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Un nouveau prix littéraire

Roselyne Bachelot et Éric Dupond-Moretti mettent en place un prix Goncourt des détenus

Un nouveau prix littéraire
Eric Dupond-Moretti et Roselyne Bachelot à la prison d'Aix-en-Provence, 14 mars 2022 © SOPA Images/SIPA

Vous considériez que la justice française était déjà trop laxiste ? Vous ne supportiez pas les remises de peine dont bénéficient de nombreux délinquants ? Vous allez adorer le nouveau projet du gouvernement…


Le lundi 14 mars, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, et le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, étaient en déplacement à la maison d’arrêt d’Aix-Luynes dans les Bouches-du-Rhône, pour lancer un projet qui vise à favoriser l’accès à la culture des prisonniers : un « Goncourt des détenus » ! L’académie Goncourt sélectionnera 15 ouvrages, qui seront lus par les détenus de 30 établissements pénitentiaires. La sélection des ouvrages aura lieu le 6 septembre, et le 15 décembre le nom du lauréat sera dévoilé.

Dupond-Moretti contre le soi-disant “tout-carcéral”

Faire en sorte que les détenus s’intéressent à la littérature pour mieux se « réinsérer dans le corps social » (pour reprendre les mots du garde des Sceaux), que penser de l’initiative ? Lorsque Bachelot et Dupond-Moretti décident de travailler ensemble, on peut légitimement s’attendre au pire. La boomeuse et le gauchiste : comment ne pas être circonspect devant ce tandem venu tout droit du royaume d’Hadès ? Mais à première vue, cette nouvelle initiative ne peut pas faire de mal. Bachelot a précisé que ce projet avait pour objectif de « rapprocher deux mondes considérés à tort comme éloignés, celui de la création littéraire et celui de l’univers carcéral ». On aimerait toutefois que le gouvernement s’échine autant à rapprocher deux mondes considérés à raison comme éloignés, l’espace public et la tranquillité !

A lire aussi: Entre 60 et 80 islamistes sortiront chaque année de prison en France

Le secrétaire général de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel, semble partager la même idéologie que Dupond-Moretti, car il nous explique que « la France est un pays qui incarcère trop ». L’actualité très récente lui donne raison. Le djihadiste camerounais qui a tué Yvan Colonna, passé par l’Afghanistan et les geôles américaines [1], devait sortir de prison fin 2023. S’il avait été libéré encore plus tôt, le « berger de Cargèse » serait toujours parmi nous !

Prison mentale

Acquitator a enfin avancé l’idée que la participation à des activités culturelles en prison pourrait favoriser des réductions de peines. Ce n’est pas la première fois que notre garde des Sceaux récidive sur le sujet : pour le gouvernement, tous les moyens semblent bons pour incarcérer le moins possible et pour libérer le plus vite possible. Et on trouve encore des idiots (ou des salauds) pour parler du « tout carcéral » ?

Pour légitimer et défendre le projet, Roselyne Bachelot a tenu à citer une des phrases les plus célèbres de l’exilé de Jersey et auteur des Misérables : « Quand on ouvre une bibliothèque, on ferme une prison ». Seulement, selon l’Observatoire de la lecture publique, on compte plus de 8000 bibliothèques en France pour seulement 188 établissements pénitentiaires. Combien de bibliothèques faudra-t-il encore ouvrir ?


[1] Libération, Franck Elong Abé, l’islamiste suspecté de l’assassinat d’Yvan Colonna: «Une personne froide et isolée», 22 mars 2022


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