La presse internationale est persuadée que Vladimir Poutine a recours à des injections de toxine botulique pour garder un front bien lisse. Mais le produit pourrait venir à manquer suite à l’invasion de l’Ukraine.
Depuis la guerre en Ukraine, l’état psychologique de Vladimir Poutine est l’objet de spéculations incessantes de la part de commentateurs médiatiques et de spécialistes médicaux en Occident. Mais son état physiologique inspire aussi de la curiosité, ou pour être plus précis, l’état de sa physionomie.
Depuis plus de dix ans, la presse occidentale s’interroge sur les changements frappants que présente son visage avec le passage du temps, changements qui sont généralement attribués à un recours régulier à la chirurgie esthétique.
Vlad l’empailleur
C’est le quotidien britannique de gauche, The Guardian, qui ouvre le bal en septembre 2011. Les modifications visibles sur le visage du leader russe (alors Premier ministre) depuis qu’il a participé à une réunion à Kiev en octobre 2010 avec une grande ecchymose autour d’un œil, alimentent la spéculation en Russie concernant un recours possible à la chirurgie esthétique. L’article cite un internaute qui a même suggéré que le lifting pourrait avoir pour but de contrer l’accusation selon laquelle, dans le milieu politique russe, il n’y aurait pas de visages nouveaux.
Le même mois, un quotidien de droite, The Daily Mail, sous le titre « From Russia with Botox » (« Bon Botox de Russie »), relève les changements visibles dans la physionomie de Poutine lors de son apparition à un congrès de son parti. Attribuant l’absence de rides à de généreuses injections de botox, le journal croit discerner des interventions esthétiques sur les joues, les arcades sourcilières et les poches sous les yeux. Interrogés, des chirurgiens esthétiques britanniques – jalousie professionnelle ? – critiquent un travail excessif voire bâclé. Néanmoins, Poutine serait en bonne compagnie, car d’autres chefs à tendance autoritaire, comme Berlusconi et Kadhafi, seraient également accrocs à la chirurgie rajeunissante.
Les années passent et les médias étrangers prolongent ces réflexions de temps en temps. Mais les spéculations repartent de plus belle en novembre 2021, suite à une rencontre avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, où le chef d’Etat russe a le visage encore plus bouffi que d’habitude. Est-il malade ou est-ce le résultat d’injections de toxine botulique et autres coups de bistouri ? En février 2022, le tabloïde anglais, The Daily Express, commente l’absence de rides et l’inexpressivité apparente des yeux chez Poutine. Le journal y voit des preuves probables d’interventions esthétiques qui sont de nouveau jugées excessives par un chirurgien de Manchester consulté pour l’occasion.
Ça se dégonfle ?
Le 6 mars, le quasi-homonyme français du journal anglais, L’Express, revient sur la question en interviewant François Hourmont, professeur de sciences politiques à l’université d’Angers, auteur d’un livre récent sur le « capital esthétique » des gouvernants, Pouvoir et beauté. Le tabou du physique en politique (Presses universitaires de France, 2021). Selon le chercheur, la chirurgie esthétique aurait transformé l’ex-agent du KGB en « un double monstrueux de lui-même ». Il a également commenté le paradoxe d’un homme si soucieux de son image macho ayant recours à des techniques de rajeunissement plutôt associées à la vanité féminine. Ce serait le résultat de l’obsession de certains hommes de pouvoir avec leur image.
C’est une dizaine de jours plus tard que tombe une nouvelle inquiétante, apte cette fois à accélérer le vieillissement de Poutine. L’agence Reuters annonce que, parmi les sociétés pharmaceutiques qui, pour respecter le programme de sanctions décidé par les États occidentaux, mettent fin à toutes leurs activités en Russie concernant des produits non-essentiels, se trouve AbbVie, le fabricant du botox.
Quelles en seront les conséquences pour le leader russe ? Que va faire l’homme fort du Kremlin ? Va-t-il devoir se montrer en public, les joues creuses et le front ridé, comme un Dorian Gray devenu enfin identique à son vrai portrait de vieillard déformé ? Le tabloïd numérique américain, The Daily Beast, se frotte les mains devant une éventuelle déconvenue pour celui qui a ordonné l’invasion de l’Ukraine.
Il faut ajouter que, à part le botox, le Cialis, un rival du Viagra, va également manquer en Russie. La vie sexuelle des Russes, de même que l’image des mâles machistes vieillissants, risque de prendre un sacré coup. La chirurgie esthétique ne cesse de progresser sur le marcher russe. En 2019, le pays est arrivé en quatrième position pour le nombre total d’interventions, après le Brésil, les États-Unis et le Mexique. La clientèle est bien entendu composée très majoritairement de femmes. Elles sont de plus en plus jeunes car se trouvant sur un marché matrimonial où la concurrence est impitoyable. Chacune doit faire le maximum pour attirer – et ensuite garder – un époux. S’embellir est le mot d’ordre, quoi qu’il en coûte… Hélas, les effets de ces sanctions sur le peuple russe et son chef d’État risquent d’être très limités. Les Russes auraient déjà développé leurs propres alternatives au botox : le Miatox et surtout le Relatox qui aurait été mis sur le marché dès 2014.
Le seul hic, c’est qu’il faudra un peu de temps avant que les fabricants russes ne produisent ces produits en assez grand volume pour compenser la disparition brutale du botox. Vladimir Poutine peut donc aller de l’avant, le front serein (et lisse), le sourire aux lèvres (mais pas dans les yeux).
Pour son 15ème long-métrage, le réalisateur Jean-Jacques Annaud nous offre un film impressionnant et réaliste.
Lundi 15 avril 2019, 18 h 17. L’alarme incendie de Notre-Dame se déclenche. Le chef de la sécurité, dont c’est le premier jour de poste, signale immédiatement l’alerte. La messe en cours est suspendue au grand agacement du prêtre officiant, habitué aux dysfonctionnements de la détection incendie ; les touristes sont évacués. Un vigile -asthmatique- monte examiner la charpente, mais ne trouve rien. Il n’a pas vu ce qu’une caméra a montré au spectateur : la cigarette allumée, poussée par le vent dans la charpente en bois, et dont la fumée a activé le détecteur incendie.
Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes
Les touristes sont alors invités à revenir dans l’édifice. Ils sont partout: la scène inaugurale suit d’ailleurs des guides présentant en différentes langues Notre-Dame à leurs ouailles en goguette. Elle témoigne assez finement de l’immense symbole qu’est la cathédrale, et montre simultanément l’intense activité touristique qu’elle génère, les visiteurs étant nettement plus nombreux que les fidèles assistant à la messe.
Lorsque l’alarme se répète, le vigile retourne examiner la charpente, et ne constate toujours rien d’anormal. Ses propos sur les nombreux dysfonctionnements du système anti-incendie qui n’ont pas été pris en considération donnent un écho terrible au rapport de Paolo Vannucci commandé par Manuel Valls en 2016, qui concluait à la nécessité de remédier à la quasi-inexistence de systèmes de protection de la toiture contre l’embrasement… mais ne fut pas utilisé à l’époque. Lorsque le vigile referme la porte, les fumées montent déjà dans le ciel derrière lui – et les passants commencent à prendre des photos.
Un hymne aux pompiers?
Finalement alertés par des signalements téléphoniques, les pompiers de Paris partent en mission. Ils deviennent alors les principaux protagonistes du film, luttant pour sauver Notre-Dame des flammes pendant plusieurs heures, parfois malgré elle, tant sa structure et l’exigüité de certains accès gênent leur progression. On se prend à enrager contre tous les éléments qui ralentissent leur avancée: embouteillages et foules compactes, gouttes de plomb fondu trouant les lances anti-incendie, méconnaissance du vocabulaire spécialisé et du lieu qui ralentit leur recherche des saintes reliques, absence du régisseur qui a accès à des clés utiles, etc. Lucide, le général Gallet comprend rapidement que l’incendie va avoir des répercussions politiques : « Ça va débarquer de partout : les officiels, les politiques, les célébrités. On va avoir deux feux à gérer ».
Notre-dame de Paris. Auteurs : HOUPLINE/SIPA.
Extrêmement bien documenté, le film évite l’écueil facile de transformer les soldats du feu en héros extraordinaires dotés de caractéristiques morales surhumaines. Il nous donne à voir leur courage professionnel quotidien, eux qui réalisent en même temps que les témoins la gravité de la situation. Leur esprit d’entraide et leur code moral prennent alors tout leur sens, leur permettant de se secourir les uns les autres tout en surmontant leurs différences pour affronter un ennemi supérieur. Une scène marquante montre d’ailleurs un désaccord entre un pompier et son officier, qui ne prend pas en compte son avis. Le premier ironise en lançant au second que lui « n’a pas la chance d’avoir des parents riches ni d’avoir fait une école d’officiers » . Plus tard, l’officier écoutera cette fois le conseil de son subordonné, qui a identifié un foyer susceptible d’être circonscrit. En y envoyant une équipe, ils parviendront à éteindre l’incendie, après 15 heures de lutte, ensemble dans ce brasier.
Finalement, le film n’est pas un hymne aux pompiers ; il montre des pompiers qui sont eux-mêmes un hymne au courage, à l’entraide, et à l’abnégation. Ils luttent contre l’ennemi qu’ils ont choisi en embrassant cette carrière.
Un « ennemi charismatique »
Cet ennemi, c’est le feu, « le plus charismatique des méchants », dixit Jean-Jacques Annaud. On ne peut que lui donner raison, tant les pluies d’étincelles, l’enfer du brasier, les effondrements enflammés et la perfidie des flammes constituent des éléments cinématographiques extrêmement impressionnants visuellement.
Le feu colore certaines scènes de façon infernale – la tentative d’identification infructueuse du foyer principal de l’incendie par exemple-, et en nimbe d’autres d’un halo quasi-surréaliste, donnant une dimension mystique à la recherche de la couronne d’épines du Christ. Sa violence en fait l’antagoniste principal du film, projetant les pompiers sur plusieurs mètres lorsque le plafond de la nef s’effondre. En prenant le parti de privilégier plutôt des plans fixes travaillés la caméra à l’épaule, Annaud donne à voir des tableaux spectaculaires qui donnent au film sa véritable dimension cinématographique et visuelle.
Le feu incarne ici le Mal immatériel qui sourd partout, et hurle férocement. Par moments, le spectateur devient le témoin d’une lutte entre Satan et Dieu, représentés respectivement par les flammes et Notre-Dame. Seule la véracité des faits présentés lui rappelle que ce qu’il voit a bien eu lieu dans le monde réel.
La dernière bataille contre l’incendie, scène marquante
L’ultime tentative des pompiers sera la bonne. Alors que l’un d’eux – le seul pompier resté sec, capable donc de s’aventurer au plus près du feu – lutte contre le foyer proche du bourdon pour éviter l’effondrement de la cloche colossale, celui qui a permis d’entreprendre cette dernière bataille entend les chants d’espoir venus de la foule.
Cette scène, qui utilise des images d’archive, nous rappelle avec émotion que la foi s’est trouvée magnifiée ce 15 avril, alors que des Chrétiens se sont mis spontanément à entonner en foule le « Je vous salue Marie » et d’autres prières. Aidé par un montage remarquable et efficace, le réalisateur choisit ici d’entremêler les images de fidèles chantant et celles de la bataille de la dernière chance contre le feu. Les chants sacrés sont transfigurés, et cette catharsis spontanée devient l’outil indispensable à l’ultime exorcisme permettant la victoire des pompiers.
Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes comme le matérialisme, l’économisme ou la perte de transcendance. Avec « Notre-Dame brûle », Jean-Jacques Annaud montre encore une fois la formidable maîtrise de son art et son talent unique de cinéaste régulièrement capable d’utiliser le réel pour le dépasser et édifier le spectateur.
Le succès des événements organisés pour la mort de l’Empereur a prouvé que les Français sont moins complexés que leurs dirigeants politiques face à l’histoire. Malgré les assauts de la cancel culture, la passion napoléonienne a de beaux jours devant elle.
Alors que nombreux étaient ceux qui prévoyaient ou redoutaient un bicentenaire de la mort de Napoléon en demi-teinte, voire un complet ratage, l’événement a eu lieu, tout au long de l’année 2021 et dans des proportions inattendues. La simple réalité « comptable », ici limitée à la France, conduit à cette conclusion : 500 événements organisés sous le label « 2021 Année Napoléon » créé par la Fondation Napoléon et regroupant 150 partenaires ; près de 300 000 visiteurs à la grande exposition « Napoléon » de La Villette et près de 60 000 à celle du Musée de l’armée sur la mort de l’Empereur ; près de 130 000 exemplaires vendus des 70 livres parus entre janvier et décembre 2021 ; une vingtaine de numéros spéciaux de magazines qui ont quasiment tous dépassé les ventes des hors-séries habituels ; une dizaine de documentaires spécialement réalisés et un nombre considérable de rediffusions à la télévision ; des podcasts à foison ; des réseaux sociaux en ébullition, la seule Fondation Napoléon enregistrant des hausses de fréquentation de 160 % sur Twitter, 100 % sur Facebook, 177 % sur YouTube et environ 3 millions de pages vues sur ses sites internet au premier semestre, dont plus de la moitié en avril et en mai. On a parlé de Napoléon sur toutes les chaînes de télévision et de radio, les journées entourant le 5 mai, jour anniversaire de sa mort, en 1821, battant tous les records.
Une mobilisation spontanée, largement populaire
Comparable en volume à ce qui s’était passé en 1969 pour le bicentenaire de la naissance du grand homme, ce qui s’est passé l’an dernier diffère fondamentalement par les origines de la vague. Alors qu’il y a cinquante et un ans, c’est le gouvernement, aiguillonné par le général de Gaulle, qui s’était chargé de stimuler la création et d’organiser les cérémonies, on a cette fois assisté à un bicentenaire « par le bas », venu d’institutions nationales parfois, mais le plus souvent montant d’organisations locales, publiques ou associatives. Une sorte de mobilisation spontanée, largement populaire. Car autant qu’on puisse le savoir, le public concerné se composait de femmes et d’hommes de tous âges, de toutes catégories sociales, de toutes origines. Et ceci malgré la pandémie, ses assignations et ses jauges.
On ne saurait dire que l’État est resté en dehors du mouvement, car les grandes institutions ont toutes eu leur programme napoléonien, cependant les plus hautes instances ont eu du mal à le rejoindre. Prudente et se croyant sans doute portée par le vent woke qui souffle sur son ministère de la Culture, Roselyne Bachelot semble avoir beaucoup fait pour mettre des bâtons dans les roues de ceux qui dépendent d’elle, avant de s’abstenir de toute participation officielle aux festivités. Incertains sur la position finale de leur patron présidentiel, certains se sont soigneusement tenus cois, d’autres se hasardant à quelques sorties prudentes. La plus osée fut sans conteste celle de Geneviève Darrieussecq, qui autorisa le Musée de l’armée, dont elle a la tutelle comme ministre déléguée aux Anciens Combattants, à organiser une exposition d’art contemporain dont la « performance » la plus affreuse fut de suspendre un squelette de cheval en plastique au-dessus du tombeau des Invalides, « œuvre » due à son compatriote de Mont-de-Marsan, Pascal Convert. Mal lui en prit puisque les protestations furent nombreuses et vives, sans qu’elle recule d’ailleurs, ce qu’on saluerait presque si le symbole d’irrespect d’une nécropole nationale n’était aussi flagrant.
Dès le départ se posa donc la question de la participation d’Emmanuel Macron à ce bicentenaire. Fallait-il qu’il célèbre, qu’il commémore, qu’il ne fasse rien ou y aille en grande pompe ? On ergota et on joua sur les mots pendant des semaines avant que Gabriel Attal révèle au détour d’une phrase que le président « interviendrait ». Et, en effet, il intervint. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est la mobilisation nationale qui l’y a poussé, même si probablement se « mesurer » à un des plus grands hommes de notre histoire le démangeait, en même temps que son désir de faire oublier ses regrettables déclarations passées sur l’histoire et la culture françaises. Après de vifs débats au sein de son équipe, dont l’écho a dépassé les portes de l’Élysée, Emmanuel Macron a honoré de sa présence les deux cérémonies nationales du 5 mai.
Une part de nous
Sous la coupole de l’Institut, il a d’abord prononcé un discours ciselé sur son « prédécesseur » dont il a vanté l’œuvre, sans oublier évidemment de rappeler qu’il avait rétabli l’esclavage, fait adopter une législation inégale entre le mari et l’épouse, pas mal guerroyé et fait preuve d’excessive autorité. Mais en affirmant que Napoléon était « une part de nous », l’orateur a, si l’on ose dire, sifflé la fin de la récréation. Certains s’étaient en effet donné rendez-vous pour tenter de gâcher le bicentenaire. Passons sur la proposition de Louis-Georges Tin, reprise par des groupes indigénistes, d’expulser la dépouille de l’Empereur des Invalides, qui n’a provoqué que haussements d’épaules. Passons aussi sur les projets du maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui entendait retirer la statue équestre de l’Empereur de devant sa mairie et a largement été désavoué par sa population. Plus sérieusement, l’annonce du bicentenaire avait été marquée dès le début de l’année 2021 par les polémiques et les « accusations » habituelles visant le gouvernement napoléonien, avec en tête le rétablissement de l’esclavage en 1802 et le statut de l’épouse du Code civil de 1804, assaisonnés d’idées reçues sur le bilan des guerres ou la « tyrannie » du régime. Sur toutes ces questions, pour une fois, les historiens étaient sortis de leur silence et avaient avec succès expliqué (qui n’est pas justifier ou excuser) et contextualisé ces questions. Le soufflet était donc retombé et ouvrait la voie au président de la République. On ne peut que se réjouir qu’il l’ait empruntée dans son bref discours.
Deuxième événement du 5 mai, Emmanuel Macron se rendit aux Invalides et fit déposer (sans la toucher) une gerbe sur le tombeau de l’Empereur. Il inclina même légèrement la tête avant l’interprétation de La Marseillaise – de 33° peut-être, car 34° auraient été trop et 32° pas assez. C’est ce qu’on pourrait appeler de la symbolique millimétrée. Puis Mme et M. Macron rentrèrent chez eux et on n’en parla presque plus. Le « en même temps » avait trouvé sa place en ce jour de bicentenaire non dans le discours, mais dans l’absence de faste de ces deux moments expédiés en un temps record, qui plus est sans public, Covid oblige. Le chef de l’État a dès lors fait plaisir à tout le monde : ni trop ni trop peu, avec respect des gestes barrières.
Ne faisons pas la fine bouche : la mobilisation et l’intérêt populaires, la parole des historiens et la position d’Emmanuel Macron font que la raison l’a exceptionnellement emporté sur la cancel culture, le woke, le féminisme extrême, l’indigénisme et autres dangers qui guettent les sciences humaines. Que faire à présent de ce relatif mais fragile succès ?
Les événements du bicentenaire ont permis de confirmer plusieurs phénomènes précédemment constatés, parfois contradictoires d’ailleurs. Résumons-les en quatre points principaux.
Le public est largement composé d’hommes – pas forcément des « mâles blancs » – de moins de 20 ans ou de plus de 40 ans. Il y a donc un « trou » chez les 20-40 ans. Il est vrai que c’est l’époque de la vie où l’on bâtit sa carrière et que, si l’on garde le contact avec ses centres d’intérêt de jeunesse, on n’y sacrifie qu’à la marge : lectures espacées ou visionnage de documentaires le plus souvent, mais quasiment pas d’engagement associatif ou de déplacements. C’est du Napoléon à domicile que l’on recherche. En revanche, le public « jeune », entre 12 et 20 ans, a tendance à augmenter, conséquence de la refonte des programmes scolaires qui, enfin, font une place à l’histoire du xixe siècle.
Autre constat, la quasi-disparition des associations à vocation nationale, remplacées par des relais locaux. Ainsi, le Souvenir napoléonien, qui revendiquait environ 4 500 membres au début des années 1980 est aujourd’hui tombé à moins de 1 000. En revanche, des associations locales sont nées et se montrent très actives, autour de personnalités qui leur donnent leur temps et leur imagination. La conséquence en est qu’une fois ces bonnes volontés épuisées, la structure risque de disparaître… tandis qu’une autre peut renaître ailleurs.
Les reconstitutions historiques en plein essor
Cela étant, les manifestations napoléoniennes ont toujours du succès, depuis les conférences jusqu’aux reconstitutions, très en vogue depuis une vingtaine d’années, et désormais prises en charge par des collectivités locales. Cette « histoire vivante » aux retombées économiques appréciables continue à se développer et plusieurs établissements universitaires, privés comme publics, ouvrent des masters pour former de jeunes historiens à la création, l’organisation et à la gestion de ce type d’événements.
Enfin, comme dans de nombreux domaines, les réseaux sociaux et les sites internet deviennent un lieu d’expression de la passion napoléonienne mais aussi, c’est heureux, de diffusion d’une information historique vérifiée. Si le livre est loin d’être mort, si les magazines spécialisés conservent leurs lecteurs, si la télévision classique a encore un large public, cette nouvelle forme d’information et d’apprentissage ne doit pas être négligée. C’est « ensemble », dans des communautés et des groupes d’intérêt, que les gens veulent aujourd’hui apprendre et comprendre l’histoire.
Au cœur de notre identité
Reste à savoir ce qui intéresse ce public. Napoléon et son règne demeurent des produits phares des études et de l’intérêt historiques. Mais la façon de les aborder se modifie sensiblement et le bicentenaire n’a fait que confirmer ce que l’on pressentait. C’est le « sens de l’histoire » qui doit être développé aujourd’hui, sans négliger les bases chronologiques et événementielles. Prenez l’histoire militaire : celle des campagnes et des batailles laisse place à l’anthropologie qui, pour les guerres napoléoniennes, est encore dans l’enfance ; on descend maintenant au niveau du soldat, de ses sentiments, de ses peurs mais aussi de son rapport à la gloire. Même phénomène en histoire politique où les thèmes transversaux prévalent sur les grands événements : État de droit, politique de réconciliation, méritocratie, etc. L’histoire de l’art est elle aussi chamboulée : l’étude des œuvres ne suffit plus, elle doit être contextualisée et mise en perspective, presque « en politique ». Et bien sûr, les questions qui ont fait polémiques prennent une importance grandissante, même si celles de l’esclavage ou de la place de la femme n’ont jamais été négligées par les historiens, contrairement à ce qu’on laisse croire parfois. Reste toutefois à en limiter les dérives contemporaines.
Finalement, ce bicentenaire a prouvé qu’on aurait tort de compter pour rien la « passion napoléonienne » des Français. Qui plus est, le règne napoléonien concentre la plupart des grands enjeux de l’histoire politique, administrative, sociale, militaire et diplomatique de notre pays. Une œuvre colossale et multiforme accomplie en quinze ans. Ajoutons qu’il plaça des dirigeants et des peuples aux pieds de montagnes de problèmes et de questions couvrant tout le spectre des possibles (et des impossibles), notamment parce que l’ancienne légitimité n’était pas encore morte et que la nouvelle ne s’était pas encore totalement imposée. Un carrefour de deux époques, un peu comme ce que nous vivons actuellement.
Par ses échos contemporains, le règne et l’œuvre de Napoléon continueront encore longtemps à déchaîner les passions et à être au cœur de notre identité comme de nos réflexions. L’Empereur est finalement le seul personnage vivant de notre histoire.
La nouvelle vague de terrorisme qui frappe Israël ne remet pas seulement en cause la sécurité quotidienne des Israéliens, mais elle interroge la validité du modèle israélien de lutte antiterroriste, dont la réputation n’est plus à faire.
Confronté au terrorisme depuis de nombreuses décennies, l’État hébreu peut compter sur l’excellence de ses services de sécurité et de renseignements, sur la détermination de ses dirigeants à éradiquer la menace terroriste et sur la résilience de sa société civile.
Une décision judiciaire polémique
Un élément vient toutefois assombrir ce tableau et constitue en quelque sorte le maillon faible d’Israël – mais aussi d’autres pays et notamment de la France – face au terrorisme djihadiste. Ce maillon faible est celui de la justice. Pour s’en convaincre, il faut lire les premiers éléments de l’enquête sur l’attentat de Bnei Brak, qui a fait cinq victimes. Son auteur avait été emprisonné il y a quelques années, après avoir projeté un attentat suicide. Pourtant, le tribunal militaire a fait preuve à son égard d’une clémence stupéfiante, en acceptant un « plea bargain » aux termes duquel le terroriste en puissance n’a passé que deux ans et demi derrière les barreaux, avant d’être libéré et de pouvoir mettre à exécution ses projets criminels.
La justice militaire israélienne n’est pas réputée pour être spécialement laxiste et elle prononce souvent des peines de prison à perpétuité contre les terroristes palestiniens. Comment expliquer sa clémence dans le cas de Diaa Hamarsheh? Le journal Ha’aretz nous donne quelques éléments de réponse. Lors du procès de 2013, le tribunal a été convaincu par les réquisitions du procureur et par la plaidoirie de l’avocat de l’accusé et lui a accordé une « seconde chance ». Le juge a même été jusqu’à considérer que Diaa Hamarsheh avait été “victime d’une escroquerie”, n’ayant pas reçu du Djihad islamique la ceinture explosive qu’il avait payée…
Faut-il permettre aux terroristes de s’amender ?
Plus qu’une simple erreur d’appréciation presque comique, il y a là un défaut de compréhension, dont les conséquences se sont avérées tragiques. La clé de cette incompréhension du phénomène terroriste de la part de la justice israélienne est donnée par le dernier roman de Karine Tuil, dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. L’erreur du juge israélien est en effet partagée par ses collègues français, comme la juge antiterroriste héroïne du livre La décision. Comme elle, il croit que le terrorisme de l’État islamique s’apparente à la criminalité de droit commun et que le rôle de la justice est de permettre aux criminels de s’amender, en leur offrant une seconde chance.
Cette conception erronée ne relève pas seulement de la politique pénale, mais procède plus fondamentalement d’une vision de l’homme qui nie la possibilité même du mal radical, en considérant que les terroristes, même les plus extrémistes, peuvent être ramenés dans le droit chemin. Cette erreur philosophique s’avère lourde de conséquences, en Israël comme en France. Face au terrorisme, le présupposé d’humanité des criminels se retourne contre leurs victimes. Comme dit le Talmud, « la pitié pour les méchants fait tort aux justes ».
Appelez les pompiers ! il y a le feu à la macronie ! Hier soir, au cours d’une bien longue conférence de presse, Amélie de Montchalin et Olivier Dussopt ont tenté d’éteindre l’incendie McKinsey déclenché par le rapport sénatorial sur l’influence délétère des cabinets de conseil externes. Un contrôle fiscal du cabinet américain a par ailleurs débuté en décembre 2021, précisément au moment où le Sénat commençait son enquête… Analyse.
L’influence du cabinet de conseil américain dans le gouvernement de la France ces dernières années révèle-t-il la vraie nature du macronisme ?
Un spectre hante cette fin de campagne et il s’appelle McKinsey. McKinsey est ce cabinet de conseil américain qui a fait son entrée médiatique dès janvier 2021 quand on a appris que le gouvernement français avait fait appel à lui pour penser la politique de vaccination contre le virus. On s’était étonné que la France, pays où une haute fonction publique est réputée pour sa compétence, soit incapable de planifier la chose.
Le logo de la firme américaine
Olivier Marleix (LR) peste contre ces manigances depuis longtemps
McKinsey s’était vu confier trois missions concomitantes qui sentaient déjà bon le jargon managérial : cadrage logistique, cadrage opérationnel, et « benchmarking ». Il fallait bien un peu d’anglais commercial là-dedans, sinon, ça aurait manqué de sérieux. Par benchmarking, entendez simplement la comparaison avec ce que faisaient les autres pays en matière de vaccination, c’est-à-dire un exercice à la portée de n’importe quel stagiaire de l’ENA qui aurait pu lire la presse étrangère pour le compte du ministère de la Santé.
« Absolument sidérant ! Qu’est-ce que McKinsey vient faire là dedans ? On a un ministère de la Santé, un ministère de l’Intérieur et un ministère de la Défense armés en gestion de crise… pour peu qu’on sache les mobiliser » s’exclamait un député LR, Olivier Marleix, tandis que le communiste Sébastien Jumel moquait « la pensée complexe et lente » d’Emmanuel Macron qui ne pouvait se contenter de l’expertise de la Haute Autorité de la Santé, du Conseil de défense sanitaire et de ce collectif de citoyens tirés au sort, par ailleurs très vite tombé aux oubliettes, tant cette parodie de démocratie citoyenne était ridicule sur une telle question.
Chères prestations
Ce qui était plus dur à savoir, alors, c’est à combien se montait la prestation de ces experts privés de la filiale française de McKinsey domiciliée à Wilmington dans le Delaware, un Etat connu pour être un paradis fiscal « made in USA ». On pense aujourd’hui que cela a coûté, à la louche 13 millions d’euros au contribuable. Et puis, à force de gratter, on s’est aussi aperçu que McKinsey a finalement gouverné la France dans des domaines aussi peu importants que les retraites pour la bagatelle de 920 000 euros, les aides personnalisées au logement (3,9 millions d’euros quand même), l’assurance chômage (327 060 euros), les pensions alimentaires (260 880 euros) et les aides d’adaptation des logements au vieillissement (300 630 euros). Vous vous demandez pourquoi les ministères ou secrétariats d’État dédiés à ces questions (Travail, Affaires Sociales, Famille, etc…) ne pouvaient pas s’en occuper tous seuls ? Mais enfin, ne soyez pas naïfs, peut-on vraiment en macronie, faire confiance à la haute administration, à moins que ceux qui en sont issus, n’aient d’abord, comme le président lui-même, pantouflé dans le privé ?
Aujourd’hui, Macron est bien embêté. Non seulement, McKinsey n’a pas payé un radis aux impôts, mais un certain nombre de ses membres ou ex-membres ont dès 2017 pris sur leur temps libres pour aider le candidat des Marcheurs.
Un exemple caricatural d’optimisation fiscale
C’est tout de même très ennuyeux, cette histoire, et elle énerve un peu le président candidat au firmament des sondages. On a vaincu une pandémie, on occupe la présidence de l’Union Européenne, on est un chef de guerre avisé qui maintient le dialogue avec Poutine tout en soutenant sans faille l’Ukraine agressée et voilà que le Sénat, dans un rapport le 17 mars, met l’affaire sous les projecteurs et parle d’ « un exemple caricatural d’optimisation fiscale. » à propos des prestations du cabinet entre 2011 et 2020. « Qu’ils aillent au pénal » a répliqué Macron à l’intention de ceux qui le mettaient en cause. Qu’il prenne garde tout de même avec ce genre de rodomontade, car ça peut toujours lui arriver, Sarkozy en sait quelque chose.
Plus généralement, cette affaire dont on ne sait pas encore l’onde de choc qu’elle pourrait provoquer avant ou après les élections, résume parfaitement un certain état d’esprit qui va au-delà de l’ultra-libéralisme. Le Royaume-Uni de Thatcher ou les Etats-Unis de Reagan avaient au moins leur cohérence : l’Etat était réduit au minimum, mais là où il était compétent, il ne plaisantait pas, et notamment avec les impôts qui permettaient de financer les domaines proprement régaliens comme la sécurité extérieure et intérieure ou les Affaires étrangères.
La France de Macron est celle d’une externalisation généralisée des missions qui pourraient et devraient être assurées par l’Etat lui-même, comme une politique sanitaire en temps de pandémie, externalisation qui se fait auprès de gens faisant payer très cher leurs « conseils ». C’est en fait le rêve humide d’une technocratie qui ne pense plus en termes de service public mais de rentabilité, avec cette philosophie implicite que dans le privé, c’est forcément mieux car l’expert dans ce cas-là est motivé par le seul moteur auquel croit le macronisme, l’argent, et non par une certaine idée de la France avec vocation de servir la collectivité qui va avec.
On attend donc, désormais, avec une impatience non dissimulée, que la France crée sa propre milice privée de mercenaires, façon Wagner, histoire de faire la guerre au Mali ou ailleurs de façon enfin libérée des contraintes éthiques ou administratives !
Après avoir longtemps refusé de répondre, le terroriste a finalement eu un dialogue avec une avocate des parties civiles hier, Maître Claire Josserand-Schmid. Il lui a notamment expliqué pourquoi il aurait renoncé à se faire exploser le soir des attentats. De là à y voir comme Le Monde un « petit miracle »…
Au procès des attentats du 13 novembre 2015, Salah Abdeslam devait enfin briser le silence. C’est du moins ce qu’espéraient les parties civiles, venues en grand nombre au tribunal hier mercredi.
Mardi 29 mars, Mohamed Abrini, le convoyeur, avait prétendu, sans convaincre d’ailleurs, qu’Abdeslam l’avait remplacé au pied levé parce que lui-même avait renoncé à participer aux attentats… Les parties civiles attendaient donc la version de Salah Abdeslam. Mais dès le début, malgré l’insistance du président de la Cour, il s’est muré dans le silence. Le représentant du Parquet antiterroriste n’a pas réussi pas non plus à le faire parler.
C’est une avocate des parties civiles qui réussit finalement à le faire parler. Maître Claire Josserand-Schmidt la joue presque complice, elle rappelle qu’il lui avait promis de lui répondre, elle évoque son amour pour sa fiancée, un peu comme si elle parlait à un ami un peu entêté. Elle lui dit qu’il y a des sensibilités différentes sur le banc des parties civiles, que ses clients veulent simplement comprendre, qu’ils ne recherchent pas la vengeance. Bref, elle la joue sur le mode « vous n’aurez pas ma haine ».
Et le fait donc effectivement parler, puisque Abdeslam accepte de lui répondre et de dialoguer avec elle. Elle conclut en le remerciant de ses paroles, ce qui a beaucoup choqué. D’ailleurs, un de ses confrères excédé a lancé à Abdeslam « je ne vous remercie de rien du tout », car une fois de plus, Salah Abdeslam s’est presque présenté comme une victime mais a expliqué que, contrairement à ce qu’il a dit à ses copains en Belgique, il avait choisi de ne pas se faire sauter.
Mais au moins, elle a réussi à le faire parler
Mais il n’a rien dit de nouveau. Il n’a fait que confirmer ce qu’il avait déjà dit le 9 février, à savoir que c’est volontairement qu’il n’avait pas actionné sa ceinture d’explosifs. Sauf qu’il prétend que ce n’est ni par lâcheté, ni par peur ! Mais en quelque sorte, il laisse entendre que c’est parce qu’il ne voulait pas tuer. Comme c’est touchant !
Le journaliste du Monde, qui croit au père Noël et à la Rédemption, écrit cette phrase ahurissante : le miracle a eu lieu. Un miracle ? Parce qu’une avocate se fait trimballer par un assassin ? Cette séquence, qui a ulcéré nombre des parties civiles, illustre les limites d’un tel procès. Certes, il peut permettre de connaître le déroulement précis des faits et de définir les responsabilités de chacun, et aussi nous fournir des éléments précieux pour la connaissance de l’idéologie de nos ennemis. Mais tenter de nouer un dialogue sincère avec l’assassin parce qu’il s’agit de notre frère humain, c’est une illusion perverse. Imagine-t-on un avocat dire à Eichmann avec des trémolos dans la voix vous m’aviez promis de parler ? Certes, Abdeslam n’est pas Eichmann, c’est juste un sans grade du djihadisme qui essaye de se présenter à son avantage.
Non, jamais des familles ne comprendront vraiment pourquoi on leur a pris un enfant, un frère, une sœur, un mari ou une femme. Il y a dans le mal un mystère, un noyau qui échappe à la raison. Et c’est précisément notre incapacité à le comprendre qui fait de nous des humains.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy, la directrice de Causeur, chaque matin à 8h10 dans la matinale.
La réaction univoque de l’Occident face à l’invasion de l’Ukraine a révélé la pauvreté du jeu de cartes culturelles dont Vladimir Poutine disposait en Europe. Les quelques réseaux d’influence sur lesquels il pouvait compter en France – quand ils ne sont pas déjà fermés – risquent de faire face à de sérieuses difficultés dans les années à venir…
Il reste pourtant probable qu’une partie irréductible de Français continuent à voir dans le Kremlin le souffre-douleur de la diplomatie américaine et surtout le porte-voix des « valeurs traditionnelles » auxquelles ils croient. Le régime autoritaire de Poutine s’est en effet imposé dans la guerre des idées comme le héraut du conservatisme et de l’« illibéralisme ».
La coordination des activités d’influence de la diplomatie russe avec celles d’une multitude d’acteurs non-étatiques ou paraétatiques se rattache à une définition élargie du soft power. Ce concept ayant été façonné pour désigner la force d’attraction culturelle américaine, l’historienne Marlène Laruelle préfère parler pour la Russie d’un « soft power de niche [1] » qui cible des populations susceptibles d’accueillir favorablement le discours particulariste de Moscou.
À partir des années 1990, les nouvelles élites russes engagent un renouvellement du discours officiel pour pallier la faillite idéologique du régime soviétique. Dans un premier temps, l’objectif est de ne pas retomber dans les mêmes erreurs de la perestroïka et de remobiliser le peuple russe derrière un répertoire moins idéologique. Avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, cette orientation vers un réalisme revendiqué s’impose par le retour d’une triple centralité : celle de Moscou sur le reste du pays, celle du Kremlin sur la vie politique intérieure, celle de la Russie sur la scène mondiale [2]. Ensuite, le Kremlin comprend avec la révolution Orange (2004) qu’il ne peut pas se permettre de ne rien opposer au soft power libéral de l’Occident qui risque de lui rafler la mise dans l’espace postsoviétique. La guerre en Géorgie (2008) et les manifestations en Russie contre les élections législatives de 2011 sont les deux derniers tournants qui amènent le gouvernement russe à proposer une contre-offre idéologique à la démocratie libérale [3].
La bannière du conservatisme
Pour incarner cette alternative aux régimes libéraux occidentaux, et dans l’optique d’imposer progressivement un monde multipolaire contre l’hégémonie américaine, la Russie a renouvelé son soft power en l’enracinant dans son particularisme culturel. Dans cette optique, elle commence à promouvoir le conservatisme ou plutôt les valeurs dites « traditionnelles », c’est-à-dire antilibérales et antioccidentales [4]. Investissant massivement l’espace médiatique et culturel, cette nouvelle doctrine à l’avantage de maintenir le lien de confiance entre la population russe et le pouvoir fort du Kremlin en limitant la propagation du libéralisme politique. Poutine prône d’ailleurs un récit national délibérément large afin de s’adresser au plus grand nombre : éloge de la gloire soviétique sous Staline et Brejnev, de la culture religieuse orthodoxe et du tsarisme avec l’autocratie comme référentiel politique, du monde slave et de l’Eurasie [5]… À l’étranger, les cibles de ce soft power sont d’abord les populations des ex-républiques soviétiques via la mise en place d’un appareil médiatique offensif et d’un nouveau réseau d’instituts culturels (création de Russia Today en 2005, de la fondation Rousskiï Mir pour la préservation et la diffusion de la langue russe en 2007, de la fondation Gortchakov de soutien à la diplomatie publique en 2010 et de l’agence de presse multimédia internationale Sputnik en 2014) [6].
Xenia Fedorova, la patronne de Russia Today France, janvier 2018.
S’ajoute à cette nouveauté une perception disproportionnée du soft power russe par les analystes occidentaux. Tout part d’un article de 2013 écrit par le CEMA russe Valery Gerasimov qui explique que « Le rôle des moyens non militaires pour atteindre des objectifs politiques et stratégiques s’est accru et, dans de nombreux cas, leur efficacité a dépassé celle de la force des armes [7] ». En bref, et c’est assez banal, il met l’accent sur l’importance stratégique de la guerre hybride. Mais ses propos sont soudain interprétés comme étant la base d’une nouvelle « doctrine » russe basée sur la guerre de la communication et les moyens d’influence culturelle. Il ne s’agissait pourtant pas d’une doctrine (le créateur américain de cette expression « doctrine Gerasimov » l’a lui-même reconnu [8]) mais simplement de l’analyse d’un militaire qui soulignait la nécessité d’investissements militaires adéquats dans le contexte d’une conviction croissante parmi les dirigeants politiques russes que les conflits peuvent être combattus et gagnés sans l’armée [9].
Cette « doctrine Gerasimov » (l’analyse et sa surinterprétation par l’Occident) est importante pour deux raisons. D’abord, elle reflète un certain état d’esprit russe qui considère que les manifestations populaires tout comme les révolutions ne sont pas spontanées mais toujours orchestrées ou alimentées par un pouvoir quelconque (CIA, George Soros…). Ensuite, comme l’annexion pacifique de la Crimée en 2014 est apparue comme l’application exacte des propos de Gerasimov, les analystes occidentaux se sont mis à traiter obsessionnellement de la guerre informationnelle menée par les Russes, lui attribuant toutes sortes de réussites et de tentatives avortées. C’est pourtant avec des chars que Poutine a lancé l’invasion de l’Ukraine en février 2022…
L’opportunité des « populismes » occidentaux
En Occident, ce positionnement doctrinal a opportunément trouvé grâce aux yeux des droites nationales occidentales qui s’alimentent de la poussée des « populismes ». La mobilisation derrière Marine Le Pen en France, Donald Trump aux États-Unis ou certains dirigeants conservateurs en Europe centrale (notamment l’Autriche et les pays du groupe de Visegrad [10]) a permis de créer des réceptacles médiatiques propices à apprivoiser la vision du monde du Kremlin. La Russie est ainsi parvenue à s’ériger en porte-voix d’une sorte d’« internationaliste moraliste » prêchant la défense de la structure traditionnelle de la famille, la centralité des racines chrétiennes de l’Europe et la critique de la « décadence occidentale [11] ». Les déconfitures de la crise de l’euro, de la crise migratoire et du Brexit d’une part, et l’anxiété que suscitent la cancel culture et le mouvement woke d’autre part ont également participé à accélérer ce mouvement.
Toutefois, l’influence effective de ce soft power conservateur est condamnée à rester marginale en Occident. Les médias sur lesquels il repose visent un public de niche composé de réactionnaires déjà convaincus par le discours du Kremlin. Ils n’ont que peu de pouvoir de séduction sur les publics réticents à ce discours et dépendent de la volatilité de l’opinion comme la crise ukrainienne tend à le montrer. Enfin, ils ne participent pas à enrayer les convictions antirusses en Pologne ou aux États-Unis par exemple.
Le soft power russe en France
La France s’est révélée être une des cibles privilégiées du soft power russe pour plusieurs raisons. D’abord, la France est depuis le XIXe siècle une terre d’accueil privilégiée pour les vagues successives d’exilés russes, dont la plus signalée fut bien sûr celle des Russes blancs après la révolution d’Octobre et la guerre civile [12]. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, la France s’est ensuite démarquée par la vitalité de son Parti communiste et par la proximité idéologique de certains de ses intellectuels avec les thèses marxistes de Moscou. Au même moment, la promotion gaullienne d’une Europe courant « de l’Atlantique à l’Oural » et d’une indépendance stratégique vis-à-vis de l’OTAN a créé au sein de l’opinion française un tropisme de rapprochement avec la Russie. Cette stratégie d’équilibre entre l’allié américain et le voisin russe a été récupérée par la droite française de François Fillon à Eric Zemmour en passant par Marine Le Pen. Plus récemment, Emmanuel Macron ouvrait…
>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<
[1] Marlène Laruelle, « Soft power russe. Sources, Cibles et canaux d’influence », IFRI, avril 2021.
[2] Marlène Laruelle, « L’idéologie comme instrument du soft power russe. Succès, échecs et incertitudes », Hérodote, 2017, N° 166-167, p. 23-35.
[3] La couverture médiatique occidentale de ces évènements a probablement été jugée unilatérale par les autorités russes et perçues comme une menace s’il n’y avait pas de médias alternatifs. On peut dater de ces évènements cette prise de conscience du besoin pour eux d’une presse favorable à la Russie au sein des démocraties libérales.
[4] À noter que le terme « conservatisme » ou « conservateur » est très peu utilisé par les autorités russes qui lui préfèrent « spiritualité », « traditions », « racines » et surtout « valeurs traditionnelles », in Marlène Laruelle, « Soft power russe. Sources, cibles et canaux d’influence », IFRICentre Russie/NEI, N°122, 2021.
[5] Marlène Laruelle, « L’idéologie comme instrument du soft power russe. Succès, échecs et incertitudes », Hérodote, 2017, N° 166-167, p. 23-35.
[6] Maxime Audinet, « Quel soft power pour la Russie ? », Diplomatie, n°40, août-septembre 2017, p. 48-49.
[7] Mark Galeotti, « The ‘Gerasimov Doctrine’ and Russian Non-Linear War », In Moscow’s Shadows, 6 juillet 2014.
[8] Mark Galeotti, « I’m Sorry for Creating the ‘Gerasimov Doctrine’ », Foreign Policy, 5 mars 2018.
[9] Ofer Fridman, « On the “Gerasimov Doctrine”. Why the West Fails to Beat Russia to the Punch », Prism, décembre 2019, p. 101-112.
[10] Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie.
[11] Op. Cit., Marlène Laruelle.
[12] Un quart des 1,5 à 2 millions de Russes contraints à l’exil émigrent en France principalement en région parisienne et dans le sud de la France.
Notre jeunesse victime du pédagogisme est-elle véritablement à plaindre ? L’ironie délicieuse de l’essayiste Bruno Lafourcade nous invite plutôt à la railler.
L’écrivain Bruno Lafourcade a enseigné le français et l’histoire durant quelques années dans un centre d’enseignement professionnel. Il a tenu un journal intitulé Leur Jeunesse[1] relatant sa dernière année avant de démissionner. En même temps, afin de « témoigner de [sa] stupéfaction croissante devant le monde », cet adepte du pancrace littéraire a confectionné un Sac de Frappe[1], sorte d’exutoire composé de pièces brèves, de notes ironiques, d’un relevé des propos et écrits de certains de nos contemporains parmi les plus nuisibles et abêtis par des relations endogames entretenues dans les viviers de la bêtise que sont les réseaux dits sociaux, les milieux dits culturels et les médias dits pluralistes.
Barbarie progressiste
L’auteur de Leur jeunesse propose dès l’introduction « d’enfoncer le clou », c’est-à-dire de continuer de dire et de répéter que notre école ne va pas bien et fabrique des crétins – pour reprendre l’expression de Jean-Paul Brighelli qui confirme ce terrifiant constat dans son dernier livre. L’idéologie égalitariste qui trône sur l’Éducation nationale depuis quarante ans a réduit en bouillie tous les apprentissages, aplatit toutes les ambitions, refusé la transmission de tous les savoirs : « Le “bac pour tous”, c’est comme la “culture pour tous” : ça commence avec Vilar pour quelques-uns ; ça finit avec Hanouna pour tout le monde. L’égalité, c’est le nom que les progressistes donnent à la barbarie. » Les élèves que Lafourcade doit préparer au bac pro ne savent quasiment pas lire ni écrire. Ils ne sont addicts qu’à leurs smartphones et à la glandouille. Ils ne sont pas foncièrement méchants mais ils ne comprennent rien et on ne les comprend pas non plus. Ils gargouillent une autre langue que la langue française. Ce n’est pas entièrement de leur faute, des scientifiques de l’éducation ont tout fait pour qu’on en arrive là. Si on ne leur a pas appris à lire et à écrire correctement, on leur a appris en revanche l’ouverture à l’autre et la tolérance, et l’enseignant doit faire avec des « programmes spectaculairement niais » : « Ainsi, en terminale, un chapitre s’intitule “Identité et diversité” » et la propagande pro-immigration ainsi que le nécessaire “respect de l’autre” sont confortés par la lecture de textes de Laurent Gaudé et de Jean-Jacques Goldman.
En histoire, ce n’est pas mieux. Le récit national étant par trop réactionnaire, on demande au professeur d’aborder “la nuit du 4 août” entre l’indépendance des Etats-Unis et celle de Saint-Domingue. Les élèves ne sauront rien de la chronologie des événements qui ont mené à la Terreur, mais au moins leur aura-t-on fourré dans le crâne que la Révolution française a permis l’abolition des privilèges féodaux de l’affreux Ancien Régime, celui d’avant la République et de ses inestimables « valeurs ». Pour le reste, ce sera le néant et des élèves continueront de croire que « Stalingrad est un dictateur pendant la guerre de 1930 ».
Abominations syntaxiques
Dans les copies de ses élèves, ces cimetières de la langue française, Lafourcade note, entre autres désastres, l’absence quasi-totale de la ponctuation, des majuscules et des accents. Il est confronté à des abominations syntaxiques, des lambeaux de phrases incompréhensibles qui reflètent la pensée déstructurée de ceux qui les ont scribouillés. Les représentants du personnel administratif, eux, usent d’une autre langue, peut-être encore plus détestable que celle des élèves, mélange de charabia managérial et de style bisounours, d’acronymes et de novlangue. Ainsi, le professeur Lafourcade est convié à une réunion « Pôle alternance : Perspectives » dans laquelle on l’invite à « favoriser le feed-back opérationnel permanent » et à « se dire les choses » mais « toujours avec bienveillance et respect ».
Bruno Lafourcade aimerait pouvoir dire qu’il plaint cette jeunesse mais il n’y parvient pas. Un soupçon de compassion passe aussi vite qu’il est apparu aussitôt qu’il est en présence de ces zombies scotchés à leurs téléphones, incapables de se parler sans s’insulter, incurieux, instagramisés, nombrilisés : « On n’a jamais vécu, il me semble, dans ce pays, et peut-être sur ce continent, dans ce culte de soi : on aurait eu honte de s’aimer à ce point », écrit-il en évoquant sa propre jeunesse, celle d’un homme né dans les années 60.
Mieux vaut en rire qu’en pleurer ?
Le style de Leur jeunesse alterne entre le désespoir et l’hilarité caustique que provoquent certaines situations ubuesques. Lafourcade ne cache pas son désarroi. Il rit jaune en constatant le résultat de quarante ans de pédagogisme, d’égalitarisme, de nivellement par le bas, de transformation de l’école en garderie sociale. Finalement, il envoie sa lettre de démission qui est une dénonciation définitive du “système éducatif” en même temps qu’un petit bijou d’écriture ironique et désabusée.
Nous imaginons que c’est afin de ne pas sombrer totalement dans la dépression et l’alcoolisme que Bruno Lafourcade a tenu, conjointement à Leur jeunesse, un autre journal dans lequel il savate, uppercute et donne des coups de pied au cul. Sac de frappe évoque les hauts faits des représentants les plus affligeants des basses œuvres progressistes et wokistes, ces journalistes, écrivains, sociologues, philosophes ou artistes qui martèlent la propagande sur la théorie du genre, le “racisme systémique” de la France, le nouveau monde “inclusif”, l’immigration heureuse, le privilège blanc, l’islamophobie des Français, la tolérance et l’ouverture à l’autre, etc. L’écrivain se fait amateur du noble art et, pour notre bonheur, distribue quelques beignes.
La maison Edgar Morin, éditrice du nouveau catalogue des idées reçues
Ses notes drolatiques sont savoureuses. Parmi mes préférées : « Je viens de protester auprès de l’Autorité de Régulation de la Publicité : hier soir, dans un spot télévisé, j’ai encore vu un couple de Blancs. Bon, c’était pour la “Convention Obsèques”, mais quand même. »
Ou encore : « Joe Biden […] restera pour moi l’auteur de ce raccourci inouï : “Les enfants pauvres sont tout aussi brillants et talentueux que les enfants blancs”. » L’actualité confirme que Sleepy Joe, alias Joe la gaffe, est entré en phase terminale d’endormissement cérébral total.
Ou aussi : « Notre grand jeu-concours “Mélangeons des mots pour avoir l’air cuistre” est désormais terminé. […] Et le vainqueur est encore Edgar Morin pour : “La conscience de la complexité est une stimulation à l’improvisation créatrice et salvatrice en situation incertaine et dangereuse”. (Twitter, 6 nov.) » Lafourcade précise que « le nouveau catalogue des idées reçues est à retirer auprès de la maison Morin, impasse du Pont-Cif, Paris 6e, France ». J’ajoute que ceux qui désirent profiter de la pensée « complexe » d’un de nos plus brillants faussaires intellectuels peuvent se rendre directement sur son compte Twitter et lire le résultat de presque cent ans de réflexion complexifiante : « On ne devrait se faire une opinion qu’après avoir examiné les points de vue divergents ou opposés. » (Tweet du 26 mars).
Sur deux modes différents, Leur jeunesse et Sac de frappe vitupèrent contre ceux qui ont fait de nos enfants des barbares, contre ceux qui ont détruit l’école et défiguré la langue, contre ceux qui nous obligent de plus en plus à nous tenir en retrait d’un monde devenu littéralement invivable. Lafourcade décrit ce monde défait dans un style toujours tendu et entrelaçant l’expression tragique et la tonalité comique. « L’éclat de rire est la dernière ressource de la rage et du désespoir », écrivait Hugo. Lafourcade, enragé et affligé tout à la fois, s’esbaudit quand même en découvrant dans les « paramètres » une rubrique qui lui demande ce qu’il compte faire de son compte Facebook après sa mort. Il conclut dans un éclat de rire : « Le Christ et moi sommes inquiets pour notre avenir : on croit de moins en moins en nous. »
[1]Leur jeunesse et Sac de frappe sont disponibles uniquement sur le site de l’éditeur : jeandezert-editeur.fr
Lui qui compte parmi les présidents les plus dépensiers de la Ve République, il propose un programme non crédible et hors de prix. Même Dominique Seux des Echos ou les journaux L’Opinion et Le Point, peu suspects d’anti-macronisme primaire, ne sont pas convaincus ! Revue de détail.
Pour essayer de comprendre le programme électoral du candidat Macron, il faut d’abord lire attentivement la brochure qui a été distribuée à des millions de Français dès la troisième semaine de mars. Dans un format de poche, sur 24 pages très remplies, une multitude de paragraphes sont consacrés chacun à un point précis de son programme. Nous en avons compté 114, soit 4 de plus que le candidat Mitterrand en 1981 et ses « 110 propositions pour la France »… Une façon de faire mieux que le socialiste qui, avec 14 ans, détient le record de durée à l’Élysée ?
Macron ou la moissonneuse-batteuse
Cela commence par « Augmenter les heures de français et de mathématiques en primaire », pour se terminer par « Assurer l’autonomie stratégique » de l’Europe, en passant par « Une politique ambitieuse pour la santé des femmes », « Augmenter la pension [de retraite] minimale à taux plein à 1 100 euros par mois », « Recruter 50 000 infirmiers et aides-soignants supplémentaires en Ehpad d’ici 2017 », « Renforcer le réseau des sous-préfectures à travers la France », tout en « simplifiant le mille-feuille territorial »…, « Supprimer la redevance télé », « Lutter contre le chômage des seniors », « Une offre abordable de voitures électriques pour tous », « Une extension du pass Culture » pour les plus jeunes, « Mieux maîtriser l’immigration », « Lutter contre les discriminations », création de « 200 nouvelles brigades pour plus de gendarmes en ruralité », « Continuer à faire reculer l’islam radical »…
En somme, un énorme patchwork dans toutes les cases possibles pouvant toucher un maximum de votants potentiels. La moissonneuse-batteuse Macron est passée partout. Pas un seul coin n’a été oublié. Assez curieusement, il n’y est jamais question d’argent, de moyens financiers, de comptes prévisionnels, de recettes chiffrées face à des dépenses listées, jamais ! Pas de ça entre nous ! Avec 114 dispositifs et promesses électorales, c’est très complet – tous les centres d’intérêt imaginables y sont traités –, très technocratique et, évidemment, très démagogique. Il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts. Assez curieusement, dans son introduction, le président sortant écrit que « dans le contexte imprévisible que nous traversons, présenter un catalogue infini de mesures ne serait pas crédible » et c’est pourtant précisément ce qu’il fait : un « catalogue infini » qui n’est « pas crédible »…
50 milliards d’euros par an de dépenses nouvelles
Encore moins crédible si l’on ouvre le dossier « Finances » de son programme à tiroirs, résumé dans un « document de chiffrage » communiqué à certains journalistes économiques de confiance qui ne semblent pas tous avoir été convaincus, et de loin, à commencer par le directeur délégué des Échos, Dominique Seux. Dans son billet quasi quotidien du 21 mars dernier, il écrit qu’Emmanuel Macron « promet 50 milliards d’euros [par an] de dépenses nouvelles [santé, éducation, etc.] et de baisses d’impôts [redevance audiovisuelle et CVAE des entreprises]. Autant de recettes, poursuit-il, sont dès lors nécessaires, et même davantage pour diminuer les déficits. Or, le candidat-président table sur 35 milliards d’euros tirés de la modernisation de l’État et d’économies de “coûts de fonctionnement”. C’est peu dire que cela mérite d’être précisé ! »
Le quotidien L’Opinion, de son côté, met carrément en cause la crédibilité de cette promesse de 35 milliards d’euros d’économies, « la réduction des dépenses de fonctionnement de l’État étant l’angle mort d’Emmanuel Macron jusqu’à présent ». Jade Grandin de l’Éprevier remarque qu’une importante source de financement est « basée sur une hypothèse très volontariste : le fait que la France atteigne le plein-emploi en 2027, grâce à la réforme de l’assurance chômage et à la politique de l’offre ». La journaliste de L’Opinion donne la parole à François Ecalle, un ancien magistrat de la Cour des comptes, fondateur du site Fipeco.fr consacré aux finances publiques, qui se déclare « très sceptique » : le problème numéro 1 d’après lui est qu’« il n’y a pas de réduction structurelle du déficit. Tous les gouvernements passés ont espéré que la croissance serait formidable, mais l’expérience a montré que c’était rarement le cas ».
Pour Le Point, enfin, c’est bien simple : « Le programme d’Emmanuel Macron est tout sauf un programme de rigueur. » Les 50 milliards d’euros de dépenses annuelles prévues par le candidat sont contrebalancés par 50 milliards de diminution de dépenses, mais « encore faudrait-il que les économies promises soient crédibles », écrit le journaliste Marc Vignaud le 22 mars. Lui aussi parle de « crédibilité »…
Toutes ces promesses non tenues…
Rappelons-nous certaines des promesses du président non tenues comme son engagement de redresser les comptes publics pendant son quinquennat. Or, sur les deux années 2020 et 2021, la France s’est endettée à hauteur de 420 milliards d’euros, le déficit cumulé de la balance commerciale a dépassé les 150 milliards et devrait encore « avoisiner les 100 milliards rien qu’en 2022 », selon le sénateur Vincent Delahaye, vice-président du Sénat, lequel ajoute, dans une chronique à L’Opinion (le 26 janvier) : « Le candidat Macron avait mis en avant (en 2017) quatre objectifs à atteindre durant le quinquennat. C’était la fameuse quadrilogie 1-2-3-5 : – 1 point de PIB de prélèvements obligatoires, – 2 points de PIB de déficit public, – 3 points de PIB de dépenses publiques, – 5 points de PIB de dette publique. Seule la première promesse devrait être tenue. »
En fait, Emmanuel Macron ne tient pratiquement jamais ses promesses. En présentant son programme électoral à la presse le 17 mars, il n’a pas hésité à déclarer : « J’ai tenu tous les engagements que je pouvais tenir », ajoutant : « Les deux choses que je n’ai pas réussi à faire sont la réforme des retraites, arrêtée par la pandémie, et la réforme des institutions, car je n’ai pas eu la majorité politique pour pouvoir la faire avancer. » Alain Mathieu, un polytechnicien docteur en économie qui a dirigé de grandes entreprises, aujourd’hui président d’honneur de Contribuables Associés, a rappelé le 24 mars sur le site de l’Irdeme, un site géré par des dirigeants d’entreprises bénévoles, que la réforme des retraites qui avait pourtant été votée par les députés a été « suspendue » par le président essentiellement à cause de l’opposition syndicale et non en raison de la pandémie. Quant à la réforme des institutions, elle aurait pu être réalisée d’après lui si Emmanuel Macron avait insisté.
Jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre…
Et pour faire bon poids, Alain Mathieu de rappeler un certain nombre des réformes promises en 2017 par le président et non exécutées : « Nous créerons un versement social unique » remplaçant toutes les allocations sociales. « Toute peine prononcée sera exécutée. » « Nous construirons 15 000 places de prison. » « Nous supprimerons au moins un quart des départements. » « Nous supprimerons 120 000 emplois dans la fonction publique. » Résultat : 176 000 nouveaux fonctionnaires recrutés au cours des quatre dernières années calendaires ! Le plus extraordinaire dans le programme du candidat Macron, c’est qu’il se contente de reprendre les principales promesses financières du président Macron lors de la dernière loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, à l’automne dernier : un retour en 2027 sous un déficit de 3 % – nous en sommes à 6,5 % en décembre dernier -, et un reflux de la dette à partir de 2026, grâce à une maîtrise des dépenses.
Rappelons au candidat Macron que la dette de l’ensemble de nos administrations publiques a augmenté de près de 540 milliards d’euros depuis la fin de l’année 2017 ! Non seulement Emmanuel Macron ne tient pas la plupart de ses promesses, mais il aggrave encore son cas en matière de dépenses. S’il est réélu président, il est clair qu’il saura dépenser sans problème et chaque année les 50 milliards d’euros supplémentaires qu’il a prévu de dépenser. Étant très généreux avec l’argent de ses concitoyens, il dépensera même sûrement plus, et peut-être même beaucoup plus. En revanche, quand il lui faudra trouver 50 milliards de recettes nouvelles tous les ans, sans augmenter massivement les impôts, ce sera une autre paire de manches : il continuera d’augmenter les dépenses publiques et les dettes jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre…
Par lâcheté, l’université française laisse s’effondrer le niveau général, ferme les yeux sur un islamisme conquérant, sans oublier les fraudes et incivilités de plus en plus courantes. Un naufrage programmé que refusent de vivre certains professeurs.
Parisienne de naissance, j’ai continué mes études supérieures aux États-Unis. J’ai commencé à enseigner alors que j’étais doctorante à l’université de Berkeley en Californie. Les conditions me paraissaient idéales : des classes de 15-20 étudiants, tous très motivés et persévérants, quasiment jamais d’absentéisme ni même de retards. À cette époque, le coût des études n’était pas aussi exorbitant qu’aujourd’hui mais impliquait néanmoins que presque tous mes étudiants eussent un emploi rémunéré le soir, le week-end et pendant les vacances. Aucun ne s’en plaignait et s’absenter ou perturber un cours était pour eux impensable.
« Je m’en fiche de vos cours, moi c’que j’veux, c’est la bourse. »
Berkeley est un campus de tradition progressiste qui milite sur tous les fronts depuis la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, et qui reste très engagé dans une politique de discrimination positive : la sélection des enseignants-chercheurs et des étudiants s’opère selon des critères d’excellence mais aussi en fonction de quotas de genre et d’origine ethnique. J’ai assisté, incrédule, à l’émergence de nouveaux départements et cursus universitaires : Gender studies,African-American studies,Asian studies,Native American studies,Women studies et j’en passe. En tant qu’enseignante, il aurait été de bon ton que je sois féministe et, encore mieux, lesbienne (mais hélas, je ne suis ni l’un ni l’autre). Par chance, être blanche n’était pas encore considéré comme un péché.
Les années passant, je me suis lassée de ce vase clos, dans lequel nous tournions sagement en rond comme des poissons dans un joli bocal exotique. J’ai choisi de rentrer en France pour sa liberté de ton, son irrévérence, son esprit critique. J’ai donc débarqué à Paris, forte de mes illusions, et j’ai intégré un UFR parisien du 6e arrondissement pour enseigner la civilisation britannique et américaine en licence. Et là, j’ai découvert un tout autre monde.
Des classes surchargées (jusqu’à 60 inscrits sur les listes d’appel) mais, m’a-t-on tout de suite expliqué, vu le taux d’absentéisme, je tournerais autour d’une vingtaine d’étudiants ; ce fut le cas, et souvent je terminais l’année avec à peine une dizaine d’entre eux. En revanche, les jours de partiel tout ce petit monde déboulait, quitte à rendre copie blanche, pour la simple raison que la seule obligation pour que leur bourse soit renouvelée est de signer la feuille de présence aux examens. Selon les chiffres de l’UFR et selon les années, jusqu’à 80 % des étudiants en première année ne passent pas en deuxième. Beaucoup redoublent ou triplent leur année. L’un d’eux, que j’interrogeais sur son absentéisme, me fit cette réponse : « Je m’en fiche de vos cours, moi c’que j’veux, c’est la bourse. »
Des élèves incultes et indisciplinés
Il se trouve que la quasi-totalité de ces étudiants est d’origine maghrébine et africaine et que de nombreuses filles sont voilées. Ils intègrent l’enseignement supérieur avec un bac pro, mais sont très vite complètement largués. Certes, ils n’en sont pas les seuls responsables, mais leur maîtrise de la grammaire est médiocre, leur champ lexical pauvre et sans nuances, leur culture générale pratiquement inexistante ; ils s’en rendent bien compte mais s’en fichent complètement, quand ils ne trouvent pas ça plutôt drôle.
À ma charge donc d’abaisser le niveau d’enseignement pour être audible, mais aussi de leur inculquer les codes de politesse élémentaire : on ne tutoie pas son professeur, on ne fait pas irruption quand le cours est commencé sans frapper à la porte et sans demander l’autorisation d’entrer, on enlève la casquette et les écouteurs, on ne répond pas à des appels téléphoniques en cours (de surcroît en arabe), on ne se déplace pas pour parler à son pote à l’autre bout de la pièce, etc.
Des élèves qui insultent, menacent et trichent en toute impunité
À d’innombrables reprises, ces simples consignes ont donné lieu à des insultes et menaces (allant jusqu’à la formule : « Toi un jour, j’vais t’découper en morceaux »). J’ai fait plusieurs fois appel aux agents de sécurité pour qu’ils évacuent les énervés incontrôlables et menaçants. Lors d’un partiel, en mai, une bande d’excités a exigé avec grand fracas que j’annule l’examen et donne la moyenne à tout le monde puisqu’il faisait trop chaud à leur goût ce jour-là. Cette fois encore, j’ai dû faire évacuer l’amphi par les agents de sécurité. La scène avait été filmée par les caméras de surveillance, mais ma hiérarchie n’a pas jugé utile d’identifier les excités. Une fois de plus, personne n’a été convoqué et aucune suite n’a été donnée. Une autre fois, un étudiant est arrivé avec trente minutes de retard et comme je refusais de lui donner le sujet d’examen et lui demandais de sortir, furieux, il a jeté par terre tout ce qui se trouvait sur mon bureau en hurlant des injures. Les cas de triche avérée pendant les examens sont légion, mais ne sont jamais sanctionnés : selon ma hiérarchie, il est trop compliqué d’organiser un conseil de discipline.
Devant mon inquiétude grandissante d’être agressée quand les cours se terminent tard le soir et que les étages sont désertés, l’assistante pédagogique m’a conseillé de me munir d’une bombe lacrymogène, comme elle.
Islam et confiserie
Peut-être qu’un jour je trouverai le courage de rassembler en une compilation les innombrables moments de confrontation avec la bêtise, l’injure et l’ignorance crasse, sans oublier la lâcheté de ma hiérarchie. En attendant, et pour terminer sur une note plus comique, voici l’histoire du voile et du bonbon. À la fin d’un cours, je me retrouvai seule dans la classe avec deux étudiantes voilées, fraîchement arrivées en France. Affichant un sourire forcé que je tentai de rendre bienveillant, je me risquai à leur demander pourquoi, maintenant qu’elles étaient en France et donc libres, elles continuaient à porter leur voile. Petits gloussements gênés de leur part, puis l’une d’elles se décide à me répondre : « Imaginez deux bonbons : l’un est emballé dans un joli papier et donne envie, mais l’autre n’a plus de papier, il est moche et a déjà été sucé. Lequel choisissez-vous ? »
Ahurie et affligée, j’ai été prise d’un fou rire nerveux et me suis dépêchée de sortir ; elles aussi ahuries, n’ont pas compris ma précipitation.
P.-S. : J’ajoute que bien évidemment j’ai aussi rencontré d’excellents élèves qui m’ont donné le courage de continuer. Mais après vingt années de service, je tire ma révérence et pars m’installer en Italie.
La presse internationale est persuadée que Vladimir Poutine a recours à des injections de toxine botulique pour garder un front bien lisse. Mais le produit pourrait venir à manquer suite à l’invasion de l’Ukraine.
Depuis la guerre en Ukraine, l’état psychologique de Vladimir Poutine est l’objet de spéculations incessantes de la part de commentateurs médiatiques et de spécialistes médicaux en Occident. Mais son état physiologique inspire aussi de la curiosité, ou pour être plus précis, l’état de sa physionomie.
Depuis plus de dix ans, la presse occidentale s’interroge sur les changements frappants que présente son visage avec le passage du temps, changements qui sont généralement attribués à un recours régulier à la chirurgie esthétique.
Vlad l’empailleur
C’est le quotidien britannique de gauche, The Guardian, qui ouvre le bal en septembre 2011. Les modifications visibles sur le visage du leader russe (alors Premier ministre) depuis qu’il a participé à une réunion à Kiev en octobre 2010 avec une grande ecchymose autour d’un œil, alimentent la spéculation en Russie concernant un recours possible à la chirurgie esthétique. L’article cite un internaute qui a même suggéré que le lifting pourrait avoir pour but de contrer l’accusation selon laquelle, dans le milieu politique russe, il n’y aurait pas de visages nouveaux.
Le même mois, un quotidien de droite, The Daily Mail, sous le titre « From Russia with Botox » (« Bon Botox de Russie »), relève les changements visibles dans la physionomie de Poutine lors de son apparition à un congrès de son parti. Attribuant l’absence de rides à de généreuses injections de botox, le journal croit discerner des interventions esthétiques sur les joues, les arcades sourcilières et les poches sous les yeux. Interrogés, des chirurgiens esthétiques britanniques – jalousie professionnelle ? – critiquent un travail excessif voire bâclé. Néanmoins, Poutine serait en bonne compagnie, car d’autres chefs à tendance autoritaire, comme Berlusconi et Kadhafi, seraient également accrocs à la chirurgie rajeunissante.
Les années passent et les médias étrangers prolongent ces réflexions de temps en temps. Mais les spéculations repartent de plus belle en novembre 2021, suite à une rencontre avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, où le chef d’Etat russe a le visage encore plus bouffi que d’habitude. Est-il malade ou est-ce le résultat d’injections de toxine botulique et autres coups de bistouri ? En février 2022, le tabloïde anglais, The Daily Express, commente l’absence de rides et l’inexpressivité apparente des yeux chez Poutine. Le journal y voit des preuves probables d’interventions esthétiques qui sont de nouveau jugées excessives par un chirurgien de Manchester consulté pour l’occasion.
Ça se dégonfle ?
Le 6 mars, le quasi-homonyme français du journal anglais, L’Express, revient sur la question en interviewant François Hourmont, professeur de sciences politiques à l’université d’Angers, auteur d’un livre récent sur le « capital esthétique » des gouvernants, Pouvoir et beauté. Le tabou du physique en politique (Presses universitaires de France, 2021). Selon le chercheur, la chirurgie esthétique aurait transformé l’ex-agent du KGB en « un double monstrueux de lui-même ». Il a également commenté le paradoxe d’un homme si soucieux de son image macho ayant recours à des techniques de rajeunissement plutôt associées à la vanité féminine. Ce serait le résultat de l’obsession de certains hommes de pouvoir avec leur image.
C’est une dizaine de jours plus tard que tombe une nouvelle inquiétante, apte cette fois à accélérer le vieillissement de Poutine. L’agence Reuters annonce que, parmi les sociétés pharmaceutiques qui, pour respecter le programme de sanctions décidé par les États occidentaux, mettent fin à toutes leurs activités en Russie concernant des produits non-essentiels, se trouve AbbVie, le fabricant du botox.
Quelles en seront les conséquences pour le leader russe ? Que va faire l’homme fort du Kremlin ? Va-t-il devoir se montrer en public, les joues creuses et le front ridé, comme un Dorian Gray devenu enfin identique à son vrai portrait de vieillard déformé ? Le tabloïd numérique américain, The Daily Beast, se frotte les mains devant une éventuelle déconvenue pour celui qui a ordonné l’invasion de l’Ukraine.
Il faut ajouter que, à part le botox, le Cialis, un rival du Viagra, va également manquer en Russie. La vie sexuelle des Russes, de même que l’image des mâles machistes vieillissants, risque de prendre un sacré coup. La chirurgie esthétique ne cesse de progresser sur le marcher russe. En 2019, le pays est arrivé en quatrième position pour le nombre total d’interventions, après le Brésil, les États-Unis et le Mexique. La clientèle est bien entendu composée très majoritairement de femmes. Elles sont de plus en plus jeunes car se trouvant sur un marché matrimonial où la concurrence est impitoyable. Chacune doit faire le maximum pour attirer – et ensuite garder – un époux. S’embellir est le mot d’ordre, quoi qu’il en coûte… Hélas, les effets de ces sanctions sur le peuple russe et son chef d’État risquent d’être très limités. Les Russes auraient déjà développé leurs propres alternatives au botox : le Miatox et surtout le Relatox qui aurait été mis sur le marché dès 2014.
Le seul hic, c’est qu’il faudra un peu de temps avant que les fabricants russes ne produisent ces produits en assez grand volume pour compenser la disparition brutale du botox. Vladimir Poutine peut donc aller de l’avant, le front serein (et lisse), le sourire aux lèvres (mais pas dans les yeux).
Pour son 15ème long-métrage, le réalisateur Jean-Jacques Annaud nous offre un film impressionnant et réaliste.
Lundi 15 avril 2019, 18 h 17. L’alarme incendie de Notre-Dame se déclenche. Le chef de la sécurité, dont c’est le premier jour de poste, signale immédiatement l’alerte. La messe en cours est suspendue au grand agacement du prêtre officiant, habitué aux dysfonctionnements de la détection incendie ; les touristes sont évacués. Un vigile -asthmatique- monte examiner la charpente, mais ne trouve rien. Il n’a pas vu ce qu’une caméra a montré au spectateur : la cigarette allumée, poussée par le vent dans la charpente en bois, et dont la fumée a activé le détecteur incendie.
Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes
Les touristes sont alors invités à revenir dans l’édifice. Ils sont partout: la scène inaugurale suit d’ailleurs des guides présentant en différentes langues Notre-Dame à leurs ouailles en goguette. Elle témoigne assez finement de l’immense symbole qu’est la cathédrale, et montre simultanément l’intense activité touristique qu’elle génère, les visiteurs étant nettement plus nombreux que les fidèles assistant à la messe.
Lorsque l’alarme se répète, le vigile retourne examiner la charpente, et ne constate toujours rien d’anormal. Ses propos sur les nombreux dysfonctionnements du système anti-incendie qui n’ont pas été pris en considération donnent un écho terrible au rapport de Paolo Vannucci commandé par Manuel Valls en 2016, qui concluait à la nécessité de remédier à la quasi-inexistence de systèmes de protection de la toiture contre l’embrasement… mais ne fut pas utilisé à l’époque. Lorsque le vigile referme la porte, les fumées montent déjà dans le ciel derrière lui – et les passants commencent à prendre des photos.
Un hymne aux pompiers?
Finalement alertés par des signalements téléphoniques, les pompiers de Paris partent en mission. Ils deviennent alors les principaux protagonistes du film, luttant pour sauver Notre-Dame des flammes pendant plusieurs heures, parfois malgré elle, tant sa structure et l’exigüité de certains accès gênent leur progression. On se prend à enrager contre tous les éléments qui ralentissent leur avancée: embouteillages et foules compactes, gouttes de plomb fondu trouant les lances anti-incendie, méconnaissance du vocabulaire spécialisé et du lieu qui ralentit leur recherche des saintes reliques, absence du régisseur qui a accès à des clés utiles, etc. Lucide, le général Gallet comprend rapidement que l’incendie va avoir des répercussions politiques : « Ça va débarquer de partout : les officiels, les politiques, les célébrités. On va avoir deux feux à gérer ».
Notre-dame de Paris. Auteurs : HOUPLINE/SIPA.
Extrêmement bien documenté, le film évite l’écueil facile de transformer les soldats du feu en héros extraordinaires dotés de caractéristiques morales surhumaines. Il nous donne à voir leur courage professionnel quotidien, eux qui réalisent en même temps que les témoins la gravité de la situation. Leur esprit d’entraide et leur code moral prennent alors tout leur sens, leur permettant de se secourir les uns les autres tout en surmontant leurs différences pour affronter un ennemi supérieur. Une scène marquante montre d’ailleurs un désaccord entre un pompier et son officier, qui ne prend pas en compte son avis. Le premier ironise en lançant au second que lui « n’a pas la chance d’avoir des parents riches ni d’avoir fait une école d’officiers » . Plus tard, l’officier écoutera cette fois le conseil de son subordonné, qui a identifié un foyer susceptible d’être circonscrit. En y envoyant une équipe, ils parviendront à éteindre l’incendie, après 15 heures de lutte, ensemble dans ce brasier.
Finalement, le film n’est pas un hymne aux pompiers ; il montre des pompiers qui sont eux-mêmes un hymne au courage, à l’entraide, et à l’abnégation. Ils luttent contre l’ennemi qu’ils ont choisi en embrassant cette carrière.
Un « ennemi charismatique »
Cet ennemi, c’est le feu, « le plus charismatique des méchants », dixit Jean-Jacques Annaud. On ne peut que lui donner raison, tant les pluies d’étincelles, l’enfer du brasier, les effondrements enflammés et la perfidie des flammes constituent des éléments cinématographiques extrêmement impressionnants visuellement.
Le feu colore certaines scènes de façon infernale – la tentative d’identification infructueuse du foyer principal de l’incendie par exemple-, et en nimbe d’autres d’un halo quasi-surréaliste, donnant une dimension mystique à la recherche de la couronne d’épines du Christ. Sa violence en fait l’antagoniste principal du film, projetant les pompiers sur plusieurs mètres lorsque le plafond de la nef s’effondre. En prenant le parti de privilégier plutôt des plans fixes travaillés la caméra à l’épaule, Annaud donne à voir des tableaux spectaculaires qui donnent au film sa véritable dimension cinématographique et visuelle.
Le feu incarne ici le Mal immatériel qui sourd partout, et hurle férocement. Par moments, le spectateur devient le témoin d’une lutte entre Satan et Dieu, représentés respectivement par les flammes et Notre-Dame. Seule la véracité des faits présentés lui rappelle que ce qu’il voit a bien eu lieu dans le monde réel.
La dernière bataille contre l’incendie, scène marquante
L’ultime tentative des pompiers sera la bonne. Alors que l’un d’eux – le seul pompier resté sec, capable donc de s’aventurer au plus près du feu – lutte contre le foyer proche du bourdon pour éviter l’effondrement de la cloche colossale, celui qui a permis d’entreprendre cette dernière bataille entend les chants d’espoir venus de la foule.
Cette scène, qui utilise des images d’archive, nous rappelle avec émotion que la foi s’est trouvée magnifiée ce 15 avril, alors que des Chrétiens se sont mis spontanément à entonner en foule le « Je vous salue Marie » et d’autres prières. Aidé par un montage remarquable et efficace, le réalisateur choisit ici d’entremêler les images de fidèles chantant et celles de la bataille de la dernière chance contre le feu. Les chants sacrés sont transfigurés, et cette catharsis spontanée devient l’outil indispensable à l’ultime exorcisme permettant la victoire des pompiers.
Émouvant sans le vouloir, impressionnant à dessein, le film donne matière à une réflexion sur l’état de la foi catholique, parfois plus vivante qu’il n’y paraît, mais menacée par des hérésies modernes comme le matérialisme, l’économisme ou la perte de transcendance. Avec « Notre-Dame brûle », Jean-Jacques Annaud montre encore une fois la formidable maîtrise de son art et son talent unique de cinéaste régulièrement capable d’utiliser le réel pour le dépasser et édifier le spectateur.
Le succès des événements organisés pour la mort de l’Empereur a prouvé que les Français sont moins complexés que leurs dirigeants politiques face à l’histoire. Malgré les assauts de la cancel culture, la passion napoléonienne a de beaux jours devant elle.
Alors que nombreux étaient ceux qui prévoyaient ou redoutaient un bicentenaire de la mort de Napoléon en demi-teinte, voire un complet ratage, l’événement a eu lieu, tout au long de l’année 2021 et dans des proportions inattendues. La simple réalité « comptable », ici limitée à la France, conduit à cette conclusion : 500 événements organisés sous le label « 2021 Année Napoléon » créé par la Fondation Napoléon et regroupant 150 partenaires ; près de 300 000 visiteurs à la grande exposition « Napoléon » de La Villette et près de 60 000 à celle du Musée de l’armée sur la mort de l’Empereur ; près de 130 000 exemplaires vendus des 70 livres parus entre janvier et décembre 2021 ; une vingtaine de numéros spéciaux de magazines qui ont quasiment tous dépassé les ventes des hors-séries habituels ; une dizaine de documentaires spécialement réalisés et un nombre considérable de rediffusions à la télévision ; des podcasts à foison ; des réseaux sociaux en ébullition, la seule Fondation Napoléon enregistrant des hausses de fréquentation de 160 % sur Twitter, 100 % sur Facebook, 177 % sur YouTube et environ 3 millions de pages vues sur ses sites internet au premier semestre, dont plus de la moitié en avril et en mai. On a parlé de Napoléon sur toutes les chaînes de télévision et de radio, les journées entourant le 5 mai, jour anniversaire de sa mort, en 1821, battant tous les records.
Une mobilisation spontanée, largement populaire
Comparable en volume à ce qui s’était passé en 1969 pour le bicentenaire de la naissance du grand homme, ce qui s’est passé l’an dernier diffère fondamentalement par les origines de la vague. Alors qu’il y a cinquante et un ans, c’est le gouvernement, aiguillonné par le général de Gaulle, qui s’était chargé de stimuler la création et d’organiser les cérémonies, on a cette fois assisté à un bicentenaire « par le bas », venu d’institutions nationales parfois, mais le plus souvent montant d’organisations locales, publiques ou associatives. Une sorte de mobilisation spontanée, largement populaire. Car autant qu’on puisse le savoir, le public concerné se composait de femmes et d’hommes de tous âges, de toutes catégories sociales, de toutes origines. Et ceci malgré la pandémie, ses assignations et ses jauges.
On ne saurait dire que l’État est resté en dehors du mouvement, car les grandes institutions ont toutes eu leur programme napoléonien, cependant les plus hautes instances ont eu du mal à le rejoindre. Prudente et se croyant sans doute portée par le vent woke qui souffle sur son ministère de la Culture, Roselyne Bachelot semble avoir beaucoup fait pour mettre des bâtons dans les roues de ceux qui dépendent d’elle, avant de s’abstenir de toute participation officielle aux festivités. Incertains sur la position finale de leur patron présidentiel, certains se sont soigneusement tenus cois, d’autres se hasardant à quelques sorties prudentes. La plus osée fut sans conteste celle de Geneviève Darrieussecq, qui autorisa le Musée de l’armée, dont elle a la tutelle comme ministre déléguée aux Anciens Combattants, à organiser une exposition d’art contemporain dont la « performance » la plus affreuse fut de suspendre un squelette de cheval en plastique au-dessus du tombeau des Invalides, « œuvre » due à son compatriote de Mont-de-Marsan, Pascal Convert. Mal lui en prit puisque les protestations furent nombreuses et vives, sans qu’elle recule d’ailleurs, ce qu’on saluerait presque si le symbole d’irrespect d’une nécropole nationale n’était aussi flagrant.
Dès le départ se posa donc la question de la participation d’Emmanuel Macron à ce bicentenaire. Fallait-il qu’il célèbre, qu’il commémore, qu’il ne fasse rien ou y aille en grande pompe ? On ergota et on joua sur les mots pendant des semaines avant que Gabriel Attal révèle au détour d’une phrase que le président « interviendrait ». Et, en effet, il intervint. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est la mobilisation nationale qui l’y a poussé, même si probablement se « mesurer » à un des plus grands hommes de notre histoire le démangeait, en même temps que son désir de faire oublier ses regrettables déclarations passées sur l’histoire et la culture françaises. Après de vifs débats au sein de son équipe, dont l’écho a dépassé les portes de l’Élysée, Emmanuel Macron a honoré de sa présence les deux cérémonies nationales du 5 mai.
Une part de nous
Sous la coupole de l’Institut, il a d’abord prononcé un discours ciselé sur son « prédécesseur » dont il a vanté l’œuvre, sans oublier évidemment de rappeler qu’il avait rétabli l’esclavage, fait adopter une législation inégale entre le mari et l’épouse, pas mal guerroyé et fait preuve d’excessive autorité. Mais en affirmant que Napoléon était « une part de nous », l’orateur a, si l’on ose dire, sifflé la fin de la récréation. Certains s’étaient en effet donné rendez-vous pour tenter de gâcher le bicentenaire. Passons sur la proposition de Louis-Georges Tin, reprise par des groupes indigénistes, d’expulser la dépouille de l’Empereur des Invalides, qui n’a provoqué que haussements d’épaules. Passons aussi sur les projets du maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, qui entendait retirer la statue équestre de l’Empereur de devant sa mairie et a largement été désavoué par sa population. Plus sérieusement, l’annonce du bicentenaire avait été marquée dès le début de l’année 2021 par les polémiques et les « accusations » habituelles visant le gouvernement napoléonien, avec en tête le rétablissement de l’esclavage en 1802 et le statut de l’épouse du Code civil de 1804, assaisonnés d’idées reçues sur le bilan des guerres ou la « tyrannie » du régime. Sur toutes ces questions, pour une fois, les historiens étaient sortis de leur silence et avaient avec succès expliqué (qui n’est pas justifier ou excuser) et contextualisé ces questions. Le soufflet était donc retombé et ouvrait la voie au président de la République. On ne peut que se réjouir qu’il l’ait empruntée dans son bref discours.
Deuxième événement du 5 mai, Emmanuel Macron se rendit aux Invalides et fit déposer (sans la toucher) une gerbe sur le tombeau de l’Empereur. Il inclina même légèrement la tête avant l’interprétation de La Marseillaise – de 33° peut-être, car 34° auraient été trop et 32° pas assez. C’est ce qu’on pourrait appeler de la symbolique millimétrée. Puis Mme et M. Macron rentrèrent chez eux et on n’en parla presque plus. Le « en même temps » avait trouvé sa place en ce jour de bicentenaire non dans le discours, mais dans l’absence de faste de ces deux moments expédiés en un temps record, qui plus est sans public, Covid oblige. Le chef de l’État a dès lors fait plaisir à tout le monde : ni trop ni trop peu, avec respect des gestes barrières.
Ne faisons pas la fine bouche : la mobilisation et l’intérêt populaires, la parole des historiens et la position d’Emmanuel Macron font que la raison l’a exceptionnellement emporté sur la cancel culture, le woke, le féminisme extrême, l’indigénisme et autres dangers qui guettent les sciences humaines. Que faire à présent de ce relatif mais fragile succès ?
Les événements du bicentenaire ont permis de confirmer plusieurs phénomènes précédemment constatés, parfois contradictoires d’ailleurs. Résumons-les en quatre points principaux.
Le public est largement composé d’hommes – pas forcément des « mâles blancs » – de moins de 20 ans ou de plus de 40 ans. Il y a donc un « trou » chez les 20-40 ans. Il est vrai que c’est l’époque de la vie où l’on bâtit sa carrière et que, si l’on garde le contact avec ses centres d’intérêt de jeunesse, on n’y sacrifie qu’à la marge : lectures espacées ou visionnage de documentaires le plus souvent, mais quasiment pas d’engagement associatif ou de déplacements. C’est du Napoléon à domicile que l’on recherche. En revanche, le public « jeune », entre 12 et 20 ans, a tendance à augmenter, conséquence de la refonte des programmes scolaires qui, enfin, font une place à l’histoire du xixe siècle.
Autre constat, la quasi-disparition des associations à vocation nationale, remplacées par des relais locaux. Ainsi, le Souvenir napoléonien, qui revendiquait environ 4 500 membres au début des années 1980 est aujourd’hui tombé à moins de 1 000. En revanche, des associations locales sont nées et se montrent très actives, autour de personnalités qui leur donnent leur temps et leur imagination. La conséquence en est qu’une fois ces bonnes volontés épuisées, la structure risque de disparaître… tandis qu’une autre peut renaître ailleurs.
Les reconstitutions historiques en plein essor
Cela étant, les manifestations napoléoniennes ont toujours du succès, depuis les conférences jusqu’aux reconstitutions, très en vogue depuis une vingtaine d’années, et désormais prises en charge par des collectivités locales. Cette « histoire vivante » aux retombées économiques appréciables continue à se développer et plusieurs établissements universitaires, privés comme publics, ouvrent des masters pour former de jeunes historiens à la création, l’organisation et à la gestion de ce type d’événements.
Enfin, comme dans de nombreux domaines, les réseaux sociaux et les sites internet deviennent un lieu d’expression de la passion napoléonienne mais aussi, c’est heureux, de diffusion d’une information historique vérifiée. Si le livre est loin d’être mort, si les magazines spécialisés conservent leurs lecteurs, si la télévision classique a encore un large public, cette nouvelle forme d’information et d’apprentissage ne doit pas être négligée. C’est « ensemble », dans des communautés et des groupes d’intérêt, que les gens veulent aujourd’hui apprendre et comprendre l’histoire.
Au cœur de notre identité
Reste à savoir ce qui intéresse ce public. Napoléon et son règne demeurent des produits phares des études et de l’intérêt historiques. Mais la façon de les aborder se modifie sensiblement et le bicentenaire n’a fait que confirmer ce que l’on pressentait. C’est le « sens de l’histoire » qui doit être développé aujourd’hui, sans négliger les bases chronologiques et événementielles. Prenez l’histoire militaire : celle des campagnes et des batailles laisse place à l’anthropologie qui, pour les guerres napoléoniennes, est encore dans l’enfance ; on descend maintenant au niveau du soldat, de ses sentiments, de ses peurs mais aussi de son rapport à la gloire. Même phénomène en histoire politique où les thèmes transversaux prévalent sur les grands événements : État de droit, politique de réconciliation, méritocratie, etc. L’histoire de l’art est elle aussi chamboulée : l’étude des œuvres ne suffit plus, elle doit être contextualisée et mise en perspective, presque « en politique ». Et bien sûr, les questions qui ont fait polémiques prennent une importance grandissante, même si celles de l’esclavage ou de la place de la femme n’ont jamais été négligées par les historiens, contrairement à ce qu’on laisse croire parfois. Reste toutefois à en limiter les dérives contemporaines.
Finalement, ce bicentenaire a prouvé qu’on aurait tort de compter pour rien la « passion napoléonienne » des Français. Qui plus est, le règne napoléonien concentre la plupart des grands enjeux de l’histoire politique, administrative, sociale, militaire et diplomatique de notre pays. Une œuvre colossale et multiforme accomplie en quinze ans. Ajoutons qu’il plaça des dirigeants et des peuples aux pieds de montagnes de problèmes et de questions couvrant tout le spectre des possibles (et des impossibles), notamment parce que l’ancienne légitimité n’était pas encore morte et que la nouvelle ne s’était pas encore totalement imposée. Un carrefour de deux époques, un peu comme ce que nous vivons actuellement.
Par ses échos contemporains, le règne et l’œuvre de Napoléon continueront encore longtemps à déchaîner les passions et à être au cœur de notre identité comme de nos réflexions. L’Empereur est finalement le seul personnage vivant de notre histoire.
La nouvelle vague de terrorisme qui frappe Israël ne remet pas seulement en cause la sécurité quotidienne des Israéliens, mais elle interroge la validité du modèle israélien de lutte antiterroriste, dont la réputation n’est plus à faire.
Confronté au terrorisme depuis de nombreuses décennies, l’État hébreu peut compter sur l’excellence de ses services de sécurité et de renseignements, sur la détermination de ses dirigeants à éradiquer la menace terroriste et sur la résilience de sa société civile.
Une décision judiciaire polémique
Un élément vient toutefois assombrir ce tableau et constitue en quelque sorte le maillon faible d’Israël – mais aussi d’autres pays et notamment de la France – face au terrorisme djihadiste. Ce maillon faible est celui de la justice. Pour s’en convaincre, il faut lire les premiers éléments de l’enquête sur l’attentat de Bnei Brak, qui a fait cinq victimes. Son auteur avait été emprisonné il y a quelques années, après avoir projeté un attentat suicide. Pourtant, le tribunal militaire a fait preuve à son égard d’une clémence stupéfiante, en acceptant un « plea bargain » aux termes duquel le terroriste en puissance n’a passé que deux ans et demi derrière les barreaux, avant d’être libéré et de pouvoir mettre à exécution ses projets criminels.
La justice militaire israélienne n’est pas réputée pour être spécialement laxiste et elle prononce souvent des peines de prison à perpétuité contre les terroristes palestiniens. Comment expliquer sa clémence dans le cas de Diaa Hamarsheh? Le journal Ha’aretz nous donne quelques éléments de réponse. Lors du procès de 2013, le tribunal a été convaincu par les réquisitions du procureur et par la plaidoirie de l’avocat de l’accusé et lui a accordé une « seconde chance ». Le juge a même été jusqu’à considérer que Diaa Hamarsheh avait été “victime d’une escroquerie”, n’ayant pas reçu du Djihad islamique la ceinture explosive qu’il avait payée…
Faut-il permettre aux terroristes de s’amender ?
Plus qu’une simple erreur d’appréciation presque comique, il y a là un défaut de compréhension, dont les conséquences se sont avérées tragiques. La clé de cette incompréhension du phénomène terroriste de la part de la justice israélienne est donnée par le dernier roman de Karine Tuil, dont nous avons rendu compte dans ces colonnes. L’erreur du juge israélien est en effet partagée par ses collègues français, comme la juge antiterroriste héroïne du livre La décision. Comme elle, il croit que le terrorisme de l’État islamique s’apparente à la criminalité de droit commun et que le rôle de la justice est de permettre aux criminels de s’amender, en leur offrant une seconde chance.
Cette conception erronée ne relève pas seulement de la politique pénale, mais procède plus fondamentalement d’une vision de l’homme qui nie la possibilité même du mal radical, en considérant que les terroristes, même les plus extrémistes, peuvent être ramenés dans le droit chemin. Cette erreur philosophique s’avère lourde de conséquences, en Israël comme en France. Face au terrorisme, le présupposé d’humanité des criminels se retourne contre leurs victimes. Comme dit le Talmud, « la pitié pour les méchants fait tort aux justes ».
Appelez les pompiers ! il y a le feu à la macronie ! Hier soir, au cours d’une bien longue conférence de presse, Amélie de Montchalin et Olivier Dussopt ont tenté d’éteindre l’incendie McKinsey déclenché par le rapport sénatorial sur l’influence délétère des cabinets de conseil externes. Un contrôle fiscal du cabinet américain a par ailleurs débuté en décembre 2021, précisément au moment où le Sénat commençait son enquête… Analyse.
L’influence du cabinet de conseil américain dans le gouvernement de la France ces dernières années révèle-t-il la vraie nature du macronisme ?
Un spectre hante cette fin de campagne et il s’appelle McKinsey. McKinsey est ce cabinet de conseil américain qui a fait son entrée médiatique dès janvier 2021 quand on a appris que le gouvernement français avait fait appel à lui pour penser la politique de vaccination contre le virus. On s’était étonné que la France, pays où une haute fonction publique est réputée pour sa compétence, soit incapable de planifier la chose.
Le logo de la firme américaine
Olivier Marleix (LR) peste contre ces manigances depuis longtemps
McKinsey s’était vu confier trois missions concomitantes qui sentaient déjà bon le jargon managérial : cadrage logistique, cadrage opérationnel, et « benchmarking ». Il fallait bien un peu d’anglais commercial là-dedans, sinon, ça aurait manqué de sérieux. Par benchmarking, entendez simplement la comparaison avec ce que faisaient les autres pays en matière de vaccination, c’est-à-dire un exercice à la portée de n’importe quel stagiaire de l’ENA qui aurait pu lire la presse étrangère pour le compte du ministère de la Santé.
« Absolument sidérant ! Qu’est-ce que McKinsey vient faire là dedans ? On a un ministère de la Santé, un ministère de l’Intérieur et un ministère de la Défense armés en gestion de crise… pour peu qu’on sache les mobiliser » s’exclamait un député LR, Olivier Marleix, tandis que le communiste Sébastien Jumel moquait « la pensée complexe et lente » d’Emmanuel Macron qui ne pouvait se contenter de l’expertise de la Haute Autorité de la Santé, du Conseil de défense sanitaire et de ce collectif de citoyens tirés au sort, par ailleurs très vite tombé aux oubliettes, tant cette parodie de démocratie citoyenne était ridicule sur une telle question.
Chères prestations
Ce qui était plus dur à savoir, alors, c’est à combien se montait la prestation de ces experts privés de la filiale française de McKinsey domiciliée à Wilmington dans le Delaware, un Etat connu pour être un paradis fiscal « made in USA ». On pense aujourd’hui que cela a coûté, à la louche 13 millions d’euros au contribuable. Et puis, à force de gratter, on s’est aussi aperçu que McKinsey a finalement gouverné la France dans des domaines aussi peu importants que les retraites pour la bagatelle de 920 000 euros, les aides personnalisées au logement (3,9 millions d’euros quand même), l’assurance chômage (327 060 euros), les pensions alimentaires (260 880 euros) et les aides d’adaptation des logements au vieillissement (300 630 euros). Vous vous demandez pourquoi les ministères ou secrétariats d’État dédiés à ces questions (Travail, Affaires Sociales, Famille, etc…) ne pouvaient pas s’en occuper tous seuls ? Mais enfin, ne soyez pas naïfs, peut-on vraiment en macronie, faire confiance à la haute administration, à moins que ceux qui en sont issus, n’aient d’abord, comme le président lui-même, pantouflé dans le privé ?
Aujourd’hui, Macron est bien embêté. Non seulement, McKinsey n’a pas payé un radis aux impôts, mais un certain nombre de ses membres ou ex-membres ont dès 2017 pris sur leur temps libres pour aider le candidat des Marcheurs.
Un exemple caricatural d’optimisation fiscale
C’est tout de même très ennuyeux, cette histoire, et elle énerve un peu le président candidat au firmament des sondages. On a vaincu une pandémie, on occupe la présidence de l’Union Européenne, on est un chef de guerre avisé qui maintient le dialogue avec Poutine tout en soutenant sans faille l’Ukraine agressée et voilà que le Sénat, dans un rapport le 17 mars, met l’affaire sous les projecteurs et parle d’ « un exemple caricatural d’optimisation fiscale. » à propos des prestations du cabinet entre 2011 et 2020. « Qu’ils aillent au pénal » a répliqué Macron à l’intention de ceux qui le mettaient en cause. Qu’il prenne garde tout de même avec ce genre de rodomontade, car ça peut toujours lui arriver, Sarkozy en sait quelque chose.
Plus généralement, cette affaire dont on ne sait pas encore l’onde de choc qu’elle pourrait provoquer avant ou après les élections, résume parfaitement un certain état d’esprit qui va au-delà de l’ultra-libéralisme. Le Royaume-Uni de Thatcher ou les Etats-Unis de Reagan avaient au moins leur cohérence : l’Etat était réduit au minimum, mais là où il était compétent, il ne plaisantait pas, et notamment avec les impôts qui permettaient de financer les domaines proprement régaliens comme la sécurité extérieure et intérieure ou les Affaires étrangères.
La France de Macron est celle d’une externalisation généralisée des missions qui pourraient et devraient être assurées par l’Etat lui-même, comme une politique sanitaire en temps de pandémie, externalisation qui se fait auprès de gens faisant payer très cher leurs « conseils ». C’est en fait le rêve humide d’une technocratie qui ne pense plus en termes de service public mais de rentabilité, avec cette philosophie implicite que dans le privé, c’est forcément mieux car l’expert dans ce cas-là est motivé par le seul moteur auquel croit le macronisme, l’argent, et non par une certaine idée de la France avec vocation de servir la collectivité qui va avec.
On attend donc, désormais, avec une impatience non dissimulée, que la France crée sa propre milice privée de mercenaires, façon Wagner, histoire de faire la guerre au Mali ou ailleurs de façon enfin libérée des contraintes éthiques ou administratives !
Salah Abdeslam filmé dans les rues de Bruxelles, 2015. Sipa.
Après avoir longtemps refusé de répondre, le terroriste a finalement eu un dialogue avec une avocate des parties civiles hier, Maître Claire Josserand-Schmid. Il lui a notamment expliqué pourquoi il aurait renoncé à se faire exploser le soir des attentats. De là à y voir comme Le Monde un « petit miracle »…
Au procès des attentats du 13 novembre 2015, Salah Abdeslam devait enfin briser le silence. C’est du moins ce qu’espéraient les parties civiles, venues en grand nombre au tribunal hier mercredi.
Mardi 29 mars, Mohamed Abrini, le convoyeur, avait prétendu, sans convaincre d’ailleurs, qu’Abdeslam l’avait remplacé au pied levé parce que lui-même avait renoncé à participer aux attentats… Les parties civiles attendaient donc la version de Salah Abdeslam. Mais dès le début, malgré l’insistance du président de la Cour, il s’est muré dans le silence. Le représentant du Parquet antiterroriste n’a pas réussi pas non plus à le faire parler.
C’est une avocate des parties civiles qui réussit finalement à le faire parler. Maître Claire Josserand-Schmidt la joue presque complice, elle rappelle qu’il lui avait promis de lui répondre, elle évoque son amour pour sa fiancée, un peu comme si elle parlait à un ami un peu entêté. Elle lui dit qu’il y a des sensibilités différentes sur le banc des parties civiles, que ses clients veulent simplement comprendre, qu’ils ne recherchent pas la vengeance. Bref, elle la joue sur le mode « vous n’aurez pas ma haine ».
Et le fait donc effectivement parler, puisque Abdeslam accepte de lui répondre et de dialoguer avec elle. Elle conclut en le remerciant de ses paroles, ce qui a beaucoup choqué. D’ailleurs, un de ses confrères excédé a lancé à Abdeslam « je ne vous remercie de rien du tout », car une fois de plus, Salah Abdeslam s’est presque présenté comme une victime mais a expliqué que, contrairement à ce qu’il a dit à ses copains en Belgique, il avait choisi de ne pas se faire sauter.
Mais au moins, elle a réussi à le faire parler
Mais il n’a rien dit de nouveau. Il n’a fait que confirmer ce qu’il avait déjà dit le 9 février, à savoir que c’est volontairement qu’il n’avait pas actionné sa ceinture d’explosifs. Sauf qu’il prétend que ce n’est ni par lâcheté, ni par peur ! Mais en quelque sorte, il laisse entendre que c’est parce qu’il ne voulait pas tuer. Comme c’est touchant !
Le journaliste du Monde, qui croit au père Noël et à la Rédemption, écrit cette phrase ahurissante : le miracle a eu lieu. Un miracle ? Parce qu’une avocate se fait trimballer par un assassin ? Cette séquence, qui a ulcéré nombre des parties civiles, illustre les limites d’un tel procès. Certes, il peut permettre de connaître le déroulement précis des faits et de définir les responsabilités de chacun, et aussi nous fournir des éléments précieux pour la connaissance de l’idéologie de nos ennemis. Mais tenter de nouer un dialogue sincère avec l’assassin parce qu’il s’agit de notre frère humain, c’est une illusion perverse. Imagine-t-on un avocat dire à Eichmann avec des trémolos dans la voix vous m’aviez promis de parler ? Certes, Abdeslam n’est pas Eichmann, c’est juste un sans grade du djihadisme qui essaye de se présenter à son avantage.
Non, jamais des familles ne comprendront vraiment pourquoi on leur a pris un enfant, un frère, une sœur, un mari ou une femme. Il y a dans le mal un mystère, un noyau qui échappe à la raison. Et c’est précisément notre incapacité à le comprendre qui fait de nous des humains.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy, la directrice de Causeur, chaque matin à 8h10 dans la matinale.
La réaction univoque de l’Occident face à l’invasion de l’Ukraine a révélé la pauvreté du jeu de cartes culturelles dont Vladimir Poutine disposait en Europe. Les quelques réseaux d’influence sur lesquels il pouvait compter en France – quand ils ne sont pas déjà fermés – risquent de faire face à de sérieuses difficultés dans les années à venir…
Il reste pourtant probable qu’une partie irréductible de Français continuent à voir dans le Kremlin le souffre-douleur de la diplomatie américaine et surtout le porte-voix des « valeurs traditionnelles » auxquelles ils croient. Le régime autoritaire de Poutine s’est en effet imposé dans la guerre des idées comme le héraut du conservatisme et de l’« illibéralisme ».
La coordination des activités d’influence de la diplomatie russe avec celles d’une multitude d’acteurs non-étatiques ou paraétatiques se rattache à une définition élargie du soft power. Ce concept ayant été façonné pour désigner la force d’attraction culturelle américaine, l’historienne Marlène Laruelle préfère parler pour la Russie d’un « soft power de niche [1] » qui cible des populations susceptibles d’accueillir favorablement le discours particulariste de Moscou.
À partir des années 1990, les nouvelles élites russes engagent un renouvellement du discours officiel pour pallier la faillite idéologique du régime soviétique. Dans un premier temps, l’objectif est de ne pas retomber dans les mêmes erreurs de la perestroïka et de remobiliser le peuple russe derrière un répertoire moins idéologique. Avec l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, cette orientation vers un réalisme revendiqué s’impose par le retour d’une triple centralité : celle de Moscou sur le reste du pays, celle du Kremlin sur la vie politique intérieure, celle de la Russie sur la scène mondiale [2]. Ensuite, le Kremlin comprend avec la révolution Orange (2004) qu’il ne peut pas se permettre de ne rien opposer au soft power libéral de l’Occident qui risque de lui rafler la mise dans l’espace postsoviétique. La guerre en Géorgie (2008) et les manifestations en Russie contre les élections législatives de 2011 sont les deux derniers tournants qui amènent le gouvernement russe à proposer une contre-offre idéologique à la démocratie libérale [3].
La bannière du conservatisme
Pour incarner cette alternative aux régimes libéraux occidentaux, et dans l’optique d’imposer progressivement un monde multipolaire contre l’hégémonie américaine, la Russie a renouvelé son soft power en l’enracinant dans son particularisme culturel. Dans cette optique, elle commence à promouvoir le conservatisme ou plutôt les valeurs dites « traditionnelles », c’est-à-dire antilibérales et antioccidentales [4]. Investissant massivement l’espace médiatique et culturel, cette nouvelle doctrine à l’avantage de maintenir le lien de confiance entre la population russe et le pouvoir fort du Kremlin en limitant la propagation du libéralisme politique. Poutine prône d’ailleurs un récit national délibérément large afin de s’adresser au plus grand nombre : éloge de la gloire soviétique sous Staline et Brejnev, de la culture religieuse orthodoxe et du tsarisme avec l’autocratie comme référentiel politique, du monde slave et de l’Eurasie [5]… À l’étranger, les cibles de ce soft power sont d’abord les populations des ex-républiques soviétiques via la mise en place d’un appareil médiatique offensif et d’un nouveau réseau d’instituts culturels (création de Russia Today en 2005, de la fondation Rousskiï Mir pour la préservation et la diffusion de la langue russe en 2007, de la fondation Gortchakov de soutien à la diplomatie publique en 2010 et de l’agence de presse multimédia internationale Sputnik en 2014) [6].
Xenia Fedorova, la patronne de Russia Today France, janvier 2018.
S’ajoute à cette nouveauté une perception disproportionnée du soft power russe par les analystes occidentaux. Tout part d’un article de 2013 écrit par le CEMA russe Valery Gerasimov qui explique que « Le rôle des moyens non militaires pour atteindre des objectifs politiques et stratégiques s’est accru et, dans de nombreux cas, leur efficacité a dépassé celle de la force des armes [7] ». En bref, et c’est assez banal, il met l’accent sur l’importance stratégique de la guerre hybride. Mais ses propos sont soudain interprétés comme étant la base d’une nouvelle « doctrine » russe basée sur la guerre de la communication et les moyens d’influence culturelle. Il ne s’agissait pourtant pas d’une doctrine (le créateur américain de cette expression « doctrine Gerasimov » l’a lui-même reconnu [8]) mais simplement de l’analyse d’un militaire qui soulignait la nécessité d’investissements militaires adéquats dans le contexte d’une conviction croissante parmi les dirigeants politiques russes que les conflits peuvent être combattus et gagnés sans l’armée [9].
Cette « doctrine Gerasimov » (l’analyse et sa surinterprétation par l’Occident) est importante pour deux raisons. D’abord, elle reflète un certain état d’esprit russe qui considère que les manifestations populaires tout comme les révolutions ne sont pas spontanées mais toujours orchestrées ou alimentées par un pouvoir quelconque (CIA, George Soros…). Ensuite, comme l’annexion pacifique de la Crimée en 2014 est apparue comme l’application exacte des propos de Gerasimov, les analystes occidentaux se sont mis à traiter obsessionnellement de la guerre informationnelle menée par les Russes, lui attribuant toutes sortes de réussites et de tentatives avortées. C’est pourtant avec des chars que Poutine a lancé l’invasion de l’Ukraine en février 2022…
L’opportunité des « populismes » occidentaux
En Occident, ce positionnement doctrinal a opportunément trouvé grâce aux yeux des droites nationales occidentales qui s’alimentent de la poussée des « populismes ». La mobilisation derrière Marine Le Pen en France, Donald Trump aux États-Unis ou certains dirigeants conservateurs en Europe centrale (notamment l’Autriche et les pays du groupe de Visegrad [10]) a permis de créer des réceptacles médiatiques propices à apprivoiser la vision du monde du Kremlin. La Russie est ainsi parvenue à s’ériger en porte-voix d’une sorte d’« internationaliste moraliste » prêchant la défense de la structure traditionnelle de la famille, la centralité des racines chrétiennes de l’Europe et la critique de la « décadence occidentale [11] ». Les déconfitures de la crise de l’euro, de la crise migratoire et du Brexit d’une part, et l’anxiété que suscitent la cancel culture et le mouvement woke d’autre part ont également participé à accélérer ce mouvement.
Toutefois, l’influence effective de ce soft power conservateur est condamnée à rester marginale en Occident. Les médias sur lesquels il repose visent un public de niche composé de réactionnaires déjà convaincus par le discours du Kremlin. Ils n’ont que peu de pouvoir de séduction sur les publics réticents à ce discours et dépendent de la volatilité de l’opinion comme la crise ukrainienne tend à le montrer. Enfin, ils ne participent pas à enrayer les convictions antirusses en Pologne ou aux États-Unis par exemple.
Le soft power russe en France
La France s’est révélée être une des cibles privilégiées du soft power russe pour plusieurs raisons. D’abord, la France est depuis le XIXe siècle une terre d’accueil privilégiée pour les vagues successives d’exilés russes, dont la plus signalée fut bien sûr celle des Russes blancs après la révolution d’Octobre et la guerre civile [12]. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, la France s’est ensuite démarquée par la vitalité de son Parti communiste et par la proximité idéologique de certains de ses intellectuels avec les thèses marxistes de Moscou. Au même moment, la promotion gaullienne d’une Europe courant « de l’Atlantique à l’Oural » et d’une indépendance stratégique vis-à-vis de l’OTAN a créé au sein de l’opinion française un tropisme de rapprochement avec la Russie. Cette stratégie d’équilibre entre l’allié américain et le voisin russe a été récupérée par la droite française de François Fillon à Eric Zemmour en passant par Marine Le Pen. Plus récemment, Emmanuel Macron ouvrait…
>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<
[1] Marlène Laruelle, « Soft power russe. Sources, Cibles et canaux d’influence », IFRI, avril 2021.
[2] Marlène Laruelle, « L’idéologie comme instrument du soft power russe. Succès, échecs et incertitudes », Hérodote, 2017, N° 166-167, p. 23-35.
[3] La couverture médiatique occidentale de ces évènements a probablement été jugée unilatérale par les autorités russes et perçues comme une menace s’il n’y avait pas de médias alternatifs. On peut dater de ces évènements cette prise de conscience du besoin pour eux d’une presse favorable à la Russie au sein des démocraties libérales.
[4] À noter que le terme « conservatisme » ou « conservateur » est très peu utilisé par les autorités russes qui lui préfèrent « spiritualité », « traditions », « racines » et surtout « valeurs traditionnelles », in Marlène Laruelle, « Soft power russe. Sources, cibles et canaux d’influence », IFRICentre Russie/NEI, N°122, 2021.
[5] Marlène Laruelle, « L’idéologie comme instrument du soft power russe. Succès, échecs et incertitudes », Hérodote, 2017, N° 166-167, p. 23-35.
[6] Maxime Audinet, « Quel soft power pour la Russie ? », Diplomatie, n°40, août-septembre 2017, p. 48-49.
[7] Mark Galeotti, « The ‘Gerasimov Doctrine’ and Russian Non-Linear War », In Moscow’s Shadows, 6 juillet 2014.
[8] Mark Galeotti, « I’m Sorry for Creating the ‘Gerasimov Doctrine’ », Foreign Policy, 5 mars 2018.
[9] Ofer Fridman, « On the “Gerasimov Doctrine”. Why the West Fails to Beat Russia to the Punch », Prism, décembre 2019, p. 101-112.
[10] Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie.
[11] Op. Cit., Marlène Laruelle.
[12] Un quart des 1,5 à 2 millions de Russes contraints à l’exil émigrent en France principalement en région parisienne et dans le sud de la France.
Notre jeunesse victime du pédagogisme est-elle véritablement à plaindre ? L’ironie délicieuse de l’essayiste Bruno Lafourcade nous invite plutôt à la railler.
L’écrivain Bruno Lafourcade a enseigné le français et l’histoire durant quelques années dans un centre d’enseignement professionnel. Il a tenu un journal intitulé Leur Jeunesse[1] relatant sa dernière année avant de démissionner. En même temps, afin de « témoigner de [sa] stupéfaction croissante devant le monde », cet adepte du pancrace littéraire a confectionné un Sac de Frappe[1], sorte d’exutoire composé de pièces brèves, de notes ironiques, d’un relevé des propos et écrits de certains de nos contemporains parmi les plus nuisibles et abêtis par des relations endogames entretenues dans les viviers de la bêtise que sont les réseaux dits sociaux, les milieux dits culturels et les médias dits pluralistes.
Barbarie progressiste
L’auteur de Leur jeunesse propose dès l’introduction « d’enfoncer le clou », c’est-à-dire de continuer de dire et de répéter que notre école ne va pas bien et fabrique des crétins – pour reprendre l’expression de Jean-Paul Brighelli qui confirme ce terrifiant constat dans son dernier livre. L’idéologie égalitariste qui trône sur l’Éducation nationale depuis quarante ans a réduit en bouillie tous les apprentissages, aplatit toutes les ambitions, refusé la transmission de tous les savoirs : « Le “bac pour tous”, c’est comme la “culture pour tous” : ça commence avec Vilar pour quelques-uns ; ça finit avec Hanouna pour tout le monde. L’égalité, c’est le nom que les progressistes donnent à la barbarie. » Les élèves que Lafourcade doit préparer au bac pro ne savent quasiment pas lire ni écrire. Ils ne sont addicts qu’à leurs smartphones et à la glandouille. Ils ne sont pas foncièrement méchants mais ils ne comprennent rien et on ne les comprend pas non plus. Ils gargouillent une autre langue que la langue française. Ce n’est pas entièrement de leur faute, des scientifiques de l’éducation ont tout fait pour qu’on en arrive là. Si on ne leur a pas appris à lire et à écrire correctement, on leur a appris en revanche l’ouverture à l’autre et la tolérance, et l’enseignant doit faire avec des « programmes spectaculairement niais » : « Ainsi, en terminale, un chapitre s’intitule “Identité et diversité” » et la propagande pro-immigration ainsi que le nécessaire “respect de l’autre” sont confortés par la lecture de textes de Laurent Gaudé et de Jean-Jacques Goldman.
En histoire, ce n’est pas mieux. Le récit national étant par trop réactionnaire, on demande au professeur d’aborder “la nuit du 4 août” entre l’indépendance des Etats-Unis et celle de Saint-Domingue. Les élèves ne sauront rien de la chronologie des événements qui ont mené à la Terreur, mais au moins leur aura-t-on fourré dans le crâne que la Révolution française a permis l’abolition des privilèges féodaux de l’affreux Ancien Régime, celui d’avant la République et de ses inestimables « valeurs ». Pour le reste, ce sera le néant et des élèves continueront de croire que « Stalingrad est un dictateur pendant la guerre de 1930 ».
Abominations syntaxiques
Dans les copies de ses élèves, ces cimetières de la langue française, Lafourcade note, entre autres désastres, l’absence quasi-totale de la ponctuation, des majuscules et des accents. Il est confronté à des abominations syntaxiques, des lambeaux de phrases incompréhensibles qui reflètent la pensée déstructurée de ceux qui les ont scribouillés. Les représentants du personnel administratif, eux, usent d’une autre langue, peut-être encore plus détestable que celle des élèves, mélange de charabia managérial et de style bisounours, d’acronymes et de novlangue. Ainsi, le professeur Lafourcade est convié à une réunion « Pôle alternance : Perspectives » dans laquelle on l’invite à « favoriser le feed-back opérationnel permanent » et à « se dire les choses » mais « toujours avec bienveillance et respect ».
Bruno Lafourcade aimerait pouvoir dire qu’il plaint cette jeunesse mais il n’y parvient pas. Un soupçon de compassion passe aussi vite qu’il est apparu aussitôt qu’il est en présence de ces zombies scotchés à leurs téléphones, incapables de se parler sans s’insulter, incurieux, instagramisés, nombrilisés : « On n’a jamais vécu, il me semble, dans ce pays, et peut-être sur ce continent, dans ce culte de soi : on aurait eu honte de s’aimer à ce point », écrit-il en évoquant sa propre jeunesse, celle d’un homme né dans les années 60.
Mieux vaut en rire qu’en pleurer ?
Le style de Leur jeunesse alterne entre le désespoir et l’hilarité caustique que provoquent certaines situations ubuesques. Lafourcade ne cache pas son désarroi. Il rit jaune en constatant le résultat de quarante ans de pédagogisme, d’égalitarisme, de nivellement par le bas, de transformation de l’école en garderie sociale. Finalement, il envoie sa lettre de démission qui est une dénonciation définitive du “système éducatif” en même temps qu’un petit bijou d’écriture ironique et désabusée.
Nous imaginons que c’est afin de ne pas sombrer totalement dans la dépression et l’alcoolisme que Bruno Lafourcade a tenu, conjointement à Leur jeunesse, un autre journal dans lequel il savate, uppercute et donne des coups de pied au cul. Sac de frappe évoque les hauts faits des représentants les plus affligeants des basses œuvres progressistes et wokistes, ces journalistes, écrivains, sociologues, philosophes ou artistes qui martèlent la propagande sur la théorie du genre, le “racisme systémique” de la France, le nouveau monde “inclusif”, l’immigration heureuse, le privilège blanc, l’islamophobie des Français, la tolérance et l’ouverture à l’autre, etc. L’écrivain se fait amateur du noble art et, pour notre bonheur, distribue quelques beignes.
La maison Edgar Morin, éditrice du nouveau catalogue des idées reçues
Ses notes drolatiques sont savoureuses. Parmi mes préférées : « Je viens de protester auprès de l’Autorité de Régulation de la Publicité : hier soir, dans un spot télévisé, j’ai encore vu un couple de Blancs. Bon, c’était pour la “Convention Obsèques”, mais quand même. »
Ou encore : « Joe Biden […] restera pour moi l’auteur de ce raccourci inouï : “Les enfants pauvres sont tout aussi brillants et talentueux que les enfants blancs”. » L’actualité confirme que Sleepy Joe, alias Joe la gaffe, est entré en phase terminale d’endormissement cérébral total.
Ou aussi : « Notre grand jeu-concours “Mélangeons des mots pour avoir l’air cuistre” est désormais terminé. […] Et le vainqueur est encore Edgar Morin pour : “La conscience de la complexité est une stimulation à l’improvisation créatrice et salvatrice en situation incertaine et dangereuse”. (Twitter, 6 nov.) » Lafourcade précise que « le nouveau catalogue des idées reçues est à retirer auprès de la maison Morin, impasse du Pont-Cif, Paris 6e, France ». J’ajoute que ceux qui désirent profiter de la pensée « complexe » d’un de nos plus brillants faussaires intellectuels peuvent se rendre directement sur son compte Twitter et lire le résultat de presque cent ans de réflexion complexifiante : « On ne devrait se faire une opinion qu’après avoir examiné les points de vue divergents ou opposés. » (Tweet du 26 mars).
Sur deux modes différents, Leur jeunesse et Sac de frappe vitupèrent contre ceux qui ont fait de nos enfants des barbares, contre ceux qui ont détruit l’école et défiguré la langue, contre ceux qui nous obligent de plus en plus à nous tenir en retrait d’un monde devenu littéralement invivable. Lafourcade décrit ce monde défait dans un style toujours tendu et entrelaçant l’expression tragique et la tonalité comique. « L’éclat de rire est la dernière ressource de la rage et du désespoir », écrivait Hugo. Lafourcade, enragé et affligé tout à la fois, s’esbaudit quand même en découvrant dans les « paramètres » une rubrique qui lui demande ce qu’il compte faire de son compte Facebook après sa mort. Il conclut dans un éclat de rire : « Le Christ et moi sommes inquiets pour notre avenir : on croit de moins en moins en nous. »
[1]Leur jeunesse et Sac de frappe sont disponibles uniquement sur le site de l’éditeur : jeandezert-editeur.fr
Lui qui compte parmi les présidents les plus dépensiers de la Ve République, il propose un programme non crédible et hors de prix. Même Dominique Seux des Echos ou les journaux L’Opinion et Le Point, peu suspects d’anti-macronisme primaire, ne sont pas convaincus ! Revue de détail.
Pour essayer de comprendre le programme électoral du candidat Macron, il faut d’abord lire attentivement la brochure qui a été distribuée à des millions de Français dès la troisième semaine de mars. Dans un format de poche, sur 24 pages très remplies, une multitude de paragraphes sont consacrés chacun à un point précis de son programme. Nous en avons compté 114, soit 4 de plus que le candidat Mitterrand en 1981 et ses « 110 propositions pour la France »… Une façon de faire mieux que le socialiste qui, avec 14 ans, détient le record de durée à l’Élysée ?
Macron ou la moissonneuse-batteuse
Cela commence par « Augmenter les heures de français et de mathématiques en primaire », pour se terminer par « Assurer l’autonomie stratégique » de l’Europe, en passant par « Une politique ambitieuse pour la santé des femmes », « Augmenter la pension [de retraite] minimale à taux plein à 1 100 euros par mois », « Recruter 50 000 infirmiers et aides-soignants supplémentaires en Ehpad d’ici 2017 », « Renforcer le réseau des sous-préfectures à travers la France », tout en « simplifiant le mille-feuille territorial »…, « Supprimer la redevance télé », « Lutter contre le chômage des seniors », « Une offre abordable de voitures électriques pour tous », « Une extension du pass Culture » pour les plus jeunes, « Mieux maîtriser l’immigration », « Lutter contre les discriminations », création de « 200 nouvelles brigades pour plus de gendarmes en ruralité », « Continuer à faire reculer l’islam radical »…
En somme, un énorme patchwork dans toutes les cases possibles pouvant toucher un maximum de votants potentiels. La moissonneuse-batteuse Macron est passée partout. Pas un seul coin n’a été oublié. Assez curieusement, il n’y est jamais question d’argent, de moyens financiers, de comptes prévisionnels, de recettes chiffrées face à des dépenses listées, jamais ! Pas de ça entre nous ! Avec 114 dispositifs et promesses électorales, c’est très complet – tous les centres d’intérêt imaginables y sont traités –, très technocratique et, évidemment, très démagogique. Il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts. Assez curieusement, dans son introduction, le président sortant écrit que « dans le contexte imprévisible que nous traversons, présenter un catalogue infini de mesures ne serait pas crédible » et c’est pourtant précisément ce qu’il fait : un « catalogue infini » qui n’est « pas crédible »…
50 milliards d’euros par an de dépenses nouvelles
Encore moins crédible si l’on ouvre le dossier « Finances » de son programme à tiroirs, résumé dans un « document de chiffrage » communiqué à certains journalistes économiques de confiance qui ne semblent pas tous avoir été convaincus, et de loin, à commencer par le directeur délégué des Échos, Dominique Seux. Dans son billet quasi quotidien du 21 mars dernier, il écrit qu’Emmanuel Macron « promet 50 milliards d’euros [par an] de dépenses nouvelles [santé, éducation, etc.] et de baisses d’impôts [redevance audiovisuelle et CVAE des entreprises]. Autant de recettes, poursuit-il, sont dès lors nécessaires, et même davantage pour diminuer les déficits. Or, le candidat-président table sur 35 milliards d’euros tirés de la modernisation de l’État et d’économies de “coûts de fonctionnement”. C’est peu dire que cela mérite d’être précisé ! »
Le quotidien L’Opinion, de son côté, met carrément en cause la crédibilité de cette promesse de 35 milliards d’euros d’économies, « la réduction des dépenses de fonctionnement de l’État étant l’angle mort d’Emmanuel Macron jusqu’à présent ». Jade Grandin de l’Éprevier remarque qu’une importante source de financement est « basée sur une hypothèse très volontariste : le fait que la France atteigne le plein-emploi en 2027, grâce à la réforme de l’assurance chômage et à la politique de l’offre ». La journaliste de L’Opinion donne la parole à François Ecalle, un ancien magistrat de la Cour des comptes, fondateur du site Fipeco.fr consacré aux finances publiques, qui se déclare « très sceptique » : le problème numéro 1 d’après lui est qu’« il n’y a pas de réduction structurelle du déficit. Tous les gouvernements passés ont espéré que la croissance serait formidable, mais l’expérience a montré que c’était rarement le cas ».
Pour Le Point, enfin, c’est bien simple : « Le programme d’Emmanuel Macron est tout sauf un programme de rigueur. » Les 50 milliards d’euros de dépenses annuelles prévues par le candidat sont contrebalancés par 50 milliards de diminution de dépenses, mais « encore faudrait-il que les économies promises soient crédibles », écrit le journaliste Marc Vignaud le 22 mars. Lui aussi parle de « crédibilité »…
Toutes ces promesses non tenues…
Rappelons-nous certaines des promesses du président non tenues comme son engagement de redresser les comptes publics pendant son quinquennat. Or, sur les deux années 2020 et 2021, la France s’est endettée à hauteur de 420 milliards d’euros, le déficit cumulé de la balance commerciale a dépassé les 150 milliards et devrait encore « avoisiner les 100 milliards rien qu’en 2022 », selon le sénateur Vincent Delahaye, vice-président du Sénat, lequel ajoute, dans une chronique à L’Opinion (le 26 janvier) : « Le candidat Macron avait mis en avant (en 2017) quatre objectifs à atteindre durant le quinquennat. C’était la fameuse quadrilogie 1-2-3-5 : – 1 point de PIB de prélèvements obligatoires, – 2 points de PIB de déficit public, – 3 points de PIB de dépenses publiques, – 5 points de PIB de dette publique. Seule la première promesse devrait être tenue. »
En fait, Emmanuel Macron ne tient pratiquement jamais ses promesses. En présentant son programme électoral à la presse le 17 mars, il n’a pas hésité à déclarer : « J’ai tenu tous les engagements que je pouvais tenir », ajoutant : « Les deux choses que je n’ai pas réussi à faire sont la réforme des retraites, arrêtée par la pandémie, et la réforme des institutions, car je n’ai pas eu la majorité politique pour pouvoir la faire avancer. » Alain Mathieu, un polytechnicien docteur en économie qui a dirigé de grandes entreprises, aujourd’hui président d’honneur de Contribuables Associés, a rappelé le 24 mars sur le site de l’Irdeme, un site géré par des dirigeants d’entreprises bénévoles, que la réforme des retraites qui avait pourtant été votée par les députés a été « suspendue » par le président essentiellement à cause de l’opposition syndicale et non en raison de la pandémie. Quant à la réforme des institutions, elle aurait pu être réalisée d’après lui si Emmanuel Macron avait insisté.
Jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre…
Et pour faire bon poids, Alain Mathieu de rappeler un certain nombre des réformes promises en 2017 par le président et non exécutées : « Nous créerons un versement social unique » remplaçant toutes les allocations sociales. « Toute peine prononcée sera exécutée. » « Nous construirons 15 000 places de prison. » « Nous supprimerons au moins un quart des départements. » « Nous supprimerons 120 000 emplois dans la fonction publique. » Résultat : 176 000 nouveaux fonctionnaires recrutés au cours des quatre dernières années calendaires ! Le plus extraordinaire dans le programme du candidat Macron, c’est qu’il se contente de reprendre les principales promesses financières du président Macron lors de la dernière loi de programmation pluriannuelle des finances publiques, à l’automne dernier : un retour en 2027 sous un déficit de 3 % – nous en sommes à 6,5 % en décembre dernier -, et un reflux de la dette à partir de 2026, grâce à une maîtrise des dépenses.
Rappelons au candidat Macron que la dette de l’ensemble de nos administrations publiques a augmenté de près de 540 milliards d’euros depuis la fin de l’année 2017 ! Non seulement Emmanuel Macron ne tient pas la plupart de ses promesses, mais il aggrave encore son cas en matière de dépenses. S’il est réélu président, il est clair qu’il saura dépenser sans problème et chaque année les 50 milliards d’euros supplémentaires qu’il a prévu de dépenser. Étant très généreux avec l’argent de ses concitoyens, il dépensera même sûrement plus, et peut-être même beaucoup plus. En revanche, quand il lui faudra trouver 50 milliards de recettes nouvelles tous les ans, sans augmenter massivement les impôts, ce sera une autre paire de manches : il continuera d’augmenter les dépenses publiques et les dettes jusqu’à ce que le château de cartes s’effondre…
Par lâcheté, l’université française laisse s’effondrer le niveau général, ferme les yeux sur un islamisme conquérant, sans oublier les fraudes et incivilités de plus en plus courantes. Un naufrage programmé que refusent de vivre certains professeurs.
Parisienne de naissance, j’ai continué mes études supérieures aux États-Unis. J’ai commencé à enseigner alors que j’étais doctorante à l’université de Berkeley en Californie. Les conditions me paraissaient idéales : des classes de 15-20 étudiants, tous très motivés et persévérants, quasiment jamais d’absentéisme ni même de retards. À cette époque, le coût des études n’était pas aussi exorbitant qu’aujourd’hui mais impliquait néanmoins que presque tous mes étudiants eussent un emploi rémunéré le soir, le week-end et pendant les vacances. Aucun ne s’en plaignait et s’absenter ou perturber un cours était pour eux impensable.
« Je m’en fiche de vos cours, moi c’que j’veux, c’est la bourse. »
Berkeley est un campus de tradition progressiste qui milite sur tous les fronts depuis la lutte pour les droits civiques dans les années 1960, et qui reste très engagé dans une politique de discrimination positive : la sélection des enseignants-chercheurs et des étudiants s’opère selon des critères d’excellence mais aussi en fonction de quotas de genre et d’origine ethnique. J’ai assisté, incrédule, à l’émergence de nouveaux départements et cursus universitaires : Gender studies,African-American studies,Asian studies,Native American studies,Women studies et j’en passe. En tant qu’enseignante, il aurait été de bon ton que je sois féministe et, encore mieux, lesbienne (mais hélas, je ne suis ni l’un ni l’autre). Par chance, être blanche n’était pas encore considéré comme un péché.
Les années passant, je me suis lassée de ce vase clos, dans lequel nous tournions sagement en rond comme des poissons dans un joli bocal exotique. J’ai choisi de rentrer en France pour sa liberté de ton, son irrévérence, son esprit critique. J’ai donc débarqué à Paris, forte de mes illusions, et j’ai intégré un UFR parisien du 6e arrondissement pour enseigner la civilisation britannique et américaine en licence. Et là, j’ai découvert un tout autre monde.
Des classes surchargées (jusqu’à 60 inscrits sur les listes d’appel) mais, m’a-t-on tout de suite expliqué, vu le taux d’absentéisme, je tournerais autour d’une vingtaine d’étudiants ; ce fut le cas, et souvent je terminais l’année avec à peine une dizaine d’entre eux. En revanche, les jours de partiel tout ce petit monde déboulait, quitte à rendre copie blanche, pour la simple raison que la seule obligation pour que leur bourse soit renouvelée est de signer la feuille de présence aux examens. Selon les chiffres de l’UFR et selon les années, jusqu’à 80 % des étudiants en première année ne passent pas en deuxième. Beaucoup redoublent ou triplent leur année. L’un d’eux, que j’interrogeais sur son absentéisme, me fit cette réponse : « Je m’en fiche de vos cours, moi c’que j’veux, c’est la bourse. »
Des élèves incultes et indisciplinés
Il se trouve que la quasi-totalité de ces étudiants est d’origine maghrébine et africaine et que de nombreuses filles sont voilées. Ils intègrent l’enseignement supérieur avec un bac pro, mais sont très vite complètement largués. Certes, ils n’en sont pas les seuls responsables, mais leur maîtrise de la grammaire est médiocre, leur champ lexical pauvre et sans nuances, leur culture générale pratiquement inexistante ; ils s’en rendent bien compte mais s’en fichent complètement, quand ils ne trouvent pas ça plutôt drôle.
À ma charge donc d’abaisser le niveau d’enseignement pour être audible, mais aussi de leur inculquer les codes de politesse élémentaire : on ne tutoie pas son professeur, on ne fait pas irruption quand le cours est commencé sans frapper à la porte et sans demander l’autorisation d’entrer, on enlève la casquette et les écouteurs, on ne répond pas à des appels téléphoniques en cours (de surcroît en arabe), on ne se déplace pas pour parler à son pote à l’autre bout de la pièce, etc.
Des élèves qui insultent, menacent et trichent en toute impunité
À d’innombrables reprises, ces simples consignes ont donné lieu à des insultes et menaces (allant jusqu’à la formule : « Toi un jour, j’vais t’découper en morceaux »). J’ai fait plusieurs fois appel aux agents de sécurité pour qu’ils évacuent les énervés incontrôlables et menaçants. Lors d’un partiel, en mai, une bande d’excités a exigé avec grand fracas que j’annule l’examen et donne la moyenne à tout le monde puisqu’il faisait trop chaud à leur goût ce jour-là. Cette fois encore, j’ai dû faire évacuer l’amphi par les agents de sécurité. La scène avait été filmée par les caméras de surveillance, mais ma hiérarchie n’a pas jugé utile d’identifier les excités. Une fois de plus, personne n’a été convoqué et aucune suite n’a été donnée. Une autre fois, un étudiant est arrivé avec trente minutes de retard et comme je refusais de lui donner le sujet d’examen et lui demandais de sortir, furieux, il a jeté par terre tout ce qui se trouvait sur mon bureau en hurlant des injures. Les cas de triche avérée pendant les examens sont légion, mais ne sont jamais sanctionnés : selon ma hiérarchie, il est trop compliqué d’organiser un conseil de discipline.
Devant mon inquiétude grandissante d’être agressée quand les cours se terminent tard le soir et que les étages sont désertés, l’assistante pédagogique m’a conseillé de me munir d’une bombe lacrymogène, comme elle.
Islam et confiserie
Peut-être qu’un jour je trouverai le courage de rassembler en une compilation les innombrables moments de confrontation avec la bêtise, l’injure et l’ignorance crasse, sans oublier la lâcheté de ma hiérarchie. En attendant, et pour terminer sur une note plus comique, voici l’histoire du voile et du bonbon. À la fin d’un cours, je me retrouvai seule dans la classe avec deux étudiantes voilées, fraîchement arrivées en France. Affichant un sourire forcé que je tentai de rendre bienveillant, je me risquai à leur demander pourquoi, maintenant qu’elles étaient en France et donc libres, elles continuaient à porter leur voile. Petits gloussements gênés de leur part, puis l’une d’elles se décide à me répondre : « Imaginez deux bonbons : l’un est emballé dans un joli papier et donne envie, mais l’autre n’a plus de papier, il est moche et a déjà été sucé. Lequel choisissez-vous ? »
Ahurie et affligée, j’ai été prise d’un fou rire nerveux et me suis dépêchée de sortir ; elles aussi ahuries, n’ont pas compris ma précipitation.
P.-S. : J’ajoute que bien évidemment j’ai aussi rencontré d’excellents élèves qui m’ont donné le courage de continuer. Mais après vingt années de service, je tire ma révérence et pars m’installer en Italie.