Le 29 novembre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies, faute de majorité au Conseil de Sécurité, a été appelée à la demande de Mahmoud Abbas à conférer à la Palestine un statut d’Etat observateur non membre. Nous ne commenterons pas ici le côté ubuesque de la sacralisation d’un Etat dépourvu de frontières, de capitale reconnue, coupé en deux fractions ennemies sur deux territoires géographiquement séparés (Cisjordanie et Gaza) en état de belligérance permanent et représenté en Cisjordanie par une « Autorité » dotée d’un Président dont le mandat est expiré depuis plus de trois ans !

Voyons où en sont rendus les Arabes de Palestine soixante-cinq ans après le vote des Nations Unies du 29 novembre 1947 qui avait permis l’adoption de la résolution 181 afin de partager la Palestine mandataire en deux Etats : un Etat arabe et un Etat juif. En ce jour anniversaire de la résolution 181 qu’ils avaient rejeté et qui leur conférait pourtant un véritable Etat palestinien avec une continuité territoriale et une reconnaissance pleine et entière de la communauté internationale, les dirigeants palestiniens se sont retrouvés devant cette même institution à mendier, pour deux territoires irréconciliables, un statut d’Etat observateur.

Si la résolution 181 fut acceptée par les sionistes qui s’y référèrent lors de la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948, celle-ci fut aussitôt rejetée par les dirigeants arabes proche-orientaux. Sinistre présage des événements qui allaient sceller le destin de la région : le 29 novembre 1947, l’un des représentants arabes fit une déclaration sans équivoque devant l’Assemblée générale : « Toute ligne tracée par les Nations Unies ne sera rien d’autre qu’une ligne de sang et de feu. »[1. Abba Eban, Mon pays. L’épopée d’Israël moderne, Paris, Editions Buchet-Chastel, 1975.] Repoussant toute idée de partage territorial avec les sionistes, les Etats arabes (Irak, Egypte, Syrie, Liban, Transjordanie) et les leaders de Palestine, dont le célèbre grand mufti de Jérusalem Hadj Amin el-Husseini (allié d’Hitler pendant la guerre) entrèrent en guerre contre Israël le 15 mai 1948, c’est-à-dire le lendemain de sa création. Pour quelle raison l’appel pacifique lancé par David Ben Gourion lors de la déclaration d’indépendance de l’Etat hébreu fut-il ignoré par les dirigeants arabes ainsi que sa reconnaissance par les Etats-Unis et l’URSS ?[2. La déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël se termine comme suit : « Nous tendons la main de l’amitié, de la paix et du bon voisinage à tous les Etats qui nous entourent et à leurs peuples. Nous les invitons à coopérer avec la nation juive indépendante pour le bien commun de tous. L’Etat d’Israël est prêt à contribuer au progrès de l’ensemble du Moyen Orient. »]

Le refus d’accepter la résolution 181 dès son adoption en 1947 et le déclenchement de la première guerre contre Israël en 1948 démontrent que la motivation profonde des chefs arabes n’était pas d’établir un Etat palestinien mais d’empêcher par tous moyens la fondation et l’existence de l’Etat hébreu, nation non musulmane créée au cœur d’une région islamisée. En atteste également la création de l’OLP en 1964 pour « libérer la Palestine », conformément à son appellation. De quelle Palestine s’agissait-il sinon d’une Palestine « libérée d’Israël » tel qu’établi dans les lignes de 1948, c’est-à-dire avant les conquêtes de 1967 ? Le refus arabe de reconnaître l’existence du nouvel Etat avait été à l’origine de la première guerre israélo-arabe de 1948-1949, ouvrant le conflit israélo-arabe et le drame des réfugiés palestiniens.

La première victoire israélienne en 1949 permit à cet Etat, avec l’aide des Nations-Unies, d’agrandir le territoire qui lui avait été alloué en annexant la zone occidentale de Jérusalem, le Néguev et la Galilée. Pour sa part, la Cisjordanie fut annexée à la Transjordanie qui ne lui permit jamais d’espérer accéder à l’indépendance puisque l’émir Abdallah voulait établir un royaume hachémite palestinien. Depuis 1949, les guerres se sont succédé : 1956 (crise du canal de Suez), 1967 (guerre des Six Jours), 1973 (guerre du Kippour), 1982 (guerre du Liban). Puis ce furent les intifadas (1987 et 2000) et les opérations militaires israéliennes contre le Hezbollah (2006) et le Hamas (2008-2009 et 2012).

En dépit de certaines offres généreuses proposées par les Israéliens que Yasser Arafat, ancien chef de l’OLP, et Mahmoud Abbas crurent bon de repousser, combien de victimes, combien de souffrances, combien de destructions sans espoir à terme d’une solution au conflit ? En juillet 2000 lors du Sommet de Camp David II et en septembre 2008 à la suite de la proposition d’Ehud Olmert, alors Premier ministre d’Israël, les dirigeants de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat (en 2000) et Mahmoud Abbas (en 2008), rejetèrent tout compromis. Considérée par la communauté internationale comme étant la solution du conflit, la proposition israélienne de 2008 garantissait pourtant l’établissement d’un Etat palestinien sur la quasi-totalité des territoires, l’internationalisation du Mont du Temple, le partage de Jérusalem et l’acceptation de réfugiés palestiniens en Israël sur la base de réunifications familiales. Mahmoud Abbas repoussa catégoriquement cette proposition et déclara « en mai 2009 au journal américain Washington Post que le fossé entre ce qu’a proposé Ehud Olmert et ce que les Palestiniens sont prêts à accepter est (…) énorme.» Ainsi, malgré les gestes de bonne volonté d’Israël et certains efforts diplomatiques, les actions armées comme les tirs de roquettes sur Israël continuent et aggravent la situation (crise économique, morcellement des territoires palestiniens, guerre civile…), enfonçant la population palestinienne dans une plus grande détresse.

L’unilatéralisme d’Abbas, partagé cette fois par le Hamas, ne contribuera guère à améliorer la situation sur le terrain. Les Etats-Unis, Israël et d’autres nations non inféodées aux pays arabes (Canada, République Tchèque par exemple) estiment d’ailleurs qu’un véritable Etat palestinien ne pourra résulter que de négociations directes entre Palestiniens et Israéliens. Mais les dirigeants palestiniens sont-ils profondément animés par cette volonté ? Pour Abbas, l’objectif de cette reconnaissance consistera, entre autres, à saisir les instances pénales internationales afin de poursuivre Israël contre l’occupation des territoires. Territoires conquis en 1967 par l’Etat hébreu et qui constituent une monnaie d’échange contre la paix.

Pour la première fois dans l’histoire de l’ONU, un peuple, dont le but déclaré dans les chartes du Hamas et de l’OLP est d’anéantir un Etat, vient d’être reconnu en tant qu’Etat observateur. Au moment où la dépouille de Yasser Arafat est exhumée, le vote par la majorité automatique d’une résolution de l’Assemblée générale créant un Etat palestinien fantôme prend un sens macabre. Aussi qu’il soit permis de dire avec tristesse pour les victimes d’un conflit fratricide : tout ça pour ça !

*Photo : h2onews.

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Esther Benfredj
est titulaire d'un master de sciences politiques (Université Jean est titulaire d'un master de sciences politiques (Université Jean Moulin, Lyon III) et d'un LL.M. en droit international (Université de Montréal).