Malgré sa défaite et la procédure d’impeachment lancée contre lui, Donald Trump continue à représenter un courant idéologique significatif dans le Parti républicain, et à fédérer autour de sa personne une partie importante de son électorat


« Je ne prétends pas être un homme du peuple, j’essaie d’être un homme pour le peuple », dit le sénateur Gracchus à son collègue Gaius dans le film Gladiator. Cette citation correspond à ce qu’a été l’affirmation du populisme durant le mandat de Trump. Un mouvement opposé au libéralisme de gauche et au néo-conservatisme, qui a redéfini la vision du Grand Old Party (GOP), le Parti républicain, et fait du milliardaire Trump non pas son chef, mais son champion pour défier les élites, comme l’affirmait Breitbart la veille de la présidentielle. Le départ de Trump de la Maison-Blanche ne sonne pas le glas du populisme, ni de son influence sur le Parti républicain.

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D’une part, les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley pourraient prendre la relève, d’où la volonté des démocrates de les sanctionner pour avoir choisi d’exercer leur droit constitutionnel de s’opposer à la certification des voix dans les États litigieux ; d’autre part, Donald Trump entend mener une campagne pour s’assurer de l’intégrité des élections à venir, d’après son conseiller Jason Miller, afin que le parti soit sûr de remporter la majorité au Congrès. Cet activisme immédiat permet à l’ancien président de ne pas perdre la main en vue de 2024. Après l’invasion du Capitole par quelques centaines de partisans sur les milliers venus l’écouter, la côte de popularité de Trump était passée de 48 à 51% le lendemain, selon l’institut de sondage Rasmussen, ce qui lui permet d’espérer et de veiller à ce que son héritage politique ne soit pas renié.

Le Parti républicain: du centrisme au populisme sui generis

Depuis Eisenhower, qui était de tendance centriste, le parti républicain a connu une mutation conservatrice, dont les exemples les plus marquants ont été les présidences de Reagan et Trump. Les courants républicains diffèrent parfois profondément, ce qui explique l’hostilité des centristes et des néo-conservateurs à l’endroit du 45e président quelque peu paléo-conservateur qui a transformé la base électorale du GOP en mouvement populiste, anti-élites, anti-lobbies, donnant la priorité à l’Amérique, hostile aux expéditions militaires à travers le monde. Par ailleurs, des populistes entretiennent des théories du complot à l’instar du républicain Barry Goldwater dans les années 1960. Sur le plan social, Trump est allé plus loin que Reagan dans l’opposition à l’avortement, et il a fortement amorcé un retour vers le parti républicain de l’électorat afro-américain décrit comme prisonnier de la « plantation démocrate » par des personnalités noires, dont Herman Cain, l’ancien favori du Tea Party pour les primaires républicaines de 2012, ou l’activiste Candace Owens.

Candace Owens Photo D.R.

Le populisme, qui n’a pas la connotation d’extrémisme aux États-Unis, y existe depuis la fin du XIXe siècle, et s’est notamment imposé en politique avec la création du People’s Party en 1891 par les populistes agrariens de gauche dont Bernie Sanders peut être considéré comme l’un des descendants. Depuis, le populisme a traversé aussi bien la gauche que la droite, et, avant Trump, le milliardaire Ross Perot avait créé la surprise à la présidentielle de 1992 avec 19% des voix, avant de fonder le parti de la réforme qu’un certain Donald Trump tenta de prendre en main. Parmi les gains du populisme avant 2016, figure la pratique du recall permettant aux citoyens de révoquer des élus ou des fonctionnaires dans 19 États.

Donald Trump a conquis le GOP en fustigeant à la fois la politique de

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