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Pierre de Villiers veut réparer la France

Pierre de Villiers veut réparer la France
Pierre de Villiers en 2015 © JP PARIENTE/SIPA / Numéro de reportage: 00815664_000001.

Le général publie L’équilibre est un courage. Il y fait le lien entre immigration et “séparatisme”, chose que n’osent pas les macronistes


Dans son troisième livre, L’équilibre est un courage, le général Pierre de Villiers propose avec humanité et intelligence des pistes pour recoller les morceaux de la France. On retrouve là tout ce qui caractérise son regard sur le monde : le refus du fatalisme, l’alliance de la réflexion et du concret, la foi en l’homme et en la France. L’équilibre que vise Pierre de Villiers n’est pas un « en même temps » fade et indécis, mais une ligne de crête résolument choisie. Le courage auquel il appelle n’est pas un aveuglement, mais une détermination. « Ce livre est un appel au calme » écrit-il aussi. Mais en est-il encore temps ? Dans ces morceaux de France que le général veut recoller, voit-il bien que certains ne sont plus la France, si tant est qu’ils l’ont un jour été ? Voit-il bien que ceux-là devront être vaincus, peut-être même détruits, avant d’espérer recoller tous les autres ? 

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Faut-il lire L’équilibre est un courage ?  Oui sans hésiter, mais il faudrait le compléter – oserais-je dire l’équilibrer ? – avec l’œuvre d’un autre grand soldat : Contre-insurrection, de David Galula.

Un bon diagnostic

Pierre de Villiers sait voir l’espoir là où beaucoup l’ignorent : il en tire des raisons de choisir, plutôt que la passivité du renoncement ou la brutalité de la rage, l’équilibre courageux de l’action. Il sait tendre la main là où d’autres restent les bras ballants ou brandissent systématiquement le poing. Il est de ces chefs militaires qui savent découvrir des alliés inattendus.

Ne lui reprochons pas de voir l’espoir, ne lui reprochons pas de vouloir retisser les liens déchirés. Mais n’oublions pas qu’il faudra aussi combattre et vaincre…

Mais sa force est sans doute aussi sa faiblesse : soucieux de ne pas laisser passer la chance de gagner un ami, il ne voit pas toujours l’ennemi dissimulé derrière certains sourires de façade, ni l’instrumentalisation qui peut être faite de son humanisme. Devrait-il renoncer à cet humanisme ? Certainement pas ! Seulement l’équilibrer….

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Ainsi, le Général fait un très bon diagnostic des lignes de fracture qui déchirent notre pays (ce qu’il écrit sur les gilets jaunes est remarquable, à la fois dans son analyse et dans ses solutions), mais il sous-estime de toute évidence certaines des forces qui creusent ces lignes. Il rappelle qu’en Libye nous avons gagné la guerre, mais perdu la paix : attention à ne pas vouloir maintenant gagner la paix trop tôt, au risque d’oublier qu’il faut d’abord gagner la guerre, et donc la faire. Bien sûr, Pierre de Villiers lui-même ne risque pas de sombrer dans ce travers ! Mais l’influence aujourd’hui de l’état d’esprit munichois est tel qu’un militaire parlant d’apaisement risque de ne pas être compris comme un appel à anticiper l’après, mais comme un prétexte pour prôner la paix à tout prix.

Soif d’un ordre qui ne soit ni celui des bandes, ni celui des salafistes

Prenons un exemple : les cités. Le général fait une différence intéressante entre « banlieues » et « cités » : « Dans la banlieue, on trouve la mairie, le supermarché, la pharmacie ; la cité est parfois plus le royaume des dealers, qui sont les vrais leaders d’une économie souterraine prépondérante. » Le regard que Pierre de Villiers porte sur les habitants de ces cités est précieux : il parle de rencontres magnifiques, il sait voir la volonté de s’en sortir, le courage d’entreprendre, la soif d’un ordre qui ne soit ni celui des bandes, ni celui des salafistes. Il ose aussi parler clairement d’immigration, et faire le lien trop souvent nié entre immigration et séparatisme : « Il s’agit avant tout de durcir les conditions du regroupement familial et de réformer le droit d’asile pour éviter qu’il ne constitue un appel d’air difficile à maîtriser. » « Combien de plan ministériels ou gouvernementaux pour les cités a-t-on élaborés depuis vingt ans ? Il faut attaquer le mal à la racine et arrêter les flux d’entrée. »

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Pour autant, si le général de Villiers est incontestablement d’un grand talent pour tendre la main à des jeunes à la dérive, je crains qu’il évalue mal la proportion de ces jeunes (ou moins jeunes) qui ne sont pas à la dérive, mais engagés volontaires dans les armées ennemies. S’il sait voir ces mères de familles qui luttent dans des conditions terribles pour empêcher leurs enfants de sombrer (et il a raison de le voir, il a raison de le dire, il est nécessaire de l’entendre), je crains qu’il oublie tous ces parents qui poussent leurs enfants dans la délinquance, ou alimentent la haine de la France. Ainsi de ces groupuscules turcs qui défilent, menacent et détruisent depuis quelques jours, à Décines, à Lyon, à Vienne. « Retrouvons le chemin de l’unité et de l’espérance qui ont toujours fait la grandeur de la France » écrit Pierre de Villiers dans sa conclusion, appelant à « une vraie réconciliation » Mais il ne saurait être question de « réconciliation » avec des milices étrangères agressives se livrant à des démonstrations de force sur notre sol ! Sauf à considérer leur présence en France comme légitime, ce qui serait en soi une capitulation.

L’observation vaut également pour ce que Pierre de Villiers appelle « la France aveuglée » – j’aime sa formule – celle des métropoles mondialisées, hors-sol et où l’individualisme égoïste est devenu la norme, enrobé de bons sentiments préfabriqués. Le général cite d’ailleurs fort à propos Péguy : « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. » Mais si là non plus il ne faut pas nier les raisons d’espérer, il ne faudrait pas se voiler la face. Les membres d’une soi-disant « élite » qui vendent à la découpe leur pays et l’avenir de leur peuple en échange de parts de marché et de dividendes, ou de voix dans un marketing électoral sinistre, tous ceux qui veulent détruire la France en la réduisant à un territoire accompagné d’un budget, sont des ennemis. Avant de songer à la réconciliation, il faudra les affronter, les vaincre et les désarmer. Et cela vaut aussi pour une certaine intelligentsia, dont la courageuse tribune récemment publiée dans Le Monde nous rappelle l’influence et la violence.

Un livre très riche

Tout ceci n’est qu’un survol, d’un livre trop riche pour être aisément résumé. Le général parle aussi, et souvent avec justesse, de la révolution technologique, de la mondialisation, du lien à retisser entre les générations, d’éducation, de gastronomie, de sport, de la grandeur du service, de l’importance de savoir dire « merci » et de savoir enseigner aux enfants à le dire. Il nous rappelle que « il n’y a pas de régalien sans social et pas de social sans régalien ». Il prend avec conviction, avec talent et avec raison la défense de la « classe moyenne », « celle qui paie ses impôts sans sourciller et ne voit aucune amélioration de sa vie quotidienne en dépit des promesses depuis cinquante ans », « ces Français qui ne sont ni les riches avec les revenus de leur patrimoine, ni les pauvres avec les aides sociales, et qui sont souvent les oubliés de nos politiques publiques. Ces Français qui se sentent lésés, coincés entre les bénéficiaires de la redistribution sociale et les rentiers tirant avantage du libéralisme et de la mondialisation. » Il parle d’écologie, et plus important encore, il parle de la beauté de la nature, trop souvent oubliée par ceux qui n’y voient qu’un réservoir de ressources, fussent-elles « durables ». « La France des paysages est intimement liée à la poésie française et à notre patrimoine littéraire inestimable et si envié à l’étranger, car contempler, c’est habiter poétiquement. Albert Einstein l’exprimait à sa façon : la joie de contempler et de comprendre, voilà le langage que me porte la nature. »

A lire ensuite, Bérénice Levet: La terre contre le terroir

Avec L’équilibre est un courage, le général de Villiers continue à nous proposer des pistes pour œuvrer à un but indispensable et auquel nous avons tous la possibilité et le devoir de contribuer : « à cette France fracturée, inquiète et désabusée, nous devons redonner le souffle qu’elle a perdu et faire repartir le feu sous la cendre. » Ne lui reprochons pas de voir l’espoir, ne lui reprochons pas de vouloir retisser les liens déchirés. Mais n’oublions pas qu’il faudra aussi combattre et vaincre, apprendre à distinguer entre les adversaires avec lesquels il est possible de faire la paix et les ennemis qu’il faut terrasser et détruire. Et ensuite, mais ensuite seulement, envisager la réconciliation – et pas à n’importe quel prix, ni avec n’importe qui.

Comme Pierre de Villiers l’écrit lui-même : « on ne peut pas en même temps vivre en France et la haïr. »

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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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