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Vaccins: la France sous la dictature du fonctionnariat

Une nouvelle « bataille » perdue dans la « guerre » contre la pandémie?

Vaccins: la France sous la dictature du fonctionnariat
Site de la vaccination à l'Hotel Dieu à Paris, 4 janvier 2020. A gauche le ministre Olivier Véran © WITT/SIPA Numéro de reportage : 00998476_000002.

Après la dernière grande guerre mondiale du siècle dernier, la France avait réussi à éviter le système communiste que voulait lui imposer Staline! Elle a donc échappé de justesse à la dictature du prolétariat, mais ce fut pour mieux tomber au fil du temps dans une dictature du fonctionnariat qui montre aujourd’hui, parmi d’autres calamités, sa profonde incapacité et son impuissance tragique à gérer une crise sanitaire contre laquelle Emmanuel Macron a pourtant déclaré la « guerre ».


Après avoir complètement raté les deux premières batailles des masques et des tests, nos hauts fonctionnaires et nos politiciens, qui sont souvent les mêmes, ont l’air bien partis pour perdre une troisième bataille, celle des vaccins.

Emmanuel Macron a donc fini par s’énerver et promis qu’il ne laisserait pas « une lenteur injustifiée s’installer » dans la campagne de vaccination qui vient de s’ouvrir. Son ministre de la Santé, le très socialiste et sectaire Olivier Véran, l’homme qui boycotte CNews à cause de l’émission d’Éric Zemmour et qui n’hésite pas à excommunier le célèbre professeur Raoult pour « populisme », s’est évidemment senti visé. Il a fait savoir que « nous ne passerons pas à côté » du vaccin car la France, d’après lui, « sait organiser une vaccination de masse », ce qui est pour le moins présomptueux au vu des chiffres connus dès le 1er janvier : quelques centaines de vaccinés au total dans l’Hexagone en une semaine, contre 72 000 en Italie et 190 000 en Allemagne. Les Britanniques en sont largement à plus d’un million mais il est vrai qu’ils ont commencé plus tôt.

Qu’en dit-on du côté d’Alain Fischer, le « Monsieur Vaccin » du gouvernement ? On précise que « la France n’a pas adopté la même stratégie que ses voisins européens qui ont pour certains choisi de vacciner en premier les professionnels de santé », alors que « la stratégie française consiste à vacciner en priorité les personnes âgées qui sont le plus à risque ». Ce qui a fait réagir vertement le professeur de médecine William Dab, un épidémiologiste qui fut directeur général de la Santé : « On ne va pas continuer à vacciner 300 Français par semaine, s’est-il exclamé dans Le JDD. Ou alors, nous y serons encore dans cinq mille ans ! »

Toujours des mots, toujours des postures

Chez Olivier Véran, où on annonce une « accélération » des vaccinations, on précise qu’on va s’attaquer immédiatement aux « soignants de 50 ans et plus qui le souhaitent » puis « aux personnes âgées de 75 ans et plus, puis les 65 ans et plus, etc. ». Fort bien, mais pourquoi ces critères d’âge de 50, 65 et 75 ans ? Et puis où et comment ? Va-t-on distribuer aux soignants des bons à vacciner ? Devront-ils aller chez leur médecin traitant, ou chez l’infirmier libéral d’à côté, ou chez le pharmacien ? Suivant quel calendrier ? Comment expliquer et justifier tout cela autrement, encore une fois, que par des décisions administratives souveraines ? Nous restons toujours dans le même registre des mots et des postures. Toujours des mots, toujours des postures…

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L’économiste et doctorant au MIT (Massachusetts Institute of Technology) Antoine Levy, un jeune et brillant normalien, a une explication très carrée et très construite qu’il a donnée au Figaro dans une chronique qui a fait du bruit : « L’ampleur surréaliste de l’échec français interroge ; elle ne devrait pourtant pas surprendre, écrit-il. La lenteur de la campagne de vaccination française n’est que la suite logique de notre gestion des masques, des tests, du traçage, de l’isolation. C’est le symptôme d’un déclassement et d’un appauvrissement organisationnel et technologique effarants. » Et il précise : « C’est aussi le produit de l’arrogance d’un État imbu de lui-même et imperméable à la critique, de la suffisance d’une administration et d’une classe politique autosatisfaites, boursouflées et incapables de la dose d’humilité nécessaire pour faire machine arrière et s’inspirer simplement de ce qui fonctionne ailleurs. »

On peut y ajouter une explication complémentaire, celle qui a été mise en avant par le professeur Philippe Juvin, chef des urgences de l’hôpital Pompidou et maire LR de La Garenne-Colombes, dans les Hauts-de-Seine : « Toute vaccination repose sur deux éléments clés, a-t-il déclaré dans une interview décapante au journal L’Opinion : la confiance des patients et une logistique très au point. »

La question de l’exemplarité est posée

La confiance d’abord : « Les autorités gouvernementales avaient plusieurs semaines pour bâtir cette confiance, a-t-il dit. Il est frappant de voir qu’elles ne présentent la vaccination que par ses côtés négatifs et ses risques […] Cela pose aussi la question de l’exemplarité. Pourquoi le Premier ministre ou le ministre de la Santé ne se font-ils pas vacciner publiquement ? » C’est une bonne question ! Philippe Juvin pointe aussi les lourds travers de l’administration paperassière française, comme ce document d’acceptation pour pouvoir être vacciné. « Le protocole actuel est à la fois une complication française et un alibi pour justifier notre retard qui est lié à notre absence d’organisation. » Pour lui, il est évident que « l’exécutif n’est pas capable d’organiser une vaccination de masse ».

La logistique ensuite : le gouvernement « a décidé de s’appuyer sur l’administration centrale plutôt que sur des logisticiens de métier, sur l’armée ou sur les collectivités territoriales. Aux États-Unis, la vaccination est organisée par un général, et en Allemagne par les Länder […] Les Allemands ont une stratégie vaccinale, nous pas ». La France avait pourtant su répondre au défi de la remise en état de la cathédrale Notre-Dame en choisissant le général Georgelin, un ancien chef d’état-major des armées rompu à toutes les logistiques, plutôt qu’en confiant ce chantier titanesque à des hauts fonctionnaires de l’organigramme étatique.

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« En guerre le matin, le midi, le soir et la nuit ! »

Le président s’est donc énervé, depuis sa résidence de l’Élysée, contre les lenteurs de son administration. « Ça doit changer vite et fort ! » a-t-il fait savoir en précisant bien qu’on était toujours « en guerre » et que, pour ce qui le concerne, il « fait la guerre le matin, le midi, le soir et la nuit ». Quel homme ! Selon Le Point, il se serait même vanté d’avoir mis « un coup de pied au cul » de l’Agence régionale de santé d’Île-de-France et du ministère de la Santé, dont les trois quarts du personnel devaient sûrement être en vacances jusqu’au 4 janvier. Il est vrai qu’il est plus facile de mettre des coups de pied au cul de fonctionnaires absents qu’à des grandes gueules d’extrême droite ou d’extrême gauche dont on pourrait en plus avoir besoin lors des élections présidentielles. Hâbleur, mais aussi vindicatif, Emmanuel Macron aurait même eu ces mots guerriers : « La France peut et doit gagner cette guerre. Et elle la gagnera. » Des mots, toujours des mots… Des postures, toujours des postures…

Jacques Attali, Paris, 20 novembre 2019. © Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA Numéro de reportage: 00933574_000101
Jacques Attali, Paris, 20 novembre 2019. © Lionel GUERICOLAS /MPP/SIPA Numéro de reportage: 00933574_000101

Laissons alors le dernier mot et la dernière posture à Jacques Attali, qui a bien connu l’Élysée du temps de Mitterrand et qui a aussi fréquenté les présidents suivants. Dans sa chronique du mois de décembre aux Échos, il avait bien anticipé les choses en écrivant que « la pandémie nous rappelle les énormes lacunes de notre système de santé » et en avait conclu qu’« avant de vouloir réformer les autres, l’État devrait d’abord se réformer lui-même ». Bien vu, l’ancien…


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Journaliste et entrepreneur

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