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Russie: le pays brûle

Russie: le pays brûle
Manifestation anti-Poutine, Moscou, juillet 2019. Auteurs : Kommersant/SIPA. Numéro de reportage : SIPAUSA30175677_000004

Tandis que la verticale du pouvoir poutinienne réprime en masse les manifestants d’opposition, la Russie s’achemine vers une possible récession. Pendant ce temps, l’incurie générale favorise la propagation des feux de forêt.


Il y a la répression, constante, et de plus en plus violente, des manifestations à Moscou et Pétersbourg contre les manœuvres du pouvoir pour interdire toute candidature électorale des partisans de l’opposition à Poutine dans les municipales de septembre 2019. Une répression contre chacun — pas à pas : le dernier exemple en date étant que le parquet de Moscou a demandé de priver de leurs droits parentaux deux parents qui étaient aller manifester avec leur enfant d’un an. Et ce n’est là qu’un exemple.

Navalny (encore) embastillé

Tous les leaders de l’opposition sont en prison, et, d’après ce qu’on peut savoir, les conditions de la détention d’Alexeï Navalny sont beaucoup plus difficiles que lors de ses précédentes arrestations : on lui a mis comme « compagnons de cellule » des droits communs, qui, évidemment sur ordre, le menacent physiquement. Et je rappelle qu’il a déjà été victime de quelque chose qui semble bien être une tentative d’empoisonnement. — Ce qui a disparu avec cette crise des listes électorales (pour une élection, je le rappelle, qui n’a pas d’importance nationale), est le dernier vernis de l’état de droit. Non, tout le monde comprend que la Russie est une dictature, et une dictature construite sur une corruption institutionnalisée. — « Que se passe-t-il en Russie ? « demandait, en 1790, à l’historien Nikolaï Karamzine, un Russe vivant en France. « On vole » (воруют), répondait-il. C’est la même chose, et à chaque échelon, mais en beaucoup, beaucoup plus grand, depuis que le pouvoir a été confisqué par un groupe infime de personnes faisant le lien entre la mafia et le KGB.

Moscou a mangé son pain blanc

Pendant un certain temps, il y a eu, malgré cela, une expansion économique — indéniable — et une stabilisation de la vie quotidienne après la catastrophe de la Perestroïka — une stabilisation liée aux énergies fossiles, le gaz et le pétrole. Visiblement, cela, c’est terminé, et la Russie s’enfonce, mois après mois, dans le marasme. —

Les sources officielles — pas celles de l’opposition — parlent d’une possible récession. — Je ne connais rien à l’économie, je lis beaucoup d’articles dont je peux dire que je ne les comprends pas vraiment, sur les mécanismes financiers, mais, voilà, je suis tombé sur quelque chose qui m’a vraiment frappé. Les organismes des statistiques officielles viennent d’établir que plus d’un quart des enfants de la Fédération de Russie (26%) vit en dessous du seuil de pauvreté. — Si un quart des enfants vit dans la misère, ça veut dire que leurs parents vivent de même. Et nulle part ces sources ne mentionnent une possible amélioration.

Et puis, je lis un autre article (ou un autre chapitre du même, plutôt) et là, je comprends que 54, 6 % des procédures de marchés publics en Russie cette année n’ont pas abouti, pour toutes sortes de raisons, — la raison essentielle (70%) étant qu’il n’y a eu qu’un seul candidat, ou zéro candidat. Si je comprends bien, cela veut dire une stagnation totale de l’activité des entreprises, non ? Ou (et) la captation de tous les marchés, par un seul groupe — ce qui nous ramène à la corruption et à la mafia. Les entreprises, tout simplement, ne candidatent pas, parce qu’elles ne sont pas en état de payer les pots de vins nécessaires à la réalisation du marché, ou qu’elles ne veulent pas se signaler à l’intention de tel ou tel groupe de racketteurs en uniforme. — Et cela, je le rappelle, provient d’une source officielle. Et la mise en concurrence des marchés publics est, théoriquement, une obligation légale (en Russie comme ailleurs).

Au feu!

Et il y a l’incurie russe, éternelle, elle aussi. Ce que les Russes appellent « khalatnost » (littéralement, le fait de faire les choses en robe de chambre). Et tout laisse à penser que les catastrophiques incendies de Sibérie — qui, littéralement, laissent exsangues, année après année (puisque ce sont des phénomènes récurrents et croissants) des superficies de terres plus grandes que la Belgique, que ces incendies, donc, sont aussi liés à cela : tant que les centres vitaux de Sibérie ne sont pas atteints, la doctrine est de laisser faire la nature (alors même que la plupart des incendies sont criminels). Du coup, dans de nombreuses villes de Sibérie, les gens ne respirent plus, vivent avec des masques. Et le coût humain — en termes de santé publique — sera faramineux.

Ça brûle en Russie. — Oui, ça brûle. Et ça s’effondre. Mais le pouvoir, je le dis et le redis, ne cédera pas tout seul — il ne peut pas céder tout seul. On va, jour après jour, vers une violence majeure.

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est traducteur. Il vient de publier deux tomes des œuvres intégrales de Dostoïevski chez Actes sud.

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