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Veuve de dictateur, c’est pas une vie

Faites connaissance avec "DisGraceful"

Veuve de dictateur, c’est pas une vie
Grace Mugabe © Jekesai NJIKIZANA / AFP

Être la femme d’un dictateur – même mort – n’est pas de tout repos. Grace Mugabe, femme de l’ancien président du Zimbabwe a du ré-inhumer son mari dans les règles.


Sulfureuse, détestée, ambitieuse, dispendieuse, omniprésente dans la vie politique du Zimbabwe dont elle fut la première dame, Grace Mugabe a longtemps caressé l’espoir de succéder à son mari à la tête du pays. Disparue des écrans radars depuis la chute de « Comrade Bob », elle est revenue soudainement par la petite porte de l’actualité. Le tribunal traditionnel de Murombedzi lui a ordonné d’exhumer Robert Mugabe, décédé il y a deux ans, et de le ré-inhumer convenablement sous peine d’une amende.

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Jadis crainte pour ses sorties et exigences outrancières, l’ancienne secrétaire du père fondateur du Zimbabwe est sous le feu des critiques. Réfugiée à Singapour, où elle possède une résidence, « DisGraceful », son surnom, est accusée d’avoir enterré son mari au centre de leur ferme, en complète contradiction avec la coutume, alors qu’il aurait dû être mis en terre dans « un endroit choisi par sa mère ou la famille dans laquelle il est né » affirme le chef Zvimba qui ne décolère pas. Faute d’obtempérer, elle pourrait être astreinte à payer « cinq vaches et une chèvre en guise de dédommagement » peut-on lire très sérieusement dans l’acte d’accusation. Pourtant la veuve éplorée n’entend pas rentrer, craignant d’être embastillée, accusée de détournement de fonds. D’autant que la justice soupçonne également la « First Lady » de s’être débarrassée rapidement du cadavre afin de se libérer d’un article du testament l’obligeant à « rester à jamais près du cercueil de son mari jusqu’à ce que l’on décide du lieu » où Robert Mugabe serait finalement enterré.

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L’affaire pourrait être risible si elle n’était pas devenue nationale, avec un gouvernement qui souhaite désormais le transfert des restes de Mugabe au Panthéon national des héros de la « lutte de libération ». Ce que refuse catégoriquement sa famille agacée par tant de vautours virevoltants autour de la carcasse d’un homme que le pouvoir actuel a pourtant contribué à destituer en 2017 et qui cherche à récupérer son immense fortune accumulée dans des conditions douteuses durant trente ans de dictature.

Été 2021 – Causeur #92

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste , conférencier et historien.

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