Blanquer peut bien dire ou bien faire : le vrai pouvoir, au quotidien, est toujours entre les mains des pédagos. Pour les stagiaires, ce sont les tuteurs et les didacticiens de l’ESPE. Pour le prof de base, c’est l’Inspection qui joue ce rôle de gardien du temple meirieutique. Forcément : ils ont été recrutés, ils sont indéboulonnables, les ministres passent, pensent-ils, la Vérité pédagogique reste.

Ce qui suit est le récit autographe d’une Inspection réalisée il y a peu chez une collègue de Lettres, Cécile B (ne cherchez pas, c’est un pseudo, j’ai préféré camoufler sa vraie identité à l’inquisition des pédagogues), dans une classe de Cinquième d’une REP difficile en banlieue parisienne (pléonasme !). Elle pensait avoir réussi son année : elle avait tout faux. Et le papotis alors, cet enfant adultérin du papotage et du clapotis, recommandé l’année dernière par des Inspecteurs du rectorat de Versailles ? Elle n’a pas pensé au papotis — qui dans une telle classe se transforme immanquablement en chahut général, hurlements de singes et jets d’objets divers. Mais ces prêcheurs passent, une heure, puis s’en vont et vous abandonnent au milieu des décombres instaurés par leurs belles certitudes.

Je lui laisse la parole, tout en attestant que rien là-dedans n’est inventé ni bidonné. C’est le quotidien des Inspections — en Lettres tout au moins, l’une des disciplines les plus touchées par le grand vent de folie qui souffle depuis trente ans et qui a détruit tant d’enfants. Alors, la priorité à la langue française… Voilà ce qu’ils en font.

Un mot encore. Ces gens sont des croyants — ils arborent d’ailleurs l’éternel sourire des Mormons venus vous démarcher à domicile. À moins d’être éliminés l’un après l’autre, ou remplacés en masse par de vrais praticiens, ils ne lâcheront rien.

Jean-Paul Brighelli

« J’ai été inspectée en ce début juin, pour un rendez-vous de carrière, la mission centrale des Inspecteurs dans le cadre des PPCR (Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations), dans une REP difficile, avec des 5e qu’il m’aura fallu canaliser durant 10 mois, avec lesquels (pour les 2/3 d’entre eux) j’ai dû batailler pour obtenir un « bonjour », « au revoir », pour qu’ils aient une feuille et un stylo, pour qu’ils daignent prendre ledit stylo pour écrire sur ladite feuille, dont les copies, quand elles ne sont pas blanches, ressemblent à des gribouillis d’enfants de 7 ans (et encore) n’offrant ni majuscule, ni ponctuation, et dont les mots s’enchaînent sans cohérence.

Je croyais avoir bien fait mon travail, et puis…

L’inspecteur, grisonnant et jovial, me rassure dès son arrivée, et m’assure qu’il est là pour conseiller et aider les professeurs à s’améliorer, certainement pas pour « casser ».

J’ai choisi de faire cette heure de cours sur la distinction entre les propositions indépendantes et subordonnées.

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Mon Power Point est au poil et les exercices progressifs. La veille, nous avions, à base d’observations, écrit l’introduction du cours et défini ce qu’était une proposition. Je démarre donc par quelques rappels en les faisant pratiquer au tableau. Ils ont retenu. Victoire.

Le cours se déroule dans un grand calme… ils ont fini, au fil de l’année par comprendre que travailler se faisait dans l’écoute. Ils participent, lèvent la main, vont au tableau, et apprennent à comprendre l’enjeu d’une proposition, et à les analyser avec rigueur. Ils ont compris. Et en plus, ils se comportent comme des élèves modèles, chose rare que je ne savoure que depuis un mois ou deux.

Durant les exercices en autonomie, je circule pour aider les élèves. L’inspecteur aussi. (???)
Je donne quelques applications à terminer pour le lendemain, qui me permettront de passer à des exercices plus complexes d’écriture.

L’envie d’exploser de rire et de fondre en larmes

L’entretien peut ensuite démarrer avec ce bonhomme enthousiaste, qui a bien meilleure mine que moi — je me fais la remarque intérieure que nous n’avons clairement pas passé la même année. Je suis éreintée, et je lui dis dans le couloir qui nous mène au bureau de l’entretien.

Cet entretien sera une véritable épreuve pour moi. Tout du long, j’oscillerai entre la stupéfaction, l’envie d’exploser de rire et de fondre en larmes en même temps de désespoir. Comment a-t-on pu en arriver là ?

« Commençons par parler de votre cours en lui-même »… La première partie de mon cours sur le repérage des propositions, et la compréhension d’une « indépendante » était lourde et peu utile. Il aurait fallu…

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