La sève monte en ce printemps. Et les étudiants sont partout en chaleur. On touche à leurs sacro-saints droits acquis, comme celui de « suivre des études ». Le gouvernement entendrait introduire des critères de sélection à l’Université et en restreindre l’entrée à ceux qui ont quelque chose à y faire. Qu’importe que sa réforme soit aussi lâche que minimaliste, depuis une semaine, les syndicats universitaires défilent et vont parfois jusqu’à bloquer leurs propres lieux d’études, provoquant ici ou là des réactions plutôt énervées. A la faculté de Tolbiac (Paris I), fréquentée chaque jour par près de 8 000 étudiants, le blocage a été reconduit jusqu’à mardi par un résultat « sans appel » donnant « 202 voix contre et 533 voix pour ».

Quelques étudiants prennent conscience du naufrage

La France redécouvre tout le folklore contestataire de ses rejetons, dont elle finance les onéreuses études supérieures ; celui des « AG », des mains levées, des mégaphones, des réunions non-mixtes, remplies d’ « étudiant.e.s » ; ou encore des tonneurs contre, brailleurs de grands mots, souverains dans leurs résolutions, et magistraux dans leurs prologues sur la liberté menacée ou épilogues sur la justice à venir… lesquels convoquent une orthographe chancelante et des mots d’ordre à l’emporte-pièce. Mais elle ne voit pas, ou pas assez, le regard ébahi de quelques vrais étudiants (car il en reste) prenant lentement conscience du naufrage.

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Ceux-là ont maintenant des syndicats, comme la Cocarde étudiante ou l’Union des étudiants patriotes, pas forcément populaires mais dont l’apparition récente signale leur lassitude. Si l’extrême gauche s’empresse d’agiter le souvenir de la vieille extrême droite étudiante, violente et extrémiste, la nouvelle droite universitaire semble pourtant laisser à ses adversaires les vieux démons dont on l’affuble et déborde de ses fiefs habituels (facultés de droit(s) notamment) pour percer chez les étudiants en lettres.

Tags racistes à la faculté de Saint-Denis et violences antisémites à Paris I, établissement au public si singulier, rappellent aux gens civilisés une bestialité qui depuis longtemps leur répugne. Au prétexte de réclamer « des droits », ou de vouloir les conserver, certains étudiants prennent l’air, voient du pays et traînent dans leur sillage une faune de voyous rudement hostiles.

Chaque génération brandit ses droits

Les « droits » sont brandis ; mais peu de mots sont plus employés et en même temps moins définis que celui-ci. Les faiseurs de dictionnaires réunis en A.G souveraines ont trop à faire pour s’encombrer sérieusement de définitions. Et chaque génération de sous-prolétaires étudiants, semi-intellos entrés à l’étude au bénéfice de la massification, en a réclamés ; pensant évacuer sa frustration tantôt par un vote gauchiste, tantôt par la violence syndicale – et fracassant au passage le mobilier des facultés, occasionnel exutoire de leur échec personnel et social.

C’est un fait trop ignoré que certains étudiants ont encore à cœur d’étudier dans les facultés – et non seulement le désir de défendre leur statut social. Recouverte par le bruit des mégaphones et les chants de rossignols de carnaval, leur musique intérieur fut, précoce, nourrie du rêve délicieusement suranné de « faire leurs humanités ». Quand les grandes écoles et établissements de prestige forment au discours et à la rentabilité, le système universitaire conserve l’éthique de la connaissance qui lui est propre.

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Tandis que les campus d’Europe et d’Amérique sont témoins d’un des plus grands enlaidissements qu’ait à ce jour connu le monde, les études classiques, assez exigeantes, sont encore à l’abri des cheveux bleus. Et on y apprend notamment que la civilisation depuis Rome et Athènes existe en se maintenant à bonne distance de la barbarie. Tel qu’il est enseigné, ce mot de civilisation, revient avec la singulière notion de « Droit », dont le pluriel de tous les droits acquis devient le médiocre apanage idéologique des nouveaux barbares.

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