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Soirée «Valeurs»: en l’absence d’adversaire pour les contredire, les candidats débattent avec la salle

À l’applaudimètre, c’est Eric Zemmour qui a remporté tous les suffrages !

Soirée «Valeurs»: en l’absence d’adversaire pour les contredire, les candidats débattent avec la salle
Jordan Bardella (RN) au Dôme de Paris, 22 mars 2022 © Alain JOCARD / AFP

L’hebdomadaire Valeurs actuelles organisait son grand raout politique hier soir, à Paris. Récit.


L’affiche de la grande soirée organisée hier soir par nos amis de l’hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles au Palais des Sports était tout à fait alléchante. Étaient attendus Marlène Schiappa pour soutenir le président sortant, Marion Maréchal en soutien d’Eric Zemmour, Eric Ciotti pour Valérie Pécresse et Jordan Bardella pour Marine Le Pen. 

Et surtout, deux candidats à la présidence de la République avaient fait le déplacement : les poids lourds Eric Zemmour et Valérie Pécresse.

Une campagne 2022 sans débats ?

Malheureusement, aucun débat entre toutes ces figures politiques françaises de premier plan n’était prévu. C’est donc le plus souvent le public de la salle – majoritairement favorable au candidat de « Reconquête » – qui, par ses encouragements ou ses cris de réprobation, semblait mener le débat avec toutes les sommités présentes. Les journalistes de Valeurs, à commencer par les stars du magazine Geoffroy Lejeune ou Charlotte d’Ornellas (très applaudie), n’ont toutefois pas démérité. Et de toute façon, c’est le président Macron qui semble avoir décidé que les débats entre candidats ne seraient pas le fort de cette campagne présidentielle 2022 !

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Outre nos estimables confrères, c’est l’association versaillaise des frères Sévillia Les Eveilleurs, née dans le sillage de la Manif pour Tous, et le réseau social Gettr (que nous présentait ici dernièrement Jeremy Stubbs) qui étaient à l’initiative de cet évènement important pour la droite dans la campagne, alors que le centriste Macron est archi favori. La soirée était réussie, la vaste salle pleine, et, outre certains enchainements et un programme peut-être un peu longuets, l’ambiance est restée sympathique et les échanges globalement intéressants. Dans la salle, on a pu apercevoir la présidente du Mouvement conservateur Laurence Trochu (qui a promis à nos lecteurs une nouvelle tribune rapidement), l’essayiste canadien Mathieu Bock-Côté, Valérie Boyer, Nadine Morano, Valérie Debord, Antoine Diers… Et beaucoup d’autres.

Gaspard Proust dans son élément

C’est le trumpiste Jason Miller, le fondateur de Gettr, aidé de Thomas Morel pour la traduction, qui entre le premier en scène. Ensuite, l’humoriste Gaspard Proust électrise complètement l’ambiance avec son humour noir. Le comique a d’abord feint la gêne, en avouant qu’il ne pouvait pas ne pas participer à ce qui avait tout du « congrès de Nuremberg » étant donné le montant de son cachet. Puis, il a finalement assumé sa participation, estimant que Vladimir Poutine pouvait de toute façon appuyer à tout moment sur le bouton rouge et nous administrer à tous une 4e dose fatale. « D’ici deux semaines, un petit chauve botoxé va mettre un sérieux coup de boost au réchauffement climatique », alors on n’est plus à ça près. Surtout, il a provoqué l’hilarité générale en imitant Philippe de Villiers.

Viennent ensuite les politiques. Le boss de Valeurs actuelles, Geoffroy Lejeune, demande à la salle de ne pas huer ceux qui n’ont pas sa préférence, et annonce la venue de Marlène Schiappa. Vu l’ambiance, il craint en réalité que la candidate LR prévue plus tard ne subisse une bronca. Mais c’est la progressiste Marlène Schiappa qui a donc la lourde tache de passer en premier. Et malgré les appels répétés de Lejeune à respecter ceux qui ont le courage de venir échanger avec une salle défavorable, elle ne peut empêcher des rires railleurs d’une bonne partie de l’assistance, notamment quand elle évoque la pandémie de Covid-19 comme explication au faible taux de reconduites effectives aux frontières de l’exécutif… Ensuite, toute la salle se lève lorsqu’entre en scène Marion Maréchal, qui est interrogée par Raphaël Stainville. Le candidat qu’elle soutient évoque depuis quelques jours la création d’un ministère de la « remigration » ? L’ancienne députée du Vaucluse ne voit pas où est le problème : pourquoi les Français aiment-ils tant la polémique ? Elle tape d’ailleurs fort sur l’immigration, reprochant à Emmanuel Macron d’avoir constitué un stock record de 3,5 millions de visas sous son mandat. Elle estime donc qu’on peut bien parler de ministère de la « remigration » quand on entend bouter hors de France un million d’étrangers en situation irrégulière lors d’un hypothétique mandat Zemmour. Très à l’aise sur tous les sujets évoqués, la revenante reproche au président Macron de « dépolitiser » la politique. Selon elle, le président sortant est un technocrate qui contourne la vie politique française traditionnelle. Elle en veut pour preuve le scandale McKinsey, ce cabinet de conseil en stratégie appelé à la rescousse par l’exécutif pour gérer la vaccination ou organiser le grand débat avec les gilets jaunes. Comme l’entreprise est dirigée par le fils du président du Conseil constitutionnel, lequel n’a pas levé le petit doigt contre les mesures sanitaires, il y a même « un parfum de scandale d’Etat » estiment Maréchal et Stainville.

Pécresse trouve trois points d’accord avec les lecteurs de Valeurs actuelles

A 21h55, c’est au tour de Valérie Pécresse. La candidate LR a bien du mérite, car la salle lui est très défavorable, même si ses soutiens plutôt réunis à droite de l’espace réservé à la presse l’encouragent. Quand elle dit qu’elle propose un « programme de rupture » avec Emmanuel Macron, la salle s’esclaffe. Quand on lui demande si elle appellera à voter pour le président sortant si elle n’est pas présente au second tour, elle refuse de répondre. Elle tente à un moment de rediriger l’hostilité de la salle contre Eric Woerth, déserteur qui a rejoint Macron. « Moi j’ai été pour lui [pour son élection] à Senlis, lui n’est pas là pour moi » se lamente-t-elle. A deux reprises, elle dit « chut » à la salle, mais ne se laisse pas intimider et poursuit son argumentation. Elle demande à l’assistance querelleuse si la courtoisie fait bien partie de ses « valeurs » comme elle le pensait. Et affirme finalement qu’elle a au moins trois points d’accord avec ces détracteurs qui ne voteront pas pour elle : comme la salle elle estime qu’Emmanuel Macron doit partir, comme la salle elle estime que la situation actuelle de la France n’est pas tenable, et comme la salle elle ne croit pas aux sondages actuels…

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À 22h25, Eric Zemmour arrive telle une rock star sur une chanson des Rolling Stones, son groupe favori. Il n’a pas le temps d’entamer une réponse concernant la fameuse « remigration » qu’une Femen tente de s’approcher de lui. Elle est écartée par la sécurité, sécurité qui semble d’ailleurs particulièrement sur le qui-vive pendant toute l’intervention du journaliste du Figaro et de CNews, qui est questionné par Geoffroy Lejeune. L’équipe de campagne du candidat a demandé à ce dernier un entretien « intimiste ». Le public sera servi : Eric Zemmour confiera son souvenir le plus marquant de cette folle campagne entamée en septembre (c’est les Français qui dans ses meetings l’implorent de « les sauver ») et évoquera ensuite longuement son rapport au christianisme. La religion catholique a selon lui fait la France, et il révèle avoir pleuré à 14 ans à la lecture de Blaise Pascal. Pas forcément inintéressant, mais reconnaissons que les questions n’étaient pas non plus trop compliquées pour le candidat de « Reconquête ».

Le Pen grand remplacée par Zemmour: ce n’est pas dit

Eric Ciotti puis Jordan Bardella termineront la soirée, face au journaliste Tugdual Denis. Le premier a de nouveau récité toutes ses bonnes recettes qui lui avaient permis de finir en première position au premier tour du Congrès des LR. Et invoqué une longue filiation politique pour justifier son soutien à la candidate LR.

Le second, qui prend la parole à 23h15 dans une salle clairsemée – sur ma gauche les zemmouriens sont partis, sur ma droite une bonne partie des soutiens de Pécresse également – refuse comme Marine Le Pen de se livrer à cette vaine bataille de à qui sera le plus conservateur. Voiture-balai de fin de soirée, le président par intérim du RN rappelle que peu de choses séparent les lepénistes des zemmouriens, et a même des mots sympathiques pour les pécressistes encore présents. Et si en renommant le Front National en Rassemblement national, les lepénistes avaient vraiment voulu rassembler, finalement ? Bardella sait en tout cas que Schiappa exceptée, de tous les participants, c’est sa candidate qui demeure actuellement la mieux placée dans les sondages. Et comme ce n’était pas lui la star de la soirée, cela doit tout de même être bien réconfortant.


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Rédacteur en chef du site Causeur.fr

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