Réputé plus tolérant que ses voisins, la Tunisie n’échappe pourtant pas à la ségrégation raciale.


Pas facile d’être noire en Tunisie. C’est ce qui ressort du témoignage d’Arielle Taylor, 25 ans, dans le quotidien national La Presse. L’étudiante gabonaise a élu domicile depuis huit ans avec ses sœurs au Kram, dans la banlieue nord de Tunis. Inscrite à la faculté des sciences humaines, elle décrit sans pathos ni faux-semblants les difficultés que les Noirs rencontrent dans ce pays du Maghreb pourtant réputé pour sa tolérance. Si Arielle comptait sur la fraternité entre frères africains, c’est raté. « Nous avons été victimes de méchanceté gratuite de la part de nos voisins, des passants dans la rue, des enfants… Nous avons alerté la police, mais elle n’est jamais intervenue. Nous avons essayé de chercher une alternative et de contacter les parents de ces enfants, en vain ! Nous avons reçu même des menaces de mort ! Nous avons vécu aussi des situations qui traduisent la haine, l’intolérance, le mépris et la pure méchanceté ! Propos racistes, injures… » Malgré l’aide de quelques « personnes gentilles » et son goût pour la gastronomie locale, la jeune femme ne prévoit pas de s’installer dans sa contrée d’adoption une fois ses études achevées. De toute manière, la préférence nationale empêche les entreprises de recruter des étrangers.

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Le vote d’une loi contre la discrimination raciale en décembre 2018 par l’Assemblée tunisienne n’a pas fondamentalement changé la condition des Noirs en Tunisie. Initié par Jamila Ksiksi députée du parti islamiste Ennahdha, au lendemain de l’agression au couteau de trois Congolais à Tunis, cette réforme pénalise le racisme, mais ne suffit pas à faire évoluer les mentalités. « Nous sommes tous kif-kif », déclarait la parlementaire indignée contre la fâcheuse tendance de l’arabe dialectal à qualifier les noirs d’esclaves. Dans les faits, les Tunisiens de couleur, qui forment 15 % de la population, ne se marient pratiquement qu’entre eux et se contentent d’emplois subalternes. Quant aux Noirs de nationalité étrangère, ils se subdivisent en deux groupes : les riches coopérants, tels les cadres de la Banque africaine du développement, qui fréquentent les Français expatriés, et les plus modestes, cibles du racisme ordinaire comme Arielle Taylor. Cette dernière dit avoir vécu « une expérience très enrichissante sur tous les plans qui [lui] a beaucoup appris sur les relations humaines, la culture, les us et coutumes de tout un pays ». Des expressions occidentales telles que « racisme structurel » et « privilège blanc » ne font visiblement pas partie de son vocabulaire.

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