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Relire Proust et découvrir un nouveau Céline

Leur Proust, leur Céline et les nôtres

Relire Proust et découvrir un nouveau Céline
Louis-Ferdinand Céline devant la maison d'Emile Zola, prononçant un discours en hommage à l'écrivain, 1er octobre 1933 © Rene Dazy/Rue des Archives

Évènement. Resté dans l’ombre pendant près d’un siècle, redécouvert en 2021, un texte inédit de Louis-Ferdinand Céline, Guerre, sera publié le 5 mai chez Gallimard.


Cela fait du bien, déjà, de sortir des faiblesses de la politique, des miasmes et des compromis de la vie politicienne, des infidélités justifiées par le pragmatisme, des reniements au nom d’un plat de lentilles électoral. Oui, cela nous change d’air heureusement de migrer, le temps d’un billet, vers la littérature dont des génies et des maîtres nous ont donné la passion. Cela tombe bien puisqu’on célèbre le centenaire de la mort de Marcel Proust et qu’on a découvert un manuscrit inédit de Louis-Ferdinand Céline, Guerre. Son état brut est émouvant car il nous offre la fulgurance chaotique, non travaillée comme elle l’aurait été à de multiples reprises par son auteur, d’une imagination débridée s’appuyant sur le réel d’expériences porteuses de sens et de vérité crue.

Les plus grands connaisseurs de l’écrivain analysent minutieusement le manuscrit

Analystes, critiques, experts, savants, professeurs, érudits, spécialistes de Proust comme de Céline nous font don depuis plusieurs mois de leur science, de leur incroyable savoir que pour rien au monde je ne tournerai en dérision.

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D’abord parce que je suis admiratif de ces splendides obsessions qui se sont construites sur et autour d’appétences dont parfois je me dis que j’aurais aimé les voir structurer, pour moi, une autre destinée. J’éprouve un respect naturel à l’égard de tous ceux qui n’ont pas eu à choisir entre leur métier ou leur passion. Le sort leur a permis de ne pas les dissocier.

Lire Proust et Céline pour apprendre à vivre

Surtout, ces approches sophistiquées et pluralistes, parfois contradictoires, ne nous enlèvent rigoureusement rien, elles ajoutent au contraire à notre amateurisme de bon aloi, à notre fascination pour Proust et Céline qui, avant d’être des objets d’études, sont arrivés dans nos univers personnels tels des tremblements d’esprit et de coeur, de bienfaisants bouleversements qui n’ont rien laissé intact.

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On s’est enrichi de leur magie sombre, décisive, cynique, incroyablement lucide, nous révélant, avant même de vivre, ce qu’était la vraie vie, avant même l’incarnation des idées et des sentiments, leur authentique substance. La littérature des maîtres ne remplace pas la spontanéité et la liberté de nos propres existences. Elle nous fait gagner du temps en révélant, avant ou après, parfois trop tard, ce que l’opacité des jours a été susceptible de nous masquer.

Une lecture qui symbolise une seconde naissance

Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline – dans un registre totalement différent, le second se moquait d’ailleurs du premier (“l’Homère des invertis”) qu’il critiquait pour son maniérisme – sont apparus dans certaines existences tels des phares, des lumières. Voyage au bout de la nuit, de même que À la recherche du temps perdu, sont devenus ce à partir de quoi on a pu dater le début d’un destin personnel, non plus aveuglé mais clairvoyant, d’une métamorphose nous créditant d’une supériorité sur les ignorants ou les indifférents : grâce à nos admirations, “le dur métier de vivre” a eu moins de secrets pour nous que pour eux.

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Le Proust et le Céline des spécialistes, de ceux qui rentrent dans les entrailles de la “machine” pour mieux comprendre sa naissance et son développement, n’altère en rien notre plaisir: l’appréhension éblouie de pages nous faisant du bien, nous faisant du mal, tant leur justesse équivoque nous démontre ce que nous sommes : des humains, des lecteurs, imparfaits mais emplis de bonne volonté. Notre Proust, notre Céline sont bien à nous et on ne s’en priverait pour rien au monde.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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