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Bullet train, le grand retour de Brad Pitt

Sous le feu des critiques, le film s'avère cependant être une réussite

Bullet train, le grand retour de Brad Pitt
Brad Pitt, dans Bullet Train de David Leitch. © Scott Garfield

Notre chroniqueur n’a pas toujours été tendre avec Brad Pitt. Sans doute avait-il fondé de trop grands espoirs sur ce clone de Robert Redford. Il nous a avoué avoir été atterré par Troie ou Inglorious Basterds. Aussi craignions-nous le pire en recevant sa recension de Bullet Train, le dernier véhicule du cinquantenaire paresseux. Craintes non fondées : c’est un divertissement très réussi. Et une histoire d’appropriation culturelle…


David Leitch, le metteur en scène de Bullett Train, est un ancien cascadeur — il a réalisé toutes les scènes d’action de John Wick sans en être crédité, sans compter le pétulant Atomic Blonde, avec Charlize Theron, plus déesse que la Vénus d’Arles, et le tonitruant Hobbs & Shaw, avec Dwayne Johnson, plus sculptural que l’Hercule Farnèse. Côté action et scénarios tortueux, il sait faire.

Bullet Train est l’adaptation d’un roman japonais qui tient plus du roman graphique que du récit traditionnel. Tous les acteurs sont remarquables, à jouer au quatorzième degré — avec une mention spéciale à Joey King, qui a quelque chose de Christina Ricci dans Les Valeurs de la famille Adams : un physique difficile dont elle tire des étincelles.

Inutile de vous raconter l’histoire, basée sur une série de malentendus, de quiproquos et de règlements de comptes qui ne laisse aucun personnage indemne et nous cloue à notre fauteuil à force de rire.

Et les occasions de nous esclaffer n’étant pas légion en ce moment…

Sans compter que les huis clos dans un train sont un grand classique du cinéma d’action. Rappelez-vous Le Crime de l’Orient-Express — ou Le Dernier train pour Busan, petit film d’horreur coréen très réussi. Par quelques plans Bullet Train rappelle aussi le Runaway Train, chef-d’œuvre de Kontchalovski où jouait l’ex-beau-père de Brad Pitt, Jon Voight — le père d’Angelina Jolie, pour ceux qui l’ignorent.

Mais ce n’est pas pour vous faire la réclame d’un film franchement divertissant que j’ai écrit cette chronique : c’est parce que ce film se trouve en butte, au Japon et aux États-Unis, à un flot de critiques qui ne portent ni sur la réalisation, ni sur les acteurs, ni sur la mise en scène — mais sur le choix d’acteurs occidentaux pour incarner des personnages qui dans le roman de Kōtarō Isaka sont tous japonais — puisque l’action se situe dans le Shinkansen qui relie Tokyo à Kyoto.

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« Appropriation culturelle ! » « Whitewashing » ! se sont exclamées les hordes d’imbéciles qui veillent jalousement à ce qu’aucun acteur blanc n’incarne un Jaune ou un Noir, aucun hétéro un homo, aucun homme une femme, et que seuls des extra-terrestres jouent aux Martiens.

Que n’avaient-ils transposé l’action aux États-Unis ! a dit David Inoue, directeur exécutif de la Japanese American Citizens League. Alors même que l’auteur du roman était enchanté qu’un casting international puisse faire rayonner le film dans le monde entier, les puristes de la couleur de peau font campagne pour boycotter Bullet Train — tout comme chez nous des crétins diplômés ont interdit il y a deux ans la représentation des Suppliantes d’Eschyle, sous prétexte que des Blancs y étaient grimés en Noirs — scandale suprême de « blackface ». Quand j’ai écrit l’adaptation de mon roman Pur porc pour un téléfilm — Main basse sur une île — dirigé par mon ami Antoine Santana, plus Corse encore que moi, nous n’avons pas eu un instant d’hésitation en choisissant François Berléand, parisien de naissance, pour incarner un insulaire très au fait des démêlés autonomistes de la fin des années 1990.

Si nous devons désormais choisir les acteurs en fonction de leurs origines ethniques ou de leurs petites manies sexuelles, le niveau du cinéma français, déjà au ras des pâquerettes, descendra encore d’un cran.

Raisonnons un peu — ça nous changera des vociférations irrationnelles des crétins.

Hiroyuki Sanada, qui est le Vieux dans le film de David Leitch, a joué dans le Roi Lear en Angleterre — sans que des wokes blancs et « caucasiens » le lui reprochent. La bêtise serait-elle l’apanage exclusif des Asiatiques qui ne veulent pas de Brad Pitt, des Noirs qui ne veulent pas voir des Blancs jouer des Noirs dans Les Suppliantes, des LGBT qui ne supporteraient plus, aujourd’hui, de voir Tom Hanks incarner un homosexuel dans Philadelphia — ou Dustin Hoffmann se travestir en femme dans Tootsie ? Est-il possible que l’intelligence ait fui des groupes ethniques entiers, les femmes et les homosexuels en général — ou les imbéciles, qui parlent toujours très fort puisqu’ils n’ont rien à dire, ont-ils usurpé la parole au point de faire croire qu’ils sont la voix des gens éclairés qui, atterrés, se taisent ?

Parlons pour ceux qui n’osent pas défier le prêt-à-penser woke. Un acteur n’est bon que lorsqu’il sort de lui-même. Quand il est très bon, il remplit son vide intérieur avec n’importe quel rôle. Peter Sellers, dans Docteur Folamour, interprétait trois rôles. Et James McAvoy, dans l’excellent Split (2016), en interprétait six — dont un rôle de femme. Doit-on les dénoncer — les crucifier, peut-être ? Ou célèbrera-t-on de grands acteurs capables de sortir de leur peau, de leur spécificité sexuelle ? Rappelez-vous Greg Kinnear jouant excellement une folle dans Pour le pire et pour le meilleur, ou Julie Andrews, dans ce chef-d’œuvre qu’est Victor Victoria, en travelo maquillé en chanteuse — et se révélant homme en fin de spectacle. Ou de leur genre même : fallait-il un vrai chimpanzé plutôt que Kim Hunter pour interpréter Zira dans La Planète des singes ?

Mais j’ai dans l’idée que les singes sont tous regroupés aujourd’hui, grâce à l’intersectionnalité des luttes, dans les hordes qui vocifèrent et réclament, au fond, les rôles dont leur absence de talent les prive…

Allez voir Bullet Train : c’est très divertissant, tous les acteurs sont excellents, et le scénario alambiqué à souhait. On dirait parfois du Tarantino d’autrefois, celui de Pulp Fiction, avant que le succès lui boursoufle le nombril, l’égo et la tête.

Et tant que la canicule persiste…

PS. La salle 5 de Monciné, à Béziers, contient 440 places. Nous étions 40, ce lundi 8 août en début d’après-midi (et pourtant il faisait chaud dehors), presque tous au-delà de 50 ans. Que font les jeunes ? Ils pratiquent l’onanisme sur Tik-Tok ?

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Normalien et agrégé de lettres, Jean-Paul Brighelli a parcouru l'essentiel du paysage éducatif français, du collège à l'université. Il anime le blog "Bonnet d'âne" hébergé par Causeur.

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