En l’espace de quelques mois, l’ancien candidat républicain, John McCain, est passé de personnalité politique moquée à héros célébré par la gauche américaine. Au point que ses funérailles, samedi 1er septembre, ont pris des allures de panthéonisation. Pour cela, il lui a suffi d’attaquer Trump.


John McCain n’a pas raté sa sortie. Ses funérailles se sont transformées en manifestation anti-Trump. S’il était mort deux ans plus tôt, le sénateur de l’Arizona aurait, certes, eu droit à sa nécrologie dans les journaux, mais certainement pas au déferlement médiatique que l’on a pu observer et à la transmission en direct de ses funérailles sur CNN et BBC World. Rien que cela.

Parce qu’il était connu comme l’un des principaux opposants à Donald Trump, la presse et les Démocrates américains se sont empressés de faire son éloge sans aucune mesure, afin de mettre en opposition les « valeurs américaines » que John McCain était censé incarner et leur négation que personnifie, selon eux, Donald Trump.

Une autre histoire du Vilain petit canard

Pourtant, lors de la campagne électorale de 2008 qui voyait s’affronter Barack Obama et John McCain, ce dernier était constamment tourné en dérision : pour son âge, son côté ringard et ses prises de position par le futur président, la presse européenne et américaine, et tous les milieux de gauche. En quelques années, il est ainsi passé du statut de « repoussoir » à celui de « référence » et de « modèle » : une belle promotion assurément !

Moqué, il le fut abondamment pour son incapacité à se servir d’un ordinateur ou d’envoyer un email, pour son choix de Sarah Palin comme colistière ou encore pour l’épisode de « Joe le plombier », Joe qui n’était même pas présent lorsque McCain l’appela sur scène au cours d’un meeting électoral : une séquence qui le ridiculisa et fit le tour du monde.

Un « héros américain », McCain l’était certes pour son courage en détention et pour avoir enduré la torture par les Nord-Vietnamiens, mais c’était aussi un aviateur qui larguait des bombes à une époque où les bombardements n’étaient pas vraiment précis.

Il devait aussi, en partie, sa carrière à sa femme, la riche héritière du groupe Budweiser. McCain, qui n’a jamais eu de problème pour financer ses campagnes, était incapable de dire combien de maisons il possédait.

Tout ce que la gauche déteste

Quant à ses prises de position, il était férocement Républicain et conservateur au sens américain du terme, opposé à l’avortement et au mariage homosexuel ainsi qu’au financement par l’État fédéral des programmes d’éducation sexuelle ou de planning familial.

C’était aussi un faucon, prêt à faire intervenir les forces américaines partout dans le monde, très en faveur de la guerre en Irak et plus récemment, soutenant l’escalade militaire dans l’est de l’Ukraine en approuvant la livraison de matériel militaire au gouvernement ukrainien.

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Aviateur au Vietnam, richissime, opposé à l’avortement, faucon, tout cela en fait quand même un modèle hautement improbable pour la gauche américaine comme européenne.

Fondamentalement, McCain était un homme politique décent aux positions intéressantes en politique étrangère. Il fut d’ailleurs le seul à dénoncer le génocide des Tutsis au Rwanda et à proposer une intervention au moment où l’administration Clinton préférait fermer les yeux.

Si tu tacles Trump, j’annule tout

Trump a été élu par le peuple américain sur un programme (construction du mur, abolition de l’Obamacare). McCain n’avait pas la légitimité pour s’y opposer, raison pour laquelle il ne représentait plus rien dans le camp républicain alors que les Démocrates, désormais, le vénéraient.

Le voir aujourd’hui récupéré par les Démocrates, la gauche et les médias dans leur combat anti-Trump, alors qu’ils se sont toujours opposés à (toutes !) ses idées, a quelque chose de franchement indécent.

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