait, regarde ailleurs.

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Une passion pour la photographie

Je me pose un collier de questions, car l’étonnement mué en colère fait rapidement tache d’huile : qui est-il ce monarque qui nous assène jour après jour ses élucubrations sur l’Histoire, la culture, la société ? Comment est-il constitué et de quoi l’est-il ? Quel est le rôle qu’on lui a attribué ou qu’il s’est attribué, tout cela à l’abri de l’alibi d’un vote largement tronqué et pourtant légitime ?

Peut-être n’en restera-t-il dans deux ans qu’un petit album de photographies prises de ci de là, à Saint-Martin avec de joyeux républicains montreurs de doigt à leur président, au festival de BD d’Angoulême, avec un tee-shirt dénonçant le LBD, au Palais de l’Elysée au milieu d’un jubilatoire orchestre LGBT ou bien encore dans mille lieux à venir. Peut-être. Car notre chef « à toutes et tous » n’a pas fini de nous étonner. L’essentiel pour lui étant de mener à bien son œuvre destructrice de notre société. Et en premier lieu de sa fonction. C’est en tout cas ce qui transparaît de ses tristes agitations qui ramènent un souhait de Jupiter à une étique réalité d’Imperator minus.

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