Yves Mamou denonce le « kidnapping » perpétré depuis plus de vingt ans par les organisations palestiniennes sur l’histoire juive. Malgré les promesses d’Emmanuel Macron, la reconnaissance de l’antisionisme ne fait pas l’unanimité. 


Le 21 février, lors du dîner du CRIF, Emmanuel Macron a déclaré que « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », et pour mieux lutter contre l’antisémitisme, le président a annoncé que la France allait élargir à l’antisionisme sa définition de l’antisémitisme. « La France (…) mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah » (définition qui intègre l’antisionisme), a dit le président.

L’initiative n’avait rien d’extravagant dans la mesure ou les travaux des meilleurs experts établissent que l’antisionisme est aujourd’hui la forme la plus aiguë et la plus répandue d’antisémitisme. « L’Etat d’Israël est critiqué et condamné non pas pour ce qu’il fait, mais pour ce qu’il est : c’est la définition même du racisme. Il s’agit d’une haine ontologique visant le seul Etat d’Israël » explique l’historien Pierre-André Taguieff.

Macron a essayé d’ajouter l’antisionisme à la définition de l’antisémitisme

Qu’est-il advenu de la proposition du Président ? Rien !

Ou plutôt si ! Une puissante coalition s’est levée pour envoyer dans les poubelles du Parlement la résolution du député Sylvain Maillard (LREM) qui, le 20 mai 2019, a proposé d’ajouter l’antisionisme à la définition de l’antisémitisme. Cette coalition qui a pris le look d’une « Plateforme des ONG françaises pour la Palestine » a rassemblé pas moins de 39 associations (1) toutes bien décidées à exonérer la haine d’Israël du qualificatif infamant de racisme.

Qui compose cette plateforme des ONG pour la Palestine ? Bon nombre des acteurs traditionnels de l’antiracisme largement recyclés dans la lutte contre l’islamophobie (MRAP, Ligue des Droits de l’homme, Médecins du Monde, Amnesty…), certaines des associations humanitaires d’extrême gauche spécialisés dans la lutte contre l’islamophobie (Mouvement de la Paix; Mouvement International de la Réconciliation (MIR) ; Ligue internationale des femmes pour la paix…) mais aussi et surtout, l’ensemble des organisations catholiques et protestantes de gauche qui se dévouent corps et âme au service du « peuple palestinien » (la Cimade ; Comité catholique contre la faim et pour le développement ; Pax Christi France ; Secours Catholique ; Caritas France ; Chrétiens de la Méditerranée ; Groupe d’amitié islamo-chrétienne…), sans oublier bien sur les traditionnels soutiens de BDS comme l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine.

Que nous disent toutes ces organisations qui entendent parler d’une seule voix ? Que l’antisémitisme n’est pas dissociable du racisme et que faire de l’antisionisme une forme d’antisémitisme attenterait au « vivre ensemble ». En clair: ne plus pouvoir crier « mort à Israël » attenterait à la libre expression d’une partie des populations musulmanes vivant en France et des organisations de gauche qui se sont ralliées à l’islam politique.
Cette argumentation hypocrite masque en vérité, deux séries de refoulés. Le premier est qu’il absolument vital pour toutes ces organisations que la lutte contre l’existence de l’Etat d’Israël ne soit jamais reconnue comme une forme d’antisémitisme. Les 39 associations de la plateforme pour la Palestine ne réclament pas le droit de crier « sale sioniste de merde, Dieu va te punir » (comme cela est arrivé à Alain Finkielkraut en février dernier). Elles souhaitent simplement ne pas avoir à revoir leurs argumentaires antisionistes-anticolonialistes-antiracistes. Le « mort aux juifs » des années 30 doit pouvoir continuer de s’épanouir dans l’espace public pour peu qu’on l’enrobe d’un convenable « antisionisme ».

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Mais ces organisations de la plateforme pour la Palestine ont une deuxième et bien meilleure raison de lutter contre le projet Maillard: elles entendent préserver le kidnapping perpétré, depuis plus de vingt ans, par les organisations palestiniennes sur l’histoire juive. Depuis la fin des années 1990, les Palestiniens (avec l’aide de leurs suppôts) ont entrepris de se faire passer pour les juifs du Moyen Orient, transformant ainsi les Israéliens (les « sionistes ») en nazis.

Certains mettent un signe égal entre la Nakba et la Shoah

Une idéologie antijuive entièrement nouvelle a été développée qui dit à peu près ceci : les juifs opprimés d’hier se sont revêtus de l’uniforme nazi vis-à-vis du peuple palestinien. Et nous, peuple palestinien, sommes devenus les juifs d’aujourd’hui. Cette nouvelle idéologie antijuive se présente et s’affirme comme un antiracisme, accusant les « Juifs sionistes » d’être racistes (2) »

Pour étayer leurs billevesées, les Palestiniens n’ont pas mégoté. La « Nakba » (« catastrophe » terme avec lequel les Palestiniens désignent leur défaite militaire de 1948) a été propulsée sur la scène médiatique et diplomatique comme un équivalent de la Shoah, c’est-à-dire un racisme exterminateur. En 1998, année du cinquantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, Yasser Arafat a proclamé le 15 mai, Journée nationale du souvenir de la Nakba. Cette journée de commémoration qui est située au lendemain de la déclaration d’indépendance de l’Etat d’Israël, a été conçue comme une copie pure et simple du Yom HaShoah (jour de la Shoah) qui immobilise tous les citoyens d’Israël, deux minutes durant, en souvenir des six millions de juifs exterminés par les nazis. Et comme les juifs le jour de la Shoah, les Palestiniens s’immobilisent le jour de la Nakba, en signe de commémoration de ce jour de deuil qu’est la création de l’Etat d’Israël. Cérémonies, défilés, allocutions, expositions, colloques… commémorent, ce jour-là dans toutes les villes de Cisjordanie et de Gaza. En 1998, les médias palestiniens ont tous consacré leurs manchettes au cinquantième anniversaire de leur exode. « Les Palestiniens se sont vu infliger les mêmes douleurs que celles qui ont été infligées aux juifs pendant deux mille cinq cents ans (3) » a écrit le journaliste Rami Khouri. Pendant l’intifada al Aqsa en 2000, une affiche palestinienne a juxtaposé l’image célèbre du petit garçon juif les mains en l’air pendant la deuxième guerre mondiale et l’image de Mohamed al Durah, mort à l’occasion d’un échange de balles entre palestiniens et soldats israéliens (4). La légende de l’affiche en anglais disait, « The Holocaust repeated ».

Cette idée de présenter l’exil des Arabes de Palestine comme un Holocauste qui surpasse la Shoah n’a pas surgi du néant, en une nuit. Elle a coagulé lentement. Au début des années 1950, quand les Israéliens ont négocié avec le gouvernement allemand des réparations de guerre conséquentes pour le meurtre de six millions de juifs, les Palestiniens se sont plaints de ne rien toucher de la communauté internationale. En 1961, quand Israël a ouvert le procès Eichmann, nombre d’activistes palestiniens ont réclamé la mise sur pied d’un tribunal spécial pour les crimes commis par Israël.

Au milieu des années 1990, quand a éclaté le problème de la restitution des biens juifs spoliés pendant la guerre, le journal égyptien al Ahram a regretté que les Palestiniens n’aient rien touché pour leurs biens perdus en raison de leur exil.

C’est à partir de l’année 1998, que le kidnapping de l’histoire juive par les Palestiniens s’est accéléré. Le 12 mars 2000, quand le pape Jean-Paul II a prononcé un mea culpa de l’église catholique pour regretter les violences antisémites de l’Inquisition et le silence officiel de l’église au moment de la Shoah, les journalistes et écrivains palestiniens se sont précipités pour demander des excuses officielles à Israël et à la Grande Bretagne (5). En juillet 2001, la quatrième « Conférence arabe contre le racisme » eut lieu au Caire et les 70 ONG arabes et non arabes qui y participaient, ont consacré l’essentiel de leurs « travaux » aux crimes racistes commis par Israël. Ainsi rodées, ces délégations arabes et musulmanes se sont rendues quelques semaines plus tard, en septembre 2001, à la Conférence mondiale contre le racisme de Durban (Afrique du Sud) qu’elles ont transformé en tribunal contre Israël, réintroduisant la distinction de 1975 : « sionisme égale racisme »(6).

En 2002, l’activiste palestinien Ghassan Abdallah a expliqué à sa sortie du mémorial juif de Yad Vashem qu’il a eu un « sentiment de déjà-vu entre les images du Mémorial et ce qui était arrivé aux Palestiniens (7) ». En 2006, le commentateur libanais Jihad al Khazin a expliqué que « les vraies victimes sont les Palestiniens qui ont pris la place des juifs comme peuple dispersé et humilié (8). »

Les Palestiniens ont expliqué ensuite qu’ils ne pouvaient reconnaître la Shoah tant que les Israéliens n’auraient pas reconnu ce dommage équivalent qu’ils avaient infligé aux Arabes de Palestine (9).

Ayant observé la façon qu’ont les Israéliens de mémoriser leur histoire, de l’institutionnaliser à travers musées, expositions, conférences et système éducatif, les Palestiniens ont agi de même. Un musée de la Palestine a vu finalement le jour à Bir Zeit, en 2012, mais il n’abrite que des œuvres contemporaines et aucune trace d’un quelconque génocide…

Mimétisme victimaire

Les chercheurs Litvak et Webman ont fait remarquer aussi que le mimétisme victimaire des Palestiniens a été jusqu’à copier la terminologie de la Shoah pour la réintroduire telle quelle dans le narratif palestinien. L’expression « Shoah u-Guéoula » qui signifie Destruction et Rédemption a trouvé son équivalent arabe dans « Nakba et Résistance ». La loi du Retour votée par l’Etat d’Israël dans la foulée de la déclaration d’indépendance pour ouvrir le pays aux juifs du monde entier à sa réplique dans « le Droit au Retour » des Palestiniens.
Mahmoud Abbas, président de l’Autorité Palestinienne, a été lui encore plus loin puisqu’il prétend maintenant que ses ancêtres n’étaient ni arabes, ni palestiniens, mais Cananéens, du nom de ce peuple que les tribus juives conduites par Moïse ont délogé du pays de Canaan. « Nous sommes des Cananéens (10) » s’est-il exclamé face aux réfugiés du camp de Jalazone, à Ramallah. Cette stratégie de réécriture de l’Histoire ne connait aucune limite puisque Linda Sarsour, activiste palestino-américaine, a écrit que « Jésus [dont chacun semble avoir oublié qu’il était un Juif de Judée] était Palestinien (11) » et que « Moise, après 400 ans d’errance dans le désert, conduit finalement le peuple palestinien sur la terre qu’Allah a promis à son ancêtre Caïn (13) ».

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Le problème n’est pas que les Palestiniens délirent. Le problème est que le monde entier a accompagné les Palestiniens dans leur délire. Et les 39 organisations de la plateforme pour la Palestine, ces 39 associations qui ont fait leur ce délire, n’ont aucune envie qu’on les sorte du cauchemar qu’elles secrètent au quotidien à savoir que le sionisme est un racisme et que les juifs par extension sont des nazis.

Le problème du mensonge est qu’il finit parfois par perdre le menteur. Ce kidnapping mensonger de l’histoire juive a certes été meurtrier pour les juifs et les Israéliens depuis plusieurs décennies. Mais voilà qu’il s’annonce aussi meurtrier pour les non-juifs d’Europe aussi. Entendre Tariq Ramadan se comparer au capitaine Dreyfus, voir l’extrême gauche défiler aux côtés des islamistes la poche poitrine décorée d’une étoile jaune est la preuve que l’opération de falsification des Palestiniens est aujourd’hui reprise par les islamistes d’Europe. En se faisant passer pour des juifs persécutés, les islamistes français et européens appliquent à la France et à l’Europe, la recette qui a si bien marché contre les « sionistes ». Comprenez bien une chose! Si les musulmans de France se convainquent progressivement de l’idée qu’ils sont persécutés comme l’ont été les juifs des années 1930, ils finiront par penser – à moins que certains ne le pensent déjà – que les juifs ne sont pas leurs seuls « persécuteurs ». La boucle aura alors été bouclée : le djihad en Europe pourra enfin se déployer et donner sa pleine mesure.

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