Pas loin de succomber à la chiracmania par antifascisme, France inter et François Hollande tombent à pieds joints dans la zemmourophobie! Notre dernier président socialiste atteindra-t-il les mêmes sommets de popularité que son prédécesseur ? Peut-être, lorsque les Français auront oublié son bilan, comme ils l’ont fait avec Jacques Chirac.



Hier était un jour de deuil national. Si les multiples gazettes disent vrai, les Français sont sonnés par la disparition du bien-aimé Chirac. Son rival socialiste corrézien François Hollande, qui cherche à reconquérir leur sympathie, l’est également, le monde est bien fait. D’un calme olympien, avec la tristesse la mieux feinte, il s’est présenté lundi devant le micro de France inter, avec l’affable bienveillance qu’on lui connait bien. Pas de petite blague ce matin-là, sinon pour dégommer Berlusconi en invoquant ce qu’en aurait dit Chirac.


Les plus fins analystes de la scène politique nationale s’accordent sur un point: au-delà de l’immense tristesse collective ressentie envers un personnage sympathique, la disparition de Jacques Chirac doit nous inquiéter. Pourquoi ? Le grand homme d’État, qui a tant fait pour la France et la sécurité routière, était le dernier rempart permettant aux Français de ne pas se jeter dans les bras du « populisme », c’est-à-dire de l’extrême droâââte. Lundi matin, sur France Inter, Léa Salamé interroge un Hollande à la fois éploré et très inquiet. 

Souvenirs, souvenirs

Les deux évoquent d’abord ces souvenirs de « Chichi » que le socialiste quasi-chiraquien gardera en mémoire. Des fadaises déjà moultes fois ressassées, mais ces petites répétitions font du bien, quand on a un grand chagrin.

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Puis, Salamé lui demande : « Au moment où disparaît Jacques Chirac, diriez-vous que ce mur entre la droite et l’extrême droite est beaucoup plus poreux aujourd’hui ? » Elle pense aux fourbes manœuvres de Marion Maréchal à la droite de l’échiquier politique. La réponse, comme vous le craignez, est affirmative. La preuve: pas plus tard que le week-end dernier, un pince-fesses d’extrême-droite a eu le toupet de se faire appeler « Convention de la droite » (et non Convention de l’extrême droite, NDLR). Démonstration est donc faite qu’il y a péril en la demeure.

Le glorieux chef des Français de 2012 à 2017 livre son analyse au micro: « Il n’y a pas que ce mur qui est poreux [le mur jusqu’alors étanche entre Républicains et Rassemblement national ndlr]. Il y a [aussi] le mur des médias. Zemmour travaille dans des organes de presse ! Et pas n’importe lesquels. Et si on pense qu’il tient des propos qui dépassent toutes les limites et qui franchissent toutes les digues, il y a un moment où il faut qu’on prenne ses responsabilités. » Quand il dit « on », il y inclut apparemment toutes les personnes présentes dans le studio. Voire tous les démocrates sincères de ce pays prêts à se battre pour que leurs ennemis ne s’expriment pas.

Faites-le taire !

Comme elle est perspicace, Léa Salamé estime que la parole du président Hollande mérite d’être précisée: faut-il retirer au monstrueux Zemmour son temps d’antenne ?

Elle questionne l’homme d’Etat: « Cela vous choque qu’il travaille toujours au Figaro et qu’il va travailler bientôt dans une chaîne d’infos (Cnews NDLR)? (…) Donner la parole à Eric Zemmour, c’est aussi la liberté d’expression, non ? ». Heureusement, l’ex de Ségolène n’est pas de l’avis de la chroniqueuse. « Il y a une banalisation du pire, une banalisation de l’extrême, de l’outrance, du mépris à l’égard d’une partie de la communauté nationale. C’est ça qui me gêne, parce que finalement, il y a 20 ou 30 ans, il y avait des personnes qu’on n’invitait même pas à la radio, et aujourd’hui, ce sont elles qui sont les plus nombreuses à y venir ! » Des noms ! 

Du temps de l’ORTF, c’est sûr que c’était plus simple pour gérer les invités à la télé. Les islamistes étaient aussi moins remuants. Après avoir évoqué la période de l’entre deux-guerres, Hollande se montrera finalement conciliant – une de ces spécialités – sur le cas de Zemmour : « Il ne faut pas interdire ». Ouf, Zemmour a eu chaud au derrière et Hollande est toujours Charlie. Hollande précise toutefois : « Il faut que chacun soit à sa place, et dans les médias il faut faire attention ». Message personnel aux médias qui emploient Zemmour…

Zemmour: journalisme ou politique, il faut choisir

Ledit Zemmour a assurément tenu la semaine dernière un discours offensif sur le thème de l’identité française et des difficultés posées par la religion islamique. Mais il est bien à la place qu’on lui connaît, non ? Et si « l’outrance » des polémistes de droite qui ont envahi les écrans peut énerver, n’est-elle pas à la mesure de l’incurie de nos dirigeants à traiter les graves problèmes identitaires du pays ?

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Pour remettre les pendules à l’heure, rappelons enfin à Mme Salamé et M. Hollande, les deux arbitres des élégances du lundi matin sur France inter, que la première a commencé sa carrière en animant des débats télévisés avec Eric Zemmour sur I>Télé (devenue Cnews), et que c’est à l’issue du mandat du second que l’extrême droite s’est retrouvée au second tour de la présidentielle. Ces points utiles étant rappelés, notons que lors de la longue matinale de France inter, les questions de l’islam et de la « partition » en cours un temps évoquée par Hollande en privé n’ont pas été abordées. Non, sitôt l’entretien terminé avec le président normal, la programmation proposait un billet (à l’originalité discutable) de l’impayable Sophia Aram. Son sujet ? Le dangereux Zemmour. Original ! Et, sans que l’on sache bien si cela était dû au deuil national ou à la prestation de l’humoriste, personne ne rigolait.

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