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Faire payer Paris

Examen de l'ampleur des dégâts provoqués par Anne Hidalgo dans la gestion des finances parisiennes

Faire payer Paris
Anne Hidalgo, août 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01035908_000002

Lors des élections municipales de 2020, Anne Hidalgo a été réélue par seulement 17% des électeurs inscrits, soit le plus faible taux qu’un maire ait obtenu dans la capitale. Elle est néanmoins candidate à la prochaine élection présidentielle, créditée pour l’heure de 4% à peine dans les sondages. Comment s’en étonner ?


Il suffit juste d’examiner l’ampleur des dégâts provoqués par sa gestion des finances parisiennes pour comprendre que les Français n’aient pas envie qu’elle gouverne notre nation.

La dette de Paris s’élève actuellement à la somme colossale de près de 7 milliards d’euros, soit une progression de 98% depuis 2014. Elle a explosé, passant de 1 à 7 milliards en vingt ans, sous les différents mandats socialistes. Cette hausse représente une charge de 3 100 euros pour chaque administré, soit trois fois plus que la moyenne des villes françaises de plus de 100 000 habitants. Autant dire qu’il s’agit d’une catastrophe pour les contribuables parisiens. Lorsque cet endettement est évoqué, on l’impute le plus souvent à l’imprévoyance et à l’impéritie, voire à la gabegie qui caractériseraient les deux mandatures d’Anne Hidalgo.

Certes, mais si son équipe dépense actuellement sans compter dans des projets insensés, si elle engage l’argent public avec tant de légèreté et de prodigalité, c’est aussi pour faire payer à Paris ce que fut cette ville et ce qu’elle représente encore dans le monde. Tout se passe en effet comme si elle était sanctionnée pour son histoire prestigieuse, sa beauté patrimoniale et sa gloire passée. Conformément à l’idéologie woke et à la cancel culture portées par madame le maire et ses conseillers, tout se passe comme si la ville devait perpétuellement s’acquitter d’une dette morale au titre d’ancienne capitale d’un empire « raciste », « colonialiste » et « esclavagiste », cette faute inextinguible impliquant un paiement sans fin. Dans cette logique mortifère, demander pardon, s’abîmer dans la repentance, faire acte de contrition ad vitam aeternam ne saurait suffire car cette métropole incarne la France et porte donc témoignage de son passé illustre. Or, au regard des incessantes mises en accusation dont ce pays fait aujourd’hui l’objet, Paris est désigné coupable et doit expier en conséquence. Pour Anne Hidalgo et les édiles qui la soutiennent, il devient dès lors impératif et légitime de faire payer cette cité, de lui faire rendre gorge en l’endettant toujours davantage. En somme, leur idéologie les conduit à une mise à mort financière de la capitale, ce qui hypothèque d’autant son avenir. Ainsi, cette volonté fanatique de punir la ville-lumière prend-elle désormais la forme d’une folle politique d’endettement compulsif menée sur le mode du « après moi le déluge ». Sans viser aucunement l’exhaustivité, examinons par conséquent quelques cas emblématiques pour mieux comprendre les voies par lesquelles s’opère cette fuite en avant si mortifère pour Paris et ses habitants.

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Une gestion affligeante

Abordons tout d’abord le dossier des loyers capitalisés. Il s’agit en l’occurrence d’un mode de financement tendancieux qui remonte à 2015. À l’époque, le président de la République, François Hollande, avait permis à la maire de Paris de s’affranchir des règles de la comptabilité publique. Aux termes de cette disposition contestable, l’équipe municipale rachète des biens immobiliers en utilisant son droit de préemption, puis elle les convertit en logements sociaux. Dans le même temps, les bailleurs chargés de gérer cette catégorie d’habitat dans les cinquante prochaines années, doivent verser à la Ville en une fois l’intégralité des loyers à venir. Ces sommes considérables qui devraient normalement être perçues au cours de plusieurs décennies sont ainsi absorbées en un seul et unique exercice budgétaire. En recourant à un tel procédé, l’équipe municipale a déjà créé près de 20 000 habitations à loyer modéré ; l’objectif étant d’en produire 10 000 nouvelles par an afin d’atteindre 30% en 2030, contre 23% à ce jour. Mais ce parti pris obère très fortement les comptes avec 3 milliards d’euros investis sur six ans. En outre, cette politique scabreuse porte lourdement atteinte aux intérêts des Parisiens appartenant à la classe moyenne car elle détériore leurs conditions de vie. En effet, ces acquisitions retirées du parc privé contribuent mécaniquement à provoquer une hausse du foncier, alors qu’elle s’est déjà élevée en vingt ans à 250%. À tel point que cette pratique abusive a été dénoncée par la CRC (Chambre Régionale des Comptes d’Île-de-France) qui l’a qualifiée de « manœuvre comptable ». Une manœuvre d’autant plus dommageable qu’en 2020, le taux des impayés s’élevait dans le secteur HLM à 6,4% sur une enveloppe globale de 630 millions d’euros, soit une perte pour les finances municipales de 40,3 millions d’euros.

Paris emploie ainsi 2,2 fois plus de fonctionnaires par habitant que Rome, 2,5 fois plus que Londres ou 2,8 fois plus que Madrid

Cette même juridiction administrative a aussi épinglé le 29 juillet 2020 la Ville de Paris pour sa mauvaise gestion dans la SAEPOPB (Société Anonyme d’Exploitation du Palais Omnisport de Paris-Bercy) qui s’occupe depuis 2016 de la salle nommée « Accor Arena ». En effet, la Cour estime que la durée de délégation de service public est trop longue (35 ans). Ensuite, elle souligne que les travaux de rénovation décidés par Anne Hidalgo en 2014-2015 et qui devaient coûter initialement 110 millions d’euros, ont finalement atteint 134 millions, ce surcoût ayant entraîné la réduction du nombre de salles et de salons.

Une bureaucratie aussi inefficace que pléthorique

Les Parisiens ne cessent de dénoncer la dégradation de leur ville, quels que soient leur arrondissement et leur quartier. Le mouvement #saccageparis s’en est d’ailleurs fait le porte-parole en médiatisant avec succès leur mécontentement. Ils se plaignent en permanence de l’état calamiteux de leur ville, notamment de la malpropreté qui gangrène leur quotidien (84% d’entre eux selon un sondage IFOP). Rappelons pourtant que si en 2001, la capitale comptait environ 40 000 agents, vingt ans plus tard on en dénombre 55 000, soit une augmentation de près de 38% avec un agent pour 43 habitants. Les plus gros effectifs se comptent parmi le personnel d’entretien des écoles, les crèches, la propreté (7441 avec des effectifs enregistrant 13% d’absentéisme, ou 25 à 30% selon certains témoignages d’agents) et les espaces verts (3166). Selon la Cour régionale des Comptes, Paris emploie ainsi 2,2 fois plus de fonctionnaires par habitant que Rome, 2,5 fois plus que Londres ou 2,8 fois plus que Madrid, mais hélas pour de bien piètres résultats. À cette pléthore de personnel municipal vient s’ajouter un exécutif tout aussi exorbitant.

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En effet, rappelons qu’au cours de la précédente mandature, Anne Hidalgo disposait de 27 adjoints. Or, depuis 2020, ils sont au nombre de 37 auxquels s’ajoutent 3 « conseillers délégués ». Pour les six années du mandat, ces nouveaux postes vont impliquer un surcoût de 65 millions d’euros, une donnée comprenant la masse salariale (indemnité mensuelle de 5 639 euros brut) ainsi que les dépenses inhérentes à cet exécutif, telles les notes de frais, le coût des voitures et celui des chauffeurs. Cependant, au vu des contre-performances observées, les Parisiens peuvent légitimement s’interroger sur la nécessité d’entretenir une pareille armée mexicaine. Surtout lorsqu’ils découvrent le caractère fantaisiste et abracadabrantesque de certaines nouvelles fonctions comme celle d’«Adjoint, chargé de la Seine»[1]. Mentionnons également, dans le même registre loufoque, l’intronisation de l’ancienne journaliste Audrey Pulvar, devenue « Adjointe à l’alimentation durable, aux circuits courts et à l’agriculture » ou bien encore Carine Rolland « Adjointe à la Ville du Quart d’heure » dont la mission consiste à transformer Paris « en capitale des proximités où l’on trouve tout ce dont on a besoin, à moins de 15 minutes de chez soi ». Enfin, Anne Hidalgo dispose pour sa part d’un cabinet comprenant 236 collaborateurs auxquels il convient d’adjoindre un service de communication réunissant 417 personnes. Notons en outre que cette équipe surabondante ne lésine pas sur les moyens qu’elle s’octroie. Qu’on en juge : la Mairie de Paris dispose de 2 960 véhicules. Parmi 1 680 utilitaires, on dénombre 500 voitures de fonction destinées aux maires d’arrondissements, présidents de groupe, adjoints, directeurs, sous-directeurs ou agents handicapés auxquels s’ajoutent 310 deux roues motorisés et 470 véhicules légers. À l’heure où une chasse impitoyable à la voiture est menée contre l’ensemble des Parisiens et Franciliens, il y a lieu de s’étonner devant un parc automobile aussi extravagant et coûteux pour les finances de la ville. La dilapidation financière ne s’arrête toutefois pas là, loin s’en faut. Grâce à cette équipe municipale, la ville détient aujourd’hui une réserve d’éléphants blancs à nulle autre pareille qui contribue substantiellement à creuser la dette.

La gabegie des éléphants blancs

Rappelons qu’on qualifie d’éléphant blanc toute réalisation d’envergure sans utilité probante et qui s’avère en définitive plus coûteuse que bénéfique ; son exploitation et son entretien devenant bien vite un fardeau financier. Pour illustrer notre propos, voyons quelques exemples représentatifs puisés dans une longue liste. Citons tout d’abord la sculpture en forme de cœur, installée en février 2019 porte de Clignancourt. Il s’agit d’une œuvre de Joana Vasconcelos créée pour la Saint-Valentin. Cette enseigne de fête foraine symboliserait « l’identité du quartier de la porte de Clignancourt comme lieu de convergence, point cardinal du Paris d’aujourd’hui et de demain » si l’on en croit cette formule aussi creuse que verbeuse de Christophe Girard, l’ancien adjoint à la culture, qui fut à l’initiative de ce projet. Placé en haut d’un mât à neuf mètres de hauteur, ce cœur rouge et rotatif qui est composé de 38 000 azulejos, s’allume et s’éteint au rythme des battements d’un cœur humain pour la bagatelle de 650 000 euros d’argent public (dont 40 000 euros pour l’artiste). Cette « priorité pour le quartier » est restée à la charge exclusive de la ville car la région a refusé catégoriquement toute participation à son financement[2].

Oeuvre intitulée Coeur de Paris, par l’artiste Joana Vasconcelos Porte de Clignancourt à Paris. Auteurs : Emma PROSDOCIMI/SIPA Numéro de reportage : 00895485_000009

Autre éléphant blanc, la « promenade urbaine » se déployant de Barbès à Stalingrad sur un kilomètre et qui se trouve placée sous le métro aérien dans le XVIIIe arrondissement. Elle aurait coûté a minima 11 millions d’euros selon la Ville et 20 millions d’après les élus de l’opposition. Deux ans à peine après son inauguration, le résultat apparaît sans appel : c’est un parfait fiasco à tous égards. En effet, il s’agit ni plus ni moins d’une zadisation de l’espace, d’une zone d’insécurité propice aux trafics, beuveries et addictions en tous genres. Dans cet ensemble urbain, s’accumulent nombre de détritus sur fond d’odeur pestilentielle d’urine et d’excréments. Quant à la piste de skate, mal conçue et mal exécutée, elle reste désertée. L’équipe municipale a pourtant tenu à mettre en place dans cette étendue malsaine « une agriculture urbaine », sous la forme d’un « verger urbain » et d’une « forêt fruitière ». Mais ce coûteux gadget n’est pas entretenu et tombe déjà en friche. Enfin, n’oublions pas les sanisettes éco participatives et intersectionnelles, destinées à transformer le contenu des toilettes en engrais pour de malheureuses plantes intégrées à un dispositif dysfonctionnel et ignoble de laideur. Installées pour la modique somme de 24 000 à 40 000 euros pièce, suivant les modèles, elles s’avèrent totalement inefficaces et à l’origine de graves nuisances. À tel point que les protestations des riverains ont eu raison en dernière instance de cette aberration et que certaines « sanisettes écoresponsables » ont été retirées, comme ce fut le cas Porte de La Chapelle.

Le 16 novembre, Rachida Dati a demandé en conseil municipal « une mise sous tutelle budgétaire » de la capitale française

Soulignons qu’il s’agit là d’opérations réalisées sans la moindre concertation avec les Parisiens qui se voient imposer autoritairement des choix d’aménagements et de mobilier urbain catastrophiques. C’est ainsi qu’il a été décidé de retirer de nombreux bancs Davioud après avoir cessé de les entretenir. Puis, ils ont été remplacés par des bancs (champignons blancs) en plastique, de simples cubes en béton ou bien encore de vulgaires traverses de bois en mode chantier qui – outre leur laideur et leur inconfort – ne correspondent en rien au style de la capitale. « On essaie des choses on verra ce que l’on en fait. On les supprimera, si cela ne fonctionne pas » ose déclarer le premier adjoint.

Au terme de cette politique de gribouille, 150 bancs champignons et traverses en bois ont été finalement désinstallés. On peut constater de la sorte que gaspillage de deniers publics après gaspillage de deniers publics, l’équipe municipale creuse la dette en toute impunité, à la manière des Shadoks ; cette politique discrétionnaire consistant à faire, défaire et refaire avec l’argent du contribuable. Enfin, signalons la multiplication de projets tous azimuts tels des micro-forêts, « oasis de biodiversité » pour « végétaliser » la capitale, à raison de 10 500 euros par parcelle de 210 m2 soit 500 000 euros par hectare. Enfin, tandis qu’elle bétonne à tout va, notamment dans les 12e, 13e et 14e arrondissements, l’équipe municipale met en place un non-sens écologique et paysagé en installant partout des arbres en pots appelés à dépérir rapidement, alors que dans le même temps elle fait abattre des centaines d’arbres de pleine terre, sains et parfois centenaires. Les Parisiens sont confrontés là à un délire sectaire qui conjugue imposture d’affichage et inconséquence financière.

Aux prises avec cette politique farfelue et coûteuse qui leur est imposée, les Parisiens souffrent de voir leur ville mal entretenue, considérablement négligée, voire parfois purement et simplement abandonnée. C’est ainsi que la Ville a dû verser en 2020, 1,4 million d’euros de dommages et intérêts à 290 victimes d’accidents dus au manque d’entretien et à la dangerosité de la voie publique (nids de poule, trous et crevasses), sans parler de la terrible explosion de la rue de Trévise, où la municipalité est mise en examen pour homicide et blessures involontaires[3].

Rue de Trévise Credit: Polymagou – CC-BY-SA Wikimedia Commons

Au vu de cette situation désastreuse, de nombreuses voix s’élèvent depuis quelque temps pour dénoncer l’extension vertigineuse de la dette et la jubilation dans la perte financière dans laquelle se complaît Anne Hidalgo et son entourage. Elles pointent sévèrement leurs responsabilités dans ce qui s’apparente de plus en plus à une faillite, même si juridiquement cette notion n’existe pas pour les finances locales. Ainsi le 16 novembre dernier, Rachida Dati, chef de file de l’opposition LR à la mairie de Paris et maire du 7e arrondissement, a-t-elle qualifié, le projet de budget pour 2022 d’« insincère », estimant « à plus de 400 millions d’euros » un « manque à gagner » pour la Ville qui ferait « peser sur le budget de fonctionnement un risque réel de déséquilibre, interdit par la loi ». En conséquence, elle a demandé en conseil municipal « une mise sous tutelle budgétaire ». C’est dire combien la dette de Paris destitue la capitale de son rang majestueux : il faut à tout prix faire payer Paris !


[1]. Son titulaire Pierre Aidenbaum a démissionné le 14 septembre 2020 pour cause de harcèlement sexuel sur ses collaboratrices. Il reste toutefois conseiller de Paris.

[2]. Cinq mois à peine après son installation, cette installation était déjà la cible de tirs de peinture la maculant de jaune, un acte de vandalisme nécessitant une coûteuse restauration.

[3]. La Ville continue de refuser à ce jour de débourser la moindre somme avant le procès pour venir en aide aux victimes et sinistrés (4 morts, 66 blessés et de nombreuses personnes privées de leur logement).


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Josepha Laroche est professeur de science politique à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages en relations internationales. Elle vient de faire paraître aux éditions Vérone une trilogie consacrée à Freud ("Freud à Paris", "Freud 1917" et "Freud 1918-1939. La détresse d’une époque").

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