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Trump et la mutation du Parti républicain: un conservatisme indéfini

Le populisme de Trump représente un courant vital au sein du Parti républicain

Trump et la mutation du Parti républicain: un conservatisme indéfini
SIPAUSA30242010_000001 Dmitry Kirsanov/TASS/Sipa USA/SIPA

Malgré sa défaite et la procédure d’impeachment lancée contre lui, Donald Trump continue à représenter un courant idéologique significatif dans le Parti républicain, et à fédérer autour de sa personne une partie importante de son électorat


« Je ne prétends pas être un homme du peuple, j’essaie d’être un homme pour le peuple », dit le sénateur Gracchus à son collègue Gaius dans le film Gladiator. Cette citation correspond à ce qu’a été l’affirmation du populisme durant le mandat de Trump. Un mouvement opposé au libéralisme de gauche et au néo-conservatisme, qui a redéfini la vision du Grand Old Party (GOP), le Parti républicain, et fait du milliardaire Trump non pas son chef, mais son champion pour défier les élites, comme l’affirmait Breitbart la veille de la présidentielle. Le départ de Trump de la Maison-Blanche ne sonne pas le glas du populisme, ni de son influence sur le Parti républicain.

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D’une part, les sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley pourraient prendre la relève, d’où la volonté des démocrates de les sanctionner pour avoir choisi d’exercer leur droit constitutionnel de s’opposer à la certification des voix dans les États litigieux ; d’autre part, Donald Trump entend mener une campagne pour s’assurer de l’intégrité des élections à venir, d’après son conseiller Jason Miller, afin que le parti soit sûr de remporter la majorité au Congrès. Cet activisme immédiat permet à l’ancien président de ne pas perdre la main en vue de 2024. Après l’invasion du Capitole par quelques centaines de partisans sur les milliers venus l’écouter, la côte de popularité de Trump était passée de 48 à 51% le lendemain, selon l’institut de sondage Rasmussen, ce qui lui permet d’espérer et de veiller à ce que son héritage politique ne soit pas renié.

Le Parti républicain: du centrisme au populisme sui generis

Depuis Eisenhower, qui était de tendance centriste, le parti républicain a connu une mutation conservatrice, dont les exemples les plus marquants ont été les présidences de Reagan et Trump. Les courants républicains diffèrent parfois profondément, ce qui explique l’hostilité des centristes et des néo-conservateurs à l’endroit du 45e président quelque peu paléo-conservateur qui a transformé la base électorale du GOP en mouvement populiste, anti-élites, anti-lobbies, donnant la priorité à l’Amérique, hostile aux expéditions militaires à travers le monde. Par ailleurs, des populistes entretiennent des théories du complot à l’instar du républicain Barry Goldwater dans les années 1960. Sur le plan social, Trump est allé plus loin que Reagan dans l’opposition à l’avortement, et il a fortement amorcé un retour vers le parti républicain de l’électorat afro-américain décrit comme prisonnier de la « plantation démocrate » par des personnalités noires, dont Herman Cain, l’ancien favori du Tea Party pour les primaires républicaines de 2012, ou l’activiste Candace Owens.

Candace Owens Photo D.R.

Le populisme, qui n’a pas la connotation d’extrémisme aux États-Unis, y existe depuis la fin du XIXe siècle, et s’est notamment imposé en politique avec la création du People’s Party en 1891 par les populistes agrariens de gauche dont Bernie Sanders peut être considéré comme l’un des descendants. Depuis, le populisme a traversé aussi bien la gauche que la droite, et, avant Trump, le milliardaire Ross Perot avait créé la surprise à la présidentielle de 1992 avec 19% des voix, avant de fonder le parti de la réforme qu’un certain Donald Trump tenta de prendre en main. Parmi les gains du populisme avant 2016, figure la pratique du recall permettant aux citoyens de révoquer des élus ou des fonctionnaires dans 19 États.

Donald Trump a conquis le GOP en fustigeant à la fois la politique de Barack Obama et celle des néo-conservateurs

Avec George Bush fils, le parti républicain revenait aux fondamentaux de Ronald Reagan qui avait repris et poussé plus à droite le conservatisme de Barry Goldwater, candidat malheureux à la présidentielle de 1964 après avoir battu ses rivaux plus centristes lors des primaires. Une partie de l’électorat républicain avait refusé de voter pour Goldwater, jugé trop à droite, tandis que les démocrates conservateurs du Sud commencèrent à se tourner vers un parti républicain en phase avec eux quant à la baisse des impôts ou aux droits des États. Donald Trump a conquis le GOP en fustigeant à la fois la politique de Barack Obama et celle des néo-conservateurs. L’approche assez paléo-conservatrice du milliardaire a même su séduire l’électorat ouvrier.

Le paléo-conservatisme se concentre sur la défense de la compétence des États, d’une lecture originaliste de la Constitution opposée à une vision progressiste, sur le protectionnisme, l’isolationnisme et les valeurs familiales traditionnelles, ainsi que sur l’opposition à l’immigration. Des idées largement reprises par Trump avec plus ou moins de modulations. Il s’oppose au néo-conservatisme à qui il reproche principalement l’interventionnisme militaire depuis la guerre du Vietnam, à l’instar du journaliste Pat Buchanan qui n’a de mots assez durs pour dénoncer les néo-conservateurs, et qui déclarait dans le Washington Post en 2016 que Donald Trump était l’avenir du Parti républicain.

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En sus de cette approche, le Parti républicain a vu l’essor de théories complotistes, notamment nourries par QAnon et les révélations de Wikileaks, propageant l’idée selon laquelle non seulement les élites méprisent le peuple, mais qu’elles conspirent contre ses intérêts. La présentation de Donald Trump en héros luttant contre l’État profond, parlant de nettoyer le marécage de Washington (drain the swamp), a d’ailleurs contribué à agréger autour de lui des mouvements hétéroclites de la droite alternative, l’alt right, dont certains ne partagent même pas nombre de ses idées mais qui ont en commun avec lui la lutte contre l’État tout puissant (Big Government), l’opposition à l’immigration incontrôlée ou le rejet des revendications LGBT.

Trump avait d’ailleurs fait installer dans le Bureau ovale un portrait du Président Andrew Jackson qui s’opposait aux élites et déclara la guerre à la deuxième banque des États-Unis qui avait trop de pouvoir politique.

“Originalisme” et conspirationnisme

Alors que les démocrates lançaient leur procédure d’impeachment en 2019, l’un des rares commentateurs conservateurs de CNN, Scott Jennings, écrivait : « Donald Trump a été élu pour casser les élites. Bien entendu, elles veulent le destituer », et rappelait que le président n’avait pas été élu pour suivre les politiciens, les professeurs de droit de gauche, les élites globales, mais pour casser leur mainmise sur la société. C’est ce qui explique son impressionnante popularité, surclassant de loin celle de Ronald Reagan, jusque-là figure tutélaire du parti républicain à laquelle il s’était rattaché en reprenant son slogan de 1980, Make America Great Again, tout en se démarquant de son prédécesseur sur le plan du commerce international.

Les meetings de Trump ont rempli les stades, et des dizaines de milliers de personnes les suivaient sur des écrans géants à l’extérieur. Lors de ses discours, le président vantait son bilan et dénonçait la présentation que les médias faisaient de sa politique. D’un côté les puissants, les journalistes, les stars du divertissement ; de l’autre le peuple et son champion qui estiment que leurs droits sont menacés par les démocrates et Big Tech. Car ce qui importe également aux partisans de Trump qui représentent plus de 90% des électeurs républicains, c’est la protection de la Constitution et des droits qu’elle leur offre.

Le président élu Donald Trump invective un journaliste lors d'une conférence de presse à New-York, janvier 2017. SIPA. 00788209_000005
Le président élu Donald Trump invective un journaliste lors d’une conférence de presse à New-York, janvier 2017. SIPA. 00788209_000005

Les soutiens de Trump ont un fort pouvoir sur le parti dont les caciques ne sont pas toujours favorables à leur champion. Ils peuvent en user lors des primaires, et ils ont ainsi envoyé au Congrès des élus partageant leurs idées, jusqu’au conspirationnisme de QAnon comme avec Marjorie Taylor Greene en novembre dernier. Ils ne cessent de se réclamer de certains articles de la Constitution, surtout celui sur la liberté d’expression (premier amendement), celui sur le droit au port d’armes (deuxième amendement) et celui sur le fédéralisme et la protection des droits des États (dixième amendement). Depuis l’avènement du Tea Party, aujourd’hui presque moribond, la conservatrice Heritage Foundation et divers éditeurs fournissent aux citoyens des versions explicatives de la Constitution, article par article, alinéa par alinéa. Ces partisans ont fortement salué les nominations par Trump à la Cour suprême de trois juges conservateurs ayant une lecture originaliste de la Constitution, non adaptable aux modes.

Marjorie Taylor Greene Photo D.R.

Ce lien entre le président et ses électeurs peut ressembler par bien des aspects à un mandat impératif implicite qui n’existe pas dans le droit constitutionnel américain, et que rejetaient les Pères fondateurs par peur des dérives. Mais ce rapport entre Trump et ses électeurs, qu’ils viennent du parti républicain, du parti démocrate, des libertariens ou des indépendants, est considéré par eux comme le moyen de sauver et protéger l’Amérique. Un rapport qui oblige le parti à ne pas s’aliéner Trump pour ne pas perdre son électorat.


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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