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Sans Montebourg ni trompette

L’édito politique de Jérôme Leroy

Sans Montebourg ni trompette
Arnaud Montebourg, Gonesse (95), 22 octobre 2021 © ISA HARSIN/SIPA

Il part et ne soutiendra aucun autre candidat. Qu’est-ce que le retrait d’Arnaud Montebourg de la course présidentielle veut dire pour le souverainisme?


Le mercredi 19 janvier 2022 n’a aucune raison de rester dans l’histoire politique française. Il marque peut-être pourtant une date importante dans l’histoire de la gauche, ces dernières années. 

Il arrive en effet que les dates, en histoire, ne prennent leur sens que longtemps après.

L’adieu à Bibracte

Ce jour-là, Arnaud Montebourg, dans une vidéo sur Twitter, a annoncé qu’il renonçait à sa candidature à l’élection présidentielle. Au-delà de la péripétie dans la longue descente aux enfers tragi-comiques de la gauche dans cette campagne électorale, cette renonciation de Montebourg sur le site de Bibracte, au pied du mon Beuvray, au cœur d’un Morvan qui fut sa terre d’élection d’ancien député de la Saône-et-Loire, marque sans doute la fin du souverainisme de gauche.

Dans la foulée du referendum de Maastricht en 1992, le souverainisme qui se voulait une résistance à la mondialisation, au projet de monnaie unique et au fédéralisme en germe, a vu des personnalités de gauche et de droite comme Philippe Seguin ou Jean-Pierre Chevènement s’y opposer. S’ils ne sont jamais parvenus à s’unir complètement, on a vu, lors de la campagne de Chevènement en 2002, des « républicains des deux rives » agir côte à côte.  Ensuite, malgré la victoire du non au referendum de 2005 sur laquelle Sarkozy s’est assis avec le traité de Lisbonne en 2010, le souverainisme est devenu progressivement l’apanage de la droite nationale, voire de l’extrême-droite. La gauche a même abandonné le mot, devenu trop connoté.

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Il n’empêche que cette idée, sous un autre nom, avait persisté à gauche. Le Front de Gauche, qui vit l’alliance des communistes et de Mélenchon, était clairement eurosceptique. Cette idée de gauche que la nation était l’ultime rempart contre la destruction des acquis sociaux du CNR avait continué à exister. Montebourg, encore lui, sous Hollande, l’avait clairement montré en quittant le gouvernement avec quelques autres ministres de l’époque.

Montebourg s’en va, Taubira arrive

Et sa candidature « remontada » en aura été le dernier et clair témoignage. Mais, restant scotché à 1%, il a dû renoncer. Son  programme fondé sur la réindustrialisation, le made in France et le protectionnisme intelligent n’a pas trouvé d’échos. Pas plus que son appel à une union de la gauche et au-delà  sur ces thématiques.  

Il n’est pas indifférent que la sortie de Montebourg coïncide avec l’entrée de Christiane Taubira dans la danse des lilliputiens. Christiane Taubira est l’incarnation presque chimiquement pure de la gauche sociétale. Son aura est due pour l’essentiel à son action pour faire passer le mariage pour tous, seule mesure de gauche sous Hollande qui par ailleurs faisait déjà, sur le plan économique, du Macron sans Macron en privilégiant une politique de l’offre plutôt que de la demande.

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La renonciation de Montebourg s’est aussi accompagnée, et ce n’est pas sans importance, d’un refus de soutenir un candidat encore en lice. Cela va de soi pour Hidalgo et Jadot, clairement européens,  qui tempèrent à peine leur ardeur par de vagues promesses sur une inflexion « sociale » de l’Europe. En revanche, il restait Mélenchon et Roussel. Pour Mélenchon, qui fait cohabiter deux tendances contradictoires, une « républicaine » et une « intersectionnelle », on peut comprendre même s’il partageait avec lui le désir d’une VIème république et d’une renégociation sans concessions des traités européens libre-échangistes. On comprend  moins pour Fabien Roussel qui avec le PCF, est favorable comme lui au nucléaire pour assurer à la fois l’indépendance énergétique et la transition écologique. Mais sans doute Montebourg a-t-il pensé qu’un rassemblement de petits n’aboutissait qu’à un petit rassemblement. Dommage.

Les jours heureux vont devoir attendre

Et c’est ainsi que le souverainisme de gauche a connu sa fin sur le site d’une forteresse gauloise. On peut toujours espérer que les idées que Montebourg a mises en avant ne vont pas disparaître complètement avec lui. Mais elles sont en tout cas devenues manifestement minoritaires dans ce qu’il reste de l’électorat de gauche. « Les jours heureux », slogan de campagne de Fabien Roussel et, rappelons-le, titre du programme du CNR, ne sont pas pour demain, en tout cas pas pour 2022.


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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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