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Accepteriez-vous une famille ukrainienne chez vous?

Ukraine, Afghanistan, Mali… Faut-il repenser la réglementation sur les réfugiés?

Accepteriez-vous une famille ukrainienne chez vous?
Une famille ukrainienne à la gare de Przemyśl en Pologne le 3 mars 2022 © Dominika Zarzycka/Sipa USA/SIPA

Une touchante unanimité caractérise les Français à l’égard des Ukrainiens confrontés à l’invasion russe: il faut les accueillir en Europe. Familles fuyant la guerre, réfugiés politiques ou migrants économiques : la crise ukrainienne ouvre la voie à une réflexion salutaire sur les mouvements migratoires et la solidarité qui en découle, selon Yves Mamou. Analyses.


Depuis le début de l’offensive russe, un million d’Ukrainiens ont déjà fui leur pays. Selon les scenarii, leur nombre pourrait atteindre entre cinq et sept millions. La Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie, pays membres de l’Union Européenne, accueillent les réfugiés en provenance d’Ukraine sans aucune hésitation. Ces Etats que la Commission européenne a tenté de faire passer pour racistes et xénophobes parce qu’ils refusent de s’ouvrir à des populations en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, font preuve envers leurs voisins ukrainiens d’une attitude authentiquement solidaire.

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Cette différence d’attitude oblige à une réflexion sur l’accueil des réfugiés. La crise migratoire ukrainienne est-elle similaire à la crise migratoire de 2015 qui a vu plus d’un million de personnes originaires d’Asie, d’Afrique et du Moyen Orient affluer vers l’Europe ?

Un flot de réfugiés composé essentiellement de femmes et d’enfants

A l’évidence, la situation ukrainienne présente des particularités. Les Ukrainiens qui tentent de fuir la guerre et son cortège de morts et de destructions ne peuvent fuir en direction de la Russie ou de la Biélorussie qui leur font la guerre. Ils n’ont pas d’autre option que de franchir les frontières de l’UE (ou de la Moldavie). Rappelons que l’Afghanistan, l’Irak ou la Syrie qui continuent de fournir de gros contingents de réfugiés, n’ont aucune frontière avec l’UE.

Sur les réseaux sociaux, nombreux ont été ceux qui ont noté que le flot des réfugiés ukrainiens est essentiellement composé de femmes et d’enfants, les hommes ayant une interdiction de quitter leur pays pour cause de mobilisation. De nombreux médias ont aussi fait état d’Ukrainiens résidant dans l’UE (principalement en Pologne, où ils sont 500 000[1]) qui rejoignent leur pays pour le défendre.

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Si l’on compare avec la grande vague migratoire de 2015, les différences sont édifiantes : en 2015, les Syriens demandeurs d’asile dans l’UE (255 000) ont été presque trois fois plus nombreux que les femmes (104 000) ; pour les Afghans, l’écart a été encore plus flagrant : 141 000 hommes pour 34 000 femmes ; les hommes Irakiens (90 000) ont été eux aussi trois fois plus nombreux que les femmes (30.000). Et en 2014, (année consécutive à l’intervention militaire française au Mali contre les  djihadistes) les demandeurs d’asile maliens ont représenté 12 000 hommes pour… 600 femmes (!)

Migrants économiques

Les mouvements migratoires originaires d’Afrique et du Moyen-Orient sont donc constitués d’hommes jeunes qui exploitent souvent – il faut le reconnaître – un droit d’asile totalement dévoyé. Il s’agit bien souvent de migrants économiques, qui n’ont jamais eu l’intention de rester chez eux pour contribuer au développement de leurs pays, et qui, à la moindre occasion, fuient ce dernier pour se mettre en mouvement vers des terres économiquement plus prospères. Quand Kaboul est tombée aux mains des Talibans, les jeunes Afghans déjà réfugiés en Europe et amoureux de la démocratie ne se sont pas rués en direction de Kaboul pour reprendre leur capitale, les armes à la main…

Ces populations profitent de deux choses :
– notre absence de fermeté politique d’une part, qui leur permet de franchir aisément les frontières (ou du moins ce qu’il en reste),
– et d’autre part du discours de ceux qui font profession de présenter le premier migrant économique venu en réfugié politique persécuté, à qui il faut absolument accorder l’asile.

Les faux demandeurs d’asile

Une législation internationale finement pensée devrait  permettre d’affirmer qu’à partir du moment où les Afghans – pour ne citer qu’eux – ont quitté le Pakistan, la Turquie, ou l’Iran pour se mettre en marche vers l’Europe, ils ont cessé d’être des « réfugiés » pour devenir des migrants économiques. Des bonnes âmes tenteront d’imposer l’idée qu’ils aspiraient au cadre apaisant d’un régime démocratique, mais les réalistes savent qu’ils sont d’abord à la recherche d’opportunités économiques (démarche compréhensible, mais qui ne relève pas de l’asile), et les cyniques feront valoir que le panel de prestations sociales offert dans les pays d’Europe constitue un appel d’air puissant, en particulier pour ceux qui ne sont pas employables.

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L’attitude des responsables politiques français à l’égard des réfugiés ukrainiens a été  – à l’exception notable d’Éric Zemmour – d’une touchante unanimité. Pas un leader politique qui n’ait réclamé, voire exigé leur accueil dans l’hexagone, la France devant « prendre sa part » de ce fardeau de solidarité. Exigence assez inutile en fait, car la plupart des Ukrainiens aspirent vraisemblablement à retourner dans leur pays et voudront probablement, tant que durera la guerre, rester proches de ceux qui y combattent. En attendant, la Pologne est prête à leur ouvrir les bras et aucune réticence ne pénalise ces réfugiés avec lesquels les Polonais partagent une histoire commune. En effet, n’oublions pas que la partie ouest de l’Ukraine et la Pologne ont été unies au XVIIème siècle au sein d’une même entité politique.

La Pologne serait-elle en mesure d’accueillir les cinq à sept millions de réfugiés ukrainiens évoqués plus haut ? Probablement pas.  La question de la répartition de cette nouvelle vague de réfugiés dans les Etats membres de l’UE se posera rapidement si la guerre est longue. L’Allemagne, qui a toujours un important besoin de main d’œuvre, se portera très probablement volontaire. En France, les Ukrainiens auraient certes un effort d’adaptation à produire, mais ils sont chrétiens et le choc culturel qu’ils créeraient serait moindre qu’avec les Africains ou les Maghrébins, presque tous musulmans. Par ailleurs, on peut considérer qu’Eric Zemmour a fait preuve d’un certain courage politique (non dénué de maladresse en termes de communication) en ne cédant pas à la démagogie ambiante de la solidarité à tout prix. Le leader de « Reconquête ! » a déclaré « préférer » que les Ukrainiens qui ont trouvé refuge dans l’UE restent « en Pologne »,  « la France [étant] déjà submergée par l’immigration ». Mieux vaut aider la Pologne à gérer les réfugiés plutôt que de transférer ces réfugiés en France a-t-il ensuite précisé.

Repenser l’asile

La crise ukrainienne devrait en tout cas servir de tremplin au prochain président pour repenser la politique d’asile au niveau français, mais aussi au niveau européen et si possible au niveau mondial, en lançant une renégociation de la convention de Genève sur les réfugiés. La Convention de Genève [2], adoptée en 1951 et ratifiée par 145 pays, définit ce que sont les « réfugiés », leurs droits et énonce les obligations juridiques des États signataires envers tous ceux qui sont persécutés en raison de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un groupe social ou de leurs opinions politiques. Mais en favorisant la confusion entre migration économique et migration politique, ce texte est aujourd’hui obsolète.

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Les principes qui devraient guider cette réforme sont simples : un pays comme la France ne devrait accorder l’asile politique qu’aux combattants de la liberté auxquels le préambule de la Constitution de 1946 fait référence, c’est à dire à une poignée d’individus seulement chaque année. Les personnes déplacées qui fuient un conflit devraient être accueillies dans les pays limitrophes, afin de pouvoir rentrer chez elles dès que les conditions le permettent. La solidarité internationale avec ces pays d’accueil en but à un choc migratoire devrait se manifester de manière obligatoire : ce soutien pourrait prendre la forme d’un soutien financier, ou d’une aide à la relocalisation d’une partie des réfugiés (soit un mélange des deux), au choix du pays qui manifeste sa solidarité.  Enfin, les personnes menacées pour ce qu’elles sont (un Chrétien en Irak ou un homosexuel en Iran par exemple) devraient pouvoir se réfugier dans le premier pays où leur vie ne serait plus menacée, pas dans le pays de leur choix pour des raisons de convenances économiques principalement.

Conséquence logique, tout migrant arrivant en France et ayant transité préalablement par un pays démocratique que ce soit l’Italie, l’Espagne ou la Grèce (ou n’étant pas en mesure de prouver qu’il est arrivé directement en France, afin d’éviter les abus) ne devrait selon moi pas être autorisé à y déposer une demande d’asile. La procédure de Dublin actuellement en vigueur, devrait théoriquement empêcher la multiplication des dossiers dans les différents pays signataires du « Règlement Dublin », mais les lacunes de l’enregistrement des migrants dans la base de données Eurodac fait qu’il n’est pas rare de voir un demandeur d’asile multiplier les dossiers dans différents pays.

Il ne s’agit que de pistes. Mais une réflexion est à mener qui apurerait au moins un peu de ce malaise qui s’est instauré en Europe – et surtout en France – depuis trente ans sur les questions migratoires.


[1] Source : Eurostat

[2] https://www.unhcr.org/fr/4b14f4a62


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