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Douce France, cher pays de notre enfance…

Douce France, cher pays de notre enfance…
Fanlac pays de jacquou le Croquant, Périgord. Auteurs : GILE Michel/SIPA. Numéro de reportage : 00915614_000014

J’ai pour la France une étrange passion. Et ce pays est si mal aimé. Pourtant, les Français issus de l’immigration ont toutes les raisons d’aimer la France profonde.


Il était une fois un pays où fleurissaient, comme les colchiques dans les prés, les jolis noms chantants de Brocéliande, Aigues-Mortes, Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Beaune, Saint-Malo, Châteauneuf-du-Pape… Puis telle l’Atlantide de la légende il a disparu, se laissant engloutir. D’autres noms sont apparus : Bobigny, Stains, Villeneuve, le Val Fourré, Corbeil-Essonnes, Clichy-la-Garenne, Sartrouville, Aulnay-sous-Bois…

L’Atlantide près de chez nous

C’est alors que je me suis mis en quête de l’Atlantide. Je l’ai retrouvée. Intacte. Aussi belle que le fut Antinéa, prisonnière du désert, reine du désert. « Mon bel amour, mon cher amour, ma déchirure ». Et c’est ainsi que je suis revenu chez moi.

On ne me fera pas dire que c’était mieux avant. Préférer Beaugency à Bobigny n’est pour moi qu’une question d’esthétique. Je sais bien qui habite à Bobigny. Mais je ne sais pas qui habite à Beaugency et je ne suis pas certain que ceux qui y résident soient meilleurs ou plus attachants que les habitant de Bobigny.

Je ne m’insurge pas contre le temps qui passe, même si je préfère les vieille cartes postales aux photos, le plus souvent vulgaires, d’Instagram. Je trouverai ridicule et grotesque d’idéaliser le monde d’avant dans le but de mépriser le monde d’aujourd’hui.

La beauté des paysages

Un jour, pour se parler, ou plutôt pour correspondre, les hommes eurent recours aux pigeons voyageurs. Puis il eu la poste, ses facteurs et ses lettres qui semèrent le glas de ces si utiles volatiles. Puis vint le télégraphe. Puis le téléphone eut la peau du télégraphe. Arriva ensuite Internet, qui donna à des centaines de millions d’êtres humains le bonheur factice de se croire, le temps d’un clic, le centre du monde.

Mais la beauté, Brocéliande, Aigues-Mortes, Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Beaune, Saint-Malo, Châteauneuf-du-Pape, n’a pas disparu. Elle est là car le paysage est une mémoire que rien n’altère.

Certains puissants dans les médias, l’édition, les universités ou dans la pub, se sont employés à la faire disparaître, à l’enfouir sous terre. Ils n’en parlaient pas. Et quand ils en parlaient, c’était pour dire que ce beau était vieillot, réactionnaire, passéiste.

De quoi les immigrés sont les victimes

Les victimes de ce discours habitent Bobigny, Stains, Villeneuve, le Val Fourré, Corbeil-Essonnes, Clichy-la-Garenne, Sartrouville, Aulnay-sous-Bois. À eux, on ne peut en vouloir. Un discours dominant les a enfermés pour toujours dans les clapiers qu’on leur a donnés pour domicile. On leur a interdit de voir la beauté des choses. Je persiste à croire, pour ma part, que Mohammed, Mamadou, Idriss ou Sofiane ont le droit de rêver aux Brocéliande, Aigues-Mortes, Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme, Beaune, Saint-Malo, Châteauneuf-du-Pape.


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est journaliste et essayiste

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