L’éditorial de Gil Mihaely sur la situation syrienne


La Syrie de Bachar al-Assad, que celui-ci a hérité de son père, est l’un des nombreux régimes du Moyen-Orient et du monde en général qui estiment que la violence et la répression constituent une réponse nécessaire aux défis de l’ordre politique et social existant. Dans ce cas particulier, l’expérience nous montre que cette réponse n’est pas uniquement nécessaire, elle est également suffisante car Assad et son régime ont remporté la guerre civile. Ce fait désagréable et dérangeant met les gouvernements européens devant un choix tout aussi désagréable et dérangeant : quelles relations entretenir avec la Syrie d’Assad ? La réponse qui sera donnée à cette question décidera également de la nature des relations avec les pays voisins et notamment avec la Turquie et l’Iran.

L’analyse de la situation – terrible, tragique et déchirante – amène vers une conclusion douloureuse : nos intérêts ainsi que ceux des Kurdes devraient nous pousser à renouer un dialogue et retisser des relations avec le régime de Bachar el Assad. Les autres options sont malheureusement pires.

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Ce choix n’est pas cynique et en regardant de plus près il sert aussi des objectifs moraux.  Tout plaidoyer aussi justifié soit-il en faveur des droits de l’homme doit s’inscrire dans le cadre d’une acceptation réaliste d’un fait : rien de significatif n’est possible en Syrie sans passer par la structure de pouvoir existante. Que la responsabilité de la tragédie syrienne incombe principalement au régime syrien n’y change rien. Notre défi aujourd’hui consiste à trouver un équilibre acceptable prenant en compte quelques lignes rouges – notamment concernant la sécurité des populations kurdes syriennes – dans le contexte syrien réel et la reconnaissance du fait que seul comptent le retour à la stabilité et le rétablissement de la sécurité. Toutes nos valeurs n’auront guère d’importance et n’apporteront pas le secours que les Syriens les plus vulnérables réclament. Refaire la Syrie pour en faire une démocratie libérale n’est pas un objectif réaliste. Pour une fois, pourrait-on tirer les leçons de l’Histoire récente ? Les questions irakienne et afghane  devraient nous inspirer au minimum un peu de modestie.

Assurer un certain minimum vital en revanche est peut-être possible mais cet objectif passe par des relations et donc des leviers politiques, diplomatiques et économiques dont nous disposons. Il faut tourner une page et adopter une vision qui s’inscrit dans la longue durée. Notre principale monnaie d’échange est aujourd’hui le désir et l’intérêt du régime syrien de retrouver une reconnaissance internationale et retrouver son rôle et statut dans la région et le monde arabe. La fin de son isolement devrait être négociée âprement et vendue chèrement mais la négociation doit commencer rapidement.

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Notre intérêt est de reconnaître le fait accompli, trouver un rôle dans l’avenir du pays et faire en sorte que le régime ne gagne pas le jackpot. L’affaiblissement durable de la Syrie par un soutien à une certaine autonomie kurde (et non pas un Etat), l’inscription dans la durée d’une occupation turque d’une zone de sécurité tout en investissant massivement dans la reconstruction de l’économie, des infrastructures et de la société sont des objectifs réalistes et raisonnables pour une politique étrangère française.  Mieux : c’est probablement notre seule et unique alternative.

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