Malika Sorel vient de publier Les Dindons de la farce, un livre qui est un cri d’alarme. Bien sûr, vous allez trouver dans ce texte, comme toujours chez Sorel, une critique bien écrite et argumentée de l’islamisation grimpante de la société et ses ressorts, les renoncements, les accommodements, la discrimination positive. Mais cette fois-ci, ce n’est pas l’essentiel. Cette fois-ci, Malika Sorel accuse une partie de son camp de l’exclure. Le cri de Malika Sorel est donc destiné aux oreilles de son propre camp, à ceux avec lesquels elle partage des diagnostics et pronostics, à ceux qui, comme elle, croient encore à la France, à la laïcité et à l’assimilation.
Malika, on vous aime !
Comme souvent, elle formule son grief sans détour : « Parmi les nombreux problèmes qui m’ont conduite à intervenir dans cette campagne [NDLR : des présidentielles 2022, à travers son livre], il y a la vitesse avec laquelle l’exclusion s’est répandue par le choix des prénoms. Cela m’a fendu le cœur de réaliser qu’à la fin des fins, on puisse demeurer, quoi qu’on fasse, des ‘ bougnoules’ ». Et elle ajoute un peu plus loin une évidence : « Il est pourtant tellement évident que la France n’a guère de chances de s’en sortir en s’amputant de ceux qui l’aiment ».
La critique que nous adresse Malika Sorel ne tombe pas du ciel. Elle rejoint une petite musique de fond qui nous accompagne depuis quelques semaines.
Avec la guerre en Ukraine et la crise migratoire qui s’ensuit, nombre de nos concitoyens immigrés ou descendants d’immigrés des pays africains (et notamment du Maghreb) se sentent humiliés. L’accueil enthousiaste réservé aux petites têtes blondes, à leurs mères et grand-mères leur fend le cœur, pour emprunter l’expression utilisée par Malika Sorel. Comme des adhérents de La France Insoumise désemparés devant le « quoi qu’il en coûte » macronien face à l’épidémie sanitaire, ils découvrent que la France n’a pas toujours un problème avec l’immigration, finalement. Ils constatent que les cœurs et les portes s’ouvrent, que les moyens se trouvent facilement pour des « chrétiens blancs » là où, pour eux, pour leurs parents ou pour les autres ressortissants de leurs pays d’origine, c’est la soupe à la grimace comme entrée, plat et dessert ! Justifié ou pas, ce sentiment est largement partagé face à la première vague importante d’immigration inter européenne depuis cinquante ans. Et ce petit pincement au cœur n’existe pas uniquement chez ceux qui accusent à tout bout de champ la France pour tout ce qui ne va pas dans leur vie.
La polémique interminable des prénoms
Ce n’est pas tout. Dans le cas de Malika Sorel, cette blessure est en réalité plus ancienne que l’épisode ukrainien. La source ? La querelle des prénoms. Son constat est cru : Natasha oui, Malika bof. Selon elle « l’approche par les prénoms […] surfe sur un sentiment bien présent au sein de la société française et en exploite les inquiétudes palpables ». Sorel nous explique sa position à partir d’une expérience vécue. « Lors d’une assemblée d’intellectuels [elle fut] prise à partie en raison de [son] seul prénom. Les masques tombaient. J’ai vu de près la laideur de la lâcheté chez la plupart des présents. Ils n’ont pas réagi. » Cet incident révèle en elle un mélange d’humiliation, d’écœurement et de déception. Quelque chose a changé en elle ce jour-là. Si elle aime toujours autant la France, elle a en revanche un peu moins d’affection pour certains des autres amoureux de notre pays. Et dans son cas, cette blessure est toujours ouverte.
La querelle du prénom, nous explique-t-elle avec lucidité, permettrait de cibler les Français de culture musulmane. A côté, les autres prénoms « non français » (d’Enzo à Kévin, en passant par Manuel) ne sont que menu fretin, des dégâts collatéraux. Le plus douloureux est que cette accusation de lèse-identité est adressée à des personnes non pas pour leurs propres choix mais pour les choix de leurs parents. Elles portent ce lourd bagage « pré-français » dont l’assimilation exigerait de se délester quand on endosse l’identité française.
Malika Sorel se sent donc renvoyée à la culture d’origine de ses parents, à son appartenance ethnique, c’est à dire à ce sur quoi elle n’a aucune prise. Elle en tire pour conclusion logique que l’assimilation est impossible. Comme les Juifs espagnols convertis au catholicisme aux XV-XVIe siècle constatant que le baptême ne lave pas leurs origines, Malika constate, amère, qu’étant d’origine algérienne elle est condamnée au statut de Harki.
La douleur de Malika m’a serré le cœur et j’imagine que la lecture de son livre aura ce même effet sur bien d’autres lecteurs. Au-delà de son cas personnel (on peut toujours contester sa manière de voir les choses, ou reprocher à l’intellectuelle une trop grande susceptibilité), Malika Sorel formule dans cet essai quelque chose de profond, de vrai, anthropologiquement et politiquement. Elle nous livre son vécu pour appuyer des arguments, et non, elle ne pleurniche pas. Son livre soulève, enfin, une question importante. Une personne blessée c’est un problème psychologique. Des centaines de milliers, c’est un problème politique.
Pendant plus de quatre décennies le mot « immigration » a été compris par un grand nombre de Français comme un synonyme de « arabe » ou « noir ». Quand on dit « stopper l’immigration », beaucoup entendent donc « Marre des arabes et des noirs, y compris leurs arrières petits enfants » ! Or, plus le temps passe, plus la machine à assimiler (certes en mauvais état) fait son œuvre, cahin caha. De plus en plus « d’issus » sont donc parfaitement assimilés. Nos débats les renvoient chaque fois aux origines de leur famille et à toutes ces petites choses intimes auxquelles on ne peut renoncer, même si on le souhaitait. Ces personnes se sentent comme les dindons de la France. C’est un grave, très grave problème. Même si, comme Marc Bloch, pour Malika la France est la patrie dont elle ne saurait déraciner son cœur.
Pour les notes accompagnant ses critiques, l’hebdomadaire culturel de gauche remplace sa mascotte habituelle par un personnage féminin. « En ce XXIe siècle où les femmes commencent enfin à trouver dans nos sociétés la place qu’elles méritent, pourquoi assujettir nos choix à un regard masculin, si légendaire fût-il ? » se justifient les journalistes.
Depuis plus de soixante-dix ans, le magazine Télérama utilisait pour noter les films ou les livres un petit personnage appelé Ulysse. Il y eut un Ulysse avec mèche, un Ulysse Senior, un Ulysse sans mèche, un Ulysse sans corps, un Ulysse avec corps, etc. Selon la qualité supposée du film ou du livre, Ulysse souriait plus ou moins franchement ou faisait carrément la gueule. Mais c’était toujours Ulysse, c’est-à-dire un homme, qui faisait la pluie et le beau temps sur la critique cinématographique et littéraire téléramesque.
Cela ne pouvait plus durer, il était temps qu’Ulysse change de genre et rende ainsi hommage aux femmes.
Mon petit doigt me dit qu’une nouvelle génération de journalistes de Télérama a dû vertement attirer l’attention des plus anciens sur cet Ulysse vantard, ce symbole nocif du phallocentrisme. J’entends d’ici la philippique des jeunes pousses aux vieux croûtons du magazine télé: « Votre Ulysse c’est rien qu’une figure du patriarcat, un agent de la domination masculine, un spécimen arriéré et toxique, un prétentieux qui donne son avis sur tout, tout le temps, avec l’assurance du mâle antique. Il suffit d’ailleurs de se rappeler qui était Ulysse, le vrai, celui d’Ithaque et de la guerre de Troie, pour comprendre ce qu’évoque en réalité votre figurine obsolète. Ulysse, c’est le gars qui épouse Pénélope après avoir été le vainqueur de jeux l’opposant aux princes grecs désirant comme lui culbuter la belle Pénélope sans lui demander son avis et avec le seul consentement du père. Ensuite, c’est le type qui tente de se faire passer pour fou pour échapper à la guerre, soi-disant par amour pour sa femme, tu parles ! C’est le mec qui, démasqué, obligé de partir combattre, disparaîtra vingt ans et racontera à son retour des histoires à dormir debout pour justifier son absence prolongée : et vas-y que Poséidon l’a empêché de rentrer ; et vas-y que des sirènes aux chants divins ont failli l’emprisonner ; et vas-y que Circé a transformé ses compagnons en cochons et que lui-même n’a pu échapper au sortilège de la magicienne qu’en couchant avec elle (bah voyons !) ; et vas-y que Polyphème le Cyclope lui a lancé des rochers de la grosseur d’une île ; et vas-y que la belle Calypso l’a retenu sept ans contre son gré… Bonjour le mythomane ! Pendant qu’en réalité Ulysse se saoulait la gueule avec ses camarades et s’envoyait en l’air avec dieu sait qui et sans doute pas toujours avec le consentement de ses victimes, la vertueuse et fidèle Pénélope aura passé son temps à tisser un voile mortuaire le jour, à le détruire la nuit, à recommencer son travail le lendemain et à le détruire à nouveau la nuit d’après, et ainsi de suite pendant des années pour échapper aux cent quatorze prédateurs qui la harcelaient. Vous ne croyez pas qu’il est temps de rendre hommage à Pénélope en particulier et aux femmes en général, bande de salopards phallocrates ? »
La diatribe a porté ses fruits. Télérama vient de décider de remplacer Ulysse par une nouvelle effigie appelée Pénélope et dessinée par une autre Pénélope, nommée Bagieu, laquelle n’a pas été choisie par hasard. Il y a quelques mois, une journaliste de l’hebdo culturel le plus woke de France a été ravie de rencontrer cette dessinatrice à New-York dans un « espace de coworking non mixte : interdit aux hommes. […] où trône un néon indiquant “No man’s land ” » [1]. Très engagée dans le « combat féministe », Pénélope Bagieu a d’abord créé un « recueil de femmes inspirantes et inspirées », une BD intitulée Les Culottées. Elle vient de sortir un nouvel album [2]dans lequel elle évoque son enfance, son adolescence, « le début de sa vie d’adulteet les hommes et les abus dont elle a été victime ». S’inspirant de ses BD, des collégiennes ont montéune pièce de théâtre leur permettant « de s’attaquer aux stéréotypes de genre dans un spectacle qui a la vocation de faire réfléchir les gens sur les clichés et d’éveiller les consciences égalitaires » [3]. Autant dire que Pénélope Bagieu avait toutes les qualités requises pour devenir la dessinatrice de ce nouveau personnage qui “revisibilise” les femmes jusque dans les moindres recoins du magazine le plus progressiste de Paris.
Télérama gobant toutes les âneries qui traînent, il devra d’ici peu changer à nouveau son petit personnage et le remplacer par un autre, plus proche des nouvelles tendances dégenrées qui se dessinent. Pour rester dans le domaine mythologique, je lui conseille un personnage qui fera la joie des non-binaires et des bisexuels, des transgenres et des pansexuels, de tous les gender fluid de France et de Navarre : Hermaphrodite.
Aveuglés par des idéologies opposées, la Russie et l’Occident oscillent entre guerre et dialogue de sourds. Le camp du Bien, défendu par Washington et l’Union européenne, ne conçoit pas que Moscou puisse s’opposer à l’expansion de l’OTAN.
L’affrontement entre l’Occident et la Russie est un choc entre deux visions irréconciliables du monde, l’une idéologique, l’autre réaliste. Ce choc explique la spirale vicieuse dans les rapports Est-Ouest qui, entamée depuis au moins 2014, vient de conduire à une guerre en Ukraine et risque de continuer à dégénérer pendant les années à venir.
Deux visions séparées par un gouffre
Idéologue, l’Occident l’est depuis la fin de la guerre froide. Succombant à l’illusion mégalomane d’avoir accompli la fin de l’Histoire, l’Occident est obsédé depuis trente ans par un mariage entre deux éléments. Le premier est le post-nationalisme d’une « construction » européenne qui reste tournée vers l’avenir afin de ne pas affronter un présent trop compliqué. Le second est une OTAN qui, pour ne plus être une alliance défensive protectrice de l’intégrité territoriale de ses membres, s’est réinventée comme une alliance agressive dont les valeurs et les objectifs sont « universels et perpétuels » – selon le texte de son « Concept stratégique » adopté en 2010 – et qui vise à être le défenseur et l’arbitre des droits de l’homme partout dans le monde, de Pristina à Kaboul.
Réaliste, la Russie l’est devenue à cause de l’effondrement du régime idéologique sous lequel le pays a souffert pendant soixante-dix ans, régime qui l’a conduite dans l’abîme. Quand Poutine cite Lénine, c’est pour dénoncer les conséquences terribles de l’idéologie en politique. Immunisée, la Russie ne pense plus en termes du dépérissement de l’État ou de la révolution mondiale voulus par Marx, Engels, Lénine et Trotski. Ces idées sont depuis longtemps installées en Occident dont l’idéologie mondialiste imagine que toutes les contradictions seront résolues dans une fin de l’histoire technocratique et commerciale.
La crise en Ukraine a révélé le gouffre qui sépare ces deux visions. Les Russes ayant demandé que l’OTAN arrête sa politique d’élargissement, l’Occident a répondu avec orgueil qu’il ne pouvait pas transiger sur ses principes. Tout pays, et en particulier l’Ukraine, aurait le « droit souverain » de choisir ses alliances militaires. Fermer la porte à l’Ukraine serait signer de nouveaux accords de Munich, car dans l’esprit des idéologues occidentaux l’histoire est un éternel retour où nous sommes condamnés à revivre sans cesse l’affrontement si enivrant entre le Bien et le Mal des années 1930. Cette réponse parfaitement idéologique à une demande politique a l’inconvénient d’être fondée sur un mensonge, mensonge qui vient justement de l’aveuglement qu’entraîne l’idéologie. Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants occidentaux, l’article 10 du traité de Washington de 1949, la charte de l’OTAN, ne reconnaît aucunement un quelconque « droit » d’un pays tiers à intégrer l’OTAN. Il stipule au contraire que l’Alliance peut inviter d’autres pays à la rejoindre, ce qui suppose aussi qu’elle peut ne pas les inviter. L’emploi du langage des « droits » dans une telle situation est parfaitement infantile, les prétendus « droits » de l’Ukraine étant contrebalancés par le droit évident de l’OTAN de choisir ses propres membres et sa politique d’élargissement.
Insoutenable légèreté
Pire, l’idéologie de l’Occident l’aveugle devant ses propres actes et leurs conséquences. Selon le conte de fées que l’Occident se raconte pour s’endormir, il n’y a que « liberté » et « valeurs » du côté occidental, alors que les méchants Russes ne pensent qu’en termes de chars, de gaz et de rapports de force. Ainsi, la puissance militaire gigantesque de l’OTAN (le budget militaire américain à lui seul dépasse ceux, cumulés, des dix États suivants) se volatilise et disparaît dans un nuage d’odeur de sainteté. Les guerres à répétition menées par l’Occident : contre la Yougoslavie en 1999, contre la Libye en 2011, contre la Syrie par interposition à partir de 2011, et en Afghanistan pendant vingt ans, sont ainsi justifiées par l’insoutenable légèreté d’un Occident incapable de voir la réalité de ses actes et la façon dont ils sont perçus par d’autres nations.
Concrètement, cet angélisme occidental refuse de tenir compte du fait que l’Ukraine, poussée par les États-Unis, voulait la guerre. La nomination en novembre 2021 de Dmytro Iaroch, fondateur du parti d’extrême droite ultra nationaliste Secteur droit (l’un de ceux que BHL n’a jamais rencontrés pendant ses nombreux séjours en Ukraine), comme conseiller du commandant en chef des forces armées ukrainiennes est passée sous le radar des chiens de garde du politiquement correct autrement si prompts à dénicher partout des fachos en Europe.
L’Occident a fait la sourde oreille quand Kiev, le 20 février, a menacé de se doter de l’arme nucléaire, en contravention avec tous les traités de non-prolifération en vigueur depuis des décennies. L’Occident semblait croire que les Russes ne réagiraient ni à la dénonciation unilatérale par les États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 2019, traité qui est un véritable monument de la fin de la guerre froide car signé par Reagan et Gorbachev en 1989, ni à la dénonciation par les Américains du traité ABM (antimissile balistique) en 2002, ni à la création du « bouclier antimissile » dans les années 2000 et 2010 – en réalité un chapelet de bases en Europe de l’Est d’où des missiles peuvent être lancés vers la Russie.
Pendant sept ans, depuis le coup d’État violent qui a renversé le régime ukrainien, les Européens et les Américains récitent avec une insistance incantatoire que les accords de Minsk doivent être respectés, alors qu’ils savent très bien que ce sont les Ukrainiens qui ne veulent pas les respecter en accordant une autonomie au Donbass comme ces accords le demandent. En de telles circonstances, comment s’étonner que les Russes proclament haut et fort depuis quelques semaines que leur patience est épuisée et qu’ils entendent en tirer la conclusion qui s’impose, à savoir que ni les Ukrainiens ni leurs parrains américains ne veulent la paix ?
Les Dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre. Nous en sommes là.
Elisabeth Lévy revient sur la dernière sortie de Sandrine Rousseau (EELV). L’écoloféministe furieuse estime que « le privé est politique » et propose un « délit de non-partage des tâches domestiques ».
L’ex-porte-parole de Yannick Jadot a précisé au journal Madmoizelle : «Tant qu’on ne donne pas les moyens aux femmes de véritablement obtenir l’égalité sur le partage, on n’y arrivera pas».
Avant de s’interroger sur la légitimité de cette idée, il faut questionner sa faisabilité. Que suggère Sandrine Rousseau? Une brigade des plumeaux qui débarquera dans les cuisines pour voir si Monsieur fait bien sa part? Des caméras de surveillance dans tous les foyers français ? Imaginons un procès intenté à un mauvais partageur, interrogé par l’avocat de Madame : Monsieur Dupont, quels sacs utilisez-vous pour votre aspirateur ? – Euh… Moulinex ou Seb. – Ahah ! Comment, mais depuis six mois, votre ménage a un aspirateur sans sac ? Vous êtes cuit !!
Quant aux sanctions qui seraient infligées au contrevenant, Sandrine Rousseau n’a rien dit. Suggérons un an de corvées de patates et l’obligation de dire tous les jours à Madame qu’elle a maigri ! Si les Dupont n’ont pas encore divorcé, bien sûr…
Comme souvent, les propos de Sandrine Rousseau ne sont pas sérieux. Peut-être devrions-nous nous contenter de passer notre chemin en haussant les épaules. En effet, il n’y a aucune chance que ce délit voit le jour heureusement. Tout comme il y a peu de chances que Madame Rousseau soit un jour présidente de la République. Mais cette affaire de partage des tâches domestiques est emblématique du néo-féminisme dont les trois mamelles sont : victimisation-normalisation-punition. Victimisation: à entendre les nouvelles féministes, les femmes seraient reléguées en cuisine pendant que leurs gros beaufs de maris regardent le foot avant de commettre un « viol conjugal ». Pardon, on ne doit pas vivre dans le même monde, car on voit aussi beaucoup d’hommes être aux petits soins ou terrifiés.
Normalisation: s’il y a des femmes qui aiment s’occuper de leur homme, faut-il le leur interdire ? Pour Sandrine Rousseau : le privé, c’est politique. C’est une vieille antienne totalitaire des gauchistes des années 70. Pourtant, la vie humaine et l’amour sont du domaine de la singularité, de la complexité, il n’y a heureusement pas de mode d’emploi.
Punition : ces féministes nouveau genre ne rêvent que de sanctions, de lois, de dénonciations. Si on les écoutait, on embastillerait des hommes pour une blague salace ou une invitation à dîner.
Ces héritières indignes de 1968 entendent libérer les femmes, mais elles détestent la liberté. Qu’elles arrêtent de parler au nom des femmes qui n’ont nullement besoin de flics de l’intime pour être respectées !
Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio.
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, le matin à 8h10.
Notre illustre chroniqueur, Jean-Paul Brighelli, publie aujourd’hui la suite de La Fabrique du Crétin, son best-seller vendu à 150 000 exemplaires. L’école de la transmission des savoirs et de la formation du citoyen français n’en finit plus de mourir. Et 15 ans après le premier avertissement, la situation est encore pire.
C’est l’histoire d’un homme qui a passé quarante-cinq ans dans l’Éducation nationale et qui est en colère. En colère non pas contre son métier, ni contre ses élèves. En colère contre l’effondrement du niveau, contre la confrérie des « pédagos », contre les politiques complices qui depuis près d’un demi-siècle, enfoncent notre système scolaire dans le marécage de l’ignorance.
Dès les années 1960, le terrain est préparé. Farouche adversaire de la souveraineté nationale, père de l’Union Européenne, Jean Monnet tient à faire « réécrire les programmes d’histoire, de façon à les débarrasser de tout ce qui ressemblerait à une exaltation patriotique », rappelle Brighelli. Mais c’est le 11 juillet 1975, sous la présidence de Giscard, que l’effondrement est vraiment lancé, avec la création du « collège unique ». « Une réponse à la demande du patronat et un instrument de sujétion sociale », écrira le philosophe Jacques Derrida.
L’enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli. D.R.
Les effectifs des classes ne changeant pas, eux, l’alignement du niveau des élèves se fait par le bas. C’est très triste mais c’est comme ça. Ajoutons à cela le regroupement familial. Les futures cohortes d’ « esclaves taillables et corvéables à merci », comme les appelle Brighelli, attendent patiemment leur heure dans le ventre de leur mère. Aujourd’hui, les enfants et petits enfants de ces derniers s’abreuvent de smartphone et de jeux vidéos, utilisent la calculatrice pour faire leurs courses et n’ouvrent jamais un livre. Une cible de premier choix pour grossir le peloton des pédaleurs de Uber Eats.
La transmission appartient au passé
« Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine », écrivait Montaigne. Certes, encore faut-il que cette tête ne soit pas vide. Dès l’adoption du collège unique, les « pédagogistes », comme dit Brighelli, sortent de leurs tanières et s’attellent à briser la transmission verticale du savoir au profit de l’horizontalité. En juillet 1989, Lionel Jospin sacralise la parole de l’élève dans une loi, au nom de la liberté d’expression. Tandis que l’enseignant est rabaissé, mal payé et méprisé (ou bien pire), l’enfant devient un enfant roi. Or, « un roi, ça ne travaille pas », rappelle Brighelli.
À chaque gouvernement sa réforme. La vitesse du train s’accélère, le précipice approche. En mai 1999, Ségolène Royal, alors ministre délégué chargé de l’Enseignement scolaire (ne riez pas) lance les premières « heures de vie de classe » et autres « emplâtres sur la jambe de bois du collège unique ». 2005. Cette fois c’est François Fillon, « qui ne connaissait strictement rien à l’école » souligne Brighelli, qui met en place le fameux socle de compétences au collège. Fini les notes, place aux couleurs ! « Savoir apprendre », « savoir faire », « savoir être » etc. Pour chacune de ces « compétences », les enseignants sont priés de mettre une croix dans la colonne « acquis » ou dans la colonne « en cours d’acquisition ». Les plus téméraires, au risque de passer pour des kapos auprès des parents d’élèves ou d’être mal vus par leur direction, peuvent s’aventurer à cocher la colonne « non acquis ».
Le fait que le terme de « compétence » se substitue à celui de « connaissance » est d’ailleurs un symbole fort. Dès 2015, la novlangue s’immisce dans le corps de l’Éducation nationale avant de pénétrer ses esprits : ne dites plus « dissertation », dites « expression écrite », ne dites plus « parler » ou « écrire » mais « produire des messages à l’oral et à l’écrit », ne dites plus « apprendre une langue » mais « aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». Ne dites plus « nager » mais « se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé » etc.
Le naufrage Vallaud-Belkacem
En 2016, Najat Vallaud-Belkacem parachève ce grand bond en avant avec sa réforme du collège. Sous couvert d’œuvrer à la démocratisation du système scolaire, quarante ans de collège unique et de réformes n’ont fait qu’exalter les inégalités sociales, déplore Brighelli. Alors que faire ? Notre enseignant préconise, cela ne vous surprendra pas, le retour aux bonnes vieilles méthodes. Le par cœur. Apprendre des fables de La Fontaine par cœur, apprendre des passages du Cid par cœur, apprendre les tables de multiplication par cœur (pour ma part, si je suis reconnaissant envers ma professeur de quatrième de m’avoir fait réciter une partie de la tirade de Don Rodrigue à Don Fernand, le martèlement des tables de multiplications n’a jamais pris avec moi).
En histoire, donner un nouveau souffle aux héros. Brighelli rend d’ailleurs grâce à François Bayrou d’avoir, quand celui-ci était ministre de l’Education, mis à l’honneur « vingt-deux figures historiques » parmi lesquelles Jules César, Clovis, Charlemagne, Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Colbert ou encore, Napoléon. À force de céder aux sensibilités de chacun – certains déboulonnent Colomb, d’autres Colbert -, chaque région ou communauté refera sa propre liste, alerte Brighelli. C’est d’ailleurs déjà le cas : « privés de transcendance, les jeunes gens se sont réfugiés là où ils en trouvaient encore une. Plus de héros ici -alors on y importe Mahomet, qui fut un chef de guerre impitoyable, un tueur sans pitié ». On ne saurait dire mieux.
Un ouvrier de la Ville de Paris nettoie la statue de Jean-Baptiste Colbert, Paris, 23/6/2020. Thibault Camus/AP/SIPAAP22566032_000001
De la pénétration de l’islam dans les jeunes têtes et dans les salles de classe, il est aussi question. Mais pour cela, le mieux reste de le lire. Résolument sincère, sans langue de bois aucune, Brighelli distille un peu d’humour çà et là, au détour d’une fin de phrase ou d’une parenthèse mais c’est tout. Quand il vous arrachera un petit éclat de rire, parfois, c’est pour vous faire mieux supporter le désastre qu’il décrit dans ce second volet. Parce qu’il est très bien placé pour savoir à quel point la transmission du savoir est une affaire trop sérieuse pour être évoquée avec légèreté ? Possible. Avant d’être l’érudit Brighelli, Brighelli fut un petit Corse fils de policier et d’une secrétaire, ne l’oublions pas. On ne reste pas enseignant pendant plus de quarante ans par hasard. Quand Brighelli dit qu’enseigner est ce qui lui importe le plus dans la vie, ça peut sembler un peu étrange mais c’est vrai. Avant de vous plonger dans le second volet de La fabrique du crétin, lisez donc cet extrait, cette confession à destination de ses élèves : « Regarder les rails, dans une banlieue sinistre, avec concupiscence – et ne pas sauter parce qu’on a rendez-vous avec trente ou trente-cinq garnements qui ne maîtrisent pas encore l’accord du participe passé avec le COD antéposé : excellente raison de survivre. Au fond, c’est moi qui vous suis redevable ». Nous aussi, nous sommes redevables à Brighelli de ne pas avoir sauté.
Entretien avec le député de Moselle Ludovic Mendes (LREM), en charge d’une mission ministérielle de lutte contre les actes antireligieux confiée par le Premier ministre.
Causeur. Notre société est de plus en plus violente. Vous avez remis mardi avec Isabelle Florennes (Modem) un important rapport interministériel à Jean Castex. Vous avez interrogé 128 personnes, notamment parmi les représentants des cultes. Votre rapport alerte sur l’augmentation des actes antireligieux et en recense 1659 en 2021. Pourtant, vous estimez que ce chiffre est très en deçà de la réalité, pourquoi ? Ludovic Mendes. Déjà, si on dit que la société est de plus en plus violente, c’est parce que cela a été rappelé par plusieurs des personnes que nous avons auditionnées. La société française se parle moins, elle est moins souvent en communication, de moins en moins en communauté nationale et beaucoup plus dans l’affrontement.
Mission ministérielle de lutte contre les actes antireligieux: 1659 actes antireligieux en 2021, 857 faits antichrétiens, 589 faits antisémites et 213 faits antimusulmans
Ensuite, les chiffres sont sous-estimés car ils correspondent soit à des plaintes effectives déposées, soit à des remontées d’informations au service central du renseignement territorial (SCRT). S’il n’y a pas de plainte, il n’y a pas de remontée, donc les actes antireligieux ne sont pas tous comptabilisés ici. Ces chiffres, s’ils ne reflètent pas totalement la réalité, restent utiles pour montrer une tendance. Et 1659 actes, c’est déjà beaucoup ! Si on prend certaines études équivalentes faites en Angleterre, il faudrait multiplier ces actes par dix, si on prend certaines autres études, il faudrait les multiplier par cinq ou six. Nous sommes confrontés aussi à des responsables religieux qui décident de ne pas déposer plainte pour ne pas créer plus de pagaille autour d’eux, qui ne souhaitent pas apparaître comme des martyrs ou qui ont aussi le sentiment que la plainte n’aura pas de suivi.
Vous dites que « les actes antireligieux ne sont pas des violences comme les autres ». Préconisez-vous une évolution de la législation ? On ne demande pas de modifications du Code Pénal, car les cultes eux-mêmes n’en veulent pas. En France, nous luttons contre toutes formes de discriminations. Nous demandons simplement que la Justice puisse bien appliquer la circonstance aggravante. Les actes antireligieux sont spécifiques pour deux raisons. Il y a l’acte de violence gratuite qui vise le religieux en lui-même, et il y a l’acte qui est du vandalisme de droit commun. Mais ces actes touchent le fidèle en son sein, il atteint sa foi, son histoire, sa tradition ou sa culture. L’acte antireligieux est évidemment discriminatoire, et il attaque les valeurs républicaines, notre laïcité.
Vous parlez d’actes antimusulmans dans votre rapport. Pourquoi ne pas les qualifier d’« islamophobes », terme couramment employé dans la plupart des journaux – pas dans Causeur, notez bien ? Le terme « islamophobie » serait une erreur, il n’y a pas d’actes islamophobes. L’UE ne reconnaît pas ce terme d’ailleurs. Ce que l’on peut rencontrer aujourd’hui sur l’antisémitisme n’existe pas pour la communauté musulmane. Certains militants tentent de créer une « islamophobie » pour pouvoir dire : « nous sommes traités comme les juifs ». A plusieurs reprises, je leur ai expliqué qu’au regard de l’histoire de l’humanité, ils n’ont jamais été traités de la même façon.
1% de la population subit 70% des agressions physiques à caractère discriminatoire
Il y a bien sûr des réactions épidermiques suite aux attentats, des méconnaissances et des propos discutables tenus par certaines personnes. Le conflit du Moyen-Orient n’arrange rien. Mais ceux qui essaient de faire croire que l’État entretient un système « islamophobe » sont des fossoyeurs, volontairement. Ils sont dans une démarche plutôt politique. Les Frères Musulmans parlent d’ « islamophobie », ils ont envie de créer une reconnaissance spécifique pour créer un sentiment communautaire. Nous luttons contre cela en disant que les musulmans veulent vivre leur foi simplement. Il faut qu’on puisse les accompagner avec des Corans bien traduits, en développant les capacités de compréhension de la langue arabe et l’éducation du fait religieux à l’École.
Vous semblez presque regretter que l’on parle trop de laïcité. Mais n’est-ce pas parce que les religions font de nouveau beaucoup parler d’elles ? Votre démarche n’entretient-elle pas la compétition victimaire ? Et que répondez-vous à nos concitoyens qui légitimement peuvent bien dire qu’ils n’ont pas envie de s’intéresser à l’islam ? Non. Ça fait vingt-cinq ou trente ans que l’on parle davantage de laïcité, mais ce que je critique c’est que certains dévoient le concept. La laïcité ne consiste pas à reléguer les religions dans l’espace privé. Pour la loi, le religieux a le droit d’exister dans l’espace public tant qu’il ne représente pas l’État, et tant qu’il n’est pas prosélyte. La laïcité protège autant le croyant que le non-croyant. Elle signifie qu’il n’y a pas de religion d’État et qu’on reconnaît toutes les religions à égalité. On reconnaît les cultes et les rites de toutes les religions. Je regrette qu’il y ait beaucoup d’ignorance sur la religion aujourd’hui. Il faut mieux éduquer au fait religieux et réaffirmer ce qu’est le principe de laïcité. Les violences viennent en partie de l’ignorance ! L’extrême-gauche vise plutôt les catholiques, alors que l’extrême-droite vise l’islam et la communauté juive. On a évidemment, d’un autre côté, l’islamisme et son antisémitisme rampant. Il faut exprimer aux musulmans qu’ils ont des droits et des devoirs, et que c’est à eux de faire un pas. Ils doivent faire l’effort de se structurer, d’aller vers l’État et ses représentants, s’ils ne le font pas, ils entretiennent le flou et laissent croire à certains fidèles que l’État ne les considère pas et ne les respecte pas. C’est important d’accompagner cette transition.
Plutôt que de s’inquiéter de la susceptibilité de bigots, le parlementaire que vous êtes ne devrait-il pas plutôt se battre pour Mila, menacée parce qu’elle critique l’islam ? Ne seriez-vous pas plus utile à dénoncer les actes les plus inquiétants qui sont le fait de musulmans radicalisés (je pense à l’assassinat du Père Hamel à l’été 2016 près de Rouen par exemple, ou aux récentes prises à partie de processions à Nanterre aux cris de « sales kouffars » ou « sur le Coran, je vais t’égorger ») ? À titre personnel je fais mes choix. En tant que parlementaire, je ne dois pas faire de différences. Je ne vais pas mettre en avant Mila davantage que d’autres victimes : toute personne victime de discrimination, d’agression ou de violence parce qu’il est de telle ou telle religion ou supposée, ou sexualité, genre, etc…me pose un problème. On a aussi l’ultra droite qui devient de plus en plus dangereuse. N’oubliez pas que c’est l’extrême-droite qui détruit les cimetières juifs et qui tague des mosquées. Avec le père Hamel on a vu un responsable cultuel tué dans sa propre église, alors qu’un musulman doit respecter tous les croyants car toutes les personnes sont au même niveau, et qu’ainsi, en attaquant un représentant du culte, il attaque toute l’humanité.
Le problème du Printemps Républicain, c’est qu’il parle beaucoup trop des religions
À Lyon aujourd’hui, c’est compliqué d’être musulman dans certains quartiers parce qu’on subit des insultes, des crachats, des menaces physiques. C’est ce que vivent les Juifs, la plupart du temps, sur l’ensemble de notre territoire. La victimisation doit être prise en compte mais il faut déconstruire cela tout de suite après. Il n’y a pas de portrait-robot de l’acte antireligieux. En France, on a une incapacité parfois à comprendre ce que peuvent ressentir les fidèles, on l’a vu avec la crise du Covid. On est aussi dans une période où beaucoup ont besoin de spiritualité, pas forcément religieuse.
On recense 589 actes antisémitismes contre 213 actes antimusulmans, cela signifie-t-il que les juifs subissent le plus la violence en raison de leur religion en France aujourd’hui ? Si on prend ces chiffres, oui. Mais je vous ai dit précédemment que la remontée d’informations était lacunaire. Si on prend ce chiffre par rapport à l’effectif de la communauté juive dans notre pays, oui ce chiffre est extrêmement important : 1% de la population subit 70% des agressions physiques à caractère discriminatoire. À la différence avec les musulmans, la communauté juive est très bien structurée dans notre pays. Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) référence très bien et depuis longtemps tous les actes antisémites. Le ministère de l’Intérieur et lui sont d’accord au chiffre près. Ce qui est nouveau et terrible pour les Juifs, ce sont les actes violents de voisinage, c’est-à-dire dans la sphère privée, on l’a vu avec l’affaire Halimi ou avec Mireille Knol. Chez les chrétiens, certains ne portent pas plainte parce qu’ils considèrent qu’il faut tendre l’autre joue et que Jésus a dû porter sa croix lui aussi… Si on prend les trois derniers mois de l’année 2021, les actes antimusulmans ont bondi, notamment avec des incendies de salles de prière.
Numéro d’avril 2019 de Causeur
Reste qu’en valeur, les actes antichrétiens sont les plus nombreux alors que ce sont les victimes dont on parle le moins. Que se passera-t-il le jour où les catholiques ne tendront plus l’autre joue ? Globalement, les catholiques ont pris conscience de l’importante de se protéger. La conférence des évêques de France a pris en considération cela. A Nantes, un prêtre nous a expliqué ne plus faire d’office désormais la nuit tombée, car il y a un sentiment d’insécurité grandissant dans la ville. A Lyon, les évêques ont nommé un référent chargé de la sécurisation des lieux de culte. A Toulon, ils font la même chose. Une église est censée être ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : elle ne l’est plus aujourd’hui.
Pour en revenir au malheureux père Hamel ou à la procession prise à partie à Nanterre, on ne souvient pas qu’il y ait eu de tels drames quand le catholicisme avait un droit d’ainesse naturel dans notre pays. Le problème n’est-il pas le communautarisme contre lequel votre rapport ne semble pas franchement s’attaquer ? Non ! Certains amis musulmans qui ne font pas étalement de leur foi vivent des regards, des mots, des doutes que je ne vivrais pas, moi, par exemple. Tant qu’on ne luttera pas contre le sentiment de persécution d’une partie de la communauté musulmane, on ne luttera pas contre ce terreau fertile de l’islamisme. Il y a différentes réalités. Ce qu’on a entendu à Strasbourg, on ne l’a pas entendu à Lyon par exemple. On veut lutter contre l’ignorance, et notamment au sein de la jeunesse musulmane, de la jeunesse catholique ou juive. Je préconise dans le rapport une méthode CLE (Citoyenneté, Laïcité et Egalité), qui va au-delà des problèmes liés aux religions. Nos programmes scolaires n’ont pas de fil rouge aujourd’hui, alors qu’on peut faire des liens entre les arts, la philosophie, l’histoire etc. Il faut faire des citoyens éclairés lorsqu’ils sortent de l’école. Notre société perd beaucoup de temps à parler des minorités, qui peuvent essayer de nous imposer certains débats alors qu’il suffit de leur dire : c’est votre liberté tant que vous ne troublez pas l’ordre public. C’est cela un système CLE, comme le préconisait le rapport Debray notamment.
J’ai pourtant l’impression qu’on fait déjà cela à l’école depuis des années ! Et que fait-on pour lutter contre les 57% de jeunes musulmans de moins de 24 ans qui placent la charia avant les lois de la République ? Tout croyant partira du principe que la règle religieuse est censée être supérieure. Rien n’est supérieur à la République ! Je ne parle pas trop de ce sondage, car il a été fait à un moment donné sur un échantillon donné, et non sur l’ensemble de la nation. Et je ne sais pas comment a vraiment été posée la question. Concernant cette partie de la jeunesse française musulmane, elle pense connaître des textes, ces jeunes ne les connaissent pas en réalité, et ils ne connaissent même pas la langue arabe.
L’avocat Richard Malka nous disait dans un entretien récent : « la France c’est vieux, la République c’est jeune ». Vous êtes plutôt sur cette ligne-là ? On ne peut pas dissocier l’histoire de France et la République, oui. On ne doit rien effacer de l’histoire. Si on n’apprend pas à la nouvelle génération que l’on peut faire des erreurs, alors on n’avance pas. Il faut rappeler sans cesse à nos jeunes qu’ils sont des citoyens français à part entière et qu’il y a peut-être aussi des choses à déconstruire dans leur roman familial pour éviter l’endoctrinement. La loi contre le séparatisme permet de lutter contre toutes les dérives, notamment en salles de prière. La dérive la plus importante aujourd’hui, c’est la haine en ligne.
Marine Le Pen et Éric Zemmour veulent interdire le voile pour limiter la progression de la visibilité de cet islam politique et prosélyte dans l’espace public. En outre, ils veulent arrêter l’immigration. Ces solutions ne sont-elles pas plus simples en pratique que le dialogue et la pédagogie que vous réclamez sans cesse ? Non seulement, je n’ai pas particulièrement envie de commenter ce que font Zemmour et Le Pen et aussi, je veux vous rappeler que ce n’est pas en interdisant des choses dans l’espace public qu’on y arrivera forcément. Plus on interdit de choses dans l’espace public, plus elles se produisent dans l’espace privé, plus on communautarise la société. Il faut expliquer aussi pourquoi l’immigration est utile, je suis moi-même un immigré portugais.
Ce n’est pas la même chose, allons ! Plus l’ignorance gagne, plus il y a des risques de guerre civile dans notre pays. Si on veut que notre pays soit un ensemble de communautés qui ne se parlent plus, alors on ne sera plus la France. Aujourd’hui quand on va à Sarcelles, on observe des juifs, des musulmans, des catholiques ou des protestants qui vivent les uns à côté des autres mais pas ensemble.
Le Printemps Républicain et Zineb El Rhazoui ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron. Est-ce que ce sont des cautions laïques et républicaines opportunistes et à visée électorale ? Ou dois-je y voir une inflexion de la majorité vers une laïcité plus ferme ? Ce n’est pas En Marche qui a demandé au Printemps Républicain de nous rejoindre, mais ce dernier qui a décidé de soutenir le président Macron ! Le problème du Printemps Républicain, c’est qu’il parle beaucoup trop des religions. Ce n’est pas la bonne façon de faire, ils entretiennent ce qu’ils veulent combattre. Des personnes proches du Printemps Républicain ont déposé plusieurs amendements à l’Assemblée nationale, la majorité présidentielle ne les a jamais retenus. Il n’y a pas d’inflexion : tous ceux qui demandent à faire des différenciations, qu’il s’agisse des woke, de l’extrême-droite, des islamistes etc. se trompent. La République ne réussira pas dans la radicalité, mais dans le rassemblement des gens, dans l’union.
Est-ce qu’un tel compromis national est encore possible ? On nous annonce la réélection du président sortant que vous soutenez et une forte abstention au scrutin qui s’approche… Quand je demande aux abstentionnistes pourquoi ils ne votent pas, je n’ai jamais la même réponse. Les citoyens ne croient parfois plus à la femme ou l’homme providentiel, à nos logiques politiques, et parfois ils se détachent d’un système politique car ils ne le comprennent plus. Il faut qu’on puisse répondre à chacun d’entre eux. Sortons des raisonnements simplistes permanents ! Il faut qu’on revienne à des discours nuancés.
Allez-vous vous représenter aux législatives ? Je ne sais pas encore.
Vous venez du quartier de Borny à Metz, réputé difficile. Selon les cartes de France Stratégie, il est composé à 31% de jeunes de 0-18 ans qui sont nés de parents extra-européens. Est-ce qu’avec de tels volumes d’immigrés la pédagogie que vous préconisez est toujours possible ? Continue-t-on à accueillir encore plus d’immigration ? Le quartier de Borny a été un quartier difficile. Je me souviens des émeutes de 1993 ou de 1995, c’est un quartier de presque 25 000 habitants, donc un quart de la ville de Metz. Aujourd’hui, c’est un quartier qui vit mieux, l’État y a investi beaucoup d’argent. Il y a encore des évolutions à faire. Aujourd’hui, cela se passe plutôt bien, mais je ne dis pas que tout est parfait. Il y a du trafic notamment. Ce quartier est aussi plein de solidarités, avec des personnes qui se battent au quotidien. Quand on parle d’extra européen, on parle de quoi ? Les Canadiens sont compris dedans ? À Borny, on a aussi des personnes qui viennent d’Asie du Sud, d’Amérique du Sud, et bien sûr des pays d’Afrique. Les personnes qui ne veulent plus d’immigration ont à l’esprit Calais, les jungles autour de Paris, cette réalité-là. La vraie question c’est : pourquoi mettre toutes les mêmes personnes au même endroit et après râler parce qu’il n’y a pas d’intégration ?
Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple
Tout comme le totalitarisme soviétique a eu, en son temps, ses idiots utiles, le totalitarisme islamique possède aujourd’hui les siens. Ils passent leur temps à condamner toute forme d’extrémisme, et en même temps cautionnent l’émergence de l’islam conquérant en France et en Europe. Bien sûr, ces faux résistants ne promeuvent pas sincèrement la charia, mais ils collaborent avec l’islam sur de multiples fronts et se discréditent dans des circonstances d’autant plus inacceptables que ces « idiots utiles » sont nos propres gouvernants…
Par une multitude de compromis, de reculades, et de soumissions, ils affaiblissent la France et alimentent la longue et patiente conquête islamique. Leurs renoncements les rendent complices de la balkanisation du pays, de l’émergence de « territoires perdus de la République », de la multiplication des femmes et des fillettes voilées dans l’espace public, des prières de rues massives, des appels de muezzins dans le bus ou le métro quand ce n’est pas directement depuis une mosquée[1]parfois financée par une monarchie pétrolière du Golfe. Ces concessions présentées par nos dirigeants comme de bonnes manières destinées à apaiser les relations entre la République et l’Islam sont interprétées au contraire par les musulmans conquérants comme des marques de faiblesses et des présages de leur victoire imminente.
Naïvetés macroniennes
Collusions avec des individus radicalisés, inaugurations de mosquées fréristes, subventions suspectes : les compromissions de la macronie sont trop nombreuses à défaut d’être spectaculaires. D’Olivier Véran qui fréquente l’Association des Musulmans Unis (association en connivence avec des extrémistes comme Hassan Iquioussen), à Gérard Collomb inaugurant l’Institut Français de la Civilisation Musulmane aux côtés de Mohammed Al-Issa (auteur d’une thèse approuvant le djihad offensif et le meurtre des apostats), jusqu’à Gérald Darmanin qui rend visite à la mosquée de Bussy-Saint-Georges acquise aux Frères musulmans et vendant des ouvrages appelant au djihad armé ; il semble qu’une épidémie de naïveté et d’ignorance ait foudroyé nos responsables politiques qui ne prennent jamais la peine de s’informer du degré de radicalisation des individus qu’ils vont côtoyer, financer ou soutenir. Venant d’un citoyen quelconque, l’ignorance n’est pas un problème. Mais lorsqu’il s’agit de nos gouvernants, cela devient plus grave. Lorsque l’affaire est isolée, on peut penser à un mauvais concours de circonstances. Mais lorsque ces collusions se répètent et remplissent des livres entiers, il ne peut plus être question de malchance. Mon dernier ouvrage, La Macronie et l’Islamisme, 5 ans de lâchetés[2] donne un aperçu détaillé et sourcé de cette capitulation permanente.
Récemment à Cannes, c’est à nouveau notre cher ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui a renoncé à fermer la mosquée radicale Al Madina Al Mounawara visée pour des signalements de propos « antisémites » et « anti-français »[3]. Quand bien même il l’aurait fermée d’ailleurs, la mesure n’aurait pas dépassé les six mois, le Conseil constitutionnel censurant régulièrement les délais de fermetures supérieurs, comme l’a révélé, il y a un an, le ministre de l’Intérieur devant le Sénat[4]. Cela doit cesser.
Réapproprions-nous notre héritage
Nos contemporains ont été capables d’imaginer un principe de précaution pour l’écologie ou le Covid. Ne serait-il pas temps d’appliquer enfin un principe de précaution pour l’islam ? Ne devrions-nous pas, pour protéger la France et les Français arrêter les demi-mesures et couper nettement les flux migratoires qui alimentent en permanence le terreau islamique sur notre territoire ? Il est urgent de poser la question des textes sacrés de l’islam : quand sera mise en place une véritable critique de fond de ce système dont la lettre constitue un droit pour les musulmans, superposable sinon supérieure au droit français ? Si les musulmans de France ne sont pas prêts à le faire eux-mêmes, il faudra s’y atteler.
Enfin, nous devons façonner un modèle qui se réapproprie notre héritage de civilisation et proposer une alternative efficace au modèle islamique et au mondialisme déracinant. À ces conditions seulement, nous pourrons conserver la France et la transmettre aux futures générations.
[1]« Les mosquées « profitent »-elles du confinement pour faire retentir l’appel à la prière ? », La Croix, le 06/04/2020.
[2]« La Macronie et l’Islamisme, 5 ans de lâchetés », Editions de Paris, 02/2022.
[3]« Le ministère de l’Intérieur renonce à la fermeture de la mosquée de Cannes », Le Figaro, le 15/03/2022.
[4]« Séance du 8 avril 2021 (compte rendu intégral des débats) », Sénat, le 08/04/2021.
La candidate de LR à la présidentielle s’est longtemps revendiquée du courant « progressiste ». Malgré son discours récent visant à ramener au bercail les conservateurs de droite, elle représente en réalité la droite très (très) modérée.
Alors que sa frange impeccablement laquée, ses bonnes manières, sa gestuelle bourgeoise et son look BCBG semblaient l’enfermer à tout jamais dans la catégorie des conservateurs, Valérie Pécresse déclarait il y a quelques semaines aux journalistes du magazine LGBT Têtu qu’elle avait toujours appartenu à la « frange progressiste » de la droite modérée.
Macron-bis ?
En réalité, ce n’est pas la première fois que l’on utilisait le terme « progressiste » pour la qualifier : en 2017, le magazine Le Point lui attribuait déjà « le flambeau de la droite progressiste » ; en 2021, une coalition hétéroclite dirigée par la maire du neuvième arrondissement Delphine Bürkli publiait une tribune dans l’Opinion se concluant par une formule inspirée : « Le progressisme, pour nous, sans aucun doute, c’est Valérie Pécresse. » Mais cette fois-ci, c’est elle-même qui revendique l’étiquette, au point de susciter l’étonnement perplexe des journalistes : « Peut-on vraiment croire Valérie Pécresse ? ».
« Il est vrai que le lectorat du « Figaro » n’est pas exactement le même que celui de « Têtu », il est donc certain que Madame Pécresse a menti, soit à l’un, soit à l’autre, sans que l’on puisse déterminer avec certitude ce qu’elle pensait vraiment… »
C’est elle qui le proclame, alors que son principal concurrent à l’élection présidentielle, l’actuel chef de l’État, n’a cessé depuis 2016 de se revendiquer du progressisme, jusqu’à en faire le fil d’Ariane de son quinquennat – tout en vouant aux gémonies les autres, ceux qui ne méritent pas ce titre de gloire et qu’il qualifie tantôt de populistes, tantôt de nationalistes ou de conservateurs. C’est ainsi qu’avant même de savoir si l’on peut « vraiment la croire », on est tenté de s’interroger sur ses raisons : pourquoi donc la candidate LR a-t-elle jugé utile de revendiquer son appartenance à ce courant, au risque de fâcher une partie de son électorat potentiel, de susciter une moue dubitative chez les autres, et de créer chez tous le sentiment déplorable qu’il n’y a aucune différence significative entre elle, et celui dont il faudrait autant que possible se démarquer, le président Macron ? À cette question, on voit deux réponses possibles : soit elle a dit la vérité parce qu’elle le pensait vraiment, soit elle a menti parce qu’elle n’avait pas le choix.
Première hypothèse : cette dame si bien élevée ne sait pas mentir, elle a donc dit la vérité, elle appartient bien à la « frange progressiste ». Malheureusement, c’est ce que disent aussi (presque) tous les autres candidats à la présidentielle, non seulement Emmanuel Macron, autoproclamé héraut de cette idéologie, mais aussi Anne Hidalgo, qui l’a répété sur tous les tons depuis son arrivée à la mairie de Paris, Yannick Jadot, jonglant avec les paradoxes sans s’en apercevoir, Christiane Taubira, sur un mode pseudo-hugolien, Nathalie Artaud, genre trotskiste renfrognée, etc, etc. Le Dictionnaire du progressisme[1], sorti en librairie il y a deux semaines, rappelle à ce propos qu’il y a beaucoup plus de cinquante nuances de progressisme, de la version saint-simonienne à la variante marxiste, des héritiers rad’soc’ de la république des Jules à la nouvelle gauche, à l’ultralibéralisme ou au Cercle de la Raison. Au milieu de cette foule, il y a bien une petite place pour Madame Pécresse.
Si par ailleurs on suppose à tous ceux qui s’en réclament la même sincérité qu’à cette dernière, on doit en déduire qu’ils appartiennent à une seule et même famille, même si ladite famille est élargie et recomposée. Une famille dont ils portent le nom et assument l’héritage : celui d’un système construit au début du dix-neuvième siècle autour de l’idée de Progrès, c’est-à-dire, de la conviction que tout ce qui est humain est amené à se perfectionner au cours du temps de façon nécessaire, illimitée et globale. Comme le dit le philosophe Robert Redeker, pour le progressiste, l’amélioration est un destin : un destin qui ne laisse rien ni personne de côté, puisque pour lui, l’accumulation du savoir scientifique et technique est la condition et le préalable au développement de la moralité, de la justice, de la liberté ou du bonheur. Pour le progressiste, on ne peut pas dire que tout est possible, car tout est certain. Lorsque le serpent de la Genèse déclare à Eve « vous serez comme des dieux », c’est le futur simple qu’il utilise.
Voilà donc le point de départ : celui dont procède la modernité, pour le meilleur et pour le pire : et ce dont semble se réclamer la candidate LR.
… je me ferai toute neuve, toute belle, tout ça pour être à toi
À moins bien sûr, et c’est la seconde hypothèse, qu’elle n’ait pas dit toute la vérité, oubliant les conseils avisés de son papa qui lui apprenait jadis que ce n’est pas beau de mentir.
C’est en tout cas ce que pourrait faire soupçonner l’entretien que Madame Pécresse a donné il y a un mois environ au Figaro, où elle se présentait en protectrice vaillante et résolue de toutes les valeurs traditionnelles, celles-là mêmes que le progressisme conspue, condamne ou ridiculise : la famille classique, la transmission des valeurs, l’héritage sous toutes ses formes, la propriété immobilière, les racines et l’identité : la terre et les morts, serait-on tenté d’ajouter, en supposant que la petite Valérie a bien dû feuilleter, jadis, un exemplaire de la Colline inspirée dans la bibliothèque de son grand-père. Il est vrai que le lectorat du Figaro n’est pas exactement le même que celui de Têtu. En disant aux deux ce qu’ils voulaient entendre, il est donc certain que Madame Pécresse a menti, soit à l’un, soit à l’autre, sans que l’on puisse déterminer avec certitude ce qu’elle pensait vraiment, ni surtout ce qu’elle ferait, s’il venait aux Français l’idée bizarre de lui accorder leur confiance : supprimer l’impôt sur les successions, ou intensifier dans les écoles primaires la lutte contre la haine LGBTphobe (sic) ?
Elle a menti soit à l’un, soit à l’autre, soit aux deux à la fois : et c’est au fond la solution la plus plausible, Madame Pécresse ne s’étant pas contentée d’emprunter au président Macron l’étiquette progressiste, mais aussi le masque de Janus, son merveilleux « en même temps » : l’assurance de plaire à tous sans remords ni cas de conscience, qui dans un régime électif est peut-être la condition du succès, sinon la marque de la sagesse :
« Le sage dit, selon les gens « je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats ».
Au-delà des antivax, le mouvement des camionneurs qui a bloqué Ottawa dénonçait l’aseptisation d’une société abrutie par des mesures sanitaires répressives. En réponse, le gouvernement Trudeau a dégainé la loi martiale.
Le Canada aura sans doute été le premier État dans le monde à instaurer la loi martiale pour protéger le sommeil de ses élus et fonctionnaires fédéraux, ainsi que l’approvisionnement des bobos en avocats du Mexique ! Le 14 février, le Premier ministre Justin Trudeau a mis en œuvre la loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux blocages dans la capitale d’Ottawa et empêcher l’obstruction de postes-frontières. Cette loi qui, jusqu’en 1988 s’appelait « loi sur les mesures de guerre », n’avait été utilisée que trois fois : à l’occasion des Première et Deuxième Guerres mondiales et durant la crise d’octobre 1970, qui a opposé Ottawa au Front de libération du Québec, une cellule terroriste visant l’indépendance de la Belle Province.
Tel père, tel fils
Avec la répression du mouvement des camionneurs, on assiste à la « facebookisation » du Canada, un pays où il est maintenant possible de suspendre et même d’« annuler » un mouvement pacifique, mais jugé contraire aux standards de la communauté aseptisée. Ottawa a notamment fait geler le compte en banque de nombreux protestataires et de leurs soutiens économiques. C’est le triomphe de la cancel culturedans une version étatique. Avant que Justin Trudeau imite son père, Pierre Elliott Trudeau, qui était Premier ministre en 1970, la situation s’apparentait beaucoup plus à un festival du camion qu’à un véritable siège. Au moment d’écrire ces lignes, les policiers procèdent toujours à des arrestations musclées et la tension est à son comble.
Zéro risque, zéro carbone, zéro bruit, zéro vie : au nom d’un monde épuré de toute adversité, tous les moyens sont bons pour protéger la tranquillité des habitants dociles. Entre la première grande manifestation du 29 janvier au démantèlement du campement, de nombreux protestataires s’y sont installés avec leurs enfants, dormant pour la plupart dans la cabine de leur véhicule. Au départ, le « convoi de la liberté » s’opposait à la vaccination obligatoire des camionneurs, mais le mouvement a vite fait boule de neige pour incarner le ras-le-bol face aux restrictions en tout genre dont l’impact s’est avéré catastrophique pour la santé mentale de milliers de gens. Dans la foule, la présence de nombreux parents inquiets pour l’équilibre psychologique de leurs enfants, et parfois pour le leur, montre que cette détresse est un facteur central de la colère et de la lassitude.
Avec plus de 80 % de Canadiens vaccinés « adéquatement » et la même proportion de camionneurs, le mouvement s’oppose moins au vaccin comme outil médical qu’au régime de soumission et de censure qu’il en est venu à symboliser. Une réalité souvent ignorée dans les grands médias, lesquels continuent de voir dans ce mouvement une révolte antisystème sans cohérence ni légitimité. Après avoir fait montre pendant deux ans d’une obéissance exemplaire, pour ne pas dire inquiétante, un nombre grandissant de Canadiens en ont assez de vivre dans cet État-nounou transformé en un immense « safe space ». Ces deux dernières années, le Canada est devenu un État médico-centré dont les dirigeants se sont transformés en chaperons de tous les instants, prétendant encadrer les moindres aspects de la vie sociale au nom de la santé publique. Durant cette crise, seule l’Australie a réussi à imposer un régime sanitaire plus sévère et répressif que le Canada. Alimenter la peur pour offrir de la sécurité : telle a été la stratégie de Justin Trudeau et de chefs provinciaux comme le Premier ministre québécois, François Legault, dont le gouvernement a appliqué les mesures sanitaires les plus sévères en Amérique du Nord.
Un mouvement qui a le tort d’être soutenu par Trump
Durant tout le « siège » d’Ottawa, les camionneurs et leurs supporters ont dû composer avec des politiciens comme Justin Trudeau et des journalistes qui les assimilaient à l’extrême droite et à l’« alt-right » américaine. Il faut dire que Donald Trump a soutenu le mouvement, de même que des commentateurs américains tels que Ben Shapiro et Tucker Carlson. Comble du ridicule, le mouvement a été associé à la suprématie blanche, alors que des membres de toutes les communautés culturelles étaient représentés dans les manifestations : autochtones, sikhs, Afro-Canadiens, etc. Un autre angle mort des grands médias subventionnés.
Moyen disproportionné, l’utilisation de la loi martiale représente un important recul pour le libéralisme au Canada, tandis que les chartes des droits et libertés ont été réduites à un strict instrument de défense de la sainte diversité. L’état d’exception est en voie d’y être normalisé – il est du moins banalisé. Les droits fondamentaux sont désormais considérés comme des « privilèges », un vocabulaire souvent employé par Justin Trudeau et François Legault. Depuis la pandémie, le Canada est d’ailleurs passé de la cinquième à la douzième place dans le palmarès des démocraties publié par l’organisme « The Economist Intelligence Unit ».
Confort abrutissant
Ce qui menace la survie des « valeurs canadiennes », c’est donc moins un convoi de camionneurs abritant des forces populistes qu’un confort si abrutissant qu’il a fait croire à une vaste catégorie de gens qu’ils vivaient dans le danger en permanence, alors qu’ils habitent toujours l’un des endroits les plus paisibles et sécuritaires au monde. Il n’y a même pas eu une révolution dans ce pays-chalet qui est l’un des seuls de toutes les Amériques à n’avoir jamais pris les armes pour s’affranchir de la métropole !
C’est le miracle du Covid-19 que d’avoir fait croire aux classes privilégiées que la sécurité sous toutes ses formes devait devenir leur priorité, avant même la préservation des liens sociaux et des libertés fondamentales. Un confort si abrutissant qu’il les a rendues intolérantes à toute forme de mouvement, d’agitation et de vitalité démocratique. C’est ainsi que, dans les médias, on a présenté le bruit des klaxons comme une « micro-agression ».
«Plumes» d’Omar El Zohairy, cinéaste égyptien, est une dystopie aussi poisseuse que fascinante, métaphore d’une société à la fois kafkaïenne et obscurantiste, qui a obtenu le Grand prix de la Semaine critique de Cannes en 2021. Le film, qui fait penser à du Tati égyptien très sombre, est sorti cette semaine.
Ecran noir. Puis le rire d’un type, le frottement d’un briquet, un râle qui se change en hurlement. Alors s’ouvre la première image de « Plumes » : une torchère humaine, en plan lointain, sur fond d’usine dans une aube crasseuse. Crasseux comme le sera le décor entier de cette bizarre dystopie animalière. Une tribu d’adultes, de mouflets et de nourrissons se serre dans un appartement immonde au cœur d’une banlieue sinistrée. Pour l’anniversaire d’un des enfants, on a invité parents, amis, et même le « patron » de l’usine adjacente à ces barres d’immeubles.
Convié à la fête – gâteaux, cotillons, formules de politesse (« que Dieu vous garde ») – un prestidigitateur fait malencontreusement disparaître l’arrogant pater familias dans la caisse de son tour de magie : voilà l’homme transformé en poule blanche. L’oiseau de malheur, mal en point, se voit soumis à toutes sortes de rituels propitiatoires. Cet évanouissement du maître du logis n’arrange pas les finances du ménage désormais tenu par la seule matrone, bientôt criblée de dettes, incapable de payer le loyer, harcelée par l’administration, laquelle finira par prendre en gage la grosse télé et l’antique frigidaire.
Un univers pictural parfaitement abouti
De grosses liasses de billets de banque sales et chiffonnés passent de main en main, dans de mystérieuses transactions d’où la corruption n’est pas absente ; on abat mammifères et volatiles dans des remugles d’hémoglobine ; des praticiens corrompus obligent les occupants de ce taudis à parapher de douteuses attestations médicales.
Still Moving
Rien ne saurait décrire, dans cet enchaînement de séquences extraordinairement composées, le climat de visqueuse étrangeté qui habite « Plumes », d’une facture picturale singulièrement aboutie. Au point de faire de cette fable d’importation égyptienne, comédie noire teintée d’absurdité, un objet rétif à tout catalogage. Métaphore d’une société pourrie au propre comme au figuré, paupérisée, suicidaire, soumise à l’arbitraire kafkaïen d’une bureaucratie tatillonne et d’un pouvoir obscur autant qu’obscurantiste ?
Il est clair en tous cas que le cinéaste Omar El Zohairy a du génie. À Cannes l’an passé le jury de la Semaine de la critique ne s’y est pas trompé, qui a décerné avec raison son Grand Prix à ce premier long métrage.
« Plumes », de Omar El Zohairy. Égypte, Pays-Bas, Grèce, 2021. Durée : 1h52. En salles le 23 mars.
Malika Sorel vient de publier Les Dindons de la farce, un livre qui est un cri d’alarme. Bien sûr, vous allez trouver dans ce texte, comme toujours chez Sorel, une critique bien écrite et argumentée de l’islamisation grimpante de la société et ses ressorts, les renoncements, les accommodements, la discrimination positive. Mais cette fois-ci, ce n’est pas l’essentiel. Cette fois-ci, Malika Sorel accuse une partie de son camp de l’exclure. Le cri de Malika Sorel est donc destiné aux oreilles de son propre camp, à ceux avec lesquels elle partage des diagnostics et pronostics, à ceux qui, comme elle, croient encore à la France, à la laïcité et à l’assimilation.
Malika, on vous aime !
Comme souvent, elle formule son grief sans détour : « Parmi les nombreux problèmes qui m’ont conduite à intervenir dans cette campagne [NDLR : des présidentielles 2022, à travers son livre], il y a la vitesse avec laquelle l’exclusion s’est répandue par le choix des prénoms. Cela m’a fendu le cœur de réaliser qu’à la fin des fins, on puisse demeurer, quoi qu’on fasse, des ‘ bougnoules’ ». Et elle ajoute un peu plus loin une évidence : « Il est pourtant tellement évident que la France n’a guère de chances de s’en sortir en s’amputant de ceux qui l’aiment ».
La critique que nous adresse Malika Sorel ne tombe pas du ciel. Elle rejoint une petite musique de fond qui nous accompagne depuis quelques semaines.
Avec la guerre en Ukraine et la crise migratoire qui s’ensuit, nombre de nos concitoyens immigrés ou descendants d’immigrés des pays africains (et notamment du Maghreb) se sentent humiliés. L’accueil enthousiaste réservé aux petites têtes blondes, à leurs mères et grand-mères leur fend le cœur, pour emprunter l’expression utilisée par Malika Sorel. Comme des adhérents de La France Insoumise désemparés devant le « quoi qu’il en coûte » macronien face à l’épidémie sanitaire, ils découvrent que la France n’a pas toujours un problème avec l’immigration, finalement. Ils constatent que les cœurs et les portes s’ouvrent, que les moyens se trouvent facilement pour des « chrétiens blancs » là où, pour eux, pour leurs parents ou pour les autres ressortissants de leurs pays d’origine, c’est la soupe à la grimace comme entrée, plat et dessert ! Justifié ou pas, ce sentiment est largement partagé face à la première vague importante d’immigration inter européenne depuis cinquante ans. Et ce petit pincement au cœur n’existe pas uniquement chez ceux qui accusent à tout bout de champ la France pour tout ce qui ne va pas dans leur vie.
La polémique interminable des prénoms
Ce n’est pas tout. Dans le cas de Malika Sorel, cette blessure est en réalité plus ancienne que l’épisode ukrainien. La source ? La querelle des prénoms. Son constat est cru : Natasha oui, Malika bof. Selon elle « l’approche par les prénoms […] surfe sur un sentiment bien présent au sein de la société française et en exploite les inquiétudes palpables ». Sorel nous explique sa position à partir d’une expérience vécue. « Lors d’une assemblée d’intellectuels [elle fut] prise à partie en raison de [son] seul prénom. Les masques tombaient. J’ai vu de près la laideur de la lâcheté chez la plupart des présents. Ils n’ont pas réagi. » Cet incident révèle en elle un mélange d’humiliation, d’écœurement et de déception. Quelque chose a changé en elle ce jour-là. Si elle aime toujours autant la France, elle a en revanche un peu moins d’affection pour certains des autres amoureux de notre pays. Et dans son cas, cette blessure est toujours ouverte.
La querelle du prénom, nous explique-t-elle avec lucidité, permettrait de cibler les Français de culture musulmane. A côté, les autres prénoms « non français » (d’Enzo à Kévin, en passant par Manuel) ne sont que menu fretin, des dégâts collatéraux. Le plus douloureux est que cette accusation de lèse-identité est adressée à des personnes non pas pour leurs propres choix mais pour les choix de leurs parents. Elles portent ce lourd bagage « pré-français » dont l’assimilation exigerait de se délester quand on endosse l’identité française.
Malika Sorel se sent donc renvoyée à la culture d’origine de ses parents, à son appartenance ethnique, c’est à dire à ce sur quoi elle n’a aucune prise. Elle en tire pour conclusion logique que l’assimilation est impossible. Comme les Juifs espagnols convertis au catholicisme aux XV-XVIe siècle constatant que le baptême ne lave pas leurs origines, Malika constate, amère, qu’étant d’origine algérienne elle est condamnée au statut de Harki.
La douleur de Malika m’a serré le cœur et j’imagine que la lecture de son livre aura ce même effet sur bien d’autres lecteurs. Au-delà de son cas personnel (on peut toujours contester sa manière de voir les choses, ou reprocher à l’intellectuelle une trop grande susceptibilité), Malika Sorel formule dans cet essai quelque chose de profond, de vrai, anthropologiquement et politiquement. Elle nous livre son vécu pour appuyer des arguments, et non, elle ne pleurniche pas. Son livre soulève, enfin, une question importante. Une personne blessée c’est un problème psychologique. Des centaines de milliers, c’est un problème politique.
Pendant plus de quatre décennies le mot « immigration » a été compris par un grand nombre de Français comme un synonyme de « arabe » ou « noir ». Quand on dit « stopper l’immigration », beaucoup entendent donc « Marre des arabes et des noirs, y compris leurs arrières petits enfants » ! Or, plus le temps passe, plus la machine à assimiler (certes en mauvais état) fait son œuvre, cahin caha. De plus en plus « d’issus » sont donc parfaitement assimilés. Nos débats les renvoient chaque fois aux origines de leur famille et à toutes ces petites choses intimes auxquelles on ne peut renoncer, même si on le souhaitait. Ces personnes se sentent comme les dindons de la France. C’est un grave, très grave problème. Même si, comme Marc Bloch, pour Malika la France est la patrie dont elle ne saurait déraciner son cœur.
La mascotte Ulysse des années 80 de Télérama iconique.
Pour les notes accompagnant ses critiques, l’hebdomadaire culturel de gauche remplace sa mascotte habituelle par un personnage féminin. « En ce XXIe siècle où les femmes commencent enfin à trouver dans nos sociétés la place qu’elles méritent, pourquoi assujettir nos choix à un regard masculin, si légendaire fût-il ? » se justifient les journalistes.
Depuis plus de soixante-dix ans, le magazine Télérama utilisait pour noter les films ou les livres un petit personnage appelé Ulysse. Il y eut un Ulysse avec mèche, un Ulysse Senior, un Ulysse sans mèche, un Ulysse sans corps, un Ulysse avec corps, etc. Selon la qualité supposée du film ou du livre, Ulysse souriait plus ou moins franchement ou faisait carrément la gueule. Mais c’était toujours Ulysse, c’est-à-dire un homme, qui faisait la pluie et le beau temps sur la critique cinématographique et littéraire téléramesque.
Cela ne pouvait plus durer, il était temps qu’Ulysse change de genre et rende ainsi hommage aux femmes.
Mon petit doigt me dit qu’une nouvelle génération de journalistes de Télérama a dû vertement attirer l’attention des plus anciens sur cet Ulysse vantard, ce symbole nocif du phallocentrisme. J’entends d’ici la philippique des jeunes pousses aux vieux croûtons du magazine télé: « Votre Ulysse c’est rien qu’une figure du patriarcat, un agent de la domination masculine, un spécimen arriéré et toxique, un prétentieux qui donne son avis sur tout, tout le temps, avec l’assurance du mâle antique. Il suffit d’ailleurs de se rappeler qui était Ulysse, le vrai, celui d’Ithaque et de la guerre de Troie, pour comprendre ce qu’évoque en réalité votre figurine obsolète. Ulysse, c’est le gars qui épouse Pénélope après avoir été le vainqueur de jeux l’opposant aux princes grecs désirant comme lui culbuter la belle Pénélope sans lui demander son avis et avec le seul consentement du père. Ensuite, c’est le type qui tente de se faire passer pour fou pour échapper à la guerre, soi-disant par amour pour sa femme, tu parles ! C’est le mec qui, démasqué, obligé de partir combattre, disparaîtra vingt ans et racontera à son retour des histoires à dormir debout pour justifier son absence prolongée : et vas-y que Poséidon l’a empêché de rentrer ; et vas-y que des sirènes aux chants divins ont failli l’emprisonner ; et vas-y que Circé a transformé ses compagnons en cochons et que lui-même n’a pu échapper au sortilège de la magicienne qu’en couchant avec elle (bah voyons !) ; et vas-y que Polyphème le Cyclope lui a lancé des rochers de la grosseur d’une île ; et vas-y que la belle Calypso l’a retenu sept ans contre son gré… Bonjour le mythomane ! Pendant qu’en réalité Ulysse se saoulait la gueule avec ses camarades et s’envoyait en l’air avec dieu sait qui et sans doute pas toujours avec le consentement de ses victimes, la vertueuse et fidèle Pénélope aura passé son temps à tisser un voile mortuaire le jour, à le détruire la nuit, à recommencer son travail le lendemain et à le détruire à nouveau la nuit d’après, et ainsi de suite pendant des années pour échapper aux cent quatorze prédateurs qui la harcelaient. Vous ne croyez pas qu’il est temps de rendre hommage à Pénélope en particulier et aux femmes en général, bande de salopards phallocrates ? »
La diatribe a porté ses fruits. Télérama vient de décider de remplacer Ulysse par une nouvelle effigie appelée Pénélope et dessinée par une autre Pénélope, nommée Bagieu, laquelle n’a pas été choisie par hasard. Il y a quelques mois, une journaliste de l’hebdo culturel le plus woke de France a été ravie de rencontrer cette dessinatrice à New-York dans un « espace de coworking non mixte : interdit aux hommes. […] où trône un néon indiquant “No man’s land ” » [1]. Très engagée dans le « combat féministe », Pénélope Bagieu a d’abord créé un « recueil de femmes inspirantes et inspirées », une BD intitulée Les Culottées. Elle vient de sortir un nouvel album [2]dans lequel elle évoque son enfance, son adolescence, « le début de sa vie d’adulteet les hommes et les abus dont elle a été victime ». S’inspirant de ses BD, des collégiennes ont montéune pièce de théâtre leur permettant « de s’attaquer aux stéréotypes de genre dans un spectacle qui a la vocation de faire réfléchir les gens sur les clichés et d’éveiller les consciences égalitaires » [3]. Autant dire que Pénélope Bagieu avait toutes les qualités requises pour devenir la dessinatrice de ce nouveau personnage qui “revisibilise” les femmes jusque dans les moindres recoins du magazine le plus progressiste de Paris.
Télérama gobant toutes les âneries qui traînent, il devra d’ici peu changer à nouveau son petit personnage et le remplacer par un autre, plus proche des nouvelles tendances dégenrées qui se dessinent. Pour rester dans le domaine mythologique, je lui conseille un personnage qui fera la joie des non-binaires et des bisexuels, des transgenres et des pansexuels, de tous les gender fluid de France et de Navarre : Hermaphrodite.
Aveuglés par des idéologies opposées, la Russie et l’Occident oscillent entre guerre et dialogue de sourds. Le camp du Bien, défendu par Washington et l’Union européenne, ne conçoit pas que Moscou puisse s’opposer à l’expansion de l’OTAN.
L’affrontement entre l’Occident et la Russie est un choc entre deux visions irréconciliables du monde, l’une idéologique, l’autre réaliste. Ce choc explique la spirale vicieuse dans les rapports Est-Ouest qui, entamée depuis au moins 2014, vient de conduire à une guerre en Ukraine et risque de continuer à dégénérer pendant les années à venir.
Deux visions séparées par un gouffre
Idéologue, l’Occident l’est depuis la fin de la guerre froide. Succombant à l’illusion mégalomane d’avoir accompli la fin de l’Histoire, l’Occident est obsédé depuis trente ans par un mariage entre deux éléments. Le premier est le post-nationalisme d’une « construction » européenne qui reste tournée vers l’avenir afin de ne pas affronter un présent trop compliqué. Le second est une OTAN qui, pour ne plus être une alliance défensive protectrice de l’intégrité territoriale de ses membres, s’est réinventée comme une alliance agressive dont les valeurs et les objectifs sont « universels et perpétuels » – selon le texte de son « Concept stratégique » adopté en 2010 – et qui vise à être le défenseur et l’arbitre des droits de l’homme partout dans le monde, de Pristina à Kaboul.
Réaliste, la Russie l’est devenue à cause de l’effondrement du régime idéologique sous lequel le pays a souffert pendant soixante-dix ans, régime qui l’a conduite dans l’abîme. Quand Poutine cite Lénine, c’est pour dénoncer les conséquences terribles de l’idéologie en politique. Immunisée, la Russie ne pense plus en termes du dépérissement de l’État ou de la révolution mondiale voulus par Marx, Engels, Lénine et Trotski. Ces idées sont depuis longtemps installées en Occident dont l’idéologie mondialiste imagine que toutes les contradictions seront résolues dans une fin de l’histoire technocratique et commerciale.
La crise en Ukraine a révélé le gouffre qui sépare ces deux visions. Les Russes ayant demandé que l’OTAN arrête sa politique d’élargissement, l’Occident a répondu avec orgueil qu’il ne pouvait pas transiger sur ses principes. Tout pays, et en particulier l’Ukraine, aurait le « droit souverain » de choisir ses alliances militaires. Fermer la porte à l’Ukraine serait signer de nouveaux accords de Munich, car dans l’esprit des idéologues occidentaux l’histoire est un éternel retour où nous sommes condamnés à revivre sans cesse l’affrontement si enivrant entre le Bien et le Mal des années 1930. Cette réponse parfaitement idéologique à une demande politique a l’inconvénient d’être fondée sur un mensonge, mensonge qui vient justement de l’aveuglement qu’entraîne l’idéologie. Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants occidentaux, l’article 10 du traité de Washington de 1949, la charte de l’OTAN, ne reconnaît aucunement un quelconque « droit » d’un pays tiers à intégrer l’OTAN. Il stipule au contraire que l’Alliance peut inviter d’autres pays à la rejoindre, ce qui suppose aussi qu’elle peut ne pas les inviter. L’emploi du langage des « droits » dans une telle situation est parfaitement infantile, les prétendus « droits » de l’Ukraine étant contrebalancés par le droit évident de l’OTAN de choisir ses propres membres et sa politique d’élargissement.
Insoutenable légèreté
Pire, l’idéologie de l’Occident l’aveugle devant ses propres actes et leurs conséquences. Selon le conte de fées que l’Occident se raconte pour s’endormir, il n’y a que « liberté » et « valeurs » du côté occidental, alors que les méchants Russes ne pensent qu’en termes de chars, de gaz et de rapports de force. Ainsi, la puissance militaire gigantesque de l’OTAN (le budget militaire américain à lui seul dépasse ceux, cumulés, des dix États suivants) se volatilise et disparaît dans un nuage d’odeur de sainteté. Les guerres à répétition menées par l’Occident : contre la Yougoslavie en 1999, contre la Libye en 2011, contre la Syrie par interposition à partir de 2011, et en Afghanistan pendant vingt ans, sont ainsi justifiées par l’insoutenable légèreté d’un Occident incapable de voir la réalité de ses actes et la façon dont ils sont perçus par d’autres nations.
Concrètement, cet angélisme occidental refuse de tenir compte du fait que l’Ukraine, poussée par les États-Unis, voulait la guerre. La nomination en novembre 2021 de Dmytro Iaroch, fondateur du parti d’extrême droite ultra nationaliste Secteur droit (l’un de ceux que BHL n’a jamais rencontrés pendant ses nombreux séjours en Ukraine), comme conseiller du commandant en chef des forces armées ukrainiennes est passée sous le radar des chiens de garde du politiquement correct autrement si prompts à dénicher partout des fachos en Europe.
L’Occident a fait la sourde oreille quand Kiev, le 20 février, a menacé de se doter de l’arme nucléaire, en contravention avec tous les traités de non-prolifération en vigueur depuis des décennies. L’Occident semblait croire que les Russes ne réagiraient ni à la dénonciation unilatérale par les États-Unis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 2019, traité qui est un véritable monument de la fin de la guerre froide car signé par Reagan et Gorbachev en 1989, ni à la dénonciation par les Américains du traité ABM (antimissile balistique) en 2002, ni à la création du « bouclier antimissile » dans les années 2000 et 2010 – en réalité un chapelet de bases en Europe de l’Est d’où des missiles peuvent être lancés vers la Russie.
Pendant sept ans, depuis le coup d’État violent qui a renversé le régime ukrainien, les Européens et les Américains récitent avec une insistance incantatoire que les accords de Minsk doivent être respectés, alors qu’ils savent très bien que ce sont les Ukrainiens qui ne veulent pas les respecter en accordant une autonomie au Donbass comme ces accords le demandent. En de telles circonstances, comment s’étonner que les Russes proclament haut et fort depuis quelques semaines que leur patience est épuisée et qu’ils entendent en tirer la conclusion qui s’impose, à savoir que ni les Ukrainiens ni leurs parrains américains ne veulent la paix ?
Les Dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre. Nous en sommes là.
Elisabeth Lévy revient sur la dernière sortie de Sandrine Rousseau (EELV). L’écoloféministe furieuse estime que « le privé est politique » et propose un « délit de non-partage des tâches domestiques ».
L’ex-porte-parole de Yannick Jadot a précisé au journal Madmoizelle : «Tant qu’on ne donne pas les moyens aux femmes de véritablement obtenir l’égalité sur le partage, on n’y arrivera pas».
Avant de s’interroger sur la légitimité de cette idée, il faut questionner sa faisabilité. Que suggère Sandrine Rousseau? Une brigade des plumeaux qui débarquera dans les cuisines pour voir si Monsieur fait bien sa part? Des caméras de surveillance dans tous les foyers français ? Imaginons un procès intenté à un mauvais partageur, interrogé par l’avocat de Madame : Monsieur Dupont, quels sacs utilisez-vous pour votre aspirateur ? – Euh… Moulinex ou Seb. – Ahah ! Comment, mais depuis six mois, votre ménage a un aspirateur sans sac ? Vous êtes cuit !!
Quant aux sanctions qui seraient infligées au contrevenant, Sandrine Rousseau n’a rien dit. Suggérons un an de corvées de patates et l’obligation de dire tous les jours à Madame qu’elle a maigri ! Si les Dupont n’ont pas encore divorcé, bien sûr…
Comme souvent, les propos de Sandrine Rousseau ne sont pas sérieux. Peut-être devrions-nous nous contenter de passer notre chemin en haussant les épaules. En effet, il n’y a aucune chance que ce délit voit le jour heureusement. Tout comme il y a peu de chances que Madame Rousseau soit un jour présidente de la République. Mais cette affaire de partage des tâches domestiques est emblématique du néo-féminisme dont les trois mamelles sont : victimisation-normalisation-punition. Victimisation: à entendre les nouvelles féministes, les femmes seraient reléguées en cuisine pendant que leurs gros beaufs de maris regardent le foot avant de commettre un « viol conjugal ». Pardon, on ne doit pas vivre dans le même monde, car on voit aussi beaucoup d’hommes être aux petits soins ou terrifiés.
Normalisation: s’il y a des femmes qui aiment s’occuper de leur homme, faut-il le leur interdire ? Pour Sandrine Rousseau : le privé, c’est politique. C’est une vieille antienne totalitaire des gauchistes des années 70. Pourtant, la vie humaine et l’amour sont du domaine de la singularité, de la complexité, il n’y a heureusement pas de mode d’emploi.
Punition : ces féministes nouveau genre ne rêvent que de sanctions, de lois, de dénonciations. Si on les écoutait, on embastillerait des hommes pour une blague salace ou une invitation à dîner.
Ces héritières indignes de 1968 entendent libérer les femmes, mais elles détestent la liberté. Qu’elles arrêtent de parler au nom des femmes qui n’ont nullement besoin de flics de l’intime pour être respectées !
Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio.
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, le matin à 8h10.
Notre illustre chroniqueur, Jean-Paul Brighelli, publie aujourd’hui la suite de La Fabrique du Crétin, son best-seller vendu à 150 000 exemplaires. L’école de la transmission des savoirs et de la formation du citoyen français n’en finit plus de mourir. Et 15 ans après le premier avertissement, la situation est encore pire.
C’est l’histoire d’un homme qui a passé quarante-cinq ans dans l’Éducation nationale et qui est en colère. En colère non pas contre son métier, ni contre ses élèves. En colère contre l’effondrement du niveau, contre la confrérie des « pédagos », contre les politiques complices qui depuis près d’un demi-siècle, enfoncent notre système scolaire dans le marécage de l’ignorance.
Dès les années 1960, le terrain est préparé. Farouche adversaire de la souveraineté nationale, père de l’Union Européenne, Jean Monnet tient à faire « réécrire les programmes d’histoire, de façon à les débarrasser de tout ce qui ressemblerait à une exaltation patriotique », rappelle Brighelli. Mais c’est le 11 juillet 1975, sous la présidence de Giscard, que l’effondrement est vraiment lancé, avec la création du « collège unique ». « Une réponse à la demande du patronat et un instrument de sujétion sociale », écrira le philosophe Jacques Derrida.
L’enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli. D.R.
Les effectifs des classes ne changeant pas, eux, l’alignement du niveau des élèves se fait par le bas. C’est très triste mais c’est comme ça. Ajoutons à cela le regroupement familial. Les futures cohortes d’ « esclaves taillables et corvéables à merci », comme les appelle Brighelli, attendent patiemment leur heure dans le ventre de leur mère. Aujourd’hui, les enfants et petits enfants de ces derniers s’abreuvent de smartphone et de jeux vidéos, utilisent la calculatrice pour faire leurs courses et n’ouvrent jamais un livre. Une cible de premier choix pour grossir le peloton des pédaleurs de Uber Eats.
La transmission appartient au passé
« Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine », écrivait Montaigne. Certes, encore faut-il que cette tête ne soit pas vide. Dès l’adoption du collège unique, les « pédagogistes », comme dit Brighelli, sortent de leurs tanières et s’attellent à briser la transmission verticale du savoir au profit de l’horizontalité. En juillet 1989, Lionel Jospin sacralise la parole de l’élève dans une loi, au nom de la liberté d’expression. Tandis que l’enseignant est rabaissé, mal payé et méprisé (ou bien pire), l’enfant devient un enfant roi. Or, « un roi, ça ne travaille pas », rappelle Brighelli.
À chaque gouvernement sa réforme. La vitesse du train s’accélère, le précipice approche. En mai 1999, Ségolène Royal, alors ministre délégué chargé de l’Enseignement scolaire (ne riez pas) lance les premières « heures de vie de classe » et autres « emplâtres sur la jambe de bois du collège unique ». 2005. Cette fois c’est François Fillon, « qui ne connaissait strictement rien à l’école » souligne Brighelli, qui met en place le fameux socle de compétences au collège. Fini les notes, place aux couleurs ! « Savoir apprendre », « savoir faire », « savoir être » etc. Pour chacune de ces « compétences », les enseignants sont priés de mettre une croix dans la colonne « acquis » ou dans la colonne « en cours d’acquisition ». Les plus téméraires, au risque de passer pour des kapos auprès des parents d’élèves ou d’être mal vus par leur direction, peuvent s’aventurer à cocher la colonne « non acquis ».
Le fait que le terme de « compétence » se substitue à celui de « connaissance » est d’ailleurs un symbole fort. Dès 2015, la novlangue s’immisce dans le corps de l’Éducation nationale avant de pénétrer ses esprits : ne dites plus « dissertation », dites « expression écrite », ne dites plus « parler » ou « écrire » mais « produire des messages à l’oral et à l’écrit », ne dites plus « apprendre une langue » mais « aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs ». Ne dites plus « nager » mais « se déplacer de façon autonome, plus longtemps, plus vite, dans un milieu aquatique profond standardisé » etc.
Le naufrage Vallaud-Belkacem
En 2016, Najat Vallaud-Belkacem parachève ce grand bond en avant avec sa réforme du collège. Sous couvert d’œuvrer à la démocratisation du système scolaire, quarante ans de collège unique et de réformes n’ont fait qu’exalter les inégalités sociales, déplore Brighelli. Alors que faire ? Notre enseignant préconise, cela ne vous surprendra pas, le retour aux bonnes vieilles méthodes. Le par cœur. Apprendre des fables de La Fontaine par cœur, apprendre des passages du Cid par cœur, apprendre les tables de multiplication par cœur (pour ma part, si je suis reconnaissant envers ma professeur de quatrième de m’avoir fait réciter une partie de la tirade de Don Rodrigue à Don Fernand, le martèlement des tables de multiplications n’a jamais pris avec moi).
En histoire, donner un nouveau souffle aux héros. Brighelli rend d’ailleurs grâce à François Bayrou d’avoir, quand celui-ci était ministre de l’Education, mis à l’honneur « vingt-deux figures historiques » parmi lesquelles Jules César, Clovis, Charlemagne, Christophe Colomb, Léonard de Vinci, Colbert ou encore, Napoléon. À force de céder aux sensibilités de chacun – certains déboulonnent Colomb, d’autres Colbert -, chaque région ou communauté refera sa propre liste, alerte Brighelli. C’est d’ailleurs déjà le cas : « privés de transcendance, les jeunes gens se sont réfugiés là où ils en trouvaient encore une. Plus de héros ici -alors on y importe Mahomet, qui fut un chef de guerre impitoyable, un tueur sans pitié ». On ne saurait dire mieux.
Un ouvrier de la Ville de Paris nettoie la statue de Jean-Baptiste Colbert, Paris, 23/6/2020. Thibault Camus/AP/SIPAAP22566032_000001
De la pénétration de l’islam dans les jeunes têtes et dans les salles de classe, il est aussi question. Mais pour cela, le mieux reste de le lire. Résolument sincère, sans langue de bois aucune, Brighelli distille un peu d’humour çà et là, au détour d’une fin de phrase ou d’une parenthèse mais c’est tout. Quand il vous arrachera un petit éclat de rire, parfois, c’est pour vous faire mieux supporter le désastre qu’il décrit dans ce second volet. Parce qu’il est très bien placé pour savoir à quel point la transmission du savoir est une affaire trop sérieuse pour être évoquée avec légèreté ? Possible. Avant d’être l’érudit Brighelli, Brighelli fut un petit Corse fils de policier et d’une secrétaire, ne l’oublions pas. On ne reste pas enseignant pendant plus de quarante ans par hasard. Quand Brighelli dit qu’enseigner est ce qui lui importe le plus dans la vie, ça peut sembler un peu étrange mais c’est vrai. Avant de vous plonger dans le second volet de La fabrique du crétin, lisez donc cet extrait, cette confession à destination de ses élèves : « Regarder les rails, dans une banlieue sinistre, avec concupiscence – et ne pas sauter parce qu’on a rendez-vous avec trente ou trente-cinq garnements qui ne maîtrisent pas encore l’accord du participe passé avec le COD antéposé : excellente raison de survivre. Au fond, c’est moi qui vous suis redevable ». Nous aussi, nous sommes redevables à Brighelli de ne pas avoir sauté.
La députée Isabelle Florennes (Modem), le Premier ministre Jean Castex et le député Ludovic Mendes (LREM), à Matignon le 22 mars 2022 DR
Entretien avec le député de Moselle Ludovic Mendes (LREM), en charge d’une mission ministérielle de lutte contre les actes antireligieux confiée par le Premier ministre.
Causeur. Notre société est de plus en plus violente. Vous avez remis mardi avec Isabelle Florennes (Modem) un important rapport interministériel à Jean Castex. Vous avez interrogé 128 personnes, notamment parmi les représentants des cultes. Votre rapport alerte sur l’augmentation des actes antireligieux et en recense 1659 en 2021. Pourtant, vous estimez que ce chiffre est très en deçà de la réalité, pourquoi ? Ludovic Mendes. Déjà, si on dit que la société est de plus en plus violente, c’est parce que cela a été rappelé par plusieurs des personnes que nous avons auditionnées. La société française se parle moins, elle est moins souvent en communication, de moins en moins en communauté nationale et beaucoup plus dans l’affrontement.
Mission ministérielle de lutte contre les actes antireligieux: 1659 actes antireligieux en 2021, 857 faits antichrétiens, 589 faits antisémites et 213 faits antimusulmans
Ensuite, les chiffres sont sous-estimés car ils correspondent soit à des plaintes effectives déposées, soit à des remontées d’informations au service central du renseignement territorial (SCRT). S’il n’y a pas de plainte, il n’y a pas de remontée, donc les actes antireligieux ne sont pas tous comptabilisés ici. Ces chiffres, s’ils ne reflètent pas totalement la réalité, restent utiles pour montrer une tendance. Et 1659 actes, c’est déjà beaucoup ! Si on prend certaines études équivalentes faites en Angleterre, il faudrait multiplier ces actes par dix, si on prend certaines autres études, il faudrait les multiplier par cinq ou six. Nous sommes confrontés aussi à des responsables religieux qui décident de ne pas déposer plainte pour ne pas créer plus de pagaille autour d’eux, qui ne souhaitent pas apparaître comme des martyrs ou qui ont aussi le sentiment que la plainte n’aura pas de suivi.
Vous dites que « les actes antireligieux ne sont pas des violences comme les autres ». Préconisez-vous une évolution de la législation ? On ne demande pas de modifications du Code Pénal, car les cultes eux-mêmes n’en veulent pas. En France, nous luttons contre toutes formes de discriminations. Nous demandons simplement que la Justice puisse bien appliquer la circonstance aggravante. Les actes antireligieux sont spécifiques pour deux raisons. Il y a l’acte de violence gratuite qui vise le religieux en lui-même, et il y a l’acte qui est du vandalisme de droit commun. Mais ces actes touchent le fidèle en son sein, il atteint sa foi, son histoire, sa tradition ou sa culture. L’acte antireligieux est évidemment discriminatoire, et il attaque les valeurs républicaines, notre laïcité.
Vous parlez d’actes antimusulmans dans votre rapport. Pourquoi ne pas les qualifier d’« islamophobes », terme couramment employé dans la plupart des journaux – pas dans Causeur, notez bien ? Le terme « islamophobie » serait une erreur, il n’y a pas d’actes islamophobes. L’UE ne reconnaît pas ce terme d’ailleurs. Ce que l’on peut rencontrer aujourd’hui sur l’antisémitisme n’existe pas pour la communauté musulmane. Certains militants tentent de créer une « islamophobie » pour pouvoir dire : « nous sommes traités comme les juifs ». A plusieurs reprises, je leur ai expliqué qu’au regard de l’histoire de l’humanité, ils n’ont jamais été traités de la même façon.
1% de la population subit 70% des agressions physiques à caractère discriminatoire
Il y a bien sûr des réactions épidermiques suite aux attentats, des méconnaissances et des propos discutables tenus par certaines personnes. Le conflit du Moyen-Orient n’arrange rien. Mais ceux qui essaient de faire croire que l’État entretient un système « islamophobe » sont des fossoyeurs, volontairement. Ils sont dans une démarche plutôt politique. Les Frères Musulmans parlent d’ « islamophobie », ils ont envie de créer une reconnaissance spécifique pour créer un sentiment communautaire. Nous luttons contre cela en disant que les musulmans veulent vivre leur foi simplement. Il faut qu’on puisse les accompagner avec des Corans bien traduits, en développant les capacités de compréhension de la langue arabe et l’éducation du fait religieux à l’École.
Vous semblez presque regretter que l’on parle trop de laïcité. Mais n’est-ce pas parce que les religions font de nouveau beaucoup parler d’elles ? Votre démarche n’entretient-elle pas la compétition victimaire ? Et que répondez-vous à nos concitoyens qui légitimement peuvent bien dire qu’ils n’ont pas envie de s’intéresser à l’islam ? Non. Ça fait vingt-cinq ou trente ans que l’on parle davantage de laïcité, mais ce que je critique c’est que certains dévoient le concept. La laïcité ne consiste pas à reléguer les religions dans l’espace privé. Pour la loi, le religieux a le droit d’exister dans l’espace public tant qu’il ne représente pas l’État, et tant qu’il n’est pas prosélyte. La laïcité protège autant le croyant que le non-croyant. Elle signifie qu’il n’y a pas de religion d’État et qu’on reconnaît toutes les religions à égalité. On reconnaît les cultes et les rites de toutes les religions. Je regrette qu’il y ait beaucoup d’ignorance sur la religion aujourd’hui. Il faut mieux éduquer au fait religieux et réaffirmer ce qu’est le principe de laïcité. Les violences viennent en partie de l’ignorance ! L’extrême-gauche vise plutôt les catholiques, alors que l’extrême-droite vise l’islam et la communauté juive. On a évidemment, d’un autre côté, l’islamisme et son antisémitisme rampant. Il faut exprimer aux musulmans qu’ils ont des droits et des devoirs, et que c’est à eux de faire un pas. Ils doivent faire l’effort de se structurer, d’aller vers l’État et ses représentants, s’ils ne le font pas, ils entretiennent le flou et laissent croire à certains fidèles que l’État ne les considère pas et ne les respecte pas. C’est important d’accompagner cette transition.
Plutôt que de s’inquiéter de la susceptibilité de bigots, le parlementaire que vous êtes ne devrait-il pas plutôt se battre pour Mila, menacée parce qu’elle critique l’islam ? Ne seriez-vous pas plus utile à dénoncer les actes les plus inquiétants qui sont le fait de musulmans radicalisés (je pense à l’assassinat du Père Hamel à l’été 2016 près de Rouen par exemple, ou aux récentes prises à partie de processions à Nanterre aux cris de « sales kouffars » ou « sur le Coran, je vais t’égorger ») ? À titre personnel je fais mes choix. En tant que parlementaire, je ne dois pas faire de différences. Je ne vais pas mettre en avant Mila davantage que d’autres victimes : toute personne victime de discrimination, d’agression ou de violence parce qu’il est de telle ou telle religion ou supposée, ou sexualité, genre, etc…me pose un problème. On a aussi l’ultra droite qui devient de plus en plus dangereuse. N’oubliez pas que c’est l’extrême-droite qui détruit les cimetières juifs et qui tague des mosquées. Avec le père Hamel on a vu un responsable cultuel tué dans sa propre église, alors qu’un musulman doit respecter tous les croyants car toutes les personnes sont au même niveau, et qu’ainsi, en attaquant un représentant du culte, il attaque toute l’humanité.
Le problème du Printemps Républicain, c’est qu’il parle beaucoup trop des religions
À Lyon aujourd’hui, c’est compliqué d’être musulman dans certains quartiers parce qu’on subit des insultes, des crachats, des menaces physiques. C’est ce que vivent les Juifs, la plupart du temps, sur l’ensemble de notre territoire. La victimisation doit être prise en compte mais il faut déconstruire cela tout de suite après. Il n’y a pas de portrait-robot de l’acte antireligieux. En France, on a une incapacité parfois à comprendre ce que peuvent ressentir les fidèles, on l’a vu avec la crise du Covid. On est aussi dans une période où beaucoup ont besoin de spiritualité, pas forcément religieuse.
On recense 589 actes antisémitismes contre 213 actes antimusulmans, cela signifie-t-il que les juifs subissent le plus la violence en raison de leur religion en France aujourd’hui ? Si on prend ces chiffres, oui. Mais je vous ai dit précédemment que la remontée d’informations était lacunaire. Si on prend ce chiffre par rapport à l’effectif de la communauté juive dans notre pays, oui ce chiffre est extrêmement important : 1% de la population subit 70% des agressions physiques à caractère discriminatoire. À la différence avec les musulmans, la communauté juive est très bien structurée dans notre pays. Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) référence très bien et depuis longtemps tous les actes antisémites. Le ministère de l’Intérieur et lui sont d’accord au chiffre près. Ce qui est nouveau et terrible pour les Juifs, ce sont les actes violents de voisinage, c’est-à-dire dans la sphère privée, on l’a vu avec l’affaire Halimi ou avec Mireille Knol. Chez les chrétiens, certains ne portent pas plainte parce qu’ils considèrent qu’il faut tendre l’autre joue et que Jésus a dû porter sa croix lui aussi… Si on prend les trois derniers mois de l’année 2021, les actes antimusulmans ont bondi, notamment avec des incendies de salles de prière.
Numéro d’avril 2019 de Causeur
Reste qu’en valeur, les actes antichrétiens sont les plus nombreux alors que ce sont les victimes dont on parle le moins. Que se passera-t-il le jour où les catholiques ne tendront plus l’autre joue ? Globalement, les catholiques ont pris conscience de l’importante de se protéger. La conférence des évêques de France a pris en considération cela. A Nantes, un prêtre nous a expliqué ne plus faire d’office désormais la nuit tombée, car il y a un sentiment d’insécurité grandissant dans la ville. A Lyon, les évêques ont nommé un référent chargé de la sécurisation des lieux de culte. A Toulon, ils font la même chose. Une église est censée être ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 : elle ne l’est plus aujourd’hui.
Pour en revenir au malheureux père Hamel ou à la procession prise à partie à Nanterre, on ne souvient pas qu’il y ait eu de tels drames quand le catholicisme avait un droit d’ainesse naturel dans notre pays. Le problème n’est-il pas le communautarisme contre lequel votre rapport ne semble pas franchement s’attaquer ? Non ! Certains amis musulmans qui ne font pas étalement de leur foi vivent des regards, des mots, des doutes que je ne vivrais pas, moi, par exemple. Tant qu’on ne luttera pas contre le sentiment de persécution d’une partie de la communauté musulmane, on ne luttera pas contre ce terreau fertile de l’islamisme. Il y a différentes réalités. Ce qu’on a entendu à Strasbourg, on ne l’a pas entendu à Lyon par exemple. On veut lutter contre l’ignorance, et notamment au sein de la jeunesse musulmane, de la jeunesse catholique ou juive. Je préconise dans le rapport une méthode CLE (Citoyenneté, Laïcité et Egalité), qui va au-delà des problèmes liés aux religions. Nos programmes scolaires n’ont pas de fil rouge aujourd’hui, alors qu’on peut faire des liens entre les arts, la philosophie, l’histoire etc. Il faut faire des citoyens éclairés lorsqu’ils sortent de l’école. Notre société perd beaucoup de temps à parler des minorités, qui peuvent essayer de nous imposer certains débats alors qu’il suffit de leur dire : c’est votre liberté tant que vous ne troublez pas l’ordre public. C’est cela un système CLE, comme le préconisait le rapport Debray notamment.
J’ai pourtant l’impression qu’on fait déjà cela à l’école depuis des années ! Et que fait-on pour lutter contre les 57% de jeunes musulmans de moins de 24 ans qui placent la charia avant les lois de la République ? Tout croyant partira du principe que la règle religieuse est censée être supérieure. Rien n’est supérieur à la République ! Je ne parle pas trop de ce sondage, car il a été fait à un moment donné sur un échantillon donné, et non sur l’ensemble de la nation. Et je ne sais pas comment a vraiment été posée la question. Concernant cette partie de la jeunesse française musulmane, elle pense connaître des textes, ces jeunes ne les connaissent pas en réalité, et ils ne connaissent même pas la langue arabe.
L’avocat Richard Malka nous disait dans un entretien récent : « la France c’est vieux, la République c’est jeune ». Vous êtes plutôt sur cette ligne-là ? On ne peut pas dissocier l’histoire de France et la République, oui. On ne doit rien effacer de l’histoire. Si on n’apprend pas à la nouvelle génération que l’on peut faire des erreurs, alors on n’avance pas. Il faut rappeler sans cesse à nos jeunes qu’ils sont des citoyens français à part entière et qu’il y a peut-être aussi des choses à déconstruire dans leur roman familial pour éviter l’endoctrinement. La loi contre le séparatisme permet de lutter contre toutes les dérives, notamment en salles de prière. La dérive la plus importante aujourd’hui, c’est la haine en ligne.
Marine Le Pen et Éric Zemmour veulent interdire le voile pour limiter la progression de la visibilité de cet islam politique et prosélyte dans l’espace public. En outre, ils veulent arrêter l’immigration. Ces solutions ne sont-elles pas plus simples en pratique que le dialogue et la pédagogie que vous réclamez sans cesse ? Non seulement, je n’ai pas particulièrement envie de commenter ce que font Zemmour et Le Pen et aussi, je veux vous rappeler que ce n’est pas en interdisant des choses dans l’espace public qu’on y arrivera forcément. Plus on interdit de choses dans l’espace public, plus elles se produisent dans l’espace privé, plus on communautarise la société. Il faut expliquer aussi pourquoi l’immigration est utile, je suis moi-même un immigré portugais.
Ce n’est pas la même chose, allons ! Plus l’ignorance gagne, plus il y a des risques de guerre civile dans notre pays. Si on veut que notre pays soit un ensemble de communautés qui ne se parlent plus, alors on ne sera plus la France. Aujourd’hui quand on va à Sarcelles, on observe des juifs, des musulmans, des catholiques ou des protestants qui vivent les uns à côté des autres mais pas ensemble.
Le Printemps Républicain et Zineb El Rhazoui ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron. Est-ce que ce sont des cautions laïques et républicaines opportunistes et à visée électorale ? Ou dois-je y voir une inflexion de la majorité vers une laïcité plus ferme ? Ce n’est pas En Marche qui a demandé au Printemps Républicain de nous rejoindre, mais ce dernier qui a décidé de soutenir le président Macron ! Le problème du Printemps Républicain, c’est qu’il parle beaucoup trop des religions. Ce n’est pas la bonne façon de faire, ils entretiennent ce qu’ils veulent combattre. Des personnes proches du Printemps Républicain ont déposé plusieurs amendements à l’Assemblée nationale, la majorité présidentielle ne les a jamais retenus. Il n’y a pas d’inflexion : tous ceux qui demandent à faire des différenciations, qu’il s’agisse des woke, de l’extrême-droite, des islamistes etc. se trompent. La République ne réussira pas dans la radicalité, mais dans le rassemblement des gens, dans l’union.
Est-ce qu’un tel compromis national est encore possible ? On nous annonce la réélection du président sortant que vous soutenez et une forte abstention au scrutin qui s’approche… Quand je demande aux abstentionnistes pourquoi ils ne votent pas, je n’ai jamais la même réponse. Les citoyens ne croient parfois plus à la femme ou l’homme providentiel, à nos logiques politiques, et parfois ils se détachent d’un système politique car ils ne le comprennent plus. Il faut qu’on puisse répondre à chacun d’entre eux. Sortons des raisonnements simplistes permanents ! Il faut qu’on revienne à des discours nuancés.
Allez-vous vous représenter aux législatives ? Je ne sais pas encore.
Vous venez du quartier de Borny à Metz, réputé difficile. Selon les cartes de France Stratégie, il est composé à 31% de jeunes de 0-18 ans qui sont nés de parents extra-européens. Est-ce qu’avec de tels volumes d’immigrés la pédagogie que vous préconisez est toujours possible ? Continue-t-on à accueillir encore plus d’immigration ? Le quartier de Borny a été un quartier difficile. Je me souviens des émeutes de 1993 ou de 1995, c’est un quartier de presque 25 000 habitants, donc un quart de la ville de Metz. Aujourd’hui, c’est un quartier qui vit mieux, l’État y a investi beaucoup d’argent. Il y a encore des évolutions à faire. Aujourd’hui, cela se passe plutôt bien, mais je ne dis pas que tout est parfait. Il y a du trafic notamment. Ce quartier est aussi plein de solidarités, avec des personnes qui se battent au quotidien. Quand on parle d’extra européen, on parle de quoi ? Les Canadiens sont compris dedans ? À Borny, on a aussi des personnes qui viennent d’Asie du Sud, d’Amérique du Sud, et bien sûr des pays d’Afrique. Les personnes qui ne veulent plus d’immigration ont à l’esprit Calais, les jungles autour de Paris, cette réalité-là. La vraie question c’est : pourquoi mettre toutes les mêmes personnes au même endroit et après râler parce qu’il n’y a pas d’intégration ?
Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, président de VIA, la voie du peuple
Tout comme le totalitarisme soviétique a eu, en son temps, ses idiots utiles, le totalitarisme islamique possède aujourd’hui les siens. Ils passent leur temps à condamner toute forme d’extrémisme, et en même temps cautionnent l’émergence de l’islam conquérant en France et en Europe. Bien sûr, ces faux résistants ne promeuvent pas sincèrement la charia, mais ils collaborent avec l’islam sur de multiples fronts et se discréditent dans des circonstances d’autant plus inacceptables que ces « idiots utiles » sont nos propres gouvernants…
Par une multitude de compromis, de reculades, et de soumissions, ils affaiblissent la France et alimentent la longue et patiente conquête islamique. Leurs renoncements les rendent complices de la balkanisation du pays, de l’émergence de « territoires perdus de la République », de la multiplication des femmes et des fillettes voilées dans l’espace public, des prières de rues massives, des appels de muezzins dans le bus ou le métro quand ce n’est pas directement depuis une mosquée[1]parfois financée par une monarchie pétrolière du Golfe. Ces concessions présentées par nos dirigeants comme de bonnes manières destinées à apaiser les relations entre la République et l’Islam sont interprétées au contraire par les musulmans conquérants comme des marques de faiblesses et des présages de leur victoire imminente.
Naïvetés macroniennes
Collusions avec des individus radicalisés, inaugurations de mosquées fréristes, subventions suspectes : les compromissions de la macronie sont trop nombreuses à défaut d’être spectaculaires. D’Olivier Véran qui fréquente l’Association des Musulmans Unis (association en connivence avec des extrémistes comme Hassan Iquioussen), à Gérard Collomb inaugurant l’Institut Français de la Civilisation Musulmane aux côtés de Mohammed Al-Issa (auteur d’une thèse approuvant le djihad offensif et le meurtre des apostats), jusqu’à Gérald Darmanin qui rend visite à la mosquée de Bussy-Saint-Georges acquise aux Frères musulmans et vendant des ouvrages appelant au djihad armé ; il semble qu’une épidémie de naïveté et d’ignorance ait foudroyé nos responsables politiques qui ne prennent jamais la peine de s’informer du degré de radicalisation des individus qu’ils vont côtoyer, financer ou soutenir. Venant d’un citoyen quelconque, l’ignorance n’est pas un problème. Mais lorsqu’il s’agit de nos gouvernants, cela devient plus grave. Lorsque l’affaire est isolée, on peut penser à un mauvais concours de circonstances. Mais lorsque ces collusions se répètent et remplissent des livres entiers, il ne peut plus être question de malchance. Mon dernier ouvrage, La Macronie et l’Islamisme, 5 ans de lâchetés[2] donne un aperçu détaillé et sourcé de cette capitulation permanente.
Récemment à Cannes, c’est à nouveau notre cher ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin qui a renoncé à fermer la mosquée radicale Al Madina Al Mounawara visée pour des signalements de propos « antisémites » et « anti-français »[3]. Quand bien même il l’aurait fermée d’ailleurs, la mesure n’aurait pas dépassé les six mois, le Conseil constitutionnel censurant régulièrement les délais de fermetures supérieurs, comme l’a révélé, il y a un an, le ministre de l’Intérieur devant le Sénat[4]. Cela doit cesser.
Réapproprions-nous notre héritage
Nos contemporains ont été capables d’imaginer un principe de précaution pour l’écologie ou le Covid. Ne serait-il pas temps d’appliquer enfin un principe de précaution pour l’islam ? Ne devrions-nous pas, pour protéger la France et les Français arrêter les demi-mesures et couper nettement les flux migratoires qui alimentent en permanence le terreau islamique sur notre territoire ? Il est urgent de poser la question des textes sacrés de l’islam : quand sera mise en place une véritable critique de fond de ce système dont la lettre constitue un droit pour les musulmans, superposable sinon supérieure au droit français ? Si les musulmans de France ne sont pas prêts à le faire eux-mêmes, il faudra s’y atteler.
Enfin, nous devons façonner un modèle qui se réapproprie notre héritage de civilisation et proposer une alternative efficace au modèle islamique et au mondialisme déracinant. À ces conditions seulement, nous pourrons conserver la France et la transmettre aux futures générations.
La candidate de LR à la présidentielle s’est longtemps revendiquée du courant « progressiste ». Malgré son discours récent visant à ramener au bercail les conservateurs de droite, elle représente en réalité la droite très (très) modérée.
Alors que sa frange impeccablement laquée, ses bonnes manières, sa gestuelle bourgeoise et son look BCBG semblaient l’enfermer à tout jamais dans la catégorie des conservateurs, Valérie Pécresse déclarait il y a quelques semaines aux journalistes du magazine LGBT Têtu qu’elle avait toujours appartenu à la « frange progressiste » de la droite modérée.
Macron-bis ?
En réalité, ce n’est pas la première fois que l’on utilisait le terme « progressiste » pour la qualifier : en 2017, le magazine Le Point lui attribuait déjà « le flambeau de la droite progressiste » ; en 2021, une coalition hétéroclite dirigée par la maire du neuvième arrondissement Delphine Bürkli publiait une tribune dans l’Opinion se concluant par une formule inspirée : « Le progressisme, pour nous, sans aucun doute, c’est Valérie Pécresse. » Mais cette fois-ci, c’est elle-même qui revendique l’étiquette, au point de susciter l’étonnement perplexe des journalistes : « Peut-on vraiment croire Valérie Pécresse ? ».
« Il est vrai que le lectorat du « Figaro » n’est pas exactement le même que celui de « Têtu », il est donc certain que Madame Pécresse a menti, soit à l’un, soit à l’autre, sans que l’on puisse déterminer avec certitude ce qu’elle pensait vraiment… »
C’est elle qui le proclame, alors que son principal concurrent à l’élection présidentielle, l’actuel chef de l’État, n’a cessé depuis 2016 de se revendiquer du progressisme, jusqu’à en faire le fil d’Ariane de son quinquennat – tout en vouant aux gémonies les autres, ceux qui ne méritent pas ce titre de gloire et qu’il qualifie tantôt de populistes, tantôt de nationalistes ou de conservateurs. C’est ainsi qu’avant même de savoir si l’on peut « vraiment la croire », on est tenté de s’interroger sur ses raisons : pourquoi donc la candidate LR a-t-elle jugé utile de revendiquer son appartenance à ce courant, au risque de fâcher une partie de son électorat potentiel, de susciter une moue dubitative chez les autres, et de créer chez tous le sentiment déplorable qu’il n’y a aucune différence significative entre elle, et celui dont il faudrait autant que possible se démarquer, le président Macron ? À cette question, on voit deux réponses possibles : soit elle a dit la vérité parce qu’elle le pensait vraiment, soit elle a menti parce qu’elle n’avait pas le choix.
Première hypothèse : cette dame si bien élevée ne sait pas mentir, elle a donc dit la vérité, elle appartient bien à la « frange progressiste ». Malheureusement, c’est ce que disent aussi (presque) tous les autres candidats à la présidentielle, non seulement Emmanuel Macron, autoproclamé héraut de cette idéologie, mais aussi Anne Hidalgo, qui l’a répété sur tous les tons depuis son arrivée à la mairie de Paris, Yannick Jadot, jonglant avec les paradoxes sans s’en apercevoir, Christiane Taubira, sur un mode pseudo-hugolien, Nathalie Artaud, genre trotskiste renfrognée, etc, etc. Le Dictionnaire du progressisme[1], sorti en librairie il y a deux semaines, rappelle à ce propos qu’il y a beaucoup plus de cinquante nuances de progressisme, de la version saint-simonienne à la variante marxiste, des héritiers rad’soc’ de la république des Jules à la nouvelle gauche, à l’ultralibéralisme ou au Cercle de la Raison. Au milieu de cette foule, il y a bien une petite place pour Madame Pécresse.
Si par ailleurs on suppose à tous ceux qui s’en réclament la même sincérité qu’à cette dernière, on doit en déduire qu’ils appartiennent à une seule et même famille, même si ladite famille est élargie et recomposée. Une famille dont ils portent le nom et assument l’héritage : celui d’un système construit au début du dix-neuvième siècle autour de l’idée de Progrès, c’est-à-dire, de la conviction que tout ce qui est humain est amené à se perfectionner au cours du temps de façon nécessaire, illimitée et globale. Comme le dit le philosophe Robert Redeker, pour le progressiste, l’amélioration est un destin : un destin qui ne laisse rien ni personne de côté, puisque pour lui, l’accumulation du savoir scientifique et technique est la condition et le préalable au développement de la moralité, de la justice, de la liberté ou du bonheur. Pour le progressiste, on ne peut pas dire que tout est possible, car tout est certain. Lorsque le serpent de la Genèse déclare à Eve « vous serez comme des dieux », c’est le futur simple qu’il utilise.
Voilà donc le point de départ : celui dont procède la modernité, pour le meilleur et pour le pire : et ce dont semble se réclamer la candidate LR.
… je me ferai toute neuve, toute belle, tout ça pour être à toi
À moins bien sûr, et c’est la seconde hypothèse, qu’elle n’ait pas dit toute la vérité, oubliant les conseils avisés de son papa qui lui apprenait jadis que ce n’est pas beau de mentir.
C’est en tout cas ce que pourrait faire soupçonner l’entretien que Madame Pécresse a donné il y a un mois environ au Figaro, où elle se présentait en protectrice vaillante et résolue de toutes les valeurs traditionnelles, celles-là mêmes que le progressisme conspue, condamne ou ridiculise : la famille classique, la transmission des valeurs, l’héritage sous toutes ses formes, la propriété immobilière, les racines et l’identité : la terre et les morts, serait-on tenté d’ajouter, en supposant que la petite Valérie a bien dû feuilleter, jadis, un exemplaire de la Colline inspirée dans la bibliothèque de son grand-père. Il est vrai que le lectorat du Figaro n’est pas exactement le même que celui de Têtu. En disant aux deux ce qu’ils voulaient entendre, il est donc certain que Madame Pécresse a menti, soit à l’un, soit à l’autre, sans que l’on puisse déterminer avec certitude ce qu’elle pensait vraiment, ni surtout ce qu’elle ferait, s’il venait aux Français l’idée bizarre de lui accorder leur confiance : supprimer l’impôt sur les successions, ou intensifier dans les écoles primaires la lutte contre la haine LGBTphobe (sic) ?
Elle a menti soit à l’un, soit à l’autre, soit aux deux à la fois : et c’est au fond la solution la plus plausible, Madame Pécresse ne s’étant pas contentée d’emprunter au président Macron l’étiquette progressiste, mais aussi le masque de Janus, son merveilleux « en même temps » : l’assurance de plaire à tous sans remords ni cas de conscience, qui dans un régime électif est peut-être la condition du succès, sinon la marque de la sagesse :
« Le sage dit, selon les gens « je suis oiseau, voyez mes ailes, je suis souris, vivent les rats ».
Au-delà des antivax, le mouvement des camionneurs qui a bloqué Ottawa dénonçait l’aseptisation d’une société abrutie par des mesures sanitaires répressives. En réponse, le gouvernement Trudeau a dégainé la loi martiale.
Le Canada aura sans doute été le premier État dans le monde à instaurer la loi martiale pour protéger le sommeil de ses élus et fonctionnaires fédéraux, ainsi que l’approvisionnement des bobos en avocats du Mexique ! Le 14 février, le Premier ministre Justin Trudeau a mis en œuvre la loi sur les mesures d’urgence pour mettre fin aux blocages dans la capitale d’Ottawa et empêcher l’obstruction de postes-frontières. Cette loi qui, jusqu’en 1988 s’appelait « loi sur les mesures de guerre », n’avait été utilisée que trois fois : à l’occasion des Première et Deuxième Guerres mondiales et durant la crise d’octobre 1970, qui a opposé Ottawa au Front de libération du Québec, une cellule terroriste visant l’indépendance de la Belle Province.
Tel père, tel fils
Avec la répression du mouvement des camionneurs, on assiste à la « facebookisation » du Canada, un pays où il est maintenant possible de suspendre et même d’« annuler » un mouvement pacifique, mais jugé contraire aux standards de la communauté aseptisée. Ottawa a notamment fait geler le compte en banque de nombreux protestataires et de leurs soutiens économiques. C’est le triomphe de la cancel culturedans une version étatique. Avant que Justin Trudeau imite son père, Pierre Elliott Trudeau, qui était Premier ministre en 1970, la situation s’apparentait beaucoup plus à un festival du camion qu’à un véritable siège. Au moment d’écrire ces lignes, les policiers procèdent toujours à des arrestations musclées et la tension est à son comble.
Zéro risque, zéro carbone, zéro bruit, zéro vie : au nom d’un monde épuré de toute adversité, tous les moyens sont bons pour protéger la tranquillité des habitants dociles. Entre la première grande manifestation du 29 janvier au démantèlement du campement, de nombreux protestataires s’y sont installés avec leurs enfants, dormant pour la plupart dans la cabine de leur véhicule. Au départ, le « convoi de la liberté » s’opposait à la vaccination obligatoire des camionneurs, mais le mouvement a vite fait boule de neige pour incarner le ras-le-bol face aux restrictions en tout genre dont l’impact s’est avéré catastrophique pour la santé mentale de milliers de gens. Dans la foule, la présence de nombreux parents inquiets pour l’équilibre psychologique de leurs enfants, et parfois pour le leur, montre que cette détresse est un facteur central de la colère et de la lassitude.
Avec plus de 80 % de Canadiens vaccinés « adéquatement » et la même proportion de camionneurs, le mouvement s’oppose moins au vaccin comme outil médical qu’au régime de soumission et de censure qu’il en est venu à symboliser. Une réalité souvent ignorée dans les grands médias, lesquels continuent de voir dans ce mouvement une révolte antisystème sans cohérence ni légitimité. Après avoir fait montre pendant deux ans d’une obéissance exemplaire, pour ne pas dire inquiétante, un nombre grandissant de Canadiens en ont assez de vivre dans cet État-nounou transformé en un immense « safe space ». Ces deux dernières années, le Canada est devenu un État médico-centré dont les dirigeants se sont transformés en chaperons de tous les instants, prétendant encadrer les moindres aspects de la vie sociale au nom de la santé publique. Durant cette crise, seule l’Australie a réussi à imposer un régime sanitaire plus sévère et répressif que le Canada. Alimenter la peur pour offrir de la sécurité : telle a été la stratégie de Justin Trudeau et de chefs provinciaux comme le Premier ministre québécois, François Legault, dont le gouvernement a appliqué les mesures sanitaires les plus sévères en Amérique du Nord.
Un mouvement qui a le tort d’être soutenu par Trump
Durant tout le « siège » d’Ottawa, les camionneurs et leurs supporters ont dû composer avec des politiciens comme Justin Trudeau et des journalistes qui les assimilaient à l’extrême droite et à l’« alt-right » américaine. Il faut dire que Donald Trump a soutenu le mouvement, de même que des commentateurs américains tels que Ben Shapiro et Tucker Carlson. Comble du ridicule, le mouvement a été associé à la suprématie blanche, alors que des membres de toutes les communautés culturelles étaient représentés dans les manifestations : autochtones, sikhs, Afro-Canadiens, etc. Un autre angle mort des grands médias subventionnés.
Moyen disproportionné, l’utilisation de la loi martiale représente un important recul pour le libéralisme au Canada, tandis que les chartes des droits et libertés ont été réduites à un strict instrument de défense de la sainte diversité. L’état d’exception est en voie d’y être normalisé – il est du moins banalisé. Les droits fondamentaux sont désormais considérés comme des « privilèges », un vocabulaire souvent employé par Justin Trudeau et François Legault. Depuis la pandémie, le Canada est d’ailleurs passé de la cinquième à la douzième place dans le palmarès des démocraties publié par l’organisme « The Economist Intelligence Unit ».
Confort abrutissant
Ce qui menace la survie des « valeurs canadiennes », c’est donc moins un convoi de camionneurs abritant des forces populistes qu’un confort si abrutissant qu’il a fait croire à une vaste catégorie de gens qu’ils vivaient dans le danger en permanence, alors qu’ils habitent toujours l’un des endroits les plus paisibles et sécuritaires au monde. Il n’y a même pas eu une révolution dans ce pays-chalet qui est l’un des seuls de toutes les Amériques à n’avoir jamais pris les armes pour s’affranchir de la métropole !
C’est le miracle du Covid-19 que d’avoir fait croire aux classes privilégiées que la sécurité sous toutes ses formes devait devenir leur priorité, avant même la préservation des liens sociaux et des libertés fondamentales. Un confort si abrutissant qu’il les a rendues intolérantes à toute forme de mouvement, d’agitation et de vitalité démocratique. C’est ainsi que, dans les médias, on a présenté le bruit des klaxons comme une « micro-agression ».
«Plumes» d’Omar El Zohairy, cinéaste égyptien, est une dystopie aussi poisseuse que fascinante, métaphore d’une société à la fois kafkaïenne et obscurantiste, qui a obtenu le Grand prix de la Semaine critique de Cannes en 2021. Le film, qui fait penser à du Tati égyptien très sombre, est sorti cette semaine.
Ecran noir. Puis le rire d’un type, le frottement d’un briquet, un râle qui se change en hurlement. Alors s’ouvre la première image de « Plumes » : une torchère humaine, en plan lointain, sur fond d’usine dans une aube crasseuse. Crasseux comme le sera le décor entier de cette bizarre dystopie animalière. Une tribu d’adultes, de mouflets et de nourrissons se serre dans un appartement immonde au cœur d’une banlieue sinistrée. Pour l’anniversaire d’un des enfants, on a invité parents, amis, et même le « patron » de l’usine adjacente à ces barres d’immeubles.
Convié à la fête – gâteaux, cotillons, formules de politesse (« que Dieu vous garde ») – un prestidigitateur fait malencontreusement disparaître l’arrogant pater familias dans la caisse de son tour de magie : voilà l’homme transformé en poule blanche. L’oiseau de malheur, mal en point, se voit soumis à toutes sortes de rituels propitiatoires. Cet évanouissement du maître du logis n’arrange pas les finances du ménage désormais tenu par la seule matrone, bientôt criblée de dettes, incapable de payer le loyer, harcelée par l’administration, laquelle finira par prendre en gage la grosse télé et l’antique frigidaire.
Un univers pictural parfaitement abouti
De grosses liasses de billets de banque sales et chiffonnés passent de main en main, dans de mystérieuses transactions d’où la corruption n’est pas absente ; on abat mammifères et volatiles dans des remugles d’hémoglobine ; des praticiens corrompus obligent les occupants de ce taudis à parapher de douteuses attestations médicales.
Still Moving
Rien ne saurait décrire, dans cet enchaînement de séquences extraordinairement composées, le climat de visqueuse étrangeté qui habite « Plumes », d’une facture picturale singulièrement aboutie. Au point de faire de cette fable d’importation égyptienne, comédie noire teintée d’absurdité, un objet rétif à tout catalogage. Métaphore d’une société pourrie au propre comme au figuré, paupérisée, suicidaire, soumise à l’arbitraire kafkaïen d’une bureaucratie tatillonne et d’un pouvoir obscur autant qu’obscurantiste ?
Il est clair en tous cas que le cinéaste Omar El Zohairy a du génie. À Cannes l’an passé le jury de la Semaine de la critique ne s’y est pas trompé, qui a décerné avec raison son Grand Prix à ce premier long métrage.
« Plumes », de Omar El Zohairy. Égypte, Pays-Bas, Grèce, 2021. Durée : 1h52. En salles le 23 mars.