Toute coïncidence ou ressemblance avec des faits réels…


En 1996, Tim Burton signait « Mars Attacks! ». Dans ce savoureux pastiche d’« Independance Day », la renaissance de l’humanité y est envisagée dans l’altérité.

« Nous venons en paix », affirme l’ambassadeur de Mars à un parterre d’Américains -militaires et hippies réunis – hypnotisés par ce lointain sauveur. Dans le Nevada, un hippie lâche une colombe. Soudain, le petit être au corps verdâtre tire sur l’oiseau, puis sur les humains. En l’espace d’un instant, le sort de l’humanité bascule. Ce qui s’annonçait comme une communion extraordinaire avec son prochain est une boucherie sans nom.

Changer avec l’« autre » ? 

Le lendemain, l’entourage du président refuse de voir que les petits visiteurs à la cervelle protubérante nous veulent du mal. « C’est un malentendu culturel », chuchote Pierce Brosnan dans les habits du professeur Donald Kessler, un scientifique progressiste et propre sur lui. C’était il y a vingt ans. Pour ses traditionnels vœux du nouvel an, la mairie PCF de Vitry-sur-Seine a convoqué une citation de l’écrivain Edouard Glissant : « Nous devons nous accoutumer à l’idée que notre identité va changer profondément au contact de l’Autre comme la sienne à notre contact, sans que pour autant l’un et l’autre ne se dénaturent… C’est le moment où je change ma pensée, sans en abdiquer l’apport. Je change et j’échange ».

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À côté de la plaque ou visionnaire ? Peu importe. Décontextualisée comme elle l’a été par la mairie de Vitry, la citation de l’écrivain chantre de la créolisation du monde – aujourd’hui disparu – apparaît comme une ode à l’accueil de l’« Autre » sans condition, quitte à se faire avaler par ce dernier. Ou quand le sans-frontiérisme socialiste rencontre la mondialisation capitaliste sauvage pour mieux célébrer ce que beaucoup appellent désormais le « Grand remplacement »…

Vices et vertus

La mairie de Vitry serait bien inspirée de regarder « Mars Attacks! ». À peine les aliens ont-ils commencé à nous titiller qu’un personnage brut de décoffrage et à la mine bouffie, le général Decker, estime derrière ses verres fumés qu’« il faut les dégommer ». Les belles âmes le prennent de haut. La suite lui donnera pourtant raison.

Il ne s’agit évidemment pas de suggérer que tous ceux qu’on rassemble – en dépit de leurs parcours divers – sous le nom fourre-tout de « migrants » viennent ici pour anéantir notre civilisation. Mais il s’agit de rappeler qu’aussi si fascinants qu’ils soient aux yeux de certains, ils ne viennent pas nécessairement pour communier avec nous ; et qu’ils ont comme nous des vertus, fort heureusement, mais aussi des vices.

Cela ne remet pas en question le dialogue avec celui qui vient de loin. On peut s’intéresser à ses mœurs, à sa culture, à sa façon d’être, à sa langue, bref, s’intéresser réellement à lui. En revanche, s’intéresser à lui du seul fait qu’il vient de loin – et qu’il serait pour cela forcément plus intéressant que le « plouc » de nos terroirs – dévoile un désir d’automutilation qui ne semble pas s’être arrangé depuis que La tyrannie de la pénitence a été démontrée par Bruckner en 2006.

« Nous sommes vos amis »

Revenons à « Mars Attacks! ». « Peut-être que l’espèce humaine n’est pas digne de vivre, finalement », se lamente la poupée Barbara Land, épouse paumée d’un promoteur immobilier toujours entre deux verres. Avant d’ajouter d’un air dépité : « Nous avons fait tant de mal à la Terre ». Comment ne pas songer là aux théories de l’effondrement qui prolifèrent dans notre jeunesse ? Comment ne pas voir que pour certains, l’apocalypse climatique est envisagée inconsciemment comme un moyen de renouveler le genre humain, quitte à ce que notre civilisation y passe ? Le risque d’effondrement pourrait pourtant venir d’ailleurs. Les civilisations maya et aztèque le savent bien, elles. Agriculture, architecture, mathématiques, astronomie: selon Le Clezio, qui a fait un excellent ouvrage à ce sujet, Le rêve mexicain ou la pensée interrompue, elles étaient plus avancées dans ces domaines que l’occident à la même époque. Si ces civilisations avaient perduré, la face du monde en aurait sans doute été changée. Mais elles ont vu dans les conquérants espagnols des demi-dieux. Ces derniers n’en ont fait qu’une bouchée, comme chacun sait. N’en déplaise aux Cassandre de l’apocalypse climatique, ce n’est pas la montée du taux de CO2 qui les a décimées.

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Il ne s’agit pas de se fermer évidemment, il ne s’agit pas de s’agripper à son îlot. Il s’agit de comprendre que la perspective de régénération de notre société vieillissante grâce à l’apport de travailleurs immigrés relève d’une inquiétante candeur. C’est pourtant ce que proposait Jean-Paul Delevoye en suggérant d’accueillir en Europe 50 millions de travailleurs étrangers dans les prochaines décennies. Sa démission a au moins permis la mise à l’écart d’un de ces apprentis sorciers qui évoluent dans nos hautes sphères.

À la fin de « Mars Attacks! », ce qui devait arriver prend forme : les Martiens plantent leur drapeau sur le corps du président des États-Unis. Jusqu’au bout, alors que le carnage est à son apogée, nos sauveurs extra-terrestres nous l’assurent : « ne courez pas, nous sommes nos amis ». Nul doute qu’il ne s’agit là aussi que de simples déséquilibrés sans antécédents judiciaires.

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Alexis Brunet
est professeur de français langue étrangère.
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