Les nouvelles méthodes des journalistes du New York Times qui ont permis de confondre les Russes


Grâce à Flint, une intelligence artificielle de veille journalistique élevée par Benoît Raphaël, j’ai reçu un lien vers une vidéo incroyable du New York Times. Elle est en anglais, mais l’équipe du journal explique comment elle a travaillé. Et c’est époustouflant.

En compilant des milliers de données audio, vidéo, balistiques, géographiques, des témoignages locaux et des expertises scientifiques, cette vidéo prouve le bombardement d’hôpitaux civils en Syrie par l’armée russe, les 5 et 6 mai. Des frappes évidemment niées par le gouvernement russe. D’autant plus que ces hôpitaux figuraient sur une liste de « désescalade » adressée à la Russie par les Nations unies. En clair, il s’agissait de cibles interdites par l’ONU. Il était donc prudent de prétendre que c’était l’aviation de Bachar el-Assad, déjà en délicatesse avec l’ONU, qui avait transgressé l’interdit.

Je ne m’étendrai pas ici sur l’éventualité selon laquelle les malades et le personnel de cet hôpital faisaient office de boucliers humains pour certaines factions (comme cela s’est parfois passé à Gaza). Il est tout à fait possible que les méchants Russes n’aient pas eu pour seule cible la population malade de l’hôpital. Du reste, il n’est pas complètement avéré que l’hôpital ait été en fonction au moment du bombardement. Il apparaît néanmoins qu’après avoir été plusieurs fois détruit, il venait d’être reconstruit en « semi-enterré »…

L’intérêt particulier de cette vidéo, c’est qu’elle préfigure ce que pourrait être le journalisme du futur, l’anti-fake news. Ses auteurs utilisent toutes les possibilités de la technologie pour recenser les informations disponibles, y compris celles dépourvues de toute fiabilité, diffusées sur les réseaux sociaux, mais ne les valident qu’après avoir vérifié et croisé les infos.

Comment parviennent-ils donc à faire émerger la vérité ?

La chasse aux fake news enfin ouverte ?

Pour commencer, ils recueillent les données. Des photos et des films de l’hôpital auquel ils avaient décidé de s’intéresser, il y en avait plein Facebook et Telegram, deux réseaux sociaux sur lesquels des citoyens sur le terrain (et éventuellement enfumeurs patentés) déversent leurs images.

En contactant ces témoins, mais aussi les organisations médicales locales, ils ont fini par obtenir de la part de certains des images et des rapports internes qui n’avaient pas été publiés. Il s’agit là d’un travail classique de journaliste d’investigation, mais qui se perd tellement à l’heure des fake news et de l’indignation bon marché qu’il est déjà très appréciable de voir ces bonnes vieilles méthodes encore en usage.

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Décembre 2019 - Causeur #74

Article extrait du Magazine Causeur

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