Il y a peu de temps, Jupiter descendit du mont Olympe, condescendant, pour nous autres gueux, ses sujets, à faire un peu de figuration en fin de campagne électorale. Il se fendit alors, pour notifier au peuple son entrée en lice, d’une lettre diffusée dans la presse quotidienne régionale. Dans cette épître qui sonnait comme une mauvaise lettre de motivation adressée au responsable des ressources humaines d’une start-up, il vanta platement ses mérites et sollicita, en raison de l’excellence indubitable de son bilan, la reconduction de celui-ci. De débats, il ne fut point question.
Notre candidat se rendit ensuite à Poissy « à la rencontre des Françaises et des Français » pour tenter de vendre son projet fumeux à un parterre d’affidés tout acquis à sa cause. Il prit bien soin de noyer toutes les réponses qu’il apporta à des questions dont on supposa fortement qu’il avait eu une connaissance préalable. Cette soirée mémorable fut, du reste, écourtée. Notre histrion s’esbnigna en effet, non sans en proférer du ton tragique du chef de guerre qu’il était devenu, des mots qui laissèrent supposer qu’il s’en allait sauver le monde : « Je dois partir, j’ai un call. »
Une reconduction assurée ?
Puis notre jeune roi, poursuivant son simulacre de campagne, parada, sans contradicteur, bien sûr, derrière quelques pupitres. Il y déploya, tel un prestidigitateur et dans un langage pompeux de technocrate un programme creux, soigneusement vidé des préoccupations sans générosité des fachos, telles que l’insécurité, l’identité ou le pouvoir d’achat ; programme qui n’alla pas toutefois sans donner un coup de grâce à l’école déjà à terre.
Résumons-nous : écrasé par ses responsabilités de chef de guerre et fort de sa gestion du Covid, notre roitelet refuse de se confronter aux candidats qui briguent sa succession, s’occupant du seul « projet qu’il veut porter pour le pays », traçant sa route, imperturbable, « au-delà des chicayas de clans ». En ces temps de « peurs obsidionales », notre jeune prince n’a, en effet, pas de temps à perdre en « carabistouilles » échangées avec des vassaux, d’autant plus que sa reconduction semble assurée.
Une nouvelle épidémie
Mais, voilà qu’une nouvelle épidémie, immédiatement identifiée par notre clairvoyant Jupiter, s’abat sur notre pays, alors qu’il n’est pas même encore sorti du Covid. La donne pourrait bien s’en trouver bouleversée : la terrible rhinocérite qui autrefois frappa les personnages d’Eugène Ionesco est de retour. Il convient de rappeler ici brièvement l’intrigue de la pièce d’Eugène Ionesco, Rhinocéros. Elle dépeint en trois actes le déploiement d’une épidémie imaginaire de « rhinocérite » qui transforme tous les hommes en rhinocéros. Cette maladie très contagieuse est la métaphore aussi tragique que comique de la montée du totalitarisme.
A en croire notre théâtreux de président, très certainement bien renseigné par un conseil de défense durement éprouvé lors de la crise du Covid, nous serions bien avisés face à cette rhinocérite qui s’annonce de mettre d’urgence en place tous les gestes barrières qui s’imposent avant qu’il ne soit question de confinement ou pis encore.
Macron accuse la presse de faire monter la droite nationale
C’est lors d’un déplacement à Fouras, en Charente-Maritime que notre président, interrogé par la presse sur la montée de Marine Le Pen a pu nous avertir du péril imminent. « Je n’ai jamais banalisé le Front National. Il y a un tandem d’extrême droite que je combats » a-t-il précisé en associant Éric Zemmour à la patronne du Rassemblement national. Sermonnant le parterre de journalistes qui brandissaient des micros dans sa direction, il a poursuivi, sans pourtant céder à la peur et évoquant plus particulièrement Marine Le Pen : « Collectivement, j’ai moins entendu dire qu’elle était d’extrême droite. Il y a vingt ans, les médias que vous étiez disaient : « C’est terrible : Front républicain. » Les forces politiques républicaines disaient : « Jamais. » Il n’y a plus cette réaction-là. » Poursuivant sa diatribe, il a ajouté : « Les gens l’ont banalisée, ont détourné le regard, ont dit : « c’est plus sympathique… »
Lors de cet échange avec la presse, nous n’avons pu nous empêcher de voir en Emmanuel Macron, Bérenger, l’un des personnages de la pièce qui résistera jusqu’au bout à la rhinocérite alors qu’il converse avec Dudard, autre protagoniste dans lequel on reconnaîtra aisément les Français et les journalistes, sourds au bruit des bottes et préférant le silence des pantoufles. Jugez plutôt :
BÉRENGER
Je ne vois qu’eux. Vous allez dire que c’est morbide de ma part.
DUDARD
Ils ne vous attaquent pas. Si on les laisse tranquilles, ils vous ignorent. Dans le fonds, ils ne sont pas méchants. Il y a même chez eux une certaine innocence naturelle, oui ; de la candeur. D’ailleurs, j’ai parcouru moi-même, à pied, toute l’avenue pour venir chez vous. Vous voyez, je suis sain et sauf, je n’ai eu aucun ennui.
Interrogé enfin sur le risque d’une victoire de Marine Le Pen notre vaillant petit président a ajouté : « Je vais me battre pour convaincre plus de Français qu’il y a cinq ans au premier tour et encore davantage au second tour. » Et là, nous avons vu notre comédien, seul sur scène, juste avant le tomber de rideau de la pièce de Ionesco, toujours en Bérenger : « Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixéesles têtes des rhinocéros, tout en criant) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »
L’île communiste est incapable de surmonter la crise du Covid qui l’a privée de sa ressource vitale, le tourisme, et sa population survit avec une monnaie de singe. Mais la dictature se porte bien : entre deux répressions, elle glorifie la mémoire de Fidel et bâtit des tours dans une capitale en ruine.
Ce jour-là, le successeur de Hugo Chavez, Nicolas Maduro, satrape vénézuélien de la « révolution bolivarienne », se devait d’être à La Havane. C’était le 25 novembre dernier. À l’occasion du cinquième anniversaire de la mort de Fidel, l’actuel président cubain, Miguel Diaz-Canel, apparatchik falot et inamovible, inaugurait en grande pompe, flanqué du cacochyme frangin Raul Castro, le « Centro Fidel Castro Ruz ». Un véritable lieu de culte implanté dans l’ancienne demeure de l’aristocrate Leila Hidalgo de Conil, héritière d’une famille de grands banquiers catalans partis en exil à temps, en 1958.
Depuis les émeutes de juillet 2021, suivies en novembre par une vague de protestations, le régime est aux abois.
Le site occupe deux pâtés de maisons au cœur du quartier du Vedado, l’équivalent du 16e arrondissement de Paris : rien n’est trop chic pour célébrer la mémoire d’El Comandante. Après quatre ans de travaux et un budget illimité, la bannière de la Révolution flotte sur cet hôtel particulier qui a retrouvé son lustre d’antan. Blanchi et récuré, il abrite un musée high-tech, parcours immersif interactif bardé d’écrans tactiles et semé de pieuses reliques : nippes supposément portées par le guerrillero ; médailles rutilantes ; cadeaux officiels rapportés des aimables Union soviétique, Corée du Nord, Chine, Vietnam et autres paradis du socialisme ; maquette du Granma, le yacht mythique de l’expédition conduite en 1956 contre le dictateur Batista… Des murs opaques de la dernière salle, chapelle votive proprement spectrale, sourdent soudain, pour l’édification du pèlerin, serties dans des écrans plats comme autant de pieuses apparitions, les voix et les visages de célébrités idolâtres (de l’autocrate Hugo Chavez à l’écrivain Garcia Marquez). Du mardi au samedi officient dans ce sanctuaire une noria de prêtresses tirées à quatre épingles. La visite gratuite ne se fait que sous bonne garde, sur réservation, et non sans avoir montré patte blanche. Le sépulcre tape-à-l’œil baigne dans un immense jardin botanique où fleurissent des essences tropicales, et dans lequel est plantée une œuvre contemporaine : une miteuse pyramide censée symboliser l’esprit éternel de Fidel. Malgré cette débauche de moyens et de bon goût, les Cubains ne se bousculent pas au portillon (ultrasécurisé) de ce cénotaphe.
Il est vrai qu’au pays des pénuries et des queues de huit heures pour se procurer le moindre produit de base (du blanc de poulet au paquet de lessive), l’obsession commémorative du régime ne fait qu’ajouter à l’accablement général.
Crise profonde
Sous l’effet de la bombe Covid, le tourisme s’est brutalement effondré, comme partout ailleurs. Reste qu’en France, première destination mondiale, le tourisme à son plus haut niveau ne représente que 15 % du PIB. À Cuba, c’est au bas mot 80 % ! Sans touristes, l’île caribéenne qui vit sous perfusion depuis soixante-dix ans est plus que jamais à sec. Au point que le pays importe aujourd’hui 85 % de sa nourriture – en grande partie des États-Unis. Ressource vitale au fil des ans, le tourisme finançait, en outre, la restauration du patrimoine architectural du centre historique de la capitale, via une dîme sur la rente hôtelière ingénieusement ourdie par le regretté Eusebio Leal, historiador de La Havane.
Or, en ce début 2022, la plupart des grands hôtels ont provisoirement mis la clef sous la porte, tel le mythique Riviera, ultime relique encore dans son jus du boom immobilier porté par la mafia états-unienne au tournant des années 1950, ainsi que son voisin mal au point, le Melia Cohiba, sobre tour en forme d’accordéon portant la signature des années 1980 et en rénovation depuis plus de trois ans ! C’est aussi le cas du Paseo del Prado, pépite du groupe Accor inaugurée peu avant la pandémie, qui dresse sa vaniteuse silhouette hors d’échelle sur la célèbre promenade balnéaire du Malecon, face aux pierres multiséculaires de la forteresse coloniale. L’un des rares établissements encore ouverts est le Manzana, un palace hors de prix qui proscrit le cash et ne sourit qu’aux cartes de crédit. Fleuron de la chaîne Kempinski, ce clapier clinquant prisé des Russes a nidifié dans la friche urbaine d’un grand magasin à l’abandon, le Manzana de Gomez. Piscine à débordement, terrasse sommitale à la vue imprenable, table gastro-panoramique… on est ici hors-sol et entre happy few. Restent quelques adresses déclassées, tel l’Inglaterra, hôtel hors d’âge jadis réputé, situé sur le Parque Central, à deux pas de l’opéra – lui-même fermé. La scène lyrique a été rebaptisée « Alicia Alonso », du nom de la chorégraphe du Ballet national morte en 2019, aveugle, centenaire et statufiée : à La Havane, dans le désert du présent, la mémoire officielle tient lieu d’avenir.
Un paradoxe s’impose dans ce paysage désolé : financées sur fonds cubains en toute opacité via GAE S.A. – puissant consortium aux mains des forces armées – deux gigantesques opérations immobilières sont en passe de défigurer définitivement La Havane. L’une, à l’orée de la calle 23, principale artère reliant le Vedado à l’ex-quartier huppé de Playa, est actuellement un chantier en activité nuit et jour et sept jours sur sept. On voit déjà se dresser, au cœur d’un échafaudage arachnéen d’une hauteur babélienne, la promesse redoutable de deux blocs de béton, dont le volume écrase le bâti alentour. L’autre, en voie d’achèvement, est une double tour de facture inexpiable qui polluera à jamais ce Malecon emblématique qui sinue le long du littoral sur une dizaine de kilomètres.
Ainsi, quand se construisent à marche forcée ces mastodontes à la rentabilité improbable, la ville, inexorablement, tombe en ruine. Le marché privé, à vocation strictement domestique (à moins d’être marié à un ressortissant cubain, aucun étranger n’a le droit d’acheter un bien immobilier) tourne à vide : faute d’investisseurs, de proprios solvables et de matériaux disponibles. Les logements n’en finissent pas de se dégrader et le prix des locations explose, surtout celles consenties aux guajiros, comme on appelle ici les provinciaux venus chercher à La Havane, en toute illégalité, un travail introuvable.
En 2022, un quartier comme Centro Habana – autrefois poumon commercial de la ville –semble avoir essuyé un bombardement. Le jour, au pied de ses façades décrépies, les rues sont bondées (port du masque obligatoire sous peine d’amende) et la circulation est intense. Roulent les almendrones, ces voitures américaines reconverties en taxis collectifs qu’on appelait encore il y a peu taxis de diez pesos, en référence au prix de la course, et maintenant ces taxis ruteros, camionnettes jaunes à douze places que les Havanais surnomment gazelas, « gazelles », sans doute parce qu’elles se font moins attendre que les guaguas, ces bus antédiluviens, erratiques et bondés…. Mais dès la nuit tombée, la cité des chats errants, des colonnades en stuc, des antiques berlines américaines et des odeurs d’essence frelatée n’est plus, sous sa moiteur torpide, qu’un réseau amorti d’artères désertées.
À l’aune du revenu cubain, vivre dans la capitale coûte de plus en plus cher. L’inflation galope. Depuis les émeutes de juillet 2021, suivies en novembre dernier par une vague de protestation initialement portée par les artistes du mouvement dit « San Isidro » (du nom d’un quartier de La Havane), le régime est aux abois. Au slogan usé jusqu’à la corde : « Socialismo o muerte », répond désormais le cri de « Patria y vida », une chanson de rap devenue hymne de résistance. Elle est relayée d’un bout à l’autre de Cuba par la puissance des réseaux sociaux. Si la répression policière a réussi à imposer à La Havane un calme précaire, celui-ci masque mal la fragilité d’une dictature secrètement honnie par la jeunesse.
Monnaie de singe
Cerise sur le gâteau, cette nouvelle usine à gaz : tandis que le Covid mettait la planète à l’arrêt, le pouvoir a supprimé la double monnaie en usage depuis 1994. Jusque-là, il y avait d’un côté le CUC (peso cubain convertible), à taux de change fixe surtaxé de 10 % par rapport au dollar, source de précieuses devises illico captées par l’État (dans les magasins achalandés, on ne payait qu’en CUC) ; de l’autre le peso, la monnaie du pauvre en somme, avec laquelle le Cubain de base percevait son salaire ou sa retraite (dérisoires). Début 2020, changement de braquet : fini le CUC, vive le peso, et la moneda nacional devient le CUP. Officiellement, en février 2022, cette monnaie de singe non exportable s’échange à moins de 30 CUP pour 1 euro. Mais au marché noir, on vous en donne 90 ! Résultat, le change se fait dans la rue, jamais dans les banques. Pourquoi cette course aux devises ? C’est que, non sans cynisme, le pouvoir a plaqué sur ce système une belle arnaque : désormais, les fameuses tiendas panamericanas, ces magasins de l’indispensable (huile, riz, café, poulet, œufs, etc.) où l’on payait naguère en cash et en CUC, n’acceptent plus l’actuel CUP ! Dans ces enceintes ne pénètrent donc qu’une minorité de privilégiés : les détenteurs de l’incontournable carte bancaire à usage exclusivement cubain, baptisée sans rire Tarjeta en Moneda libremente convertible (MLC), « carte en monnaie librement convertible » (sic), qu’il n’est permis d’alimenter qu’en devises fortes, comme l’euro ou le dollar ! Les millions d’autochtones qui n’ont pas la chance de recevoir des remesas, ces virements de l’étranger importés via leur parentèle en exil, regardent donc ces magasins ordinaires comme des boutiques réservées aux riches. Pour se nourrir, la grande masse est vouée aux interminables files d’attente. Et aux bodegas, ces souffreteuses épiceries de quartiers où, via la libreta, immortel carnet de rationnement alimentaire né avec la Révolution, on obtient en portion congrue les denrées de base qui trompent la faim. Deux mots reviennent sans cesse à la bouche : se acabo, no hay, « c’est fini, il n’y en a plus ».
Peu avare de paradoxes, La Havane développe en parallèle une économie « ubérisée ». Témoin, la start-up Mandao, entreprise de livraison alimentaire à domicile, à laquelle la crise sanitaire a offert l’opportunité d’un développement foudroyant. De souche cubaine, le boss réside à Miami ; sa boîte est pourtant domiciliée sur l’île. Dans une casa particular du Vedado, maison huppée vouée, en période normale, à la location touristique haut de gamme, s’affairent chaque jour un régiment de vendeurs connectés et des estafettes de livreurs en deux-roues. Sur ce modèle, Pa mi casa, ou Un dos postres ont également le vent en poupe. C’est qu’il faut bien servir, outre cette minorité de particuliers solvables, les quelques restaurants hype encore ouverts : de fait, il n’est pas rare qu’il faille réserver la veille pour dîner au H&M, à la Bodega, à Casamia ou au San Cristobal. Autant d’adresses prisées des habitués cosmopolites d’une capitale qui, dans ses marges, n’a pas totalement renoncé à la douceur de vivre…
À deux pas du Palais des conventions, où la Révolution tient ses assises, en ce lointain quartier sécurisé de Cubanacan peuplé de ces pharaoniques villas qu’ont abandonnées les milliardaires à l’orée des années 1960, et que louent aujourd’hui à prix d’or les plénipotentiaires du globe, réside le président Diaz-Canel. La vraie Havane est décidément bien loin de chez lui.
À voir
Centro Fidel Castro Ruz, Calle 11 n° 707, entre Paseo y A. Vedado, La Havane, Cuba.
Du mardi au samedi, en principe de 9 h à 17 h, le dimanche jusqu’à 14 h. Conseil : vérifiez une fois sur place !
« Cette ville est rieuse, amoureuse, fraîche, fleurie, parfumée mieux que toutes les autres villes au monde », s’enflammait Honoré de Balzac au sujet de Tours, sa ville natale, dans sa nouvelle L’Apostrophe. En parlerait-il avec une telle légèreté aujourd’hui ?
Dans la ville de Tours, il y a un marché. Sur ce marché, des militants politiques tractent. Dans tous les marchés, il en est ainsi. On prend un tract, on s’arrête et on discute. On est d’accord, on n’est pas d’accord, on débat parfois. Et si on n’a pas la tête à ça, qu’on pense à la cuisson du gigot du midi ou à la belle qui nous attend sous les draps, on décline poliment et on file.
Ça, c’est pour ceux qui en ont un minimum dans la cervelle, pas pour ceux qui se sentent offensés par la présence d’un petit vieux d’1m60 ou 1m65 en train de tracter pour Eric Zemmour devant un étal de vaisselle. Et voilà ce que ça a donné dimanche matin, boulevard Béranger à Tours, pendant la Foire au troc.
Ça vous indigne ? Mettez-vous donc à la place de notre antifa. La présence d’idées autres que les siennes – si tant est qu’il en ait réellement – est vécue comme une agression. On ne parle pas de n’importe quelles idées, on parle de celles d’Eric Zemmour. Nosferatu ! Celui présenté depuis des mois comme le diable, l’antéchrist tout droit sorti des flammes. Dès lors, pourquoi notre antifa se fatiguerait-il à réfléchir. Taillé comme un colosse face à un nain âgé, il lui est bien plus facile de cogner.
Il beugle, le bougre. Il beugle qu’il n’aime ni les fachos, ni « les racistes ». Autour de lui, les promeneurs sont médusés. La scène est tellement grotesque… Et pourtant, notre antifa est déjà en train de cracher à la gueule du petit vieux.
Jusqu’à ce que la femme à la mèche violette m’arrache violemment mon téléphone, avant de me bousculer sérieusement ! La lâcheté de l’agressivité gratuite de l’extrême gauche, l’intolérance à l’état pur, le rejet du dialogue, la volonté d’intimider, le mépris des crachats… pic.twitter.com/b9SHTHxWiP
« On est en démocratie ! », lui rappelle une dame révoltée. Rien n’y fait, notre antifa s’en fout. Il traite les autres de « racistes » et s’en va d’un pas lourd. « Tirez-vous ! », dit-il en partant, escorté par une drôle de demoiselle aux cheveux roses.
Nous avons subit une agression cet après-midi. Il y en a marre. C’est tous les jours. On ne peut s’exprimer librement sans subir de violences. Mais mes chers amis, il faut continuer le combat et ne pas se laisser abattre. #Zemmour#agression@GenerationZ_CVLpic.twitter.com/62kH6GKWhM
Balzac nous aurait-il décrit la scène ? Peut-être. À défaut, la scène a été popularisée par Twitter. Sur son compte, Eric Zemmour a promis de « rendre justice à cet honnête homme » (celui qui tracte) par la force de l’isoloir. L’avocat Gilles-William Goldnadel, qui en perd son français, a proposé ses services d’avocat à titre gracieux. Quant au reste des internautes, une flopée, ils y voient, évidemment, une raison de plus pour voter pour leur champion.
La lâcheté a le visage de cette immonde barbu . Il ne fera pourtant l’objet d’aucune réprobation des gardiens du temple de la morale médiatique . Écœurement total . https://t.co/rORwyO19Jh
Au sein de cet océan d’indignation, Idriss Sihamedi, activiste musulman à temps plein sur Twitter et fondateur de Baraka City, association humanitaire islamiste dissoute par Gérald Darmanin, il a cru bon de tenter un peu d’humour. « Je condamne avec la plus grande fermeté les jets de papiers par terre et toute forme de pollution », a-t-il écrit. Et Monsieur Sihamedi de supprimer son message une heure plus tard…
À la suite de cette agression, le petit vieux et deux autres militants ont porté plainte. Ce haut fait d’armes de l’antifascisme s’ajoute à une longue série d’agressions de militants et de colleurs d’affiches de “Reconquête !”. La plus choquante fut celle de huit adolescents aspergés à l’essence dans l’Essonne à la fin du mois de mars. Depuis, il y a eu notamment celle-ci, sur le parvis de La Défense :
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) March 31, 2022
Doit-on partager les idées d’Eric Zemmour pour dénoncer ce type d’agression ? Absolument pas. Or, hormis pour celle des militants aspergés d’essence, le monde médiatique traîne des pieds pour le faire. J’entends d’ici la musique du « ils l’ont quand même un peu cherché »… Il l’ont quand même un peu cherché, ça ne vous rappelle rien ? Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est ce qui a envoyé l’équipe de Charlie Hebdo se faire fusiller. Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est tout le contraire du fameux « je suis Charlie ». Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est ce qui nous pousse dans la gueule de l’obscurantisme. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Cette citation est faussement attribuée à Voltaire, elle n’en demeure pas moins essentielle à notre démocratie. Que cela nous plaise ou non, elle doit s’appliquer à Eric Zemmour et à ses militants. Le silence autour de ces agressions, c’est un pas de plus vers l’affaissement de notre démocratie.
Vous considériez que la justice française était déjà trop laxiste ? Vous ne supportiez pas les remises de peine dont bénéficient de nombreux délinquants ? Vous allez adorer le nouveau projet du gouvernement…
Le lundi 14 mars, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, et le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, étaient en déplacement à la maison d’arrêt d’Aix-Luynes dans les Bouches-du-Rhône, pour lancer un projet qui vise à favoriser l’accès à la culture des prisonniers : un « Goncourt des détenus » ! L’académie Goncourt sélectionnera 15 ouvrages, qui seront lus par les détenus de 30 établissements pénitentiaires. La sélection des ouvrages aura lieu le 6 septembre, et le 15 décembre le nom du lauréat sera dévoilé.
Dupond-Moretti contre le soi-disant “tout-carcéral”
Faire en sorte que les détenus s’intéressent à la littérature pour mieux se « réinsérer dans le corps social » (pour reprendre les mots du garde des Sceaux), que penser de l’initiative ? Lorsque Bachelot et Dupond-Moretti décident de travailler ensemble, on peut légitimement s’attendre au pire. La boomeuse et le gauchiste : comment ne pas être circonspect devant ce tandem venu tout droit du royaume d’Hadès ? Mais à première vue, cette nouvelle initiative ne peut pas faire de mal. Bachelot a précisé que ce projet avait pour objectif de « rapprocher deux mondes considérés à tort comme éloignés, celui de la création littéraire et celui de l’univers carcéral ». On aimerait toutefois que le gouvernement s’échine autant à rapprocher deux mondes considérés à raison comme éloignés, l’espace public et la tranquillité !
Le secrétaire général de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, semble partager la même idéologie que Dupond-Moretti, car il nous explique que « la France est un pays qui incarcère trop ». L’actualité très récente lui donne raison. Le djihadiste camerounais qui a tué Yvan Colonna, passé par l’Afghanistan et les geôles américaines [1], devait sortir de prison fin 2023. S’il avait été libéré encore plus tôt, le « berger de Cargèse » serait toujours parmi nous !
Prison mentale
Acquitator a enfin avancé l’idée que la participation à des activités culturelles en prison pourrait favoriser des réductions de peines. Ce n’est pas la première fois que notre garde des Sceaux récidive sur le sujet : pour le gouvernement, tous les moyens semblent bons pour incarcérer le moins possible et pour libérer le plus vite possible. Et on trouve encore des idiots (ou des salauds) pour parler du « tout carcéral » ?
Pour légitimer et défendre le projet, Roselyne Bachelot a tenu à citer une des phrases les plus célèbres de l’exilé de Jersey et auteur des Misérables : « Quand on ouvre une bibliothèque, on ferme une prison ». Seulement, selon l’Observatoire de la lecture publique, on compte plus de 8000 bibliothèques en France pour seulement 188 établissements pénitentiaires. Combien de bibliothèques faudra-t-il encore ouvrir ?
[1]Libération, Franck Elong Abé, l’islamiste suspecté de l’assassinat d’Yvan Colonna: «Une personne froide et isolée», 22 mars 2022
Beaucoup d’électeurs craignent de mettre un bulletin Éric Zemmour ou Marine Le Pen dans l’urne, de peur que les territoires perdus islamisés s’embrasent
Si l’un des candidats de la droite était élu et mettait à exécution son plan pour rétablir l’état de droit dans les banlieues, certains pensent qu’il pourrait y avoir une révolte de ces mêmes banlieues, ou même une forme de guerre civile. Mais nous mettons-nous dans la tête de ces caïds et de ces prêcheurs radicaux ?
De nombreuses personnes pensaient jusque récemment qu’Eric Zemmour et Marine Le Pen avaient raison de vouloir combattre l’islam conquérant, mais qu’« on ne peut pas le dire » ou « qu’on ne pourra pas le faire »…
Ainsi, pour le compte du système oligarchique, qui utilise ce même levier depuis quarante ans, la banlieue islamisée exerce toujours son chantage sur des classes bourgeoises terrorisées. Beaucoup de gens pensent avoir compris d’où vient le problème, mais si on en parle, ça va péter. Il ne faut pas aborder cette question. C’est l’une des raisons de leur réticence, par exemple, à voter Zemmour… Raison de plus pour briser le tabou !
En réalité, le chantage n’existe que parce qu’il n’y a pas de volonté politique pour y résister. En effet, à supposer que la victoire d’un Éric Zemmour ou d’une Marine Le Pen se produise, et qu’un scénario soit envisagé d’une révolte généralisée des banlieues, quelles seraient les forces en présence ?
Actuellement, les forces de l’ordre hésitent à avoir recours à la force, parce qu’elles ne se sentent pas soutenues par le gouvernement
D’un côté, une police et des forces armées avec peu de moyens, mais bien organisées, aujourd’hui rendues impuissantes, en grande partie à cause de la contrainte exacerbée des règles d’engagement. Il est ainsi incroyable que la policière sortie en feu de sa voiture à Viry-Châtillon ne se soit même pas servie de son arme contre les gangsters qui l’entouraient et l’insultaient. Tout se passe comme si, trop souvent, les forces de l’ordre servaient aujourd’hui plutôt d’alibi pour couvrir l’impunité des banlieues que de moyens pour maintenir l’ordre.
De l’autre, des caïds, et des forces islamiques politisées, pas vraiment mis à mal par le « système », selon ce dont chacun peut juger. Tout se passe, là aussi, comme s’il existait une sorte de pacte implicite avec le pouvoir : « Vous nous gardez sous votre coupe les populations et les gamins, on vous laisse faire vos prêches et vos trafics » [1].
Aujourd’hui, il est vrai qu’on n’arrête pas beaucoup les imams « toxiques » ni les grands caïds, mais on en connaît avec précision la liste et les activités. Si demain, une telle « guerre des banlieues » devait avoir lieu, il suffirait d’un ordre, et sans doute d’une juridiction spéciale permettant de les juger plus vite et avec plus de sévérité, pour en attraper très vite la plupart. Surtout, la menace d’une déchéance de nationalité, avec une volonté politique forte de renvoyer tout ce monde « au bled », tout cela garanti par un referendum préalable [2], confirmant par la voie populaire que le temps de l’impunité est terminé, serait probablement susceptible de calmer pas mal de monde.
Les trafiquants n’auraient pas intérêt à prendre les armes
Car dans ces conditions, quel intérêt à prendre les armes ? Pour ces trafiquants, religieux et civils, la France est un pays de cocagne [3], où l’anomie est telle, par rapport à d’autres pays, et d’abord à leurs pays d’origine, que tout devrait être fait pour y rester… Pas une seconde on ne pourrait concevoir que ces privilégiés qui vivent très bien des revenus du trafic ou de subventions de pays islamiques, et qui sont plutôt bien traités par le pouvoir au regard de leur dangerosité, ne mettraient en cause leur fortune et leur position pour le gain très hypothétique de faire chuter la République. On peut penser qu’ils feraient plutôt profil bas, en attendant de voir ce qui se passe.
De plus, les combats pour leurs « droits » supposés, au-delà de ce que leur inculquent des associations ou des avocats politisés, ne sont pas, pour eux, fondamentaux. C’est la mentalité occidentale, imprégnée de christianisme, qui prône la dignité individuelle, la conviction personnelle ou les droits de l’homme. Le proverbe arabe ne dit pas « La vérité vous rendra libres », mais « La main que tu ne peux couper, baise-la ». Taqiya, oui, affrontement direct, à quoi bon ?
Le vrai danger existe au niveau des petits caïds
Là où un risque existerait, c’est au niveau des petites frappes, les têtes brûlées sans cervelle, les adeptes du rodéo urbain, les petits voleurs jamais condamnés. On peut penser qu’ils auraient envie de se faire plaisir, de faire monter l’adrénaline, en se « payant » une brigade de la BAC ou un commissariat. Mais le risque pour leurs chefs de quartier, les « parrains » civils et religieux, seraient tels que des injonctions extrêmement fortes seraient probablement données pour les faire tenir tranquilles. De même, ils auraient aussi, au-dessus de leur tête, l’épée de Damoclès de la déchéance de nationalité et de l’expulsion, pour les modérer.
Que faire des populations ?
Une fois qu’on a dit ça, on n’a pas tout réglé, et surtout pas le cœur du problème : qu’est-ce qu’on fait des populations et des gamins une fois qu’on a expulsé les « parrains », la « manne » de la drogue et les islamistes ? Un plan d’intégration des banlieues très sérieux serait à concevoir, puis à mettre en œuvre [4]. Mais nous croyons avoir montré qu’une explosion sociale des quartiers, en cas de victoire d’un candidat anti-islamiste, ne serait pas si certaine. Si guerre il y avait, elle serait sans doute, du moins dans un premier temps, souterraine, larvée, et c’est le pouvoir qui aurait l’initiative, alors qu’aujourd’hui, il est « dans les cordes », et chaque jour qui passe le rapproche du KO.
Par contre, on peut très légitimement se poser la question inverse. Au cas où les candidats qui veulent véritablement prendre le taureau par les cornes concernant la question de l’immigration et des quartiers soient écartés, comment cela pourrait-il être perçu par les caïds et les forces politiques islamistes, autrement que par une démission de plus du pouvoir, et une victoire à la Sun Tzu, uniquement par la pression psychologique et la peur, sans même avoir combattu ?
Supposons que lors d’une guerre, face à l’ennemi, nous décidions de licencier nos meilleurs généraux et de jeter nos armes, que pensons-nous que serait la réaction d’en face ? Celle de nous dire « Embrassons-nous, mes frères ! », ou celle de se dire « C’est gagné. On va se payer du bon temps ! ». De même, à supposer que le système politique français, emmené par les oligarchies mondialistes et la presse de gauche, parvienne à torpiller lui-même les candidats qui veulent combattre le cancer des banlieues, quelles leçons pense-t-on qu’elles en tireront ? Se diront-elles « ils sont trop sympa. On va rentrer dans le rang » ou bien « ils se suicident. Ils sont trop stupides. Par ici la bonne soupe ! » ? Est-ce que l’hybris de leurs chefs baissera ou au contraire augmentera ? Pense-t-on qu’ils n’auront pas envie de « mettre le paquet » sur les policiers, les commissariats, les élus et même les citoyens eux-mêmes, pour asseoir plus durablement leur pouvoir ? Quand pensons-nous que nous aurons plutôt la guerre civile, avec Zemmour ou sans lui ?
La faiblesse et la peur sont toujours les prémices de la guerre. Comme l’a dit récemment une petite frappe lyonnaise à l’un de mes fils « Wallah, on s’en balek de tes conneries. Demain on débaptisera toutes vos rues ». Il s’y croit déjà. Et demain ?
[1] Politiquement, un tel pacte a du sens parce qu’il évite à l’État, s’il débarrasse les banlieues des deux fléaux du trafic et de l’islamisme, de devoir prendre en charge les populations. Une thèse confirmée par des entretiens en privé avec des policiers amis.
[2] Proposition faite par le candidat Zemmour, et abandonnée par Marine Le Pen.
[3] En France, le trafic de drogue représente un « marché » de 2,7 milliards d’euros par an.
[4] La formation professionnelle devrait y avoir une grande place.
Samedi, le président sortant, candidat à sa réélection dimanche prochain, réunissait ses soutiens à la Défense. Tant sur le fond que sur la forme, son discours annonçait la poursuite d’une politique ultra-progressiste et « disruptive » pour les cinq prochaines années.
Il lui a fallu, finalement, descendre, dans l’arène, à cause de Marine le Pen, de « l’extrême droite » et de la courbe des sondages. Autrement, on l’aurait soupçonné de refuser de débattre. Et puis, il y a l’affaire McKinsey.
Cinq ans de plus, pour quoi faire ?
Le discours fut décousu, répétitif. Sans la guerre en Ukraine, le candidat était-il dépaysé ? Croyait-il à sa baraka ou n’avait-il pas travaillé son discours, pensant que son apparition dans la salle obscure suffisait ? En tout cas, jamais le président ne nous avait habitués à pareil délire, au sens étymologique : qui sort de son sillon. Et revêtir son habit de lumière pour une scène avec fumigènes et projections n’a pas suffi à créer de la magie malgré les drapeaux et la répétition de « mes amis. » Loin de la partition de la cour du Louvre, de la Sorbonne, de Versailles, on était loin, également, du flûtiste de Hamelin conjurant les peurs extrémistes. Ce fut punk. Et l’électrochoc attendu n’a pas eu lieu.
Un nouveau quinquennat, disait-on ? Pour quoi faire ? Des progrès, pardi ! Bilan, projet, tout devait être présenté avec clarté, et enthousiasmant. Work in progress !
Chaque parole était coupée d’applaudissements dans une salle surchauffée. Par quel bout commencer ? Le candidat avait tout mis dans un sac, secoué et jeté les confettis sur la salle. A chaque interrogation pour un projet participatif, une réponse ajustée, « nous l’avons fait » en parcourant la salle à grands pas. Le bilan 2017-2022 ? Economie, société, éducation, sécurité, valeurs ? « Nous l’avons fait » ! La PMA pour toutes, vous la vouliez ! « Nous l’avons faite ! » Shocking ! La protection contre la pandémie ? « Nous l’avons faite ! » L’horizon 2022 ? Nous le ferons ! Plus haut, plus loin, plus fort ! Voyez les drapeaux européen et français dont tremblent d’espoir les étoiles ! Ma France ? Jamais sans l’Europe ! L’Europe ? Toujours, avec ma France ! Avec ses valeurs, l’égalité des sexes, l’intelligence artificielle, notre culture, l’humanisme, la non-discrimination, le pouvoir d’achat, notre ouverture (le contraire du racorni, du rance, du moisi), l’écologie, notre gastronomie… la laïcité, vive le Ramadan ! J’oublie le Carême ? Le candidat regarde les preux du premier rang — Ferrand, Bayrou, Pompili— qui se regardent les uns les autres pour vérifier qu’ils ne rêvent pas. Et que tout le monde applaudit.
Peur surjouée
Tout cela aurait été jouissif en un autre temps, dans d’autres circonstances. Le discours n’en finit pas. Comment finir, justement ? L’appel à la salle, avec l’anaphore, pardi ! Mais, d’abord, une inquiétude. Vous croyez que tout ce que je vous dis est acquis ? Que nenni ! Frisson dans les premiers rangs. Il faut lutter partout et toujours ! L’appel au combat arrive, enfin, de loin venu dans la gorge. Vous voulez une France forte ? Oui ! Qui protège ! Oui ! Alors, rejoignez-moi ! Oui ! Oui ! Oui !
On était loin, ce soir, de l’exaltation messianique de 2017. Arpenter la scène ne suffit pas, les amis. Le président avait voulu, dit-on, « un contact charnel » avec le peuple. La Marseillaise résonna, chantée, les yeux fermés, sourire aux lèvres. On pensait au tableau du Caravage : Narcisse se mirant dans l’eau.
Un nouveau volume de la Pléiade nous propose cette saison de revenir sur des livres majeurs de Philip Roth, période autofiction…
Le romancier américain Philip Roth (1933-2018) est réputé pour avoir développé une œuvre littéraire en dehors des préjugés courants.
En 1969, quand il publie La Plainte de Portnoy, son premier grand succès, il doit subir les reproches outrés de la communauté juive dans laquelle il a été éduqué.
Roth conservera, durant toute sa carrière littéraire, cette liberté d’expression, qu’on pourrait définir aujourd’hui comme un « antiwokisme » de base, pour reprendre une expression courante, c’est-à-dire un art du « politiquement incorrect » qui tente de remettre l’homme à sa place originelle dans les rouages de la société.
Métamorphoses et simulacres
L’écrivain, à cette époque, parle de sa personne de manière parfaitement réflexive, et presque « narcissique », comme le diraient ses détracteurs. Vous y trouverez d’abord la trilogie Zuckerman enchaîné (comprenant L’Écrivain fantôme, Zuckerman délivré et La Leçon d’anatomie) suivie d’un épilogue (L’Orgie de Prague) ; puis le très fameux La Contrevie, l’un des sommets de l’œuvre ; et enfin une autre trilogie autobiographique, composée des Faits, de Tromperie (récemment adapté au cinéma par Arnaud Desplechin) et de l’émouvant Patrimoine, sur la mort de son père. Un bel ensemble dans lequel Philip Roth s’expose au premier plan, s’affublant de divers masques, et réservant au personnage de Zuckerman, son double transparent et fantasmé, les métamorphoses et les simulacres les plus extravagants.
Les amateurs de Philip Roth, bien sûr, auront déjà lu tous ces livres, qui appartiennent aux années 1979-1991, et qui ont tous été traduits en français à l’époque. L’intérêt d’une Pléiade, néanmoins, est de proposer un appareil critique détaillé, afin de guider la lecture dans tel ou tel sens, et, sans doute, de mettre en valeur l’auteur. Autrefois, Roland Barthes avait annoncé la « mort de l’auteur ». C’était un peu prématuré, surtout lorsqu’on tombe ensuite sur les romans d’un Philip Roth. Certes, une certaine ambiguïté demeure, prévisible avec ce romancier, qui était capable des plus grandes prouesses stylistiques.
Comme le dit Philippe Jaworski dans son introduction : « l’écrivain a utilisé les moyens de son art (le style) pour brouiller les frontières ontologiques qui séparent les trois acteurs du jeu littéraire : l’auteur, son personnage et le lecteur ».
Le théâtre du « moi »
Le titre même de La Contrevie, par exemple,exprime cette difficulté dont Roth essaie de venir à bout. Il s’agit sans conteste d’une « expérimentation » autour du « je » de l’auteur, expérimentation centrale dans laquelle celui-ci se perd pour mieux se retrouver, sans du reste y parvenir toujours complètement. Bref, une « métafiction », au sens le plus radical du terme, auprès de laquelle bon nombre d’autofictions littéraires actuelles paraîtront trop sages. Les Faux-monnayeurs de Gide pourraient en être l’ancêtre lointain. La notice de La Contrevie explique ainsi que Philip Roth tente, dans ce roman, « d’interroger la nature d’un réel qu’il conçoit comme éminemment instable, chaotique et mouvant, toujours rétif à l’emprise des mots. » Nous sommes ici sur une véritable scène théâtrale, où souffle un ouragan. Philip Roth écrit dans un passage de La Contrevie : « Je suis un théâtre et rien d’autre qu’un théâtre. »
Et donc, tout finit mal, dans la solitude et l’échec. Philip Roth est un romancier qui perçoit, derrière les apparences trompeuses du réel, l’envers du décor. Le fait qu’il soit juif souligne peut-être cette tendance pessimiste. C’est un mérite des notices de cette Pléiade de le montrer, même si Roth ne s’étend pas sur le sujet. Mais le thème est là, secret, presque par défaut. « Les ellipses et les fractures du récit, nous dit la notice de L’Orgie de Prague, renvoient à l’impossibilité de pleinement comprendre, reconstruire ou transmettre le texte de la Shoah, cet événement qui, nous l’avons vu à propos des romans qui précèdent, constitue la matrice même de l’invention, la source de l’impulsion narrative, le centre de silence et d’absence où l’ensemble de la trilogie puise son dynamisme et son sens. » Et dans ce contexte, l’écrit demeure le seul espoir contre la dispersion et l’oubli définitif.
Sous la tête du cheval
J’ai bien sûr un faible pour les pages de L’Écrivain fantôme dans lesquelles Roth ressuscite, durant un instant magique, Anne Frank sous les traits de la ravissante et très brillante Amy Bellette. Dans ce roman d’initiation, on s’en souvient, le jeune Zuckerman rend visite au « grand prêtre de la littérature juive américaine », qui pourrait ressembler à l’immense Bernard Malamud. Est-ce encore pour insister, d’une belle manière, sur le « tissu de fictions » dont la vie est faite ? Et puis, comment ne pas penser à la magnifique nouvelle du même Bernard Malamud, « Le cheval qui parle », dans laquelle, à la fin, lorsqu’on retire la tête du canasson, on trouve ‒ évidemment ‒ un être humain ?
Voilà donc un très beau volume de la Pléiade consacré à Roth, qui me semble encore plus réussi que le premier. Il rassemble des œuvres de la maturité, tout ce que Philip Roth a donné de meilleur. Lui aussi a ôté la tête du cheval, et en-dessous, croyez-moi, la surprise est toujours très belle et souvent très drôle ‒ car Roth, en plus, n’est jamais en panne d’humour.
Philip Roth, Romans et récits (1979-1991). Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Brigitte Félix, Aurélie Guillain et Paule Lévy. Éditions Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ».
Au dix-neuvième siècle, Boris Vian existait déjà et il s’appelait Charles Cros. Charles Cros (1842-1888) est mort relativement jeune et savait tout faire. Comme Vian, c’était un authentique scientifique qui a œuvré dans les télécommunications, au point d’imaginer un télégraphe pour communiquer avec les extra-terrestres. On lui doit aussi l’invention du phonographe même si, avec ce masochisme bien français, on feint de croire que c’est Edison le premier sur le coup. Assez logiquement, Cros est aussi un pionnier en littérature de science-fiction, une science-fiction qui a su développer ses propres thématiques jusqu’à Barjavel, indépendamment des maitres anglo-saxons.
Tout aussi logiquement, comme les vrais scientifiques, Cros était poète. Il arrive que son nom apparaisse encore dans les récitations à l’école primaire avec son célèbre « Hareng saur », petite merveille de virtuosité. Le poème que nous vous proposons reflète la même aisance rieuse et sensuelle.
Quelques pistes de réflexion sur l’avenir de la Sérénissime dans un brûlot signé Casanuova
Découvrir Venise après l’avoir rêvé dans les livres d’histoire est toujours un choc esthétique qui peut virer au cauchemar et à une forme aigue de misanthropie. Il suffit d’aller à Venise pour détester le genre humain. Parfois, je vous l’accorde, il n’est pas nécessaire d’aller si loin. La beauté du lieu résiste plus mal que bien aux assauts répétés du tourisme de masse et de la verroterie boutiquière. Ce qui devait s’annoncer comme un voyage hors du temps se transforme en allégorie d’une globalisation hideuse et gloutonne. Comme si la moindre parcelle de sérénité était irrémédiablement mangée, avalée par une folie commerciale sans fin, une course vers l’échafaud qui arrivera bientôt à son terme vu l’état avancé de décrépitude générale.
Mort programmée
Ce n’est plus qu’une question d’années. Sa mort semble programmée. Avant de me rendre dans la lagune, j’ai passé mes jeunes années à compulser un beau livre en langue italienne datant de 1977 du photographe vénitien Fulvio Roiter (1926-2016). Essere Venezia publié chez Magnus Edizioni trônait dans notre bibliothèque familiale comme le témoignage funeste d’une cité en voie de marchandisation totale. La bascule avait déjà commencé son long travail de sape.
Nous n’imaginions pas cependant que Venise sombrerait à ce point-là, dans la laideur et l’oppression touristiques, dans la gabegie institutionnalisée et l’effondrement moral. Plus âgé, je me souviens avoir lu Venise en hiver d’Emmanuel Roblès qui fut adapté à la télévision française sous une lumière crépusculaire assez réconfortante. La solitude qui s’emparait de l’héroïne du roman au contact de cette ville fantôme agissait tel un baume apaisant : « Elle se sentit intimement accordée à cette solitude, à cet univers sans présence humaine – à peine une ou deux silhouettes furtives sous les arcades des Procuraties – égarée dans les décors d’un théâtre, abandonnés, dépouillés de leurs dorures, lavés de leurs couleurs ».
Comment pourrait-on se retrouver seul face à soi-même aujourd’hui dans un endroit assailli d’incessantes propositions et d’images vulgaires ? Comment pourrait-on décemment aujourd’hui encore se laisser envahir par la mélancolie salvatrice de ces hôtels surnageant des eaux ? Que Venise ne soit plus en Italie et sous le feu des critiques n’est pas un thème nouveau. Sa lente décomposition est inscrite dans ses gênes. Et la littérature est remplie de constats tous plus alarmistes.
Venise, comme Carthage, doit être détruite
Si la pandémie n’a rien arrangé, elle a surtout permis de révéler au grand jour les limites d’un tourisme à outrance et l’étendue des dégâts. Un essayiste sous le nom caché de Casanuova vient d’écrire Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise, un pamphlet tonique et féroce aux éditions Exils. Il dresse un tableau implacable d’une fuite en avant, fruit de la médiocrité des élites locales et de l’appât du gain. A travers de courts chapitres, toujours très bien informé de la réalité et des chausse-trappes vénitiennes, l’auteur s’en donne à cœur joie. Il dézingue à tout-va. Il ose pointer du doigt les responsables. Il pousse l’analyse même très loin.
La lecture de ce brûlot est aussi instructive que vivifiante. Dès les premières pages, le dénommé Casanuova avertit : « Dans trente ans, peut-être moins, Venise n’existera plus. Vidée de ses habitants, envahie par les eaux, livrée, pour ce qu’il en restera, aux commerces minables. La Venise que nous avons connue et aimée ne sera plus qu’un souvenir ». Le naufrage de ce bateau ivre comme il se plaît à le nommer est la convergence d’intérêts financiers rapaces et d’un laisser-aller municipal suicidaire. Le lanceur d’alertes Casanuova s’insurge contre les édiles complices, les malversations, le blanchiment d’argent sale et tant d’autres dysfonctionnements. Il parle même « des odeurs de mafia asiatique » s’étonnant qu’« un serveur chinois qui gagne 1 000 euros par mois puisse subitement racheter le bacaro où il était employé » ou, plus étrange, il s’interroge : « Comment comprendre qu’une célèbre pizzeria près de la place Saint-Marc qui génère des centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires soit louée 20 000 euros par mois seulement à une citoyenne chinoise ? ». Son but est, avant tout, de sauver Venise, quitte à proposer des solutions radicales et incorrectes.
Il lance ainsi un provocant « Et pourquoi pas Disney ? » dans une logique jusqu’au-boutiste : « Puisque la disneylandisation est bien engagée, autant l’assumer sérieusement, professionnellement […] Il est temps de déléguer la gestion de cette Venise pauvrement disneylandisée à de véritables professionnels. Qui songerait à confier la gestion de Disneyland aux politiciens vénitiens ? Alors pourquoi leur abandonner Venise ? ». Dans le registre des portes de sortie, il évoque l’exemple de Lascaux 2. Une copie qui préserverait la Venise historique : « La construction d’une telle réplique du centre historique donnerait du travail à tous les artisans vénitiens. On pourrait cesser de se lamenter en vain sur leur disparition et plutôt convenir, avec Walter Benjamin, qu’il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible ». Peu importe les pistes du renouveau, une chose est certaine : l’avenir de Venise depuis 1 600 ans ne nous est pas étranger !
Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise de Casanuova – Exils
Digne héritier de Philip Roth, Joshua Cohen interroge avec humour l’identité juive américaine. Et lorsqu’il confronte celle-ci au sionisme radical, cela donne un roman grinçant: Les Nétanyahou. Propos recueillis par Steven Sampson.
Pour son roman burlesque, Les Nétanyahou, Joshua Cohen s’est inspiré d’une visite sur un campus américain faite en 1960 par le père du futur Premier ministre israélien, universitaire réputé, en compagnie de sa famille. Une confrontation musclée entre sionisme et diaspora.
Causeur. Votre satire confronte deux professeurs, l’Israélien Ben-Zion Netanyahou, spécialiste de l’Inquisition et sioniste fervent, et l’Américain Ruben Blum, défenseur de l’assimilationnisme. Si le premier a existé, vous avez inventé le second.
Joshua Cohen. Blum s’inspire de Harold Bloom. Né dans le Bronx des immigrants d’Odessa, il a grandi dans la langue yiddish avant de s’assimiler au point de devenir expert en poésie britannique, jusqu’à être considéré comme une autorité shakespearienne, renversant ainsi l’hégémonie WASP dans le département d’anglais à Yale. Cette capacité d’adaptation permet de comprendre son discours. C’était un bon juif libéral de la génération de la Grande Dépression et du New Deal, convaincu que le monde s’améliorerait à condition que les autres pays imitent l’Amérique, et que celle-ci reste fidèle à elle-même.
Qu’est-ce qui vous a incité à écrire ce roman ?
J’étais chez Harold Bloom et la télévision était allumée sur CNN. Benyamin Netanyahou est paru à l’écran et Harold a dit : « Oh, j’ai rencontré ce garçon. Il avait 10 ans, c’était quand son père est venu ici. » Ensuite, envoyé en Israël pour un article sur le procès de Bibi – accusé de corruption – et ses tentatives pour étouffer le système judiciaire, j’ai lu le pavé de son père sur les origines de l’Inquisition au xve siècle : il était plus intéressant que son fils ! Ben-Zion est né au début du xxe siècle à Varsovie avant d’émigrer en Palestine. Convaincu par les thèses nationalistes de Vladimir Jabotinsky, il devient l’éditeur des journaux de son mouvement, le sionisme révisionniste, qu’il suit à New York lors de son exil. Il rate donc la fondation de l’État d’Israël par les sionistes de gauche, ses adversaires de toujours. Pendant la décennie la plus cruciale de l’histoire juive, il poireaute, enragé, à Long Island et dans la banlieue de Philadelphie ! Il passera une partie des années 1950 en Israël mais retournera vivre en Pennsylvanie.
Pourquoi la thèse de Netanyahou sur l’Inquisition est-elle considérée comme « révisionniste » ?
Il prétendait que l’Inquisition ibérique avait été déterminante pour définir le judaïsme non pas comme une religion mais comme une race. L’Espagne du xve siècle avait en effet invalidé les conversions : seul le sang comptait, « limpieza de sangre ». Selon Ben-Zion, c’est à partir de ce moment-là qu’on a pu reconnaître la racialisation du judaïsme en Europe, racialisation qui aboutira plus tard aux lois de Nuremberg. D’où sa défense d’un État d’Israël ethno-nationaliste.
Ben-Zion Netanyahou était-il un idéaliste un peu fou ?
Il me rappelle Sayyid Qutb, le père idéologique de Daesh, qui étudiait au Greeley Teachers College dans le Colorado, où il écrivait des articles contre les femmes portant du rouge à lèvres et des minijupes. L’Amérique est une pépinière pour les fous du monde entier. Vous êtes un islamiste dur qui méprise le socialisme arabe et pense que les femmes doivent porter le hijab ? On s’en fout ! Croyez ce que vous voulez, ça n’a aucune importance ! C’est donc dangereux : ces idéologies suppurent dans le vide. Refoulées, elles attendent d’être réexportées dans leur pays d’origine pour produire des effets parfois terribles.
Mais vous éprouvez quand même de la compassion pour Benyamin Netanyahou
Oui, j’ai de la sympathie pour lui, il se sentait exclu de l’histoire, il était plein de ressentiment. Il a donc écrit sur l’histoire comme si c’était de la fiction, je me reconnais en lui.
Les Américains sont-ils imperméables aux idées, à toute idéologie qui ne relève pas du capitalisme ?
On a tous un plan, quelque chose à vendre, c’est notre affairisme qui nous sauve. Très peu de gens adhèrent à une doctrine, ils préfèrent vous proposer des T-shirts. Regardez les émeutiers du Capitole : lorsqu’ils se sont introduits dans les bureaux des parlementaires, tout ce qu’ils ont trouvé à faire, c’est du streaming sur leurs comptes Twitter et Facebook. Puis ils ont essayé de vendre des casquettes MAGA (« Make America Great Again », le slogan de Trump) depuis leurs propres boutiques en ligne. Ce n’était qu’une opportunité commerciale. Il n’y avait aucun discours, juste « cliquez et likez ». Soyez mon follower. Le capitalisme est une idéologie totalisante qui émousse ses concurrents.
Donc, en Amérique, il n’y a pas de valeurs communes à part celles du marché ?
Il n’y a jamais eu un socle de valeurs que chacun doit respecter, comme la laïcité en France. La dernière fois qu’il y a eu quelques tentatives, c’était lors du New Deal en 1934 ! Hormis le transcendantalisme et l’invention du rock n roll, on n’a pas de culture commune. Notre notion de laïcité ne va pas plus loin que l’idée de la séparation de l’Église et l’État. C’est-à-dire que personne n’est « Américain » : on est Noir ou Blanc ou Hispanique ou 45 % suédois et 70 % irlandais – en plus on est nul en maths !
La cancel culture peut-elle faire ce lien ?
Il n’y a pas de noyau central auquel on peut s’identifier et s’assimiler, juste un vide, transformé en base d’opérations pour une lutte de pouvoir entre des groupes identitaires. On voit cela à l’œuvre dans la rivalité entre les grands récits nationaux : celui de l’immigration et celui de l’esclavage. L’impasse actuelle vient de l’incapacité des tenants de ces récits d’admettre la légitimité des autres. La manière dont ces sagas sont achetées et vendues détermine les parts de marché du pouvoir. Après un siècle, l’extrême gauche et l’extrême droite sont parvenues à la même conclusion : pour vivre en paix, il faut pratiquer l’ethno-séparatisme, il faut rester avec « les siens ».
Il y a peu de temps, Jupiter descendit du mont Olympe, condescendant, pour nous autres gueux, ses sujets, à faire un peu de figuration en fin de campagne électorale. Il se fendit alors, pour notifier au peuple son entrée en lice, d’une lettre diffusée dans la presse quotidienne régionale. Dans cette épître qui sonnait comme une mauvaise lettre de motivation adressée au responsable des ressources humaines d’une start-up, il vanta platement ses mérites et sollicita, en raison de l’excellence indubitable de son bilan, la reconduction de celui-ci. De débats, il ne fut point question.
Notre candidat se rendit ensuite à Poissy « à la rencontre des Françaises et des Français » pour tenter de vendre son projet fumeux à un parterre d’affidés tout acquis à sa cause. Il prit bien soin de noyer toutes les réponses qu’il apporta à des questions dont on supposa fortement qu’il avait eu une connaissance préalable. Cette soirée mémorable fut, du reste, écourtée. Notre histrion s’esbnigna en effet, non sans en proférer du ton tragique du chef de guerre qu’il était devenu, des mots qui laissèrent supposer qu’il s’en allait sauver le monde : « Je dois partir, j’ai un call. »
Une reconduction assurée ?
Puis notre jeune roi, poursuivant son simulacre de campagne, parada, sans contradicteur, bien sûr, derrière quelques pupitres. Il y déploya, tel un prestidigitateur et dans un langage pompeux de technocrate un programme creux, soigneusement vidé des préoccupations sans générosité des fachos, telles que l’insécurité, l’identité ou le pouvoir d’achat ; programme qui n’alla pas toutefois sans donner un coup de grâce à l’école déjà à terre.
Résumons-nous : écrasé par ses responsabilités de chef de guerre et fort de sa gestion du Covid, notre roitelet refuse de se confronter aux candidats qui briguent sa succession, s’occupant du seul « projet qu’il veut porter pour le pays », traçant sa route, imperturbable, « au-delà des chicayas de clans ». En ces temps de « peurs obsidionales », notre jeune prince n’a, en effet, pas de temps à perdre en « carabistouilles » échangées avec des vassaux, d’autant plus que sa reconduction semble assurée.
Une nouvelle épidémie
Mais, voilà qu’une nouvelle épidémie, immédiatement identifiée par notre clairvoyant Jupiter, s’abat sur notre pays, alors qu’il n’est pas même encore sorti du Covid. La donne pourrait bien s’en trouver bouleversée : la terrible rhinocérite qui autrefois frappa les personnages d’Eugène Ionesco est de retour. Il convient de rappeler ici brièvement l’intrigue de la pièce d’Eugène Ionesco, Rhinocéros. Elle dépeint en trois actes le déploiement d’une épidémie imaginaire de « rhinocérite » qui transforme tous les hommes en rhinocéros. Cette maladie très contagieuse est la métaphore aussi tragique que comique de la montée du totalitarisme.
A en croire notre théâtreux de président, très certainement bien renseigné par un conseil de défense durement éprouvé lors de la crise du Covid, nous serions bien avisés face à cette rhinocérite qui s’annonce de mettre d’urgence en place tous les gestes barrières qui s’imposent avant qu’il ne soit question de confinement ou pis encore.
Macron accuse la presse de faire monter la droite nationale
C’est lors d’un déplacement à Fouras, en Charente-Maritime que notre président, interrogé par la presse sur la montée de Marine Le Pen a pu nous avertir du péril imminent. « Je n’ai jamais banalisé le Front National. Il y a un tandem d’extrême droite que je combats » a-t-il précisé en associant Éric Zemmour à la patronne du Rassemblement national. Sermonnant le parterre de journalistes qui brandissaient des micros dans sa direction, il a poursuivi, sans pourtant céder à la peur et évoquant plus particulièrement Marine Le Pen : « Collectivement, j’ai moins entendu dire qu’elle était d’extrême droite. Il y a vingt ans, les médias que vous étiez disaient : « C’est terrible : Front républicain. » Les forces politiques républicaines disaient : « Jamais. » Il n’y a plus cette réaction-là. » Poursuivant sa diatribe, il a ajouté : « Les gens l’ont banalisée, ont détourné le regard, ont dit : « c’est plus sympathique… »
Lors de cet échange avec la presse, nous n’avons pu nous empêcher de voir en Emmanuel Macron, Bérenger, l’un des personnages de la pièce qui résistera jusqu’au bout à la rhinocérite alors qu’il converse avec Dudard, autre protagoniste dans lequel on reconnaîtra aisément les Français et les journalistes, sourds au bruit des bottes et préférant le silence des pantoufles. Jugez plutôt :
BÉRENGER
Je ne vois qu’eux. Vous allez dire que c’est morbide de ma part.
DUDARD
Ils ne vous attaquent pas. Si on les laisse tranquilles, ils vous ignorent. Dans le fonds, ils ne sont pas méchants. Il y a même chez eux une certaine innocence naturelle, oui ; de la candeur. D’ailleurs, j’ai parcouru moi-même, à pied, toute l’avenue pour venir chez vous. Vous voyez, je suis sain et sauf, je n’ai eu aucun ennui.
Interrogé enfin sur le risque d’une victoire de Marine Le Pen notre vaillant petit président a ajouté : « Je vais me battre pour convaincre plus de Français qu’il y a cinq ans au premier tour et encore davantage au second tour. » Et là, nous avons vu notre comédien, seul sur scène, juste avant le tomber de rideau de la pièce de Ionesco, toujours en Bérenger : « Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixéesles têtes des rhinocéros, tout en criant) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »
L’île communiste est incapable de surmonter la crise du Covid qui l’a privée de sa ressource vitale, le tourisme, et sa population survit avec une monnaie de singe. Mais la dictature se porte bien : entre deux répressions, elle glorifie la mémoire de Fidel et bâtit des tours dans une capitale en ruine.
Ce jour-là, le successeur de Hugo Chavez, Nicolas Maduro, satrape vénézuélien de la « révolution bolivarienne », se devait d’être à La Havane. C’était le 25 novembre dernier. À l’occasion du cinquième anniversaire de la mort de Fidel, l’actuel président cubain, Miguel Diaz-Canel, apparatchik falot et inamovible, inaugurait en grande pompe, flanqué du cacochyme frangin Raul Castro, le « Centro Fidel Castro Ruz ». Un véritable lieu de culte implanté dans l’ancienne demeure de l’aristocrate Leila Hidalgo de Conil, héritière d’une famille de grands banquiers catalans partis en exil à temps, en 1958.
Depuis les émeutes de juillet 2021, suivies en novembre par une vague de protestations, le régime est aux abois.
Le site occupe deux pâtés de maisons au cœur du quartier du Vedado, l’équivalent du 16e arrondissement de Paris : rien n’est trop chic pour célébrer la mémoire d’El Comandante. Après quatre ans de travaux et un budget illimité, la bannière de la Révolution flotte sur cet hôtel particulier qui a retrouvé son lustre d’antan. Blanchi et récuré, il abrite un musée high-tech, parcours immersif interactif bardé d’écrans tactiles et semé de pieuses reliques : nippes supposément portées par le guerrillero ; médailles rutilantes ; cadeaux officiels rapportés des aimables Union soviétique, Corée du Nord, Chine, Vietnam et autres paradis du socialisme ; maquette du Granma, le yacht mythique de l’expédition conduite en 1956 contre le dictateur Batista… Des murs opaques de la dernière salle, chapelle votive proprement spectrale, sourdent soudain, pour l’édification du pèlerin, serties dans des écrans plats comme autant de pieuses apparitions, les voix et les visages de célébrités idolâtres (de l’autocrate Hugo Chavez à l’écrivain Garcia Marquez). Du mardi au samedi officient dans ce sanctuaire une noria de prêtresses tirées à quatre épingles. La visite gratuite ne se fait que sous bonne garde, sur réservation, et non sans avoir montré patte blanche. Le sépulcre tape-à-l’œil baigne dans un immense jardin botanique où fleurissent des essences tropicales, et dans lequel est plantée une œuvre contemporaine : une miteuse pyramide censée symboliser l’esprit éternel de Fidel. Malgré cette débauche de moyens et de bon goût, les Cubains ne se bousculent pas au portillon (ultrasécurisé) de ce cénotaphe.
Il est vrai qu’au pays des pénuries et des queues de huit heures pour se procurer le moindre produit de base (du blanc de poulet au paquet de lessive), l’obsession commémorative du régime ne fait qu’ajouter à l’accablement général.
Crise profonde
Sous l’effet de la bombe Covid, le tourisme s’est brutalement effondré, comme partout ailleurs. Reste qu’en France, première destination mondiale, le tourisme à son plus haut niveau ne représente que 15 % du PIB. À Cuba, c’est au bas mot 80 % ! Sans touristes, l’île caribéenne qui vit sous perfusion depuis soixante-dix ans est plus que jamais à sec. Au point que le pays importe aujourd’hui 85 % de sa nourriture – en grande partie des États-Unis. Ressource vitale au fil des ans, le tourisme finançait, en outre, la restauration du patrimoine architectural du centre historique de la capitale, via une dîme sur la rente hôtelière ingénieusement ourdie par le regretté Eusebio Leal, historiador de La Havane.
Or, en ce début 2022, la plupart des grands hôtels ont provisoirement mis la clef sous la porte, tel le mythique Riviera, ultime relique encore dans son jus du boom immobilier porté par la mafia états-unienne au tournant des années 1950, ainsi que son voisin mal au point, le Melia Cohiba, sobre tour en forme d’accordéon portant la signature des années 1980 et en rénovation depuis plus de trois ans ! C’est aussi le cas du Paseo del Prado, pépite du groupe Accor inaugurée peu avant la pandémie, qui dresse sa vaniteuse silhouette hors d’échelle sur la célèbre promenade balnéaire du Malecon, face aux pierres multiséculaires de la forteresse coloniale. L’un des rares établissements encore ouverts est le Manzana, un palace hors de prix qui proscrit le cash et ne sourit qu’aux cartes de crédit. Fleuron de la chaîne Kempinski, ce clapier clinquant prisé des Russes a nidifié dans la friche urbaine d’un grand magasin à l’abandon, le Manzana de Gomez. Piscine à débordement, terrasse sommitale à la vue imprenable, table gastro-panoramique… on est ici hors-sol et entre happy few. Restent quelques adresses déclassées, tel l’Inglaterra, hôtel hors d’âge jadis réputé, situé sur le Parque Central, à deux pas de l’opéra – lui-même fermé. La scène lyrique a été rebaptisée « Alicia Alonso », du nom de la chorégraphe du Ballet national morte en 2019, aveugle, centenaire et statufiée : à La Havane, dans le désert du présent, la mémoire officielle tient lieu d’avenir.
Un paradoxe s’impose dans ce paysage désolé : financées sur fonds cubains en toute opacité via GAE S.A. – puissant consortium aux mains des forces armées – deux gigantesques opérations immobilières sont en passe de défigurer définitivement La Havane. L’une, à l’orée de la calle 23, principale artère reliant le Vedado à l’ex-quartier huppé de Playa, est actuellement un chantier en activité nuit et jour et sept jours sur sept. On voit déjà se dresser, au cœur d’un échafaudage arachnéen d’une hauteur babélienne, la promesse redoutable de deux blocs de béton, dont le volume écrase le bâti alentour. L’autre, en voie d’achèvement, est une double tour de facture inexpiable qui polluera à jamais ce Malecon emblématique qui sinue le long du littoral sur une dizaine de kilomètres.
Ainsi, quand se construisent à marche forcée ces mastodontes à la rentabilité improbable, la ville, inexorablement, tombe en ruine. Le marché privé, à vocation strictement domestique (à moins d’être marié à un ressortissant cubain, aucun étranger n’a le droit d’acheter un bien immobilier) tourne à vide : faute d’investisseurs, de proprios solvables et de matériaux disponibles. Les logements n’en finissent pas de se dégrader et le prix des locations explose, surtout celles consenties aux guajiros, comme on appelle ici les provinciaux venus chercher à La Havane, en toute illégalité, un travail introuvable.
En 2022, un quartier comme Centro Habana – autrefois poumon commercial de la ville –semble avoir essuyé un bombardement. Le jour, au pied de ses façades décrépies, les rues sont bondées (port du masque obligatoire sous peine d’amende) et la circulation est intense. Roulent les almendrones, ces voitures américaines reconverties en taxis collectifs qu’on appelait encore il y a peu taxis de diez pesos, en référence au prix de la course, et maintenant ces taxis ruteros, camionnettes jaunes à douze places que les Havanais surnomment gazelas, « gazelles », sans doute parce qu’elles se font moins attendre que les guaguas, ces bus antédiluviens, erratiques et bondés…. Mais dès la nuit tombée, la cité des chats errants, des colonnades en stuc, des antiques berlines américaines et des odeurs d’essence frelatée n’est plus, sous sa moiteur torpide, qu’un réseau amorti d’artères désertées.
À l’aune du revenu cubain, vivre dans la capitale coûte de plus en plus cher. L’inflation galope. Depuis les émeutes de juillet 2021, suivies en novembre dernier par une vague de protestation initialement portée par les artistes du mouvement dit « San Isidro » (du nom d’un quartier de La Havane), le régime est aux abois. Au slogan usé jusqu’à la corde : « Socialismo o muerte », répond désormais le cri de « Patria y vida », une chanson de rap devenue hymne de résistance. Elle est relayée d’un bout à l’autre de Cuba par la puissance des réseaux sociaux. Si la répression policière a réussi à imposer à La Havane un calme précaire, celui-ci masque mal la fragilité d’une dictature secrètement honnie par la jeunesse.
Monnaie de singe
Cerise sur le gâteau, cette nouvelle usine à gaz : tandis que le Covid mettait la planète à l’arrêt, le pouvoir a supprimé la double monnaie en usage depuis 1994. Jusque-là, il y avait d’un côté le CUC (peso cubain convertible), à taux de change fixe surtaxé de 10 % par rapport au dollar, source de précieuses devises illico captées par l’État (dans les magasins achalandés, on ne payait qu’en CUC) ; de l’autre le peso, la monnaie du pauvre en somme, avec laquelle le Cubain de base percevait son salaire ou sa retraite (dérisoires). Début 2020, changement de braquet : fini le CUC, vive le peso, et la moneda nacional devient le CUP. Officiellement, en février 2022, cette monnaie de singe non exportable s’échange à moins de 30 CUP pour 1 euro. Mais au marché noir, on vous en donne 90 ! Résultat, le change se fait dans la rue, jamais dans les banques. Pourquoi cette course aux devises ? C’est que, non sans cynisme, le pouvoir a plaqué sur ce système une belle arnaque : désormais, les fameuses tiendas panamericanas, ces magasins de l’indispensable (huile, riz, café, poulet, œufs, etc.) où l’on payait naguère en cash et en CUC, n’acceptent plus l’actuel CUP ! Dans ces enceintes ne pénètrent donc qu’une minorité de privilégiés : les détenteurs de l’incontournable carte bancaire à usage exclusivement cubain, baptisée sans rire Tarjeta en Moneda libremente convertible (MLC), « carte en monnaie librement convertible » (sic), qu’il n’est permis d’alimenter qu’en devises fortes, comme l’euro ou le dollar ! Les millions d’autochtones qui n’ont pas la chance de recevoir des remesas, ces virements de l’étranger importés via leur parentèle en exil, regardent donc ces magasins ordinaires comme des boutiques réservées aux riches. Pour se nourrir, la grande masse est vouée aux interminables files d’attente. Et aux bodegas, ces souffreteuses épiceries de quartiers où, via la libreta, immortel carnet de rationnement alimentaire né avec la Révolution, on obtient en portion congrue les denrées de base qui trompent la faim. Deux mots reviennent sans cesse à la bouche : se acabo, no hay, « c’est fini, il n’y en a plus ».
Peu avare de paradoxes, La Havane développe en parallèle une économie « ubérisée ». Témoin, la start-up Mandao, entreprise de livraison alimentaire à domicile, à laquelle la crise sanitaire a offert l’opportunité d’un développement foudroyant. De souche cubaine, le boss réside à Miami ; sa boîte est pourtant domiciliée sur l’île. Dans une casa particular du Vedado, maison huppée vouée, en période normale, à la location touristique haut de gamme, s’affairent chaque jour un régiment de vendeurs connectés et des estafettes de livreurs en deux-roues. Sur ce modèle, Pa mi casa, ou Un dos postres ont également le vent en poupe. C’est qu’il faut bien servir, outre cette minorité de particuliers solvables, les quelques restaurants hype encore ouverts : de fait, il n’est pas rare qu’il faille réserver la veille pour dîner au H&M, à la Bodega, à Casamia ou au San Cristobal. Autant d’adresses prisées des habitués cosmopolites d’une capitale qui, dans ses marges, n’a pas totalement renoncé à la douceur de vivre…
À deux pas du Palais des conventions, où la Révolution tient ses assises, en ce lointain quartier sécurisé de Cubanacan peuplé de ces pharaoniques villas qu’ont abandonnées les milliardaires à l’orée des années 1960, et que louent aujourd’hui à prix d’or les plénipotentiaires du globe, réside le président Diaz-Canel. La vraie Havane est décidément bien loin de chez lui.
À voir
Centro Fidel Castro Ruz, Calle 11 n° 707, entre Paseo y A. Vedado, La Havane, Cuba.
Du mardi au samedi, en principe de 9 h à 17 h, le dimanche jusqu’à 14 h. Conseil : vérifiez une fois sur place !
« Cette ville est rieuse, amoureuse, fraîche, fleurie, parfumée mieux que toutes les autres villes au monde », s’enflammait Honoré de Balzac au sujet de Tours, sa ville natale, dans sa nouvelle L’Apostrophe. En parlerait-il avec une telle légèreté aujourd’hui ?
Dans la ville de Tours, il y a un marché. Sur ce marché, des militants politiques tractent. Dans tous les marchés, il en est ainsi. On prend un tract, on s’arrête et on discute. On est d’accord, on n’est pas d’accord, on débat parfois. Et si on n’a pas la tête à ça, qu’on pense à la cuisson du gigot du midi ou à la belle qui nous attend sous les draps, on décline poliment et on file.
Ça, c’est pour ceux qui en ont un minimum dans la cervelle, pas pour ceux qui se sentent offensés par la présence d’un petit vieux d’1m60 ou 1m65 en train de tracter pour Eric Zemmour devant un étal de vaisselle. Et voilà ce que ça a donné dimanche matin, boulevard Béranger à Tours, pendant la Foire au troc.
Ça vous indigne ? Mettez-vous donc à la place de notre antifa. La présence d’idées autres que les siennes – si tant est qu’il en ait réellement – est vécue comme une agression. On ne parle pas de n’importe quelles idées, on parle de celles d’Eric Zemmour. Nosferatu ! Celui présenté depuis des mois comme le diable, l’antéchrist tout droit sorti des flammes. Dès lors, pourquoi notre antifa se fatiguerait-il à réfléchir. Taillé comme un colosse face à un nain âgé, il lui est bien plus facile de cogner.
Il beugle, le bougre. Il beugle qu’il n’aime ni les fachos, ni « les racistes ». Autour de lui, les promeneurs sont médusés. La scène est tellement grotesque… Et pourtant, notre antifa est déjà en train de cracher à la gueule du petit vieux.
Jusqu’à ce que la femme à la mèche violette m’arrache violemment mon téléphone, avant de me bousculer sérieusement ! La lâcheté de l’agressivité gratuite de l’extrême gauche, l’intolérance à l’état pur, le rejet du dialogue, la volonté d’intimider, le mépris des crachats… pic.twitter.com/b9SHTHxWiP
« On est en démocratie ! », lui rappelle une dame révoltée. Rien n’y fait, notre antifa s’en fout. Il traite les autres de « racistes » et s’en va d’un pas lourd. « Tirez-vous ! », dit-il en partant, escorté par une drôle de demoiselle aux cheveux roses.
Nous avons subit une agression cet après-midi. Il y en a marre. C’est tous les jours. On ne peut s’exprimer librement sans subir de violences. Mais mes chers amis, il faut continuer le combat et ne pas se laisser abattre. #Zemmour#agression@GenerationZ_CVLpic.twitter.com/62kH6GKWhM
Balzac nous aurait-il décrit la scène ? Peut-être. À défaut, la scène a été popularisée par Twitter. Sur son compte, Eric Zemmour a promis de « rendre justice à cet honnête homme » (celui qui tracte) par la force de l’isoloir. L’avocat Gilles-William Goldnadel, qui en perd son français, a proposé ses services d’avocat à titre gracieux. Quant au reste des internautes, une flopée, ils y voient, évidemment, une raison de plus pour voter pour leur champion.
La lâcheté a le visage de cette immonde barbu . Il ne fera pourtant l’objet d’aucune réprobation des gardiens du temple de la morale médiatique . Écœurement total . https://t.co/rORwyO19Jh
Au sein de cet océan d’indignation, Idriss Sihamedi, activiste musulman à temps plein sur Twitter et fondateur de Baraka City, association humanitaire islamiste dissoute par Gérald Darmanin, il a cru bon de tenter un peu d’humour. « Je condamne avec la plus grande fermeté les jets de papiers par terre et toute forme de pollution », a-t-il écrit. Et Monsieur Sihamedi de supprimer son message une heure plus tard…
À la suite de cette agression, le petit vieux et deux autres militants ont porté plainte. Ce haut fait d’armes de l’antifascisme s’ajoute à une longue série d’agressions de militants et de colleurs d’affiches de “Reconquête !”. La plus choquante fut celle de huit adolescents aspergés à l’essence dans l’Essonne à la fin du mois de mars. Depuis, il y a eu notamment celle-ci, sur le parvis de La Défense :
— Fdesouche.com est une revue de presse (@F_Desouche) March 31, 2022
Doit-on partager les idées d’Eric Zemmour pour dénoncer ce type d’agression ? Absolument pas. Or, hormis pour celle des militants aspergés d’essence, le monde médiatique traîne des pieds pour le faire. J’entends d’ici la musique du « ils l’ont quand même un peu cherché »… Il l’ont quand même un peu cherché, ça ne vous rappelle rien ? Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est ce qui a envoyé l’équipe de Charlie Hebdo se faire fusiller. Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est tout le contraire du fameux « je suis Charlie ». Ils l’ont quand même un peu cherché, c’est ce qui nous pousse dans la gueule de l’obscurantisme. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Cette citation est faussement attribuée à Voltaire, elle n’en demeure pas moins essentielle à notre démocratie. Que cela nous plaise ou non, elle doit s’appliquer à Eric Zemmour et à ses militants. Le silence autour de ces agressions, c’est un pas de plus vers l’affaissement de notre démocratie.
Vous considériez que la justice française était déjà trop laxiste ? Vous ne supportiez pas les remises de peine dont bénéficient de nombreux délinquants ? Vous allez adorer le nouveau projet du gouvernement…
Le lundi 14 mars, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, et le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, étaient en déplacement à la maison d’arrêt d’Aix-Luynes dans les Bouches-du-Rhône, pour lancer un projet qui vise à favoriser l’accès à la culture des prisonniers : un « Goncourt des détenus » ! L’académie Goncourt sélectionnera 15 ouvrages, qui seront lus par les détenus de 30 établissements pénitentiaires. La sélection des ouvrages aura lieu le 6 septembre, et le 15 décembre le nom du lauréat sera dévoilé.
Dupond-Moretti contre le soi-disant “tout-carcéral”
Faire en sorte que les détenus s’intéressent à la littérature pour mieux se « réinsérer dans le corps social » (pour reprendre les mots du garde des Sceaux), que penser de l’initiative ? Lorsque Bachelot et Dupond-Moretti décident de travailler ensemble, on peut légitimement s’attendre au pire. La boomeuse et le gauchiste : comment ne pas être circonspect devant ce tandem venu tout droit du royaume d’Hadès ? Mais à première vue, cette nouvelle initiative ne peut pas faire de mal. Bachelot a précisé que ce projet avait pour objectif de « rapprocher deux mondes considérés à tort comme éloignés, celui de la création littéraire et celui de l’univers carcéral ». On aimerait toutefois que le gouvernement s’échine autant à rapprocher deux mondes considérés à raison comme éloignés, l’espace public et la tranquillité !
Le secrétaire général de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, semble partager la même idéologie que Dupond-Moretti, car il nous explique que « la France est un pays qui incarcère trop ». L’actualité très récente lui donne raison. Le djihadiste camerounais qui a tué Yvan Colonna, passé par l’Afghanistan et les geôles américaines [1], devait sortir de prison fin 2023. S’il avait été libéré encore plus tôt, le « berger de Cargèse » serait toujours parmi nous !
Prison mentale
Acquitator a enfin avancé l’idée que la participation à des activités culturelles en prison pourrait favoriser des réductions de peines. Ce n’est pas la première fois que notre garde des Sceaux récidive sur le sujet : pour le gouvernement, tous les moyens semblent bons pour incarcérer le moins possible et pour libérer le plus vite possible. Et on trouve encore des idiots (ou des salauds) pour parler du « tout carcéral » ?
Pour légitimer et défendre le projet, Roselyne Bachelot a tenu à citer une des phrases les plus célèbres de l’exilé de Jersey et auteur des Misérables : « Quand on ouvre une bibliothèque, on ferme une prison ». Seulement, selon l’Observatoire de la lecture publique, on compte plus de 8000 bibliothèques en France pour seulement 188 établissements pénitentiaires. Combien de bibliothèques faudra-t-il encore ouvrir ?
[1]Libération, Franck Elong Abé, l’islamiste suspecté de l’assassinat d’Yvan Colonna: «Une personne froide et isolée», 22 mars 2022
Beaucoup d’électeurs craignent de mettre un bulletin Éric Zemmour ou Marine Le Pen dans l’urne, de peur que les territoires perdus islamisés s’embrasent
Si l’un des candidats de la droite était élu et mettait à exécution son plan pour rétablir l’état de droit dans les banlieues, certains pensent qu’il pourrait y avoir une révolte de ces mêmes banlieues, ou même une forme de guerre civile. Mais nous mettons-nous dans la tête de ces caïds et de ces prêcheurs radicaux ?
De nombreuses personnes pensaient jusque récemment qu’Eric Zemmour et Marine Le Pen avaient raison de vouloir combattre l’islam conquérant, mais qu’« on ne peut pas le dire » ou « qu’on ne pourra pas le faire »…
Ainsi, pour le compte du système oligarchique, qui utilise ce même levier depuis quarante ans, la banlieue islamisée exerce toujours son chantage sur des classes bourgeoises terrorisées. Beaucoup de gens pensent avoir compris d’où vient le problème, mais si on en parle, ça va péter. Il ne faut pas aborder cette question. C’est l’une des raisons de leur réticence, par exemple, à voter Zemmour… Raison de plus pour briser le tabou !
En réalité, le chantage n’existe que parce qu’il n’y a pas de volonté politique pour y résister. En effet, à supposer que la victoire d’un Éric Zemmour ou d’une Marine Le Pen se produise, et qu’un scénario soit envisagé d’une révolte généralisée des banlieues, quelles seraient les forces en présence ?
Actuellement, les forces de l’ordre hésitent à avoir recours à la force, parce qu’elles ne se sentent pas soutenues par le gouvernement
D’un côté, une police et des forces armées avec peu de moyens, mais bien organisées, aujourd’hui rendues impuissantes, en grande partie à cause de la contrainte exacerbée des règles d’engagement. Il est ainsi incroyable que la policière sortie en feu de sa voiture à Viry-Châtillon ne se soit même pas servie de son arme contre les gangsters qui l’entouraient et l’insultaient. Tout se passe comme si, trop souvent, les forces de l’ordre servaient aujourd’hui plutôt d’alibi pour couvrir l’impunité des banlieues que de moyens pour maintenir l’ordre.
De l’autre, des caïds, et des forces islamiques politisées, pas vraiment mis à mal par le « système », selon ce dont chacun peut juger. Tout se passe, là aussi, comme s’il existait une sorte de pacte implicite avec le pouvoir : « Vous nous gardez sous votre coupe les populations et les gamins, on vous laisse faire vos prêches et vos trafics » [1].
Aujourd’hui, il est vrai qu’on n’arrête pas beaucoup les imams « toxiques » ni les grands caïds, mais on en connaît avec précision la liste et les activités. Si demain, une telle « guerre des banlieues » devait avoir lieu, il suffirait d’un ordre, et sans doute d’une juridiction spéciale permettant de les juger plus vite et avec plus de sévérité, pour en attraper très vite la plupart. Surtout, la menace d’une déchéance de nationalité, avec une volonté politique forte de renvoyer tout ce monde « au bled », tout cela garanti par un referendum préalable [2], confirmant par la voie populaire que le temps de l’impunité est terminé, serait probablement susceptible de calmer pas mal de monde.
Les trafiquants n’auraient pas intérêt à prendre les armes
Car dans ces conditions, quel intérêt à prendre les armes ? Pour ces trafiquants, religieux et civils, la France est un pays de cocagne [3], où l’anomie est telle, par rapport à d’autres pays, et d’abord à leurs pays d’origine, que tout devrait être fait pour y rester… Pas une seconde on ne pourrait concevoir que ces privilégiés qui vivent très bien des revenus du trafic ou de subventions de pays islamiques, et qui sont plutôt bien traités par le pouvoir au regard de leur dangerosité, ne mettraient en cause leur fortune et leur position pour le gain très hypothétique de faire chuter la République. On peut penser qu’ils feraient plutôt profil bas, en attendant de voir ce qui se passe.
De plus, les combats pour leurs « droits » supposés, au-delà de ce que leur inculquent des associations ou des avocats politisés, ne sont pas, pour eux, fondamentaux. C’est la mentalité occidentale, imprégnée de christianisme, qui prône la dignité individuelle, la conviction personnelle ou les droits de l’homme. Le proverbe arabe ne dit pas « La vérité vous rendra libres », mais « La main que tu ne peux couper, baise-la ». Taqiya, oui, affrontement direct, à quoi bon ?
Le vrai danger existe au niveau des petits caïds
Là où un risque existerait, c’est au niveau des petites frappes, les têtes brûlées sans cervelle, les adeptes du rodéo urbain, les petits voleurs jamais condamnés. On peut penser qu’ils auraient envie de se faire plaisir, de faire monter l’adrénaline, en se « payant » une brigade de la BAC ou un commissariat. Mais le risque pour leurs chefs de quartier, les « parrains » civils et religieux, seraient tels que des injonctions extrêmement fortes seraient probablement données pour les faire tenir tranquilles. De même, ils auraient aussi, au-dessus de leur tête, l’épée de Damoclès de la déchéance de nationalité et de l’expulsion, pour les modérer.
Que faire des populations ?
Une fois qu’on a dit ça, on n’a pas tout réglé, et surtout pas le cœur du problème : qu’est-ce qu’on fait des populations et des gamins une fois qu’on a expulsé les « parrains », la « manne » de la drogue et les islamistes ? Un plan d’intégration des banlieues très sérieux serait à concevoir, puis à mettre en œuvre [4]. Mais nous croyons avoir montré qu’une explosion sociale des quartiers, en cas de victoire d’un candidat anti-islamiste, ne serait pas si certaine. Si guerre il y avait, elle serait sans doute, du moins dans un premier temps, souterraine, larvée, et c’est le pouvoir qui aurait l’initiative, alors qu’aujourd’hui, il est « dans les cordes », et chaque jour qui passe le rapproche du KO.
Par contre, on peut très légitimement se poser la question inverse. Au cas où les candidats qui veulent véritablement prendre le taureau par les cornes concernant la question de l’immigration et des quartiers soient écartés, comment cela pourrait-il être perçu par les caïds et les forces politiques islamistes, autrement que par une démission de plus du pouvoir, et une victoire à la Sun Tzu, uniquement par la pression psychologique et la peur, sans même avoir combattu ?
Supposons que lors d’une guerre, face à l’ennemi, nous décidions de licencier nos meilleurs généraux et de jeter nos armes, que pensons-nous que serait la réaction d’en face ? Celle de nous dire « Embrassons-nous, mes frères ! », ou celle de se dire « C’est gagné. On va se payer du bon temps ! ». De même, à supposer que le système politique français, emmené par les oligarchies mondialistes et la presse de gauche, parvienne à torpiller lui-même les candidats qui veulent combattre le cancer des banlieues, quelles leçons pense-t-on qu’elles en tireront ? Se diront-elles « ils sont trop sympa. On va rentrer dans le rang » ou bien « ils se suicident. Ils sont trop stupides. Par ici la bonne soupe ! » ? Est-ce que l’hybris de leurs chefs baissera ou au contraire augmentera ? Pense-t-on qu’ils n’auront pas envie de « mettre le paquet » sur les policiers, les commissariats, les élus et même les citoyens eux-mêmes, pour asseoir plus durablement leur pouvoir ? Quand pensons-nous que nous aurons plutôt la guerre civile, avec Zemmour ou sans lui ?
La faiblesse et la peur sont toujours les prémices de la guerre. Comme l’a dit récemment une petite frappe lyonnaise à l’un de mes fils « Wallah, on s’en balek de tes conneries. Demain on débaptisera toutes vos rues ». Il s’y croit déjà. Et demain ?
[1] Politiquement, un tel pacte a du sens parce qu’il évite à l’État, s’il débarrasse les banlieues des deux fléaux du trafic et de l’islamisme, de devoir prendre en charge les populations. Une thèse confirmée par des entretiens en privé avec des policiers amis.
[2] Proposition faite par le candidat Zemmour, et abandonnée par Marine Le Pen.
[3] En France, le trafic de drogue représente un « marché » de 2,7 milliards d’euros par an.
[4] La formation professionnelle devrait y avoir une grande place.
Samedi, le président sortant, candidat à sa réélection dimanche prochain, réunissait ses soutiens à la Défense. Tant sur le fond que sur la forme, son discours annonçait la poursuite d’une politique ultra-progressiste et « disruptive » pour les cinq prochaines années.
Il lui a fallu, finalement, descendre, dans l’arène, à cause de Marine le Pen, de « l’extrême droite » et de la courbe des sondages. Autrement, on l’aurait soupçonné de refuser de débattre. Et puis, il y a l’affaire McKinsey.
Cinq ans de plus, pour quoi faire ?
Le discours fut décousu, répétitif. Sans la guerre en Ukraine, le candidat était-il dépaysé ? Croyait-il à sa baraka ou n’avait-il pas travaillé son discours, pensant que son apparition dans la salle obscure suffisait ? En tout cas, jamais le président ne nous avait habitués à pareil délire, au sens étymologique : qui sort de son sillon. Et revêtir son habit de lumière pour une scène avec fumigènes et projections n’a pas suffi à créer de la magie malgré les drapeaux et la répétition de « mes amis. » Loin de la partition de la cour du Louvre, de la Sorbonne, de Versailles, on était loin, également, du flûtiste de Hamelin conjurant les peurs extrémistes. Ce fut punk. Et l’électrochoc attendu n’a pas eu lieu.
Un nouveau quinquennat, disait-on ? Pour quoi faire ? Des progrès, pardi ! Bilan, projet, tout devait être présenté avec clarté, et enthousiasmant. Work in progress !
Chaque parole était coupée d’applaudissements dans une salle surchauffée. Par quel bout commencer ? Le candidat avait tout mis dans un sac, secoué et jeté les confettis sur la salle. A chaque interrogation pour un projet participatif, une réponse ajustée, « nous l’avons fait » en parcourant la salle à grands pas. Le bilan 2017-2022 ? Economie, société, éducation, sécurité, valeurs ? « Nous l’avons fait » ! La PMA pour toutes, vous la vouliez ! « Nous l’avons faite ! » Shocking ! La protection contre la pandémie ? « Nous l’avons faite ! » L’horizon 2022 ? Nous le ferons ! Plus haut, plus loin, plus fort ! Voyez les drapeaux européen et français dont tremblent d’espoir les étoiles ! Ma France ? Jamais sans l’Europe ! L’Europe ? Toujours, avec ma France ! Avec ses valeurs, l’égalité des sexes, l’intelligence artificielle, notre culture, l’humanisme, la non-discrimination, le pouvoir d’achat, notre ouverture (le contraire du racorni, du rance, du moisi), l’écologie, notre gastronomie… la laïcité, vive le Ramadan ! J’oublie le Carême ? Le candidat regarde les preux du premier rang — Ferrand, Bayrou, Pompili— qui se regardent les uns les autres pour vérifier qu’ils ne rêvent pas. Et que tout le monde applaudit.
Peur surjouée
Tout cela aurait été jouissif en un autre temps, dans d’autres circonstances. Le discours n’en finit pas. Comment finir, justement ? L’appel à la salle, avec l’anaphore, pardi ! Mais, d’abord, une inquiétude. Vous croyez que tout ce que je vous dis est acquis ? Que nenni ! Frisson dans les premiers rangs. Il faut lutter partout et toujours ! L’appel au combat arrive, enfin, de loin venu dans la gorge. Vous voulez une France forte ? Oui ! Qui protège ! Oui ! Alors, rejoignez-moi ! Oui ! Oui ! Oui !
On était loin, ce soir, de l’exaltation messianique de 2017. Arpenter la scène ne suffit pas, les amis. Le président avait voulu, dit-on, « un contact charnel » avec le peuple. La Marseillaise résonna, chantée, les yeux fermés, sourire aux lèvres. On pensait au tableau du Caravage : Narcisse se mirant dans l’eau.
Un nouveau volume de la Pléiade nous propose cette saison de revenir sur des livres majeurs de Philip Roth, période autofiction…
Le romancier américain Philip Roth (1933-2018) est réputé pour avoir développé une œuvre littéraire en dehors des préjugés courants.
En 1969, quand il publie La Plainte de Portnoy, son premier grand succès, il doit subir les reproches outrés de la communauté juive dans laquelle il a été éduqué.
Roth conservera, durant toute sa carrière littéraire, cette liberté d’expression, qu’on pourrait définir aujourd’hui comme un « antiwokisme » de base, pour reprendre une expression courante, c’est-à-dire un art du « politiquement incorrect » qui tente de remettre l’homme à sa place originelle dans les rouages de la société.
Métamorphoses et simulacres
L’écrivain, à cette époque, parle de sa personne de manière parfaitement réflexive, et presque « narcissique », comme le diraient ses détracteurs. Vous y trouverez d’abord la trilogie Zuckerman enchaîné (comprenant L’Écrivain fantôme, Zuckerman délivré et La Leçon d’anatomie) suivie d’un épilogue (L’Orgie de Prague) ; puis le très fameux La Contrevie, l’un des sommets de l’œuvre ; et enfin une autre trilogie autobiographique, composée des Faits, de Tromperie (récemment adapté au cinéma par Arnaud Desplechin) et de l’émouvant Patrimoine, sur la mort de son père. Un bel ensemble dans lequel Philip Roth s’expose au premier plan, s’affublant de divers masques, et réservant au personnage de Zuckerman, son double transparent et fantasmé, les métamorphoses et les simulacres les plus extravagants.
Les amateurs de Philip Roth, bien sûr, auront déjà lu tous ces livres, qui appartiennent aux années 1979-1991, et qui ont tous été traduits en français à l’époque. L’intérêt d’une Pléiade, néanmoins, est de proposer un appareil critique détaillé, afin de guider la lecture dans tel ou tel sens, et, sans doute, de mettre en valeur l’auteur. Autrefois, Roland Barthes avait annoncé la « mort de l’auteur ». C’était un peu prématuré, surtout lorsqu’on tombe ensuite sur les romans d’un Philip Roth. Certes, une certaine ambiguïté demeure, prévisible avec ce romancier, qui était capable des plus grandes prouesses stylistiques.
Comme le dit Philippe Jaworski dans son introduction : « l’écrivain a utilisé les moyens de son art (le style) pour brouiller les frontières ontologiques qui séparent les trois acteurs du jeu littéraire : l’auteur, son personnage et le lecteur ».
Le théâtre du « moi »
Le titre même de La Contrevie, par exemple,exprime cette difficulté dont Roth essaie de venir à bout. Il s’agit sans conteste d’une « expérimentation » autour du « je » de l’auteur, expérimentation centrale dans laquelle celui-ci se perd pour mieux se retrouver, sans du reste y parvenir toujours complètement. Bref, une « métafiction », au sens le plus radical du terme, auprès de laquelle bon nombre d’autofictions littéraires actuelles paraîtront trop sages. Les Faux-monnayeurs de Gide pourraient en être l’ancêtre lointain. La notice de La Contrevie explique ainsi que Philip Roth tente, dans ce roman, « d’interroger la nature d’un réel qu’il conçoit comme éminemment instable, chaotique et mouvant, toujours rétif à l’emprise des mots. » Nous sommes ici sur une véritable scène théâtrale, où souffle un ouragan. Philip Roth écrit dans un passage de La Contrevie : « Je suis un théâtre et rien d’autre qu’un théâtre. »
Et donc, tout finit mal, dans la solitude et l’échec. Philip Roth est un romancier qui perçoit, derrière les apparences trompeuses du réel, l’envers du décor. Le fait qu’il soit juif souligne peut-être cette tendance pessimiste. C’est un mérite des notices de cette Pléiade de le montrer, même si Roth ne s’étend pas sur le sujet. Mais le thème est là, secret, presque par défaut. « Les ellipses et les fractures du récit, nous dit la notice de L’Orgie de Prague, renvoient à l’impossibilité de pleinement comprendre, reconstruire ou transmettre le texte de la Shoah, cet événement qui, nous l’avons vu à propos des romans qui précèdent, constitue la matrice même de l’invention, la source de l’impulsion narrative, le centre de silence et d’absence où l’ensemble de la trilogie puise son dynamisme et son sens. » Et dans ce contexte, l’écrit demeure le seul espoir contre la dispersion et l’oubli définitif.
Sous la tête du cheval
J’ai bien sûr un faible pour les pages de L’Écrivain fantôme dans lesquelles Roth ressuscite, durant un instant magique, Anne Frank sous les traits de la ravissante et très brillante Amy Bellette. Dans ce roman d’initiation, on s’en souvient, le jeune Zuckerman rend visite au « grand prêtre de la littérature juive américaine », qui pourrait ressembler à l’immense Bernard Malamud. Est-ce encore pour insister, d’une belle manière, sur le « tissu de fictions » dont la vie est faite ? Et puis, comment ne pas penser à la magnifique nouvelle du même Bernard Malamud, « Le cheval qui parle », dans laquelle, à la fin, lorsqu’on retire la tête du canasson, on trouve ‒ évidemment ‒ un être humain ?
Voilà donc un très beau volume de la Pléiade consacré à Roth, qui me semble encore plus réussi que le premier. Il rassemble des œuvres de la maturité, tout ce que Philip Roth a donné de meilleur. Lui aussi a ôté la tête du cheval, et en-dessous, croyez-moi, la surprise est toujours très belle et souvent très drôle ‒ car Roth, en plus, n’est jamais en panne d’humour.
Philip Roth, Romans et récits (1979-1991). Édition publiée sous la direction de Philippe Jaworski, avec la collaboration de Brigitte Félix, Aurélie Guillain et Paule Lévy. Éditions Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ».
Au dix-neuvième siècle, Boris Vian existait déjà et il s’appelait Charles Cros. Charles Cros (1842-1888) est mort relativement jeune et savait tout faire. Comme Vian, c’était un authentique scientifique qui a œuvré dans les télécommunications, au point d’imaginer un télégraphe pour communiquer avec les extra-terrestres. On lui doit aussi l’invention du phonographe même si, avec ce masochisme bien français, on feint de croire que c’est Edison le premier sur le coup. Assez logiquement, Cros est aussi un pionnier en littérature de science-fiction, une science-fiction qui a su développer ses propres thématiques jusqu’à Barjavel, indépendamment des maitres anglo-saxons.
Tout aussi logiquement, comme les vrais scientifiques, Cros était poète. Il arrive que son nom apparaisse encore dans les récitations à l’école primaire avec son célèbre « Hareng saur », petite merveille de virtuosité. Le poème que nous vous proposons reflète la même aisance rieuse et sensuelle.
Quelques pistes de réflexion sur l’avenir de la Sérénissime dans un brûlot signé Casanuova
Découvrir Venise après l’avoir rêvé dans les livres d’histoire est toujours un choc esthétique qui peut virer au cauchemar et à une forme aigue de misanthropie. Il suffit d’aller à Venise pour détester le genre humain. Parfois, je vous l’accorde, il n’est pas nécessaire d’aller si loin. La beauté du lieu résiste plus mal que bien aux assauts répétés du tourisme de masse et de la verroterie boutiquière. Ce qui devait s’annoncer comme un voyage hors du temps se transforme en allégorie d’une globalisation hideuse et gloutonne. Comme si la moindre parcelle de sérénité était irrémédiablement mangée, avalée par une folie commerciale sans fin, une course vers l’échafaud qui arrivera bientôt à son terme vu l’état avancé de décrépitude générale.
Mort programmée
Ce n’est plus qu’une question d’années. Sa mort semble programmée. Avant de me rendre dans la lagune, j’ai passé mes jeunes années à compulser un beau livre en langue italienne datant de 1977 du photographe vénitien Fulvio Roiter (1926-2016). Essere Venezia publié chez Magnus Edizioni trônait dans notre bibliothèque familiale comme le témoignage funeste d’une cité en voie de marchandisation totale. La bascule avait déjà commencé son long travail de sape.
Nous n’imaginions pas cependant que Venise sombrerait à ce point-là, dans la laideur et l’oppression touristiques, dans la gabegie institutionnalisée et l’effondrement moral. Plus âgé, je me souviens avoir lu Venise en hiver d’Emmanuel Roblès qui fut adapté à la télévision française sous une lumière crépusculaire assez réconfortante. La solitude qui s’emparait de l’héroïne du roman au contact de cette ville fantôme agissait tel un baume apaisant : « Elle se sentit intimement accordée à cette solitude, à cet univers sans présence humaine – à peine une ou deux silhouettes furtives sous les arcades des Procuraties – égarée dans les décors d’un théâtre, abandonnés, dépouillés de leurs dorures, lavés de leurs couleurs ».
Comment pourrait-on se retrouver seul face à soi-même aujourd’hui dans un endroit assailli d’incessantes propositions et d’images vulgaires ? Comment pourrait-on décemment aujourd’hui encore se laisser envahir par la mélancolie salvatrice de ces hôtels surnageant des eaux ? Que Venise ne soit plus en Italie et sous le feu des critiques n’est pas un thème nouveau. Sa lente décomposition est inscrite dans ses gênes. Et la littérature est remplie de constats tous plus alarmistes.
Venise, comme Carthage, doit être détruite
Si la pandémie n’a rien arrangé, elle a surtout permis de révéler au grand jour les limites d’un tourisme à outrance et l’étendue des dégâts. Un essayiste sous le nom caché de Casanuova vient d’écrire Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise, un pamphlet tonique et féroce aux éditions Exils. Il dresse un tableau implacable d’une fuite en avant, fruit de la médiocrité des élites locales et de l’appât du gain. A travers de courts chapitres, toujours très bien informé de la réalité et des chausse-trappes vénitiennes, l’auteur s’en donne à cœur joie. Il dézingue à tout-va. Il ose pointer du doigt les responsables. Il pousse l’analyse même très loin.
La lecture de ce brûlot est aussi instructive que vivifiante. Dès les premières pages, le dénommé Casanuova avertit : « Dans trente ans, peut-être moins, Venise n’existera plus. Vidée de ses habitants, envahie par les eaux, livrée, pour ce qu’il en restera, aux commerces minables. La Venise que nous avons connue et aimée ne sera plus qu’un souvenir ». Le naufrage de ce bateau ivre comme il se plaît à le nommer est la convergence d’intérêts financiers rapaces et d’un laisser-aller municipal suicidaire. Le lanceur d’alertes Casanuova s’insurge contre les édiles complices, les malversations, le blanchiment d’argent sale et tant d’autres dysfonctionnements. Il parle même « des odeurs de mafia asiatique » s’étonnant qu’« un serveur chinois qui gagne 1 000 euros par mois puisse subitement racheter le bacaro où il était employé » ou, plus étrange, il s’interroge : « Comment comprendre qu’une célèbre pizzeria près de la place Saint-Marc qui génère des centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires soit louée 20 000 euros par mois seulement à une citoyenne chinoise ? ». Son but est, avant tout, de sauver Venise, quitte à proposer des solutions radicales et incorrectes.
Il lance ainsi un provocant « Et pourquoi pas Disney ? » dans une logique jusqu’au-boutiste : « Puisque la disneylandisation est bien engagée, autant l’assumer sérieusement, professionnellement […] Il est temps de déléguer la gestion de cette Venise pauvrement disneylandisée à de véritables professionnels. Qui songerait à confier la gestion de Disneyland aux politiciens vénitiens ? Alors pourquoi leur abandonner Venise ? ». Dans le registre des portes de sortie, il évoque l’exemple de Lascaux 2. Une copie qui préserverait la Venise historique : « La construction d’une telle réplique du centre historique donnerait du travail à tous les artisans vénitiens. On pourrait cesser de se lamenter en vain sur leur disparition et plutôt convenir, avec Walter Benjamin, qu’il est du principe de l’œuvre d’art d’avoir toujours été reproductible ». Peu importe les pistes du renouveau, une chose est certaine : l’avenir de Venise depuis 1 600 ans ne nous est pas étranger !
Authentique rapport sur la nécessaire disparition de Venise de Casanuova – Exils
Digne héritier de Philip Roth, Joshua Cohen interroge avec humour l’identité juive américaine. Et lorsqu’il confronte celle-ci au sionisme radical, cela donne un roman grinçant: Les Nétanyahou. Propos recueillis par Steven Sampson.
Pour son roman burlesque, Les Nétanyahou, Joshua Cohen s’est inspiré d’une visite sur un campus américain faite en 1960 par le père du futur Premier ministre israélien, universitaire réputé, en compagnie de sa famille. Une confrontation musclée entre sionisme et diaspora.
Causeur. Votre satire confronte deux professeurs, l’Israélien Ben-Zion Netanyahou, spécialiste de l’Inquisition et sioniste fervent, et l’Américain Ruben Blum, défenseur de l’assimilationnisme. Si le premier a existé, vous avez inventé le second.
Joshua Cohen. Blum s’inspire de Harold Bloom. Né dans le Bronx des immigrants d’Odessa, il a grandi dans la langue yiddish avant de s’assimiler au point de devenir expert en poésie britannique, jusqu’à être considéré comme une autorité shakespearienne, renversant ainsi l’hégémonie WASP dans le département d’anglais à Yale. Cette capacité d’adaptation permet de comprendre son discours. C’était un bon juif libéral de la génération de la Grande Dépression et du New Deal, convaincu que le monde s’améliorerait à condition que les autres pays imitent l’Amérique, et que celle-ci reste fidèle à elle-même.
Qu’est-ce qui vous a incité à écrire ce roman ?
J’étais chez Harold Bloom et la télévision était allumée sur CNN. Benyamin Netanyahou est paru à l’écran et Harold a dit : « Oh, j’ai rencontré ce garçon. Il avait 10 ans, c’était quand son père est venu ici. » Ensuite, envoyé en Israël pour un article sur le procès de Bibi – accusé de corruption – et ses tentatives pour étouffer le système judiciaire, j’ai lu le pavé de son père sur les origines de l’Inquisition au xve siècle : il était plus intéressant que son fils ! Ben-Zion est né au début du xxe siècle à Varsovie avant d’émigrer en Palestine. Convaincu par les thèses nationalistes de Vladimir Jabotinsky, il devient l’éditeur des journaux de son mouvement, le sionisme révisionniste, qu’il suit à New York lors de son exil. Il rate donc la fondation de l’État d’Israël par les sionistes de gauche, ses adversaires de toujours. Pendant la décennie la plus cruciale de l’histoire juive, il poireaute, enragé, à Long Island et dans la banlieue de Philadelphie ! Il passera une partie des années 1950 en Israël mais retournera vivre en Pennsylvanie.
Pourquoi la thèse de Netanyahou sur l’Inquisition est-elle considérée comme « révisionniste » ?
Il prétendait que l’Inquisition ibérique avait été déterminante pour définir le judaïsme non pas comme une religion mais comme une race. L’Espagne du xve siècle avait en effet invalidé les conversions : seul le sang comptait, « limpieza de sangre ». Selon Ben-Zion, c’est à partir de ce moment-là qu’on a pu reconnaître la racialisation du judaïsme en Europe, racialisation qui aboutira plus tard aux lois de Nuremberg. D’où sa défense d’un État d’Israël ethno-nationaliste.
Ben-Zion Netanyahou était-il un idéaliste un peu fou ?
Il me rappelle Sayyid Qutb, le père idéologique de Daesh, qui étudiait au Greeley Teachers College dans le Colorado, où il écrivait des articles contre les femmes portant du rouge à lèvres et des minijupes. L’Amérique est une pépinière pour les fous du monde entier. Vous êtes un islamiste dur qui méprise le socialisme arabe et pense que les femmes doivent porter le hijab ? On s’en fout ! Croyez ce que vous voulez, ça n’a aucune importance ! C’est donc dangereux : ces idéologies suppurent dans le vide. Refoulées, elles attendent d’être réexportées dans leur pays d’origine pour produire des effets parfois terribles.
Mais vous éprouvez quand même de la compassion pour Benyamin Netanyahou
Oui, j’ai de la sympathie pour lui, il se sentait exclu de l’histoire, il était plein de ressentiment. Il a donc écrit sur l’histoire comme si c’était de la fiction, je me reconnais en lui.
Les Américains sont-ils imperméables aux idées, à toute idéologie qui ne relève pas du capitalisme ?
On a tous un plan, quelque chose à vendre, c’est notre affairisme qui nous sauve. Très peu de gens adhèrent à une doctrine, ils préfèrent vous proposer des T-shirts. Regardez les émeutiers du Capitole : lorsqu’ils se sont introduits dans les bureaux des parlementaires, tout ce qu’ils ont trouvé à faire, c’est du streaming sur leurs comptes Twitter et Facebook. Puis ils ont essayé de vendre des casquettes MAGA (« Make America Great Again », le slogan de Trump) depuis leurs propres boutiques en ligne. Ce n’était qu’une opportunité commerciale. Il n’y avait aucun discours, juste « cliquez et likez ». Soyez mon follower. Le capitalisme est une idéologie totalisante qui émousse ses concurrents.
Donc, en Amérique, il n’y a pas de valeurs communes à part celles du marché ?
Il n’y a jamais eu un socle de valeurs que chacun doit respecter, comme la laïcité en France. La dernière fois qu’il y a eu quelques tentatives, c’était lors du New Deal en 1934 ! Hormis le transcendantalisme et l’invention du rock n roll, on n’a pas de culture commune. Notre notion de laïcité ne va pas plus loin que l’idée de la séparation de l’Église et l’État. C’est-à-dire que personne n’est « Américain » : on est Noir ou Blanc ou Hispanique ou 45 % suédois et 70 % irlandais – en plus on est nul en maths !
La cancel culture peut-elle faire ce lien ?
Il n’y a pas de noyau central auquel on peut s’identifier et s’assimiler, juste un vide, transformé en base d’opérations pour une lutte de pouvoir entre des groupes identitaires. On voit cela à l’œuvre dans la rivalité entre les grands récits nationaux : celui de l’immigration et celui de l’esclavage. L’impasse actuelle vient de l’incapacité des tenants de ces récits d’admettre la légitimité des autres. La manière dont ces sagas sont achetées et vendues détermine les parts de marché du pouvoir. Après un siècle, l’extrême gauche et l’extrême droite sont parvenues à la même conclusion : pour vivre en paix, il faut pratiquer l’ethno-séparatisme, il faut rester avec « les siens ».