Fermeture des voies sur berges, restrictions de circulation sur les grands axes, rues piétonnes à gogo: tant pis pour les embouteillages et la pollution, Anne Hidalgo est fière de sa ville super cool, paradis des touristes, des rollers, et des marchands de mojitos…


C’est un fait historique, la place accordée aux piétons dans la capitale a toujours posé problème. Des siècles durant, l’absence de trottoir les a livrés aux voitures, animaux et détritus au milieu d’une rue violente et anarchique, dure aux faibles, aux étourdis et aux plus pauvres, puisqu’un peu d’aisance permettait de circuler à l’abri des coups et de la saleté dans une chaise à porteur. Cet environnement crasseux et encombré demeura jusqu’au second Empire et aux travaux du baron Haussmann qui prétendaient moraliser en même temps qu’assainir. Force est cependant de constater que le conducteur parisien a toujours eu l’insulte facile et que les embouteillages, qui perdurent depuis le XIIe siècle, n’arrangent pas son caractère. Et pourtant, le Parisien a toujours marché. De François Villon à Léon-Paul Fargue en passant par Louis-Sébastien Mercier, la traversée de Paris a toujours pu se faire librement, c’est-à-dire hors des chemins balisés et malgré les voitures, au plus grand bonheur des esprits curieux. Or la politique d’éradication de LA voiture dans les rues de Paris est en passe de modifier le rapport que les habitants ont toujours entretenu avec leur cité. Ce qui est bien plus grave encore que le fait qu’elle n’atteigne pas ses vertueux objectifs d’une ville plus propre, d’un air plus sain et d’une vie meilleure.

« Dans le sens de l’Histoire » ?

La piétonnisation des voies sur berges rive droite, à l’automne 2016, fut décidée pour « rendre aux Parisiens » cette délicieuse promenade le long de la Seine, et bouter la voiture hors des boulevards des maréchaux. Pour ce faire, nos édiles ont inscrit dans leur politique le mépris des banlieusards qui, pour se rendre au travail, doivent emprunter matin et soir cet axe traversant au cœur de la capitale. Candidat, Emmanuel Macron regrettait « les conséquences pour les moins parisiens » mais Ségolène Royal affirmait que cette mesure allait « dans le sens de l’Histoire », saluant au passage le « courage » d’Anne Hidalgo. Courage… le mot est faible. Pour réaliser ce projet historique, la Mairie de Paris a très officiellement décidé de passer outre un avis défavorable donné par une commission d’enquête, a refusé de reconnaître les embouteillages (jamais vus dans certains quartiers) que générait la suppression de ces voies, a commandé ses propres études sur la qualité de l’air pour prouver qu’en quelques semaines celui-ci était devenu pur et, face aux revêches, a expliqué sans sourciller que s’il y avait encore de la pollution, c’était de la faute de Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, qui n’avait pas imposé la circulation d’autobus électriques. Ne circulez pas, y a rien à voir.

Certes, on a encore peu de recul pour apprécier l’impact de cette mesure. Toutefois,

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Été 2017 - #48

Article extrait du Magazine Causeur

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