Et si par Trump l’Amérique avait renoncé à être un Empire pour redevenir une nation? C’est la thèse défendue par Paul Gottfried dans son livre L’Amérique de Trump: entre nation & empire.


Donald Trump n’a jamais manqué d’instinct politique. En 2016, celui-ci s’est révélé assez sûr. Arrachant l’investiture de son parti à la hussarde, il réussissait le plus beau coup de billard à trois bandes de l’histoire politique du pays en gagnant sur le fil la Rust Belt (les États industriels du nord du pays traditionnellement démocrates) et finalement l’élection.

Son sort est aujourd’hui incertain – alors qu’on le disait désespéré il y a quatre ans. On a beaucoup ergoté sur sa personnalité – les médias américains allant même jusqu’à interroger sa santé mentale ou ses facultés intellectuelles élémentaires. Pour peu qu’on délaisse cette dramaturgie et ses effets ampoulés, il reste la politique. En la matière les erreurs du président furent nombreuses – parfois amples et sans doute à la mesure de son héritage paradoxal.

Une mise en scène hypnotique

Les sondages sont mauvais. On insiste sur le rejet de sa personne. À voir. Plusieurs fois pourtant depuis 2016, l’Amérique s’est retrouvée dans son président. Nation darwinienne, édifiée dans le sang, par la force et grâce aux armes ; sur fond aussi de lutte entre l’homme et la nature sauvage, elle a bien plus que nous le culte de l’homme fort. Sauvé du Covid, sa mise en scène dès son retour de la maison blanche fut édifiante – sans doute ridicule pour un Européen. Revenu des enfers, le président revenait jouer le mythe de l’homme nouveau cher à Saint-Paul et aux protestants. L’homme qui a vaincu la mort et renait à lui-même. Il a dépouillé le Vieil Homme qui était en lui.

Cet homme, on le sait, n’est pas un dégonflé. Aussi, il n’a jamais eu peur de son image. Sa naissance l’a mis à l’abri du besoin, lui permettant de déployer tôt ses talents. Star très moderne, un peu kitsch quand il joue les cow-boys, surjoue les parades militaires, il a aimé séduire autant qu’il adore aujourd’hui choquer. À côté, son adversaire est utilement rabaissé à sa fatigue et à une supposée sénilité naissante.

Homérique Amérique

C’est toute cette culture exotique que Trump entretient auprès de la nation qu’il dirige. Comme les cités antiques, l’Amérique se laisse hypnotiser par son propre story telling. Elle se raconte en permanence sa propre histoire :  sur les écrans, dans les romans de gare, les magazines et la publicité – là où Trump a s’est constitué en modèle.

C’est son étrange roman national. Pour le théoricien littéraire Marthe Robert, le roman procède justement d’une croyance bâtarde et fictive dans l’auto-engendrement d’un personnage Don Quichotte qui oppose au monde son désir de grandeur, sa révolte, son souhait de renverser la table ; provoque reçoit en échange des railleries.

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L’Amérique cultive la même attitude. « Née d’une mère européenne et d’un père inconnu », l’Amérique s’est faite volontairement bâtarde. Car si sa mère est bien européenne, son père inconnu est une insémination du fantasme. À l’observation, tout ou presque lui vient d’Europe. Sa langue, sa culture, son architecture, ses institutions ont la même origine que sa population. Prolongement du vieux continent, elle

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