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Eric Zemmour peut-il contenir la menace islamiste?

Là où la majorité parle de "séparatisme islamiste", le candidat de Reconquête préfère parler de l'islam

Eric Zemmour peut-il contenir la menace islamiste?
Réouverture de la mosquée de Pantin, après sa fermeture administrative de 6 mois ayant suivi la mort de Samuel Paty, avril 2021 © Vincent GRAMAIN/SIPA

Le candidat à la présidentielle vient de présenter son “programme islam”. Selon lui, l’islam est à la fois une religion et un monde qui veut imposer ses normes. Il s’est toujours refusé à faire une différence entre islam et islamisme, relativisme lâche et dangereux. Ses adversaires ont-ils tort ou raison de dénoncer cet amalgame ? Analyses.


Peut-on, et doit-on, distinguer islam et islamisme ? La question ne cesse de hanter notre société, toujours plus cruciale alors qu’incontestablement islam et islamisme s’y implantent toujours plus profondément, et toujours plus largement. La diffusion par M6 d’un reportage de “Zone Interdite” sur Roubaix en montre une fois de plus toute l’importance, tout comme les réactions qui ont suivi.

On a vu rivaliser d’acrobaties absurdes les habituels tenants d’un islamo-gauchisme décomplexé, Sandrine Rousseau voulant présenter sous un jour positif les désormais fameuses poupées sans visage, quand la France Insoumise dans un bel ensemble dénonce « l’islamophobie » mais surtout pas l’islamisme. À droite, à l’inverse, la condamnation de la contre-société ainsi montrée fut massive – mais on verra non sans ironie le ralliement quasi simultané à Valérie Pécresse de Jean-Christophe Lagarde, plus que fortement suspect de complaisance envers le communautarisme, pour ne pas dire d’islamo-droitisme. Eric Zemmour a dévoilé, c’est le cas de le dire, son « programme islam », ne manquant pas de s’attirer l’hostilité conjointe des islamistes et de ceux qui se veulent le « camp de la raison », ces derniers insistant d’autant plus sur les distinctions qu’ils font entre islam et islamisme, entre musulmans et islamistes, qu’ils œuvrent depuis 40 ans à favoriser l’immigration musulmane et n’ont aucune envie que soit soulignée leur responsabilité dans ses conséquences.

Notons aussi les réactions hélas prévisibles de la « communauté » musulmane : si quelques voix s’y élèvent avec courage pour montrer et dénoncer l’islamisme, ceux qui condamnent l’existence même d’un « programme islam » chez Zemmour sont très nettement plus nombreux que ceux qui condamnent les infamies islamistes constatées à Roubaix, mais aussi à Marseille, à Trappes, à Tourcoing, et dans une part de plus en plus grande d’un territoire qu’on dit encore « national », mais qui de culture, de mœurs et d’allégeance, est de moins en moins français.

Un discours de vérité

Au passage, on remarquera que le fameux « programme islam » de Zemmour, contrairement à ce qu’écrit par exemple Marianne, ne « confond » pas « musulmans et fondamentalistes religieux » – peut-être même Zemmour est-il le seul candidat à respecter assez les musulmans pour leur dire la vérité sur ce qu’exigera d’eux leur pleine assimilation à la France. Si son programme est résolu dans la lutte contre l’islamisme et la défense de la culture française, dont on peut difficilement nier qu’elle a prouvé qu’elle était bien plus favorable à l’épanouissement des droits humains que les cultures musulmanes, il est moins radical que ne l’étaient les déclarations d’intention du RPR et de l’UDF lorsqu’en 1990 ces deux partis affirmaient conjointement « l’incompatibilité entre l’islam et nos lois ».

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Restent les questions lancinantes. Si, comme l’affirme même Zone Interdite, « la quasi-intégralité des musulmans de France vit dans le respect des lois et règles communes », alors pourquoi partout où les musulmans sont majoritaires l’islamisme finit-il par s’imposer ? Pourquoi les élus clientélistes qui veulent courtiser les musulmans se retrouvent-ils toujours à céder à des revendications islamistes ? Pourquoi, là où les musulmans sont majoritaires, le respect des lois et règles communes est-il systématiquement fragilisé – pour le moins ? Pourquoi une « communauté » toujours si prompte à réagir lorsqu’elle se sent offensée ou critiquée, est-elle si timide lorsqu’il faut condamner non pas le terrorisme, mais l’idéologie des terroristes et leur projet de société ? Il ne s’agit évidemment pas de nier que des musulmans combattent l’islamisme à titre individuel, mais de constater que dès lors que l’on regarde la « communauté musulmane », perçue comme un ensemble, on observe au minimum une grande complaisance, et souvent une terrible complicité – d’ailleurs dénoncée au premier chef par ceux des musulmans qui luttent vraiment contre l’islamisme, d’Abdennour Bidar avec sa « lettre ouverte au monde musulman », à Mohamed Louizi qui allie l’humour à une implacable lucidité. On pense aussi aux travaux de Bernard Rougier sur le « jihad d’atmosphère », et du docteur Maurice Berger sur les dimensions familiales et culturelles.

Islam ou islamisme ?

Force est, aussi, de s’interroger sur tous ceux des musulmans qui n’ont rien d’islamistes, mais enseignent à leurs enfants une forme de solidarité communautaire favorable de facto aux islamistes, et à respecter l’autorité de textes qui, eux, sont islamistes – notamment le Coran, et le prétendre intraduisible ou brandir l’argument fallacieux de la contextualisation n’y change rien.

Ce qui nous ramène à la question initiale : peut-on distinguer entre islam et islamisme ? Le premier à avoir employé « islamisme » dans son acception contemporaine est probablement Jean-François Clément, écrivant en 1983 au sujet des groupes qu’il nomme dès lors « islamistes » : « en résumé, ils traduisent à leur manière l’adage célèbre : Islâm, dîn wa dunya, l’islam est religion et monde, en étendant à l’infini le champ de l’islam. Celui-ci devrait être la source des lois, le fondement de la culture de base, la trame de l’éthique sociale, la forme de l’organisation politique, etc. »

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Je propose pour ma part la définition suivante : l’islamisme est la volonté de faire de l’islam la norme, au double sens de « normal » et de « normatif ». « Normal », c’est la banalisation de l’islam, de ses codes comportementaux, culturels et symboliques, qui ouvre la voie à ce qu’il devienne « normatif », s’imposant par la pression du groupe, la violence morale ou physique, la loi.

Or l’islam, notamment l’islam sunnite des quatre madhhabs considérés comme orthodoxes, vise intrinsèquement à s’imposer comme norme à toute société dans laquelle il s’implante, et à régir la vie des individus qu’ils le veuillent ou non. Rien ne l’illustre mieux que la manière dont il condamne radicalement l’apostasie : le Grand Imam d’Al-Azhar en personne rappelait en 2016 que les quatre madhhabs sunnites sont unanimes pour demander la mise à mort des apostats. L’islam sunnite orthodoxe est donc, pour cette raison et pour bien d’autres, islamiste. Et malheureusement, c’est bien ainsi que l’islam est généralement prêché de nos jours, notamment en France, et non sous la forme de l’ésotérisme néo-platonicien de Sohrawardî !

Relativisme lâche

Mais, et Ferghane Azihari en fait une analyse très pertinente, cet islamisme n’est un problème que parce que la norme qu’il vise à imposer est mauvaise. D’aucuns rétorqueront : « Non ! Parce qu’elle nous apparaît comme mauvaise » généralement pour ajouter « et elle nous apparaît comme mauvaise uniquement parce que nous manquons d’ouverture d’esprit, que nous sommes crispés sur une identité rance, etc ». Mais ceux-là ne font que se vautrer dans le relativisme par démission morale, par lâcheté ou par calcul.

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Depuis 14 siècles, l’islam fait l’apologie d’un livre, le Coran, qui refuse l’égalité des droits civiques entre femmes et hommes, allant jusqu’à promouvoir l’apartheid entre les sexes, qui banalise les violences conjugales et l’utilisation des captives de guerre comme esclaves sexuelles, appelle au massacre des polythéistes, aux conversions forcées, à la lutte armée contre les « mécréants », et j’en passe (sourate 2 versets 191 et 193, sourate 4 versets 71 à 77, 84, 89, 95, sourate 5 verset 33, sourate 8 verset 39, sourate 9 versets 5, 29, 38, 39, 73, ad nauseam). Pire : depuis plus de mille ans, l’islam sunnite fait de ce livre la parole de Dieu « dictée, éternelle et incréée », et de sa lecture littérale la source normative ultime.

Tout ceci n’est pas tolérable, d’autant que la pratique de l’islam, l’islam « réel », si elle ne va généralement pas aussi loin que l’islam théorique ontologiquement abject du Coran et des hadiths, n’a rien de reluisant non plus. L’islam est aujourd’hui la seule religion au monde au nom de laquelle des États punissent de mort l’apostasie, le blasphème, l’homosexualité, la seule religion en France au nom de laquelle une de nos jeunes concitoyennes est étouffée par le poids de plus de 100 000 menaces de viol et de mort, et on pourrait continuer longtemps cette triste litanie.

Mila au tribunal à Paris, le 3 juin 2021 © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22573239_000003

Un jour, peut-être, l’islam s’arrachera-t-il au poison qui le ronge depuis ses origines. Des musulmans y travaillent : Abdennour Bidar et Mohamed Louizi, évidemment, avant eux le grand philosophe et mystique Sohrawardî, mais aussi Hassen Chalghoumi, Yadh Ben Achour, et d’autres. Reste que leur audience est aujourd’hui marginale, et que s’il ne faut jamais les oublier, et s’ils méritent notre soutien résolu et sans réserve, ils ne sauraient hélas être considérés comme représentatifs de la « communauté musulmane », et encore moins de l’islam. À la question « peut-on distinguer l’islam de l’islamisme ? » la réponse simple est donc « non », la réponse pragmatique « ce serait trop dangereux », et la réponse optimiste « plus tard, peut-être ».

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Le combat à mener est triple : légal, culturel et spirituel. Il revient à la loi et à la puissance publique d’empêcher l’islam de s’imposer comme normatif. Il revient à toute la société, avec l’appui de la loi et de la puissance publique, de l’empêcher également de s’imposer comme normal, c’est-à-dire de s’opposer clairement, sans haine mais sans la moindre faiblesse, sans le moindre « accommodement raisonnable », à l’islamisation. Et il revient à chacun de nous de refuser le relativisme ambiant, si séduisant soit-il lorsqu’il se pare des atours de « l’ouverture » et de la « tolérance » – un mot à la mode est « inclusion » – et de réaffirmer la quête du Vrai, du Bien, du Juste, et du plein épanouissement de l’humanité de l’Homme dans sa liberté et dans sa dignité. Eric Zemmour peut-il mener cette triple lutte ? D’ores et déjà, il en a fait un sujet incontournable de la campagne présidentielle. Il a prouvé qu’il a la détermination nécessaire, la cohérence intellectuelle, et le courage de dire clairement que cette lutte est aujourd’hui prioritaire sur tout autre enjeu. Qui, parmi ses concurrents, peut en dire autant ?

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Haut fonctionnaire, polytechnicien. Sécurité, anti-terrorisme, sciences des religions. Disciple de Plutarque.

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