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En Namibie, le nazisme n’est pas mort

Les germano-namibiens sont fiers de leur histoire

En Namibie, le nazisme n’est pas mort
Henk Mudge, président du Parti républicain de Namibie, 2004 © THEMBA HADEBE/AP/SIPA Numéro de reportage : AP20260754_000006

La Namibie a été un protectorat allemand de 1884 à 1915. Cette colonisation a laissé des traces. Certains descendants des colons sont fiers de l’histoire allemande, et pas n’importe laquelle…


C’est un pays figé par le temps où l’on cultive une nostalgie pour le Reich à travers une saveur toute teutonne. À l’ombre de la statue équestre du « Reiterdenkmal », qui représente un colon prussien, placée au centre de Windhoek, la capitale, ils sont encore une minorité à regretter le passé d’une Allemagne qui a façonné la Namibie en devenir. Les descendants de ces « südwesters » se sont affranchis de tout politiquement correct et n’hésitent pas à arborer librement la croix gammée à leur bras dans cette partie de l’Afrique australe. L’ancien mandat sud-africain a même été au cœur d’un vaste projet utopique de recolonisation, base de départ du futur IVème Reich, une micro-nation morte aussi vite qu’elle est née.

Nostalgie d’une époque

C’est une boutique que l’on ne peut difficilement éviter à Swakopmund, la ville la plus allemande de Namibie. Chez Peter et Ludwig Haller, on trouve tout ce que compte de nostalgie coloniale dans ce pays balayé par le vent du désert. Entre deux masques africains, une édition de Mein Kampf, des médailles du Deutsches Kolonialreich, des photos d’Adolf Hitler, des tasses de thé ornées de la croix de fer, des cartes postales qui rappellent les grandes heures de la Prusse conquérante en Afrique ou encore des affiches publicitaires datant du régime de ségrégation raciale, aboli lors de la déclaration d’indépendance en 1991. C’est une attraction touristique qui a ses amateurs comme ses détracteurs. Dans cette station balnéaire tout rappelle une époque révolue mais que la minorité allemande entretient allégrement et que justifie Andreas Vogt. « Les germanophones nés en Namibie ont le droit de revendiquer la conservation de leur patrimoine dans le cadre de leurs droits culturels et du droit des minorités ancrés dans la Constitution » a expliqué récemment cet historien germano-namibien au Namibian Newspaper.

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« Deutschland über alles » (« L’Allemagne doit dominer le monde »). Dans cette partie de l’Afrique marquée par un violent génocide perpétré contre les Héréros et les Namas entre 1904 et 1911, ce type de discours est toléré par le gouvernement actuel mais agace profondément certaines Ligues de défense des droits de l’homme qui s’inquiètent  de cette résurgence du « bon vieux temps » qui donne lieu à toutes sortes de spéculations. En 2014, une vente aux enchères d’objets nazis à Swakopmund avaient cristallisé les passions et la presse locale s’était faite l’écho de ces Allemands qui étaient venus, brassards du IIIème Reich aux bras sans que cela ne gêne le moins du monde l’assistance qui s’était rassemblée pour acheter ces « reliques historiques ». Interviewé, Ludwig Haller, propriétaire de la Peter Antique Shop, avait même rappelé que « vendre des souvenirs nazis en Namibie n’avait rien d’illégal ». Une vérité qui a tout de même poussée certaines mairies à rebaptiser trois ans plus tard certains noms de rues après la construction d’un complexe résidentiel baptisé « Germania », rappelant celui très controversé de la capitale monumentale imaginée par Hitler pour son Reich. Exit donc la rue Kaiser Wilhem II ou encore la rue Heinrich Goering, deux noms associés à l’histoire de la colonisation de la Namibie. Si le premier figure en bonne place de nos livres d’histoire, le second qui a été gouverneur du Sud-Ouest allemand est ni plus ni moins que le père du Reichsmarschall Hermann Goering, un des plus grands dignitaires nazis à l’origine de la Gestapo.

Un nouveau Reich en Namibie ?

Il n’est pas rare de voir des couronnes de fleurs, auxquelles ont été accrochés de billets de banque des deux Reich défunts, déposées au pied des héros du panthéon colonial allemand par des associations germano-namibiennes qui ne cachent pas leurs liens avec des mouvances d’extrême-droite de la mère patrie et qui nient toute idée d’holocauste. Lors de la Seconde guerre mondiale, la Namibie avait été un terreau fertile aux idées nazies. Plus de 20% des germano-namibiens avaient même adhéré à l’unique section du NSDAP contraignant les autorités sud-africaines pro-britanniques à l’interdire deux ans plus tard. L’arrivée au pouvoir des afrikaners en 1948 va rapidement changer la donne et devenue citoyenne à part entière, la communauté allemande restera un soutien sans faille au régime d’apartheid de Pretoria. Et bien qu’elle méprise la rusticité des boers, elle continue de voter pour des partis qui préservent encore leur « esprit pionnier » comme le Republikanische Partei. Un mouvement dirigé par Henk Mudge et qui possède deux sièges au parlement. Les germano-namibiens, à quelques exceptions près, restent d’ailleurs convaincus de leur supériorité raciale et regardent l’Allemagne actuelle comme décadente.

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En Afrique, lors de l’Oktober Fest, on toaste encore à cette Allemagne d’antan que l’on regrette. C’est dans ce contexte qu’un groupe de suprématistes hétéroclites, rassemblés sur le défunt forum internet 8Chan, a émis l’idée de créer en Namibie un nouveau Reich où prévaudraient des « valeurs occidentales et l’idéologie du national-socialisme ». Plus de 150 personnes s’étaient portées volontaires pour devenir colons et avaient élaboré des plans grossiers pour la fondation de cette micro-nation utopique, appelée « Nouvelle Rhodésie », qui se voulait sur le même modèle que la ville d’Orania en Afrique du Sud. Obnubilé par la pureté raciale, ce projet qui manquait singulièrement de femmes et restait interdit à tout « homo-fascismus » a fini par s’éteindre de lui-même sans que la communauté allemande de Namibie ne s’en soit émue.


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Journaliste , conférencier et historien.

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