Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle.
Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne! Ce mois-ci, elle revient sur la disparition de la cantatrice américaine Jessye Norman, partie le 30 septembre dernier.


 

Pas la sainte qu’on se figure. Plutôt le genre dominateur. Un mètre quatre-vingt-cinq d’une volonté que les uns appelaient exigence et les autres caprices. Soixante-quatorze années d’artisanat furieux. On peut être reine de la ruche et trimer comme une ouvrière. La preuve par Jessye Norman.

The last diva. La dernière qui a fait fondre des salles en larmes, pour de vrai. La dernière qui soignait les toux. La dernière, dernière diva.

Je me souviens de Cassandre dans Les Troyens de Berlioz, à New York, temple à elle seule. Quand Chorèbe lui jetait « Cesse de craindre en cessant de prévoir », on croyait une profanation. Le volcan paisible répondait « Tout est menace au ciel » et le toit s’écroulait.

Je me souviens de Phèdre et d’Ariane dans les années 1980, à Aix-en-Provence. Rameau et Strauss, une coupable baroque et une victime moderne, opposées sur la partition, mais jumelles sur le plateau, marbre psalmodiant à la lune comme ces oiseaux multicolores dont on attend le cri tapageur et qui vous enveloppent de leur plainte.

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Novembre 2019 - Causeur #73

Article extrait du Magazine Causeur

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