Au 1er octobre 2021, les prisons françaises comptabilisaient 454 détenus djihadistes (384 hommes et 70 femmes), auxquels on peut ajouter au moins 650 détenus de droit commun suspectés de radicalisation. Entre 60 et 80 libérations de détenus islamistes sont attendues par an [1]. L’ancien magistrat Philippe Bilger s’inquiète de la remise en liberté de ces individus particulièrement dangereux, structurés par une idéologie qui nous est hostile, d’autant plus que le suivi socio-judiciaire des détenus est incertain.
Près de 80 terroristes islamiques sont proches de la fin de leur peine. Les profils sont différents, les uns ayant déjà connu un long parcours de djihadiste et d’autres, impliqués par suivisme. Ils ont été condamnés en correctionnelle à des peines relativement courtes. Depuis 2016, ceux ayant rejoint la zone irako-syrienne à partir du mois de janvier 2015 sont poursuivis sur le mode criminel. Le parquet antiterroriste relève qu’aucun des islamistes de retour de Syrie, sortis de prison entre 2020 et 2022, « n’avait fait l’objet de poursuite pour son implication dans un nouveau projet d’association de malfaiteurs terroriste ou d’attentat terroriste ». Ce constat devrait rassurer, comme la sophistication et la densité des mesures de suivi et de surveillance mises en œuvre par les autorités judiciaire et administrative. Avec de surcroît un renseignement pénitentiaire qui n’a cessé de monter en puissance selon Laurent Nuñez, préfet coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
Un processus de déradicalisation se déroule à Paris, Lille, Lyon et Marseille. Le responsable national du dispositif est optimiste et note que depuis la fin de l’année 2018, aucune des personnes prises en charge n’a récidivé. Faut-il considérer alors que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes post-terrorisme islamiste ? Il ne s’agit pas, au nom d’une politique du pire, de s’émouvoir du futur et de l’estimer forcément empli des transgressions qu’on avait cru éradiquer. Mais je ne peux m’empêcher de craindre que l’islamisme n’ait rien à voir avec la criminalité ordinaire. Là où celle-ci peut laisser espérer un retour à la normalité, les islamistes n’ont qu’une envie, profiter de notre État de droit classique mais garder le désir de renouveler leurs agissements.
Le terrorisme islamiste, compte tenu de ce qui l’inspire et de sa haine absolue qui conduit jusqu’aux massacres indiscriminés, est-il une entreprise dont la vocation mortifère peut être gommée ?
J’ai du mal à le croire quand je constate l’attitude de ces accusés à l’audience. Pas l’ombre d’une contrition mais l’arrogance d’avoir eu le comportement correspondant à la vraie lecture de l’islam selon eux, exigeant l’élimination des mécréants. Le réseau du suivi et de la surveillance, aussi serré qu’il soit, si je prends l’exemple du contrôle qui est imposé aux accusés ordinaires libérés – notamment en matière sexuelle, une pulsion irrésistible d’une autre sorte -, ne garantira pas la tranquillité car combien de fois a-t-on pu déplorer que dans les marges, les interstices, les parenthèses, le crime a été renouvelé par le sortant livré à lui-même… Si le terrorisme islamiste est un feu qui ne s’éteint pas, on aura beau prétendre l’étouffer, il demeurera.
Cela ne signifie pas que tout est vain de ce qui a été mis en place et paraît n’être, pour l’instant, responsable d’aucune négligence ou dysfonctionnement, seulement que l’illusion n’est pas permise et que notre France, notre société doivent rester, jour et nuit, sur leurs gardes. Le danger est partout, même chez ceux ayant déjà été condamnés. Le repos est interdit à notre démocratie.
[1]« Aujourd’hui, nous avons plus de terroristes islamistes qui sortent de prison que de terroristes qui y entrent (…) Et cela continuera à s’accélérer à mesure qu’expirent les premières condamnations pour terrorisme et pour retour de zone irako-syrienne. Nous comptons actuellement 60 à 80 sorties par an », Laurent Ridel, le Directeur de l’Administration pénitentiaire, devant les députés le 16 mars 2022. Source: Le Figaro
Connue pour sa défense acharnée du patrimoine architectural parisien, Anne Hidalgo a décidé de contribuer, à sa manière, à la reconstruction de la plus célèbre des cathédrales. Initialement, la Mairie de Paris avait annoncé un don de 50 millions d’euros. Trois ans plus tard, l’établissement public chargé de la reconstruction de Notre Dame n’a toujours rien reçu. Trois ans plus tard, cet établissement public pourrait être contraint de verser, annuellement, plusieurs millions à la Mairie de Paris en raison d’une taxe.
Aveuglée par une idéologie doctrinaire particulièrement coûteuse, Anne Hidalgo a ruiné la capitale et cherche de l’argent par tous les moyens, quitte à siphonner les troncs de l’Église.
Pour ce faire, elle ne sort pas un bâton englué de colle mais une taxe tout ce qu’il y a de plus légal : la « redevance pour occupation du domaine public ». Anne, qui n’a pas donné un centime des 50 millions d’euros qu’elle avait promis au lendemain de l’incendie de Notre-Dame, réclame désormais sans rougir à l’établissement public chargé de sa reconstruction le paiement de cette taxe, comme s’il s’agissait d’un vulgaire chantier encombrant le trottoir avec ses casemates et échafaudages. Les têtes de l’Hôtel-de-Ville ont sorti leurs calculettes : à raison de 3,4 millions par an, ce seront, à la fin des travaux, 17 millions qui iront dans les poches trouées de l’édile socialiste. Il en faudra plus pour qu’elle rembourse quelque 7 milliards à ses créanciers mais c’est un bon début, et puis comme le dit son premier adjoint, Emmanuel Grégoire : « La loi est la loi. » (sic) Ne craignant jamais d’ajouter du sordide à l’abjection, ce dernier se montre grand seigneur en précisant qu’« il n’est pas demandé à l’État de rendre les 100 millions d’euros de TVA ou les taxes récupérées sur ce chantier ».
Sourde à la demande d’« exemption » formulée par le général Georgelin qui dirige ces travaux, Hidalgo l’est tout autant lorsqu’au conseil de Paris la députée Brigitte Kuster (LR) rappelle qu’« elle a bien su exonérer les terrasses de café pendant la crise sanitaire » ! Dans leur vœu de manne salutaire, sœur Anne et frère Emmanuel ont oublié un détail : la reconstruction de la cathédrale est entièrement financée par des dons privés venus du monde entier. Or, aucun des 340 000 donateurs n’envisage que sa générosité disparaisse dans les caisses de la Ville. Certains « grands » ont même fait savoir qu’ils pourraient reprendre leur chèque si la Mairie restait inflexible. Ce qui est probable, car comme l’écrit Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris : « Quand on fait le mal, il faut faire tout le mal. Démence de s’arrêter à un milieu dans le monstrueux. »
Pour l’avocat de Mila et de Charlie Hebdo, la lutte contre l’islamisme passe par la gauche. Elle doit se ressaisir des questions identitaires et, pour séduire les jeunes des banlieues, faire revivre le rêve de liberté qu’offrent les valeurs de la République.Propos recueillis par Élisabeth Lévy
Causeur. Je vous ai fait lire un article joyeusement blasphématoire sur Mila. J’ai décidé de ne pas le publier pour ne pas faire prendre de risques à ma rédaction. Cet épisode m’a laissé un goût très amer. C’est le symbole de notre défaite.
Richard Malka. Je comprends votre réaction de chef d’entreprise responsable de la sécurité de son équipe. Reste que vous avez tort ! Tout le monde devrait oser le blasphème. Les députés ont eu le courage d’honorer un livre qui s’appelle Le Droit d’emmerder Dieu. Plus on sera nombreux à garder ce goût de l’irrévérence, de l’irrespect et de la liberté, plus on conservera notre liberté, et aucun de nous ne sera en danger.
C’est très théorique, car le goût, nous l’avons. La réalité c’est que faire cela revient à demander une protection policière.
Non ! Beaucoup de gens ont intégré la peur, parfois jusqu’à la paranoïa. Mais ce ne sont pas n’importe quels journalistes qui prennent un risque. Si vous aviez publié cet article, il ne se serait rien passé. Sans vouloir vous offenser, vous ne vous adressez pas à des millions de personnes. De plus, qu’une revue étiquetée islamophobe fasse du blasphème ne pose aucun problème. Si Libération le faisait, ce serait autre chose…
Dans les années 1970, il n’y avait pas une idéologie qui disait aux immigrés : restez chez vous ! Aujourd’hui, c’est ce que répètent mes Frères musulmans ou les salafistes. Nous avons fait preuve d’angélisme à l’égard de ces idéologies
Mila non plus ne s’adressait pas à des millions de gens…
Il y a aussi des phénomènes de hasard. C’est tombé sur Mila…
Je vais réfléchir et je publierai peut-être ce texte ! Cela dit, il y a une différence entre parler de l’islam ou du blasphème, ce que nous faisons tous les quatre matins, et blasphémer, comme le fait Mila avec ce que vous appelez poliment ses « allusions proctologiques ». Comme vous le dites, tous ensemble, on ne prend pas de risques. Quand j’ai proposé à d’autres rédactions de publier, tous ensemble, les caricatures de Charlie Hebdo, tout le monde a regardé ses pieds et cela a fini avec un beau texte sur la liberté d’expression dont les islamistes se foutent totalement.
Ce refus était-il motivé par la peur ou par des réticences idéologiques ?
Sans doute un peu par les deux…
La peur est un poison. Le but des islamistes, c’est de faire entrer dans les têtes la peur qui conduit à l’autocensure ; cette peur qui conduit à avoir en permanence une paire de ciseaux à l’esprit. Mais on exagère beaucoup le danger et c’est bien moi qui vous le dis…Tout de même : un an et demi après l’assassinat de Samuel Paty, il y a un seul collège en France qui porte le nom de Samuel Paty, ils refusent tous. Que se passerait-il si chaque département avait son lycée Samuel Paty ? Rien.
Revenons à l’idéologie. Indépendamment de la peur, le respect de la religion est en train de regagner du terrain, notamment dans la jeunesse.
Oui, j’ai vécu cela de manière très concrète pendant le procès Mila. C’était le discours d’absolument tous les prévenus, qu’ils soient musulmans, chrétiens, athées, quel que soit leur profil social : ce n’est pas bien de critiquer la religion, c’est du racisme. Donc, il est légitime de menacer de tuer, brûler et violer. Nous n’avons pas à être tolérants avec l’intolérance. Sous prétexte de respect, que faudrait-il accepter ? L’inégalité entre les hommes et les femmes, l’éducation en dehors des règles de la République, les discriminations envers les homosexuels ? Je ne suis pas contre le respect des religions, mais l’obligation du respect mène à l’intolérance, aux guerres de religion.
Reste que l’irrespect peut blesser. Or, il faut admettre que les juifs sont relativement épargnés : on se moque assez peu de leurs croyances.
Oui, parce que les phénomènes intégristes les plus marquants sont, à notre époque, plutôt rattachés à l’islam. Theo Van Gogh qui s’attaquait aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans de manière très violente a été tué par un islamiste. Il y a une sensibilité particulière de l’islam, en tout cas en Europe. Quand on blasphème le Dieu des juifs, je n’ai pas l’impression que ça les chagrine beaucoup. Les chrétiens ont fini par accepter le blasphème, même si cela n’a pas été facile. Au pire, ils vont devant les tribunaux. Du reste, avec les imams, le dialogue est souvent possible. En général, ceux qui demandent la mort des blasphémateurs n’ont jamais lu une ligne du Coran.
Autrement dit, nous avons toujours un train de retard. Nous sommes en train de contrôler les mosquées. Mais Abdeslam et ses comparses se sont radicalisés en regardant des vidéos de décapitation en fumant des pétards dans un bistrot.
En effet, ce ne sont pas les croyants religieux qui posent problème, certains peuvent devenir fanatiques mais il s’agit de quelques centaines de personnes, dont la police et la justice peuvent s’occuper. Le problème, c’est l’écosystème qui transforme une religion dont on ne connaît qu’un ou deux versets en identité : là, il n’y a plus de dialogue possible.
Justement, à cette identité vous opposez la République, la laïcité, etc. Or, le voile n’est pas contraire à la laïcité mais à nos mœurs. À une identité, il faut opposer une identité, mais ce mot vous fait peur, vous ne l’employez jamais.
On ne va pas interdire le voile dans l’espace public, ce serait une atteinte grave à la liberté. Pour le reste, nous avons un vrai désaccord : je ne crois pas qu’on puisse remplacer cette identité qui se déploie dans certains lieux par l’identité française.
Mais l’identité française existe et même préexiste à l’identité islamique.
Oui, mais elle est mouvante. Zemmour finit ses discours par : « Vive la République, et surtout, surtout, vive la France ! » C’est exactement le contraire. Aujourd’hui, la France, c’est invendable, on n’est plus patriotes. C’est fini ! On n’a plus une grande armée, on n’a plus une économie mondiale. Un pays, ça se réinvente ! Votre identité nous conduit à réhabiliter les épisodes les moins glorieux de notre histoire au prétexte que la France est un tout.
Il ne s’agit pas de les réhabiliter, mais d’assumer, de refuser de réécrire l’histoire.
Dans les faits, ce n’est pas mon histoire, et pas davantage la vôtre. Et au plan symbolique, mon histoire, c’est celle de la Révolution et de la République. La France monarchique ce n’est pas ma France. La France, c’est vieux, la République, c’est jeune. C’est vendeur ! Avec ça, on peut créer une transcendance.
La France de Molière, de Chateaubriand, ce n’est pas la France ?
Molière est profondément antireligieux et profondément laïque. Rabelais aussi et Montaigne aussi. Aujourd’hui, nous ne sommes plus une puissance militaire, ni économique ni même littéraire. Si nous avons une place singulière dans le monde, c’est parce que nous portons des idées.
Des idées dont personne ne veut…
Oui, mais c’est cela qui est beau ! Nous, on en veut ! On sent un attachement viscéral de ce peuple à l’universalisme – même s’il y a une rupture générationnelle qui m’inquiète probablement autant que vous. Nous sommes le peuple qui résiste le plus au monde. Non pas à l’islamisme, mais au communautarisme anglo-saxon.
Pardon, mais la France ne commence pas avec la République. Par ailleurs, j’ai toujours aimé cette phrase de Malika Sorel qui dit « immigrer, c’est changer de généalogie ».
C’est toute la dialectique entre intégration et assimilation. Je ne suis pas assimilationniste. Je ne vois pas pourquoi on devrait oublier d’où on vient.
Mais l’assimilation, même à la Zemmour, ce n’est pas ça. C’est Napoléon : « Tout comme individu, rien comme nation. » C’est ça l’assimilation !
Quelle est la différence avec l’intégration dans ce cas ?
C’est assumer l’histoire de France, c’est dire « Nos ancêtres les Gaulois ».
Eh bien non ! Ce qui compte, c’est d’accepter les lois et de les faire passer avant ses croyances. Nos ancêtres les Gaulois, c’est une fiction.
Mais la France est une fiction. Quand De Gaulle dit que la France, ce n’était pas Vichy, c’est une fiction pure, mais elle nous a permis de nous relever.
Et à un moment, on revient à la réalité avec Chirac.
Après le discours du Vél’ d’Hiv’, chacun a voulu sa part de repentance. Et il y a eu la loi Taubira.
Ce n’est pas une question de repentance, c’est une question de réalité. Je ne crois pas qu’on puisse fonder quelque chose d’utile sur une fiction. Moi, j’adhère aux lois de la République, pas à toutes les parties de l’histoire de France. Je ne vais pas m’inventer des ancêtres que je n’ai pas. D’ailleurs, je m’en fous de savoir d’où je viens, je suis où je vais.
Bon, nous n’allons pas tomber d’accord. Revenons à notre problème : un nombre croissant de musulmans, en particulier dans la jeunesse, se pensent d’abord comme musulmans plutôt que français. Et contre ça, justice et police ne peuvent rien. N’est-ce pas un combat déjà perdu à cause du nombre ?
C’est certain, on ne gagnera pas par la répression. C’est une nécessité, pas une solution. On en revient à cette question de l’identité. Quelle identité propose-t-on à un gamin né dans une cité dans un écosystème quasi totalement musulman, où il n’y a plus beaucoup d’État, assez peu de perspectives de sortir de la cité, et aucune idéologie alternative ? Le communisme, l’Europe, le capitalisme ne font plus rêver et le patriotisme ne marche pas. Or, on a besoin de croire à quelque chose de plus grand, surtout quand on est dans une situation difficile.
Vous leur proposez les valeurs de la République, mais ça n’a pas l’air de marcher non plus.
On ne leur a jamais vraiment proposé.
D’autre part, cet environnement homogène n’est pas lié à des causes sociales. Si les Blancs ont quitté les cités pour la France périphérique, c’est parce qu’ils n’en pouvaient plus de « vivre-ensemble ». Quand l’islam n’est pas minoritaire, il a beaucoup de mal à s’accommoder de l’altérité.
Pourtant, on le voit dans le reportage de M6, ce sont souvent des Français de culture musulmane qui sont au front pour porter les valeurs de la République. Autrement dit, si l’intégration fonctionne beaucoup plus mal qu’à notre époque, elle n’a pas totalement raté non plus ! Notre génération a failli, elle a totalement échoué à transmettre nos valeurs parce qu’on les croyait acquises.
Ou parce qu’on n’y croyait plus. Ce n’est pas notre génération, mais plutôt la génération 68 qui s’est éprise de multiculturalisme. Les accommodements déraisonnables se sont faits au nom de la liberté.
Pas au début ! Sous Giscard, on faisait venir les gens pour bosser et on les mettait dans des cités-dortoirs. Puis, à partir de 1981-82, Le Pen a commencé à parler d’immigration. Du coup, la gauche n’en parlait plus ; pareil avec la sécurité, puis la laïcité. Aborder ces thèmes c’était « faire le jeu du Front national ». Résultat, regardez où est l’extrême droite et comment se porte la gauche.
Pour revenir à l’intégration, vous avez raison, elle a marché pour beaucoup de gens, au point qu’ils se sont fondus dans la masse et ne se sentent pas spécialement concernés par l’imprégnation islamiste qui est surtout une affaire de cités. Pourtant, aujourd’hui, certains se réveillent. Il y a eu cette tribune de musulmans contre l’islamisme dans Le Monde. Avez-vous été à la manœuvre ?
Je crois avoir contribué à éviter, avec mon interview dans Le Point, que l’affaire de M6 passe par pertes et profits et qu’elle devienne un fait divers. Je sais que, depuis dix ou quinze ans, il faut se lever de bonne heure pour placer un documentaire sur l’islam radical à la télévision.
En revanche, la presse écrite, Causeur y compris, n’a nullement déserté ces sujets. Mais elle ne semble pas beaucoup impressionner les islamistes.
Qui lit la presse écrite chez les moins de 40 ans ? On l’a vu au procès Mila, les jeunes ne savent plus ce que c’est qu’un média écrit, ils ne regardent même pas la télé, ne consultent pas Wikipédia. Tous répondaient à des propos qu’elle n’avait pas tenus, alors que la vidéo a été vue 35 millions de fois. Leur seule source d’information, ce sont les réseaux sociaux, et en particulier, les « top tweets ». Le rapport à l’information des jeunes générations dépasse la question de la religion et de l’islamisme. Ça fait froid dans le dos ! C’est tellement destructeur pour la démocratie. Mais en plus de la nécessité de la régulation, il faut que nous soyons présents sur ces nouveaux médias.
Vous avez fait beaucoup de progrès !
Oui, mais je suis sur des réseaux sociaux de vieux ! Je ne suis pas sur TikTok ni sur Twitter qui sont les deux plus gros prescripteurs. Je n’ai pas ce courage…
Cela nous amène à une autre responsabilité de la gauche. Au nom de la bienveillance, elle a détruit l’école et massacré (intellectuellement) cette jeunesse.
Pour être plus précis, on a massacré cette jeunesse de l’école publique au bénéfice de l’école privée. Tous les gouvernements qui se sont succédé portent la lourde responsabilité d’avoir renoncé à l’excellence.
De plus, comment se battre sur ce front alors que de nouvelles vagues migratoires amènent chaque année des gens de moins en moins éduqués ?
Évidemment, il y a un lien entre les deux questions. Mais sur cette question de l’immigration, il faut sortir d’une vision idéologique – la gauche généreuse, ouverte au monde, la droite qui ne veut plus un immigré y compris en revenant sur le droit d’asile. Si la gauche veut exister à nouveau, elle doit s’emparer de cette question et se demander qui on est capable d’intégrer dignement. Sans immigration, des secteurs comme celui de la construction immobilière n’existeraient plus. De quelle immigration a-t-on besoin ? Quels moyens et quelle philosophie pour l’intégration ? Il faut être pragmatique.
En tout cas, on peut faire des Français avec des individus, pas avec des communautés.
Les immigrés se regroupent toujours, les Italiens, les Portugais, les juifs… Il faut quelques générations pour que le groupe se disloque. Le problème c’est que de génération en génération, cela se reproduit, voire s’aggrave.
En effet, depuis vingt ans, on assiste chez les musulmans français à la reprise du pouvoir du groupe sur les individus.
Dans les années 1970,il n’y avait pas une idéologie qui disait aux immigrés : restez entre vous ! Aujourd’hui, c’est ce que leur répètent les Frères musulmans ou les salafistes. Oui, nous avons fait preuve d’angélisme à l’égard de ces idéologies ! Au début, on se dit que ce n’est pas grave et quand on en prend conscience, il est déjà tard. Mitterrand et Jospin pensaient que deux voiles, ce n’était rien du tout. La question ne se réglera que si la gauche fait sa révolution culturelle sur ces questions-là.
Pourquoi êtes-vous si soucieux de la gauche dans un pays qui est presque à 70 % à droite ?
Peu importe ! D’abord, il n’est à 70 % à droite que parce que la gauche ne veut plus de ces électeurs. Beaucoup de gens voudraient voter à gauche, mais ne trouvent pas l’offre qui leur convient. Et ça déséquilibre tout le système ! Surtout, il y a toujours un primat culturel de la gauche sur ces questions. Quand elle s’en empare, la droite se fait toujours traiter de raciste et de fasciste. Du reste, qu’est-ce que la droite a fait de mieux en dehors de beaux discours ? Macron est celui qui a le plus agi avec sa loi séparatisme. Mais le pire a été Nicolas Sarkozy qui a fait exactement le contraire de ce qu’il fallait. Il faut désormais attendre 18 ans pour bénéficier du droit du sol, mais jusqu’à 18 ans, on est quoi ? Le message adressé à ces jeunes, c’est : vous n’êtes pas Français. Comment améliorer l’intégration avec ça ?
Dans le documentaire de M6, la journaliste interroge le directeur d’une école hors contrat à Marseille : « La séparation des sexes, ce n’est pas la règle de vie en France. » Et il lui répond : « Ce n’est pas la règle de vie actuelle. » Ils se disent que le temps travaille pour eux. Avons-nous perdu ?
Non, à condition d’être plus intelligents qu’eux, et d’être capables de proposer aux jeunes qu’ils draguent, un autre rêve, un autre plus grand que soi. La liberté, ça parle à tout le monde.
Si, il se trouve que je vais parfois leur parler à ces gosses, en tant qu’avocat de Charlie Hebdo, donc je ne suis pas toujours reçu avec des sourires. Mais je vous assure qu’au bout d’une heure, je vois de petits éclats dans les yeux, avec des gamins qui réalisent que c’est possible de se dire ça ! Il y a une aspiration à la liberté au fond de chaque être humain. Elle n’est pas morte ! Il faut aussi leur dire « vous êtes français à 400 % ».
Non, il faut leur dire « vous êtes français si vous aimez la France, si vous voulez être français ». Être français, ce n’est pas juste une question de papiers.
On ne peut pas commencer à mettre 36 conditions. Nous devons avoir une confiance d’avance.
Oui et ils vous répondront : si je suis français, pourquoi ne pourrais-je pas jouer au foot avec mon voile ?
Parce qu’on a une loi commune !
Oui, sauf qu’aucune loi ne l’interdit. C’est le règlement de la FFF.
Ces polémiques-là se nourrissent du flou ! À chaque fois qu’il y a du flou, l’islam politique avance ses pions.
Donc, il faut être clair. Et faire beaucoup de lois.
Ce qui s’est passé à la RATP est intéressant. Une nouvelle dirigeante a décidé que les conducteurs qui refusaient de serrer la main à des femmes ou de s’asseoir sur leur siège, c’était terminé. Elle en a licencié quatre ou cinq, elle a parfois été condamnée aux prud’hommes, mais elle a réglé le problème.
Quand je parlais d’aspiration à la liberté, je ne parlais pas seulement des musulmans. Je suis frappée de voir qu’en France, peu de gens sont prêts à se battre pour la liberté. C’est notre fonctionnement reptilien : l’homme veut manger, se reproduire et ne pas être massacré quand il sort de sa grotte. Et si, pour que ces trois besoins soient satisfaits, il faut abolir toutes les libertés, 99,9 % des gens signeront. C’est ce qui s’est produit avec le confinement. En vingt-quatre heures, on a abandonné notre plus grande liberté, tout simplement parce qu’on veut vivre. Ça ne sert à rien d’être libre si tu es mort. Voilà pourquoi il faut parler aux peurs ! Il faut leur répondre, pas les mépriser.
Qui a méprisé les peurs du populo ? Encore la gauche qui les traitait de gens à l’esprit étroit…
Je partage totalement ce constat-là !
Vous menez le combat contre l’islamisme et même vos adversaires ne vous détestent pas. Pourquoi ne pas vous engager en politique ?
Je n’ai pas ce courage sans doute. Je suis habitué à la violence mais cette violence-là, je ne suis pas sûr de pouvoir la supporter. Du reste, je fais de la politique. Peut-être ai-je plus de pouvoir, avec ma parole libre, à laquelle je tiens beaucoup, que nombre de secrétaires d’État voire de ministres. J’ai récemment refusé des propositions. Cependant, on ne m’a jamais proposé un poste dans lequel je serais plus utile qu’à ma place actuelle. Si ça arrivait, je serais bien emmerdé !
En 2013, à la même occasion, le leader de la France Insoumise révélait à la radio marocaine qu’il préférait Casablanca à Clermont-Ferrand. Depuis, il a trouvé une solution pour se débarrasser des Français de souche « arriérés »: la créolisation.
Lors de son dernier meeting à Paris, Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’un « autre peuple français est là […] un peuple fier et heureux d’être déjà créolisé ». C’est une obsession chez lui.
Le leader de l’extrême-gauche rêve d’une France ressemblant à Tanger, sa ville de naissance.
L’obsession du métissage pour seule réponse au racisme
Débarquant en Normandie en 1962, il avait découvert une France qui ne ressemblait pas à celle qu’il avait « idéalisée », dira-t-il plus tard sur une radio marocaine. « La France des campagnes, ajoutera-t-il, était extraordinairement arriérée par rapport au Maroc des villes ; Casablanca était une ville plus moderne que Clermont-Ferrand. » Horrifié par le souvenir de ces Normands « alcooliques » descendant de blonds scandinaves à la peau claire, Jean-Luc Mélenchon s’installera à Paris dans le 10ème arrondissement. Là, l’hétérogénéité chromatique et les diversités capillaires le combleront et chasseront ses frayeurs enfantines, normandes et monochromes ! « Je ne peux pas survivre quand il n’y a que des blonds aux yeux bleus. C’est au-delà de mes forces », expliquera-t-il, la voix tremblante, au micro de la même radio. On comprend mieux ainsi pour quelles raisons son meeting lyonnais a été animé par un rappeur noir beuglant qu’il votera Mélenchon pour que « tous les Français se sentent Africains ».
Au fil des ans, celui qui se rêve en lider maximo français a poussé sa réflexion sur le type humain idéal jusqu’à parvenir à la conclusion qu’il devait être « créolisé » pour être parfait. Il n’est pas le seul à être obsédé par ce métissage absolu. Visionnaire, Marie Darrieussecq, qui dit avoir suivi les séminaires d’Achille Mbembe sur le post-colonialisme, prédisait en 2013 dans une tribune publiée dans LeMonde que « l’humain du futur sera beige foncé avec des cheveux bruns ». Précisons que cette gribouilleuse, qui a appris au journal Libération qu’elle écrivait « au moins sur deux jambes », avoue aussi être une lectrice assidue de Preciado, Butler et Despentes. Tout s’explique !
Marie Darrieussecq. ISA HARSIN/SIPA.
Mélenchon parle d’une France « rabougrie et raciste » heureusement en cours de créolisation ; Marie Darrieussecq espère la disparition de la Mer Méditerranée et un rapprochement des continents permettant une continuelle migration [1] ; l’écrivain camerounais Léonora Miano nous demande de ne pas avoir peur devant cette « transformation qui peut être effrayante pour certains mais ils ne seront plus là pour voir l’aboutissement » [2] ; l’historien camerounais Achille Mbembe déclare qu’on « assiste à un processus de repeuplement du monde, et ce processus va s’intensifier dans les années qui viennent [et] provoquer des recompositions majeures » [3]. Les plus éminents représentants des mondes politique, médiatique, littéraire ou intellectuel de gauche constatent, prédisent ou espèrent un remplacement de la population européenne. Étrangement, ce phénomène devient une thèse nauséabonde, raciste et d’extrême-droite lorsqu’il est décrit et analysé par Renaud Camus.
Une propagande continue
Les entreprises américaines et européennes participent à la propagande et proposent maintenant des publicités télévisuelles qui incarnent ce métissage idéologique reposant sur une vision du monde mêlant toutes les tendances antiracistes, décolonialistes et wokistes du moment et déniant la réalité réelle pour montrer une réalité fausse, en l’occurrence une surreprésentation de personnages de couleur dans les spots destinés aux consommateurs occidentaux. Si ce nouveau monde majoritairement afro-européen n’existe pas encore, il est souhaitable et surreprésenté dans les séries Netflix. Et comme l’exprime si joliment Mme Miano, nous ne devons pas en avoir peur. La preuve : il est prévu qu’il achète des voitures électriques, des téléphones portables et des jeux vidéo débiles comme tout le monde !
De son côté, l’éditorialiste du Washington Post Rokhaya Diallo verrait d’un bon œil que les « commentateurs médiatiques blancs » soient eux-mêmes remplacés ou pour le moins rééduqués de telle sorte qu’ils n’aient plus « un œil attendri » sur ces « Européens blancs » que sont les réfugiés ukrainiens [4]. Comme 79% des Français sont favorables à l’accueil d’Ukrainiens, la grande penseuse devine dans cette acceptation un « privilège blanc », ce concept faisant office de sésame à toutes les thèses sur le soi-disant racisme systémique de la France. Mme Diallo fait feu de tout bois dès qu’il s’agit de mettre à mal notre pays. Elle critique son « universalisme républicain » et sa laïcité qui ne seraient destinés qu’à stigmatiser les musulmans, et dénonce la facilité avec laquelle il est prêt à accueillir des réfugiés ukrainiens « blancs » alors même qu’il renâclerait à accueillir ceux du continent africain, montrant par là son vrai visage raciste, selon elle.
Ressentiment pour les uns, révolution pour d’autres
Pour une raison ou pour une autre, toutes ces personnalités désirent plus que tout une recomposition totale de la France : population, religion, culture, mœurs. Le nerf du ressentiment et le muscle révolutionnaire opèrent de concert. Pour qui n’a pas eu ce qu’il croyait être son dû, pour l’onaniste droitdelhommiste en quête de satisfaction personnelle, pour celui qui espère substituer à une population repentante et fatiguée une nouvelle population vigoureuse et « créolisable », l’heure de gloire est peut-être venue.
Jean-Luc Mélenchon espère ramener dans son bercail les brebis égarées que sont les potentiels abstentionnistes et promet le droit de vote à 16 ans, des augmentations mirifiques, des retraites précoces, la sortie du nucléaire, la reconnaissance du crime d’écocide, l’inscription de la « liberté de genre » dans la Constitution, etc. L’immigration, l’islamisme ou l’insécurité sont des sujets qu’il évite soigneusement, sauf à les traiter à la manière des sociologues de gauche, c’est-à-dire par la seule explication sociale et en dénonçant globalement la “société française” et le capitalisme. Ayant compris qu’il n’a aucune chance d’être élu et que la décennie qui vient verra des changements encore plus brutaux et durables que ceux d’aujourd’hui, peut-être Jean-Luc Mélenchon prépare-t-il cyniquement le terrain pour ses successeurs, ces idiots utiles de toutes les révolutions “intersectionnelles” en cours qui n’imaginent d’ailleurs pas un seul instant qu’ils seront les premières victimes de ces renversements qu’ils appellent de leurs vœux – et c’est bien la seule satisfaction que nous tirerons de la catastrophe annoncée : « Le révolutionnaire ne découvre “l’esprit authentique de la révolution” que devant le tribunal révolutionnaire qui le condamne » [5].
L’histoire n’ayant jamais démenti ce fait indéfectible, suivons l’adage de Lao-Tseu et, patients, asseyons-nous au bord de la rivière en attendant de voir passer les cadavres de nos ennemis.
Au moment où Boris Johnson multiplie les déclarations de soutien à l’Ukraine dans la tourmente, un nouveau scandale vient entacher la réputation de son gouvernement : une entreprise privée, à laquelle le ministère de l’Intérieur a sous-traité la gestion des visas, chercherait à exploiter les réfugiés en leur proposant des services accélérés payants [1].
Aux heures sombres de la matinée, Marioupol en flammes ressemblait à l’enfer sans couvercle. Des photos aériennes ont montré une ville pulvérisée au point d’être méconnaissable. Victime gémissante et ensanglantée, la pauvre Marioupol subit de plein fouet la furie brutale de la Russie, alors qu’elle s’apprête à entrer dans sa troisième semaine de bombardements.
À Kiev, la moitié des 3,5 millions d’habitants est portée disparue, sur le long chemin vers une autre vie. Les Ukrainiens s’attendent au pire, tandis que les soldats russes cherchent à atteindre les objectifs fixés par leur président, en dépit des nombreux problèmes techniques et logistiques rencontrés sur le terrain.
Dans le sud, des chiens sauvages errent parmi des cadavres éparpillés dans le centre de Mykolaiv, alors que la bataille pour la mer Noire s’engage. Partout, les gens fuient, laissant principalement leurs hommes pour lutter contre le despotisme. Plus de dix millions d’Ukrainiens sont désormais des réfugiés, à l’intérieur du pays ou à l’étranger.
Business as usual: les affaires sont les affaires
Pendant ce temps, à Londres, le ministère de l’Intérieur fait appel à une société privée pour traiter les demandes de visa. TLSContact, filiale du groupe français Teleperformance, ferait payer les réfugiés pour ses services. Cette société a obtenu un contrat de 100 millions de livres sterling pour gérer les centres de visas en Europe. Elle demande 38 euros pour photocopier des documents et 80 euros pour obtenir un rendez-vous en dehors des heures d’ouverture. En outre, le ministère de l’Intérieur semble proposer ses propres services payants, qui comprennent un forfait de 712.80 euros pour accélérer une demande.
Il y a également des « frais de rendez-vous » si tous les membres de la famille souhaitent être vus ensemble. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, doit maintenant répondre aux questions de la Commission des affaires intérieures sur les révélations du site OpenDemocracy. OpenDemocracy, une plateforme médiatique indépendante basée au Royaume-Uni qui cherche à « défier le pouvoir et à encourager le débat démocratique » dans le monde entier, dispose de preuves tangibles que la société a soutiré de l’argent aux personnes démunies et que la ministre de l’Intérieur a été avertie de ses méthodes.
Il a été affirmé au Parlement britannique que le centre de visa de TLSContact à Rzeszow, en Pologne, avait refusé des demandeurs qui avaient fait la queue pendant des heures dans des températures glaciales, en disant qu’il n’avait pas de créneaux disponibles avant la fin d’avril. « La secrétaire d’État peut-elle me dire pourquoi cette société est autorisée à profiter de la souffrance et de la misère des Ukrainiens en leur offrant la possibilité, s’ils effectuent des paiements supplémentaires, de voir leur dossier accéléré, et d’obtenir des rendez-vous plus rapidement ? » a demandé la députée travailliste, Diana Johnson, qui est la présidente de la Commission des affaires intérieures.
La ministre de l’intérieur du Royaume-Uni face aux preuves qui s’accumulent
Mme Patel a nié que les Ukrainiens aient été invités à payer, répondant : « En ce qui concerne les individus ukrainiens, les ressortissants familiaux, les ressortissants ukrainiens qui viennent au Royaume-Uni pour être réunis avec leur famille, c’est un service gratuit. Il n’y a aucun frais d’aucune sorte. » Mais OpenDemocracy prétend pouvoir prouver que certaines personnes qui ont demandé des rendez-vous pour des visas au nom de leur famille ou de leurs amis ukrainiens par le biais de TLSContact au cours de la semaine dernière se sont effectivement vu proposer des services payants.
« Priti Patel ne raconte que des conneries » témoigne Helen Howard-Betts, qui a essayé d’obtenir un rendez-vous dans un centre de visa à Bucarest pour son ami ukrainien, qui est actuellement près de Lviv. Elle n’a pas pu prendre le moindre rendez-vous sur le site Internet et lorsqu’elle a essayé de contacter le ministère de l’Intérieur pour obtenir de l’aide, on lui a dit qu’elle devrait payer £2,74 pour envoyer un e-mail à l’équipe d’assistance. Un autre Britannique, Wes Gleeson, qui a fui Kiev avec sa famille a déclaré à OpenDemocracy que l’expérience de la demande de visa via le site web de TLSContact pour sa femme et sa belle-sœur ukrainiennes ressemblait à « essayer de réserver un vol avec une compagnie aérienne à bas prix […] Ils nous ont dit : « Voulez-vous dépenser 200 livres de plus ? »
Après des jours de critiques croissantes sur la politique de visas du gouvernement pour les Ukrainiens, y compris de la part de ses propres députés, la ministre de l’Intérieur a finalement annoncé, dans une déclaration à la Chambre des communes le 10 mars, que certaines exigences seraient assouplies.
La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, prend la parole à la Chambre des Communes, le 10 mars 2022.
« Une autre voie destinée aux Ukrainiens qui n’ont pas de famille au Royaume-Uni n’a pas encore été établie. Certains Ukrainiens qui ont fui le pays et n’ont pas de famille au Royaume-Uni ont été contraints de payer près de 400€ pour un visa de visiteur accéléré afin de pouvoir rejoindre des amis déjà au Royaume-Uni », explique OpenDemocracy. La députée travailliste, Diana Johnson, a salué ces changements mais s’est déclarée préoccupée par la possibilité que le sous-traitant privé du ministère de l’Intérieur, TLSContact, puisse continuer à proposer aux réfugiés des services accélérés en échange d’un paiement supplémentaire, cherchant ainsi à profiter de leur vulnérabilité.
Priti Patel est l’enfant de parents indiens gujaratis qui ont fui l’Ouganda pour se réfugier au Royaume-Uni juste avant la décision d’Idi Amin de déporter tous les Asiatiques. Mme Patel est très admirative de Margaret Thatcher comme son père, Sushil, qui a créé une chaîne de maisons de la presse et qui a représenté l’Ukip lors des élections municipales. Connue pour son image de femme dure, Priti Patel voit ses compétences de plus en plus mises en cause aujourd’hui. Ceux qui en font les frais sont les réfugiés qui émergent des décombres de l’Ukraine.
[1] « Une première version de ce texte a paru en anglais sur le site de l’Association of European Journalists »
La frénésie dépensière du gouvernement tombe à pic pour Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle!
« Nous sommes en guerre », avait déclaré et répété plusieurs fois Emmanuel Macron devant 20 millions de téléspectateurs le 20 mars 2020, en pleine crise du Covid. 454 milliards d’euros et 730 jours plus tard, en mars 2022, la dette de la France approche dangereusement les 3 000 milliards, ce qui n’a pas l’air de ralentir la distribution des milliards. Après 25 à 26 milliards d’aides diverses, chèque énergie, chèque inflation, remise carburants, « bouclier tarifaire » contre la hausse des prix du gaz et de l’électricité, voici maintenant un plan de 15 milliards d’euros pour la police, plus un plan de « résilience » de 3 à 4 milliards – on ne sait pas exactement, et de toute façon on n’est pas à 1 milliard près –, à quoi il faut ajouter un « dégel » du point d’indice des fonctionnaires pour un minimum de 2 milliards par an.
Nous venons de vivre deux quinquennats sous le joug de deux énarques socialistes et étatistes, obsédés de redistribution et démagogues au plus haut degré
Sur ce dernier point, Emmanuel Macron ne fait que copier son prédécesseur, François Hollande, qui avait augmenté cet indice à deux reprises, en 2016 et en 2017, espérant encore candidater à sa réélection. Le point d’indice avait été « gelé » ensuite, ce qui n’empêchait aucunement d’ailleurs des hausses catégorielles de traitement pour la plupart des fonctionnaires. Pauvre Amélie de Montchalin. Pas de chance pour la ministre qui se vantait de ne pas « céder à la démagogie » électorale, « contrairement à tous les gouvernements en fin de mandat », la hausse du point d’indice étant évidemment soutenue à l’unanimité des neuf fédérations syndicales de l’administration représentant ses 5,7 millions de fonctionnaires-électeurs ! Notre pauvre Amélie qui est officiellement « ministre de la Transformation et de la Fonction publiques » a dû avaler son chapeau à fleurs : elle a été finalement contrainte d’annoncer dans une interview au Parisien, que ce fameux point d’indice serait « dégelé » avant l’été.
Définition du mot « démagogie » par le Larousse : « Aptitude consistant à flatter les aspirations à la facilité ou les préjugés du plus grand nombre pour accroître sa popularité, obtenir ou conserver le pouvoir. » Nous y sommes. Notre pays étant dirigé depuis longtemps par des démagogues qui en sont arrivés à le ruiner – nous y sommes également –, c’est tout de même la première fois, à notre connaissance, qu’un ministre de la Fonction publique de plein exercice prononce le mot de « démagogie » pour s’y opposer d’abord et pour s’y soumettre ensuite !
Une phénoménale fièvre de démagogie
Sur l’état réel du pays, sur le désastre économique qui pointe à l’horizon, la Cour des comptes s’est manifestée à sa façon en février dernier dans son traditionnel rapport public annuel, s’inquiétant du « décalage » avec le redressement des comptes publics effectué par nos partenaires européens et classant la France parmi les cancres de la zone euro. L’Institut Montaigne et le cabinet Mazars, de leur côté, viennent de réaliser un baromètre inédit des impôts de production en Europe. Ce qu’ils ont constaté n’est pas beau à voir : ces impôts qui frappent toutes les entreprises avant même qu’elles ne fassent de bénéfices ont avoisiné 100 milliards d’euros en France pendant l’année 2020, soit quatre fois plus qu’en Allemagne. Si l’on enlève la Suède, qui n’a pas les mêmes systèmes de calcul que les autres pays européens, il n’étonnera personne de savoir que, pour ces impôts imbéciles et destructeurs, c’est la France qui est en tête des mauvais élèves européens : ils pèsent chez nous 4,4 % du PIB, loin devant le second du classement, l’Italie, avec 2,5 %, l’Allemagne étant à 0,7 %.
Quant à la dette colossale de notre pays, on a appris qu’elle avait été officiellement établie par l’Insee à 2 834 milliards d’euros au troisième trimestre 2021, contre 2 275 milliards en mai 2017, lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, soit près de 600 milliards supplémentaires ! Et ce sont nos enfants et petits-enfants qui vont devoir prendre en charge tous ces milliards, résultat d’une phénoménale fièvre de démagogie telle qu’on n’en avait pas vu dans l’histoire de France depuis l’empereur Napoléon ou même peut-être depuis Louis XIV.
C’est pure folie de continuer à dépenser comme nous le faisons
Quand on parle de dette publique, inutile de préciser qu’il s’agit d’argent emprunté. Agnès Verdier-Molinié, la directrice de la Fondation iFRAP, pour une tribune publiée sur le site d’Atlantico en février dernier, a fait le calcul que « 2020 restera l’année de tous les records avec 438 milliards empruntés par nos administrations publiques »[1]. Pour 2021 les besoins de financement devraient s’établir d’après elle à 416 milliards et pour 2022 se situer entre 330 et 345 milliards, sachant que ces emprunts doivent couvrir non seulement nos dépenses courantes mais aussi le remboursement de dettes anciennes qui arrivent à échéance (180 milliards en 2023).
Le problème est à terme. C’est celui du taux de remboursement de nos emprunts sur 10 ans qui est actuellement de l’ordre de 1%, mais qui est en train de grimper. S’il monte d’1 point de plus, nous précise Agnès Verdier-Molinié, « c’est un coût supplémentaire de 22 milliards d’euros par an au bout de cinq ans. Mais si jamais ce taux venait à augmenter de 4 points, alors la hausse serait de 88 milliards au bout de cinq ans ». C’est pure folie pour l’Élysée et Matignon de continuer à dépenser et à emprunter comme nous le faisons. On dit que le pouvoir est une drogue dure. Les Français n’ont plus la moindre chance, maintenant que la faillite du pays est avérée, de s’en sortir sans dégâts. La secousse sera terrible. Quand ? On ne sait pas.
Ce que l’on sait en revanche, c’est que nous venons de vivre pendant deux quinquennats sous le joug de deux énarques socialistes et étatistes, obsédés de redistribution et démagogues au plus haut degré, dont l’incompétence pour gérer efficacement un grand pays moderne aura occasionné pour les générations à venir des ravages dépassant l’entendement. Et que le plus jeune des deux soit quasi assuré d’être réélu en avril ne peut qu’ajouter de la peur devant cet avenir terriblement dangereux qu’il risque de laisser en héritage à ses concitoyens. Ajoutons qu’autant de démagogie, autant d’incompétence et d’irresponsabilité économique, alliés à autant de suffisance, ça, on n’avait encore jamais vu !
L’hebdomadaire Valeurs actuelles organisait son grand raout politique hier soir, à Paris. Récit.
L’affiche de la grande soirée organisée hier soir par nos amis de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles au Palais des Sports était tout à fait alléchante. Étaient attendus Marlène Schiappa pour soutenir le président sortant, Marion Maréchal en soutien d’Eric Zemmour, Eric Ciotti pour Valérie Pécresse et Jordan Bardella pour Marine Le Pen.
Et surtout, deux candidats à la présidence de la République avaient fait le déplacement : les poids lourds Eric Zemmour et Valérie Pécresse.
Une campagne 2022 sans débats ?
Malheureusement, aucun débat entre toutes ces figures politiques françaises de premier plan n’était prévu. C’est donc le plus souvent le public de la salle – majoritairement favorable au candidat de « Reconquête » – qui, par ses encouragements ou ses cris de réprobation, semblait mener le débat avec toutes les sommités présentes. Les journalistes de Valeurs, à commencer par les stars du magazine Geoffroy Lejeune ou Charlotte d’Ornellas (très applaudie), n’ont toutefois pas démérité. Et de toute façon, c’est le président Macron qui semble avoir décidé que les débats entre candidats ne seraient pas le fort de cette campagne présidentielle 2022 !
Outre nos estimables confrères, c’est l’association versaillaise des frères Sévillia Les Eveilleurs, née dans le sillage de la Manif pour Tous, et le réseau social Gettr (que nous présentait ici dernièrement Jeremy Stubbs) qui étaient à l’initiative de cet évènement important pour la droite dans la campagne, alors que le centriste Macron est archi favori. La soirée était réussie, la vaste salle pleine, et, outre certains enchainements et un programme peut-être un peu longuets, l’ambiance est restée sympathique et les échanges globalement intéressants. Dans la salle, on a pu apercevoir la présidente du Mouvement conservateur Laurence Trochu (qui a promis à nos lecteurs une nouvelle tribune rapidement), l’essayiste canadien Mathieu Bock-Côté, Valérie Boyer, Nadine Morano, Valérie Debord, Antoine Diers… Et beaucoup d’autres.
Gaspard Proust dans son élément
C’est le trumpiste Jason Miller, le fondateur de Gettr, aidé de Thomas Morel pour la traduction, qui entre le premier en scène. Ensuite, l’humoriste Gaspard Proust électrise complètement l’ambiance avec son humour noir. Le comique a d’abord feint la gêne, en avouant qu’il ne pouvait pas ne pas participer à ce qui avait tout du « congrès de Nuremberg » étant donné le montant de son cachet. Puis, il a finalement assumé sa participation, estimant que Vladimir Poutine pouvait de toute façon appuyer à tout moment sur le bouton rouge et nous administrer à tous une 4e dose fatale. « D’ici deux semaines, un petit chauve botoxé va mettre un sérieux coup de boost au réchauffement climatique », alors on n’est plus à ça près. Surtout, il a provoqué l’hilarité générale en imitant Philippe de Villiers.
Viennent ensuite les politiques. Le boss de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, demande à la salle de ne pas huer ceux qui n’ont pas sa préférence, et annonce la venue de Marlène Schiappa. Vu l’ambiance, il craint en réalité que la candidate LR prévue plus tard ne subisse une bronca. Mais c’est la progressiste Marlène Schiappa qui a donc la lourde tache de passer en premier. Et malgré les appels répétés de Lejeune à respecter ceux qui ont le courage de venir échanger avec une salle défavorable, elle ne peut empêcher des rires railleurs d’une bonne partie de l’assistance, notamment quand elle évoque la pandémie de Covid-19 comme explication au faible taux de reconduites effectives aux frontières de l’exécutif… Ensuite, toute la salle se lève lorsqu’entre en scène Marion Maréchal, qui est interrogée par Raphaël Stainville. Le candidat qu’elle soutient évoque depuis quelques jours la création d’un ministère de la « remigration » ? L’ancienne députée du Vaucluse ne voit pas où est le problème : pourquoi les Français aiment-ils tant la polémique ? Elle tape d’ailleurs fort sur l’immigration, reprochant à Emmanuel Macron d’avoir constitué un stock record de 3,5 millions de visas sous son mandat. Elle estime donc qu’on peut bien parler de ministère de la « remigration » quand on entend bouter hors de France un million d’étrangers en situation irrégulière lors d’un hypothétique mandat Zemmour. Très à l’aise sur tous les sujets évoqués, la revenante reproche au président Macron de « dépolitiser » la politique. Selon elle, le président sortant est un technocrate qui contourne la vie politique française traditionnelle. Elle en veut pour preuve le scandale McKinsey, ce cabinet de conseil en stratégie appelé à la rescousse par l’exécutif pour gérer la vaccination ou organiser le grand débat avec les gilets jaunes. Comme l’entreprise est dirigée par le fils du président du Conseil constitutionnel, lequel n’a pas levé le petit doigt contre les mesures sanitaires, il y a même « un parfum de scandale d’Etat » estiment Maréchal et Stainville.
Pécresse trouve trois points d’accord avec les lecteurs de Valeurs actuelles
A 21h55, c’est au tour de Valérie Pécresse. La candidate LR a bien du mérite, car la salle lui est très défavorable, même si ses soutiens plutôt réunis à droite de l’espace réservé à la presse l’encouragent. Quand elle dit qu’elle propose un « programme de rupture » avec Emmanuel Macron, la salle s’esclaffe. Quand on lui demande si elle appellera à voter pour le président sortant si elle n’est pas présente au second tour, elle refuse de répondre. Elle tente à un moment de rediriger l’hostilité de la salle contre Eric Woerth, déserteur qui a rejoint Macron. « Moi j’ai été pour lui [pour son élection] à Senlis, lui n’est pas là pour moi » se lamente-t-elle. A deux reprises, elle dit « chut » à la salle, mais ne se laisse pas intimider et poursuit son argumentation. Elle demande à l’assistance querelleuse si la courtoisie fait bien partie de ses « valeurs » comme elle le pensait. Et affirme finalement qu’elle a au moins trois points d’accord avec ces détracteurs qui ne voteront pas pour elle : comme la salle elle estime qu’Emmanuel Macron doit partir, comme la salle elle estime que la situation actuelle de la France n’est pas tenable, et comme la salle elle ne croit pas aux sondages actuels…
À 22h25, Eric Zemmour arrive telle une rock star sur une chanson des Rolling Stones, son groupe favori. Il n’a pas le temps d’entamer une réponse concernant la fameuse « remigration » qu’une Femen tente de s’approcher de lui. Elle est écartée par la sécurité, sécurité qui semble d’ailleurs particulièrement sur le qui-vive pendant toute l’intervention du journaliste du Figaro et de CNews, qui est questionné par Geoffroy Lejeune. L’équipe de campagne du candidat a demandé à ce dernier un entretien « intimiste ». Le public sera servi : Eric Zemmour confiera son souvenir le plus marquant de cette folle campagne entamée en septembre (c’est les Français qui dans ses meetings l’implorent de « les sauver ») et évoquera ensuite longuement son rapport au christianisme. La religion catholique a selon lui fait la France, et il révèle avoir pleuré à 14 ans à la lecture de Blaise Pascal. Pas forcément inintéressant, mais reconnaissons que les questions n’étaient pas non plus trop compliquées pour le candidat de « Reconquête ».
Le Pen grand remplacée par Zemmour: ce n’est pas dit
Eric Ciotti puis Jordan Bardella termineront la soirée, face au journaliste Tugdual Denis. Le premier a de nouveau récité toutes ses bonnes recettes qui lui avaient permis de finir en première position au premier tour du Congrès des LR. Et invoqué une longue filiation politique pour justifier son soutien à la candidate LR.
Le second, qui prend la parole à 23h15 dans une salle clairsemée – sur ma gauche les zemmouriens sont partis, sur ma droite une bonne partie des soutiens de Pécresse également – refuse comme Marine Le Pen de se livrer à cette vaine bataille de à qui sera le plus conservateur. Voiture-balai de fin de soirée, le président par intérim du RN rappelle que peu de choses séparent les lepénistes des zemmouriens, et a même des mots sympathiques pour les pécressistes encore présents. Et si en renommant le Front National en Rassemblement national, les lepénistes avaient vraiment voulu rassembler, finalement ? Bardella sait en tout cas que Schiappa exceptée, de tous les participants, c’est sa candidate qui demeure actuellement la mieux placée dans les sondages. Et comme ce n’était pas lui la star de la soirée, cela doit tout de même être bien réconfortant.
«Tropique de la violence», film de Manuel Shapira, adapté du roman à succès de Nathacha Appanah, dresse un portrait de notre 101ème département.
Moïse élevé par Marie : si les prénoms ont un sens, ici pas la peine d’appuyer le trait. Un garçon Mahorais (c’est ainsi qu’on appelle les habitants de Mayotte), enfant abandonné, voué à la clandestinité, a été élevé avec amour par une femme blanche (Céline Sallette).
Mais Marie fait un AVC et se fracasse le crâne en tombant sur le carrelage. Paniqué à l’idée qu’on l’accuse d’assassinat, Moïse s’enfuit. Au cœur du bidonville où il a trouvé refuge, il devient enfant-esclave d’une bande de voyous qui, sous la coupe de Bruce, un jeune chef de clan névrosé, ne vit que de larcins et d’agressions. Entre eux, ces garçons ne parlent que le dialecte Shimaoré. D’ailleurs, dixit le dossier de presse, c’est Fazal, un local analphabète qui, endossant en acteur occasionnel le rôle de Bruce, aura appris grâce à ce tournage à lire et à écrire le français.
Sur un scénario co-écrit avec l’autrice et réalisatrice Delphine de Vigan à partir du roman éponyme de la Mauricienne paru en 2016 chez Gallimard, le film du comédien et cinéaste Manuel Shapira n’a, d’une fiction, que les apparences. De fait, nous sommes à Mayotte, 374 km2, devenu comme l’on sait le 31 mars 2011 notre 101ème département. Ile-de-France mise à part, l’archipel est le plus dense de… l’Hexagone. Et le plus pauvre, de loin : en comparaison, la Seine Saint-Denis est un Eden. En dix ans, la population de Mayotte est passée de 200 000 à 300 000 habitants recensés – chiffre probablement sous-évalué compte-tenu du nombre d’immigrants qui peuplent les deux îles principales, Mahoré (dite Grande-Terre) et Pamanzi (dite Petite-Terre), la plupart venus des Comores voisines : 30% de la population y est clandestine ! Et Kaweni peut s’enorgueillir de constituer le plus vaste bidonville de notre pays !
Sommes-nous bien en France ? Il semblerait. Marine Le Pen, en décembre dernier, y a fait un saut. Elle y a sans doute vu la misère. Mais sûrement pas le régime de terreur qui y sévit. A cet égard, « Tropique de la violence » ne donne pas dans l’édulcoration, c’est le moins qu’on puisse dire. Hébété, notre petit Moïse sera finalement recueilli par Stéphane, un éducateur, à la tête d’une secourable ONG baptisée « Les enfants de Mayotte » à l’effigie de laquelle le photogénique comédien Dali Benssalah arbore de seyants tee-shirt bleu marine. Mal lui en prend. Poursuivis par la horde, le mouflet et son protecteur n’ont pas franchement leur destin en main : l’épilogue le laissera très cruellement pressentir. Mayotte, territoire oublié de la République…
(c) Tandem Films
Tropique de la violence. Film de Manuel Schapira. France, couleur, 2021. Durée : 1h32. En salles le 23 mars.
« Un visiteur inattendu » d’Agatha Christie mis en scène par Frédérique Lazarini trouble l’Artistic Théâtre de la rue Richard Lenoir
Le cinéma est-il toujours cet art du divertissement ? Le transport vers une évasion garantie ? Le carburant nécessaire à notre imaginaire à la peine ? On s’y ennuie souvent pour répondre favorablement à cette triple interrogation. Que de voyages en deuxième classe, assommants et vains, avons-nous été obligés de supporter dans les fauteuils rouges des salles obscures, ces derniers mois ! Parfois, le public sort exténué de ces ballotages incessants, entre la pauvreté du dialogue et la frénésie d’action, entre la pesanteur du propos et l’absence de justesse ; le ridicule des gestes apprêtés et le détestable entre-soi sonnent aujourd’hui terriblement faux.
Dans sa volonté démonstrative, le cinéma a perdu depuis longtemps la bataille de l’émotion sincère. Nous sommes las de ces mascarades et de ces injonctions. Il faut être généreux et insatisfait de soi-même pour toucher la vérité d’un personnage, sinon on le trahit indubitablement. Le cinéma est trop enfiévré par sa puissance pour incarner sans grossir le trait, pour extraire le spectateur de son quotidien sans faire usage d’artifices indignes. Et notre époque n’est guère aimable avec son prochain, elle est bavarde et sentencieuse. Comme si le septième art était devenu incapable de percer les mystères de l’âme humaine, du moins s’en approcher à pas feutrés.
Fausses pistes et galerie de mauvaises pensées
En ces temps de crise, le spectateur aspire donc à fuir l’actualité, à s’autoriser une échappatoire, prendre un chemin vicinal et oublier durant une heure et demie le fracas du monde. Ne plus penser à la pandémie, à la guerre et aux candidats, partir ailleurs, goûter une autre atmosphère, humer une terre nouvelle, par exemple, celle de la campagne anglaise balayée par des vents violents, une nuit opaque quand un inconnu vient toquer à la porte de votre bâtisse. Le crime peut alors commencer à dérouler son intrigue, ses fausses pistes et sa galerie de mauvaises pensées. Le théâtre, avec sa vieille pelisse rapiécée de toutes parts, réussit encore cet exploit-là : feindre la réalité pour mieux la saisir, perturber le spectateur et l’amuser, le faire monter dans le grand huit des sentiments contradictoires. Qui a tué le détestable Mr Warwick ? La reine du trouble intérieur et du meurtre ménager vient encore de frapper, cette fois-ci, dans le XIème arrondissement. Elle est pourtant morte depuis 1976. Agatha Christie nous donne rendez-vous à l’Artistic Théâtre de la rue Richard Lenoir dans une pièce mise en scène par Frédérique Lazarini et scénographiée par François Cabanat. « Un visiteur inattendu », œuvre de la prolixe romancière anglaise, a été écrite en 1958. Elle n’a rien perdu de son humeur assassine et de son romantisme ébréché.
Lazarini a construit cette adaptation en s’appuyant sur la version française de Sylvie Perez et Gérald Sibleyras, les Smith & Wesson de l’écriture policière. Ces deux-là sont bien plus que des traducteurs, ils sont passés maîtres dans la tension dramatique. Ce sont d’admirables diffuseurs d’ambiance équivoque. À dire vrai, je me rendais ce soir-là au théâtre, avec l’entrain d’un futur électeur à la présidentielle. Après avoir effectué trois changements de métro, je marchais sur le trottoir, il pleuvait mollement sur la capitale, même les sirènes des voitures de Police traversant la Place de la République manquaient de vocalises. Je n’étais vraiment pas au meilleur de ma forme psychologique. Je pensais déjà aux lointaines vacances d’été et aux tarifs démesurément bas de mes piges.
Marion Duhamel
Atmosphère poisseuse
Je me suis installé, comme à mon habitude, au fond et sur le côté droit, en bête traquée. Et j’ai oublié ma léthargie ambiante au premier coup de feu. D’abord, il y a cette lumière pesante et immédiatement après cette atmosphère poisseuse qui s’installe dans la salle, s’infiltre en vous, par des bruits extérieurs et un ton délicieusement vintage. Le crime peut alors tisser sa toile d’araignée. La réussite de cette pièce qui est prolongée jusqu’au 30 avril tient à son mouvement de balancier perpétuel qui met à mal chaque certitude acquise. Agatha nous immerge dans une riche famille dysfonctionnelle qui a la haine en héritage. Tout le monde est coupable à un moment ou un autre.
Cette virtuosité-là, haletante et rieuse, déchirante tout en conservant une sobriété dans les éclats, nous est transmise par une troupe de professionnels attentifs. D’excellents comédiens qui jouent leur partition sans dériver, sans pervertir le texte, sans le boursoufler. Dans ce thriller à tiroirs, Pablo Cherrey-Iturralde (Jean Warwick) est saisissant de versatilité, Cédric Colas (Michael Stocker) est un bon samaritain inquiétant, Antoine Courtray (Henry Gove) incarne un infirmier torve semblant sortir d’un épisode du Prisonnier, Stéphane Fiévet (L’inspecteur Thomas) se prend pour un commissaire Bourrel à la sauce Worcestershire, Emmanuelle Galabru (Mlle Bennett) sait mieux que personne filtrer une douceur légèrement amère derrière une apparente froideur, Françoise Pavy (Mme Warwick) est une mère époustouflante par sa présence scénique et Robert Plagnol (Julian Farrar) donne à cet homme politique fat une rigueur déboussolée. Et puis, il y a Sarah Biasini (Laura Warwick), la veuve désirable et perdue, dont chaque mot prononcé vient réveiller notre torpeur.
Tous les partis sont frappés par la démagogie communautaire, même le RN, mais c’est indiscutablement à gauche que les dérives islamophiles sont les plus graves.
Municipales de 2020, stupéfaction à Vénissieux (Rhône). Yves Blein, candidat LREM à la mairie, ancien député PS, ex-patron de la très laïque Fédération Léo-Lagrange, noue entre les deux tours une alliance totalement contre nature avec la liste emmenée par un certain Yalcin Ayvali. Ce dernier était candidat aux législatives 2017 sous l’étiquette du Parti Égalité Justice, ouvertement pro-Erdogan, partisan d’un moratoire sur la laïcité… Yves Blein voulait prendre la ville aux communistes, il était prêt à s’allier à des islamistes pour y arriver. Il a finalement perdu face à la maire sortante, Michèle Picard. Quant à Yalcin Ayvali, au bout de quelques mois, il a quitté un groupe d’opposition de centre gauche avec lequel il n’avait aucune affinité réelle, pour siéger en indépendant. Fin de l’histoire.
Fait assez rare pour être souligné, Yves Blein a assumé le caractère opportuniste de son alliance. D’ordinaire, les élus ont le communautarisme discret, en particulier lorsqu’ils sont au Rassemblement national. « Stéphane Ravier est devenu maire du 7e arrondissement de Marseille en soignant l’électorat comorien des quartiers nord, explique un haut fonctionnaire des Bouches-du-Rhône. À sa décharge, c’était une posture défensive. Le PS local, à commencer par Samia Ghali, joue sans retenue la carte du vote maghrébin. Ravier en a tiré les conséquences. Il a exploité dans sa circonscription le ressentiment que se vouent les Maghrébins et les Comoriens. »
Idem à Perpignan. Le RN a conquis en 2020 sa première ville de plus de 100 000 habitants sur fond de vote communautaire quasiment institutionnalisé. La Fondation Jean-Jaurès a procédé à un examen minutieux des votes à Perpignan, bureau par bureau, dans une étude publiée en 2014[1]. Les Gitans, facilement identifiables sur les listes électorales par leurs noms de famille, se mobilisent peu pour la présidentielle ou les législatives (sans parler des européennes), mais beaucoup pour les municipales. Pragmatiques, ils ont la réputation de voter pour le mieux-disant en termes de promesses de logements et d’emplois. En 2020, le quartier gitan Saint-Jacques a voté Louis Aliot. Cela n’a pas été le seul déterminant de la victoire du candidat RN. De l’avis même de ses opposants, il a fait une bonne campagne et il a rassuré l’électorat modéré. Néanmoins, dans un contexte de faible participation (52,7 % d’abstention), quelques centaines de voix gitanes ont compté.
M’hammed Henniche
D’une manière générale, il est rare de trouver des communes où le vote communautaire est assez massif pour garantir la victoire. Les musulmans, puisqu’il s’agit d’eux dans la majorité écrasante des cas, ne votent pas forcément beaucoup (34 % de participation seulement au premier tour des municipales de Trappes en 2020). Par ailleurs, ils ne votent pas forcément non plus comme un seul homme. En résumé, dans la plupart des cas, ils constituent plutôt une force d’appoint. Ou plus exactement, des « entrepreneurs identitaires » les présentent ainsi, en s’arrogeant une représentativité et un pouvoir de mobilisation difficilement vérifiable. Longtemps dirigeants de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM), M’hammed Henniche et Hassen Farsadou étaient passés maîtres dans l’art de jouer les faiseurs de rois. Farsadou se vantait de faire et défaire les maires d’Aulnay-sous-Bois. À l’écouter, le PS Gérard Ségura et l’UMP-LR Bruno Beschizza auraient été élus grâce à lui, respectivement en 2008 et 2014. Difficile à vérifier. En revanche, il ne fait aucun doute que les municipales de 2008 ont été favorables à la gauche sur l’ensemble du territoire, et celles de 2014, très favorables à la droite. L’alternance à Aulnay s’inscrivait dans une tendance nationale, peut-être amplifiée par le soutien du leader communautaire.
Qui manipule qui ?
La ville de Denain, dans le Nord, offre une illustration plus convaincante de l’efficacité réelle du clientélisme. En 2020, la maire PS Anne-Lise Dufour-Tonini a été réélue dès le premier tour. Elle bénéficiait du soutien appuyé du clan Iquioussen, emmené par l’iman frériste Hassan Iquioussen, installé dans le secteur. Son fils Soufiane, qui travaillait pour le centre communal d’action sociale de Denain, a fait campagne activement pour Anne-Lise Dufour-Tonini. Un indice suggère qu’il a été efficace. Entre 2014 et 2020, le nombre d’inscrits sur les listes électorales à Denain a augmenté de 668 électeurs, alors que dans le même temps, la population de la ville diminuait à peu près dans des proportions identiques, passant de 20 500 à 19 900 habitants. Moins d’habitants et plus d’électeurs, c’est inhabituel… Soufiane Iquioussen et ses amis seraient allés chercher les non-inscrits un par un, selon différents observateurs locaux. En échange, Soufiane se voyait déjà directeur de cabinet, avec comme premier adjoint à la mairie son fidèle ami Youssouf Feddal.
C’est à ce stade que l’histoire devient particulièrement savoureuse : en définitive, les deux jeunes gens n’ont rien obtenu. Après les élections, la maire les a écartés sans ménagement. Soufiane a quitté le centre communal d’action sociale, plus ou moins de son plein gré, et Youssouf s’est vu retirer sa délégation, en octobre 2021. Qui a instrumentalisé l’autre, en définitive ? Hassan Iquioussen, dans la droite ligne des Frères musulmans, a théorisé dans un prêche disponible en ligne[2] la nécessité de s’engager dans des partis, peu importe lesquels, pour faire triompher l’islam. Il a peut-être sous-estimé le niveau des élus de notre vieille République. Les islamistes qui tentent de monnayer leur influence réelle ou présumée descendent dans une arène où les promesses non tenues, les retournements d’alliance et les doubles discours sont la règle.
En matière de double discours, le député de l’Ain et président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, est un cas d’école. À l’échelle nationale, il ne manque jamais une occasion de tonner contre l’islamisme. « Assez de renoncement, assez de résignation et de capitulations coupables ! lançait-il à Jean Castex dans l’hémicycle, juste après la mort de Samuel Paty. La République coupable, c’est la République qui abdique et qui, au final, laisse passer les islamistes. » À l’échelon local, c’est différent, en particulier vis-à-vis de Millî Görüs. Le mouvement turc ne décapite pas les enseignants. Il est pacifique, mais il est aussi porteur d’une vision très conservatrice de l’islam, ce qui ne semble pas du tout gêner Damien Abad dans sa circonscription. Le député fait partie de ceux qui préfèrent « calmer le jeu » lorsque Millî Görüs est attaquée, écrivait La Voix de l’Ain dans un article du 18 mars 2021. L’hebdomadaire régional pointait les inquiétudes suscitées par la montée en puissance de l’organisation dans le département, où vit une importante communauté turque. Électoraliste, Damien Abad ? Sans aucun doute. Aucun élu n’a vocation à insulter ses électeurs. Reste à savoir si le député est sincère lorsqu’il dénonce l’islamisme en général ou minore celui de Millî Görüs en particulier.
L’énigme Mélenchon
La question de la sincérité se pose avec une acuité toute particulière pour Jean-Luc Mélenchon. Quelles sont ses convictions profondes ? Franc-maçon et laïc revendiqué jusqu’en 2017, on le retrouve deux ans plus tard, le 11 novembre 2019, à la marche « Stop à l’islamophobie », organisée, entre autres, par le Collectif contre l’islamophobie en France, qui sera dissous par le ministère de l’Intérieur pour propagande islamiste. Le député des Bouches-du-Rhône se trouve mêlé ce jour-là à des participants qui scandent « Allahou akbar ». Lors d’un débat en ligne le 29 novembre 2021 sur le réseau social Twitch, le leader de la France insoumise a été qualifié de « butin de guerre » par Houria Bouteldja, militante du Parti des indigènes de la République (PIR). « Laïcard de dingue » il y a quelques années, Jean-Luc Mélenchon fait désormais figure, selon elle, d’allié de l’islam politique. Ce n’est pas un mystère, La France insoumise cultive les voix des cités, elle drague les « quartiers » depuis 2017. Éric Coquerel et Danièle Obono ont persuadé leur chef que les 600 000 voix qui lui ont manqué pour atteindre le second tour de la dernière présidentielle se trouvent dans des bureaux de vote à majorité ou à forte minorité musulmane.
Trouver les mots pour leur parler reste néanmoins un exercice délicat, car le risque est grand de perdre chez les laïcs les voix que l’on gagne chez les croyants. Au sein de LFI, la surenchère islamophile n’a jamais fait consensus. Très proche de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou « ne peut pas saquer » les indigénistes, explique un cadre LFI. Conseiller de Jean-Luc Mélenchon pour les questions internationales, Georges Kuzmanovic a pris ses distances avec le parti en 2018 pour divergence de vues sur les questions européennes et sur le communautarisme. À l’échelon local, des militants ont également renâclé. À Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), les Insoumis étaient plutôt du côté de la probité républicaine, face au maire PCF Philippe Bouyssou, prêt à d’étranges alliances pour garder sa commune. Son adjoint au commerce et à l’économie se nomme Atef Rhouma. Tête de file du groupuscule Convergence citoyenne ivryenne (CCI), ce dernier est l’auteur d’une intervention d’anthologie en conseil municipal, cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015. Il avait déclaré que « Daech n’attaque pas nos valeurs, notre culture ou notre goût de la fête », mais « attaque la France parce que la France l’attaque et participe à la mort de centaines de milliers de civils ». Philippe Bouyssou ne lui a jamais retiré sa confiance, considérant que Rhouma est un bon relais chez les électeurs musulmans.
EELV, prochain maillon faible?
Même schéma à Roubaix, où la section locale des Insoumis a fait exploser une union laborieusement négociée avec EELV pour les départementales de 2020. Motif, Ali Rahni, le candidat unique choisi par les Verts était, à leurs yeux, trop amical avec des islamistes. Il ne cachait pas son admiration pour Tariq Ramadan, qu’il avait d’ailleurs invité dans une radio associative locale, où il était animateur bénévole.
Le clientélisme de LFI est souvent moqué, mais il n’est pas du tout impossible que ce soit EELV qui devienne dans les mois ou les années qui viennent le courtisan le plus assidu du vote musulman. Fait révélateur, fin février, le maire de Grenoble, Éric Piolle, s’est déclaré en faveur des Hijabeuses. Il est pourtant mieux placé que personne pour savoir qu’elles sont groupusculaires, animées par des arrière-pensées de propagande. Le collectif à l’origine de l’opération hijab dans le foot se nomme Alliance citoyenne. Il était déjà derrière les opérations burkini dans les piscines grenobloises en 2019 et 2021. Pendant deux ans, Éric Piolle a décliné leur demande de modification du règlement des piscines municipales. La masse des électeurs ne semble pas lui en avoir tenu rigueur. Il a été confortablement réélu en 2020.
Burkini ou hijab, dans les deux cas, la demande spontanée est très faible. Des dizaines de milliers de musulmanes se baignent et font du sport en tenue standard chaque jour en France. Le problème qui se pose aux élus de gauche et d’extrême gauche est que des sujets objectivement dérisoires comme le burkini sont devenus des marqueurs idéologiques dans la sphère militante. Ils en sont arrivés à un stade où le clientélisme ne vise plus à séduire des électeurs, mais des associations qui les aideront, espèrent-ils, à séduire les électeurs ! C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre le soutien très appuyé de Sandrine Rousseau à la fondatrice du Front des mères. « Je veux que Fatima Ouassak soit à l’Assemblée », déclarait en novembre 2021 la présidente du conseil politique du candidat écologiste Yannick Jadot. L’association autoproclamée de défense des parents d’élèves « racisés » de Fatima Ouassak n’a jamais réussi la moindre mobilisation de masse mais localement, à Bagnolet ou à Rennes, le soutien du Front des mères peut peser. Sur fond d’abstention croissante et d’érosion de la base électorale, le moindre réservoir de voix compte pour prendre le dessus à gauche, ce qui ouvre un boulevard au clientélisme.
[1] « Perpignan, une ville avant le Front national », 2014.
[2] « L’islam et la politique », janvier 2014, sur YouTube.
Au 1er octobre 2021, les prisons françaises comptabilisaient 454 détenus djihadistes (384 hommes et 70 femmes), auxquels on peut ajouter au moins 650 détenus de droit commun suspectés de radicalisation. Entre 60 et 80 libérations de détenus islamistes sont attendues par an [1]. L’ancien magistrat Philippe Bilger s’inquiète de la remise en liberté de ces individus particulièrement dangereux, structurés par une idéologie qui nous est hostile, d’autant plus que le suivi socio-judiciaire des détenus est incertain.
Près de 80 terroristes islamiques sont proches de la fin de leur peine. Les profils sont différents, les uns ayant déjà connu un long parcours de djihadiste et d’autres, impliqués par suivisme. Ils ont été condamnés en correctionnelle à des peines relativement courtes. Depuis 2016, ceux ayant rejoint la zone irako-syrienne à partir du mois de janvier 2015 sont poursuivis sur le mode criminel. Le parquet antiterroriste relève qu’aucun des islamistes de retour de Syrie, sortis de prison entre 2020 et 2022, « n’avait fait l’objet de poursuite pour son implication dans un nouveau projet d’association de malfaiteurs terroriste ou d’attentat terroriste ». Ce constat devrait rassurer, comme la sophistication et la densité des mesures de suivi et de surveillance mises en œuvre par les autorités judiciaire et administrative. Avec de surcroît un renseignement pénitentiaire qui n’a cessé de monter en puissance selon Laurent Nuñez, préfet coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.
Un processus de déradicalisation se déroule à Paris, Lille, Lyon et Marseille. Le responsable national du dispositif est optimiste et note que depuis la fin de l’année 2018, aucune des personnes prises en charge n’a récidivé. Faut-il considérer alors que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes post-terrorisme islamiste ? Il ne s’agit pas, au nom d’une politique du pire, de s’émouvoir du futur et de l’estimer forcément empli des transgressions qu’on avait cru éradiquer. Mais je ne peux m’empêcher de craindre que l’islamisme n’ait rien à voir avec la criminalité ordinaire. Là où celle-ci peut laisser espérer un retour à la normalité, les islamistes n’ont qu’une envie, profiter de notre État de droit classique mais garder le désir de renouveler leurs agissements.
Le terrorisme islamiste, compte tenu de ce qui l’inspire et de sa haine absolue qui conduit jusqu’aux massacres indiscriminés, est-il une entreprise dont la vocation mortifère peut être gommée ?
J’ai du mal à le croire quand je constate l’attitude de ces accusés à l’audience. Pas l’ombre d’une contrition mais l’arrogance d’avoir eu le comportement correspondant à la vraie lecture de l’islam selon eux, exigeant l’élimination des mécréants. Le réseau du suivi et de la surveillance, aussi serré qu’il soit, si je prends l’exemple du contrôle qui est imposé aux accusés ordinaires libérés – notamment en matière sexuelle, une pulsion irrésistible d’une autre sorte -, ne garantira pas la tranquillité car combien de fois a-t-on pu déplorer que dans les marges, les interstices, les parenthèses, le crime a été renouvelé par le sortant livré à lui-même… Si le terrorisme islamiste est un feu qui ne s’éteint pas, on aura beau prétendre l’étouffer, il demeurera.
Cela ne signifie pas que tout est vain de ce qui a été mis en place et paraît n’être, pour l’instant, responsable d’aucune négligence ou dysfonctionnement, seulement que l’illusion n’est pas permise et que notre France, notre société doivent rester, jour et nuit, sur leurs gardes. Le danger est partout, même chez ceux ayant déjà été condamnés. Le repos est interdit à notre démocratie.
[1]« Aujourd’hui, nous avons plus de terroristes islamistes qui sortent de prison que de terroristes qui y entrent (…) Et cela continuera à s’accélérer à mesure qu’expirent les premières condamnations pour terrorisme et pour retour de zone irako-syrienne. Nous comptons actuellement 60 à 80 sorties par an », Laurent Ridel, le Directeur de l’Administration pénitentiaire, devant les députés le 16 mars 2022. Source: Le Figaro
Connue pour sa défense acharnée du patrimoine architectural parisien, Anne Hidalgo a décidé de contribuer, à sa manière, à la reconstruction de la plus célèbre des cathédrales. Initialement, la Mairie de Paris avait annoncé un don de 50 millions d’euros. Trois ans plus tard, l’établissement public chargé de la reconstruction de Notre Dame n’a toujours rien reçu. Trois ans plus tard, cet établissement public pourrait être contraint de verser, annuellement, plusieurs millions à la Mairie de Paris en raison d’une taxe.
Aveuglée par une idéologie doctrinaire particulièrement coûteuse, Anne Hidalgo a ruiné la capitale et cherche de l’argent par tous les moyens, quitte à siphonner les troncs de l’Église.
Pour ce faire, elle ne sort pas un bâton englué de colle mais une taxe tout ce qu’il y a de plus légal : la « redevance pour occupation du domaine public ». Anne, qui n’a pas donné un centime des 50 millions d’euros qu’elle avait promis au lendemain de l’incendie de Notre-Dame, réclame désormais sans rougir à l’établissement public chargé de sa reconstruction le paiement de cette taxe, comme s’il s’agissait d’un vulgaire chantier encombrant le trottoir avec ses casemates et échafaudages. Les têtes de l’Hôtel-de-Ville ont sorti leurs calculettes : à raison de 3,4 millions par an, ce seront, à la fin des travaux, 17 millions qui iront dans les poches trouées de l’édile socialiste. Il en faudra plus pour qu’elle rembourse quelque 7 milliards à ses créanciers mais c’est un bon début, et puis comme le dit son premier adjoint, Emmanuel Grégoire : « La loi est la loi. » (sic) Ne craignant jamais d’ajouter du sordide à l’abjection, ce dernier se montre grand seigneur en précisant qu’« il n’est pas demandé à l’État de rendre les 100 millions d’euros de TVA ou les taxes récupérées sur ce chantier ».
Sourde à la demande d’« exemption » formulée par le général Georgelin qui dirige ces travaux, Hidalgo l’est tout autant lorsqu’au conseil de Paris la députée Brigitte Kuster (LR) rappelle qu’« elle a bien su exonérer les terrasses de café pendant la crise sanitaire » ! Dans leur vœu de manne salutaire, sœur Anne et frère Emmanuel ont oublié un détail : la reconstruction de la cathédrale est entièrement financée par des dons privés venus du monde entier. Or, aucun des 340 000 donateurs n’envisage que sa générosité disparaisse dans les caisses de la Ville. Certains « grands » ont même fait savoir qu’ils pourraient reprendre leur chèque si la Mairie restait inflexible. Ce qui est probable, car comme l’écrit Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris : « Quand on fait le mal, il faut faire tout le mal. Démence de s’arrêter à un milieu dans le monstrueux. »
Pour l’avocat de Mila et de Charlie Hebdo, la lutte contre l’islamisme passe par la gauche. Elle doit se ressaisir des questions identitaires et, pour séduire les jeunes des banlieues, faire revivre le rêve de liberté qu’offrent les valeurs de la République.Propos recueillis par Élisabeth Lévy
Causeur. Je vous ai fait lire un article joyeusement blasphématoire sur Mila. J’ai décidé de ne pas le publier pour ne pas faire prendre de risques à ma rédaction. Cet épisode m’a laissé un goût très amer. C’est le symbole de notre défaite.
Richard Malka. Je comprends votre réaction de chef d’entreprise responsable de la sécurité de son équipe. Reste que vous avez tort ! Tout le monde devrait oser le blasphème. Les députés ont eu le courage d’honorer un livre qui s’appelle Le Droit d’emmerder Dieu. Plus on sera nombreux à garder ce goût de l’irrévérence, de l’irrespect et de la liberté, plus on conservera notre liberté, et aucun de nous ne sera en danger.
C’est très théorique, car le goût, nous l’avons. La réalité c’est que faire cela revient à demander une protection policière.
Non ! Beaucoup de gens ont intégré la peur, parfois jusqu’à la paranoïa. Mais ce ne sont pas n’importe quels journalistes qui prennent un risque. Si vous aviez publié cet article, il ne se serait rien passé. Sans vouloir vous offenser, vous ne vous adressez pas à des millions de personnes. De plus, qu’une revue étiquetée islamophobe fasse du blasphème ne pose aucun problème. Si Libération le faisait, ce serait autre chose…
Dans les années 1970, il n’y avait pas une idéologie qui disait aux immigrés : restez chez vous ! Aujourd’hui, c’est ce que répètent mes Frères musulmans ou les salafistes. Nous avons fait preuve d’angélisme à l’égard de ces idéologies
Mila non plus ne s’adressait pas à des millions de gens…
Il y a aussi des phénomènes de hasard. C’est tombé sur Mila…
Je vais réfléchir et je publierai peut-être ce texte ! Cela dit, il y a une différence entre parler de l’islam ou du blasphème, ce que nous faisons tous les quatre matins, et blasphémer, comme le fait Mila avec ce que vous appelez poliment ses « allusions proctologiques ». Comme vous le dites, tous ensemble, on ne prend pas de risques. Quand j’ai proposé à d’autres rédactions de publier, tous ensemble, les caricatures de Charlie Hebdo, tout le monde a regardé ses pieds et cela a fini avec un beau texte sur la liberté d’expression dont les islamistes se foutent totalement.
Ce refus était-il motivé par la peur ou par des réticences idéologiques ?
Sans doute un peu par les deux…
La peur est un poison. Le but des islamistes, c’est de faire entrer dans les têtes la peur qui conduit à l’autocensure ; cette peur qui conduit à avoir en permanence une paire de ciseaux à l’esprit. Mais on exagère beaucoup le danger et c’est bien moi qui vous le dis…Tout de même : un an et demi après l’assassinat de Samuel Paty, il y a un seul collège en France qui porte le nom de Samuel Paty, ils refusent tous. Que se passerait-il si chaque département avait son lycée Samuel Paty ? Rien.
Revenons à l’idéologie. Indépendamment de la peur, le respect de la religion est en train de regagner du terrain, notamment dans la jeunesse.
Oui, j’ai vécu cela de manière très concrète pendant le procès Mila. C’était le discours d’absolument tous les prévenus, qu’ils soient musulmans, chrétiens, athées, quel que soit leur profil social : ce n’est pas bien de critiquer la religion, c’est du racisme. Donc, il est légitime de menacer de tuer, brûler et violer. Nous n’avons pas à être tolérants avec l’intolérance. Sous prétexte de respect, que faudrait-il accepter ? L’inégalité entre les hommes et les femmes, l’éducation en dehors des règles de la République, les discriminations envers les homosexuels ? Je ne suis pas contre le respect des religions, mais l’obligation du respect mène à l’intolérance, aux guerres de religion.
Reste que l’irrespect peut blesser. Or, il faut admettre que les juifs sont relativement épargnés : on se moque assez peu de leurs croyances.
Oui, parce que les phénomènes intégristes les plus marquants sont, à notre époque, plutôt rattachés à l’islam. Theo Van Gogh qui s’attaquait aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans de manière très violente a été tué par un islamiste. Il y a une sensibilité particulière de l’islam, en tout cas en Europe. Quand on blasphème le Dieu des juifs, je n’ai pas l’impression que ça les chagrine beaucoup. Les chrétiens ont fini par accepter le blasphème, même si cela n’a pas été facile. Au pire, ils vont devant les tribunaux. Du reste, avec les imams, le dialogue est souvent possible. En général, ceux qui demandent la mort des blasphémateurs n’ont jamais lu une ligne du Coran.
Autrement dit, nous avons toujours un train de retard. Nous sommes en train de contrôler les mosquées. Mais Abdeslam et ses comparses se sont radicalisés en regardant des vidéos de décapitation en fumant des pétards dans un bistrot.
En effet, ce ne sont pas les croyants religieux qui posent problème, certains peuvent devenir fanatiques mais il s’agit de quelques centaines de personnes, dont la police et la justice peuvent s’occuper. Le problème, c’est l’écosystème qui transforme une religion dont on ne connaît qu’un ou deux versets en identité : là, il n’y a plus de dialogue possible.
Justement, à cette identité vous opposez la République, la laïcité, etc. Or, le voile n’est pas contraire à la laïcité mais à nos mœurs. À une identité, il faut opposer une identité, mais ce mot vous fait peur, vous ne l’employez jamais.
On ne va pas interdire le voile dans l’espace public, ce serait une atteinte grave à la liberté. Pour le reste, nous avons un vrai désaccord : je ne crois pas qu’on puisse remplacer cette identité qui se déploie dans certains lieux par l’identité française.
Mais l’identité française existe et même préexiste à l’identité islamique.
Oui, mais elle est mouvante. Zemmour finit ses discours par : « Vive la République, et surtout, surtout, vive la France ! » C’est exactement le contraire. Aujourd’hui, la France, c’est invendable, on n’est plus patriotes. C’est fini ! On n’a plus une grande armée, on n’a plus une économie mondiale. Un pays, ça se réinvente ! Votre identité nous conduit à réhabiliter les épisodes les moins glorieux de notre histoire au prétexte que la France est un tout.
Il ne s’agit pas de les réhabiliter, mais d’assumer, de refuser de réécrire l’histoire.
Dans les faits, ce n’est pas mon histoire, et pas davantage la vôtre. Et au plan symbolique, mon histoire, c’est celle de la Révolution et de la République. La France monarchique ce n’est pas ma France. La France, c’est vieux, la République, c’est jeune. C’est vendeur ! Avec ça, on peut créer une transcendance.
La France de Molière, de Chateaubriand, ce n’est pas la France ?
Molière est profondément antireligieux et profondément laïque. Rabelais aussi et Montaigne aussi. Aujourd’hui, nous ne sommes plus une puissance militaire, ni économique ni même littéraire. Si nous avons une place singulière dans le monde, c’est parce que nous portons des idées.
Des idées dont personne ne veut…
Oui, mais c’est cela qui est beau ! Nous, on en veut ! On sent un attachement viscéral de ce peuple à l’universalisme – même s’il y a une rupture générationnelle qui m’inquiète probablement autant que vous. Nous sommes le peuple qui résiste le plus au monde. Non pas à l’islamisme, mais au communautarisme anglo-saxon.
Pardon, mais la France ne commence pas avec la République. Par ailleurs, j’ai toujours aimé cette phrase de Malika Sorel qui dit « immigrer, c’est changer de généalogie ».
C’est toute la dialectique entre intégration et assimilation. Je ne suis pas assimilationniste. Je ne vois pas pourquoi on devrait oublier d’où on vient.
Mais l’assimilation, même à la Zemmour, ce n’est pas ça. C’est Napoléon : « Tout comme individu, rien comme nation. » C’est ça l’assimilation !
Quelle est la différence avec l’intégration dans ce cas ?
C’est assumer l’histoire de France, c’est dire « Nos ancêtres les Gaulois ».
Eh bien non ! Ce qui compte, c’est d’accepter les lois et de les faire passer avant ses croyances. Nos ancêtres les Gaulois, c’est une fiction.
Mais la France est une fiction. Quand De Gaulle dit que la France, ce n’était pas Vichy, c’est une fiction pure, mais elle nous a permis de nous relever.
Et à un moment, on revient à la réalité avec Chirac.
Après le discours du Vél’ d’Hiv’, chacun a voulu sa part de repentance. Et il y a eu la loi Taubira.
Ce n’est pas une question de repentance, c’est une question de réalité. Je ne crois pas qu’on puisse fonder quelque chose d’utile sur une fiction. Moi, j’adhère aux lois de la République, pas à toutes les parties de l’histoire de France. Je ne vais pas m’inventer des ancêtres que je n’ai pas. D’ailleurs, je m’en fous de savoir d’où je viens, je suis où je vais.
Bon, nous n’allons pas tomber d’accord. Revenons à notre problème : un nombre croissant de musulmans, en particulier dans la jeunesse, se pensent d’abord comme musulmans plutôt que français. Et contre ça, justice et police ne peuvent rien. N’est-ce pas un combat déjà perdu à cause du nombre ?
C’est certain, on ne gagnera pas par la répression. C’est une nécessité, pas une solution. On en revient à cette question de l’identité. Quelle identité propose-t-on à un gamin né dans une cité dans un écosystème quasi totalement musulman, où il n’y a plus beaucoup d’État, assez peu de perspectives de sortir de la cité, et aucune idéologie alternative ? Le communisme, l’Europe, le capitalisme ne font plus rêver et le patriotisme ne marche pas. Or, on a besoin de croire à quelque chose de plus grand, surtout quand on est dans une situation difficile.
Vous leur proposez les valeurs de la République, mais ça n’a pas l’air de marcher non plus.
On ne leur a jamais vraiment proposé.
D’autre part, cet environnement homogène n’est pas lié à des causes sociales. Si les Blancs ont quitté les cités pour la France périphérique, c’est parce qu’ils n’en pouvaient plus de « vivre-ensemble ». Quand l’islam n’est pas minoritaire, il a beaucoup de mal à s’accommoder de l’altérité.
Pourtant, on le voit dans le reportage de M6, ce sont souvent des Français de culture musulmane qui sont au front pour porter les valeurs de la République. Autrement dit, si l’intégration fonctionne beaucoup plus mal qu’à notre époque, elle n’a pas totalement raté non plus ! Notre génération a failli, elle a totalement échoué à transmettre nos valeurs parce qu’on les croyait acquises.
Ou parce qu’on n’y croyait plus. Ce n’est pas notre génération, mais plutôt la génération 68 qui s’est éprise de multiculturalisme. Les accommodements déraisonnables se sont faits au nom de la liberté.
Pas au début ! Sous Giscard, on faisait venir les gens pour bosser et on les mettait dans des cités-dortoirs. Puis, à partir de 1981-82, Le Pen a commencé à parler d’immigration. Du coup, la gauche n’en parlait plus ; pareil avec la sécurité, puis la laïcité. Aborder ces thèmes c’était « faire le jeu du Front national ». Résultat, regardez où est l’extrême droite et comment se porte la gauche.
Pour revenir à l’intégration, vous avez raison, elle a marché pour beaucoup de gens, au point qu’ils se sont fondus dans la masse et ne se sentent pas spécialement concernés par l’imprégnation islamiste qui est surtout une affaire de cités. Pourtant, aujourd’hui, certains se réveillent. Il y a eu cette tribune de musulmans contre l’islamisme dans Le Monde. Avez-vous été à la manœuvre ?
Je crois avoir contribué à éviter, avec mon interview dans Le Point, que l’affaire de M6 passe par pertes et profits et qu’elle devienne un fait divers. Je sais que, depuis dix ou quinze ans, il faut se lever de bonne heure pour placer un documentaire sur l’islam radical à la télévision.
En revanche, la presse écrite, Causeur y compris, n’a nullement déserté ces sujets. Mais elle ne semble pas beaucoup impressionner les islamistes.
Qui lit la presse écrite chez les moins de 40 ans ? On l’a vu au procès Mila, les jeunes ne savent plus ce que c’est qu’un média écrit, ils ne regardent même pas la télé, ne consultent pas Wikipédia. Tous répondaient à des propos qu’elle n’avait pas tenus, alors que la vidéo a été vue 35 millions de fois. Leur seule source d’information, ce sont les réseaux sociaux, et en particulier, les « top tweets ». Le rapport à l’information des jeunes générations dépasse la question de la religion et de l’islamisme. Ça fait froid dans le dos ! C’est tellement destructeur pour la démocratie. Mais en plus de la nécessité de la régulation, il faut que nous soyons présents sur ces nouveaux médias.
Vous avez fait beaucoup de progrès !
Oui, mais je suis sur des réseaux sociaux de vieux ! Je ne suis pas sur TikTok ni sur Twitter qui sont les deux plus gros prescripteurs. Je n’ai pas ce courage…
Cela nous amène à une autre responsabilité de la gauche. Au nom de la bienveillance, elle a détruit l’école et massacré (intellectuellement) cette jeunesse.
Pour être plus précis, on a massacré cette jeunesse de l’école publique au bénéfice de l’école privée. Tous les gouvernements qui se sont succédé portent la lourde responsabilité d’avoir renoncé à l’excellence.
De plus, comment se battre sur ce front alors que de nouvelles vagues migratoires amènent chaque année des gens de moins en moins éduqués ?
Évidemment, il y a un lien entre les deux questions. Mais sur cette question de l’immigration, il faut sortir d’une vision idéologique – la gauche généreuse, ouverte au monde, la droite qui ne veut plus un immigré y compris en revenant sur le droit d’asile. Si la gauche veut exister à nouveau, elle doit s’emparer de cette question et se demander qui on est capable d’intégrer dignement. Sans immigration, des secteurs comme celui de la construction immobilière n’existeraient plus. De quelle immigration a-t-on besoin ? Quels moyens et quelle philosophie pour l’intégration ? Il faut être pragmatique.
En tout cas, on peut faire des Français avec des individus, pas avec des communautés.
Les immigrés se regroupent toujours, les Italiens, les Portugais, les juifs… Il faut quelques générations pour que le groupe se disloque. Le problème c’est que de génération en génération, cela se reproduit, voire s’aggrave.
En effet, depuis vingt ans, on assiste chez les musulmans français à la reprise du pouvoir du groupe sur les individus.
Dans les années 1970,il n’y avait pas une idéologie qui disait aux immigrés : restez entre vous ! Aujourd’hui, c’est ce que leur répètent les Frères musulmans ou les salafistes. Oui, nous avons fait preuve d’angélisme à l’égard de ces idéologies ! Au début, on se dit que ce n’est pas grave et quand on en prend conscience, il est déjà tard. Mitterrand et Jospin pensaient que deux voiles, ce n’était rien du tout. La question ne se réglera que si la gauche fait sa révolution culturelle sur ces questions-là.
Pourquoi êtes-vous si soucieux de la gauche dans un pays qui est presque à 70 % à droite ?
Peu importe ! D’abord, il n’est à 70 % à droite que parce que la gauche ne veut plus de ces électeurs. Beaucoup de gens voudraient voter à gauche, mais ne trouvent pas l’offre qui leur convient. Et ça déséquilibre tout le système ! Surtout, il y a toujours un primat culturel de la gauche sur ces questions. Quand elle s’en empare, la droite se fait toujours traiter de raciste et de fasciste. Du reste, qu’est-ce que la droite a fait de mieux en dehors de beaux discours ? Macron est celui qui a le plus agi avec sa loi séparatisme. Mais le pire a été Nicolas Sarkozy qui a fait exactement le contraire de ce qu’il fallait. Il faut désormais attendre 18 ans pour bénéficier du droit du sol, mais jusqu’à 18 ans, on est quoi ? Le message adressé à ces jeunes, c’est : vous n’êtes pas Français. Comment améliorer l’intégration avec ça ?
Dans le documentaire de M6, la journaliste interroge le directeur d’une école hors contrat à Marseille : « La séparation des sexes, ce n’est pas la règle de vie en France. » Et il lui répond : « Ce n’est pas la règle de vie actuelle. » Ils se disent que le temps travaille pour eux. Avons-nous perdu ?
Non, à condition d’être plus intelligents qu’eux, et d’être capables de proposer aux jeunes qu’ils draguent, un autre rêve, un autre plus grand que soi. La liberté, ça parle à tout le monde.
Si, il se trouve que je vais parfois leur parler à ces gosses, en tant qu’avocat de Charlie Hebdo, donc je ne suis pas toujours reçu avec des sourires. Mais je vous assure qu’au bout d’une heure, je vois de petits éclats dans les yeux, avec des gamins qui réalisent que c’est possible de se dire ça ! Il y a une aspiration à la liberté au fond de chaque être humain. Elle n’est pas morte ! Il faut aussi leur dire « vous êtes français à 400 % ».
Non, il faut leur dire « vous êtes français si vous aimez la France, si vous voulez être français ». Être français, ce n’est pas juste une question de papiers.
On ne peut pas commencer à mettre 36 conditions. Nous devons avoir une confiance d’avance.
Oui et ils vous répondront : si je suis français, pourquoi ne pourrais-je pas jouer au foot avec mon voile ?
Parce qu’on a une loi commune !
Oui, sauf qu’aucune loi ne l’interdit. C’est le règlement de la FFF.
Ces polémiques-là se nourrissent du flou ! À chaque fois qu’il y a du flou, l’islam politique avance ses pions.
Donc, il faut être clair. Et faire beaucoup de lois.
Ce qui s’est passé à la RATP est intéressant. Une nouvelle dirigeante a décidé que les conducteurs qui refusaient de serrer la main à des femmes ou de s’asseoir sur leur siège, c’était terminé. Elle en a licencié quatre ou cinq, elle a parfois été condamnée aux prud’hommes, mais elle a réglé le problème.
Quand je parlais d’aspiration à la liberté, je ne parlais pas seulement des musulmans. Je suis frappée de voir qu’en France, peu de gens sont prêts à se battre pour la liberté. C’est notre fonctionnement reptilien : l’homme veut manger, se reproduire et ne pas être massacré quand il sort de sa grotte. Et si, pour que ces trois besoins soient satisfaits, il faut abolir toutes les libertés, 99,9 % des gens signeront. C’est ce qui s’est produit avec le confinement. En vingt-quatre heures, on a abandonné notre plus grande liberté, tout simplement parce qu’on veut vivre. Ça ne sert à rien d’être libre si tu es mort. Voilà pourquoi il faut parler aux peurs ! Il faut leur répondre, pas les mépriser.
Qui a méprisé les peurs du populo ? Encore la gauche qui les traitait de gens à l’esprit étroit…
Je partage totalement ce constat-là !
Vous menez le combat contre l’islamisme et même vos adversaires ne vous détestent pas. Pourquoi ne pas vous engager en politique ?
Je n’ai pas ce courage sans doute. Je suis habitué à la violence mais cette violence-là, je ne suis pas sûr de pouvoir la supporter. Du reste, je fais de la politique. Peut-être ai-je plus de pouvoir, avec ma parole libre, à laquelle je tiens beaucoup, que nombre de secrétaires d’État voire de ministres. J’ai récemment refusé des propositions. Cependant, on ne m’a jamais proposé un poste dans lequel je serais plus utile qu’à ma place actuelle. Si ça arrivait, je serais bien emmerdé !
En 2013, à la même occasion, le leader de la France Insoumise révélait à la radio marocaine qu’il préférait Casablanca à Clermont-Ferrand. Depuis, il a trouvé une solution pour se débarrasser des Français de souche « arriérés »: la créolisation.
Lors de son dernier meeting à Paris, Jean-Luc Mélenchon a déclaré qu’un « autre peuple français est là […] un peuple fier et heureux d’être déjà créolisé ». C’est une obsession chez lui.
Le leader de l’extrême-gauche rêve d’une France ressemblant à Tanger, sa ville de naissance.
L’obsession du métissage pour seule réponse au racisme
Débarquant en Normandie en 1962, il avait découvert une France qui ne ressemblait pas à celle qu’il avait « idéalisée », dira-t-il plus tard sur une radio marocaine. « La France des campagnes, ajoutera-t-il, était extraordinairement arriérée par rapport au Maroc des villes ; Casablanca était une ville plus moderne que Clermont-Ferrand. » Horrifié par le souvenir de ces Normands « alcooliques » descendant de blonds scandinaves à la peau claire, Jean-Luc Mélenchon s’installera à Paris dans le 10ème arrondissement. Là, l’hétérogénéité chromatique et les diversités capillaires le combleront et chasseront ses frayeurs enfantines, normandes et monochromes ! « Je ne peux pas survivre quand il n’y a que des blonds aux yeux bleus. C’est au-delà de mes forces », expliquera-t-il, la voix tremblante, au micro de la même radio. On comprend mieux ainsi pour quelles raisons son meeting lyonnais a été animé par un rappeur noir beuglant qu’il votera Mélenchon pour que « tous les Français se sentent Africains ».
Au fil des ans, celui qui se rêve en lider maximo français a poussé sa réflexion sur le type humain idéal jusqu’à parvenir à la conclusion qu’il devait être « créolisé » pour être parfait. Il n’est pas le seul à être obsédé par ce métissage absolu. Visionnaire, Marie Darrieussecq, qui dit avoir suivi les séminaires d’Achille Mbembe sur le post-colonialisme, prédisait en 2013 dans une tribune publiée dans LeMonde que « l’humain du futur sera beige foncé avec des cheveux bruns ». Précisons que cette gribouilleuse, qui a appris au journal Libération qu’elle écrivait « au moins sur deux jambes », avoue aussi être une lectrice assidue de Preciado, Butler et Despentes. Tout s’explique !
Marie Darrieussecq. ISA HARSIN/SIPA.
Mélenchon parle d’une France « rabougrie et raciste » heureusement en cours de créolisation ; Marie Darrieussecq espère la disparition de la Mer Méditerranée et un rapprochement des continents permettant une continuelle migration [1] ; l’écrivain camerounais Léonora Miano nous demande de ne pas avoir peur devant cette « transformation qui peut être effrayante pour certains mais ils ne seront plus là pour voir l’aboutissement » [2] ; l’historien camerounais Achille Mbembe déclare qu’on « assiste à un processus de repeuplement du monde, et ce processus va s’intensifier dans les années qui viennent [et] provoquer des recompositions majeures » [3]. Les plus éminents représentants des mondes politique, médiatique, littéraire ou intellectuel de gauche constatent, prédisent ou espèrent un remplacement de la population européenne. Étrangement, ce phénomène devient une thèse nauséabonde, raciste et d’extrême-droite lorsqu’il est décrit et analysé par Renaud Camus.
Une propagande continue
Les entreprises américaines et européennes participent à la propagande et proposent maintenant des publicités télévisuelles qui incarnent ce métissage idéologique reposant sur une vision du monde mêlant toutes les tendances antiracistes, décolonialistes et wokistes du moment et déniant la réalité réelle pour montrer une réalité fausse, en l’occurrence une surreprésentation de personnages de couleur dans les spots destinés aux consommateurs occidentaux. Si ce nouveau monde majoritairement afro-européen n’existe pas encore, il est souhaitable et surreprésenté dans les séries Netflix. Et comme l’exprime si joliment Mme Miano, nous ne devons pas en avoir peur. La preuve : il est prévu qu’il achète des voitures électriques, des téléphones portables et des jeux vidéo débiles comme tout le monde !
De son côté, l’éditorialiste du Washington Post Rokhaya Diallo verrait d’un bon œil que les « commentateurs médiatiques blancs » soient eux-mêmes remplacés ou pour le moins rééduqués de telle sorte qu’ils n’aient plus « un œil attendri » sur ces « Européens blancs » que sont les réfugiés ukrainiens [4]. Comme 79% des Français sont favorables à l’accueil d’Ukrainiens, la grande penseuse devine dans cette acceptation un « privilège blanc », ce concept faisant office de sésame à toutes les thèses sur le soi-disant racisme systémique de la France. Mme Diallo fait feu de tout bois dès qu’il s’agit de mettre à mal notre pays. Elle critique son « universalisme républicain » et sa laïcité qui ne seraient destinés qu’à stigmatiser les musulmans, et dénonce la facilité avec laquelle il est prêt à accueillir des réfugiés ukrainiens « blancs » alors même qu’il renâclerait à accueillir ceux du continent africain, montrant par là son vrai visage raciste, selon elle.
Ressentiment pour les uns, révolution pour d’autres
Pour une raison ou pour une autre, toutes ces personnalités désirent plus que tout une recomposition totale de la France : population, religion, culture, mœurs. Le nerf du ressentiment et le muscle révolutionnaire opèrent de concert. Pour qui n’a pas eu ce qu’il croyait être son dû, pour l’onaniste droitdelhommiste en quête de satisfaction personnelle, pour celui qui espère substituer à une population repentante et fatiguée une nouvelle population vigoureuse et « créolisable », l’heure de gloire est peut-être venue.
Jean-Luc Mélenchon espère ramener dans son bercail les brebis égarées que sont les potentiels abstentionnistes et promet le droit de vote à 16 ans, des augmentations mirifiques, des retraites précoces, la sortie du nucléaire, la reconnaissance du crime d’écocide, l’inscription de la « liberté de genre » dans la Constitution, etc. L’immigration, l’islamisme ou l’insécurité sont des sujets qu’il évite soigneusement, sauf à les traiter à la manière des sociologues de gauche, c’est-à-dire par la seule explication sociale et en dénonçant globalement la “société française” et le capitalisme. Ayant compris qu’il n’a aucune chance d’être élu et que la décennie qui vient verra des changements encore plus brutaux et durables que ceux d’aujourd’hui, peut-être Jean-Luc Mélenchon prépare-t-il cyniquement le terrain pour ses successeurs, ces idiots utiles de toutes les révolutions “intersectionnelles” en cours qui n’imaginent d’ailleurs pas un seul instant qu’ils seront les premières victimes de ces renversements qu’ils appellent de leurs vœux – et c’est bien la seule satisfaction que nous tirerons de la catastrophe annoncée : « Le révolutionnaire ne découvre “l’esprit authentique de la révolution” que devant le tribunal révolutionnaire qui le condamne » [5].
L’histoire n’ayant jamais démenti ce fait indéfectible, suivons l’adage de Lao-Tseu et, patients, asseyons-nous au bord de la rivière en attendant de voir passer les cadavres de nos ennemis.
Au moment où Boris Johnson multiplie les déclarations de soutien à l’Ukraine dans la tourmente, un nouveau scandale vient entacher la réputation de son gouvernement : une entreprise privée, à laquelle le ministère de l’Intérieur a sous-traité la gestion des visas, chercherait à exploiter les réfugiés en leur proposant des services accélérés payants [1].
Aux heures sombres de la matinée, Marioupol en flammes ressemblait à l’enfer sans couvercle. Des photos aériennes ont montré une ville pulvérisée au point d’être méconnaissable. Victime gémissante et ensanglantée, la pauvre Marioupol subit de plein fouet la furie brutale de la Russie, alors qu’elle s’apprête à entrer dans sa troisième semaine de bombardements.
À Kiev, la moitié des 3,5 millions d’habitants est portée disparue, sur le long chemin vers une autre vie. Les Ukrainiens s’attendent au pire, tandis que les soldats russes cherchent à atteindre les objectifs fixés par leur président, en dépit des nombreux problèmes techniques et logistiques rencontrés sur le terrain.
Dans le sud, des chiens sauvages errent parmi des cadavres éparpillés dans le centre de Mykolaiv, alors que la bataille pour la mer Noire s’engage. Partout, les gens fuient, laissant principalement leurs hommes pour lutter contre le despotisme. Plus de dix millions d’Ukrainiens sont désormais des réfugiés, à l’intérieur du pays ou à l’étranger.
Business as usual: les affaires sont les affaires
Pendant ce temps, à Londres, le ministère de l’Intérieur fait appel à une société privée pour traiter les demandes de visa. TLSContact, filiale du groupe français Teleperformance, ferait payer les réfugiés pour ses services. Cette société a obtenu un contrat de 100 millions de livres sterling pour gérer les centres de visas en Europe. Elle demande 38 euros pour photocopier des documents et 80 euros pour obtenir un rendez-vous en dehors des heures d’ouverture. En outre, le ministère de l’Intérieur semble proposer ses propres services payants, qui comprennent un forfait de 712.80 euros pour accélérer une demande.
Il y a également des « frais de rendez-vous » si tous les membres de la famille souhaitent être vus ensemble. La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, doit maintenant répondre aux questions de la Commission des affaires intérieures sur les révélations du site OpenDemocracy. OpenDemocracy, une plateforme médiatique indépendante basée au Royaume-Uni qui cherche à « défier le pouvoir et à encourager le débat démocratique » dans le monde entier, dispose de preuves tangibles que la société a soutiré de l’argent aux personnes démunies et que la ministre de l’Intérieur a été avertie de ses méthodes.
Il a été affirmé au Parlement britannique que le centre de visa de TLSContact à Rzeszow, en Pologne, avait refusé des demandeurs qui avaient fait la queue pendant des heures dans des températures glaciales, en disant qu’il n’avait pas de créneaux disponibles avant la fin d’avril. « La secrétaire d’État peut-elle me dire pourquoi cette société est autorisée à profiter de la souffrance et de la misère des Ukrainiens en leur offrant la possibilité, s’ils effectuent des paiements supplémentaires, de voir leur dossier accéléré, et d’obtenir des rendez-vous plus rapidement ? » a demandé la députée travailliste, Diana Johnson, qui est la présidente de la Commission des affaires intérieures.
La ministre de l’intérieur du Royaume-Uni face aux preuves qui s’accumulent
Mme Patel a nié que les Ukrainiens aient été invités à payer, répondant : « En ce qui concerne les individus ukrainiens, les ressortissants familiaux, les ressortissants ukrainiens qui viennent au Royaume-Uni pour être réunis avec leur famille, c’est un service gratuit. Il n’y a aucun frais d’aucune sorte. » Mais OpenDemocracy prétend pouvoir prouver que certaines personnes qui ont demandé des rendez-vous pour des visas au nom de leur famille ou de leurs amis ukrainiens par le biais de TLSContact au cours de la semaine dernière se sont effectivement vu proposer des services payants.
« Priti Patel ne raconte que des conneries » témoigne Helen Howard-Betts, qui a essayé d’obtenir un rendez-vous dans un centre de visa à Bucarest pour son ami ukrainien, qui est actuellement près de Lviv. Elle n’a pas pu prendre le moindre rendez-vous sur le site Internet et lorsqu’elle a essayé de contacter le ministère de l’Intérieur pour obtenir de l’aide, on lui a dit qu’elle devrait payer £2,74 pour envoyer un e-mail à l’équipe d’assistance. Un autre Britannique, Wes Gleeson, qui a fui Kiev avec sa famille a déclaré à OpenDemocracy que l’expérience de la demande de visa via le site web de TLSContact pour sa femme et sa belle-sœur ukrainiennes ressemblait à « essayer de réserver un vol avec une compagnie aérienne à bas prix […] Ils nous ont dit : « Voulez-vous dépenser 200 livres de plus ? »
Après des jours de critiques croissantes sur la politique de visas du gouvernement pour les Ukrainiens, y compris de la part de ses propres députés, la ministre de l’Intérieur a finalement annoncé, dans une déclaration à la Chambre des communes le 10 mars, que certaines exigences seraient assouplies.
La ministre de l’Intérieur, Priti Patel, prend la parole à la Chambre des Communes, le 10 mars 2022.
« Une autre voie destinée aux Ukrainiens qui n’ont pas de famille au Royaume-Uni n’a pas encore été établie. Certains Ukrainiens qui ont fui le pays et n’ont pas de famille au Royaume-Uni ont été contraints de payer près de 400€ pour un visa de visiteur accéléré afin de pouvoir rejoindre des amis déjà au Royaume-Uni », explique OpenDemocracy. La députée travailliste, Diana Johnson, a salué ces changements mais s’est déclarée préoccupée par la possibilité que le sous-traitant privé du ministère de l’Intérieur, TLSContact, puisse continuer à proposer aux réfugiés des services accélérés en échange d’un paiement supplémentaire, cherchant ainsi à profiter de leur vulnérabilité.
Priti Patel est l’enfant de parents indiens gujaratis qui ont fui l’Ouganda pour se réfugier au Royaume-Uni juste avant la décision d’Idi Amin de déporter tous les Asiatiques. Mme Patel est très admirative de Margaret Thatcher comme son père, Sushil, qui a créé une chaîne de maisons de la presse et qui a représenté l’Ukip lors des élections municipales. Connue pour son image de femme dure, Priti Patel voit ses compétences de plus en plus mises en cause aujourd’hui. Ceux qui en font les frais sont les réfugiés qui émergent des décombres de l’Ukraine.
[1] « Une première version de ce texte a paru en anglais sur le site de l’Association of European Journalists »
La frénésie dépensière du gouvernement tombe à pic pour Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle!
« Nous sommes en guerre », avait déclaré et répété plusieurs fois Emmanuel Macron devant 20 millions de téléspectateurs le 20 mars 2020, en pleine crise du Covid. 454 milliards d’euros et 730 jours plus tard, en mars 2022, la dette de la France approche dangereusement les 3 000 milliards, ce qui n’a pas l’air de ralentir la distribution des milliards. Après 25 à 26 milliards d’aides diverses, chèque énergie, chèque inflation, remise carburants, « bouclier tarifaire » contre la hausse des prix du gaz et de l’électricité, voici maintenant un plan de 15 milliards d’euros pour la police, plus un plan de « résilience » de 3 à 4 milliards – on ne sait pas exactement, et de toute façon on n’est pas à 1 milliard près –, à quoi il faut ajouter un « dégel » du point d’indice des fonctionnaires pour un minimum de 2 milliards par an.
Nous venons de vivre deux quinquennats sous le joug de deux énarques socialistes et étatistes, obsédés de redistribution et démagogues au plus haut degré
Sur ce dernier point, Emmanuel Macron ne fait que copier son prédécesseur, François Hollande, qui avait augmenté cet indice à deux reprises, en 2016 et en 2017, espérant encore candidater à sa réélection. Le point d’indice avait été « gelé » ensuite, ce qui n’empêchait aucunement d’ailleurs des hausses catégorielles de traitement pour la plupart des fonctionnaires. Pauvre Amélie de Montchalin. Pas de chance pour la ministre qui se vantait de ne pas « céder à la démagogie » électorale, « contrairement à tous les gouvernements en fin de mandat », la hausse du point d’indice étant évidemment soutenue à l’unanimité des neuf fédérations syndicales de l’administration représentant ses 5,7 millions de fonctionnaires-électeurs ! Notre pauvre Amélie qui est officiellement « ministre de la Transformation et de la Fonction publiques » a dû avaler son chapeau à fleurs : elle a été finalement contrainte d’annoncer dans une interview au Parisien, que ce fameux point d’indice serait « dégelé » avant l’été.
Définition du mot « démagogie » par le Larousse : « Aptitude consistant à flatter les aspirations à la facilité ou les préjugés du plus grand nombre pour accroître sa popularité, obtenir ou conserver le pouvoir. » Nous y sommes. Notre pays étant dirigé depuis longtemps par des démagogues qui en sont arrivés à le ruiner – nous y sommes également –, c’est tout de même la première fois, à notre connaissance, qu’un ministre de la Fonction publique de plein exercice prononce le mot de « démagogie » pour s’y opposer d’abord et pour s’y soumettre ensuite !
Une phénoménale fièvre de démagogie
Sur l’état réel du pays, sur le désastre économique qui pointe à l’horizon, la Cour des comptes s’est manifestée à sa façon en février dernier dans son traditionnel rapport public annuel, s’inquiétant du « décalage » avec le redressement des comptes publics effectué par nos partenaires européens et classant la France parmi les cancres de la zone euro. L’Institut Montaigne et le cabinet Mazars, de leur côté, viennent de réaliser un baromètre inédit des impôts de production en Europe. Ce qu’ils ont constaté n’est pas beau à voir : ces impôts qui frappent toutes les entreprises avant même qu’elles ne fassent de bénéfices ont avoisiné 100 milliards d’euros en France pendant l’année 2020, soit quatre fois plus qu’en Allemagne. Si l’on enlève la Suède, qui n’a pas les mêmes systèmes de calcul que les autres pays européens, il n’étonnera personne de savoir que, pour ces impôts imbéciles et destructeurs, c’est la France qui est en tête des mauvais élèves européens : ils pèsent chez nous 4,4 % du PIB, loin devant le second du classement, l’Italie, avec 2,5 %, l’Allemagne étant à 0,7 %.
Quant à la dette colossale de notre pays, on a appris qu’elle avait été officiellement établie par l’Insee à 2 834 milliards d’euros au troisième trimestre 2021, contre 2 275 milliards en mai 2017, lors de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, soit près de 600 milliards supplémentaires ! Et ce sont nos enfants et petits-enfants qui vont devoir prendre en charge tous ces milliards, résultat d’une phénoménale fièvre de démagogie telle qu’on n’en avait pas vu dans l’histoire de France depuis l’empereur Napoléon ou même peut-être depuis Louis XIV.
C’est pure folie de continuer à dépenser comme nous le faisons
Quand on parle de dette publique, inutile de préciser qu’il s’agit d’argent emprunté. Agnès Verdier-Molinié, la directrice de la Fondation iFRAP, pour une tribune publiée sur le site d’Atlantico en février dernier, a fait le calcul que « 2020 restera l’année de tous les records avec 438 milliards empruntés par nos administrations publiques »[1]. Pour 2021 les besoins de financement devraient s’établir d’après elle à 416 milliards et pour 2022 se situer entre 330 et 345 milliards, sachant que ces emprunts doivent couvrir non seulement nos dépenses courantes mais aussi le remboursement de dettes anciennes qui arrivent à échéance (180 milliards en 2023).
Le problème est à terme. C’est celui du taux de remboursement de nos emprunts sur 10 ans qui est actuellement de l’ordre de 1%, mais qui est en train de grimper. S’il monte d’1 point de plus, nous précise Agnès Verdier-Molinié, « c’est un coût supplémentaire de 22 milliards d’euros par an au bout de cinq ans. Mais si jamais ce taux venait à augmenter de 4 points, alors la hausse serait de 88 milliards au bout de cinq ans ». C’est pure folie pour l’Élysée et Matignon de continuer à dépenser et à emprunter comme nous le faisons. On dit que le pouvoir est une drogue dure. Les Français n’ont plus la moindre chance, maintenant que la faillite du pays est avérée, de s’en sortir sans dégâts. La secousse sera terrible. Quand ? On ne sait pas.
Ce que l’on sait en revanche, c’est que nous venons de vivre pendant deux quinquennats sous le joug de deux énarques socialistes et étatistes, obsédés de redistribution et démagogues au plus haut degré, dont l’incompétence pour gérer efficacement un grand pays moderne aura occasionné pour les générations à venir des ravages dépassant l’entendement. Et que le plus jeune des deux soit quasi assuré d’être réélu en avril ne peut qu’ajouter de la peur devant cet avenir terriblement dangereux qu’il risque de laisser en héritage à ses concitoyens. Ajoutons qu’autant de démagogie, autant d’incompétence et d’irresponsabilité économique, alliés à autant de suffisance, ça, on n’avait encore jamais vu !
L’hebdomadaire Valeurs actuelles organisait son grand raout politique hier soir, à Paris. Récit.
L’affiche de la grande soirée organisée hier soir par nos amis de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles au Palais des Sports était tout à fait alléchante. Étaient attendus Marlène Schiappa pour soutenir le président sortant, Marion Maréchal en soutien d’Eric Zemmour, Eric Ciotti pour Valérie Pécresse et Jordan Bardella pour Marine Le Pen.
Et surtout, deux candidats à la présidence de la République avaient fait le déplacement : les poids lourds Eric Zemmour et Valérie Pécresse.
Une campagne 2022 sans débats ?
Malheureusement, aucun débat entre toutes ces figures politiques françaises de premier plan n’était prévu. C’est donc le plus souvent le public de la salle – majoritairement favorable au candidat de « Reconquête » – qui, par ses encouragements ou ses cris de réprobation, semblait mener le débat avec toutes les sommités présentes. Les journalistes de Valeurs, à commencer par les stars du magazine Geoffroy Lejeune ou Charlotte d’Ornellas (très applaudie), n’ont toutefois pas démérité. Et de toute façon, c’est le président Macron qui semble avoir décidé que les débats entre candidats ne seraient pas le fort de cette campagne présidentielle 2022 !
Outre nos estimables confrères, c’est l’association versaillaise des frères Sévillia Les Eveilleurs, née dans le sillage de la Manif pour Tous, et le réseau social Gettr (que nous présentait ici dernièrement Jeremy Stubbs) qui étaient à l’initiative de cet évènement important pour la droite dans la campagne, alors que le centriste Macron est archi favori. La soirée était réussie, la vaste salle pleine, et, outre certains enchainements et un programme peut-être un peu longuets, l’ambiance est restée sympathique et les échanges globalement intéressants. Dans la salle, on a pu apercevoir la présidente du Mouvement conservateur Laurence Trochu (qui a promis à nos lecteurs une nouvelle tribune rapidement), l’essayiste canadien Mathieu Bock-Côté, Valérie Boyer, Nadine Morano, Valérie Debord, Antoine Diers… Et beaucoup d’autres.
Gaspard Proust dans son élément
C’est le trumpiste Jason Miller, le fondateur de Gettr, aidé de Thomas Morel pour la traduction, qui entre le premier en scène. Ensuite, l’humoriste Gaspard Proust électrise complètement l’ambiance avec son humour noir. Le comique a d’abord feint la gêne, en avouant qu’il ne pouvait pas ne pas participer à ce qui avait tout du « congrès de Nuremberg » étant donné le montant de son cachet. Puis, il a finalement assumé sa participation, estimant que Vladimir Poutine pouvait de toute façon appuyer à tout moment sur le bouton rouge et nous administrer à tous une 4e dose fatale. « D’ici deux semaines, un petit chauve botoxé va mettre un sérieux coup de boost au réchauffement climatique », alors on n’est plus à ça près. Surtout, il a provoqué l’hilarité générale en imitant Philippe de Villiers.
Viennent ensuite les politiques. Le boss de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, demande à la salle de ne pas huer ceux qui n’ont pas sa préférence, et annonce la venue de Marlène Schiappa. Vu l’ambiance, il craint en réalité que la candidate LR prévue plus tard ne subisse une bronca. Mais c’est la progressiste Marlène Schiappa qui a donc la lourde tache de passer en premier. Et malgré les appels répétés de Lejeune à respecter ceux qui ont le courage de venir échanger avec une salle défavorable, elle ne peut empêcher des rires railleurs d’une bonne partie de l’assistance, notamment quand elle évoque la pandémie de Covid-19 comme explication au faible taux de reconduites effectives aux frontières de l’exécutif… Ensuite, toute la salle se lève lorsqu’entre en scène Marion Maréchal, qui est interrogée par Raphaël Stainville. Le candidat qu’elle soutient évoque depuis quelques jours la création d’un ministère de la « remigration » ? L’ancienne députée du Vaucluse ne voit pas où est le problème : pourquoi les Français aiment-ils tant la polémique ? Elle tape d’ailleurs fort sur l’immigration, reprochant à Emmanuel Macron d’avoir constitué un stock record de 3,5 millions de visas sous son mandat. Elle estime donc qu’on peut bien parler de ministère de la « remigration » quand on entend bouter hors de France un million d’étrangers en situation irrégulière lors d’un hypothétique mandat Zemmour. Très à l’aise sur tous les sujets évoqués, la revenante reproche au président Macron de « dépolitiser » la politique. Selon elle, le président sortant est un technocrate qui contourne la vie politique française traditionnelle. Elle en veut pour preuve le scandale McKinsey, ce cabinet de conseil en stratégie appelé à la rescousse par l’exécutif pour gérer la vaccination ou organiser le grand débat avec les gilets jaunes. Comme l’entreprise est dirigée par le fils du président du Conseil constitutionnel, lequel n’a pas levé le petit doigt contre les mesures sanitaires, il y a même « un parfum de scandale d’Etat » estiment Maréchal et Stainville.
Pécresse trouve trois points d’accord avec les lecteurs de Valeurs actuelles
A 21h55, c’est au tour de Valérie Pécresse. La candidate LR a bien du mérite, car la salle lui est très défavorable, même si ses soutiens plutôt réunis à droite de l’espace réservé à la presse l’encouragent. Quand elle dit qu’elle propose un « programme de rupture » avec Emmanuel Macron, la salle s’esclaffe. Quand on lui demande si elle appellera à voter pour le président sortant si elle n’est pas présente au second tour, elle refuse de répondre. Elle tente à un moment de rediriger l’hostilité de la salle contre Eric Woerth, déserteur qui a rejoint Macron. « Moi j’ai été pour lui [pour son élection] à Senlis, lui n’est pas là pour moi » se lamente-t-elle. A deux reprises, elle dit « chut » à la salle, mais ne se laisse pas intimider et poursuit son argumentation. Elle demande à l’assistance querelleuse si la courtoisie fait bien partie de ses « valeurs » comme elle le pensait. Et affirme finalement qu’elle a au moins trois points d’accord avec ces détracteurs qui ne voteront pas pour elle : comme la salle elle estime qu’Emmanuel Macron doit partir, comme la salle elle estime que la situation actuelle de la France n’est pas tenable, et comme la salle elle ne croit pas aux sondages actuels…
À 22h25, Eric Zemmour arrive telle une rock star sur une chanson des Rolling Stones, son groupe favori. Il n’a pas le temps d’entamer une réponse concernant la fameuse « remigration » qu’une Femen tente de s’approcher de lui. Elle est écartée par la sécurité, sécurité qui semble d’ailleurs particulièrement sur le qui-vive pendant toute l’intervention du journaliste du Figaro et de CNews, qui est questionné par Geoffroy Lejeune. L’équipe de campagne du candidat a demandé à ce dernier un entretien « intimiste ». Le public sera servi : Eric Zemmour confiera son souvenir le plus marquant de cette folle campagne entamée en septembre (c’est les Français qui dans ses meetings l’implorent de « les sauver ») et évoquera ensuite longuement son rapport au christianisme. La religion catholique a selon lui fait la France, et il révèle avoir pleuré à 14 ans à la lecture de Blaise Pascal. Pas forcément inintéressant, mais reconnaissons que les questions n’étaient pas non plus trop compliquées pour le candidat de « Reconquête ».
Le Pen grand remplacée par Zemmour: ce n’est pas dit
Eric Ciotti puis Jordan Bardella termineront la soirée, face au journaliste Tugdual Denis. Le premier a de nouveau récité toutes ses bonnes recettes qui lui avaient permis de finir en première position au premier tour du Congrès des LR. Et invoqué une longue filiation politique pour justifier son soutien à la candidate LR.
Le second, qui prend la parole à 23h15 dans une salle clairsemée – sur ma gauche les zemmouriens sont partis, sur ma droite une bonne partie des soutiens de Pécresse également – refuse comme Marine Le Pen de se livrer à cette vaine bataille de à qui sera le plus conservateur. Voiture-balai de fin de soirée, le président par intérim du RN rappelle que peu de choses séparent les lepénistes des zemmouriens, et a même des mots sympathiques pour les pécressistes encore présents. Et si en renommant le Front National en Rassemblement national, les lepénistes avaient vraiment voulu rassembler, finalement ? Bardella sait en tout cas que Schiappa exceptée, de tous les participants, c’est sa candidate qui demeure actuellement la mieux placée dans les sondages. Et comme ce n’était pas lui la star de la soirée, cela doit tout de même être bien réconfortant.
«Tropique de la violence», film de Manuel Shapira, adapté du roman à succès de Nathacha Appanah, dresse un portrait de notre 101ème département.
Moïse élevé par Marie : si les prénoms ont un sens, ici pas la peine d’appuyer le trait. Un garçon Mahorais (c’est ainsi qu’on appelle les habitants de Mayotte), enfant abandonné, voué à la clandestinité, a été élevé avec amour par une femme blanche (Céline Sallette).
Mais Marie fait un AVC et se fracasse le crâne en tombant sur le carrelage. Paniqué à l’idée qu’on l’accuse d’assassinat, Moïse s’enfuit. Au cœur du bidonville où il a trouvé refuge, il devient enfant-esclave d’une bande de voyous qui, sous la coupe de Bruce, un jeune chef de clan névrosé, ne vit que de larcins et d’agressions. Entre eux, ces garçons ne parlent que le dialecte Shimaoré. D’ailleurs, dixit le dossier de presse, c’est Fazal, un local analphabète qui, endossant en acteur occasionnel le rôle de Bruce, aura appris grâce à ce tournage à lire et à écrire le français.
Sur un scénario co-écrit avec l’autrice et réalisatrice Delphine de Vigan à partir du roman éponyme de la Mauricienne paru en 2016 chez Gallimard, le film du comédien et cinéaste Manuel Shapira n’a, d’une fiction, que les apparences. De fait, nous sommes à Mayotte, 374 km2, devenu comme l’on sait le 31 mars 2011 notre 101ème département. Ile-de-France mise à part, l’archipel est le plus dense de… l’Hexagone. Et le plus pauvre, de loin : en comparaison, la Seine Saint-Denis est un Eden. En dix ans, la population de Mayotte est passée de 200 000 à 300 000 habitants recensés – chiffre probablement sous-évalué compte-tenu du nombre d’immigrants qui peuplent les deux îles principales, Mahoré (dite Grande-Terre) et Pamanzi (dite Petite-Terre), la plupart venus des Comores voisines : 30% de la population y est clandestine ! Et Kaweni peut s’enorgueillir de constituer le plus vaste bidonville de notre pays !
Sommes-nous bien en France ? Il semblerait. Marine Le Pen, en décembre dernier, y a fait un saut. Elle y a sans doute vu la misère. Mais sûrement pas le régime de terreur qui y sévit. A cet égard, « Tropique de la violence » ne donne pas dans l’édulcoration, c’est le moins qu’on puisse dire. Hébété, notre petit Moïse sera finalement recueilli par Stéphane, un éducateur, à la tête d’une secourable ONG baptisée « Les enfants de Mayotte » à l’effigie de laquelle le photogénique comédien Dali Benssalah arbore de seyants tee-shirt bleu marine. Mal lui en prend. Poursuivis par la horde, le mouflet et son protecteur n’ont pas franchement leur destin en main : l’épilogue le laissera très cruellement pressentir. Mayotte, territoire oublié de la République…
(c) Tandem Films
Tropique de la violence. Film de Manuel Schapira. France, couleur, 2021. Durée : 1h32. En salles le 23 mars.
« Un visiteur inattendu » d’Agatha Christie mis en scène par Frédérique Lazarini trouble l’Artistic Théâtre de la rue Richard Lenoir
Le cinéma est-il toujours cet art du divertissement ? Le transport vers une évasion garantie ? Le carburant nécessaire à notre imaginaire à la peine ? On s’y ennuie souvent pour répondre favorablement à cette triple interrogation. Que de voyages en deuxième classe, assommants et vains, avons-nous été obligés de supporter dans les fauteuils rouges des salles obscures, ces derniers mois ! Parfois, le public sort exténué de ces ballotages incessants, entre la pauvreté du dialogue et la frénésie d’action, entre la pesanteur du propos et l’absence de justesse ; le ridicule des gestes apprêtés et le détestable entre-soi sonnent aujourd’hui terriblement faux.
Dans sa volonté démonstrative, le cinéma a perdu depuis longtemps la bataille de l’émotion sincère. Nous sommes las de ces mascarades et de ces injonctions. Il faut être généreux et insatisfait de soi-même pour toucher la vérité d’un personnage, sinon on le trahit indubitablement. Le cinéma est trop enfiévré par sa puissance pour incarner sans grossir le trait, pour extraire le spectateur de son quotidien sans faire usage d’artifices indignes. Et notre époque n’est guère aimable avec son prochain, elle est bavarde et sentencieuse. Comme si le septième art était devenu incapable de percer les mystères de l’âme humaine, du moins s’en approcher à pas feutrés.
Fausses pistes et galerie de mauvaises pensées
En ces temps de crise, le spectateur aspire donc à fuir l’actualité, à s’autoriser une échappatoire, prendre un chemin vicinal et oublier durant une heure et demie le fracas du monde. Ne plus penser à la pandémie, à la guerre et aux candidats, partir ailleurs, goûter une autre atmosphère, humer une terre nouvelle, par exemple, celle de la campagne anglaise balayée par des vents violents, une nuit opaque quand un inconnu vient toquer à la porte de votre bâtisse. Le crime peut alors commencer à dérouler son intrigue, ses fausses pistes et sa galerie de mauvaises pensées. Le théâtre, avec sa vieille pelisse rapiécée de toutes parts, réussit encore cet exploit-là : feindre la réalité pour mieux la saisir, perturber le spectateur et l’amuser, le faire monter dans le grand huit des sentiments contradictoires. Qui a tué le détestable Mr Warwick ? La reine du trouble intérieur et du meurtre ménager vient encore de frapper, cette fois-ci, dans le XIème arrondissement. Elle est pourtant morte depuis 1976. Agatha Christie nous donne rendez-vous à l’Artistic Théâtre de la rue Richard Lenoir dans une pièce mise en scène par Frédérique Lazarini et scénographiée par François Cabanat. « Un visiteur inattendu », œuvre de la prolixe romancière anglaise, a été écrite en 1958. Elle n’a rien perdu de son humeur assassine et de son romantisme ébréché.
Lazarini a construit cette adaptation en s’appuyant sur la version française de Sylvie Perez et Gérald Sibleyras, les Smith & Wesson de l’écriture policière. Ces deux-là sont bien plus que des traducteurs, ils sont passés maîtres dans la tension dramatique. Ce sont d’admirables diffuseurs d’ambiance équivoque. À dire vrai, je me rendais ce soir-là au théâtre, avec l’entrain d’un futur électeur à la présidentielle. Après avoir effectué trois changements de métro, je marchais sur le trottoir, il pleuvait mollement sur la capitale, même les sirènes des voitures de Police traversant la Place de la République manquaient de vocalises. Je n’étais vraiment pas au meilleur de ma forme psychologique. Je pensais déjà aux lointaines vacances d’été et aux tarifs démesurément bas de mes piges.
Marion Duhamel
Atmosphère poisseuse
Je me suis installé, comme à mon habitude, au fond et sur le côté droit, en bête traquée. Et j’ai oublié ma léthargie ambiante au premier coup de feu. D’abord, il y a cette lumière pesante et immédiatement après cette atmosphère poisseuse qui s’installe dans la salle, s’infiltre en vous, par des bruits extérieurs et un ton délicieusement vintage. Le crime peut alors tisser sa toile d’araignée. La réussite de cette pièce qui est prolongée jusqu’au 30 avril tient à son mouvement de balancier perpétuel qui met à mal chaque certitude acquise. Agatha nous immerge dans une riche famille dysfonctionnelle qui a la haine en héritage. Tout le monde est coupable à un moment ou un autre.
Cette virtuosité-là, haletante et rieuse, déchirante tout en conservant une sobriété dans les éclats, nous est transmise par une troupe de professionnels attentifs. D’excellents comédiens qui jouent leur partition sans dériver, sans pervertir le texte, sans le boursoufler. Dans ce thriller à tiroirs, Pablo Cherrey-Iturralde (Jean Warwick) est saisissant de versatilité, Cédric Colas (Michael Stocker) est un bon samaritain inquiétant, Antoine Courtray (Henry Gove) incarne un infirmier torve semblant sortir d’un épisode du Prisonnier, Stéphane Fiévet (L’inspecteur Thomas) se prend pour un commissaire Bourrel à la sauce Worcestershire, Emmanuelle Galabru (Mlle Bennett) sait mieux que personne filtrer une douceur légèrement amère derrière une apparente froideur, Françoise Pavy (Mme Warwick) est une mère époustouflante par sa présence scénique et Robert Plagnol (Julian Farrar) donne à cet homme politique fat une rigueur déboussolée. Et puis, il y a Sarah Biasini (Laura Warwick), la veuve désirable et perdue, dont chaque mot prononcé vient réveiller notre torpeur.
Tous les partis sont frappés par la démagogie communautaire, même le RN, mais c’est indiscutablement à gauche que les dérives islamophiles sont les plus graves.
Municipales de 2020, stupéfaction à Vénissieux (Rhône). Yves Blein, candidat LREM à la mairie, ancien député PS, ex-patron de la très laïque Fédération Léo-Lagrange, noue entre les deux tours une alliance totalement contre nature avec la liste emmenée par un certain Yalcin Ayvali. Ce dernier était candidat aux législatives 2017 sous l’étiquette du Parti Égalité Justice, ouvertement pro-Erdogan, partisan d’un moratoire sur la laïcité… Yves Blein voulait prendre la ville aux communistes, il était prêt à s’allier à des islamistes pour y arriver. Il a finalement perdu face à la maire sortante, Michèle Picard. Quant à Yalcin Ayvali, au bout de quelques mois, il a quitté un groupe d’opposition de centre gauche avec lequel il n’avait aucune affinité réelle, pour siéger en indépendant. Fin de l’histoire.
Fait assez rare pour être souligné, Yves Blein a assumé le caractère opportuniste de son alliance. D’ordinaire, les élus ont le communautarisme discret, en particulier lorsqu’ils sont au Rassemblement national. « Stéphane Ravier est devenu maire du 7e arrondissement de Marseille en soignant l’électorat comorien des quartiers nord, explique un haut fonctionnaire des Bouches-du-Rhône. À sa décharge, c’était une posture défensive. Le PS local, à commencer par Samia Ghali, joue sans retenue la carte du vote maghrébin. Ravier en a tiré les conséquences. Il a exploité dans sa circonscription le ressentiment que se vouent les Maghrébins et les Comoriens. »
Idem à Perpignan. Le RN a conquis en 2020 sa première ville de plus de 100 000 habitants sur fond de vote communautaire quasiment institutionnalisé. La Fondation Jean-Jaurès a procédé à un examen minutieux des votes à Perpignan, bureau par bureau, dans une étude publiée en 2014[1]. Les Gitans, facilement identifiables sur les listes électorales par leurs noms de famille, se mobilisent peu pour la présidentielle ou les législatives (sans parler des européennes), mais beaucoup pour les municipales. Pragmatiques, ils ont la réputation de voter pour le mieux-disant en termes de promesses de logements et d’emplois. En 2020, le quartier gitan Saint-Jacques a voté Louis Aliot. Cela n’a pas été le seul déterminant de la victoire du candidat RN. De l’avis même de ses opposants, il a fait une bonne campagne et il a rassuré l’électorat modéré. Néanmoins, dans un contexte de faible participation (52,7 % d’abstention), quelques centaines de voix gitanes ont compté.
M’hammed Henniche
D’une manière générale, il est rare de trouver des communes où le vote communautaire est assez massif pour garantir la victoire. Les musulmans, puisqu’il s’agit d’eux dans la majorité écrasante des cas, ne votent pas forcément beaucoup (34 % de participation seulement au premier tour des municipales de Trappes en 2020). Par ailleurs, ils ne votent pas forcément non plus comme un seul homme. En résumé, dans la plupart des cas, ils constituent plutôt une force d’appoint. Ou plus exactement, des « entrepreneurs identitaires » les présentent ainsi, en s’arrogeant une représentativité et un pouvoir de mobilisation difficilement vérifiable. Longtemps dirigeants de l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis (UAM), M’hammed Henniche et Hassen Farsadou étaient passés maîtres dans l’art de jouer les faiseurs de rois. Farsadou se vantait de faire et défaire les maires d’Aulnay-sous-Bois. À l’écouter, le PS Gérard Ségura et l’UMP-LR Bruno Beschizza auraient été élus grâce à lui, respectivement en 2008 et 2014. Difficile à vérifier. En revanche, il ne fait aucun doute que les municipales de 2008 ont été favorables à la gauche sur l’ensemble du territoire, et celles de 2014, très favorables à la droite. L’alternance à Aulnay s’inscrivait dans une tendance nationale, peut-être amplifiée par le soutien du leader communautaire.
Qui manipule qui ?
La ville de Denain, dans le Nord, offre une illustration plus convaincante de l’efficacité réelle du clientélisme. En 2020, la maire PS Anne-Lise Dufour-Tonini a été réélue dès le premier tour. Elle bénéficiait du soutien appuyé du clan Iquioussen, emmené par l’iman frériste Hassan Iquioussen, installé dans le secteur. Son fils Soufiane, qui travaillait pour le centre communal d’action sociale de Denain, a fait campagne activement pour Anne-Lise Dufour-Tonini. Un indice suggère qu’il a été efficace. Entre 2014 et 2020, le nombre d’inscrits sur les listes électorales à Denain a augmenté de 668 électeurs, alors que dans le même temps, la population de la ville diminuait à peu près dans des proportions identiques, passant de 20 500 à 19 900 habitants. Moins d’habitants et plus d’électeurs, c’est inhabituel… Soufiane Iquioussen et ses amis seraient allés chercher les non-inscrits un par un, selon différents observateurs locaux. En échange, Soufiane se voyait déjà directeur de cabinet, avec comme premier adjoint à la mairie son fidèle ami Youssouf Feddal.
C’est à ce stade que l’histoire devient particulièrement savoureuse : en définitive, les deux jeunes gens n’ont rien obtenu. Après les élections, la maire les a écartés sans ménagement. Soufiane a quitté le centre communal d’action sociale, plus ou moins de son plein gré, et Youssouf s’est vu retirer sa délégation, en octobre 2021. Qui a instrumentalisé l’autre, en définitive ? Hassan Iquioussen, dans la droite ligne des Frères musulmans, a théorisé dans un prêche disponible en ligne[2] la nécessité de s’engager dans des partis, peu importe lesquels, pour faire triompher l’islam. Il a peut-être sous-estimé le niveau des élus de notre vieille République. Les islamistes qui tentent de monnayer leur influence réelle ou présumée descendent dans une arène où les promesses non tenues, les retournements d’alliance et les doubles discours sont la règle.
En matière de double discours, le député de l’Ain et président du groupe LR à l’Assemblée, Damien Abad, est un cas d’école. À l’échelle nationale, il ne manque jamais une occasion de tonner contre l’islamisme. « Assez de renoncement, assez de résignation et de capitulations coupables ! lançait-il à Jean Castex dans l’hémicycle, juste après la mort de Samuel Paty. La République coupable, c’est la République qui abdique et qui, au final, laisse passer les islamistes. » À l’échelon local, c’est différent, en particulier vis-à-vis de Millî Görüs. Le mouvement turc ne décapite pas les enseignants. Il est pacifique, mais il est aussi porteur d’une vision très conservatrice de l’islam, ce qui ne semble pas du tout gêner Damien Abad dans sa circonscription. Le député fait partie de ceux qui préfèrent « calmer le jeu » lorsque Millî Görüs est attaquée, écrivait La Voix de l’Ain dans un article du 18 mars 2021. L’hebdomadaire régional pointait les inquiétudes suscitées par la montée en puissance de l’organisation dans le département, où vit une importante communauté turque. Électoraliste, Damien Abad ? Sans aucun doute. Aucun élu n’a vocation à insulter ses électeurs. Reste à savoir si le député est sincère lorsqu’il dénonce l’islamisme en général ou minore celui de Millî Görüs en particulier.
L’énigme Mélenchon
La question de la sincérité se pose avec une acuité toute particulière pour Jean-Luc Mélenchon. Quelles sont ses convictions profondes ? Franc-maçon et laïc revendiqué jusqu’en 2017, on le retrouve deux ans plus tard, le 11 novembre 2019, à la marche « Stop à l’islamophobie », organisée, entre autres, par le Collectif contre l’islamophobie en France, qui sera dissous par le ministère de l’Intérieur pour propagande islamiste. Le député des Bouches-du-Rhône se trouve mêlé ce jour-là à des participants qui scandent « Allahou akbar ». Lors d’un débat en ligne le 29 novembre 2021 sur le réseau social Twitch, le leader de la France insoumise a été qualifié de « butin de guerre » par Houria Bouteldja, militante du Parti des indigènes de la République (PIR). « Laïcard de dingue » il y a quelques années, Jean-Luc Mélenchon fait désormais figure, selon elle, d’allié de l’islam politique. Ce n’est pas un mystère, La France insoumise cultive les voix des cités, elle drague les « quartiers » depuis 2017. Éric Coquerel et Danièle Obono ont persuadé leur chef que les 600 000 voix qui lui ont manqué pour atteindre le second tour de la dernière présidentielle se trouvent dans des bureaux de vote à majorité ou à forte minorité musulmane.
Trouver les mots pour leur parler reste néanmoins un exercice délicat, car le risque est grand de perdre chez les laïcs les voix que l’on gagne chez les croyants. Au sein de LFI, la surenchère islamophile n’a jamais fait consensus. Très proche de Jean-Luc Mélenchon, Sophia Chikirou « ne peut pas saquer » les indigénistes, explique un cadre LFI. Conseiller de Jean-Luc Mélenchon pour les questions internationales, Georges Kuzmanovic a pris ses distances avec le parti en 2018 pour divergence de vues sur les questions européennes et sur le communautarisme. À l’échelon local, des militants ont également renâclé. À Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), les Insoumis étaient plutôt du côté de la probité républicaine, face au maire PCF Philippe Bouyssou, prêt à d’étranges alliances pour garder sa commune. Son adjoint au commerce et à l’économie se nomme Atef Rhouma. Tête de file du groupuscule Convergence citoyenne ivryenne (CCI), ce dernier est l’auteur d’une intervention d’anthologie en conseil municipal, cinq jours après les attentats du 13 novembre 2015. Il avait déclaré que « Daech n’attaque pas nos valeurs, notre culture ou notre goût de la fête », mais « attaque la France parce que la France l’attaque et participe à la mort de centaines de milliers de civils ». Philippe Bouyssou ne lui a jamais retiré sa confiance, considérant que Rhouma est un bon relais chez les électeurs musulmans.
EELV, prochain maillon faible?
Même schéma à Roubaix, où la section locale des Insoumis a fait exploser une union laborieusement négociée avec EELV pour les départementales de 2020. Motif, Ali Rahni, le candidat unique choisi par les Verts était, à leurs yeux, trop amical avec des islamistes. Il ne cachait pas son admiration pour Tariq Ramadan, qu’il avait d’ailleurs invité dans une radio associative locale, où il était animateur bénévole.
Le clientélisme de LFI est souvent moqué, mais il n’est pas du tout impossible que ce soit EELV qui devienne dans les mois ou les années qui viennent le courtisan le plus assidu du vote musulman. Fait révélateur, fin février, le maire de Grenoble, Éric Piolle, s’est déclaré en faveur des Hijabeuses. Il est pourtant mieux placé que personne pour savoir qu’elles sont groupusculaires, animées par des arrière-pensées de propagande. Le collectif à l’origine de l’opération hijab dans le foot se nomme Alliance citoyenne. Il était déjà derrière les opérations burkini dans les piscines grenobloises en 2019 et 2021. Pendant deux ans, Éric Piolle a décliné leur demande de modification du règlement des piscines municipales. La masse des électeurs ne semble pas lui en avoir tenu rigueur. Il a été confortablement réélu en 2020.
Burkini ou hijab, dans les deux cas, la demande spontanée est très faible. Des dizaines de milliers de musulmanes se baignent et font du sport en tenue standard chaque jour en France. Le problème qui se pose aux élus de gauche et d’extrême gauche est que des sujets objectivement dérisoires comme le burkini sont devenus des marqueurs idéologiques dans la sphère militante. Ils en sont arrivés à un stade où le clientélisme ne vise plus à séduire des électeurs, mais des associations qui les aideront, espèrent-ils, à séduire les électeurs ! C’est sans doute ainsi qu’il faut comprendre le soutien très appuyé de Sandrine Rousseau à la fondatrice du Front des mères. « Je veux que Fatima Ouassak soit à l’Assemblée », déclarait en novembre 2021 la présidente du conseil politique du candidat écologiste Yannick Jadot. L’association autoproclamée de défense des parents d’élèves « racisés » de Fatima Ouassak n’a jamais réussi la moindre mobilisation de masse mais localement, à Bagnolet ou à Rennes, le soutien du Front des mères peut peser. Sur fond d’abstention croissante et d’érosion de la base électorale, le moindre réservoir de voix compte pour prendre le dessus à gauche, ce qui ouvre un boulevard au clientélisme.
[1] « Perpignan, une ville avant le Front national », 2014.
[2] « L’islam et la politique », janvier 2014, sur YouTube.