Le 19 avril, Miguez Diaz-Canel succédait à Raúl Castro comme président de Cuba pour un quinquennat renouvelable une seule fois. Dans son premier discours comme chef de l’État cubain, Diaz-Canel a annoncé son intention de poursuivre l’œuvre de la révolution. Il dit vouloir moderniser l’économie et les infrastructures du pays, mais ne pas envisager de l’ouvrir au capitalisme. Voilà qui est inquiétant. Si vous êtes récemment passé par La Havane, vous avez probablement pu constater à quel point le socialisme a ravagé l’île. À 300 kilomètres de Miami, le Tiers-monde. 


Les acquis apparents du modèle socialiste

Évidemment, il est facile de pointer l’embargo pour expliquer l’état lamentable de l’économie cubaine. Imposé par les États-Unis après l’expropriation de compagnies américaines en 1962, le blocus aurait engendré des pertes de plusieurs milliards de dollars pour l’État cubain. Mais c’est seulement après la chute de l’URSS en 1991 que l’embargo américain s’est fait vraiment ressentir, plongeant le pays dans une très grave crise.

On fait aussi valoir que les Cubains sont très scolarisés par rapport aux autres habitants des Caraïbes. Selon les chiffres de l’UNICEF, le taux d’alphabétisation des plus jeunes est de 100% et 34% des gens se rendent jusqu’à l’université. Une véritable réussite. Les défenseurs du régime remarquent aussi que le système de santé (entièrement public) fonctionne très bien. Il y aurait 1 médecin pour 122 habitants dans l’ancienne colonie espagnole. Alors tout irait bien…ou presque.

La Havane, entre magnificence et délabrement

Pourtant, une autre réalité attend tout voyageur un tant soit peu attentif à ce qui l’entoure. Lorsque vous débarquez dans la capitale, impossible de conserver l’image idéalisée de la révolution qu’entretiennent les partisans du régime dans les pays riches. Les bâtiments multicolores – une mosaïque magnifique – s’effondrent comme des châteaux de cartes. Les ruelles qui bordent le Malecón font penser à une zone de guerre. Des dizaines de fils électriques transpercent les immeubles comme autant de lianes dans la jungle tandis que les balcons et fenêtres servent à faire sécher les vêtements de milliers de Cubains entassés.

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Là où il devrait y avoir une seule personne à un poste de travail, il y en a quatre, divisant les salaires en autant de petites parts ridicules. Dans les anciens hôtels coloniaux du centre historique, des employés arpentent inutilement les couloirs ou végètent dans l’un des bars désertés mais toujours tenus par du personnel. Loin d’être paresseux, les travailleurs cubains sont impuissants face au système, forcés d’inventer constamment des combines pour survivre. À bien des égards, l’économie de l’île est un simple décor, une machine improductive qui maintient la population dans un état de sous-développement.

La Havane est redevenue le bordel d’antan

Signe du désespoir ambiant qui se transforme étrangement toujours en fête, le nombre de filles de joie est hallucinant dans le centre de la vieille Habana. La nuit, impossible de faire deux pas sans être abordé par l’une de ces chaleureuses cavaleuses, les jineteras, souvent des prostituées d’un jour voulant arrondir leur fin de mois avec un touriste seul. Il n’y a que les vacanciers naïfs ou aveugles pour ne pas voir toutes ces pourvoyeuses de plaisir vous faire des avances dans le dos des policiers.

Dans les années 1950, les guérilleros ont chassé les gangsters américains qui tenaient des casinos et des bordels dans la capitale. Mais aujourd’hui, force est de constater que la cité tropicale est redevenue la Babylone qu’elle était auparavant. Une Babylone socialiste où il n’y a plus de yankees, mais où Dionysos fait encore la vie dure à la morale catholique. Dans les modestes hôtels privés appelés casas particulares, le tourisme sexuel bat son plein. Puisque les Cubaines et Cubains n’ont toujours pas le droit de rentrer dans les grands hôtels, des petits entrepreneurs ont trouvé une solution de rechange.

Pour se convaincre de tous les problèmes qui affligent Cuba depuis la révolution, on peut aussi lire la Trilogie sale de La Havane, un récit de Pedro Juan Gutiérrez qui porte (un peu trop) bien son nom… En persistant dans la voie du socialisme et de l’autoritarisme, le nouveau président, Miguez Diaz-Canel, ne fera qu’empirer les choses.

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