Thomas Kruithof nous plonge dans les rouages du monde politique…
On sait bien que le cinéma français n’est pas forcément très doué pour le film politique. Seul ou presque, Nicolas Pariser avec Le Grand Jeu, puis Alice et le Maire semble à l’aise dans ce genre. Mais avec Les Promesses, Thomas Kruithof apporte une contribution réussie à ce fragile édifice. Maire d’une ville du 93, Clémence (Isabelle Huppert) livre avec Yazid (Reda Kateb), son directeur de cabinet, une bataille acharnée pour sauver le quartier des Bernardins, une cité jadis radieuse mais désormais minée par l’insalubrité et les marchands de sommeil. Ce devrait être son dernier combat, avant de passer la main à la prochaine élection. Mais quand elle est approchée pour devenir ministre, rien ne va plus : que choisir entre ses promesses et ses ambitions locales d’un côté et la perspective d’une carrière nationale ? Avec un tel point de départ, on pouvait s’attendre à tout, y compris au pire de la caricature et du cliché. Or, comme en son temps Claude Chabrol avec l’excellent L’Ivresse du pouvoir, Kruithof a la bonne idée de vouloir éclairer les zones d’ombre sans verser dans la facilité du film à thèse. Les personnages incarnent l’art délicat de la complexité. L’élue locale oscille ainsi entre arrivisme débridé, clientélisme assumé et noble ambition de défendre la veuve et l’orphelin. Comme dans la vraie vie, la réalité est ici très grise. De même, le directeur de cabinet n’est ni tout blanc ni tout noir. Son désir de bien faire et d’œuvrer pour le bien public l’entraîne dans le mensonge et la dissimulation, avec pour tout viatique la conviction que la fin justifie les moyens. Documenté, vraisemblable et réaliste, le film s’apparente alors à une sorte de thriller municipal très efficace : ici, pas de flics et de voyous, mais un vrai suspense autour de magouilles politiques, d’affaires immobilières plus ou moins véreuses et d’une misère sociale omniprésente. Cette approche rend l’histoire et les enjeux plus directement accessibles. Et Kruithof refuse heureusement de jouer la carte du clin d’œil permanent. Il ne s’agit pas de brosser le portrait d’une « femme puissante » comme l’air du temps le lui suggère si fortement… À aucun moment le personnage de Constance n’est idéalisé et le film nous épargne le scénario de la femme politique vertueuse qui se bat seule dans un monde de mecs abominables. On regrette seulement que la représentation du pouvoir national laisse plus de place aux clichés, en opposant un peu facilement l’échelon ministériel composé d’arrivistes sans vergogne à un pouvoir local se démenant contre la fracture sociale. Mais, c’est un défaut mineur tant le film, en progressant, multiplie les points de vue et gagne en profondeur. Tour de force, il y parvient à travers des scènes qui, sur le papier, pourraient s’avérer soporifiques : d’assemblées générales de copropriétaires en colère à des réunions de chantier en passant par des déjeuners d’organisation stratégique, on plonge au cœur d’une réalité qui n’a rien de spectaculaire. Or, l’accumulation de ces moments fait le prix et le poids du film. La politique est d’abord envisagée comme un exercice quotidien dont il convient de montrer sans détour les aspects les plus « triviaux ».
Et puis, pourquoi ne pas le dire, Isabelle Huppert emporte définitivement le morceau en incarnant à la perfection cette femme politique. Elle est absolument crédible tout en demeurant cette actrice énigmatique qui se tient à distance de ses rôles. Avec elle, il n’est jamais question de se diluer dans son personnage. Avec Huppert, chaque film devient un détail dans un portrait d’ensemble, un petit pan dans une carrière parfaitement maîtrisée, faisant écho le cas échéant à d’autres rôles, comme c’est ici le cas avec le film de Chabrol déjà mentionné. Les Promesses, c’est aussi et peut-être d’abord un nouveau film sur un sujet d’étude nommé Isabelle Huppert.
Vous pensiez peut-être que l’on ne trouvait que de vieilles personnes très très à droite derrière les micros de Radio Courtoisie? Causeur est allé à la rencontre de l’équipe de «Ligne Droite», la nouvelle matinale de la station.
6h42 : J’arrive à temps pour le traditionnel café, ravitaillement d’énergie incontournable pour les acteurs de la nouvelle matinale de Radio Courtoisie lancée en août 2021. Oural me réserve un accueil chaleureux. Plus qu’un chien, Oural est la mascotte de l’équipe ! J’ai à peine le temps de boire mon café que je fais connaissance avec Vincent, le responsable des réseaux sociaux de l’émission. Il est déjà dans les starting-blocks. Du haut de ses 22 ans et fort d’une licence en Information / Communication, Vincent s’est accoutumé à ce métier de journaliste qui l’attirait depuis longtemps, et qu’il exerce depuis seulement cinq mois. Il ne peut le nier, le rythme est soutenu ! « Pour tenir, la sieste est obligatoire » me confie-t-il. Les soirées étudiantes du jeudi soir, c’est fini… « Vivre en décalé, c’est compliqué. À vrai dire, il n’y a plus de jeudi soir ». Comme Vincent, Emmanuelle et Romane (ses acolytes) ne peuvent plus trop compter sur cette période que l’on appelle la nuit pour récupérer un peu de sommeil. Emmanuelle est exceptionnellement absente le matin où je suis en immersion, mais Romane partage l’avis de son collègue : « T’as vu mes cernes ? » rigole-t-elle.
6h58 : Vite, dans le studio ! C’est là que se concrétise le renouveau souhaité par Radio Courtoisie, avec l’émission « Ligne droite » présentée par Clémence Houdiakova, ex Sud-Radio. Les derniers détails se peaufinent après une courte répétition générale.
7h00 : C’est parti ! Arnaud, un des réalisateurs de l’émission, lance le jingle avant de faire l’habituel signe à Clémence qui ouvre l’antenne. Au sommaire ce matin: bulletin d’actualités, cryothérapie (ou comment retrouver l’odorat après le Covid), liberté d’expression et mise à l’écart de Stéphane Ravier sur LCI. Si les sujets ne manquent pas et sont variés, l’émission le doit en partie à Romane. À seulement 21 ans, riche d’un apprentissage à la Catho de Lille, Romane s’est vue recevoir de lourdes responsabilités dès son arrivée en août : « Je suis programmatrice, je soumets les idées de sujets et des idées d’invités avec toutes les démarches qui les accompagnent. » Mais si ce travail de l’ombre est intrinsèque à son job, Romane a aussi son quart d’heure de gloire, du moins ses cinq minutes à elle. « Ma deuxième mission consiste à faire quelques chroniques, tous les vendredis et mardis ». Une touche à tout !
7h02 : Justement, Romane intervient au micro ce matin. C’est à la jeune stagiaire de réaliser le premier bulletin d’actualités, en raison de l’absence ponctuelle d’Emmanuelle. De l’allocution d’Emmanuel Macron au décès de l’acteur Gaspard Ulliel, en passant par la contamination de hamsters par le Covid, Romane traite habilement toutes les actualités du jour. Si bien qu’elle reçoit les félicitations du jury, que dis-je : de la régie !
7h10 : C’est l’heure de « La Libre information », où il est donc aujourd’hui question de cryothérapie, un remède pour retrouver l’odorat après le Covid. Pendant que Clémence questionne l’invité spécialisé sur le sujet, Arnaud, Romane et Vincent gèrent les appels téléphoniques. Aïe… Un problème, on leur signale qu’on ne capte pas bien la fréquence 95,6 FM sur Paris…
Ligne Droite, la matinale de Radio Courtoisie (7h-9h)
7h30 : Place à une nouvelle rubrique, « L’éclairage du jour ». L’animatrice me confie juste après qu’elle n’a pas toujours été à l’aise au micro : « J’ai longtemps été intimidée et puis un jour, j’ai eu le déclic » me glisse-t-elle. Sa présence à Radio Courtoisie depuis l’été dernier est à la fois le fruit d’une réflexion personnelle et le projet du nouveau directeur de la station : « J’avais envie de continuer de progresser mais il me fallait faire mes preuves, ce qui était très compliqué à Sud-Radio en dehors des vacances. Le projet de Pierre-Alexandre Bouclay m’intéressait, et la création d’un nouveau média est passionnante car on a beaucoup de possibilités. Avec une bonne équipe on peut faire des miracles.»
7h45 : La matinale bat son plein, c’est l’heure de la « Table Ronde », un format qui regroupe des invités très variés pour évoquer un sujet commun. Via Zoom, le sénateur Stéphane Ravier, le sociologue Stéphane Edouard et l’essayiste Anne-Sophie Chazaud se réunissent pour débattre autour de la liberté d’expression. « Nous sommes un média de réinformation, où l’on peut entendre d’autres versions » affirme Clémence Houdiakova. La réinformation, terme un peu connoté, stigmatise aussi l’approche non exhaustive des médias traditionnels, mainstream… Mais Houdiakova assume : « je ne me refuse aucune thématique, des thèmes de gauche comme de droite ! » Romane est sur la même ligne : « beaucoup de sujets de droite conservatrice restent abordés, parce que nous sommes obligés de répondre aux intérêts des auditeurs », mais « le débat est le cœur du projet et nous essayons de prendre des invités aux points de vue divergents ». A ma grande surprise, les points de vue sont en effet variés au sein même de la petite équipe, une chance pour la radio fondée en 1987 qui peut s’appuyer sur cette diversité revigorante.
8h07 : Pendant que la seconde partie de la « Table Ronde » se poursuit, Vincent est sur le qui-vive. Pour les moins matinaux, le jeune homme reprend les propos les plus forts des invités du jour pour les relayer sur les réseaux sociaux, son domaine de prédilection. Arnaud, réalisateur de l’émission et ancien de la maison, est le mieux placé pour témoigner de l’évolution opérée dans sa radio, il est même bluffé : « en réalité, je suis épaté du professionnalisme et de l’investissement de ces jeunes. La radio avait vieilli avec son auditorat des dernières années, et il était nécessaire d’élargir notre audimat ». Le technicien baigne dans ce rythme intense depuis longtemps : « sur les 23 dernières années, j’ai 2 ans de nuits normales et 21 années en tant que matinalier, j’ai l’habitude… » sourit-il.
8h26 : Le fondateur de Putsch Media, Nicolas Vidal, évoque la mise à distance du sénateur Stéphane Ravier sur le plateau de l’émission « Ruth Elkrief 2022 » de LCI en raison de son schéma vaccinal incomplet.
Radio Courtoisie côté régie
8h54 : Vincent a lui aussi droit à sa minute de gloire. Sa chronique « C’est qui le patron ? » permet de faire le tour des invités politiques sur les autres médias, non sans raillerie. Clémence me dit : « ma mission sera accomplie quand les gens se battront pour venir à Radio Courtoisie. On n’en est pas loin, mais on se bat encore pour montrer que l’on a changé. Le rappeur Booba qui nous retweete, c’était encore inimaginable il y a quelques mois. »
9h00 : L’émission se termine. La fin de la journée de travail qui se profile ? Non car il faudra s’y remettre dans la soirée pour préparer la matinale du lendemain. Avant de partir, caustique, Vincent me fait remarquer qu’« à trois, on est plus jeunes que le reste des présentateurs radio… » Le trépidant projet qu’est « Ligne Droite » insuffle un vent de renouveau à la station, laquelle avait pu connaître un certain… essoufflement. Chez tous ces jeunes défenseurs de la liberté d’expression que j’ai croisés ce matin-là, un mot revient sans cesse à la bouche : l’« aventure ». Alors que je quitte les locaux du XVIe, en saluant Oural, Clémence me dit : « On dormira plus tard, avec quelques cheveux blancs et des kilos en plus ! »
Le programme détaillé élaboré par les instigateurs de cette primaire, qui se tiendra fin janvier, regorge de mesures clivantes, quand elles ne sont pas inapplicables ou très dangereuses…
Ils sont désormais 467 000 inscrits à la primaire populaire, qui se déroulera du 27 au 30 janvier, mais combien ont vraiment lu son programme ? Probablement très peu, car il n’est plus public. Ce document de 35 pages avait été mis en ligne sur le site primairepopulaire.fr début novembre 2021, sans attirer l’attention. Lorsque la presse a commencé à s’y intéresser, fin décembre, les animateurs de la primaire populaire l’ont retiré précipitamment, en faisant valoir que c’était un simple document de travail. Cette hâte se comprend, lorsqu’on prend connaissance du document en question. Loin d’être un « socle commun » de nature à fédérer les partis de gauche, comme le prétendent les animateurs de la primaire, c’est un catalogue de mesures clivantes, voire extrêmes, inspirées par des groupuscules associatifs : une véritable machine à finir à 2% d’intention de vote !
Cyril Dion très actif en coulisses
L’interdiction de l’élevage intensif, par exemple, figure au programme. Sachant qu’il représente 85% au bas mot de l’élevage français et que notre pays n’a pas la place nécessaire pour pratiquer l’élevage extensif (sauf dans quelques régions de montagne), la primaire populaire propose en réalité une mesure cataclysmique, équivalent à la disparition de filières entières (porcs, œuf, canard, etc.). La catastrophe impacterait en premier lieu des régions de l’ouest de la France qui votent plutôt à gauche, soit-dit en passant. On retrouve ici une marotte des défenseurs du bien-être animal, version dure. En complément, la primaire populaire parle de réhabiliter « l’agriculture paysanne », c’est-à-dire à basse technologie et à bas rendement. C’est une des obsessions du cinéaste Cyril Dion, fort actif en coulisses dans la primaire.
Il serait question aussi de « retirer les brigades d’interventions des quartiers populaires », thème cher au comité Adama Traoré. En clair, plus de descente de police musclée dans les cités. Les élus de gauche, qui ne sont pas tous des ravis de la crèche en matière de sécurité, apprécieront. Les quartiers de Pontanezen à Brest ou de Perseigne à Alençon, sans parler des cités nord de Marseille, accéderont définitivement au statut de zones de non-droit, avec sanctuarisation des points de deal.
Une gauche irrationnelle, anti-jeunes et anti-voitures
À supposer qu’elle soit partie de 25% de suffrages, par la magie de ces deux seules mesures, la gauche devrait descendre à 15%. Elle perdra probablement encore quelques points chez les rationalistes, avec le remboursement des médecines alternatives par l’assurance-maladie, ainsi que chez les jeunes, en leur imposant des journées « environnement et citoyenneté » obligatoires pour tous les plus de 18 ans. Sans parler des automobilistes, ciblés par l’interdiction des SUV en 2025. Par contraste, la sortie du nucléaire est abordée avec prudence. Elle interviendrait seulement en 2050.
Venons-en maintenant au coup fatal, « garantir la retraite par répartition en assurant son financement par une augmentation progressive des cotisations », avec retour à la retraite à 60 ans. Impact, une baisse minimum de 150 euros du salaire net pour tous les salariés, car les cotisations vont flamber. Voilà la gauche en dessous de 5%. Le référendum sur l’écriture inclusive, la taxe sur les robots, la taxe sur le stockage de données, la réquisition des logements vacants, l’interdiction de la corrida et l’interdiction de la pêche au chalut (pratiquée par 40% des navires français sur la façade atlantique) la feront reculer encore quelques points.
Samuel Grzybowski et Mathilde Imer, le couple infernal
Les concepteurs principaux de cette machine à perdre sont deux trentenaires, Samuel Grzybowski, entrepreneur et conseil en relation sociales, et Mathilde Imer, militante écologiste. Samuel Grzybowski est sur la sellette depuis la révélation d’une vidéo par le Canard enchainé du 19 janvier. Le porte-parole de la primaire y détaillait sa stratégie : « notre but, avec le pôle politique, c’est d’essayer d’empêcher que les membres du bloc des justices – Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot – puissent avoir les 500 signatures », s’ils refusent la primaire populaire. « Si on les critique de plus en plus sur les réseaux sociaux, sur Twitter, dans les médias, on peut faire baisser leur cote de popularité », ajoute-t-il. Réalise-t-il à quel point le programme qu’il a concocté en petit comité est lui-même de nature à plomber la popularité du camp qu’il prétend défendre ?
L’historien Eric Anceau publie Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent. Un précieux essai permettant de mettre en perspective un concept qui déchaîne les passions politiques…
En ce début d’année 2022, Eric Anceau publie Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent, chez Passés composés. En 383 pages, il chausse la longue vue de l’historien pour observer les va-et-vient de cette notion polémique. Encore une pierre de plus dans la copieuse littérature que la laïcité a engendré, dira-t-on (l’auteur a dénombré 1700 titres sur le sujet à la BNF) ; mais justement, Eric Anceau déplore un manque d’approche historique sur le long cours. C’est donc à cette histoire de la laïcité que l’auteur s’est essayé, qui peut être lue aussi comme une histoire de la rivalité entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel en France et un peu ailleurs.
Depuis l’affaire du foulard de Creil de 1989, la laïcité est quasiment au cœur d’une controverse par jour et le flou relatif autour de sa définition (il suffit de se rendre dans la proche Belgique pour qu’il revêt déjà un sens tout autre) permet bien des interprétations, des plus ouvertes au plus fermées, de Jean-Louis Bianco à Henri Peña-Ruiz. Dans l’acception française, elle ne se résume pas seulement à la séparation entre l’Etat et l’Eglise, mais sous-entend aussi une certaine discrétion du religieux dans l’espace public, sous-entendu mis à mal par l’apparition des tchadors, niqabs et burqas.La controverse française est suivie de près à l’étranger ; non seulement dans le monde musulman (plus inquiet du sort des musulmans de France que de celui des Ouïghours, semble-t-il) mais aussi par le New York Times, qui regardait déjà en 1905 et regarde toujours notre laïcité comme une bizarrerie française au même titre que le camembert au lait cru (« French laïcité », écrit-on, avec le tréma et l’accent aigu, comme pour mieux signaler l’exotisme de la notion).
Si la laïcité a été mise en place par le parti anticlérical, celle-ci a en soi un vieux fond chrétien
Des prémices décelées jusque dans… l’Antiquité
Le parti pris audacieux d’Eric Anceau est de faire débuter son histoire de la laïcité dès l’Antiquité (au risque d’être accusé de téléologie, erreur fatale pour un historien qui consisterait à expliquer que le conflit entre Philippe le Bel et le pape, au Moyen Âge, avait un but, celui de permettre la loi de 1905). Les auteurs qui se hasardent à cette histoire de la laïcité s’interdisent en général de regarder avant 1789. Spécialiste du Second Empire, Eric Anceau ne manque pas l’étape contemporaine, depuis la Révolution jusqu’aux manifestations de 1984 en faveur de l’école libre (peut-être l’ultime épisode de cette quasi-guerre civile entre cléricaux et anticléricaux longue de deux siècles) mais il repère bien avant des prémices.
Durant l’Antiquité, ce n’est pas à Rome que l’on trouvera ces prémices (les Empereurs étaient divinisés après leur mort et l’on parlait du divin Claude comme on parle aujourd’hui de la présidence jupitérienne d’Emmanuel Macron), mais plutôt en Judée. Déjà, dans le judaïsme, le Dieu unique tolère mal la concurrence du politique, et le roi d’Israël n’est qu’un être faillible parmi d’autres. Avec le christianisme, la chose se renforce avec deux sentences bien connues : celle de Jésus (« Rendez à César ce qui est appartient César et à Dieu ce qui appartient à Dieu ») et celle de Saint Paul (« Il n’est pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu ») ; on aurait pu ajouter cette autre phrase de Jésus : « mon royaume n’est pas de ce monde », qui marque un certain détachement christique vis-à-vis de la chose politique. Paradoxalement, si la laïcité a été mise en place par le parti anticlérical, celle-ci a en soi un vieux fond chrétien.
Pouvoirs concurrents
Vient ensuite le Moyen Âge. On s’imagine une sainte alliance du trône et de l’autel, princes et clercs marchant main dans la main. Que nenni. La concurrence est vive entre les papes, les empereurs et les rois, qui se répondent à coup de bulles pontificales, procès en hérésie et excommunications. Quand Philippe le Bel répond au pape Boniface VIII : « Philippe, par la grâce de Dieu roi de France, à Boniface, soi-disant pape, peu ou point de salut. Que ta très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le temporel… », il y a déjà tous les ingrédients d’un certain gaullisme punk. Deux épisodes truculents valent le détour : à Canossa, en 1077, l’Empereur germanique Henri IV doit faire pénitence, pieds nus dans la neige, pendant trois jours et très nuits, avant de s’agenouiller devant le pape Grégoire VII ; à Agnani, en 1303, Philippe le Bel envoie Guillaume de Nogaret s’emparer du pape. Ce dernier s’échappe, mais aurait quand même reçu une gifle au passage ; en tout cas bien secoué, il décède un mois plus tard. On pourrait ne voir ici que des chamailleries entre des pouvoirs concurrents, mais une vraie question est quand même sous-jacente : qui, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, doit dominer l’autre ? D’un côté, le pape cherche à se poser comme le chef de l’Occident chrétien, mais en même temps, le pouvoir temporel s’affirme. Thomas d’Aquin déclare ainsi : « Dans les matières qui concernent le bien civil, il vaut mieux obéir à la puissance séculière plutôt qu’à l’autorité spirituelle ». Déclaration choc qui ne lui a pas empêché de décrocher une auréole.
Suivent les temps modernes et les guerres de religion, au XVIème siècle. La France est alors tiraillée par les fanatiques des deux bords, catholiques et protestants, pendant huit guerres civiles épouvantables. Durant cette période, de beaux esprits éclairés (Jean Bodin, Michel de L’Hospital, Montaigne) imaginent une cité dépassionnée par les divergences religieuses. Leur position, loin d’être majoritaire pendant le conflit, finit par inspirer l’édit de Nantes. Tandis que l’Espagne, fraichement unifiée, consolide son autorité (avec son bras armé, l’Inquisition) en expulsant juifs et musulmans tout en gardant un œil sur les convertis, la France renforce la sienne en exaltant davantage ce qui réunit les individus plutôt que ce qui les divise. Comme le New York Times et Erdogan vis-à-vis de la laïcité à la française d’aujourd’hui, la protestante Genève et la catholique Madrid ont du mal à voir où veut en venir Henri IV avec son édit de Nantes, incongru texte posant les premiers jalons d’une liberté de conscience et d’une concorde civile au-dessus des divergences religieuses. Charles Péguy faisait dire à Dieu : « C’est embêtant, quand il n’y aura plus ces Français. Il y a des choses que je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre ». Inversement, il y a des choses que les Français font, il n’y a que Dieu pour les comprendre.
Une influence française qui s’amenuise ?
Cependant, la Terre entière n’est pas hermétique à la conception française de la laïcité. Certes, le monde anglo-saxon est traditionnellement plus inquiet des excès de l’Etat que des excès des Eglises et sectes. Certes, l’Allemagne collecte un impôt pour les Eglises, et il doit arriver les mêmes malheurs à l’Allemand qui se déclare athée mais se rend discrètement à la messe qu’au Français contournant la redevance mais regardant discrètement « Plus belle la vie ».
Mais le modèle français a gardé une influence, ne serait-ce que dans ses anciennes colonies africaines (y compris musulmanes) et en Amérique latine. S’il ne reste plus grand-chose du kemalisme dans la Turquie actuelle, Eric Anceau ne condamne pas complètement l’islam à une éternelle confusion entre politique et religieux et souligne les petits progrès récents dans le monde musulman, notamment grâce aux femmes, qui comprennent assez mal que les « musulmanes occidentales s’imposent des contraintes dont elles cherchent elles-mêmes à s’émanciper ».
En définitive, la laïcité à la française peut être un vecteur d’influence de la France dans le monde auprès de sociétés lassées du tout religieux, pourvu que nos dirigeants ne la dénigrent pas publiquement, comme le président Macron dénonçant, fin 2017, devant des représentants religieux, la « radicalisation de la laïcité ».
Disparu il y a un an, Jean-Pierre Bacri a laissé un grand vide.
Dans le monde artistique et culturel, tant de voix inutiles et de propos convenus mais comme la parole singulière de Jean-Pierre Bacri fait défaut ! On a pu le revoir et l’entendre récemment dans un film-portrait de Stéphane Benhamou et Erwan Le Gac sur France 3, « Bacri, comme un air de famille », avec un commentaire discret dit par un très grand acteur d’aujourd’hui, Gilles Lellouche. Bacri tel qu’on l’a toujours aimé, lui dont la disparition – son infinie pudeur n’informant ses amis, dont un Sam Karman très ému dans le film, de sa disparition inéluctable qu’au lendemain de Noël, il mourra le 18 janvier – a laissé un vide immense que la frénésie politique, médiatique et péremptoire de ces dernières années nous a rendu encore plus amer, plus insupportable.
Une personnalité intelligente, libre jusqu’à susciter l’incompréhension, détestant les étiquettes et la globalisation paresseuse, seulement soucieuse d’exprimer sa vérité quoi qu’il en coûte, fuyant les globalités, les étiquettes et les conformismes comme la peste, jamais mouton de Panurge, haïssant les injustices, ne signant pas mécaniquement toutes les pétitions de gauche, si lucide sur son passé de – selon lui- « petit con cannois », s’étant découvert lui-même grâce au théâtre et au cinéma, devenu un scénariste de haute volée de concert avec Agnès Jaoui, l’amour de sa vie puis une amie avec laquelle l’entente artistique n’a jamais été brisée, un homme intelligent récusant tout ce que le jeu social induit de simulacre et de conventionnel, un Alceste qu’il aurait formidablement joué sur scène s’il ne l’avait pas estimé trop proche de ce qu’il était dans la vie, une intégrité d’acier, un inimitable râleur dont le visage s’éclairait d’un magnifique sourire, une rectitude exemplaire nous donnant à tous la mauvaise conscience de préférer les accommodements tranquilles aux conflits nécessaires, Jean-Pierre Bacri, une force tendre, une intégrité absolue. Il est mort et on ne cesse de déplorer ce dont sa fin nous a privés. Sans doute, de son vivant, avec une ironie aimable j’en suis sûr, m’aurait-il trouvé excessif, quasiment flagorneur, mais comme il aurait eu tort !
Dans ce que les médias nous proposent et qui sollicitent des artistes, allant jusqu’aux histrions, pour donner leur avis sur tout et n’importe quoi, il n’est pas une minute où je ne m’interroge : qu’aurait-il dit, lui, quelle contradiction aurait-il fait valoir, quelle colère légitime aurait-il exprimée, quelle valeur ajoutée aurait été la sienne aux banalités et poncifs que trop souvent les pauvres intelligences ou la dérision masquant tout ce qui manque au véritable esprit, prodiguent ?
Dans les grandes messes corporatistes tombant parfois dans une pompe hyperbolique, genre cérémonie des Césars ou Festival de Cannes, somptuaire de l’entre-soi parfois si mal inspiré, sa parole singulière, qu’on approuve ou non le fond de son inimitable sincérité, aurait projeté de l’authentique et mis dans l’ensemble de ces comédies une odeur d’humanité et sans doute de vraie révolte. On ne devrait plus, même pour lui rendre hommage, revenir sur Jean-Pierre Bacri parce qu’à chaque fois, inéluctablement, douloureusement pour tous ses multiples admirateurs, pour cette nostalgie inguérissable, le cœur se point à l’idée qu’il sera absent pour toujours.
La situation économique de la Turquie est plus préoccupante que jamais. La lire turque a perdu 45% de sa valeur en un an. Erdogan use d’une trouvaille audacieuse pour contraindre sa population et les investisseurs à ne plus abandonner la monnaie turque.
Dès son arrivée au pouvoir en 2003, Recep Tayyip Erdogan à l’époque Premier ministre et aujourd’hui président de la République turque, a entrepris des projets d’infrastructure coûteux, courtisé les investisseurs étrangers et encouragé les entreprises et les consommateurs à s’endetter. La croissance a très vite décollé et, au cours de la première décennie de son règne, la Turquie était qualifiée de « miracle économique » (The Telegraph, 12 Juin 2011 par exemple). La pauvreté a été divisée en deux, des millions de personnes ont grossi les rangs de la classe moyenne et les investisseurs étrangers se pressaient pour octroyer des prêts. Or, aujourd’hui le dollar, échangé en 2003 pour à peu près 1,7 lires, vaut en ce début 2022 presque 13,5 lires. Pire encore le chômage de jeunes frôle les 30%, le prix de l’électricité payé par les ménages a augmenté de presque 60% en deux ans et plusieurs cas de suicides – y compris de familles entières – dû à la situation économique dégradée ont été enregistrés depuis 2018. Au moment où j’écris cet article, la situation en Turquie est très préoccupante. De longues files d’attente serpentent devant les kiosques à pain à prix réduit. Les prix des médicaments, du lait et du papier toilette montent en flèche et certaines stations-service ont fermé après avoir épuisé leur stock.
Pas étonnant que des explosions de colère aient éclaté dans les rues. Mais ce qui inquiète le plus les observateurs, ce sont les pertes importantes de valeur de la lire turque et l’inflation qui atteint des niveaux très élevés, 21% sur un an selon l’office national de statistique mais les économistes turques la situent plutôt autour de 30 à 35%. À titre de comparaison, une inflation de 6.8 % cette année aux États-Unis et un taux de 4,9 % dans la zone euro suffisent à déclencher l’alarme.
Le choix d’Erdogan en cause
La crise la plus récente a été causée par l’insistance d’Erdogan à baisser les taux d’intérêt face à cette inflation galopante. Dès 2018, lorsqu’Erdogan prend le contrôle de la banque centrale de Turquie, il exige, contrairement à la pratique de toutes les autres banques centrales, qu’elle combatte la forte inflation en réduisant les taux d’intérêt. Lorsque l’inflation d’un pays atteint un niveau à deux chiffres les prix des biens et services sont très élevés. Afin d’empêcher que les prix montent d’avantage, on a tendance à monter les taux d’intérêt pour rendre le coût de l’argent plus cher, arrêter le crédit et atténuer la demande.
La décision d’Erdogan revenait en termes économiques à jeter de l’huile sur le feu. Avec un crédit encore moins cher, l’inflation a explosé et la lire turque s’est considérablement dévaluée. La capacité du pays à importer s’en trouve très réduite (les salaires sont en monnaie locale et acheter des produits étrangers coûte donc trop cher).
A ce stade, il est important de comprendre la logique d’Erdogan. L’argument économique invoqué par le président turc est intéressant : une lire « bon marché » soutiendrait l’attractivité des produits et services turcs (le tourisme, par exemple). Plus d’exportations, plus d’investissements, plus de travail, plus de croissance. Enfin, la richesse créée va permettre à la Turquie de retrouver un équilibre économique. Pas de raison donc de s’inquiéter outre mesure de la baisse de la lire… C’était au fond l’argument avancé par Cemil Ertem le conseiller économique d’Erdogan.
Lors de la crise monétaire de 2018, Ertem a invoqué le grand économiste de Yale Irving Fisher (1867-1947) pour justifier la politique des taux bas. Ertem a même affirmé que les opinions d’Erdogan « correspondaient à la théorie économique scientifique contemporaine ». En pratique, avec des taux d’intérêt bas, Erdogan a fait valoir que les consommateurs seront plus désireux de continuer à dépenser et que les entreprises seront plus enclines à emprunter, à investir (et donc à accroitre l’offre et ainsi agir sur l’inflation) et à embaucher. Quant à la perte de valeur de la lire turque par rapport au dollar, elle rendrait les exportations de la Turquie moins chères.
Le problème est que ce processus est très compliqué et qu’il faut du temps pour voir ses conséquences positives. Or, la Turquie est très dépendante des importations (pièces automobiles, médicaments, énergie, engrais et matières premières). Pire encore, le secteur privé s’est endetté en devise étrangère pendant les années fastes. Lorsque la lire se déprécie, les produits importés coûtent plus cher et les dettes (et les remboursements) augmentent mécaniquement. Et au cours de la dernière année, la lire a perdu plus de 45% de sa valeur… Autrement dit, des grandes quantités de lires ont été utilisées pour acheter des dollars et des euros et la solution de l’Erdogan était de mettre à disposition d’acheteurs encore des lires bon marché.
Face à l’incompréhension générale Erdogan sort son joker : le Coran. Depuis quelques mois déjà, il multiplie les déclarations selon lesquelles le loyer de l’argent c’est l’usure et en tant que tel interdit par la loi islamique. Ainsi, après le coup d’état raté de juillet 2016, Erdogan continue l’islamisation en profondeur de la Turquie et entend accélérer la reprise en main et en profondeur de l’Etat turc.
C’est donc guidé par cette logique qu’en 2018, Erdogan exige de la banque centrale turque qu’elle combatte la forte inflation en réduisant les taux d’intérêt. Rien d’étonnant aussi à ce qu’Erdogan explique, le 19 décembre 2021, qu’il élabore une nouvelle politique économique fondée sur l’interdiction de l’intérêt sur l’argent : « Ils se plaignent que nous continuons à baisser les taux d’intérêt. N’attendez rien d’autre de moi. En tant que musulman, je continuerai à faire ce que notre religion nous dit. C’est le commandement ». Croit-il vraiment à ces arguments ou bien les utilise-t-il cyniquement pour mobiliser sa base populaire et islamiste contre les « économistes » et les « puissances étrangères » cherchant à mettre la Turquie à genoux ? Tout porte à croire que chez Erdogan l’un n’empêche pas l’autre…
Mais les marchés ne croient pas dans les mêmes Dieux et cette exégèse islamo-économique a encore entrainé une chute de 12% du prix de la lire face au dollar depuis cette déclaration.
Erdogan a dû changer quatre fois de gouverneur de banque centrale en deux ans et demi, tous hostiles à une baisse de taux. L’avant dernier, un économiste reconnu qui avait augmenté le taux d’intérêt directeur (ce qui évidement a renforcé la lire…) a été renvoyé en avril 2021 et remplacé par un journaliste membre de la rédaction d’un organe de presse islamiste. Celui-ci avait finalement consenti à baisser le taux de 19% à 14% dans les deux mois suivants sa nomination.
La « trouvaille » économique d’Erdogan
Mais quand cette baisse de taux a produit son effet prévisible – la dégringolade de la lire – Erdogan et ses conseillers ont décidé fin 2021 de mettre en place un mécanisme économique inédit.
On comprend aisément leur problème : l’économie turque est extrêmement dollarisée. En effet, dans la masse des dépôts bancaires en Turquie (sociétés et individus), 67% de ces dépôts sont en devises étrangères (Euros ou $) et, en moyenne, un Turc a 2/3 de sa fortune en devise et 1/3 seulement en lire turque et il est fréquent que l’achat des maisons ou terrains se fasse en euros ou dollars. Or, pour des raisons que nous avons souligné plus haut Erdogan s’est privé de l’outil monétaire classique du taux d’intérêt.
Et puisque le fond de l’affaire est d’inciter les acteurs économiques (personne physiques et morales) à garder leur argent dans les banques et en lire turques (au lieu de retirer leurs lires pour acheter des dollars et des euros et affaiblir la lire, ou de le dépenser et alimenter l’inflation), le gouvernement turc propose désormais un instrument supposé assurer ceux qui le feront contre une dévaluation de leurs avoirs. Comment ça marche ? Prenons pour exemple une banque turque qui s’engage à payer 15% d’intérêt pour des dépôts en lire à une échéance comprise entre trois et 12 mois. Si la devise turque se déprécie de 20% par rapport au dollar au cours de cette période (c’est à dire une perte de cinq points), le Trésor public – c’est-à-dire les contribuables turcs – paiera le différentiel au détenteur de ce dépôt. Mieux : pas d’impôts sur ces cinq points ! en échange pour bénéficier de ces avantages le dépositeur s’engage à bloquer son argent pendant au moins trois mois ou payer des pénalités en cas de retrait anticipé.
Que pensent les économistes turques de ce schéma financier ? Un certain nombre d’entre eux ont leurs propres chaines YouTube où, sans passer par les médias contrôlés par l’Erdoganie, ils peuvent s’exprimer. Le consensus parmi ces voix est plus sceptique et ils pointent plusieurs difficultés. Tout d’abord, avec ce système, la Turquie adopte un régime de taux de change fixe car concrètement ce mécanisme implique que la Turquie établit une valeur de la lire turque en euro et en dollar défendue par le Trésor. Cette situation n’est pas originale et on la trouve aussi dans certains pays arabes du Golfe, Hong Kong ou même la Chine. Sauf que, contrairement à la banque centrale turque, ces pays disposent de réserves de change suffisantes. Autrement dit, si un ou des acteurs (voire simplement une situation imprévue) décident de « jouer » contre la Banque centrale turque en l’obligeant à dépenser ses précieuses et limitées réserves pour payer de plus en plus la différence entre le taux d’intérêt et la valeur réelle de la lire (c’est à dire entre la rente de la lire et son prix d’achat/vente) il est probable que la Banque centrale va lâcher avec des conséquences catastrophiques pour le pays.
Deuxième critique, à ce stade, on ne sait pas quelle part des quelque 1 500 milliards de dépôts en lire turques sera couvert par le nouveau régime de protection. Est-ce que un plafond va être introduit ? Pour les particuliers ? Pour les entreprises ? À quel niveau ? à toutes ces questions il n’y a pas pour le moment de réponses claires même si certains dispositifs – plafond trop bas par exemple – pourraient vider le mécanisme de son sens.
Enfin, les investisseurs étrangers qui pourraient être tentés d’acheter des lires pour bénéficier du taux d’intérêt élevé ont du mal à évaluer le risque impliqué : le Trésor serait-il en mesure de rembourser, c’est-à-dire payer en dollars pour racheter leurs lires le jour où ils aimeraient partir ? Rien n’est moins sûr.
Ces craintes et critiques sont loin d’être infondées. Les indicateurs financiers mesurant la confiance des investisseurs dans la solvabilité de l’Etat turc ne sont guère rassurants. Récemment l’agence Reuters expliquait même que de nombreux investisseurs étrangers prévoyaient un défaut de paiement de la Turquie d’ici cinq ans ! Et ce sentiment sur les marchés a des conséquences concrètes et rapides : les banques étrangères révisent ou réduisent le montant des prêts accordés à la Turquie. Même si Erdogan se montre, pour l’instant, inflexible sur sa politique monétaire, il sait aussi se montrer pragmatique en s’entourant d’amis généreux comme l’Arabie saoudite et le Qatar qui renflouent les caisses de l‘Etat turc afin de limiter la dévaluation de la lire turque. En échange, le gouvernement turc vend des terres, des usines et des entreprises de travaux publics. Le Qatar a également acquis des banques et il semble que la première société d’électronique de défense appartenant à l’État ait partiellement été rachetée par les Qataris. Il est évidemment difficile de prévoir, à ce stade, comment cette histoire va se terminer tant l’équation turque comporte de variables.
Quelles conclusions tirer de ce conte turc ? Selon certains hommes d’affaires bien informés, Erdogan a perdu la sensibilité populaire. La plupart des ceux qui l’entouraient dès le début de son ascension politique à sa sortie de prison en juillet 1999 l’ont quitté. Certains sont même devenus des adversaires. C’est le cas d’Ali Babacan, jadis « tsar » de l’économie turque et bras droit d’Erdogan jusqu’à 2019. C’est lui qui est largement responsable de la réussite économique de la Turquie entre 2002 et 2012. C’est également sa présence au sommet de l’Etat turc et sa proximité avec Erdogan qui longtemps rassuré les investisseurs étrangers. Aujourd’hui, Babacan est devenu un des plus grands critiques d’Erdogan. De même, Amet Davutoglu, emblématique ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre (2014-2016) est aujourd’hui à la tête d’un parti d’opposition. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Erdogan vire tous ceux qui osent critiquer sa politique (même les plus compétents et loyaux) pour s’entourer de béni-oui-oui.
Quel scenario possible pour l’avenir ?
Actuellement, la crise et les protestations se propagent, y compris au sein de la base électorale d’Erdogan. Bon tacticien, Erdogan pourraient même en profiter : déclarer un état d’urgence pour rétablir l’ordre tout en accusant les « agents de l’étranger » de tentative de déstabilisation de la Turquie. Ainsi en 2023 il pourrait fêter le centenaire de la République avec autant de pouvoir que Mustafa Kemal dans les années 1930 ou le Sultan/Calife au XVIIIe siècle. Mais une chose est sure : la lire va jouer un rôle crucial dans le destin politique d’Erdogan.
Face aux tombereaux de mensonges et de calomnies sous lesquels on tente d’ensevelir Eric Zemmour, un peu de pédagogie – et beaucoup de bonne foi – s’imposent pour comprendre son discours de vérité.
Il ne suffit plus de vaincre ses ennemis, il faut convaincre ses amis
Longtemps je me suis cru démocrate. À présent, j’ai des doutes. Dans notre République où un chef ne peut plus sortir que des urnes, pour sauver le pays de l’islamisation, du déclin et de la tiers-mondisation, il faut persuader une majorité de votants de ne pas se tromper de candidat. Devant la difficulté de la tâche, je suis parfois nostalgique d’une époque où, pour que la France reste une nation libre, il suffisait de vaincre ses ennemis. Aujourd’hui, en campagne, on ne risque plus de périr fendu en deux par un cimeterre ou torturé par la Gestapo, mais on est condamné à convaincre ses amis. On ne meurt plus au champ d’honneur mais on peut devenir fou de rage et de désespoir, à ramer pour essayer d’ouvrir les yeux de ces malcomprenants qu’influencent les malveillants.
Depuis le début de la campagne, je m’épuise à faire entendre qu’en 2022, il faudra choisir entre Éric Zemmour et la régression, la soumission et le suicide français. J’arrive toujours après la bataille médiatique qu’on livre au candidat à coups de citations tronquées qui deviennent des raccourcis calomnieux que l’on répète partout sur tous les tons et avec lesquels on le rend raciste et misogyne. Il faut être drôlement didactique pour passer derrière celui qui parle franchement et parie sur l’intelligence des Français, et il m’arrive d’envier les militants qui soutiennent un de ces candidats qui ménagent les veaux et prennent les gens pour des cons mais pas longtemps. À eux la démagogie, à moi la pédagogie. Le défi est de taille, mais je le relève en me souvenant que ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais que c’est « difficile » qui est le chemin. Nos parents ont bien réussi à nous faire adorer un patriarche qui a frôlé l’infanticide, on doit pouvoir faire élire un candidat qui ne mâche pas ses mots. Impossible n’est pas français.
On accuse Zemmour d’être raciste. On l’a tant calomnié qu’il en reste quelque chose mais évidemment, il ne l’est pas. Non pas parce qu’être raciste est immoral ou politiquement incorrect mais parce qu’il est idiot de croire à la supériorité de la race blanche sur n’importe quelle autre. Il suffit de comparer Barack Obama à Frank Ribéry pour en être convaincu.
Un candidat qui n’est pas d’extrême droite
Il n’est pas non plus d’extrême droite. Il répète avec Jacques Bainville que « la France est plus qu’une race, c’est une nation ». L’extrême droite, qui est groupusculaire, proclame sur ses affiches que « la nation, c’est la race ». Elle est plus près de Maurras qui affirmait qu’un juif ne peut pas être Français, que de Bainville. La ferveur de ces milliers de Français qui placent tous leurs espoirs en Zemmour, le petit juif d’Algérie, lui oppose un démenti sans appel. L’extrême droite racialiste est en voie de disparition, mais pas le racisme, qui renaît en France à cause des indigénistes et des décoloniaux. Il y a un an ou deux, une fresque a été inaugurée à Cergy-Pontoise par ses élus pour dénoncer les violences policières et victimiser Adama Traoré, délinquant notoire qui a résisté à son arrestation alors qu’il n’avait pas la santé pour. Beaucoup ont protesté mais seule l’extrême droite, la vraie, s’est aventurée en territoire perdu pour la vandaliser. On peut le déplorer, mais sur ce coup-là, ce sont les racistes et les antisémites d’« Oeuvre française » (IL Faut une cap c’est un mouvement) qui ont sauvé l’honneur. Par ailleurs, même si leur conception ethnique de la nation est détestable, je reconnais plus de légitimité à un suprémaciste blanc sur la terre de ses ancêtres qu’à un type qui affirme que le voile est une tenue française ou que le prénom Mohamed est un prénom français.
On le dit aussi pétainiste. Ben voyons ! Et pourquoi pas nostalgique du IIIe Reich ? Dans ses écrits, Zemmour ne réhabilite pas Pétain, il réhabilite la nation. Contre Paxton qui jette le bébé nation avec l’eau du bain de la révolution nationale, et contre les bêtises du genre « le nationalisme, c’est la guerre » qui sortent de la bouche des adolescents et des types pas finis idéologiquement, il rappelle une réalité historique confirmée par l’historien Alain Michel dans un entretien donné à Causeur. Pétain n’a ni voulu ni cherché à préserver les juifs, mais la politique de Laval qui a tenu tant qu’il a pu à protéger les Français, juifs ou pas, a permis de sauver de la déportation et de l’extermination 90 % des juifs français. Il a donné pour cela aux Allemands les juifs étrangers, réfugiés politiques et naturalisés depuis peu, et les juifs d’Algérie, juifs « Crémieux » dénaturalisés par Vichy (infamie morale que Zemmour ne nie pas). Laval pouvait-il faire autrement ? Après la défaite, avait-il les moyens de rester moral ? Les conseils juifs des ghettos de Pologne pouvaient-ils faire autrement ? La controverse historique peut être nourrie, la question est ancienne et mérite d’être posée, mais ce n’est pas celle qu’on balance à la figure du candidat qu’on prend pour l’essayiste. On lui demande avec toute la malhonnêteté intellectuelle du journaliste dans le vent : « Pourquoi voulez-vous réhabiliter Pétain, monsieur Zemmour ? Pour plaire à vos lecteurs antisémites ? »
Beaucoup de reproches mais peu de bonne foi
On lui reproche encore de faire l’apologie du terrorisme. Dans Causeur, le reconquistador en chef qui considère les djihadistes comme des combattants islamiques et des ennemis héréditaires plutôt que comme des déséquilibrés radicalisés victimes de discriminations avouait avoir une forme de respect pour ceux qui avaient gardé ce que nous avions perdu, l’aptitude à mourir pour une cause qui les dépasse, en l’occurrence une religion et une civilisation. Il s’agissait alors de ces jeunes Français musulmans partis en Afghanistan combattre la plus puissante armée du monde. Il exprimait le respect que l’on peut avoir pour son ennemi. Il va de soi qu’il ne visait pas Mohammed Merah, un délinquant passé 18 fois devant le juge, entré dans une cour d’école pour assassiner une petite fille juive d’une balle dans la tête.
Dans un chapitre de son dernier livre intitulé « la terre et les morts », Zemmour observe que tous les protagonistes des assassinats de Toulouse ont été enterrés ailleurs qu’en France, le tueur franco-algérien comme ses victimes, le soldat franco-marocain et les enfants juifs. Sans plus de précision, le propos a choqué. Depuis, on lui demande sans relâche : « Mais comment peut-on reprocher à la famille Sandler d’avoir enterré ses enfants en Israël ? » Le sujet est si douloureux que beaucoup en perdent la raison et ne réagissent qu’avec émotion. Naturellement, Zemmour ne reproche rien à personne et surtout pas aux parents d’enfants assassinés. Mais son exemple est mal choisi. Mal choisi d’abord parce que les Sandler ne sont pas des juifs franco-israéliens qui rêvaient de vivre en Israël mais des israélites français attachés à la France depuis des générations. Mal choisi ensuite parce que c’est la France qui a désespéré et contraint à l’exil cette famille meurtrie par le nazisme hier et par l’islamisme aujourd’hui. Mal choisi enfin parce qu’on enterre ses morts dans le pays où ils reposeront en paix à défaut de les inhumer dans le pays de son choix. Si l’exemple était indélicat, la démonstration est pertinente et méritait que l’on en débatte. On a préféré s’offusquer et s’arrêter sur la supposée insensibilité de l’essayiste.
On dit Zemmour misogyne ou sexiste, sans trop savoir pourquoi ni comment, ni sur quelle déclaration on s’appuie
On est effectivement très loin des présidents sensibles, de Chirac quand il a vu le film Indigènes, de Hollande avec Leonarda ou de Sarkozy renonçant à la double peine, et certains semblent regretter ces « humanistes » pour qui les réfugiés déboutés ou les criminels repris de justices sont invirables. Bien sûr, leurs propos n’ont jamais blessé personne, ce sont leur inertie, leur lâcheté ou leurs bons sentiments qui ont tué des Français.
Enfin, on le dit misogyne ou sexiste, sans trop savoir pourquoi ni comment, ni sur quelle déclaration on s’appuie. Il l’avait prévu et prévenu dans les premières lignes du Premier sexe : « Je sais qu’il n’y a pas l’Homme et la Femme mais des femmes et des hommes. Pas de généralités mais uniquement des cas particuliers. » Peu importe, les imbéciles ou les féministes et surtout les féministes imbéciles ne veulent rien entendre. Les chiennes de garde n’en démordent pas, le différentialisme ou l’attachement aux « stéréotypes sexistes » mène à la culture du viol aussi sûrement que la nation mène au racisme et à Auschwitz. Dans son essai, Zemmour se garde bien d’essentialiser, de réduire chaque individu aux généralités de l’espèce de son genre, il n’est pas idiot. Il sait qu’il y a plus de virilité dans trois lignes d’Oriana Fallaci quand elle regarde l’ennemi en face que dans l’œuvre complète de Claude Askolovitch, grand défenseur des « mamans » en niqab exclues des cars scolaires. Là aussi, dans le procès en sexisme qu’on lui intente, on extrait opportunément une phrase d’une analyse qui relève de l’anthropologie, de la recherche historique ou de la sociologie et qui passerait comme une lettre à la poste un matin sur France Culture si elle sortait de la bouche d’un chercheur du CNRS ou d’un écrit de Claude Lévi-Strauss, et on en fait un délit d’opinion parce qu’elle nous vient d’Éric Zemmour.
Mais qu’est-ce que le sexisme aujourd’hui dans notre société hypersensible et dans nos médias hyperorientés ? Pour Raphaël Enthoven, est sexiste celui qui veut interdire la PMA aux couples de femmes. Pour Élisabeth Moreno, est misogyne celui qui rejette les lois sur la parité. Ne pas souhaiter qu’un enfant naisse d’une éprouvette plutôt que d’un père et grandisse entre deux lesbiennes, ou ne reconnaître que le mérite comme source d’émancipation et de promotion des individus. Voilà comment l’écho médiatique tombe dans l’oreille du sourd, du paresseux et du malentendant, et voilà comment Zemmour se retrouve « misogyne », « répand la culture du viol », « veut remettre en cause les droits des femmes », puisqu’ils l’ont dit à la télé.
Tout cela va de soi mais tout va mieux en le disant. Voilà pourquoi, inlassablement, je rajoute les pièces manquantes du puzzle, j’explique Zemmour pour les nuls. Voilà comment, en petite main du zemmourisme, je m’active à raccommoder les déclarations mises en lambeaux par ses détracteurs, pour repriser les trous du discours dans lesquels les adversaires s’engouffrent, pour ramener les propos du candidat, quand il exagère, à la mesure des gens mesurés car si l’exagération est un levier pédagogique, comme il dit, elle ne l’est pas pour celui qui ne veut pas comprendre.
Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud, 10 novembre 1799, François Bouchot, 1840 – D.R
On discute peu le fond, on réprouve la forme
En militant tacticien, au lieu de secouer ces citoyens paresseux et endormis, j’écoute les objections avec patience et diplomatie. Elles sont souvent consternantes. On n’oppose pas à Zemmour des arguments et des idées mais des sensibilités, des craintes, des pudeurs. Je croise assez peu d’opposants idéologiquement ou politiquement solides, mais des vierges effarouchées aux cœurs d’artichauts. On discute peu le fond, on réprouve la forme. On le trouve violent et brutal, on pense qu’il n’a pas la carrure pour le poste, on s’inquiète pour l’État de droit, on le voit dictateur, on n’aime pas ses manières. On le trouve grossier quand, à Marseille, il a un geste déplacé pour recadrer une opposante insultante. Mais une riposte immédiate et proportionnée n’est-elle pas la preuve qu’on a les attributs qu’il faut pour être autre chose qu’un figurant ou le dindon de la farce dans les rapports de forces des relations internationales ?
Si l’on étudiait le zemmourisme à travers les siècles, on découvrirait sûrement que nos glorieux aînés ont aussi inspiré les craintes et les méfiances de tous les trouillards, de tous les cœurs tendres, de toutes les chochottes et de toutes les « Nadine de Rothschild » de tous les temps. On a sûrement trouvé Charles Martel violent et brutal quand il s’est montré plus royaliste que le roi fainéant de son époque et qu’il s’est levé pour arrêter les Arabes. Quand Jeanne d’Arc a pris les armes, on a sans doute pensé qu’elle n’avait pas la carrure pour bouter les Anglais hors de France. On a tremblé pour l’État de droit quand Bonaparte a envahi la Chambre des députés ou quand de Gaulle a désobéi pour organiser la Résistance.
Quand l’heure est grave et commande un peu d’audace et de virilité, les plus timorés d’entre nous redoublent d’attentions délicates pour les formes et se planquent derrière le droit, les usages et les procédures qui protègent des aventures et des vraies ruptures. Sur le Bataclan comme sur Vichy, on ne lui pardonne pas de nous avoir rappelé que le rôle du chef de l’État est de s’inquiéter pour les Français en danger, pas pour son image de président ouvert sur le monde et généreux pour l’histoire. À l’homme d’État qui promet de prévenir et d’agir, de préserver et de réprimer, on semble préférer les présidents des cellules psychologiques, des marches blanches, des nounours éclairés à la bougie et des pleureuses. Pour les petits enfants gâtés du siècle, la raison d’État est une infamie et la moindre contrainte sur l’individu un abus de pouvoir. On est prêts à mettre des ministres en prison parce qu’une pandémie fait des morts et on hurle « liberté » contre un vaccin ou un pass sanitaire. On ne veut pas vivre en terre d’islam mais attention, touche pas au prénom de mon pote ou au voile de sa femme. Évidemment, à ceux qui craignent de froisser l’aile d’une mouche, et surtout de passer pour des ringards quand ils disent le mot France, le candidat fait peur.
Hier, on s’interrogeait sur l’opportunité d’accorder le droit de vote aux femmes. On se trompait. Aujourd’hui, ce ne sont pas les femmes qui compromettent le salut de la France, ce sont les femmelettes.
Benoît Rayski se réjouit du retour de François Hollande. Un homme, un vrai, lui!
François, je vais te dire tu car, comme l’écrivait le poète, je dis tu à tous ceux que j’aime. Tu nous manquais. Cinq années avec toi, ce n’était pas assez. Tu voulais être un « président normal » : tu fus un président extraordinaire.
Sous ton règne le lait et le miel coulaient à flots sur nos terres arides et desséchées. Tu étais notre capitaine, et sur ton pédalo tu bravais les vagues déchainées. Cinq années de bonheur absolu avant qu’un infâme imposteur qui t’avait trahi ne prenne ta place.
Nous souffrons sous son joug. Il nous piétine, il nous opprime, il nous martyrise. Et voilà qu’enfin, l’heure de la délivrance approche. C’est toi, François, qui nous l’a annoncé en personne.
Tu as dit : « Je ne vois pas pourquoi un ancien président ne ferait pas de politique. Pour l’instant je ne suis pas candidat ». Pour l’instant ? Et tu as ajouté : « je prendrai bientôt la parole ». Parle François, parle vite ! Déjà nous entendons une douce mélodie portée par la brise : « François revient, oui il revient ». Et ce chant dans nos cœurs murmure le bonheur. Oui François, ne nous fais pas languir.
Nous allons tous voter pour toi. Et pas seulement pour nous débarrasser de l’usurpateur qui cabotine à l’Élysée. Nous allons t’accorder nos suffrages, car nous aspirons avoir à la tête du pays un homme, un vrai. Ségolène, Valérie, Julie peuvent témoigner de ta vigueur. Un homme qui a autant de succès auprès des femmes ne peut être entièrement mauvais. Et c’est en scooter que tu franchiras les portes de l’Élysée.
Puisqu’il est question de femmes, nous sommes sûrs que tu vas balayer cette cruche d’Anne Hidalgo et cette gourde de Christiane Taubira. En homme de goût, tu n’as pas daigné leur accorder ton soutien. Oui François, merci pour ce moment.
Entretien avec l’essayiste Mathieu Slama, auteur de Adieu la liberté, essai sur la société disciplinaire (Presses de la Cité).
Gelés par la grande peur virale, nos esprits se figent. Prisonniers de la répétition automatique des gestes barrières, nos corps se robotisent. Masqués, les visages, autrefois sanctuaires inviolables de la personnalité, sont anonymisés, réduits à des yeux inquiets qui scrutent – certains appelant l’échange d’un regard, d’autres cachant l’âme d’un délateur.
Telle est la société “covidée” que décrit et rejette Mathieu Slama. Dans son dernier livre, Adieu Liberté, l’essayiste dresse non seulement un violent réquisitoire contre la politique sanitaire du gouvernement qu’il qualifie de disciplinaire, mais il dénonce aussi et surtout le consentement d’une large majorité de citoyens, qui a accepté ou plébiscité avec une docilité déconcertante des mesures de contrôle et de surveillance qui sont passées d’exceptionnelles à normatives. Hier, le peuple français était à l’avant garde de la liberté. Aujourd’hui, il est celui de la soumission volontaire à “l’idéologie du safe” et à un biopouvoir… Entretien.
Isabelle Marchandier. Des visages masqués devenus anonymes, des corps robotisés par la répétition de gestes barrières, une citoyenneté et une liberté conditionnées au statut vaccinal : a-t-on basculé dans une autre société ?
Mathieu Slama. Si les racines de ce désastre viennent de plus loin, il est incontestable que la crise sanitaire a précipité notre basculement vers un nouveau modèle de société. Une société où la liberté cesse d’être un principe supérieur à tous les autres, une société où la liberté nous est accordée par le pouvoir en fonction de notre comportement, une société où l’ordre est la condition de la liberté, où les devoirs précèdent les droits (de l’aveu même du Président de la République !), où la morale remplace le droit. Une société, également, où l’individu s’efface devant le collectif, et où, au fond, tous nos principes républicains se retrouvent à l’envers, inversés. J’ai en tête un échange avec un grand spécialiste de droit public, défenseur reconnu des libertés publiques, qui affirmait, en défense des mesures sanitaires, que le principe même de la République est de mettre le collectif avant l’individu. Qu’une telle méprise vienne d’un juriste aussi capé montre bien l’ampleur de notre désarroi…
“Mesures de freinage”, “distanciation”, “gestes barrières”, “protocole”… jusqu’à la dernière trouvaille langagière en date, signée Olivier Véran, “la concordance” entre la carte d’identité et le passe vaccinal… Quel rôle joue cette novlangue ?
Je suis convaincu que notre enfermement s’est d’abord joué sur le terrain de l’imaginaire et de la langue qui a, en quelque sorte, conditionné notre perception de la crise et donc notre acceptation des mesures prises. À partir du moment où la société toute entière reprend le lexique médical et scientifique, parle de « confinement » au lieu d’ « enfermement », euphémise les mesures les plus aberrantes en parlant de « mesures de freinage », alors nous sommes prêts à accepter l’inacceptable. Parler de « résilience », de « fragilité », de « vulnérabilité » etc. sous l’influence du pouvoir et de quelques intellectuels naïfs, revient à dépolitiser totalement la situation et à rendre les mesures les plus liberticides inéluctables. Et que dire du chantage à la « solidarité » et à la « responsabilité », mots martelés jour et nuit par le gouvernement pour culpabiliser les réfractaires (ce même gouvernement qui est responsable des mesures sociales les plus réactionnaires depuis des décennies…) ? Le langage a joué un rôle immense dans cette domestication des esprits et des corps, cela ne fait aucun doute.
Face au terrorisme, on disait (à raison, selon moi) qu’il ne fallait rien céder sur nos valeurs. Mais face au virus, on a cédé sur tout…
Votre essai est aussi un coup de gueule adressé à nous, les citoyens qui avons consenti et même plébiscité les mesures restrictives de nos libertés sous prétexte sanitaire. « Nous fûmes jadis les avant-gardistes de la liberté ; nous avons été, dans cette crise, les avant-gardistes de la servitude » écrivez-vous en digne héritier de La Boétie. Comment peut-on se renier à ce point ?
Je pense même qu’on peut aller plus loin : si le pouvoir a pris des mesures aussi liberticides et autoritaires, c’est parce qu’il y a eu une forte demande sociale pour ces mesures. Autrement dit : si les Français avaient été moins dociles, alors il ne fait aucun doute que le gouvernement aurait été plus prudent et moins autoritaire dans sa gestion de la crise. Rappelons qu’en janvier 2021, Emmanuel Macron prend la décision de ne pas reconfiner le pays en partie parce qu’il y a, dans l’opinion, un début de lassitude qui s’exprime. Nous sommes donc en partie responsables de ce qui nous est arrivé. On pourrait également évoquer la manière dont la délation s’est généralisée, la méfiance des uns vis-à-vis des autres, la manière dont le pays tout entier a fait des non-vaccinés les boucs émissaires de la crise… La pandémie a réveillé dans le pays des pulsions malsaines et grégaires.
Preuve en est avec l’apparition d’une nouvelle figure, celle du citoyen policier, chargé d’être vigilant non seulement vis-à-vis de lui-même, mais aussi et surtout vis-à-vis des autres. « Soyez tous vigilants » : cette injonction permanente du pouvoir a quelque chose de très dérangeant, et pousse chacun à être le flic de l’autre. D’ailleurs, le fonctionnement même du passe implique que des citoyens ordinaires endossent le rôle de policier, vérifiant les QR code d’autres citoyens avec potentiellement des contrôles d’identité. Ce monde-là est effrayant.
Vous écrivez qu’on a perdu le goût de la liberté et surtout le dégoût de la servitude. Peut-on dire qu’on a pris goût au contrôle ?
Le fait que nous ayons perdu tout goût pour la liberté est un fait incontestable, et cela ne date pas de la crise sanitaire. Ce que cette crise a révélé en revanche, c’est la profondeur de ce mal et les conséquences désastreuses qu’il peut avoir sur notre démocratie. S’installe en France, pays de la liberté, ce que j’appelle une idéologie du « safe », c’est-à-dire un nouveau paradigme dans lequel les valeurs politiques essentielles sont la sécurité et la protection, tandis que la liberté devient non seulement secondaire mais aussi suspecte, dangereuse. Depuis quand la vie biologique est devenue l’alpha et l’omega de toute politique ? Depuis quand a-t-on abandonné l’idée qu’il y a des principes avec lesquels on ne transige pas, qu’il y a des lignes rouges à ne pas franchir, que la fin ne justifie pas tous les moyens ? Face au terrorisme, on disait (à raison) qu’il ne fallait rien céder sur nos valeurs. Mais face au virus, on a cédé sur tout. Et quand le Premier ministre tient en conférence de presse des propos comme « Le couvre-feu est maintenu jusqu’à nouvel ordre », tous les démocrates de ce pays devraient exprimer leur colère et leur révolte… Cela n’a pas été le cas !
Face à cette société disciplinaire qui a donc accepté de sacrifier la liberté sur l’autel de la sécurité, vous opposez la liberté absolue. Une liberté conditionnée à des injonctions sanitaires « se vide de sa substance” affirmez-vous carrément. Mais n’est-ce pas confondre la licence – je fais ce que je veux – et la liberté au sens être responsable des conséquences de ses actes ?
Je pense qu’il n’y a pas de mal à être un peu libertaire et je pense même que c’est une nécessité dans le climat d’ordre et de discipline actuel. Je suis également très sceptique sur la formule « la liberté va avec la responsabilité » parce qu’elle revient souvent, dans la bouche de ceux qui la prononcent, à minimiser l’importance de la liberté et à justifier toutes les restrictions possibles et imaginables. La liberté n’a de bornes que la loi. Point. Un citoyen a des droits, ses seuls devoirs sont de respecter la loi. Et quand la loi empiète trop sur les libertés, alors il faut le dénoncer.
Certes, mais, de nouveau, que répondez-vous au discours rappelant cette vision collective de la liberté et qui serine à longueur de temps qu’une liberté individuelle qui nuit à la liberté des autres est irresponsable ? La liberté individuelle de ne pas se faire vacciner est-elle compatible avec un comportement citoyen et responsable ?
Dire que le collectif est supérieur à l’individu est la marque des régimes autoritaires, qu’ils soient communistes ou réactionnaires. J’ajoute que toute liberté s’effectue au détriment de quelqu’un (une parole peut blesser quelqu’un, une mauvaise conduite peut provoquer un accident, une fête peut provoquer un cluster etc.) : c’est ce désagrément lié à la liberté que notre société n’accepte plus. J’ajoute que la responsabilité, la vraie, consiste justement à faire confiance aux individus plutôt qu’à les contraindre et à normer les comportements !
Revenons tout simplement à ce qu’expliquait Rousseau dans le Contrat social : l’intérêt général doit se fonder sur un prérequis indispensable : l’adhésion rationnelle de chaque citoyen. Nous ne sommes pas des enfants, et nous sommes évidemment prêts à accepter des limitations de liberté quand elles sont proportionnées et rationnelles (port du casque, port de la ceinture etc.). Mais avec cette crise sanitaire, on parle de tout autre chose : il s’agit de faire du pays entier une prison (confinement), d’imposer un masque permanent dans la rue, d’exclure de la vie sociale toute personne refusant la vaccination, alors même que le climat est très tendu et la cohésion sociale très abimée. La vraie irresponsabilité est là.
Pour vous, la liberté absolue va-t-elle jusqu’à la désobéissance civile ? Ce serait l’anarchie !
Je ne pense pas que l’anarchie soit forcément une mauvaise chose en soi. Proudhon a d’ailleurs essayé de prouver qu’elle était consubstantielle à l’esprit de la République ! Je n’irai pas jusque-là, mais il y a un droit, pour chaque citoyen, d’adhérer et de consentir aux lois qui lui sont imposées, d’autant plus lorsqu’elles sont attentatoires à ses libertés fondamentales. Dans certaines situations, il faut savoir dire non. Mais j’insiste sur un point : dans une démocratie d’opinion comme la nôtre, nul besoin de désobéissance civile ! Un rejet massif d’une mesure dans l’opinion, des manifestations d’ampleur et d’autres actions indirectes peuvent suffire pour faire plier un gouvernement. Cela s’est vu à plusieurs reprises par le passé. Si une majorité de Français s’étaient levée contre le passe ; il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron l’aurait supprimé.
Hier, la guerre froide déclenchait des débats animés entre les intellectuels de gauche et de droite. C’était Sartre contre Aron. Aujourd’hui la « guerre sanitaire » a rendu presque mutiques les intellectuels à quelques rares exceptions. Le « sanitairement correct » a-t-il gagné tous les esprits?
Les rares intellectuels à avoir compris ce qui se jouait dans cette crise sont deux représentants de la gauche critique héritée de Michel Foucault, l’intellectuel italien Giorgio Agamben et la philosophe Barbara Stiegler. Ce n’est pas un hasard. Les intellectuels marxistes se sont plantés, notamment parce que la politique sanitaire a été en partie communiste au sens où elle a instauré un ordre collectif au nom de la solidarité et de l’altruisme. D’où les errements de penseurs aussi importants que Badiou, Rancière, Zizek, Chomsky… Quant aux intellectuels de droite, eux, ils n’ont vu aucun problème à ce que l’état d’exception s’installe et que l’ordre et l’autorité s’imposent, puisque cela fait partie de leur logiciel ! D’autres intellectuels ont participé à la dépolitisation de la crise, évoquant pêle-mêle « Gaia qui respire », « Un autre monde est possible », « La respiration nécessaire ». Bref, toutes ces pensées naïves et creuses sont passées totalement à côté de l’immense problème que nous avions en face de nous.
Vous faites le parallèle entre le wokisme et le sanitarisme, entre les éveillés woke constamment offensés par la société jugée “systémiquement” discriminante et les « enfermistes » qui préfèrent vivre dans un bunker stérilisé. Les deux, dites-vous, sont animés par la même idéologie, l’idéologie du « safe ». Comment la définissez-vous ?
Je vais vous surprendre, je pense que le mouvement woke pose certains constats très lucides sur la société française, sur la prévalence des discriminations et sur leur caractère systémique. Ce que je critique en revanche, c’est la réponse que ce mouvement apporte à ces problèmes majeurs. Une partie de la gauche, imitant sans s’en rendre compte les réflexes de la droite, est prise d’une frénésie autoritaire, punitive et je dirais même sécuritaire. Que fait le mouvement woke et ses avatars ? Il réclame des peines plus lourdes, une justice plus sévère, la fin de la présomption d’innocence et de la prescription, la censure, la fin de la libre parole et de la libre pensée etc. Il y a 40 ans, la gauche militait pour la liberté des mœurs, la fin des prisons et le démantèlement de la justice. C’est tout un esprit libertaire de gauche qui est en train de disparaître au profit d’un marxisme autoritaire mélangé à un puritanisme venu d’Amérique totalement étranger à notre culture républicaine.
Et au fond, le mouvement woke comme l’hygiénisme tel qu’il s’est exprimé dans cette crise illustrent tout deux un même esprit du temps que je définis par l’idéologie du « safe ». On assiste en effet à l’avènement d’une société dans laquelle le nouveau paradigme dominant est la protection et la sécurité au détriment de la liberté. La droite ultra-sécuritaire et autoritaire participe de cette même idéologie, et c’est là où je pense que le vrai clivage aujourd’hui se situe entre partisans de l’ordre et partisans de la liberté. Et il dépasse largement le seul clivage droite-gauche.
Ne craignez-vous pas que ce parti de la Liberté soit une coquille vide étant donné le consentement de la grande majorité des Français ?
Oui, c’est une hypothèse très fragile. Je remarque que cette crise a dévoilé un clivage générationnel. Tous les sondages ont montré que globalement la jeunesse a été plus critique vis-à-vis des mesures sanitaires que leurs aînés qui ont plébiscité la société d’ordre et de discipline qui s’est installée. Pour beaucoup de jeunes, il y aura un avant et un après crise, au sens où ils ont vu ce que signifiait très concrètement un État autoritaire, comment il pouvait nous enfermer chez nous, nous empêcher de faire la fête, de voir nos proches etc. Ces jeunes l’ont vécu dans leur chair. Alors, peut-être que chez certains aura lieu une épiphanie et la révélation qu’une société de liberté est préférable à une société d’ordre. En réalité, c’est plus un souhait qu’un constat : mais pour moi, à titre personnel, le vrai combat est là.
Adieu la liberté, c’est le titre funeste de votre essai. Pourtant, cet adieu ne semble pas définitif : des parlementaires du RN et de LFI ont voté contre la loi sur le passe vaccinal, et n’oublions pas tous ceux que la presse désigne comme des antivax qui sont en majorité des anti-passes et crient ce mot de “liberté” qui vous tient à cœur dans leurs manifestations. Diriez vous que la liberté a changé de camp ?
Il se passe en effet une chose étrange, paradoxale, où les modérés et les libéraux défendent l’autoritarisme et les extrêmes défendent les libertés ! Je suis très critique sur cette extrême droite qui a selon moi exploité la crise de manière très opportuniste et a vu dans la défense des libertés un filon électoral. D’ailleurs, la plupart de ceux qui se font les résistants à l’ordre sanitaire aujourd’hui défendaient un confinement dur et autoritaire au début de la pandémie, ce qui est une réaction impossible quand on est réellement attaché aux libertés. L’extrême droite défend un État autoritaire et la sortie de l’État de droit : deux positions incompatibles, selon moi, avec la défense des libertés fondamentales.
Concernant le parti de Jean-Luc Mélenchon, il a mis du temps à prendre position contre la politique sanitaire mais leur opposition à l’instauration du passe vaccinal a été exemplaire – et courageuse parce qu’ils n’avaient rien à gagner en faisant cela. J’y vois pour ma part l’influence de François Ruffin, qui est très proche de la philosophe Barbara Stiegler.
Quant aux libéraux, il y aurait mille choses à dire sur la manière dont beaucoup d’entre eux ont trahi leurs idéaux, mais au fond cette crise a révélé qu’ils étaient bien plus préoccupés par la liberté d’entreprendre que par nos droits fondamentaux.
Que répondez-vous à Emmanuel Macron qui veut “emmerder” les non-vaccinés et entend les traiter en citoyens de seconde zone ?
Que sa plus grande faute est d’encourager et de remuer les passions les plus tristes et les plus malsaines de notre société en vertu d’un médiocre calcul électoraliste. Qu’en encourageant la majorité à persécuter la minorité, il trahit non seulement sa fonction – mais tout notre héritage républicain dont il est pourtant le dépositaire.
Poupées pour enfants sans visage à Roubaix, écoles hors contrat à Marseille et ailleurs, restaurants non mixtes, fac de Bobigny: M6 a présenté hier un état des lieux alarmant de l’islamisation de la France. Eric Zemmour affirme ainsi qu’avec la ville de Roubaix, l’Afghanistan est désormais à 2 heures de Paris: « les us et coutumes de l’Afghanistan totalitaire prennent racine chez nous, sous le regard bienveillant des pouvoirs publics ». Élisabeth Lévy a également regardé cette émission consacrée à l’islamisation et à la lutte que l’État mène contre lui. Analyse.
M6 diffusait hier un document effrayant sur le séparatisme concret, dans « Zone interdite ».
Tous les gauchistes qui nient le réel en permanence devraient absolument le voir. La diffusion a déclenché un déluge numérique avec plus de 22 000 tweets évoquant le sujet à 23 heures.
À Roubaix, certains magasins de jouets vendent des poupées sans visage afin de respecter une version ultra-radicale de l’Islam qui interdit la représentation des êtres humains.
« Face au danger de l’Islam radical, les réponses de l’État » 📺 Demain à 21h10 sur M6 pic.twitter.com/3sHf2S95sR
Islamisation de la France : finissons-en une bonne fois pour toutes avec la naïveté, le déni de réalité et la censure. Nous avons notre pays à reconquérir !
Pas un phénomène nouveau, mais des images rares à la télévision
Dans un quartier de Roubaix, les jilbebs – de longues robes un peu informes – sont l’uniforme féminin et les librairies sont exclusivement islamiques. On y vend un guide conjugal expliquant que la bonne musulmane ne doit pas énerver son mari. Sinon quoi ? On ne le sait pas. Plus loin, un restaurant propose carrément des box fermés (!) pour que les femmes – qui sont « toutes voilées dans le quartier » selon le patron – puissent dîner sans voile et sans regards masculins.
Mais au-delà de ces premières images, le plus inquiétant est la conquête des jeunes esprits par des moyens qui, d’ailleurs, sont souvent légaux. Un activiste le dit clairement dans le reportage : « Notre priorité, c’est l’éducation ». Toujours à Roubaix, une association de prétendu soutien scolaire endoctrinait ainsi la jeunesse avec la bienveillance de la mairie [1]. Dans certaines écoles, toujours à Roubaix ou bien à Marseille, les gosses sont soumis à une stricte non-mixité, parce qu’il faut leur inculquer « nos valeurs » pour l’avenir.
La vision la plus terrible, du moins celle qui a fait le plus parler, c’est cette séquence des poupées, peluches et images pour enfants sans visage. L’interdiction de reproduire la création divine est invoquée… C’est peut-être le symbole le plus fort de ce séparatisme, car le visage, pour nous, pour notre civilisation, c’est la rencontre avec l’altérité, la première chose que l’on voit chez l’autre.
Encore un exemple ? À l’université de Bobigny, une jeune fille montre un endroit secret où prier tranquillement – alors que c’est interdit. Et enfin une étudiante en droit refuse d’enlever son voile malgré son désir ardent d’être avocate. Elle envisage de partir dans un pays plus ouvert, dit-elle. Désolé, mais ce n’est pas sûr qu’elle manquera à la France.
Alors, ce constat terrible et ces phénomènes inquiétants présentés dans « Zone Interdite » sont-ils minoritaires ?
C’est ce qu’affirme d’emblée le commentaire: il y aurait seulement 90 000 fondamentalistes en France.
Certes, mais dans certains endroits perdus de la République, c’est 100%. Et il faut ensuite se demander quels adultes deviendront tous ces enfants élevés dans un ghetto mental volontaire ? Enfin, comme souvent, on voit que la frontière entre islam et islamisme est moins étanche qu’on ne le voudrait. Beaucoup de jeunes musulmans que l’on qualifierait volontiers de modérés sont séduits par la chaleur communautaire, et plus encore, par le discours victimaire sans cesse ressassé : « L’État nous traque… Les Français ne nous aiment pas… ils sont contre l’islam… ». Même sans être observants religieusement, ces jeunes se séparent mentalement de reste la société.
La journaliste de M6 interroge enfin le directeur d’un établissement hors contrat (qui abrite en plus une école totalement clandestine) sur la séparation des sexes. « Ce n’est pas la règle de vie en France, on n’est pas séparés » lui fait-elle remarquer. La réponse est cinglante : « Ce n’est pas la règle actuelle ».
Pendant que nous tergiversons empêtrés dans notre souci du droit, notre volonté d’être « bienveillants » et notre peur d’être racistes, les islamistes, eux, savent ce qu’ils veulent.
Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio.
Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy chaque matin à 8h10 dans la matinale.
[1] Le reportage nous apprenait qu’elle est depuis fermée et le maire poursuivi.
Thomas Kruithof nous plonge dans les rouages du monde politique…
On sait bien que le cinéma français n’est pas forcément très doué pour le film politique. Seul ou presque, Nicolas Pariser avec Le Grand Jeu, puis Alice et le Maire semble à l’aise dans ce genre. Mais avec Les Promesses, Thomas Kruithof apporte une contribution réussie à ce fragile édifice. Maire d’une ville du 93, Clémence (Isabelle Huppert) livre avec Yazid (Reda Kateb), son directeur de cabinet, une bataille acharnée pour sauver le quartier des Bernardins, une cité jadis radieuse mais désormais minée par l’insalubrité et les marchands de sommeil. Ce devrait être son dernier combat, avant de passer la main à la prochaine élection. Mais quand elle est approchée pour devenir ministre, rien ne va plus : que choisir entre ses promesses et ses ambitions locales d’un côté et la perspective d’une carrière nationale ? Avec un tel point de départ, on pouvait s’attendre à tout, y compris au pire de la caricature et du cliché. Or, comme en son temps Claude Chabrol avec l’excellent L’Ivresse du pouvoir, Kruithof a la bonne idée de vouloir éclairer les zones d’ombre sans verser dans la facilité du film à thèse. Les personnages incarnent l’art délicat de la complexité. L’élue locale oscille ainsi entre arrivisme débridé, clientélisme assumé et noble ambition de défendre la veuve et l’orphelin. Comme dans la vraie vie, la réalité est ici très grise. De même, le directeur de cabinet n’est ni tout blanc ni tout noir. Son désir de bien faire et d’œuvrer pour le bien public l’entraîne dans le mensonge et la dissimulation, avec pour tout viatique la conviction que la fin justifie les moyens. Documenté, vraisemblable et réaliste, le film s’apparente alors à une sorte de thriller municipal très efficace : ici, pas de flics et de voyous, mais un vrai suspense autour de magouilles politiques, d’affaires immobilières plus ou moins véreuses et d’une misère sociale omniprésente. Cette approche rend l’histoire et les enjeux plus directement accessibles. Et Kruithof refuse heureusement de jouer la carte du clin d’œil permanent. Il ne s’agit pas de brosser le portrait d’une « femme puissante » comme l’air du temps le lui suggère si fortement… À aucun moment le personnage de Constance n’est idéalisé et le film nous épargne le scénario de la femme politique vertueuse qui se bat seule dans un monde de mecs abominables. On regrette seulement que la représentation du pouvoir national laisse plus de place aux clichés, en opposant un peu facilement l’échelon ministériel composé d’arrivistes sans vergogne à un pouvoir local se démenant contre la fracture sociale. Mais, c’est un défaut mineur tant le film, en progressant, multiplie les points de vue et gagne en profondeur. Tour de force, il y parvient à travers des scènes qui, sur le papier, pourraient s’avérer soporifiques : d’assemblées générales de copropriétaires en colère à des réunions de chantier en passant par des déjeuners d’organisation stratégique, on plonge au cœur d’une réalité qui n’a rien de spectaculaire. Or, l’accumulation de ces moments fait le prix et le poids du film. La politique est d’abord envisagée comme un exercice quotidien dont il convient de montrer sans détour les aspects les plus « triviaux ».
Et puis, pourquoi ne pas le dire, Isabelle Huppert emporte définitivement le morceau en incarnant à la perfection cette femme politique. Elle est absolument crédible tout en demeurant cette actrice énigmatique qui se tient à distance de ses rôles. Avec elle, il n’est jamais question de se diluer dans son personnage. Avec Huppert, chaque film devient un détail dans un portrait d’ensemble, un petit pan dans une carrière parfaitement maîtrisée, faisant écho le cas échéant à d’autres rôles, comme c’est ici le cas avec le film de Chabrol déjà mentionné. Les Promesses, c’est aussi et peut-être d’abord un nouveau film sur un sujet d’étude nommé Isabelle Huppert.
Romane, Franck, Vincent, Emmanuelle et Clémence Houdiakova D.R.
Vous pensiez peut-être que l’on ne trouvait que de vieilles personnes très très à droite derrière les micros de Radio Courtoisie? Causeur est allé à la rencontre de l’équipe de «Ligne Droite», la nouvelle matinale de la station.
6h42 : J’arrive à temps pour le traditionnel café, ravitaillement d’énergie incontournable pour les acteurs de la nouvelle matinale de Radio Courtoisie lancée en août 2021. Oural me réserve un accueil chaleureux. Plus qu’un chien, Oural est la mascotte de l’équipe ! J’ai à peine le temps de boire mon café que je fais connaissance avec Vincent, le responsable des réseaux sociaux de l’émission. Il est déjà dans les starting-blocks. Du haut de ses 22 ans et fort d’une licence en Information / Communication, Vincent s’est accoutumé à ce métier de journaliste qui l’attirait depuis longtemps, et qu’il exerce depuis seulement cinq mois. Il ne peut le nier, le rythme est soutenu ! « Pour tenir, la sieste est obligatoire » me confie-t-il. Les soirées étudiantes du jeudi soir, c’est fini… « Vivre en décalé, c’est compliqué. À vrai dire, il n’y a plus de jeudi soir ». Comme Vincent, Emmanuelle et Romane (ses acolytes) ne peuvent plus trop compter sur cette période que l’on appelle la nuit pour récupérer un peu de sommeil. Emmanuelle est exceptionnellement absente le matin où je suis en immersion, mais Romane partage l’avis de son collègue : « T’as vu mes cernes ? » rigole-t-elle.
6h58 : Vite, dans le studio ! C’est là que se concrétise le renouveau souhaité par Radio Courtoisie, avec l’émission « Ligne droite » présentée par Clémence Houdiakova, ex Sud-Radio. Les derniers détails se peaufinent après une courte répétition générale.
7h00 : C’est parti ! Arnaud, un des réalisateurs de l’émission, lance le jingle avant de faire l’habituel signe à Clémence qui ouvre l’antenne. Au sommaire ce matin: bulletin d’actualités, cryothérapie (ou comment retrouver l’odorat après le Covid), liberté d’expression et mise à l’écart de Stéphane Ravier sur LCI. Si les sujets ne manquent pas et sont variés, l’émission le doit en partie à Romane. À seulement 21 ans, riche d’un apprentissage à la Catho de Lille, Romane s’est vue recevoir de lourdes responsabilités dès son arrivée en août : « Je suis programmatrice, je soumets les idées de sujets et des idées d’invités avec toutes les démarches qui les accompagnent. » Mais si ce travail de l’ombre est intrinsèque à son job, Romane a aussi son quart d’heure de gloire, du moins ses cinq minutes à elle. « Ma deuxième mission consiste à faire quelques chroniques, tous les vendredis et mardis ». Une touche à tout !
7h02 : Justement, Romane intervient au micro ce matin. C’est à la jeune stagiaire de réaliser le premier bulletin d’actualités, en raison de l’absence ponctuelle d’Emmanuelle. De l’allocution d’Emmanuel Macron au décès de l’acteur Gaspard Ulliel, en passant par la contamination de hamsters par le Covid, Romane traite habilement toutes les actualités du jour. Si bien qu’elle reçoit les félicitations du jury, que dis-je : de la régie !
7h10 : C’est l’heure de « La Libre information », où il est donc aujourd’hui question de cryothérapie, un remède pour retrouver l’odorat après le Covid. Pendant que Clémence questionne l’invité spécialisé sur le sujet, Arnaud, Romane et Vincent gèrent les appels téléphoniques. Aïe… Un problème, on leur signale qu’on ne capte pas bien la fréquence 95,6 FM sur Paris…
Ligne Droite, la matinale de Radio Courtoisie (7h-9h)
7h30 : Place à une nouvelle rubrique, « L’éclairage du jour ». L’animatrice me confie juste après qu’elle n’a pas toujours été à l’aise au micro : « J’ai longtemps été intimidée et puis un jour, j’ai eu le déclic » me glisse-t-elle. Sa présence à Radio Courtoisie depuis l’été dernier est à la fois le fruit d’une réflexion personnelle et le projet du nouveau directeur de la station : « J’avais envie de continuer de progresser mais il me fallait faire mes preuves, ce qui était très compliqué à Sud-Radio en dehors des vacances. Le projet de Pierre-Alexandre Bouclay m’intéressait, et la création d’un nouveau média est passionnante car on a beaucoup de possibilités. Avec une bonne équipe on peut faire des miracles.»
7h45 : La matinale bat son plein, c’est l’heure de la « Table Ronde », un format qui regroupe des invités très variés pour évoquer un sujet commun. Via Zoom, le sénateur Stéphane Ravier, le sociologue Stéphane Edouard et l’essayiste Anne-Sophie Chazaud se réunissent pour débattre autour de la liberté d’expression. « Nous sommes un média de réinformation, où l’on peut entendre d’autres versions » affirme Clémence Houdiakova. La réinformation, terme un peu connoté, stigmatise aussi l’approche non exhaustive des médias traditionnels, mainstream… Mais Houdiakova assume : « je ne me refuse aucune thématique, des thèmes de gauche comme de droite ! » Romane est sur la même ligne : « beaucoup de sujets de droite conservatrice restent abordés, parce que nous sommes obligés de répondre aux intérêts des auditeurs », mais « le débat est le cœur du projet et nous essayons de prendre des invités aux points de vue divergents ». A ma grande surprise, les points de vue sont en effet variés au sein même de la petite équipe, une chance pour la radio fondée en 1987 qui peut s’appuyer sur cette diversité revigorante.
8h07 : Pendant que la seconde partie de la « Table Ronde » se poursuit, Vincent est sur le qui-vive. Pour les moins matinaux, le jeune homme reprend les propos les plus forts des invités du jour pour les relayer sur les réseaux sociaux, son domaine de prédilection. Arnaud, réalisateur de l’émission et ancien de la maison, est le mieux placé pour témoigner de l’évolution opérée dans sa radio, il est même bluffé : « en réalité, je suis épaté du professionnalisme et de l’investissement de ces jeunes. La radio avait vieilli avec son auditorat des dernières années, et il était nécessaire d’élargir notre audimat ». Le technicien baigne dans ce rythme intense depuis longtemps : « sur les 23 dernières années, j’ai 2 ans de nuits normales et 21 années en tant que matinalier, j’ai l’habitude… » sourit-il.
8h26 : Le fondateur de Putsch Media, Nicolas Vidal, évoque la mise à distance du sénateur Stéphane Ravier sur le plateau de l’émission « Ruth Elkrief 2022 » de LCI en raison de son schéma vaccinal incomplet.
Radio Courtoisie côté régie
8h54 : Vincent a lui aussi droit à sa minute de gloire. Sa chronique « C’est qui le patron ? » permet de faire le tour des invités politiques sur les autres médias, non sans raillerie. Clémence me dit : « ma mission sera accomplie quand les gens se battront pour venir à Radio Courtoisie. On n’en est pas loin, mais on se bat encore pour montrer que l’on a changé. Le rappeur Booba qui nous retweete, c’était encore inimaginable il y a quelques mois. »
9h00 : L’émission se termine. La fin de la journée de travail qui se profile ? Non car il faudra s’y remettre dans la soirée pour préparer la matinale du lendemain. Avant de partir, caustique, Vincent me fait remarquer qu’« à trois, on est plus jeunes que le reste des présentateurs radio… » Le trépidant projet qu’est « Ligne Droite » insuffle un vent de renouveau à la station, laquelle avait pu connaître un certain… essoufflement. Chez tous ces jeunes défenseurs de la liberté d’expression que j’ai croisés ce matin-là, un mot revient sans cesse à la bouche : l’« aventure ». Alors que je quitte les locaux du XVIe, en saluant Oural, Clémence me dit : « On dormira plus tard, avec quelques cheveux blancs et des kilos en plus ! »
Le militant politique Samuel Grzybowski / Capture d'écran France TV
Le programme détaillé élaboré par les instigateurs de cette primaire, qui se tiendra fin janvier, regorge de mesures clivantes, quand elles ne sont pas inapplicables ou très dangereuses…
Ils sont désormais 467 000 inscrits à la primaire populaire, qui se déroulera du 27 au 30 janvier, mais combien ont vraiment lu son programme ? Probablement très peu, car il n’est plus public. Ce document de 35 pages avait été mis en ligne sur le site primairepopulaire.fr début novembre 2021, sans attirer l’attention. Lorsque la presse a commencé à s’y intéresser, fin décembre, les animateurs de la primaire populaire l’ont retiré précipitamment, en faisant valoir que c’était un simple document de travail. Cette hâte se comprend, lorsqu’on prend connaissance du document en question. Loin d’être un « socle commun » de nature à fédérer les partis de gauche, comme le prétendent les animateurs de la primaire, c’est un catalogue de mesures clivantes, voire extrêmes, inspirées par des groupuscules associatifs : une véritable machine à finir à 2% d’intention de vote !
Cyril Dion très actif en coulisses
L’interdiction de l’élevage intensif, par exemple, figure au programme. Sachant qu’il représente 85% au bas mot de l’élevage français et que notre pays n’a pas la place nécessaire pour pratiquer l’élevage extensif (sauf dans quelques régions de montagne), la primaire populaire propose en réalité une mesure cataclysmique, équivalent à la disparition de filières entières (porcs, œuf, canard, etc.). La catastrophe impacterait en premier lieu des régions de l’ouest de la France qui votent plutôt à gauche, soit-dit en passant. On retrouve ici une marotte des défenseurs du bien-être animal, version dure. En complément, la primaire populaire parle de réhabiliter « l’agriculture paysanne », c’est-à-dire à basse technologie et à bas rendement. C’est une des obsessions du cinéaste Cyril Dion, fort actif en coulisses dans la primaire.
Il serait question aussi de « retirer les brigades d’interventions des quartiers populaires », thème cher au comité Adama Traoré. En clair, plus de descente de police musclée dans les cités. Les élus de gauche, qui ne sont pas tous des ravis de la crèche en matière de sécurité, apprécieront. Les quartiers de Pontanezen à Brest ou de Perseigne à Alençon, sans parler des cités nord de Marseille, accéderont définitivement au statut de zones de non-droit, avec sanctuarisation des points de deal.
Une gauche irrationnelle, anti-jeunes et anti-voitures
À supposer qu’elle soit partie de 25% de suffrages, par la magie de ces deux seules mesures, la gauche devrait descendre à 15%. Elle perdra probablement encore quelques points chez les rationalistes, avec le remboursement des médecines alternatives par l’assurance-maladie, ainsi que chez les jeunes, en leur imposant des journées « environnement et citoyenneté » obligatoires pour tous les plus de 18 ans. Sans parler des automobilistes, ciblés par l’interdiction des SUV en 2025. Par contraste, la sortie du nucléaire est abordée avec prudence. Elle interviendrait seulement en 2050.
Venons-en maintenant au coup fatal, « garantir la retraite par répartition en assurant son financement par une augmentation progressive des cotisations », avec retour à la retraite à 60 ans. Impact, une baisse minimum de 150 euros du salaire net pour tous les salariés, car les cotisations vont flamber. Voilà la gauche en dessous de 5%. Le référendum sur l’écriture inclusive, la taxe sur les robots, la taxe sur le stockage de données, la réquisition des logements vacants, l’interdiction de la corrida et l’interdiction de la pêche au chalut (pratiquée par 40% des navires français sur la façade atlantique) la feront reculer encore quelques points.
Samuel Grzybowski et Mathilde Imer, le couple infernal
Les concepteurs principaux de cette machine à perdre sont deux trentenaires, Samuel Grzybowski, entrepreneur et conseil en relation sociales, et Mathilde Imer, militante écologiste. Samuel Grzybowski est sur la sellette depuis la révélation d’une vidéo par le Canard enchainé du 19 janvier. Le porte-parole de la primaire y détaillait sa stratégie : « notre but, avec le pôle politique, c’est d’essayer d’empêcher que les membres du bloc des justices – Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot – puissent avoir les 500 signatures », s’ils refusent la primaire populaire. « Si on les critique de plus en plus sur les réseaux sociaux, sur Twitter, dans les médias, on peut faire baisser leur cote de popularité », ajoute-t-il. Réalise-t-il à quel point le programme qu’il a concocté en petit comité est lui-même de nature à plomber la popularité du camp qu’il prétend défendre ?
L’historien Eric Anceau publie Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent. Un précieux essai permettant de mettre en perspective un concept qui déchaîne les passions politiques…
En ce début d’année 2022, Eric Anceau publie Laïcité, un principe. De l’Antiquité au temps présent, chez Passés composés. En 383 pages, il chausse la longue vue de l’historien pour observer les va-et-vient de cette notion polémique. Encore une pierre de plus dans la copieuse littérature que la laïcité a engendré, dira-t-on (l’auteur a dénombré 1700 titres sur le sujet à la BNF) ; mais justement, Eric Anceau déplore un manque d’approche historique sur le long cours. C’est donc à cette histoire de la laïcité que l’auteur s’est essayé, qui peut être lue aussi comme une histoire de la rivalité entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel en France et un peu ailleurs.
Depuis l’affaire du foulard de Creil de 1989, la laïcité est quasiment au cœur d’une controverse par jour et le flou relatif autour de sa définition (il suffit de se rendre dans la proche Belgique pour qu’il revêt déjà un sens tout autre) permet bien des interprétations, des plus ouvertes au plus fermées, de Jean-Louis Bianco à Henri Peña-Ruiz. Dans l’acception française, elle ne se résume pas seulement à la séparation entre l’Etat et l’Eglise, mais sous-entend aussi une certaine discrétion du religieux dans l’espace public, sous-entendu mis à mal par l’apparition des tchadors, niqabs et burqas.La controverse française est suivie de près à l’étranger ; non seulement dans le monde musulman (plus inquiet du sort des musulmans de France que de celui des Ouïghours, semble-t-il) mais aussi par le New York Times, qui regardait déjà en 1905 et regarde toujours notre laïcité comme une bizarrerie française au même titre que le camembert au lait cru (« French laïcité », écrit-on, avec le tréma et l’accent aigu, comme pour mieux signaler l’exotisme de la notion).
Si la laïcité a été mise en place par le parti anticlérical, celle-ci a en soi un vieux fond chrétien
Des prémices décelées jusque dans… l’Antiquité
Le parti pris audacieux d’Eric Anceau est de faire débuter son histoire de la laïcité dès l’Antiquité (au risque d’être accusé de téléologie, erreur fatale pour un historien qui consisterait à expliquer que le conflit entre Philippe le Bel et le pape, au Moyen Âge, avait un but, celui de permettre la loi de 1905). Les auteurs qui se hasardent à cette histoire de la laïcité s’interdisent en général de regarder avant 1789. Spécialiste du Second Empire, Eric Anceau ne manque pas l’étape contemporaine, depuis la Révolution jusqu’aux manifestations de 1984 en faveur de l’école libre (peut-être l’ultime épisode de cette quasi-guerre civile entre cléricaux et anticléricaux longue de deux siècles) mais il repère bien avant des prémices.
Durant l’Antiquité, ce n’est pas à Rome que l’on trouvera ces prémices (les Empereurs étaient divinisés après leur mort et l’on parlait du divin Claude comme on parle aujourd’hui de la présidence jupitérienne d’Emmanuel Macron), mais plutôt en Judée. Déjà, dans le judaïsme, le Dieu unique tolère mal la concurrence du politique, et le roi d’Israël n’est qu’un être faillible parmi d’autres. Avec le christianisme, la chose se renforce avec deux sentences bien connues : celle de Jésus (« Rendez à César ce qui est appartient César et à Dieu ce qui appartient à Dieu ») et celle de Saint Paul (« Il n’est pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu ») ; on aurait pu ajouter cette autre phrase de Jésus : « mon royaume n’est pas de ce monde », qui marque un certain détachement christique vis-à-vis de la chose politique. Paradoxalement, si la laïcité a été mise en place par le parti anticlérical, celle-ci a en soi un vieux fond chrétien.
Pouvoirs concurrents
Vient ensuite le Moyen Âge. On s’imagine une sainte alliance du trône et de l’autel, princes et clercs marchant main dans la main. Que nenni. La concurrence est vive entre les papes, les empereurs et les rois, qui se répondent à coup de bulles pontificales, procès en hérésie et excommunications. Quand Philippe le Bel répond au pape Boniface VIII : « Philippe, par la grâce de Dieu roi de France, à Boniface, soi-disant pape, peu ou point de salut. Que ta très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le temporel… », il y a déjà tous les ingrédients d’un certain gaullisme punk. Deux épisodes truculents valent le détour : à Canossa, en 1077, l’Empereur germanique Henri IV doit faire pénitence, pieds nus dans la neige, pendant trois jours et très nuits, avant de s’agenouiller devant le pape Grégoire VII ; à Agnani, en 1303, Philippe le Bel envoie Guillaume de Nogaret s’emparer du pape. Ce dernier s’échappe, mais aurait quand même reçu une gifle au passage ; en tout cas bien secoué, il décède un mois plus tard. On pourrait ne voir ici que des chamailleries entre des pouvoirs concurrents, mais une vraie question est quand même sous-jacente : qui, entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, doit dominer l’autre ? D’un côté, le pape cherche à se poser comme le chef de l’Occident chrétien, mais en même temps, le pouvoir temporel s’affirme. Thomas d’Aquin déclare ainsi : « Dans les matières qui concernent le bien civil, il vaut mieux obéir à la puissance séculière plutôt qu’à l’autorité spirituelle ». Déclaration choc qui ne lui a pas empêché de décrocher une auréole.
Suivent les temps modernes et les guerres de religion, au XVIème siècle. La France est alors tiraillée par les fanatiques des deux bords, catholiques et protestants, pendant huit guerres civiles épouvantables. Durant cette période, de beaux esprits éclairés (Jean Bodin, Michel de L’Hospital, Montaigne) imaginent une cité dépassionnée par les divergences religieuses. Leur position, loin d’être majoritaire pendant le conflit, finit par inspirer l’édit de Nantes. Tandis que l’Espagne, fraichement unifiée, consolide son autorité (avec son bras armé, l’Inquisition) en expulsant juifs et musulmans tout en gardant un œil sur les convertis, la France renforce la sienne en exaltant davantage ce qui réunit les individus plutôt que ce qui les divise. Comme le New York Times et Erdogan vis-à-vis de la laïcité à la française d’aujourd’hui, la protestante Genève et la catholique Madrid ont du mal à voir où veut en venir Henri IV avec son édit de Nantes, incongru texte posant les premiers jalons d’une liberté de conscience et d’une concorde civile au-dessus des divergences religieuses. Charles Péguy faisait dire à Dieu : « C’est embêtant, quand il n’y aura plus ces Français. Il y a des choses que je fais, il n’y aura plus personne pour les comprendre ». Inversement, il y a des choses que les Français font, il n’y a que Dieu pour les comprendre.
Une influence française qui s’amenuise ?
Cependant, la Terre entière n’est pas hermétique à la conception française de la laïcité. Certes, le monde anglo-saxon est traditionnellement plus inquiet des excès de l’Etat que des excès des Eglises et sectes. Certes, l’Allemagne collecte un impôt pour les Eglises, et il doit arriver les mêmes malheurs à l’Allemand qui se déclare athée mais se rend discrètement à la messe qu’au Français contournant la redevance mais regardant discrètement « Plus belle la vie ».
Mais le modèle français a gardé une influence, ne serait-ce que dans ses anciennes colonies africaines (y compris musulmanes) et en Amérique latine. S’il ne reste plus grand-chose du kemalisme dans la Turquie actuelle, Eric Anceau ne condamne pas complètement l’islam à une éternelle confusion entre politique et religieux et souligne les petits progrès récents dans le monde musulman, notamment grâce aux femmes, qui comprennent assez mal que les « musulmanes occidentales s’imposent des contraintes dont elles cherchent elles-mêmes à s’émanciper ».
En définitive, la laïcité à la française peut être un vecteur d’influence de la France dans le monde auprès de sociétés lassées du tout religieux, pourvu que nos dirigeants ne la dénigrent pas publiquement, comme le président Macron dénonçant, fin 2017, devant des représentants religieux, la « radicalisation de la laïcité ».
Disparu il y a un an, Jean-Pierre Bacri a laissé un grand vide.
Dans le monde artistique et culturel, tant de voix inutiles et de propos convenus mais comme la parole singulière de Jean-Pierre Bacri fait défaut ! On a pu le revoir et l’entendre récemment dans un film-portrait de Stéphane Benhamou et Erwan Le Gac sur France 3, « Bacri, comme un air de famille », avec un commentaire discret dit par un très grand acteur d’aujourd’hui, Gilles Lellouche. Bacri tel qu’on l’a toujours aimé, lui dont la disparition – son infinie pudeur n’informant ses amis, dont un Sam Karman très ému dans le film, de sa disparition inéluctable qu’au lendemain de Noël, il mourra le 18 janvier – a laissé un vide immense que la frénésie politique, médiatique et péremptoire de ces dernières années nous a rendu encore plus amer, plus insupportable.
Une personnalité intelligente, libre jusqu’à susciter l’incompréhension, détestant les étiquettes et la globalisation paresseuse, seulement soucieuse d’exprimer sa vérité quoi qu’il en coûte, fuyant les globalités, les étiquettes et les conformismes comme la peste, jamais mouton de Panurge, haïssant les injustices, ne signant pas mécaniquement toutes les pétitions de gauche, si lucide sur son passé de – selon lui- « petit con cannois », s’étant découvert lui-même grâce au théâtre et au cinéma, devenu un scénariste de haute volée de concert avec Agnès Jaoui, l’amour de sa vie puis une amie avec laquelle l’entente artistique n’a jamais été brisée, un homme intelligent récusant tout ce que le jeu social induit de simulacre et de conventionnel, un Alceste qu’il aurait formidablement joué sur scène s’il ne l’avait pas estimé trop proche de ce qu’il était dans la vie, une intégrité d’acier, un inimitable râleur dont le visage s’éclairait d’un magnifique sourire, une rectitude exemplaire nous donnant à tous la mauvaise conscience de préférer les accommodements tranquilles aux conflits nécessaires, Jean-Pierre Bacri, une force tendre, une intégrité absolue. Il est mort et on ne cesse de déplorer ce dont sa fin nous a privés. Sans doute, de son vivant, avec une ironie aimable j’en suis sûr, m’aurait-il trouvé excessif, quasiment flagorneur, mais comme il aurait eu tort !
Dans ce que les médias nous proposent et qui sollicitent des artistes, allant jusqu’aux histrions, pour donner leur avis sur tout et n’importe quoi, il n’est pas une minute où je ne m’interroge : qu’aurait-il dit, lui, quelle contradiction aurait-il fait valoir, quelle colère légitime aurait-il exprimée, quelle valeur ajoutée aurait été la sienne aux banalités et poncifs que trop souvent les pauvres intelligences ou la dérision masquant tout ce qui manque au véritable esprit, prodiguent ?
Dans les grandes messes corporatistes tombant parfois dans une pompe hyperbolique, genre cérémonie des Césars ou Festival de Cannes, somptuaire de l’entre-soi parfois si mal inspiré, sa parole singulière, qu’on approuve ou non le fond de son inimitable sincérité, aurait projeté de l’authentique et mis dans l’ensemble de ces comédies une odeur d’humanité et sans doute de vraie révolte. On ne devrait plus, même pour lui rendre hommage, revenir sur Jean-Pierre Bacri parce qu’à chaque fois, inéluctablement, douloureusement pour tous ses multiples admirateurs, pour cette nostalgie inguérissable, le cœur se point à l’idée qu’il sera absent pour toujours.
La situation économique de la Turquie est plus préoccupante que jamais. La lire turque a perdu 45% de sa valeur en un an. Erdogan use d’une trouvaille audacieuse pour contraindre sa population et les investisseurs à ne plus abandonner la monnaie turque.
Dès son arrivée au pouvoir en 2003, Recep Tayyip Erdogan à l’époque Premier ministre et aujourd’hui président de la République turque, a entrepris des projets d’infrastructure coûteux, courtisé les investisseurs étrangers et encouragé les entreprises et les consommateurs à s’endetter. La croissance a très vite décollé et, au cours de la première décennie de son règne, la Turquie était qualifiée de « miracle économique » (The Telegraph, 12 Juin 2011 par exemple). La pauvreté a été divisée en deux, des millions de personnes ont grossi les rangs de la classe moyenne et les investisseurs étrangers se pressaient pour octroyer des prêts. Or, aujourd’hui le dollar, échangé en 2003 pour à peu près 1,7 lires, vaut en ce début 2022 presque 13,5 lires. Pire encore le chômage de jeunes frôle les 30%, le prix de l’électricité payé par les ménages a augmenté de presque 60% en deux ans et plusieurs cas de suicides – y compris de familles entières – dû à la situation économique dégradée ont été enregistrés depuis 2018. Au moment où j’écris cet article, la situation en Turquie est très préoccupante. De longues files d’attente serpentent devant les kiosques à pain à prix réduit. Les prix des médicaments, du lait et du papier toilette montent en flèche et certaines stations-service ont fermé après avoir épuisé leur stock.
Pas étonnant que des explosions de colère aient éclaté dans les rues. Mais ce qui inquiète le plus les observateurs, ce sont les pertes importantes de valeur de la lire turque et l’inflation qui atteint des niveaux très élevés, 21% sur un an selon l’office national de statistique mais les économistes turques la situent plutôt autour de 30 à 35%. À titre de comparaison, une inflation de 6.8 % cette année aux États-Unis et un taux de 4,9 % dans la zone euro suffisent à déclencher l’alarme.
Le choix d’Erdogan en cause
La crise la plus récente a été causée par l’insistance d’Erdogan à baisser les taux d’intérêt face à cette inflation galopante. Dès 2018, lorsqu’Erdogan prend le contrôle de la banque centrale de Turquie, il exige, contrairement à la pratique de toutes les autres banques centrales, qu’elle combatte la forte inflation en réduisant les taux d’intérêt. Lorsque l’inflation d’un pays atteint un niveau à deux chiffres les prix des biens et services sont très élevés. Afin d’empêcher que les prix montent d’avantage, on a tendance à monter les taux d’intérêt pour rendre le coût de l’argent plus cher, arrêter le crédit et atténuer la demande.
La décision d’Erdogan revenait en termes économiques à jeter de l’huile sur le feu. Avec un crédit encore moins cher, l’inflation a explosé et la lire turque s’est considérablement dévaluée. La capacité du pays à importer s’en trouve très réduite (les salaires sont en monnaie locale et acheter des produits étrangers coûte donc trop cher).
A ce stade, il est important de comprendre la logique d’Erdogan. L’argument économique invoqué par le président turc est intéressant : une lire « bon marché » soutiendrait l’attractivité des produits et services turcs (le tourisme, par exemple). Plus d’exportations, plus d’investissements, plus de travail, plus de croissance. Enfin, la richesse créée va permettre à la Turquie de retrouver un équilibre économique. Pas de raison donc de s’inquiéter outre mesure de la baisse de la lire… C’était au fond l’argument avancé par Cemil Ertem le conseiller économique d’Erdogan.
Lors de la crise monétaire de 2018, Ertem a invoqué le grand économiste de Yale Irving Fisher (1867-1947) pour justifier la politique des taux bas. Ertem a même affirmé que les opinions d’Erdogan « correspondaient à la théorie économique scientifique contemporaine ». En pratique, avec des taux d’intérêt bas, Erdogan a fait valoir que les consommateurs seront plus désireux de continuer à dépenser et que les entreprises seront plus enclines à emprunter, à investir (et donc à accroitre l’offre et ainsi agir sur l’inflation) et à embaucher. Quant à la perte de valeur de la lire turque par rapport au dollar, elle rendrait les exportations de la Turquie moins chères.
Le problème est que ce processus est très compliqué et qu’il faut du temps pour voir ses conséquences positives. Or, la Turquie est très dépendante des importations (pièces automobiles, médicaments, énergie, engrais et matières premières). Pire encore, le secteur privé s’est endetté en devise étrangère pendant les années fastes. Lorsque la lire se déprécie, les produits importés coûtent plus cher et les dettes (et les remboursements) augmentent mécaniquement. Et au cours de la dernière année, la lire a perdu plus de 45% de sa valeur… Autrement dit, des grandes quantités de lires ont été utilisées pour acheter des dollars et des euros et la solution de l’Erdogan était de mettre à disposition d’acheteurs encore des lires bon marché.
Face à l’incompréhension générale Erdogan sort son joker : le Coran. Depuis quelques mois déjà, il multiplie les déclarations selon lesquelles le loyer de l’argent c’est l’usure et en tant que tel interdit par la loi islamique. Ainsi, après le coup d’état raté de juillet 2016, Erdogan continue l’islamisation en profondeur de la Turquie et entend accélérer la reprise en main et en profondeur de l’Etat turc.
C’est donc guidé par cette logique qu’en 2018, Erdogan exige de la banque centrale turque qu’elle combatte la forte inflation en réduisant les taux d’intérêt. Rien d’étonnant aussi à ce qu’Erdogan explique, le 19 décembre 2021, qu’il élabore une nouvelle politique économique fondée sur l’interdiction de l’intérêt sur l’argent : « Ils se plaignent que nous continuons à baisser les taux d’intérêt. N’attendez rien d’autre de moi. En tant que musulman, je continuerai à faire ce que notre religion nous dit. C’est le commandement ». Croit-il vraiment à ces arguments ou bien les utilise-t-il cyniquement pour mobiliser sa base populaire et islamiste contre les « économistes » et les « puissances étrangères » cherchant à mettre la Turquie à genoux ? Tout porte à croire que chez Erdogan l’un n’empêche pas l’autre…
Mais les marchés ne croient pas dans les mêmes Dieux et cette exégèse islamo-économique a encore entrainé une chute de 12% du prix de la lire face au dollar depuis cette déclaration.
Erdogan a dû changer quatre fois de gouverneur de banque centrale en deux ans et demi, tous hostiles à une baisse de taux. L’avant dernier, un économiste reconnu qui avait augmenté le taux d’intérêt directeur (ce qui évidement a renforcé la lire…) a été renvoyé en avril 2021 et remplacé par un journaliste membre de la rédaction d’un organe de presse islamiste. Celui-ci avait finalement consenti à baisser le taux de 19% à 14% dans les deux mois suivants sa nomination.
La « trouvaille » économique d’Erdogan
Mais quand cette baisse de taux a produit son effet prévisible – la dégringolade de la lire – Erdogan et ses conseillers ont décidé fin 2021 de mettre en place un mécanisme économique inédit.
On comprend aisément leur problème : l’économie turque est extrêmement dollarisée. En effet, dans la masse des dépôts bancaires en Turquie (sociétés et individus), 67% de ces dépôts sont en devises étrangères (Euros ou $) et, en moyenne, un Turc a 2/3 de sa fortune en devise et 1/3 seulement en lire turque et il est fréquent que l’achat des maisons ou terrains se fasse en euros ou dollars. Or, pour des raisons que nous avons souligné plus haut Erdogan s’est privé de l’outil monétaire classique du taux d’intérêt.
Et puisque le fond de l’affaire est d’inciter les acteurs économiques (personne physiques et morales) à garder leur argent dans les banques et en lire turques (au lieu de retirer leurs lires pour acheter des dollars et des euros et affaiblir la lire, ou de le dépenser et alimenter l’inflation), le gouvernement turc propose désormais un instrument supposé assurer ceux qui le feront contre une dévaluation de leurs avoirs. Comment ça marche ? Prenons pour exemple une banque turque qui s’engage à payer 15% d’intérêt pour des dépôts en lire à une échéance comprise entre trois et 12 mois. Si la devise turque se déprécie de 20% par rapport au dollar au cours de cette période (c’est à dire une perte de cinq points), le Trésor public – c’est-à-dire les contribuables turcs – paiera le différentiel au détenteur de ce dépôt. Mieux : pas d’impôts sur ces cinq points ! en échange pour bénéficier de ces avantages le dépositeur s’engage à bloquer son argent pendant au moins trois mois ou payer des pénalités en cas de retrait anticipé.
Que pensent les économistes turques de ce schéma financier ? Un certain nombre d’entre eux ont leurs propres chaines YouTube où, sans passer par les médias contrôlés par l’Erdoganie, ils peuvent s’exprimer. Le consensus parmi ces voix est plus sceptique et ils pointent plusieurs difficultés. Tout d’abord, avec ce système, la Turquie adopte un régime de taux de change fixe car concrètement ce mécanisme implique que la Turquie établit une valeur de la lire turque en euro et en dollar défendue par le Trésor. Cette situation n’est pas originale et on la trouve aussi dans certains pays arabes du Golfe, Hong Kong ou même la Chine. Sauf que, contrairement à la banque centrale turque, ces pays disposent de réserves de change suffisantes. Autrement dit, si un ou des acteurs (voire simplement une situation imprévue) décident de « jouer » contre la Banque centrale turque en l’obligeant à dépenser ses précieuses et limitées réserves pour payer de plus en plus la différence entre le taux d’intérêt et la valeur réelle de la lire (c’est à dire entre la rente de la lire et son prix d’achat/vente) il est probable que la Banque centrale va lâcher avec des conséquences catastrophiques pour le pays.
Deuxième critique, à ce stade, on ne sait pas quelle part des quelque 1 500 milliards de dépôts en lire turques sera couvert par le nouveau régime de protection. Est-ce que un plafond va être introduit ? Pour les particuliers ? Pour les entreprises ? À quel niveau ? à toutes ces questions il n’y a pas pour le moment de réponses claires même si certains dispositifs – plafond trop bas par exemple – pourraient vider le mécanisme de son sens.
Enfin, les investisseurs étrangers qui pourraient être tentés d’acheter des lires pour bénéficier du taux d’intérêt élevé ont du mal à évaluer le risque impliqué : le Trésor serait-il en mesure de rembourser, c’est-à-dire payer en dollars pour racheter leurs lires le jour où ils aimeraient partir ? Rien n’est moins sûr.
Ces craintes et critiques sont loin d’être infondées. Les indicateurs financiers mesurant la confiance des investisseurs dans la solvabilité de l’Etat turc ne sont guère rassurants. Récemment l’agence Reuters expliquait même que de nombreux investisseurs étrangers prévoyaient un défaut de paiement de la Turquie d’ici cinq ans ! Et ce sentiment sur les marchés a des conséquences concrètes et rapides : les banques étrangères révisent ou réduisent le montant des prêts accordés à la Turquie. Même si Erdogan se montre, pour l’instant, inflexible sur sa politique monétaire, il sait aussi se montrer pragmatique en s’entourant d’amis généreux comme l’Arabie saoudite et le Qatar qui renflouent les caisses de l‘Etat turc afin de limiter la dévaluation de la lire turque. En échange, le gouvernement turc vend des terres, des usines et des entreprises de travaux publics. Le Qatar a également acquis des banques et il semble que la première société d’électronique de défense appartenant à l’État ait partiellement été rachetée par les Qataris. Il est évidemment difficile de prévoir, à ce stade, comment cette histoire va se terminer tant l’équation turque comporte de variables.
Quelles conclusions tirer de ce conte turc ? Selon certains hommes d’affaires bien informés, Erdogan a perdu la sensibilité populaire. La plupart des ceux qui l’entouraient dès le début de son ascension politique à sa sortie de prison en juillet 1999 l’ont quitté. Certains sont même devenus des adversaires. C’est le cas d’Ali Babacan, jadis « tsar » de l’économie turque et bras droit d’Erdogan jusqu’à 2019. C’est lui qui est largement responsable de la réussite économique de la Turquie entre 2002 et 2012. C’est également sa présence au sommet de l’Etat turc et sa proximité avec Erdogan qui longtemps rassuré les investisseurs étrangers. Aujourd’hui, Babacan est devenu un des plus grands critiques d’Erdogan. De même, Amet Davutoglu, emblématique ancien ministre des Affaires étrangères et Premier ministre (2014-2016) est aujourd’hui à la tête d’un parti d’opposition. Depuis son arrivée au pouvoir en 2003, Erdogan vire tous ceux qui osent critiquer sa politique (même les plus compétents et loyaux) pour s’entourer de béni-oui-oui.
Quel scenario possible pour l’avenir ?
Actuellement, la crise et les protestations se propagent, y compris au sein de la base électorale d’Erdogan. Bon tacticien, Erdogan pourraient même en profiter : déclarer un état d’urgence pour rétablir l’ordre tout en accusant les « agents de l’étranger » de tentative de déstabilisation de la Turquie. Ainsi en 2023 il pourrait fêter le centenaire de la République avec autant de pouvoir que Mustafa Kemal dans les années 1930 ou le Sultan/Calife au XVIIIe siècle. Mais une chose est sure : la lire va jouer un rôle crucial dans le destin politique d’Erdogan.
Face aux tombereaux de mensonges et de calomnies sous lesquels on tente d’ensevelir Eric Zemmour, un peu de pédagogie – et beaucoup de bonne foi – s’imposent pour comprendre son discours de vérité.
Il ne suffit plus de vaincre ses ennemis, il faut convaincre ses amis
Longtemps je me suis cru démocrate. À présent, j’ai des doutes. Dans notre République où un chef ne peut plus sortir que des urnes, pour sauver le pays de l’islamisation, du déclin et de la tiers-mondisation, il faut persuader une majorité de votants de ne pas se tromper de candidat. Devant la difficulté de la tâche, je suis parfois nostalgique d’une époque où, pour que la France reste une nation libre, il suffisait de vaincre ses ennemis. Aujourd’hui, en campagne, on ne risque plus de périr fendu en deux par un cimeterre ou torturé par la Gestapo, mais on est condamné à convaincre ses amis. On ne meurt plus au champ d’honneur mais on peut devenir fou de rage et de désespoir, à ramer pour essayer d’ouvrir les yeux de ces malcomprenants qu’influencent les malveillants.
Depuis le début de la campagne, je m’épuise à faire entendre qu’en 2022, il faudra choisir entre Éric Zemmour et la régression, la soumission et le suicide français. J’arrive toujours après la bataille médiatique qu’on livre au candidat à coups de citations tronquées qui deviennent des raccourcis calomnieux que l’on répète partout sur tous les tons et avec lesquels on le rend raciste et misogyne. Il faut être drôlement didactique pour passer derrière celui qui parle franchement et parie sur l’intelligence des Français, et il m’arrive d’envier les militants qui soutiennent un de ces candidats qui ménagent les veaux et prennent les gens pour des cons mais pas longtemps. À eux la démagogie, à moi la pédagogie. Le défi est de taille, mais je le relève en me souvenant que ce n’est pas le chemin qui est difficile, mais que c’est « difficile » qui est le chemin. Nos parents ont bien réussi à nous faire adorer un patriarche qui a frôlé l’infanticide, on doit pouvoir faire élire un candidat qui ne mâche pas ses mots. Impossible n’est pas français.
On accuse Zemmour d’être raciste. On l’a tant calomnié qu’il en reste quelque chose mais évidemment, il ne l’est pas. Non pas parce qu’être raciste est immoral ou politiquement incorrect mais parce qu’il est idiot de croire à la supériorité de la race blanche sur n’importe quelle autre. Il suffit de comparer Barack Obama à Frank Ribéry pour en être convaincu.
Un candidat qui n’est pas d’extrême droite
Il n’est pas non plus d’extrême droite. Il répète avec Jacques Bainville que « la France est plus qu’une race, c’est une nation ». L’extrême droite, qui est groupusculaire, proclame sur ses affiches que « la nation, c’est la race ». Elle est plus près de Maurras qui affirmait qu’un juif ne peut pas être Français, que de Bainville. La ferveur de ces milliers de Français qui placent tous leurs espoirs en Zemmour, le petit juif d’Algérie, lui oppose un démenti sans appel. L’extrême droite racialiste est en voie de disparition, mais pas le racisme, qui renaît en France à cause des indigénistes et des décoloniaux. Il y a un an ou deux, une fresque a été inaugurée à Cergy-Pontoise par ses élus pour dénoncer les violences policières et victimiser Adama Traoré, délinquant notoire qui a résisté à son arrestation alors qu’il n’avait pas la santé pour. Beaucoup ont protesté mais seule l’extrême droite, la vraie, s’est aventurée en territoire perdu pour la vandaliser. On peut le déplorer, mais sur ce coup-là, ce sont les racistes et les antisémites d’« Oeuvre française » (IL Faut une cap c’est un mouvement) qui ont sauvé l’honneur. Par ailleurs, même si leur conception ethnique de la nation est détestable, je reconnais plus de légitimité à un suprémaciste blanc sur la terre de ses ancêtres qu’à un type qui affirme que le voile est une tenue française ou que le prénom Mohamed est un prénom français.
On le dit aussi pétainiste. Ben voyons ! Et pourquoi pas nostalgique du IIIe Reich ? Dans ses écrits, Zemmour ne réhabilite pas Pétain, il réhabilite la nation. Contre Paxton qui jette le bébé nation avec l’eau du bain de la révolution nationale, et contre les bêtises du genre « le nationalisme, c’est la guerre » qui sortent de la bouche des adolescents et des types pas finis idéologiquement, il rappelle une réalité historique confirmée par l’historien Alain Michel dans un entretien donné à Causeur. Pétain n’a ni voulu ni cherché à préserver les juifs, mais la politique de Laval qui a tenu tant qu’il a pu à protéger les Français, juifs ou pas, a permis de sauver de la déportation et de l’extermination 90 % des juifs français. Il a donné pour cela aux Allemands les juifs étrangers, réfugiés politiques et naturalisés depuis peu, et les juifs d’Algérie, juifs « Crémieux » dénaturalisés par Vichy (infamie morale que Zemmour ne nie pas). Laval pouvait-il faire autrement ? Après la défaite, avait-il les moyens de rester moral ? Les conseils juifs des ghettos de Pologne pouvaient-ils faire autrement ? La controverse historique peut être nourrie, la question est ancienne et mérite d’être posée, mais ce n’est pas celle qu’on balance à la figure du candidat qu’on prend pour l’essayiste. On lui demande avec toute la malhonnêteté intellectuelle du journaliste dans le vent : « Pourquoi voulez-vous réhabiliter Pétain, monsieur Zemmour ? Pour plaire à vos lecteurs antisémites ? »
Beaucoup de reproches mais peu de bonne foi
On lui reproche encore de faire l’apologie du terrorisme. Dans Causeur, le reconquistador en chef qui considère les djihadistes comme des combattants islamiques et des ennemis héréditaires plutôt que comme des déséquilibrés radicalisés victimes de discriminations avouait avoir une forme de respect pour ceux qui avaient gardé ce que nous avions perdu, l’aptitude à mourir pour une cause qui les dépasse, en l’occurrence une religion et une civilisation. Il s’agissait alors de ces jeunes Français musulmans partis en Afghanistan combattre la plus puissante armée du monde. Il exprimait le respect que l’on peut avoir pour son ennemi. Il va de soi qu’il ne visait pas Mohammed Merah, un délinquant passé 18 fois devant le juge, entré dans une cour d’école pour assassiner une petite fille juive d’une balle dans la tête.
Dans un chapitre de son dernier livre intitulé « la terre et les morts », Zemmour observe que tous les protagonistes des assassinats de Toulouse ont été enterrés ailleurs qu’en France, le tueur franco-algérien comme ses victimes, le soldat franco-marocain et les enfants juifs. Sans plus de précision, le propos a choqué. Depuis, on lui demande sans relâche : « Mais comment peut-on reprocher à la famille Sandler d’avoir enterré ses enfants en Israël ? » Le sujet est si douloureux que beaucoup en perdent la raison et ne réagissent qu’avec émotion. Naturellement, Zemmour ne reproche rien à personne et surtout pas aux parents d’enfants assassinés. Mais son exemple est mal choisi. Mal choisi d’abord parce que les Sandler ne sont pas des juifs franco-israéliens qui rêvaient de vivre en Israël mais des israélites français attachés à la France depuis des générations. Mal choisi ensuite parce que c’est la France qui a désespéré et contraint à l’exil cette famille meurtrie par le nazisme hier et par l’islamisme aujourd’hui. Mal choisi enfin parce qu’on enterre ses morts dans le pays où ils reposeront en paix à défaut de les inhumer dans le pays de son choix. Si l’exemple était indélicat, la démonstration est pertinente et méritait que l’on en débatte. On a préféré s’offusquer et s’arrêter sur la supposée insensibilité de l’essayiste.
On dit Zemmour misogyne ou sexiste, sans trop savoir pourquoi ni comment, ni sur quelle déclaration on s’appuie
On est effectivement très loin des présidents sensibles, de Chirac quand il a vu le film Indigènes, de Hollande avec Leonarda ou de Sarkozy renonçant à la double peine, et certains semblent regretter ces « humanistes » pour qui les réfugiés déboutés ou les criminels repris de justices sont invirables. Bien sûr, leurs propos n’ont jamais blessé personne, ce sont leur inertie, leur lâcheté ou leurs bons sentiments qui ont tué des Français.
Enfin, on le dit misogyne ou sexiste, sans trop savoir pourquoi ni comment, ni sur quelle déclaration on s’appuie. Il l’avait prévu et prévenu dans les premières lignes du Premier sexe : « Je sais qu’il n’y a pas l’Homme et la Femme mais des femmes et des hommes. Pas de généralités mais uniquement des cas particuliers. » Peu importe, les imbéciles ou les féministes et surtout les féministes imbéciles ne veulent rien entendre. Les chiennes de garde n’en démordent pas, le différentialisme ou l’attachement aux « stéréotypes sexistes » mène à la culture du viol aussi sûrement que la nation mène au racisme et à Auschwitz. Dans son essai, Zemmour se garde bien d’essentialiser, de réduire chaque individu aux généralités de l’espèce de son genre, il n’est pas idiot. Il sait qu’il y a plus de virilité dans trois lignes d’Oriana Fallaci quand elle regarde l’ennemi en face que dans l’œuvre complète de Claude Askolovitch, grand défenseur des « mamans » en niqab exclues des cars scolaires. Là aussi, dans le procès en sexisme qu’on lui intente, on extrait opportunément une phrase d’une analyse qui relève de l’anthropologie, de la recherche historique ou de la sociologie et qui passerait comme une lettre à la poste un matin sur France Culture si elle sortait de la bouche d’un chercheur du CNRS ou d’un écrit de Claude Lévi-Strauss, et on en fait un délit d’opinion parce qu’elle nous vient d’Éric Zemmour.
Mais qu’est-ce que le sexisme aujourd’hui dans notre société hypersensible et dans nos médias hyperorientés ? Pour Raphaël Enthoven, est sexiste celui qui veut interdire la PMA aux couples de femmes. Pour Élisabeth Moreno, est misogyne celui qui rejette les lois sur la parité. Ne pas souhaiter qu’un enfant naisse d’une éprouvette plutôt que d’un père et grandisse entre deux lesbiennes, ou ne reconnaître que le mérite comme source d’émancipation et de promotion des individus. Voilà comment l’écho médiatique tombe dans l’oreille du sourd, du paresseux et du malentendant, et voilà comment Zemmour se retrouve « misogyne », « répand la culture du viol », « veut remettre en cause les droits des femmes », puisqu’ils l’ont dit à la télé.
Tout cela va de soi mais tout va mieux en le disant. Voilà pourquoi, inlassablement, je rajoute les pièces manquantes du puzzle, j’explique Zemmour pour les nuls. Voilà comment, en petite main du zemmourisme, je m’active à raccommoder les déclarations mises en lambeaux par ses détracteurs, pour repriser les trous du discours dans lesquels les adversaires s’engouffrent, pour ramener les propos du candidat, quand il exagère, à la mesure des gens mesurés car si l’exagération est un levier pédagogique, comme il dit, elle ne l’est pas pour celui qui ne veut pas comprendre.
Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud, 10 novembre 1799, François Bouchot, 1840 – D.R
On discute peu le fond, on réprouve la forme
En militant tacticien, au lieu de secouer ces citoyens paresseux et endormis, j’écoute les objections avec patience et diplomatie. Elles sont souvent consternantes. On n’oppose pas à Zemmour des arguments et des idées mais des sensibilités, des craintes, des pudeurs. Je croise assez peu d’opposants idéologiquement ou politiquement solides, mais des vierges effarouchées aux cœurs d’artichauts. On discute peu le fond, on réprouve la forme. On le trouve violent et brutal, on pense qu’il n’a pas la carrure pour le poste, on s’inquiète pour l’État de droit, on le voit dictateur, on n’aime pas ses manières. On le trouve grossier quand, à Marseille, il a un geste déplacé pour recadrer une opposante insultante. Mais une riposte immédiate et proportionnée n’est-elle pas la preuve qu’on a les attributs qu’il faut pour être autre chose qu’un figurant ou le dindon de la farce dans les rapports de forces des relations internationales ?
Si l’on étudiait le zemmourisme à travers les siècles, on découvrirait sûrement que nos glorieux aînés ont aussi inspiré les craintes et les méfiances de tous les trouillards, de tous les cœurs tendres, de toutes les chochottes et de toutes les « Nadine de Rothschild » de tous les temps. On a sûrement trouvé Charles Martel violent et brutal quand il s’est montré plus royaliste que le roi fainéant de son époque et qu’il s’est levé pour arrêter les Arabes. Quand Jeanne d’Arc a pris les armes, on a sans doute pensé qu’elle n’avait pas la carrure pour bouter les Anglais hors de France. On a tremblé pour l’État de droit quand Bonaparte a envahi la Chambre des députés ou quand de Gaulle a désobéi pour organiser la Résistance.
Quand l’heure est grave et commande un peu d’audace et de virilité, les plus timorés d’entre nous redoublent d’attentions délicates pour les formes et se planquent derrière le droit, les usages et les procédures qui protègent des aventures et des vraies ruptures. Sur le Bataclan comme sur Vichy, on ne lui pardonne pas de nous avoir rappelé que le rôle du chef de l’État est de s’inquiéter pour les Français en danger, pas pour son image de président ouvert sur le monde et généreux pour l’histoire. À l’homme d’État qui promet de prévenir et d’agir, de préserver et de réprimer, on semble préférer les présidents des cellules psychologiques, des marches blanches, des nounours éclairés à la bougie et des pleureuses. Pour les petits enfants gâtés du siècle, la raison d’État est une infamie et la moindre contrainte sur l’individu un abus de pouvoir. On est prêts à mettre des ministres en prison parce qu’une pandémie fait des morts et on hurle « liberté » contre un vaccin ou un pass sanitaire. On ne veut pas vivre en terre d’islam mais attention, touche pas au prénom de mon pote ou au voile de sa femme. Évidemment, à ceux qui craignent de froisser l’aile d’une mouche, et surtout de passer pour des ringards quand ils disent le mot France, le candidat fait peur.
Hier, on s’interrogeait sur l’opportunité d’accorder le droit de vote aux femmes. On se trompait. Aujourd’hui, ce ne sont pas les femmes qui compromettent le salut de la France, ce sont les femmelettes.
Benoît Rayski se réjouit du retour de François Hollande. Un homme, un vrai, lui!
François, je vais te dire tu car, comme l’écrivait le poète, je dis tu à tous ceux que j’aime. Tu nous manquais. Cinq années avec toi, ce n’était pas assez. Tu voulais être un « président normal » : tu fus un président extraordinaire.
Sous ton règne le lait et le miel coulaient à flots sur nos terres arides et desséchées. Tu étais notre capitaine, et sur ton pédalo tu bravais les vagues déchainées. Cinq années de bonheur absolu avant qu’un infâme imposteur qui t’avait trahi ne prenne ta place.
Nous souffrons sous son joug. Il nous piétine, il nous opprime, il nous martyrise. Et voilà qu’enfin, l’heure de la délivrance approche. C’est toi, François, qui nous l’a annoncé en personne.
Tu as dit : « Je ne vois pas pourquoi un ancien président ne ferait pas de politique. Pour l’instant je ne suis pas candidat ». Pour l’instant ? Et tu as ajouté : « je prendrai bientôt la parole ». Parle François, parle vite ! Déjà nous entendons une douce mélodie portée par la brise : « François revient, oui il revient ». Et ce chant dans nos cœurs murmure le bonheur. Oui François, ne nous fais pas languir.
Nous allons tous voter pour toi. Et pas seulement pour nous débarrasser de l’usurpateur qui cabotine à l’Élysée. Nous allons t’accorder nos suffrages, car nous aspirons avoir à la tête du pays un homme, un vrai. Ségolène, Valérie, Julie peuvent témoigner de ta vigueur. Un homme qui a autant de succès auprès des femmes ne peut être entièrement mauvais. Et c’est en scooter que tu franchiras les portes de l’Élysée.
Puisqu’il est question de femmes, nous sommes sûrs que tu vas balayer cette cruche d’Anne Hidalgo et cette gourde de Christiane Taubira. En homme de goût, tu n’as pas daigné leur accorder ton soutien. Oui François, merci pour ce moment.
Entretien avec l’essayiste Mathieu Slama, auteur de Adieu la liberté, essai sur la société disciplinaire (Presses de la Cité).
Gelés par la grande peur virale, nos esprits se figent. Prisonniers de la répétition automatique des gestes barrières, nos corps se robotisent. Masqués, les visages, autrefois sanctuaires inviolables de la personnalité, sont anonymisés, réduits à des yeux inquiets qui scrutent – certains appelant l’échange d’un regard, d’autres cachant l’âme d’un délateur.
Telle est la société “covidée” que décrit et rejette Mathieu Slama. Dans son dernier livre, Adieu Liberté, l’essayiste dresse non seulement un violent réquisitoire contre la politique sanitaire du gouvernement qu’il qualifie de disciplinaire, mais il dénonce aussi et surtout le consentement d’une large majorité de citoyens, qui a accepté ou plébiscité avec une docilité déconcertante des mesures de contrôle et de surveillance qui sont passées d’exceptionnelles à normatives. Hier, le peuple français était à l’avant garde de la liberté. Aujourd’hui, il est celui de la soumission volontaire à “l’idéologie du safe” et à un biopouvoir… Entretien.
Isabelle Marchandier. Des visages masqués devenus anonymes, des corps robotisés par la répétition de gestes barrières, une citoyenneté et une liberté conditionnées au statut vaccinal : a-t-on basculé dans une autre société ?
Mathieu Slama. Si les racines de ce désastre viennent de plus loin, il est incontestable que la crise sanitaire a précipité notre basculement vers un nouveau modèle de société. Une société où la liberté cesse d’être un principe supérieur à tous les autres, une société où la liberté nous est accordée par le pouvoir en fonction de notre comportement, une société où l’ordre est la condition de la liberté, où les devoirs précèdent les droits (de l’aveu même du Président de la République !), où la morale remplace le droit. Une société, également, où l’individu s’efface devant le collectif, et où, au fond, tous nos principes républicains se retrouvent à l’envers, inversés. J’ai en tête un échange avec un grand spécialiste de droit public, défenseur reconnu des libertés publiques, qui affirmait, en défense des mesures sanitaires, que le principe même de la République est de mettre le collectif avant l’individu. Qu’une telle méprise vienne d’un juriste aussi capé montre bien l’ampleur de notre désarroi…
“Mesures de freinage”, “distanciation”, “gestes barrières”, “protocole”… jusqu’à la dernière trouvaille langagière en date, signée Olivier Véran, “la concordance” entre la carte d’identité et le passe vaccinal… Quel rôle joue cette novlangue ?
Je suis convaincu que notre enfermement s’est d’abord joué sur le terrain de l’imaginaire et de la langue qui a, en quelque sorte, conditionné notre perception de la crise et donc notre acceptation des mesures prises. À partir du moment où la société toute entière reprend le lexique médical et scientifique, parle de « confinement » au lieu d’ « enfermement », euphémise les mesures les plus aberrantes en parlant de « mesures de freinage », alors nous sommes prêts à accepter l’inacceptable. Parler de « résilience », de « fragilité », de « vulnérabilité » etc. sous l’influence du pouvoir et de quelques intellectuels naïfs, revient à dépolitiser totalement la situation et à rendre les mesures les plus liberticides inéluctables. Et que dire du chantage à la « solidarité » et à la « responsabilité », mots martelés jour et nuit par le gouvernement pour culpabiliser les réfractaires (ce même gouvernement qui est responsable des mesures sociales les plus réactionnaires depuis des décennies…) ? Le langage a joué un rôle immense dans cette domestication des esprits et des corps, cela ne fait aucun doute.
Face au terrorisme, on disait (à raison, selon moi) qu’il ne fallait rien céder sur nos valeurs. Mais face au virus, on a cédé sur tout…
Votre essai est aussi un coup de gueule adressé à nous, les citoyens qui avons consenti et même plébiscité les mesures restrictives de nos libertés sous prétexte sanitaire. « Nous fûmes jadis les avant-gardistes de la liberté ; nous avons été, dans cette crise, les avant-gardistes de la servitude » écrivez-vous en digne héritier de La Boétie. Comment peut-on se renier à ce point ?
Je pense même qu’on peut aller plus loin : si le pouvoir a pris des mesures aussi liberticides et autoritaires, c’est parce qu’il y a eu une forte demande sociale pour ces mesures. Autrement dit : si les Français avaient été moins dociles, alors il ne fait aucun doute que le gouvernement aurait été plus prudent et moins autoritaire dans sa gestion de la crise. Rappelons qu’en janvier 2021, Emmanuel Macron prend la décision de ne pas reconfiner le pays en partie parce qu’il y a, dans l’opinion, un début de lassitude qui s’exprime. Nous sommes donc en partie responsables de ce qui nous est arrivé. On pourrait également évoquer la manière dont la délation s’est généralisée, la méfiance des uns vis-à-vis des autres, la manière dont le pays tout entier a fait des non-vaccinés les boucs émissaires de la crise… La pandémie a réveillé dans le pays des pulsions malsaines et grégaires.
Preuve en est avec l’apparition d’une nouvelle figure, celle du citoyen policier, chargé d’être vigilant non seulement vis-à-vis de lui-même, mais aussi et surtout vis-à-vis des autres. « Soyez tous vigilants » : cette injonction permanente du pouvoir a quelque chose de très dérangeant, et pousse chacun à être le flic de l’autre. D’ailleurs, le fonctionnement même du passe implique que des citoyens ordinaires endossent le rôle de policier, vérifiant les QR code d’autres citoyens avec potentiellement des contrôles d’identité. Ce monde-là est effrayant.
Vous écrivez qu’on a perdu le goût de la liberté et surtout le dégoût de la servitude. Peut-on dire qu’on a pris goût au contrôle ?
Le fait que nous ayons perdu tout goût pour la liberté est un fait incontestable, et cela ne date pas de la crise sanitaire. Ce que cette crise a révélé en revanche, c’est la profondeur de ce mal et les conséquences désastreuses qu’il peut avoir sur notre démocratie. S’installe en France, pays de la liberté, ce que j’appelle une idéologie du « safe », c’est-à-dire un nouveau paradigme dans lequel les valeurs politiques essentielles sont la sécurité et la protection, tandis que la liberté devient non seulement secondaire mais aussi suspecte, dangereuse. Depuis quand la vie biologique est devenue l’alpha et l’omega de toute politique ? Depuis quand a-t-on abandonné l’idée qu’il y a des principes avec lesquels on ne transige pas, qu’il y a des lignes rouges à ne pas franchir, que la fin ne justifie pas tous les moyens ? Face au terrorisme, on disait (à raison) qu’il ne fallait rien céder sur nos valeurs. Mais face au virus, on a cédé sur tout. Et quand le Premier ministre tient en conférence de presse des propos comme « Le couvre-feu est maintenu jusqu’à nouvel ordre », tous les démocrates de ce pays devraient exprimer leur colère et leur révolte… Cela n’a pas été le cas !
Face à cette société disciplinaire qui a donc accepté de sacrifier la liberté sur l’autel de la sécurité, vous opposez la liberté absolue. Une liberté conditionnée à des injonctions sanitaires « se vide de sa substance” affirmez-vous carrément. Mais n’est-ce pas confondre la licence – je fais ce que je veux – et la liberté au sens être responsable des conséquences de ses actes ?
Je pense qu’il n’y a pas de mal à être un peu libertaire et je pense même que c’est une nécessité dans le climat d’ordre et de discipline actuel. Je suis également très sceptique sur la formule « la liberté va avec la responsabilité » parce qu’elle revient souvent, dans la bouche de ceux qui la prononcent, à minimiser l’importance de la liberté et à justifier toutes les restrictions possibles et imaginables. La liberté n’a de bornes que la loi. Point. Un citoyen a des droits, ses seuls devoirs sont de respecter la loi. Et quand la loi empiète trop sur les libertés, alors il faut le dénoncer.
Certes, mais, de nouveau, que répondez-vous au discours rappelant cette vision collective de la liberté et qui serine à longueur de temps qu’une liberté individuelle qui nuit à la liberté des autres est irresponsable ? La liberté individuelle de ne pas se faire vacciner est-elle compatible avec un comportement citoyen et responsable ?
Dire que le collectif est supérieur à l’individu est la marque des régimes autoritaires, qu’ils soient communistes ou réactionnaires. J’ajoute que toute liberté s’effectue au détriment de quelqu’un (une parole peut blesser quelqu’un, une mauvaise conduite peut provoquer un accident, une fête peut provoquer un cluster etc.) : c’est ce désagrément lié à la liberté que notre société n’accepte plus. J’ajoute que la responsabilité, la vraie, consiste justement à faire confiance aux individus plutôt qu’à les contraindre et à normer les comportements !
Revenons tout simplement à ce qu’expliquait Rousseau dans le Contrat social : l’intérêt général doit se fonder sur un prérequis indispensable : l’adhésion rationnelle de chaque citoyen. Nous ne sommes pas des enfants, et nous sommes évidemment prêts à accepter des limitations de liberté quand elles sont proportionnées et rationnelles (port du casque, port de la ceinture etc.). Mais avec cette crise sanitaire, on parle de tout autre chose : il s’agit de faire du pays entier une prison (confinement), d’imposer un masque permanent dans la rue, d’exclure de la vie sociale toute personne refusant la vaccination, alors même que le climat est très tendu et la cohésion sociale très abimée. La vraie irresponsabilité est là.
Pour vous, la liberté absolue va-t-elle jusqu’à la désobéissance civile ? Ce serait l’anarchie !
Je ne pense pas que l’anarchie soit forcément une mauvaise chose en soi. Proudhon a d’ailleurs essayé de prouver qu’elle était consubstantielle à l’esprit de la République ! Je n’irai pas jusque-là, mais il y a un droit, pour chaque citoyen, d’adhérer et de consentir aux lois qui lui sont imposées, d’autant plus lorsqu’elles sont attentatoires à ses libertés fondamentales. Dans certaines situations, il faut savoir dire non. Mais j’insiste sur un point : dans une démocratie d’opinion comme la nôtre, nul besoin de désobéissance civile ! Un rejet massif d’une mesure dans l’opinion, des manifestations d’ampleur et d’autres actions indirectes peuvent suffire pour faire plier un gouvernement. Cela s’est vu à plusieurs reprises par le passé. Si une majorité de Français s’étaient levée contre le passe ; il ne fait aucun doute qu’Emmanuel Macron l’aurait supprimé.
Hier, la guerre froide déclenchait des débats animés entre les intellectuels de gauche et de droite. C’était Sartre contre Aron. Aujourd’hui la « guerre sanitaire » a rendu presque mutiques les intellectuels à quelques rares exceptions. Le « sanitairement correct » a-t-il gagné tous les esprits?
Les rares intellectuels à avoir compris ce qui se jouait dans cette crise sont deux représentants de la gauche critique héritée de Michel Foucault, l’intellectuel italien Giorgio Agamben et la philosophe Barbara Stiegler. Ce n’est pas un hasard. Les intellectuels marxistes se sont plantés, notamment parce que la politique sanitaire a été en partie communiste au sens où elle a instauré un ordre collectif au nom de la solidarité et de l’altruisme. D’où les errements de penseurs aussi importants que Badiou, Rancière, Zizek, Chomsky… Quant aux intellectuels de droite, eux, ils n’ont vu aucun problème à ce que l’état d’exception s’installe et que l’ordre et l’autorité s’imposent, puisque cela fait partie de leur logiciel ! D’autres intellectuels ont participé à la dépolitisation de la crise, évoquant pêle-mêle « Gaia qui respire », « Un autre monde est possible », « La respiration nécessaire ». Bref, toutes ces pensées naïves et creuses sont passées totalement à côté de l’immense problème que nous avions en face de nous.
Vous faites le parallèle entre le wokisme et le sanitarisme, entre les éveillés woke constamment offensés par la société jugée “systémiquement” discriminante et les « enfermistes » qui préfèrent vivre dans un bunker stérilisé. Les deux, dites-vous, sont animés par la même idéologie, l’idéologie du « safe ». Comment la définissez-vous ?
Je vais vous surprendre, je pense que le mouvement woke pose certains constats très lucides sur la société française, sur la prévalence des discriminations et sur leur caractère systémique. Ce que je critique en revanche, c’est la réponse que ce mouvement apporte à ces problèmes majeurs. Une partie de la gauche, imitant sans s’en rendre compte les réflexes de la droite, est prise d’une frénésie autoritaire, punitive et je dirais même sécuritaire. Que fait le mouvement woke et ses avatars ? Il réclame des peines plus lourdes, une justice plus sévère, la fin de la présomption d’innocence et de la prescription, la censure, la fin de la libre parole et de la libre pensée etc. Il y a 40 ans, la gauche militait pour la liberté des mœurs, la fin des prisons et le démantèlement de la justice. C’est tout un esprit libertaire de gauche qui est en train de disparaître au profit d’un marxisme autoritaire mélangé à un puritanisme venu d’Amérique totalement étranger à notre culture républicaine.
Et au fond, le mouvement woke comme l’hygiénisme tel qu’il s’est exprimé dans cette crise illustrent tout deux un même esprit du temps que je définis par l’idéologie du « safe ». On assiste en effet à l’avènement d’une société dans laquelle le nouveau paradigme dominant est la protection et la sécurité au détriment de la liberté. La droite ultra-sécuritaire et autoritaire participe de cette même idéologie, et c’est là où je pense que le vrai clivage aujourd’hui se situe entre partisans de l’ordre et partisans de la liberté. Et il dépasse largement le seul clivage droite-gauche.
Ne craignez-vous pas que ce parti de la Liberté soit une coquille vide étant donné le consentement de la grande majorité des Français ?
Oui, c’est une hypothèse très fragile. Je remarque que cette crise a dévoilé un clivage générationnel. Tous les sondages ont montré que globalement la jeunesse a été plus critique vis-à-vis des mesures sanitaires que leurs aînés qui ont plébiscité la société d’ordre et de discipline qui s’est installée. Pour beaucoup de jeunes, il y aura un avant et un après crise, au sens où ils ont vu ce que signifiait très concrètement un État autoritaire, comment il pouvait nous enfermer chez nous, nous empêcher de faire la fête, de voir nos proches etc. Ces jeunes l’ont vécu dans leur chair. Alors, peut-être que chez certains aura lieu une épiphanie et la révélation qu’une société de liberté est préférable à une société d’ordre. En réalité, c’est plus un souhait qu’un constat : mais pour moi, à titre personnel, le vrai combat est là.
Adieu la liberté, c’est le titre funeste de votre essai. Pourtant, cet adieu ne semble pas définitif : des parlementaires du RN et de LFI ont voté contre la loi sur le passe vaccinal, et n’oublions pas tous ceux que la presse désigne comme des antivax qui sont en majorité des anti-passes et crient ce mot de “liberté” qui vous tient à cœur dans leurs manifestations. Diriez vous que la liberté a changé de camp ?
Il se passe en effet une chose étrange, paradoxale, où les modérés et les libéraux défendent l’autoritarisme et les extrêmes défendent les libertés ! Je suis très critique sur cette extrême droite qui a selon moi exploité la crise de manière très opportuniste et a vu dans la défense des libertés un filon électoral. D’ailleurs, la plupart de ceux qui se font les résistants à l’ordre sanitaire aujourd’hui défendaient un confinement dur et autoritaire au début de la pandémie, ce qui est une réaction impossible quand on est réellement attaché aux libertés. L’extrême droite défend un État autoritaire et la sortie de l’État de droit : deux positions incompatibles, selon moi, avec la défense des libertés fondamentales.
Concernant le parti de Jean-Luc Mélenchon, il a mis du temps à prendre position contre la politique sanitaire mais leur opposition à l’instauration du passe vaccinal a été exemplaire – et courageuse parce qu’ils n’avaient rien à gagner en faisant cela. J’y vois pour ma part l’influence de François Ruffin, qui est très proche de la philosophe Barbara Stiegler.
Quant aux libéraux, il y aurait mille choses à dire sur la manière dont beaucoup d’entre eux ont trahi leurs idéaux, mais au fond cette crise a révélé qu’ils étaient bien plus préoccupés par la liberté d’entreprendre que par nos droits fondamentaux.
Que répondez-vous à Emmanuel Macron qui veut “emmerder” les non-vaccinés et entend les traiter en citoyens de seconde zone ?
Que sa plus grande faute est d’encourager et de remuer les passions les plus tristes et les plus malsaines de notre société en vertu d’un médiocre calcul électoraliste. Qu’en encourageant la majorité à persécuter la minorité, il trahit non seulement sa fonction – mais tout notre héritage républicain dont il est pourtant le dépositaire.
Poupées pour enfants sans visage à Roubaix, écoles hors contrat à Marseille et ailleurs, restaurants non mixtes, fac de Bobigny: M6 a présenté hier un état des lieux alarmant de l’islamisation de la France. Eric Zemmour affirme ainsi qu’avec la ville de Roubaix, l’Afghanistan est désormais à 2 heures de Paris: « les us et coutumes de l’Afghanistan totalitaire prennent racine chez nous, sous le regard bienveillant des pouvoirs publics ». Élisabeth Lévy a également regardé cette émission consacrée à l’islamisation et à la lutte que l’État mène contre lui. Analyse.
M6 diffusait hier un document effrayant sur le séparatisme concret, dans « Zone interdite ».
Tous les gauchistes qui nient le réel en permanence devraient absolument le voir. La diffusion a déclenché un déluge numérique avec plus de 22 000 tweets évoquant le sujet à 23 heures.
À Roubaix, certains magasins de jouets vendent des poupées sans visage afin de respecter une version ultra-radicale de l’Islam qui interdit la représentation des êtres humains.
« Face au danger de l’Islam radical, les réponses de l’État » 📺 Demain à 21h10 sur M6 pic.twitter.com/3sHf2S95sR
Islamisation de la France : finissons-en une bonne fois pour toutes avec la naïveté, le déni de réalité et la censure. Nous avons notre pays à reconquérir !
Pas un phénomène nouveau, mais des images rares à la télévision
Dans un quartier de Roubaix, les jilbebs – de longues robes un peu informes – sont l’uniforme féminin et les librairies sont exclusivement islamiques. On y vend un guide conjugal expliquant que la bonne musulmane ne doit pas énerver son mari. Sinon quoi ? On ne le sait pas. Plus loin, un restaurant propose carrément des box fermés (!) pour que les femmes – qui sont « toutes voilées dans le quartier » selon le patron – puissent dîner sans voile et sans regards masculins.
Mais au-delà de ces premières images, le plus inquiétant est la conquête des jeunes esprits par des moyens qui, d’ailleurs, sont souvent légaux. Un activiste le dit clairement dans le reportage : « Notre priorité, c’est l’éducation ». Toujours à Roubaix, une association de prétendu soutien scolaire endoctrinait ainsi la jeunesse avec la bienveillance de la mairie [1]. Dans certaines écoles, toujours à Roubaix ou bien à Marseille, les gosses sont soumis à une stricte non-mixité, parce qu’il faut leur inculquer « nos valeurs » pour l’avenir.
La vision la plus terrible, du moins celle qui a fait le plus parler, c’est cette séquence des poupées, peluches et images pour enfants sans visage. L’interdiction de reproduire la création divine est invoquée… C’est peut-être le symbole le plus fort de ce séparatisme, car le visage, pour nous, pour notre civilisation, c’est la rencontre avec l’altérité, la première chose que l’on voit chez l’autre.
Encore un exemple ? À l’université de Bobigny, une jeune fille montre un endroit secret où prier tranquillement – alors que c’est interdit. Et enfin une étudiante en droit refuse d’enlever son voile malgré son désir ardent d’être avocate. Elle envisage de partir dans un pays plus ouvert, dit-elle. Désolé, mais ce n’est pas sûr qu’elle manquera à la France.
Alors, ce constat terrible et ces phénomènes inquiétants présentés dans « Zone Interdite » sont-ils minoritaires ?
C’est ce qu’affirme d’emblée le commentaire: il y aurait seulement 90 000 fondamentalistes en France.
Certes, mais dans certains endroits perdus de la République, c’est 100%. Et il faut ensuite se demander quels adultes deviendront tous ces enfants élevés dans un ghetto mental volontaire ? Enfin, comme souvent, on voit que la frontière entre islam et islamisme est moins étanche qu’on ne le voudrait. Beaucoup de jeunes musulmans que l’on qualifierait volontiers de modérés sont séduits par la chaleur communautaire, et plus encore, par le discours victimaire sans cesse ressassé : « L’État nous traque… Les Français ne nous aiment pas… ils sont contre l’islam… ». Même sans être observants religieusement, ces jeunes se séparent mentalement de reste la société.
La journaliste de M6 interroge enfin le directeur d’un établissement hors contrat (qui abrite en plus une école totalement clandestine) sur la séparation des sexes. « Ce n’est pas la règle de vie en France, on n’est pas séparés » lui fait-elle remarquer. La réponse est cinglante : « Ce n’est pas la règle actuelle ».
Pendant que nous tergiversons empêtrés dans notre souci du droit, notre volonté d’être « bienveillants » et notre peur d’être racistes, les islamistes, eux, savent ce qu’ils veulent.
Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio.
Retrouvez la chronique d’Elisabeth Lévy chaque matin à 8h10 dans la matinale.
[1] Le reportage nous apprenait qu’elle est depuis fermée et le maire poursuivi.