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Winamax: oh hisse, enculé.e?

L'emploi de certains mots mainstream déclenche l’hystérie de la gauche postmoderne

Winamax: oh hisse, enculé.e?
Affiches du groupe PNL, Ivry-sur-Seine, 2019. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Comme le montre l’affaire Winamax, l’emploi de certains mots totalement mainstream déclenche l’hystérie et des réactions de plus en plus disproportionnées de la gauche post-moderne.


 

Si vous n’êtes pas sur Twitter, vous avez dû le lire ou en entendre parler dans les médias traditionnels : Winamax a supprimé son tweet!

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La République a vaincu l’homophobie en ligne et si la loi Avia a été retoquée par le Conseil constitutionnel, trois ministres et une députée Lrem lui ont fait honneur à sa mémoire.

La vie reprend donc son cours mais moi, je n’ai toujours pas compris ce qui s’est produit.

Au risque de décevoir ceux qui me dénient régulièrement mon droit à la liberté d’expression et me qualifient de « facho », je connais les chansons du groupe de rap à l’origine de la phrase qui a été détournée par le community manager de Winamax et qui a fait le buzz sur Twitter ce samedi 15 aout.

Pour le cadre du RN Jean Messiha, il semblerait que cela soit un signe d’appartenance à la racaille… Je sais aussi ce que signifie « Relou », voilà qui n’arrange pas mon cas auprès des « fachos » ni de mes détracteurs.

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C’est dans « Celsius », un morceau du célèbre groupe PNL que l’on entend ces paroles « On prend l’rap, on l’encule à deux ».

C’est une métaphore phallique au moyen de laquelle le duo de chanteurs annonce son ambition de dominer la scène artistique du rap, écraser la concurrence et devenir ainsi des stars indétrônables. C’est ce que souhaitaient également tous les fans de football  français ce week-end; que l’Olympique de Marseille et le Paris-Saint-Germain, arrivent ensemble en finale puis sur le podium de la Champions’ League.

C’est dans cet esprit que le community manager du site de pari sportif Winamax a repris les paroles du titre de PNL à son compte et sur son compte pour twitter « On prend l’Europe on l’encule à deux ». Et c’était plutôt bien trouvé, la cible marketing était atteinte, en plein dans le mille. Le phallus, le foot et le rap c’est d’abord une histoire de testostérone et une grosse machine à cash.

Très vite, Twitter s’est emballé et en top tendances, le Hashtag #Winamax commençait à « percer ». Trois ministres, Marlène Schiappa, Elisabeth Moreno et Roxana Maracineanu sont montées au créneau et ont accusé l’auteur du tweet ainsi que son employeur d’homophobie.

Si la grossièreté du tweet me semblait évidente, je ne voyais pas par quelle grille de lecture on pouvait y déceler de l’homophobie. Je n’osais surtout pas imaginer que l’on puisse considérer la pénétration anale comme une pratique exclusivement gay comme du temps où l’on appelait les hommes homosexuels des « sodomites » ni que l’on puisse la considérer comme une pratique rétrograde comme du temps où on l’interdisait aux femmes, où on l’associait au paganisme et donc à l’apostasie.

Fort heureusement, la ministre Marlène Schiappa avait accompagné son propre tweet d’un article de FranceTvInfo qui devait tous nous éduquer sur le sujet.

La journaliste qui l’a rédigé en 2019, pour couvrir les événements qui avaient eu lieu au stade vélodrome et qui avaient été jugés homophobes, se base sur deux définitions retenues par « Trésor de la langue française », dictionnaire dont la rédaction a été achevée en 1994, – soit deux ans à peine après que l’homosexualité a enfin cessé d’être considérée comme une pathologie d’ordre psychiatrique en France.

Sur la page d’accueil, la rédaction de « Trésor de la langue française » précise que son dictionnaire : « n’a pas vocation à être mis à jour. Cette ressource, qui ne fait pas l’objet d’une veille lexicographique, est donc close en l’état. Il est donc tout à fait naturel que les définitions qui s’y trouvent ne rendent pas compte des évolutions de la société. »

Le terme « enculé » y est définit de deux façons : « déraste passif » et « injure adressée à une personne considérée comme méprisable, sotte, dénuée de courage ».

La journaliste conclut logiquement que le mot « sert donc à désigner les hommes gays et la sexualité qu’on leur attribue, mais aussi à insulter, indépendamment de l’orientation sexuelle et des pratiques de l’autre. »

Elle s’appuie ensuite sur des avis d’experts qui, je subodore, ont également analysé le terme selon les définitions de TLF. Le résultat est sans appel, la sémiologue, le sociologue et l’avocat d’une association LGB T sont unanimes, « enculé » est une insulte homophobe et, mise à jour intersectionnelle oblige, c’est en plus une insulte « patriarcale », « sexiste » et même « hétérosexiste ». On retrouve encore une fois le responsable de tous les mots de la Terre derrière ce terme : « Le mâle cisgenre hétérosexuel ».

Pourtant, sur d’autres dictionnaires en ligne et via la barre de recherche de Google, on accède à une autre définition du mot « enculé ». Selon l’internaute, Le Petit Robert et le moteur de recherche de Google c’est « une personne qui se fait sodomiser », et d’après Larousse c’est un « terme injurieux pour marquer le mépris que l’on a de quelqu’un » (indépendamment de son orientation sexuelle, Ndlr).

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La définition a donc bien évolué dans les dictionnaires qui font l’objet d’une veille lexicographique et on ne prend pas trop de risques en en déduisant que ces définitions reflètent les évolutions de la société française sur le sujet. En témoignent aussi les avancées sociales comme le PACS, le Mariage Pour Tous, des plans de lutte de plus en plus efficaces contre l’homophobie, l’ouverture de l’adoption des enfants du parent géniteur par le conjoint ou encore plus récemment, la suppression de la période d’abstinence imposée aux homosexuels dans le cadre du processus de don du sang.

La France n’est plus homophobe ni par sa politique, ni par ses lois, et l’homophobie qui y subsiste est le fait de comportements individuels non conformes à la culture dominante du pays.

Alors pourquoi est ce que la journaliste de FranceTvInfo a choisi cette source spécifique qui ne dispose même pas d’une définition actualisée du mot « homosexuel »?

En effet, dans TLF, « homosexuel » est défini comme un qualificatif « employé le plus souvent avec une nuance péjorative liée à des normes sociales ou morales » pour désigner « celui ou celle qui éprouve une attirance sexuelle pour des individus de son propre sexe », une insulte donc. Plus loin, l’abréviation « homo » est illustrée par une mise en parallèle avec la schizophrénie, une condition psychiatrique et on apprend en fin de page que le verbe « homosexualiser » était d’usage en 1970, à une époque où l’on pensait que c’était contagieux et surtout, un comportement déviant relevant de l’acquis.

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Autant aller piocher sa définition dans la Bible, la Torah ou encore le Coran. On peut légitimement questionner l’objectivité et la neutralité de cet article de presse relayé par la ministre déléguée à la citoyenneté tout comme on peut légitimement relever le caractère militant de la journaliste qui en est à l’origine.

On ne le répétera jamais assez, la course à la concurrence victimaire de franges radicales issues des minorités sexuelles, ethniques ou religieuses produit inévitablement des récits fantasmés, déconnectés de la réalité et qui, n’en déplaise aux intersectionnels, finissent par saboter la lutte contre les discriminations quand ils n’empiètent pas sur nos libertés fondamentales.

Selon la pensée post-moderne, la vérité n’est qu’une construction culturelle intrinsèquement liée au groupe qui a l’autorité pour produire le récit « authentique », autrement dit, seuls les homosexuels peuvent juger de ce qui est homophobe, seuls les noirs peuvent juger de ce qui est négrophobe et ainsi de suite. Une logique essentialisante et profondément réactionnaire dans la mesure où elle tend à assigner les individus aux groupes auxquels on les identifie et donc à les priver de tout libre arbitre, leur liberté d’opinion et enfin de leur liberté d’expression.

Dans le cas qui nous intéresse, l’ardeur à vouloir associer le terme « enculé » aux hommes homosexuels, alors qu’il est largement inscrit dans l’inconscient collectif de notre société comme une insulte équivalent à « connard » ou encore « salaud », constitue une régression et un sabotage du travail de socialisation qui a été effectué depuis que la science, la révolution sexuelle, les luttes LGB et l’universalisme sont intervenus pour les faire accéder à la dignité et à l’égalité en droits avec les hétérosexuels.

Les rédactions qui s’identifient à gauche dans l’échiquier politique se rendent  complices de cette vague réactionnaire dès lors qu’elles se soumettent au récit imposé par une minorité qui instrumentalise des causes légitimes, – ici la lutte contre l’homophobie -, pour servir son agenda idéologique ou satisfaire sa névrose.

Céder à une logique binaire où la contradiction et la remise en cause d’un récit militant vous place systématiquement dans l’opposition, où l’on ne peut être que raciste ou anti-raciste, homophobe ou allié des LGBT est toxique pour le marché des idées. Cela participe fortement à la normalisation des voix les plus radicales au sein des minorités tout en réduisant au silence les voix modérées qui voudraient apporter leur contribution au combat pour la justice sociale.

Ce ne sont d’ailleurs pas les témoignages qui manquent. Des hommes homosexuels ont exprimé leur désaccord avec l’idée selon laquelle « enculé » serait une insulte homophobe mais leurs voix ne faisaient visiblement pas le poids devant l’indignation des personnalités publiques sur Twitter.
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On ne comprend pas par quelle magie des voix extrémistes ont obtenu un totem d’immunité qui leur permet de pratiquer la subversion à souhait, la victimisation à outrance sur la base de fausses indignations, l’extorsion de privilèges comme celui d’aliéner, persécuter, une majorité sans que les décideurs n’y trouvent rien à redire quand ils ne rejoignent pas la horde.

Pourquoi sommes-nous devenus sourds face aux voix modérées et aux récits rationnels qui proposent des solutions d’accès à plus de justice sociale pour tous et non aux dépens de tous les autres ?

La polémique #Winamax s’est tout de même achevée par une énième manifestation de la « cancel-culture » et cette fois, pratiquée au sommet de l’Etat : une députée de la République, Olga Givernet (Lrem) est allée jusqu’à intimider l’entreprise de pari sportif en exigeant de l’autorité nationale des jeux de suspendre sa dérogation pour ce qu’elle juge être un « manque d’éthique ».

tweettttt1tweeeeeet2Seul problème, si le tweet de #Winamax était homophobe, l’entreprise serait coupable d’un délit pénal et l’éthique voudrait que la députée ne se substitue pas au juge, respecte la présomption d’innocence et s’en remette à la justice avant de menacer de mettre au chômage plus d’une centaine de personnes alors que le pays fait face à une crise économique et un taux de chômage historiques du fait de la pandémie de la Covid-19.

Cet énième bad buzz sur les réseaux sociaux révèle encore une fois comment il est vain de capitaliser sur le courage des décideurs et des médias pour ne pas céder aux cris d’orfraie de ceux qui capitalisent tour à tour sur la peur et sur la haine pour créer les conditions d’un monde où on céderait à leurs caprices au mépris des lois, au prix de nos droits et de l’un des piliers du faire-nation : la langue.

Chaque année, l’emploi de certains mots totalement mainstream déclenche l’hystérie et des réactions de plus en plus disproportionnées de la gauche post-moderne. L’exemple du mot « enculé » a d’intéressant qu’il laisse entrevoir la schizophrénie du camp qui s’acharne à en faire le symbole de la lutte contre la gay-phobie. Ce même camp du « Femmage » et du « Matrimoine »…

Si les rédactions, les universitaires et les militants se déchirent ad nauseam sur la féminisation des mots et de la langue qu’ils jugent « sexiste » et « patriarcale », on ne saisit pas bien pourquoi une insulte aussi répandue que « putain » serait la seul à échapper à l’ineffable point médian, – autant que l’on ne saisit pas pourquoi la parité doit être imposée dans les comités exécutifs des multinationales mais pas dans les métiers dits pénibles…

La justice sociale sera aussi celle de l’égalité face à l’insulte ou elle ne sera pas.

« Enculé.e. » pour tous.

N’est-il pas baroque que la majorité régulièrement vouée aux gémonies pour ses prétendus « fascisme, conservatisme et oppression de toute sorte de minorité » ait complètement intégré l’idée que la sodomie est une pratique sexuelle naturelle et non exclusive aux couples gays, encore moins aux homosexuelles mais que la bien-pensance soit encore coincée au temps du peuple de Loth ?

Cela donnerait presque envie de se lancer dans un pamphlet contre l’escroquerie que représente « l’écriture inclusive », cet enculage de mouches.


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