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Retour à Paris

Première partie

Retour à Paris
Image d'illustration Unsplash

Le billet du vaurien


Ce 25 / 12 / 2020

Sans doute eût-il mieux valu que je ne revienne pas à Paris. Quitter le Lausanne-Palace pour ce studio exigu où se bousculent des souvenirs, mais où plus personne ne m’attend, quelle étrange idée. J’y ai passé près de quarante ans. La moitié de ma vie. Et maintenant je peine à grimper les escaliers. Cette expédition est la dernière, me suis-je dit en arrivant au cinquième étage.

Mon cadeau de Noël pour ma première nuit rue Oudinot fut une insomnie tenace accompagnée de maux d’estomac. Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie, surtout la nuit. J’ai cherché quelques compagnons. Les noms qui me sont venus à l’esprit, sont toujours les mêmes : Imre Kertész, Thomas Bernhard et, bien sûr, Cioran. Tous des enfants de la Mittel Europa. Albert Caraco soulageait également mes brefs cauchemars. Avec lui, le suicide n’est pas seulement une injonction, mais un acte. J’avais laissé mon flacon de Nembutal à Lausanne par peur d’un contrôle à la douane. Quel idiot je fus ! Il ne faut jamais voyager sans son sirop mexicain. Me jeter par la fenêtre ? Je n’en aurais pas eu le courage. Ce n’était pourtant pas l’envie qui me manquait. Il ne me restait plus qu’à me souhaiter « Joyeux Noël » puisque plus personne ne le ferait. Et à écouter quelques Schlager pour me bercer en attendant que la nuit s’achève. Mais elle ne s’achèvera jamais et il n’y aura plus d’aubes glorieuses, me suis-je dit encore.

Ce 28 / 12 / 2020

Les femmes savent-elles écrire ? Parfois, certes. Bien que j’en doute. Il leur manque le sens de l’absurde et du dérisoire. Jeunes, elles sont prisonnières de leurs sentiments. Vieilles, de leurs ressentiments. Rares sont celles qui parviennent à s’échapper. S’il me fallait en retenir une, ce serait Dorothy Parker dont l’épitaphe gravée sur son urne funéraire: « Excusez- moi pour la poussière » est un trait de génie. D’ailleurs maintenant que j’y pense, toutes les femmes devraient s’excuser pour la poussière…

Il n’est guère surprenant que Dorothy Parker se soit liée d’amitié avec les Fitzgerald et, bien sûr, avec Louise Brooks. J’ai éprouvé également une certaine sympathie pour Anaïs Nin qui se réjouissait d’avoir couché avec son père. C’est un aveu qu’on ne trouve jamais chez nos écrivaines contemporaines. Mais pour le ressentiment, force m’est d’admettre qu’elles sont imbattables, Annie Ernaux en tête.

Extraites de ses « Hymnes à la haine », voici comment Dorothy Parker les décrit:

« Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles,
Les Pelotes de Nerfs…
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas de vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu’un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse… très profondément,
Elles ont toujours la larme à l’œil…
Ce qu’elles peuvent m’enquiquiner, celles-là, à ne parler jamais que des Choses Réelles,
Des choses qui Importent Vraiment.
Oui, elles savent qu’elles aussi pourraient écrire…
Les conventions les étouffent :
Elles n’ont qu’une seule idée, partir… partir Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu’elles foutent le camp !

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