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Crise de l’école: «Des solutions existent mais elles butent sur l’idéologie!»

Eve Vaguerlant, professeur en collège, nous présente sa vie professionnelle au quotidien, dans un livre intitulé Un prof ne devrait pas dire ça ; choses vues et choses tues (L’Artilleur, 2023) Elle y présente toutes les difficultés que l’enseignement connaît aujourd’hui, les paradoxes ahurissants qui les nourrissent, les idéologies à l’œuvre qui empêchent des solutions simples d’émerger. Causeur a eu envie de la rencontrer.


Attention, Eve Vaguerlant est professeur agrégée de lettres ! Pourtant, à nos lecteurs, j’ai envie de dire ce que Jean-Paul II disait à ses ouailles: «  N’ayez pas peur ! » Son livre est d’une extraordinaire lisibilité. Si, bien sûr, elle y analyse avec précision le désastre de l’école, elle le fait en l’illustrant continuellement de scènes en classe, dans les couloirs, avec les élèves bien sûr, mais aussi ses collègues – dont elle relate les aventures qu’ils vécurent – et la direction. On y est ! On voit enfin ce qui se passe réellement dans les cours, dans la salle des professeurs, dans l’Éducation nationale ! C’est ce qui fait de ce livre qui pose le bon diagnostic, qui dénonce les fausses solutions et qui apporte des remèdes simples et bienvenus, un récit vivant, voire une épopée.

Raisons pour lesquelles nous en conseillons vivement la lecture ; à tous bien sûr, mais aux parents en particulier, lesquels n’ont pas souvent l’occasion d’approcher de si près la réalité de ce que leurs enfants vivent. Ainsi, seront-ils peut-être amenés à intervenir autrement qu’ils ne le font d’ordinaire, pour soutenir les professeurs courageux comme l’est Eve Vagherlan afin que leur descendance connaisse un enseignement digne de ce nom.


Causeur. Le constat est aujourd’hui unanime : l’Ecole va mal ! Quelles sont, à vos yeux, les raisons les plus criantes de la maladie ?

Eve Vaguerlant. Effectivement, enfin, le constat est partagé ! Pendant des années voire des décennies, il y a eu un déni complet alimenté par des experts. Cela dit, dès qu’on aborde le diagnostic, il y a toujours des divergences, mais ce sont surtout les solutions qui divisent le plus. On connaît maintenant les ravages du pédagogisme : l’élève à la recherche de son propre savoir, le refus de la transmission, l’abandon de l’autorité, de la discipline, de toute forme de sanction. C’est ce qui fait que dans certaines classes, on ne peut pratiquement plus enseigner ! D’ailleurs, le professeur, qui ne doit plus transmettre de manière verticale, est devenu le « gentil animateur » qui encadre des élèves « mis en activité ». Par ailleurs, en français comme en langues vivantes, vous n’avez plus le droit de faire de la grammaire séparée des textes ; l’élève doit apprendre par imprégnation, sans plus avoir à apprendre de vocabulaire ou à faire des exercices de grammaire.

C’est donc la fin des contraintes et le règne du festif? Nos profs se sont transformés en GO du Club Med?

Absolument. Tout ce qui est jugé rébarbatif (le par cœur ou la dictée, par exemple) a été supprimé. Et l’enseignant n’est plus celui qui maîtrise sa discipline mais celui qui saura « accrocher » ses élèves avec une pédagogie inventée et ludique et qui, soit dit en passant, ne sera jamais aussi ludique que les jeux vidéo…

On parle toujours d’une question de « moyens » et jamais de la « manière ». Que pensez-vous des dernières annonces du ministre de l’Education nationale ?

Les syndicats sont littéralement obsédés par la question des moyens. Ils n’ont pas tort pour ce qui concerne les salaires, mais il faut savoir que le budget général de l’Education nationale est un des plus élevés de l’OCDE et qu’un élève coûte annuellement 10 000 euros ! La question est donc celle de l’emploi de cet argent.

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Quelles sont ces solutions – toujours merveilleusement innovantes – proposées par le ministère ?

Le discours récurrent est que les professeurs ne sont pas assez formés ! Les « boîtes à pédagogisme » que sont les INSPE, anciennement IUFM, qui n’ont jamais servi à rien, partent du principe qu’on n’est pas encore allé assez loin dans le pédagogisme, au lieu de mettre les professeurs sur le terrain. Nous nous voyons proposer des « formations à la laïcité » ou des « formations à la gestion des tensions », au lieu de s’occuper des enfants qui posent problème ! C’est, de plus, extrêmement culpabilisant car si un professeur ne réussit pas à « gérer » sa classe, c’est forcément de sa faute. Le système mis en place n’y est jamais pour rien…

Vous avez face à vous des élèves qui ne sont pas au niveau, d’autres qui ont divers handicaps – et le professeur n’est du reste pas prévenu – mais c’est le professeur qu’on doit « soigner » ?

C’est cela ! On est censé se diviser en deux, en quatre, en cinq, en dix, et faire cours à « chaque élève », cela s’appelle «  la pédagogie différenciée ». Les professeurs n’osent jamais dire en conseil de classe qu’ils n’y arrivent pas car cela les humilierait, mais la salle des professeurs est par ailleurs un véritable mur des lamentations. Les fausses solutions ne font qu’empirer la situation.

Outre ce déni infligé aux professeurs, il y a la question des idéologies régnant au sein de l’institution, dénoncée notamment dans un récent numéro de notre magazine.

Parmi les idéologies qui empoisonnent la transmission de la culture, il y a la conception extrêmement négative de la laïcité par les professeurs eux-mêmes, qui a fait qu’on a balayé tout ce qui relève de la culture chrétienne et qu’un élève qu’on emmène au musée ne comprendra jamais rien à un tableau mettant en scène «  l’Annonciation ». Les professeurs, qui sont souvent ignorants des textes religieux, croient faire du catéchisme s’ils parlent de la Bible ! Et leur méconnaissance peut aller encore plus loin : lorsque j’étais au lycée, un professeur nous a fait étudier « le discours du libertin » de Pascal en prêtant à Pascal le discours en question ; ce qui était un contre-sens total ! L’école a une histoire anti-chrétienne en général et anticatholique en particulier qui lui fait confondre christianisme et chrétienté. Dans les programmes en histoire, par exemple, tout l’Ancien Régime est balayé. Les élèves ne rencontreront jamais vraiment un seul roi de France à part Louis XIV, les élèves ne verront jamais la guerre de cent ans ni les Croisades ! En revanche, on va choisir comme thème « la rencontre du christianisme et de l’islam en Méditerranée au Moyen-Age … »


Cette école a donc un accueil de l’islam proprement effarant, à vous entendre?

Par lâcheté. Et s’il y a encore quelques vieux laïcards, la nouvelle génération et l’Institution sont adeptes de la « laïcité ouverte » parce qu’on a peur du conflit avec une religion plus belliqueuse que le catholicisme qui, lui, a accepté la laïcité depuis longtemps.

La nature a horreur du vide, l’école aussi. L’islam le remplit ?

D’autant plus qu’il y a effacement de notre culture au profit d’un islamisme extrêmement vindicatif. Et cela vient, entre autres, de l’obsession d’équilibrer alors que pour étudier nos chefs-d’œuvre on n’a pas besoin de la culture islamique mais chrétienne !

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Et que pensez-vous des polémiques sur le wokisme ?

Eh bien, nous avons dans les couloirs des établissements des affiches LGBT+++, mais surtout, nous avons des intervenants issus d’associations très militantes, agréées par le ministère, et qui viennent faire des cours d’éducation sexuelle faisant la promotion du genre et niant la différence biologique homme/femme, où ce sont par exemple des « personnes qui ont leurs règles » qui sont évoquées mais surtout pas les filles… Je ne parle même pas de l’écriture inclusive ! Les professeurs de SVT pourraient pourtant parfaitement faire ce cours d’éducation sexuelle, mais c’est vrai qu’ils parleraient physiologie et biologie… Je rebondis sur la question précédente en affirmant que cette déconstruction fait le lit de l’islamisation car l’islam, de son côté, offre un cadre, des repères et des prescriptions très strictes qui rassurent les élèves soumis à la confusion généralisée.

Quelle est la marge de manœuvre d’un chef d’établissement ou d’un professeur pour refuser ces intervenants ?

Elle n’existe pas ou alors à ses dépens, car c’est le ministère lui-même qui les envoie !

Quels sont les remèdes que vous préconisez ?

Il me paraît essentiel de permettre de nouveau des redoublements, de la sélection, mais ce genre de propositions mettrait immédiatement les professeurs en grève. Et ce, au nom de l’intérêt de l’élève ! Rendez-vous bien compte: si vous avez une bonne partie de la classe qui n’a pas le niveau, cette partie-là ne pouvant pas suivre doit bien s’occuper ; elle met le bazar et tout le monde est pénalisé. Dès la primaire, il ne faut plus permettre que des élèves sortant du CP ou du CE1 ne sachant ni lire ni écrire, puissent passer indéfiniment d’une classe à une autre. Mais les classes de niveau sont le grand tabou, alors que des élèves en difficulté, dès lors qu’on a résolu le problème de la discipline, en profiteraient largement. Et les élèves qui suivent cesseraient de perdre leur temps. Jusqu’en 1991, à partir de la 5ème, on pouvait intégrer des filières technologiques et professionnelles, et il n’y a rien de honteux à ne pas être intéressé par des études abstraites ou théoriques, rien de désobligeant à ne pas être intéressé à chercher des métaphores et à préférer faire quelque chose de ses mains. À force d’idéologie, nous avons mis des élèves dans une logique d’échec permanente qui les fait préférer être un « rebelle » et rejoindre les caïds plutôt qu’être le nul de la classe… Quant à ceux qui ne suivent pas ce chemin, la chute viendra à l’entrée à la fac ; on retarde juste l’effondrement.

Des solutions existent à la crise de l’école, et pas forcément chères, et de bon sens, mais elles butent sur l’idéologie qui a fait que l’individu prime sur le bien commun. Nous raisonnons à partir de l’enfant qui échoue et pas à partir du plus grand nombre que l’on sacrifie. La tyrannie des minorités s’exerce là aussi…

Sur France Inter, Camille Crosnier nous donne des idées…

« Non, Monsieur, non, vous n’allez pas vous coller au plateau, c’est pas vrai ! » En Suisse, le week-end dernier, un animateur télé est exaspéré, lorsqu’un activiste écologiste interrompt le programme et se colle la main sur la table lors d’un débat électoral. Mais, sur France inter, la journaliste Camille Crosnier estime que c’est l’animateur qui est en tort.


Sur France Inter, Camille Crosnier, chroniqueuse dans l’émission “La Terre au carré”, consacrée à l’écologie, applique à la lettre la charte dite du « tournant environnemental » de la radio publique. Non seulement Camille Crosnier ne discute jamais les enseignements des rapports du GIEC, mais elle ne qualifie jamais autrement que par le terme de « climatosceptique » – qui est à l’écologie ce que le mot « réactionnaire » est à la politique – toute personne qui va à l’encontre du dogme. À la radio publique, on appelle ça: « faire vivre un espace public contradictoire et civilisé ». C’est beau comme du Orwell !

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Sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez

Camille Crosnier aime beaucoup les activistes écolos. Le 30 mars, elle faisait l’éloge de la militante écologiste Mathilde Caillard, laquelle est incapable d’aligner deux phrases correctes d’affilée mais peut danser en braillant un court slogan dans les manifestations tout un après-midi. Cette assistante parlementaire de la députée LFI Alma Dufour, quand elle ne trépigne pas dans les rues de Paris, déclare au micro de France Inter: « C’est difficile la lutte, c’est ingrat, on encaisse des défaites et on le pense rarement au prisme des besoins. Les besoins qu’on a, c’est des espaces de respiration, des espaces de joie. Parce qu’en fait, le monde qu’on veut voir advenir, c’est un monde joyeux et les modes d’action qu’on utilise sont déjà en train de préfigurer le monde qu’on veut voir advenir. » Je serais Mathilde Caillard, je continuerais de danser et m’abstiendrais de parler. Dans le doute, il restera sûrement quelques journalistes bienveillants pour continuer de lui prêter une demi-once d’intelligence.

La journaliste Camille Crosnier de France inter France inter.

Le mercredi 3 mai, Camille Crosnier rapporte avec gourmandise une scène qui s’est déroulée sur le plateau d’une télévision suisse (notre vidéo ci-dessous). Tandis que des représentants politiques attendent les résultats d’élections se déroulant dans le canton de Genève, un membre d’Extinction rebellion pénètre sur le plateau et se colle la main sur le pupitre du journaliste animant l’émission. Ce dernier est consterné, le public hurle son dépit et demande à l’activiste de dégager, celui-ci est évacué sous les huées.

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Tout cela a beaucoup ému la journaliste de France Inter qui a joint Vincent, l’activiste écolo, afin « qu’il nous raconte son vécu ». Vincent dit avoir « hésité à deux fois avant d’y aller », puis avoir pensé que « c’était trop important » avant que de convenir qu’il n’avait « pas envie d’être là » mais « qu’il se passait quelque chose, quoi… » Nous ne saurions trop conseiller à Vincent de suivre la voie de sa consœur en lutte, Mathilde Caillard, de se mettre à la danse et de s’en tenir là.


La gauche et la culture du débat

Quant à Camille Crosnier, elle est très heureuse d’apprendre aux auditeurs que l’action de Vincent n’a pas servi à rien. En effet, le journaliste de la télé suisse invite l’activiste à « dialoguer sereinement, avec un micro, un peu plus de temps, du fond et de la courtoisie réciproque ». Vincent est content: « C’est quand même un coup qui valait la peine, ça force les gens à discuter, ça amène le débat. » Camille opine. Nous aussi: il est bon de savoir qu’un acte rebelle bien senti – collage de main sur le bureau, vissage de pied sur le plateau ou cloutage de testicule sur le micro de Camille – pourrait constituer les prémices de négociations fructueuses avec la radio publique en vue d’un débat ouvert, pluraliste, démocratique, républicain, et toutes ces sortes de choses, sur les conclusions du GIEC ou, mieux encore, sur le grand remplacement. Allez zou ! un tour à Bricorama et… en route pour la Maison Ronde!

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Cé cé cé cégété

Pour que sa réunion avec les syndicats ne soit pas un flop, Elisabeth Borne doit absolument avoir autour de la table la CGT. Mais voilà, Sophie Binet, la boss de la Confédération, fait de la résistance. Alors, Madame la Première ministre, prête à faire des concessions, appelle la vraiment pas commode Madame Binet…


-Bonjour Sophie, c’est Elisabeth Borne.
Qu’est-ce que vous voulez?
-Parler Sophie.
Arrêtez de m’appeler Sophie. On n’a pas fait caissière ensemble.
-Ok So so…
Quoi!?!
Pardon c’est ma langue qui qui… quand je stresse je bute sur les mots, ou ils m’échappent…
Pour parler de la retraite à 64 ans, vous êtes moins stressée. Là, vous maitrisez, détendue comme une chaussette à Martinez. Sa paire rouge. Toujours sur les chevilles. Bon, vous voulez quoi?
Vous invitez à la tatable des néné, des néné… néné pfff j’y arrive pas.
Ca va pas bien vous?
Je stresse… j’arrive plus à parler.
Je vais te faire chanter, moi!
J’adore chanter.
Allez on y va. L’Internationale, vas-y chante!
-C’est la lu… la lulu…
-C’est bon Lulu la nantaise… on va en rester là.
-Attendez, je vous invite à co… à coco… à colla…
-À coller des affiches?
Non!
-À Cotonou!
Non!!!
-A kolé séré nou té ké ka dansé?
-Vous me stressez Sophie!
Respire!

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Voulez-vous venir à Ma, à Mat…
À mater un film?
Non! Je vous envoie un car, un cart…
Un car de chinois? Un carambar? Comment vous faites avec Macron, ça ne vous stresse pas tout ce qu’il vous fait?
Pas du tout! Je l’imagine dans un youpala quand il s’agite, il m’amuse.
Et avec Dussopt?
Lui, je l’adore. Il est encore plus nul que moi à l’oral. On ne comprend rien quand il parle, il ne comprend rien à rien dans ce qu’il baragouine, alors ça me décomplexe ça me détend.
Et Le Maire, avec son œil un peu lubrique?
-Il m’émoustille. Je me sens toute chose, insoumise à sa plume, à sa loi, à ses doigts.
-Dupond-Moretti?
-Lui, il me fait peur. Le bruit de ses mâchoires broyant une côte de bœuf m’a converti au véganisme. Et puis quand il me regarde il voit une saucisse aux lentilles. Je le hais.
Et Berger?
-(Elle se met à chanter) Comme les rois mages, en Galilée, suivez des yeux l’étoile du berger…
Au mois de juin Berger va dégager, je vais t’apprendre à nager!
Super! Je serai au Cap d’Agde au mois d’aout, je vous attends Sophie.
Ok je t’envoie une armée de méduses de la CGT.
-Souffrir par vous n’est pas souffrir So so …
So long en tongs et Borne to be alive, tu vas paréo plus pressé ma so so ma saucisse…

Le couronnement de Charles III passionne-t-il vraiment les Britanniques?

Le couronnement de Charles III, samedi, est-il annonciateur d’une nouvelle ère britannique? Les monarchistes veulent y croire. Mais même si la popularité du roi est en hausse, de nombreux signes ne permettent pas d’être démesurément optimiste quant au devenir du royaume. Analyse de cette cérémonie historique.


Près de huit mois après le décès d’Elizabeth II et après des mois de préparations, Charles III va être couronné ce samedi 6 mai, comme roi du Royaume Uni et des autres royaumes du Commonwealth.

62% des Britanniques ont désormais une image positive du nouveau roi, contre 54% l’année dernière

Le 8 septembre 2022, il est devenu la personne la plus âgée à accéder au trône britannique, après avoir été le Prince de Galles ayant attendu le plus longtemps. Longtemps détesté par une partie de la population, Charles est en train de réussir son pari et de se montrer à la hauteur de sa nouvelle fonction, même s’il sera difficile de succéder à sa mère dans le cœur des Britanniques…

L’inflation n’aide pas

Le couronnement poursuit un rituel codifié. Ainsi, la cérémonie sera présidée ce samedi 6 mai par Justin Welby, l’archevêque de Canterbury, dans l’abbaye de Westminster. Après son entrée dans l’abbaye, le roi va prêter serment, récitant un texte rédigé en 1688 mais qui a connu des variantes selon les monarques. Les attributs royaux seront mis en avant lors de la cérémonie comme la Couronne de Saint Édouard, et même la pierre du destin qui fut acheminée d’Écosse pour l’occasion. De nombreux chefs d’État et têtes couronnées vont bien évidemment faire le déplacement, ainsi que les gouverneurs généraux et Premiers ministres des 14 pays pour lesquels Charles III est le monarque. Le coût total des trois jours de festivité a été revu à la baisse à cause de la situation économique actuelle et pour éviter l’indécence.

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Mais le couronnement de Charles III ne semble pas passionner les Britanniques outre-mesure, ce qui marque une forme de rupture par rapport à sa mère. Le dernier couronnement d’un monarque britannique, en date du 2 juin 1953, donna lieu à une grande célébration dans tous le royaume et à l’étranger ce qui en fait un précédent de taille. De plus, le jubilé de platine de la reine en juin 2022 avait vu beaucoup plus de ventes de bibelots à son effigie. À titre de comparaison, les ventes d’objets estampillés Charles III peinent à décoller, ce qui peut s’expliquer par une popularité plus faible de Charles III par rapport à Elizabeth II et par une forte inflation, supérieure à 10%, dans le Royaume. Ainsi, à la différence de sa mère, le nouveau roi a multiplié les accrocs dans le passé et possède une incarnation moins rassembleuse.

Londres, 13 mars 2023 © Jordan Pettitt/WPA Pool/Shutters/SIPA

La tarte à la crème de la « diversité » s’invite aux festivités

Charles III a décidé un mélange entre tradition et modernité lors des cérémonies, pour marquer sa différence mais surtout pour montrer qu’il est capable de s’inscrire dans une longue histoire. Ainsi cette cérémonie reprendra tous les codes royaux, mais le monarque a choisi d’incorporer de nouveaux éléments pour se montrer moderne. Ainsi à la musique traditionnelle se joindront des morceaux plus contemporains, et les représentants d’autres religions vont jouer un rôle lors de la cérémonie en saluant le roi. Des textes en gaélique ou gallois seront aussi lus pour la première fois pour illustrer la diversité du Royaume. Mais c’est le remplacement du traditionnel « Hommage des Pairs », quand des membres de la noblesse prêtaient serment au roi, par un serment d’allégeance que doit prêter le peuple qui a fait grand bruit car jugé désuet et insultant.

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Charles III est également un roi davantage politique et s’autorise certaines prises de position, ce que sa mère s’était toujours refusé à faire de son vivant. Ainsi il n’est pas rare d’entendre le souverain parler de sauvegarde de l’environnement ou même de géopolitique. Lors de sa récente visite d’Etat en Allemagne, il s’est prononcé devant le Bundestag pour un soutien à l’Ukraine, mais il a aussi abordé la question de la décarbonation de nos économies. Marquée par les prises de positions de son oncle Édouard VIII et surtout par sa proximité avec Adolf Hitler, la reine Elizabeth II eut toujours à cœur de ne pas se mêler de politique, si bien que nous savons peu de choses sur sa relation avec les différents Premiers ministres. Charles quant à lui confirme sa réputation d’animal politique, ce qui l’a par exemple amené à ouvrir la Conférence de Paris sur le Climat en 2015 ou à parler lors du G20 de Rome en 2021. Cette présence détonne et plaît aux Britanniques, qui apprécient ce changement de style de la monarchie sans que cela ne créé de vagues.

Des défis, mais une situation loin de la catastrophe annoncée

Le début de règne de Charles III se marque par une hausse de sa popularité et de la monarchie. En effet, selon un sondage Yougov, 62% des Britanniques ont désormais une image positive du nouveau roi, contre 54% l’année dernière. Le même sondage montre que 60% des sujets de sa majesté sont en faveur de la monarchie alors que seulement 26% d’entre eux veulent que le roi soit remplacé par un chef d’État élu démocratiquement. Ces chiffres contrastent avec la situation lors du décès d’Elizabeth II, avec un Prince Charles très peu populaire et ayant une image écornée. Alors que de nombreux commentateurs estimaient la monarchie britannique en danger à son accession au trône, leurs prévisions s’infirment avec le début de règne du nouveau souverain. Ainsi, même s’il faut rester prudent, il semblerait que Charles III ait pris toute la mesure de son nouveau rôle en ne commettant pas d’impair majeur.

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La place du Royaume-Uni était incertaine à l’automne dernier, avec des crises économiques et politiques d’envergure qui fragilisaient le pays. Le court mandat de Liz Truss, quelques jours avant le décès d’Elizabeth, a conduit les Britanniques vers une crise économique d’envergure. Son successeur Rishi Sunak parvient à stabiliser une situation économique qui reste fragile malgré tout. Par contre, il arrive à rétablir peu à peu l’influence du Royaume Uni dans le monde, avec des relations normalisées avec l’Union Européenne. Tout cela fait penser que le règne de Charles III ne démarre pas sur des si mauvaises bases que cela, même si le plus dur pourrait encore être devant lui… Alors que certains prédisaient les plus grandes catastrophes avec l’arrivée de Charles III sur le trône britannique, le nouveau souverain semble réussir ses débuts. La monarchie ne semble pas remise en cause et le pays est parvenu à surmonter la catastrophe provoquée par Liz Truss. Vraisemblablement, Charles III ne parviendra pas à surpasser sa mère, mais reconnaissons que ce n’est pas pour autant qu’il ne peut être un bon roi pour les Britanniques.

Marlène Schiappa: «Les Français attendent qu’on règle leurs problèmes, pas qu’on fasse la gueule»

Elle va là où les autres ministres ne vont pas. Du plateau de Cyril Hanouna à la couverture de Playboy en passant par les universités d’été des Insoumis ou un débat organisé par Valeurs actuelles, la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et de la Vie associative assume pleinement sa liberté, quitte à déplaire à ses collègues, à choquer les puritains et à heurter les néoféministes. Pour la première fois, elle s’explique aussi sur le fonds Marianne.


Causeur. Après votre « une » de Playboy, un essaim de dames patronnesses s’est abattu sur vous. Derrière les critiques politiques, on a senti un petit vent de vertu outragée : « une mère ne pose pas dans Playboy », a dit Ségolène Royal. Une femme convenable n’agit pas de la sorte Marlène Schiappa ! Vous attendiez-vous à ce déferlement ?

Marlène Schiappa. Non, pas du tout ! De nombreuses personnalités politiques, partout dans le monde, ont été dans Playboy. Sauf erreur, il y a eu François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Malcolm X, Martin Luther King, Thierry Breton, Jacques Attali, Carla Bruni… Gilbert Collard est dans le même numéro que moi. Ce déchaînement en dit long sur la vision que certains ont de la liberté des femmes. Les femmes seraient libres de faire ce qu’elles veulent… Il y a beaucoup de puritanisme dans ce « sauf quelque chose ». Les propos de Ségolène Royal que vous citez montrent que, pour elle, il existe une dichotomie, dans l’identité féminine, entre la mère et la femme.

C’est la maman et la putain…

Je n’osais pas le dire. 

En vente actuellement: Causeur #112: «Schiappa la chipie», après “Playboy”, elle répond aux puritains

Au point où vous en êtes, osez !

Banco ! Ségolène Royal qui pose à l’hôpital, juste après son accouchement en chemise de nuit, ça va, mais moi qui pose en robe dans Playboy, ça ne va pas ? Si je précise que je suis habillée, c’est parce que, pendant trois jours, les bandeaux des chaînes d’info annonçaient : « Marlène Schiappa pose nue dans Playboy ».


Vous êtes habillée mais, sur certaines images, pas excessivement. Jusqu’où une ministre peut-elle aller sans attenter à la fonction ?

Je pourrais porter la robe longue que j’ai sur la fameuse couverture dans n’importe quelle autre circonstance. Avec mon équipe, nous avons refusé certaines propositions de Playboy, trop sexy ou qui allaient trop loin. L’idée n’était pas de choquer.

Votre collègue Isabelle Rome a écrit : « Pourquoi avoir choisi Playboy alors que ce magazine est un condensé de tous les stéréotypes sexistes. Nous sommes en plein dans la culture de la femme-objet. » Vous lui avez répondu par texto, écrivant notamment: « Regarde au fond de ton sac à mains si tu trouves un peu de courage pour m’appeler. »

J’ai toujours préféré les échanges francs. Parfois volcaniques (rires).
Nous avons échangé par la suite pour apaiser les tensions parce que nous sommes dans la même équipe. Sur le fond, j’ai toujours parlé à tout le monde. Je suis allée à la convention annuelle de Valeurs actuelles, aux universités d’été de La France insoumise, ça a toujours été ma ligne et je continuerai. Après ma dernière interview à Causeur, le titre « J’adore les hommes » m’avait valu les foudres de certaines personnes qui pensent que les hommes sont nos ennemis.

Ce qui est frappant, c’est la convergence droite, gauche et centre. Puritains de tous les horizons, unissez-vous ! Derrière la prétendue défense de la cause des femmes, il y a la haine de l’érotisme et du désir, la haine de la liberté sexuelle.

Il y a effectivement beaucoup de puritanisme. Mais beaucoup de femmes de soixante ou soixante-dix ans m’ont dit : « Bravo, on vous soutient, c’est ça la liberté des femmes. » C’est étonnant que deux générations après, Mai-68 accouche de cette forme de détestation pour la sexualité et les hommes. On n’a pas fait MeToo pour interdire aux femmes de parler de sexualité.

Mais dans le même numéro, il y a une créature blonde et très dévêtue qui, pour certaines féministes, incarne la femme aliénée au désir des hommes.

Moi je suis pour que toutes les femmes fassent absolument tout ce qu’elles ont envie de faire, y compris d’être Miss France si ça leur chante. Je ne défends pas les femmes en fonction de leur comportement. Ce que beaucoup de puritains, et pas seulement les islamistes, ne supportent pas, c’est qu’une femme accepte de se montrer. J’ai été prise en photo en maillot de bain par des paparazzis, ça n’a choqué personne parce que je n’étais pas consentante. Le problème n’est donc pas la nudité des femmes mais leur liberté, le fait qu’elles choisissent ce qu’elles veulent faire de leur corps. La société n’aime pas ça.

Pour beaucoup de gens, la question est réglée.

Oui, je ne devrais pas dire « la société », mais « certains médias », D’ailleurs, Playboy a eu un énorme succès. Les ventes ont explosé. Bien sûr, l’intelligentsia s’est offusquée mais depuis 2017, elle s’offusque dès que je bouge une oreille. Redescendons sur terre, on parle de photos en robe dans un magazine !

Vous bougez souvent une oreille !

J’arrive de New York, j’étais à l’ONU pour faire voter une résolution sur l’économie sociale et solidaire, personne n’en a parlé ! Alors, je m’adapte à la société du buzz, je trolle le système !

Sur le féminisme, d’un côté, vous êtes sur la ligne universaliste (la bonne), mais en même temps vous restez un peu dans la case victimaire. « Une femme a toujours besoin d’être émancipée », dites-vous. Non, pas plus qu’un homme ! La bataille de l’égalité est gagnée parce qu’elle est la norme. Ne faut-il pas défendre la cause des hommes aujourd’hui ?

Vous avez raison, d’ailleurs, vous verrez, un jour les hommes seront contents qu’il y ait des quotas par genre, parce que cela les protégera. Et s’agissant des violences sexuelles, il y a aussi des hommes victimes, ils doivent pouvoir en parler tout aussi librement.

Je vous parle féminisme, vous répondez violences ! Mais la violence n’est pas le quotidien des relations entre les hommes et les femmes en France. Marcel Gauchet pense que la domination masculine n’existe plus. Comme le disait Napoléon : « Nous avons fini le roman de la Révolution, il faut en commencer l’histoire. »

Vous voulez dire, pour paraphraser Warren Buffett, que la guerre des sexes est terminée, et que nous l’avons gagnée ? Pourtant, derrière les critiques de Playboy, il y a aussi chez certaines la conviction qu’il ne faut pas parler avec les hommes. Laurence Rossignol a fait un tweet offusqué sur Playboy alors qu’elle avait donné une interview à Lui quand elle était ministre des Droits des femmes. Si on refuse d’aller à « TPMP » ou à Valeurs actuelles, si on ne répond pas à Playboy, chacun reste dans son couloir, avec des gens avec qui il est complètement d’accord. Ce sectarisme est délétère. Aujourd’hui, vous m’interviewez Élisabeth, cela ne veut pas dire que vous soyez devenue schiappiste…

Ni que vous soyez léviste d’ailleurs.

Il faut discuter, ne jamais dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »… (rires)

Ne payez-vous pas les excès de Me Too ?

Ce que je paie surtout, c’est de n’appartenir à aucune chapelle. Je suis une féministe iconoclaste. Permettez-moi de citer la tribune que j’ai signée dans le JDD avec mon amie Tristane Banon, sous le titre « Que faire des connards innocents ? ». Peut-être que Julien Bayou ne s’est pas très bien comporté avec des femmes, mais il n’appartient ni aux médias ni à la justice de rendre un avis là-dessus. Ne pas rappeler une femme, mentir, manquer à une promesse, c’est peut-être déplorable, mais ce n’est pas pénal. On ne peut pas tolérer cette inquisition de la vie personnelle.

Le président a lui-même déclaré : « Victimes, on vous croit ! »

Il a dit aussi qu’il voulait défendre la présomption d’innocence et que ce qui faisait foi dans notre pays, c’était la justice et l’État de droit.

N’empêche que cette phrase était une lourde erreur. Et puis, ras-le-bol d’entendre parler des femmes comme de petites saintes incapables de mentir ou de fomenter des coups tordus ! C’est aussi une puissance d’être un objet de désir !

Oui ! On peut être un objet de désir et un sujet désirant à la fois. Dans l’entretien de Playboy, que mes détracteurs n’ont pas lu, j’annonce ce qui s’est passé. Les pires critiques ne sont pas venues d’hommes, mais de femmes. Beaucoup d’hommes m’ont félicitée : « Vous êtes une femme libre ! Nous ne sommes pas en Iran ! »

On nous rebat les oreilles avec la sororité, alors que la rivalité féminine est vieille comme le monde.

En effet, la sororité n’est pas un acquis, mais un combat contre soi-même, parce que cette rivalité existe, particulièrement dans les domaines compétitifs comme la politique. En politique, une femme et un homme ne sont jamais en concurrence, de même que deux personnes appartenant à des partis différents. Si bien que l’amitié idéale en politique, c’est entre une femme et un homme qui ne sont pas du même bord !

Justement, on imagine qu’Élisabeth Borne et vous n’avez pas la même conception de la liberté des femmes et du féminisme.

Vous savez, elle est beaucoup plus rock qu’elle en a l’air ! Je m’entends très bien avec elle. Je refuse qu’on instrumentalise l’affaire Playboy pour s’en prendre à ma Première ministre.

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Elle vous a quand même engueulée.

Elle m’a dit que, selon elle, ce n’était pas approprié dans une période de contestation sociale. C’est son rôle de chef de la majorité. Je ne me suis jamais sentie lâchée par elle.

Une ministre ne fait pas de jolies photos quand le peuple souffre ?

En effet, on se méfie de tout ce qui est léger et gai. Ce n’est pas parce qu’on est ministre qu’on est obligé d’être sinistre. Les Français attendent qu’on règle leurs problèmes, pas qu’on fasse la gueule. À l’ère de la victimisation et de la glorification de la souffrance, il faudrait passer son temps à répéter que c’est dur, qu’on est un ascète, qu’on ne tombe pas amoureux, qu’on ne prend pas de vacances…

Vous dites que vous n’êtes pas prête à vous donner corps et âme. Peut-on faire de la politique comme ça ?

J’ai passé deux ans au ministère de l’Intérieur où j’ai défendu le gouvernement pour 37 lois au détriment de ma vie de mère et de personne. J’étais disponible 24h/24. J’étais là pour consoler les familles de policiers quand il y avait des suicides dans la police, j’étais présente pour des choses lourdes et difficiles, et je l’ai fait corps et âme, avec le sens du devoir et c’était un honneur. Cela dit, les Français ont une relation très paradoxale, d’amour et de haine, avec leur personnel politique, particulièrement les femmes.

Ça vous reprend ! Non, les Français ne sont pas plus durs avec les femmes. Sont-ils durs avec vous ?

Dans la rue, les gens ne me menacent jamais et ne m’insultent jamais. Ils demandent des selfies, viennent me dire merci. La détestation sur les réseaux sociaux est organisée par des opposants. Pourtant, j’ai gagné dix points chez les sympathisants de La France insoumise : les cadres de LFI ont détesté Playboy, mais ceux qui votent pour eux sont allés l’acheter.

Votre livre s’appelle Juste une petite gifle, ce qui nous amène à l’affaire Quatennens. Non, personne n’a dit que c’était bien, que ce n’était rien, ou qu’elle « l’avait bien cherché ». Mais dans un couple, un conflit peut tourner à la bagarre, un homme peut perdre le contrôle. C’est malheureux, mais ça ne fait pas de Quatennens le symbole des violences conjugales.

Je ne suis pas sortie du couvent la semaine dernière. Je me suis mariée deux fois, j’ai divorcé deux fois, je sais très bien ce qu’est un conflit dans un couple. Au-delà de la gifle elle-même, ce qui me gêne, ce sont les arguments convoqués ensuite. Oui, j’ai bien entendu un leader insoumis dire: « On ne connaît pas le contexte, elle l’avait très certainement provoqué. » C’est aussi ce que dit l’avocat de Jonathan Daval, condamné pour le meurtre de son épouse : « Alexia avait une personnalité écrasante. »

Photo: Hannah Assouline

C’est son boulot d’avocat ! Et c’est celui du juge de comprendre le contexte.

Ce que je dénonce, c’est le schéma qui fait des femmes les responsables des violences qu’elles subissent. Adrien Quatennens aurait gagné à dire « j’ai merdé, ce que j’ai fait ne se fait pas ». Et pour finir, le groupe LFI a voté contre la proposition de loi de Renaissance sur l’inéligibilité des personnes condamnées pour violences conjugales.

Ce n’est pas au Parlement de décider si on est éligible après avoir payé sa dette.

Vous êtes cohérents, c’est votre ligne. Les Insoumis ne sont pas cohérents. Ils demandaient la démission de gens accusés par de simples tweets, mais quand ça touche quelqu’un de leur parti, les violences conjugales ne sont plus si graves.

Il y a six ans, vous étiez favorable à une interdiction définitive de mandat public pour les personnes condamnées pour violences sexuelles et sexistes. L’êtes-vous encore ?

Non, je suis moins radicale et meilleure en droit constitutionnel. « Définitive », cela ne serait pas constitutionnel. En revanche, une inéligibilité, c’est le minimum. Nous n’avons pas à savoir avec qui tel ou tel responsable politique couche, mais on devrait s’intéresser à ces condamnations.

La suite demain sur Causeur.fr

Trans-folie: Budweiser ne s’y fera pas prendre deux fois

54% des Américains ont approuvé le boycott de la célèbre marque de bière, après la production d’une canette à l’effigie de Dylan Mulvaney…


#Go Woke Go Broke (« Devenez woke, faites faillite »). Depuis cinq ans, ce slogan est utilisé par des conservateurs anglophones pour organiser des boycotts de marques dont la publicité fleure trop le progressisme. Pendant la pandémie, Dylan Mulvaney, 24 ans, connu jusqu’alors comme acteur dans des comédies musicales, commence à attirer des followers sur TikTok avec des vidéos qui racontent sa transition vers l’état de femme. Aujourd’hui, « elle » a engrangé plus de 10 millions de followers et plus d’un milliard de vues. Le 13 mars 2022, elle lance une série intitulée « Jours en tant que fille », où elle met en scène son idée de la féminité, qui est une caricature de comportement girly. L’expression de « Womanface », sur le modèle de « blackface », est forgée par la commentatrice, Candace Owens, pour condamner cette façon de renforcer les stéréotypes féminins du passé.

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En octobre, Dylan est invitée à la Maison Blanche pour interviewer Joe Biden qui déplore la législation « anti-trans » promulguée dans certains États. Devenue une « influenceuse » incontournable, Mulvaney noue de nombreux partenariats avec des marques, mais un comble d’absurdité est atteint cette année quand elle fête ses 365 jours « en tant que fille ». Parrainée par Nike, elle poste une vidéo où on voit cet être maigrichon caracoler de manière ridicule dans son jardin pour exhiber des leggings et un soutien-gorge de sport – sur un corps sans seins. Mais quand la bière Bud Light lui offre une canette spéciale ornée de son visage, la réaction est féroce. Des vidéos postées en ligne montrent des Américains en casquette de baseball qui tirent sur des canettes de Budweiser avec des armes automatiques. Dans un sondage, 54 % d’Américains approuvent ce boycott. Bien que le lien de causalité reste à prouver, la société mère de Budweiser, Anheuser-Busch InBev, perd jusqu’à 5 milliards de dollars en capitalisation boursière. Voyant la valeur de ses concurrents augmenter, Bud réagit avec une publicité patriotique. Enfin un cas de cancel culture de droite qui marche ?

L’argent ne fait pas le bosseur

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


Il est trop fort le président. Pour tourner la page de la réforme des retraites, il a sorti de son chapeau une idée folle que personne n’avait eue (à l’exception de tous ses prédécesseurs) : réformer l’Éducation nationale. Cette ambition occupe une place de choix dans la liste de promesses que Papa Macron nous a faites pour nous prouver qu’il nous aime. Calmez-vous et buvez frais : l’avenir radieux, c’est maintenant. Enfin dans 100 jours. La Justice aura des moyens, mille usines s’épanouiront, la bureaucratie s’allégera. On inventera l’industrie écolo et l’IA qui rase gratis. Et donc, dès la rentrée, l’École aura changé de visage.

Cette annonce aurait pu réjouir ceux qui, comme votre servante, enragent que les Français se roulent par terre pour leur retraite, mais laissent leur École aller à vau-l’eau depuis des décennies, bercés par les illusions rassurantes du taux de réussite au bac – comme si le bac avait encore le moindre sens – et du solide pourcentage de jeunes qui vont glander dans des facs-poubelles. Évidemment, il y a une entourloupe. La pierre angulaire de cette grande réforme, c’est de mieux payer les profs. D’accord, c’est indispensable : selon une estimation consensuelle, depuis les années 1980, leur traitement aurait chuté de 2,3 à 1,1 SMIC. Il faudrait aussi augmenter les policiers qui acceptent de se faire caillasser au même tarif, ou les médecins généralistes, qui ont obtenu un infamant euro cinquante supplémentaire par consultation. Mais que ces mesures financières soient les premières réclamées et annoncées révèle notre soumission à l’empire du nombre[1]. Notre époque, observe Olivier Rey, a accouché d’une inversion diabolique : c’est à la statistique que nous demandons ce qu’il faut penser de la réalité.

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La dégradation de la politique en solutionnisme, toute solution se mesurant en euros, est l’image en miroir de la rengaine des moyens entonnée par toutes les corporations et, à travers l’obsession du « pouvoir d’achat », terme ô combien significatif, par toute la société. Cela ne signifie pas que les problèmes de fins de mois soient méprisables, ni qu’il faille se satisfaire de l’incroyable distorsion entre le pognon de dingue investi dans les services publics et leur utilité sociale réelle, mais que toute réforme d’une activité humaine devrait commencer par une réflexion sur ses finalités. À moins que l’homme se nourrisse seulement de pain.

S’agissant de l’École, cette réflexion sur les fins est d’autant plus impérieuse que le brouillage de ses missions est au cœur du désastre. Depuis l’adoption du collège unique en 1974, elle est sommée de panser toutes les plaies de la société et d’acclimater les enfants à toutes les lubies de notre temps. Elle doit former de bons citoyens, gentils avec les filles et avec la planète, antiracistes et LGBT-friendly, pallier les carences des parents en domptant les plus durs et en cajolant les moins doués. Mais l’objectif sacro-saint, rappelé par tous les gouvernements et adopté avec enthousiasme par une grande partie des enseignants, c’est la lutte contre les inégalités sociales. Ainsi, l’obsession de Pap Ndiaye, c’est la mixité scolaire – qui ira peut-être même jusqu’à l’École alsacienne où sont inscrits ses enfants : le ministre prétend imposer des quotas sociaux aux établissements privés, dont la destruction ne doit pas être assez aboutie à son goût. Peu importe que toutes les réformes égalitaires aient, en plus du reste, aggravé les inégalités. Et peu importe que tant d’élèves soient moyens, voire nuls, pourvu qu’ils le soient tous ensemble.

A relire, Elisabeth Lévy: Papa Macron

On demande donc tout à l’École, tout, sauf de transmettre des connaissances. Le résultat est à la hauteur des espérances. D’après Nicolas Baverez[2], « plus de 40 % des collégiens de sixième ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul ». Une partie de la jeunesse lycéenne manifeste pour sa retraite. Une proportion notable des jeunes issus d’un système éducatif qui les câline parce que, ces pauvres petits, on ne va pas les décourager avec des mauvaises notes, est incapable de rigueur intellectuelle, de concentration, en un mot : d’effort, terme banni du vocabulaire pédagogique. De tous les crânes d’œuf qui ont dû plancher sur la funeste réforme du bac, aucun ne s’est avisé qu’elle allait amputer d’un trimestre la dernière année de lycée. Grâce au mirifique « contrôle continu », moins traumatisant on suppose, qu’un examen, et aux impénétrables desseins de Parcoursup, pour les élèves de terminale, les jeux étaient faits fin mars. La majorité en a conclu que l’école était finie…

Pour Nicolas Baverez, Emmanuel Macron a considérablement accéléré la déconstruction, d’une part en validant la priorité donnée à l’objectif de justice sociale et, d’autre part, « en euthanasiant le mérite pour le remplacer par les algorithmes ». Ce n’est plus une équipe pédagogique qui évalue les mérites et les capacités d’un élève, mais un logiciel dont la logique est aussi opaque (et semble-t-il aussi dévoyée) que celle des modérateurs automatiques de Twitter et consorts. Tant pis si d’excellents élèves se retrouvent sur des voies de garage, ils n’avaient qu’à naître pauvres. Il faut que le ministre puisse annoncer triomphalement que le pourcentage d’enfants d’ouvriers dans les universités augmente. Nos gouvernants ne sauraient avoir politiquement (et même philosophiquement) tort puisqu’ils ont statistiquement raison. Personne ou presque ne s’est donc demandé en quoi les 5 milliards d’euros mobilisés pour les profs rendraient l’école meilleure. Le plus ballot, c’est qu’ils ne suffiront même pas à acheter la paix sociale.

Quand le monde s'est fait nombre

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[1] Olivier Rey, qu’on lira avec bonheur sur l’euthanasie (pages 24-27) a publié en 2016 Quand le monde s’est fait nombre (Stock).

[2] Nicolas Baverez, « La grande déconstruction de l’éducation », Le Figaro, 24 avril 2023.

Didier D. répond à Françoise M.

À propos d’un article en particulier et du wokisme dans les arts en général…


Suite à mon billet sur le spectacle musical intitulé No(s) Dames (qu’on peut retrouver ici), une lectrice, Françoise M., a écrit un commentaire ayant retenu mon attention pour deux raisons. La première est qu’il m’est adressé personnellement et que, bien que réprobateur, il est écrit sans animosité, en usant du ton ferme mais courtois qui sied à la discussion contradictoire et civilisée. La deuxième est qu’il me donne l’occasion de préciser certains points que l’écriture d’une brève ne pouvait que survoler.

Les goûts les couleurs

Françoise M. qui, écrit-elle, a vu quatre fois le spectacle en question, regrette que je n’aie pas donné mon opinion sur l’aspect strictement musical de cet événement. Il est vrai que j’ai volontairement omis de préciser que j’avais écouté le disque sorti en janvier 2022. Avant de donner la raison de cette omission, disons en un mot, que, si je trouve plutôt réussies les transpositions des partitions orchestrales pour quatre instruments à cordes et l’interprétation offerte par le quatuor Zaïde – des passages uniquement instrumentaux mettent en valeur le jeu de chacune des instrumentistes – je reste en revanche très dubitatif quant à l’interprétation de Théophile Alexandre, en particulier pour le plus connu des airs de Carmen, L’Amour est un oiseau rebelle. Mais je ne suis pas un spécialiste et, comme dit mon tonton Raymond, il en faut pour tous les goûts.

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Et d’ailleurs peu importe. Ma critique ne portait absolument pas sur l’aspect musical de ce spectacle mais sur une tendance se confirmant au fur et à mesure que l’esprit woke étend son emprise sur le monde de l’art, je veux parler de l’inclination panurgique de certains artistes moralisateurs pour l’incrimination de créateurs et de leurs œuvres, sous couvert de dénoncer le patriarcat, le masculinisme, le sexisme, la misogynie, le racisme et que sais-je encore. Au contraire de ce que me reproche Françoise M., je ne me suis pas contenté de « reprendre (à contre-courant) les mots de M. Greze-Masurel et de la revue Causette pour faire un papier anti-woke ». J’ai lu tous les entretiens donnés par le contre-ténor Théophile Alexandre, nombre d’articles dédiés à ce spectacle et, avec une extrême attention, le livret du disque qui, à lui seul, eût pu suffire à démontrer qu’il n’est pas question ici d’art opératique mais de dogmatisme woke et d’extension du politiquement correct au domaine de l’art. L’introduction dudit livret annonce la couleur : « No(s) Dames sont nées d’une volonté d’hommage aux héroïnes de quatre siècles d’opéras masculins, pour en célébrer la beauté musicale tout en déconstruisant leurs modèles de genre. » Tout le texte est sur le même ton et adopte exclusivement le vocabulaire propre à l’idéologie néoféministe, déconstructiviste et woke. Sont ainsi évoqués le « patrimoine patriarcal », la « duplicité de cet héritage », « les fatalités de genre réservées aux femmes » et la nécessité d’une « relecture dégenrée ». On tient à y dénoncer les « stéréotypes de madones, de putains ou de sorcières » tout « en reliant ces ersatz de femmes à la sororité morbide ». On y annonce prétentieusement l’intention de « donner du sens au son et [de] réhumaniser ces airs », rien que ça. Aux enfants emmenés à l’opéra et demandant « Dis maman, dis papa, pourquoi la dame elle crie ? Pourquoi elle pleure ? Pourquoi elle meurt ? », on ambitionne de ne plus jamais répondre : « Parce qu’un homme l’aime… » – nous avons échappé de justesse au mot « féminicide ». Ce livret ressemble aux innombrables bréviaires déconstructivistes circulant actuellement dans les théâtres et les opéras – le plus furieusement woke restant celui de l’Opéra de Paris qualifiant « l’opéra européen » de « point de vue sublime des dominants sur le monde » et proposant de « repenser l’unité chromatique » en favorisant « la diversité mélanique », co-signé par… Pap Ndiaye.

Verbiages woke incessants

Jamais, écrit en outre Françoise M., le contre-ténor ne s’habille en femme, pas de « bustier corseté », rien de « drag-queenesque ». Pourtant, une photo incluse dans le livret du disque montre Théophile Alexandre, de dos, le corps contraint dans un bustier. L’image se veut porteuse d’un message : il s’agit de « décorseter les stéréotypes de genre ».

Sous ce verbiage, nous reconnaissons aisément le wokisme qui envahit actuellement les écoles d’art, le théâtre, le cinéma, le monde de l’édition et celui de la musique et de l’opéra. L’art est surveillé de près. On le scrute, on le juge, on le sermonne, on le corrige… Aucune œuvre ne semble devoir échapper au procès anachronique instruit par les nouveaux inquisiteurs. Les exemples se multiplient. Tout récemment, dans la plus réputée de nos écoles de cinéma, la Fémis, des étudiantes de première année ayant gobé les notions de « culture du viol » et de « féminicide » ont écrit à leur professeur pour lui signifier leur refus de voir les films dans lesquels des scènes représentent des viols ou des meurtres de femmes : « Le viol n’est pas un motif narratif, il n’est pas un pivot dramatique. […] Le viol est une construction sociale largement acceptée, normalisée, esthétisée et érotisée. Il est temps d’en parler comme tel. » Avant cela, le directeur du Théâtre du Nord, David Bobée, « déconstruisait » le Dom Juan de Molière car, disait-il, il avait réalisé que « chaque scène qui compose cette pièce représente quelque chose contre lequel [il] lutte depuis toujours. Dom Juan est classiste, sexiste, glottophobe, dominant… ». Incapables de rien créer, insensibles aux beautés des chefs-d’œuvre qu’ils devraient protéger, les activistes wokes propagent leur camelote idéologique en phagocytant les œuvres d’antan ou en empêchant tout simplement leur diffusion.

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Ce phénomène révisionniste de réécriture et de cancel culture s’étend jour après jour. Des livres sont caviardés, corrigés, censurés. Des séries, sous prétexte d’inclusivité et de diversité, révisent l’histoire et élucubrent d’improbables scénarios afin d’y caser toutes les « minorités ». Des musées imposent, sous les tableaux ou au pied des sculptures, des cartels explicatifs « contextualisant » l’œuvre afin de dénoncer le seul Occident, son colonialisme, son patriarcat, son racisme, etc. À Florence, Carmen tue Don José « parce que, aujourd’hui, on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme », explique le metteur en scène. À Perth, le West Australian Opera annule la représentation de l’opéra de Bizet au prétexte de lutter contre le tabagisme. Il est ainsi entendu que notre époque vertueuse est l’apogée de l’histoire humaine. Aux yeux de nos angéliques casuistes, les époques antérieures à leur naissance ne peuvent être qu’imparfaites, grossières, inachevées et coupables. Les œuvres créées durant ces époques considérées comme déficientes et fautives ne sauraient échapper à ce triste constat. Il est vrai qu’au grand dam de nos nouveaux puritains avides de platitudes artistiques n’offensant personne, il y demeure des restes d’humanité, des restes d’histoires, des destins tragiques, des rêves, des cauchemars, des tumultes étranges, de sombres pensées, des gestes plus sombres encore, des drames recouvrant d’éphémères instants de bonheur, des cris, des meurtres, des suicides, des amours contrariées, d’ironiques retournements, des rires, du désir, des excès, le bien, le mal, des hommes et des femmes, et même des dieux désireux de vivre une vie humaine afin d’éprouver et de tenter de comprendre les tourments et les joies de ces êtres à la fois admirables et misérables que sont les hommes.

Subversion convenue

Les artistes de No(s) Dames auraient pu se contenter de promouvoir un spectacle jouant sur l’ambiguïté des voix d’opéra, mettant en valeur à la fois celle du contre-ténor dans un répertoire qui ne lui est a priori pas destiné et le travail de transcription d’une partition orchestrale pour un quatuor d’instruments à cordes. Au lieu de cela, et parce qu’il fallait bien montrer qu’on est des artistes « engagés », ils ont gribouillé un tract dogmatique et bête, en parfaite adéquation avec les travaux de démolition en cours. Les « intentions » de Théophile Alexandre affadissent les plus beaux airs d’opéra en les recouvrant d’un lourd et ennuyeux dispositif discursif sans aucune valeur artistique. Il est demandé au spectateur d’oublier la beauté formelle de l’œuvre originelle et d’adopter le point de vue post-moderne et politiquement correct de l’artiste militant, cet homme-sandwich du wokisme ambiant. Celui-là croit alors avoir atteint le summum de la subversion et de la transgression, alors qu’il n’est rien de plus conformiste et moralisateur que cette mascarade. L’épaisse moraline qui nappe No(s) Dames étouffe la musique et anéantit l’œuvre d’art – nous n’entendons plus le chant de Carmen mais un argumentaire pompeux, une tribune bien-pensante, un slogan, un bruit. Quel ennui ! Oublions vite ces cuistres ! Nettoyons nos oreilles ! Réécoutons la sublime Carmen-Teresa Berganza aux côtés de Don José-Plácido Domingo et du London Symphony Orchestra dirigé par Claudio Abbado (DG, 1978) – et relisons la critique de Juliette Buch sur le site Forum Opéra : « L’incarnation de la mezzo espagnole est certainement une des plus abouties […] cette mozartienne et rossinienne hors pair nous livre avec musicalité, finesse et raffinement, une Carmen noble et fière, secrète, mais aussi insolente, emplie d’humour et avant tout éprise de liberté. » – bref, une Carmen à mille lieues de la Carmen dégenrée, sororisée, revue et esquintée par l’idéologie néoféministe et woke.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Ce député n’a rien trouvé de plus urgent que de légiférer contre les « discriminations capillaires »

On touche le fond. Nos députés se consacrent chaque jour davantage à des lois basées sur l’individualisme, plutôt que sur l’intérêt général. Et cela aggrave l’éclatement de notre pays.


Que l’individualisme soit devenu la règle d’aujourd’hui relève de la banalité. Chacun est son petit maître et souhaite que sa subjectivité, ses humeurs, ses faiblesses, ses blessures, ses frustrations, ses imperfections soient considérées comme prioritaires et servent de base aux futures inventions législatives.

Comble du ridicule

Je ne plaisante pas. Il y a ce paradoxe qui montre bien la folie française. On admet qu’il y a trop de lois, mais on est prêt cependant à en fabriquer de nouvelles, de moins en moins nécessaires, de plus en plus absurdes. Par exemple, le député du groupe « Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires » (LIOT) de la première circonscription de la Guadeloupe, Olivier Serva, parce qu’il a du mal à supporter sa propre calvitie et les moqueries qu’elle peut susciter, va déposer une proposition de loi contre les discriminations capillaires, dont les femmes aux cheveux crépus ou frisés sont également victimes, dit-il. Il y a là la démonstration qu’on touche le fond, que le comble du ridicule est atteint et que le député ne se consacre plus à l’intérêt général, au service de tous mais prend sa mission législative pour un remède, un pansement, une thérapeutique purement personnelle. Je ne doute pas que certain(e)s puissent parfois être victimes de critiques indélicates à propos de leur chevelure ou non mais cette réalité si minime peut-elle justifier qu’on s’engage dans une voie qui constituera un détail en généralité, des éléments intimement particuliers en un terreau législatif. On ne légifère pas pour quelques-uns, car sinon on va aggraver l’éclatement d’un pays en mille clans, chapelles, autonomies et dissidences.

A lire aussi, Jonathan Sturel: De la susceptibilité à «l’offense»

Constatant une telle dérive qui fait de soi l’initiateur de tout, je n’ose imaginer, pour chacun, les revendications à venir. Certains se sont moqués de mon cheveu sur la langue. Il est intolérable qu’aucune loi n’ait été édictée pour interdire cette attitude! D’autres ont vu tourner en dérision leur petite taille. Ils en souffrent. Il faut les consoler par une loi. Bien au-delà de ces dispositions physiques sur lesquelles on n’a pas de prise, le simple fait de respirer et de vivre, pour des pessimistes, n’est pas perçu sans trouble ni incommodité. Ils pâtissent, sur ce plan, d’une grave infériorité par rapport à beaucoup d’heureux. Il convient de les soulager par une loi qui interdira de les traiter de tristes sires.

Ensemble tout devient possible

Si on continue ce processus, plus rien ne sera impossible: notre monde ne sera plus qu’un champ de multiples prohibitions où, de notre apparence à nos pensées, de nos disgrâces à nos complexes, tout sera régi par des dispositions légitimes qui nous priveront, avec notre consentement suicidaire, de l’honneur et de la liberté d’être nous-mêmes, tout compris, ombres et lumières mêlées.

À chacun sa loi: ce sera un enfer.

Libres propos d'un inclassable

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Bruno Le Maire, son roman et notre mauvaise foi

Quoi que vaille le roman de Bruno Le Maire, les attaques contre lui sont d’une stupidité rare.


Je n’ai pas lu le roman de Bruno Le Maire et je ne le lirai probablement jamais. À part la page érotique et anatomico-présodomitique qui fleurit sur les réseaux, comme tout le monde.

Je n’aime pas le Bruno Le Maire politique. Il incarne une sorte de libéralisme totalement anachronique et il a une pensée économique à peu près aussi exaltante qu’un plat de coquillettes sans beurre, sans jambon, sans gruyère râpé, sans rien. Ancien de LR affichant un gaullisme ornemental, il s’est rallié au président le plus antigaulliste qui soit par sa capacité à humilier son propre peuple et à soumettre le destin de tout un pays à la logique des marchés. Le Maire est son fidèle exécutant et il est bien mal récompensé par les agences de notation qui dégradent la note de la France en motivant explicitement leur décision par l’incapacité macroniste de faire passer une réforme sans mettre le feu partout.

Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre…

Mais je n’aime pas non plus la façon dont on se fout de lui à propos de son roman. On peut extraire une page d’à peu près n’importe quel livre, même d’un très grand écrivain, et tourner l’auteur en ridicule. Certains critiques sont experts en la matière. Même avec les grands du passé, ça marche. Savez-vous qu’on peut lire, dans un des plus beaux romans d’amour de langue française, Le Lys dans la Vallée, une phrase aussi franchement ridicule que « N’aigrissez point le lait d’une mère » ? Elle est prononcée par une femme mariée, face aux tentatives de séduction d’un jeune homme…


À lire aussi, Dominique Labarrière: De la dilatation des corps subtils

Tous englués dans l’idéologie managériale

Je n’aime pas non plus l’argument qui consiste à dire que trouver le temps d’écrire un roman supposerait qu’on fasse mal son travail. C’est une des raisons qui m’ont fait quitter mon métier. Jusque dans les années 90, disons, publier un livre était considéré par la hiérarchie comme un plus, la preuve que l’Education nationale avait des profs formidables. Je me souviens encore de ce principal me donnant mon après-midi sans demande de récupération pour que je puisse participer à une émission de France-Culture. Puis, peu à peu, au fur et à mesure que le langage managérial gagnait l’école et que les collèges et lycées ont commencé à être gérés comme des PME, toute activité extra-pédagogique a été considérée comme suspecte, comme du temps distrait à la tâche que l’on devait exécuter avec un dévouement total…

Bref, prof ou ministre, travailleur social ou même ouvrier, comme le regretté Joseph Ponthus et son A la ligne (La Table Ronde, 2019) qui racontait ses journées dans les abattoirs bretons et qui connut le succès que l’on sait, le désir d’écrire, la passion d’écrire, c’est comme la Grâce, elle frappe où elle veut, qui elle veut, quand elle veut. Est-ce que Bruno Le Maire est possédé par cette passion ? Est-ce qu’il est écrivain, bon ou mauvais, peu importe? Je n’en sais rien et personne ne le sait. Alors, attaquons-le sur tout ce que vous voulez, mais là-dessus, j’ai comme un doute. La seule chose qu’on pourrait objecter, c’est que si vraiment Bruno Le Maire ne peut se passer de ce démon de l’écriture, qu’il publie sous un pseudonyme bien verrouillé ! Et là, il se confrontera à un jugement qui ne sera pas faussé – ni par la complaisance des larbins ni par la mauvaise foi des adversaires…

Le Lys dans la vallée

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À la ligne: Feuillets d'usine

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Crise de l’école: «Des solutions existent mais elles butent sur l’idéologie!»

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Eve Vaguerlant. D.R.

Eve Vaguerlant, professeur en collège, nous présente sa vie professionnelle au quotidien, dans un livre intitulé Un prof ne devrait pas dire ça ; choses vues et choses tues (L’Artilleur, 2023) Elle y présente toutes les difficultés que l’enseignement connaît aujourd’hui, les paradoxes ahurissants qui les nourrissent, les idéologies à l’œuvre qui empêchent des solutions simples d’émerger. Causeur a eu envie de la rencontrer.


Attention, Eve Vaguerlant est professeur agrégée de lettres ! Pourtant, à nos lecteurs, j’ai envie de dire ce que Jean-Paul II disait à ses ouailles: «  N’ayez pas peur ! » Son livre est d’une extraordinaire lisibilité. Si, bien sûr, elle y analyse avec précision le désastre de l’école, elle le fait en l’illustrant continuellement de scènes en classe, dans les couloirs, avec les élèves bien sûr, mais aussi ses collègues – dont elle relate les aventures qu’ils vécurent – et la direction. On y est ! On voit enfin ce qui se passe réellement dans les cours, dans la salle des professeurs, dans l’Éducation nationale ! C’est ce qui fait de ce livre qui pose le bon diagnostic, qui dénonce les fausses solutions et qui apporte des remèdes simples et bienvenus, un récit vivant, voire une épopée.

Raisons pour lesquelles nous en conseillons vivement la lecture ; à tous bien sûr, mais aux parents en particulier, lesquels n’ont pas souvent l’occasion d’approcher de si près la réalité de ce que leurs enfants vivent. Ainsi, seront-ils peut-être amenés à intervenir autrement qu’ils ne le font d’ordinaire, pour soutenir les professeurs courageux comme l’est Eve Vagherlan afin que leur descendance connaisse un enseignement digne de ce nom.


Causeur. Le constat est aujourd’hui unanime : l’Ecole va mal ! Quelles sont, à vos yeux, les raisons les plus criantes de la maladie ?

Eve Vaguerlant. Effectivement, enfin, le constat est partagé ! Pendant des années voire des décennies, il y a eu un déni complet alimenté par des experts. Cela dit, dès qu’on aborde le diagnostic, il y a toujours des divergences, mais ce sont surtout les solutions qui divisent le plus. On connaît maintenant les ravages du pédagogisme : l’élève à la recherche de son propre savoir, le refus de la transmission, l’abandon de l’autorité, de la discipline, de toute forme de sanction. C’est ce qui fait que dans certaines classes, on ne peut pratiquement plus enseigner ! D’ailleurs, le professeur, qui ne doit plus transmettre de manière verticale, est devenu le « gentil animateur » qui encadre des élèves « mis en activité ». Par ailleurs, en français comme en langues vivantes, vous n’avez plus le droit de faire de la grammaire séparée des textes ; l’élève doit apprendre par imprégnation, sans plus avoir à apprendre de vocabulaire ou à faire des exercices de grammaire.

C’est donc la fin des contraintes et le règne du festif? Nos profs se sont transformés en GO du Club Med?

Absolument. Tout ce qui est jugé rébarbatif (le par cœur ou la dictée, par exemple) a été supprimé. Et l’enseignant n’est plus celui qui maîtrise sa discipline mais celui qui saura « accrocher » ses élèves avec une pédagogie inventée et ludique et qui, soit dit en passant, ne sera jamais aussi ludique que les jeux vidéo…

On parle toujours d’une question de « moyens » et jamais de la « manière ». Que pensez-vous des dernières annonces du ministre de l’Education nationale ?

Les syndicats sont littéralement obsédés par la question des moyens. Ils n’ont pas tort pour ce qui concerne les salaires, mais il faut savoir que le budget général de l’Education nationale est un des plus élevés de l’OCDE et qu’un élève coûte annuellement 10 000 euros ! La question est donc celle de l’emploi de cet argent.

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Quelles sont ces solutions – toujours merveilleusement innovantes – proposées par le ministère ?

Le discours récurrent est que les professeurs ne sont pas assez formés ! Les « boîtes à pédagogisme » que sont les INSPE, anciennement IUFM, qui n’ont jamais servi à rien, partent du principe qu’on n’est pas encore allé assez loin dans le pédagogisme, au lieu de mettre les professeurs sur le terrain. Nous nous voyons proposer des « formations à la laïcité » ou des « formations à la gestion des tensions », au lieu de s’occuper des enfants qui posent problème ! C’est, de plus, extrêmement culpabilisant car si un professeur ne réussit pas à « gérer » sa classe, c’est forcément de sa faute. Le système mis en place n’y est jamais pour rien…

Vous avez face à vous des élèves qui ne sont pas au niveau, d’autres qui ont divers handicaps – et le professeur n’est du reste pas prévenu – mais c’est le professeur qu’on doit « soigner » ?

C’est cela ! On est censé se diviser en deux, en quatre, en cinq, en dix, et faire cours à « chaque élève », cela s’appelle «  la pédagogie différenciée ». Les professeurs n’osent jamais dire en conseil de classe qu’ils n’y arrivent pas car cela les humilierait, mais la salle des professeurs est par ailleurs un véritable mur des lamentations. Les fausses solutions ne font qu’empirer la situation.

Outre ce déni infligé aux professeurs, il y a la question des idéologies régnant au sein de l’institution, dénoncée notamment dans un récent numéro de notre magazine.

Parmi les idéologies qui empoisonnent la transmission de la culture, il y a la conception extrêmement négative de la laïcité par les professeurs eux-mêmes, qui a fait qu’on a balayé tout ce qui relève de la culture chrétienne et qu’un élève qu’on emmène au musée ne comprendra jamais rien à un tableau mettant en scène «  l’Annonciation ». Les professeurs, qui sont souvent ignorants des textes religieux, croient faire du catéchisme s’ils parlent de la Bible ! Et leur méconnaissance peut aller encore plus loin : lorsque j’étais au lycée, un professeur nous a fait étudier « le discours du libertin » de Pascal en prêtant à Pascal le discours en question ; ce qui était un contre-sens total ! L’école a une histoire anti-chrétienne en général et anticatholique en particulier qui lui fait confondre christianisme et chrétienté. Dans les programmes en histoire, par exemple, tout l’Ancien Régime est balayé. Les élèves ne rencontreront jamais vraiment un seul roi de France à part Louis XIV, les élèves ne verront jamais la guerre de cent ans ni les Croisades ! En revanche, on va choisir comme thème « la rencontre du christianisme et de l’islam en Méditerranée au Moyen-Age … »


Cette école a donc un accueil de l’islam proprement effarant, à vous entendre?

Par lâcheté. Et s’il y a encore quelques vieux laïcards, la nouvelle génération et l’Institution sont adeptes de la « laïcité ouverte » parce qu’on a peur du conflit avec une religion plus belliqueuse que le catholicisme qui, lui, a accepté la laïcité depuis longtemps.

La nature a horreur du vide, l’école aussi. L’islam le remplit ?

D’autant plus qu’il y a effacement de notre culture au profit d’un islamisme extrêmement vindicatif. Et cela vient, entre autres, de l’obsession d’équilibrer alors que pour étudier nos chefs-d’œuvre on n’a pas besoin de la culture islamique mais chrétienne !

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Et que pensez-vous des polémiques sur le wokisme ?

Eh bien, nous avons dans les couloirs des établissements des affiches LGBT+++, mais surtout, nous avons des intervenants issus d’associations très militantes, agréées par le ministère, et qui viennent faire des cours d’éducation sexuelle faisant la promotion du genre et niant la différence biologique homme/femme, où ce sont par exemple des « personnes qui ont leurs règles » qui sont évoquées mais surtout pas les filles… Je ne parle même pas de l’écriture inclusive ! Les professeurs de SVT pourraient pourtant parfaitement faire ce cours d’éducation sexuelle, mais c’est vrai qu’ils parleraient physiologie et biologie… Je rebondis sur la question précédente en affirmant que cette déconstruction fait le lit de l’islamisation car l’islam, de son côté, offre un cadre, des repères et des prescriptions très strictes qui rassurent les élèves soumis à la confusion généralisée.

Quelle est la marge de manœuvre d’un chef d’établissement ou d’un professeur pour refuser ces intervenants ?

Elle n’existe pas ou alors à ses dépens, car c’est le ministère lui-même qui les envoie !

Quels sont les remèdes que vous préconisez ?

Il me paraît essentiel de permettre de nouveau des redoublements, de la sélection, mais ce genre de propositions mettrait immédiatement les professeurs en grève. Et ce, au nom de l’intérêt de l’élève ! Rendez-vous bien compte: si vous avez une bonne partie de la classe qui n’a pas le niveau, cette partie-là ne pouvant pas suivre doit bien s’occuper ; elle met le bazar et tout le monde est pénalisé. Dès la primaire, il ne faut plus permettre que des élèves sortant du CP ou du CE1 ne sachant ni lire ni écrire, puissent passer indéfiniment d’une classe à une autre. Mais les classes de niveau sont le grand tabou, alors que des élèves en difficulté, dès lors qu’on a résolu le problème de la discipline, en profiteraient largement. Et les élèves qui suivent cesseraient de perdre leur temps. Jusqu’en 1991, à partir de la 5ème, on pouvait intégrer des filières technologiques et professionnelles, et il n’y a rien de honteux à ne pas être intéressé par des études abstraites ou théoriques, rien de désobligeant à ne pas être intéressé à chercher des métaphores et à préférer faire quelque chose de ses mains. À force d’idéologie, nous avons mis des élèves dans une logique d’échec permanente qui les fait préférer être un « rebelle » et rejoindre les caïds plutôt qu’être le nul de la classe… Quant à ceux qui ne suivent pas ce chemin, la chute viendra à l’entrée à la fac ; on retarde juste l’effondrement.

Des solutions existent à la crise de l’école, et pas forcément chères, et de bon sens, mais elles butent sur l’idéologie qui a fait que l’individu prime sur le bien commun. Nous raisonnons à partir de l’enfant qui échoue et pas à partir du plus grand nombre que l’on sacrifie. La tyrannie des minorités s’exerce là aussi…

Sur France Inter, Camille Crosnier nous donne des idées…

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Un activiste surgit sur le plateau de la chaîne de télévision suisse, Léman Bleu, et se colle la main au pupitre. D.R.

« Non, Monsieur, non, vous n’allez pas vous coller au plateau, c’est pas vrai ! » En Suisse, le week-end dernier, un animateur télé est exaspéré, lorsqu’un activiste écologiste interrompt le programme et se colle la main sur la table lors d’un débat électoral. Mais, sur France inter, la journaliste Camille Crosnier estime que c’est l’animateur qui est en tort.


Sur France Inter, Camille Crosnier, chroniqueuse dans l’émission “La Terre au carré”, consacrée à l’écologie, applique à la lettre la charte dite du « tournant environnemental » de la radio publique. Non seulement Camille Crosnier ne discute jamais les enseignements des rapports du GIEC, mais elle ne qualifie jamais autrement que par le terme de « climatosceptique » – qui est à l’écologie ce que le mot « réactionnaire » est à la politique – toute personne qui va à l’encontre du dogme. À la radio publique, on appelle ça: « faire vivre un espace public contradictoire et civilisé ». C’est beau comme du Orwell !

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Sautez, dansez, embrassez qui vous voudrez

Camille Crosnier aime beaucoup les activistes écolos. Le 30 mars, elle faisait l’éloge de la militante écologiste Mathilde Caillard, laquelle est incapable d’aligner deux phrases correctes d’affilée mais peut danser en braillant un court slogan dans les manifestations tout un après-midi. Cette assistante parlementaire de la députée LFI Alma Dufour, quand elle ne trépigne pas dans les rues de Paris, déclare au micro de France Inter: « C’est difficile la lutte, c’est ingrat, on encaisse des défaites et on le pense rarement au prisme des besoins. Les besoins qu’on a, c’est des espaces de respiration, des espaces de joie. Parce qu’en fait, le monde qu’on veut voir advenir, c’est un monde joyeux et les modes d’action qu’on utilise sont déjà en train de préfigurer le monde qu’on veut voir advenir. » Je serais Mathilde Caillard, je continuerais de danser et m’abstiendrais de parler. Dans le doute, il restera sûrement quelques journalistes bienveillants pour continuer de lui prêter une demi-once d’intelligence.

La journaliste Camille Crosnier de France inter France inter.

Le mercredi 3 mai, Camille Crosnier rapporte avec gourmandise une scène qui s’est déroulée sur le plateau d’une télévision suisse (notre vidéo ci-dessous). Tandis que des représentants politiques attendent les résultats d’élections se déroulant dans le canton de Genève, un membre d’Extinction rebellion pénètre sur le plateau et se colle la main sur le pupitre du journaliste animant l’émission. Ce dernier est consterné, le public hurle son dépit et demande à l’activiste de dégager, celui-ci est évacué sous les huées.

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Tout cela a beaucoup ému la journaliste de France Inter qui a joint Vincent, l’activiste écolo, afin « qu’il nous raconte son vécu ». Vincent dit avoir « hésité à deux fois avant d’y aller », puis avoir pensé que « c’était trop important » avant que de convenir qu’il n’avait « pas envie d’être là » mais « qu’il se passait quelque chose, quoi… » Nous ne saurions trop conseiller à Vincent de suivre la voie de sa consœur en lutte, Mathilde Caillard, de se mettre à la danse et de s’en tenir là.


La gauche et la culture du débat

Quant à Camille Crosnier, elle est très heureuse d’apprendre aux auditeurs que l’action de Vincent n’a pas servi à rien. En effet, le journaliste de la télé suisse invite l’activiste à « dialoguer sereinement, avec un micro, un peu plus de temps, du fond et de la courtoisie réciproque ». Vincent est content: « C’est quand même un coup qui valait la peine, ça force les gens à discuter, ça amène le débat. » Camille opine. Nous aussi: il est bon de savoir qu’un acte rebelle bien senti – collage de main sur le bureau, vissage de pied sur le plateau ou cloutage de testicule sur le micro de Camille – pourrait constituer les prémices de négociations fructueuses avec la radio publique en vue d’un débat ouvert, pluraliste, démocratique, républicain, et toutes ces sortes de choses, sur les conclusions du GIEC ou, mieux encore, sur le grand remplacement. Allez zou ! un tour à Bricorama et… en route pour la Maison Ronde!

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Cé cé cé cégété

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Le Premier ministre Elisabeth Borne chez Safran Landing Systems, Vélizy-Villacoublay (78), le 28 avril 2023 © Eric TSCHAEN/POOL/SIPA

Pour que sa réunion avec les syndicats ne soit pas un flop, Elisabeth Borne doit absolument avoir autour de la table la CGT. Mais voilà, Sophie Binet, la boss de la Confédération, fait de la résistance. Alors, Madame la Première ministre, prête à faire des concessions, appelle la vraiment pas commode Madame Binet…


-Bonjour Sophie, c’est Elisabeth Borne.
Qu’est-ce que vous voulez?
-Parler Sophie.
Arrêtez de m’appeler Sophie. On n’a pas fait caissière ensemble.
-Ok So so…
Quoi!?!
Pardon c’est ma langue qui qui… quand je stresse je bute sur les mots, ou ils m’échappent…
Pour parler de la retraite à 64 ans, vous êtes moins stressée. Là, vous maitrisez, détendue comme une chaussette à Martinez. Sa paire rouge. Toujours sur les chevilles. Bon, vous voulez quoi?
Vous invitez à la tatable des néné, des néné… néné pfff j’y arrive pas.
Ca va pas bien vous?
Je stresse… j’arrive plus à parler.
Je vais te faire chanter, moi!
J’adore chanter.
Allez on y va. L’Internationale, vas-y chante!
-C’est la lu… la lulu…
-C’est bon Lulu la nantaise… on va en rester là.
-Attendez, je vous invite à co… à coco… à colla…
-À coller des affiches?
Non!
-À Cotonou!
Non!!!
-A kolé séré nou té ké ka dansé?
-Vous me stressez Sophie!
Respire!

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Voulez-vous venir à Ma, à Mat…
À mater un film?
Non! Je vous envoie un car, un cart…
Un car de chinois? Un carambar? Comment vous faites avec Macron, ça ne vous stresse pas tout ce qu’il vous fait?
Pas du tout! Je l’imagine dans un youpala quand il s’agite, il m’amuse.
Et avec Dussopt?
Lui, je l’adore. Il est encore plus nul que moi à l’oral. On ne comprend rien quand il parle, il ne comprend rien à rien dans ce qu’il baragouine, alors ça me décomplexe ça me détend.
Et Le Maire, avec son œil un peu lubrique?
-Il m’émoustille. Je me sens toute chose, insoumise à sa plume, à sa loi, à ses doigts.
-Dupond-Moretti?
-Lui, il me fait peur. Le bruit de ses mâchoires broyant une côte de bœuf m’a converti au véganisme. Et puis quand il me regarde il voit une saucisse aux lentilles. Je le hais.
Et Berger?
-(Elle se met à chanter) Comme les rois mages, en Galilée, suivez des yeux l’étoile du berger…
Au mois de juin Berger va dégager, je vais t’apprendre à nager!
Super! Je serai au Cap d’Agde au mois d’aout, je vous attends Sophie.
Ok je t’envoie une armée de méduses de la CGT.
-Souffrir par vous n’est pas souffrir So so …
So long en tongs et Borne to be alive, tu vas paréo plus pressé ma so so ma saucisse…

Le couronnement de Charles III passionne-t-il vraiment les Britanniques?

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Windsor, 4 mai 2023, Royaume-Uni © Geoffrey Swaine/Shutterstock/SIPA

Le couronnement de Charles III, samedi, est-il annonciateur d’une nouvelle ère britannique? Les monarchistes veulent y croire. Mais même si la popularité du roi est en hausse, de nombreux signes ne permettent pas d’être démesurément optimiste quant au devenir du royaume. Analyse de cette cérémonie historique.


Près de huit mois après le décès d’Elizabeth II et après des mois de préparations, Charles III va être couronné ce samedi 6 mai, comme roi du Royaume Uni et des autres royaumes du Commonwealth.

62% des Britanniques ont désormais une image positive du nouveau roi, contre 54% l’année dernière

Le 8 septembre 2022, il est devenu la personne la plus âgée à accéder au trône britannique, après avoir été le Prince de Galles ayant attendu le plus longtemps. Longtemps détesté par une partie de la population, Charles est en train de réussir son pari et de se montrer à la hauteur de sa nouvelle fonction, même s’il sera difficile de succéder à sa mère dans le cœur des Britanniques…

L’inflation n’aide pas

Le couronnement poursuit un rituel codifié. Ainsi, la cérémonie sera présidée ce samedi 6 mai par Justin Welby, l’archevêque de Canterbury, dans l’abbaye de Westminster. Après son entrée dans l’abbaye, le roi va prêter serment, récitant un texte rédigé en 1688 mais qui a connu des variantes selon les monarques. Les attributs royaux seront mis en avant lors de la cérémonie comme la Couronne de Saint Édouard, et même la pierre du destin qui fut acheminée d’Écosse pour l’occasion. De nombreux chefs d’État et têtes couronnées vont bien évidemment faire le déplacement, ainsi que les gouverneurs généraux et Premiers ministres des 14 pays pour lesquels Charles III est le monarque. Le coût total des trois jours de festivité a été revu à la baisse à cause de la situation économique actuelle et pour éviter l’indécence.

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Mais le couronnement de Charles III ne semble pas passionner les Britanniques outre-mesure, ce qui marque une forme de rupture par rapport à sa mère. Le dernier couronnement d’un monarque britannique, en date du 2 juin 1953, donna lieu à une grande célébration dans tous le royaume et à l’étranger ce qui en fait un précédent de taille. De plus, le jubilé de platine de la reine en juin 2022 avait vu beaucoup plus de ventes de bibelots à son effigie. À titre de comparaison, les ventes d’objets estampillés Charles III peinent à décoller, ce qui peut s’expliquer par une popularité plus faible de Charles III par rapport à Elizabeth II et par une forte inflation, supérieure à 10%, dans le Royaume. Ainsi, à la différence de sa mère, le nouveau roi a multiplié les accrocs dans le passé et possède une incarnation moins rassembleuse.

Londres, 13 mars 2023 © Jordan Pettitt/WPA Pool/Shutters/SIPA

La tarte à la crème de la « diversité » s’invite aux festivités

Charles III a décidé un mélange entre tradition et modernité lors des cérémonies, pour marquer sa différence mais surtout pour montrer qu’il est capable de s’inscrire dans une longue histoire. Ainsi cette cérémonie reprendra tous les codes royaux, mais le monarque a choisi d’incorporer de nouveaux éléments pour se montrer moderne. Ainsi à la musique traditionnelle se joindront des morceaux plus contemporains, et les représentants d’autres religions vont jouer un rôle lors de la cérémonie en saluant le roi. Des textes en gaélique ou gallois seront aussi lus pour la première fois pour illustrer la diversité du Royaume. Mais c’est le remplacement du traditionnel « Hommage des Pairs », quand des membres de la noblesse prêtaient serment au roi, par un serment d’allégeance que doit prêter le peuple qui a fait grand bruit car jugé désuet et insultant.

A relire, Dominique Labarrière: Vive la reine!

Charles III est également un roi davantage politique et s’autorise certaines prises de position, ce que sa mère s’était toujours refusé à faire de son vivant. Ainsi il n’est pas rare d’entendre le souverain parler de sauvegarde de l’environnement ou même de géopolitique. Lors de sa récente visite d’Etat en Allemagne, il s’est prononcé devant le Bundestag pour un soutien à l’Ukraine, mais il a aussi abordé la question de la décarbonation de nos économies. Marquée par les prises de positions de son oncle Édouard VIII et surtout par sa proximité avec Adolf Hitler, la reine Elizabeth II eut toujours à cœur de ne pas se mêler de politique, si bien que nous savons peu de choses sur sa relation avec les différents Premiers ministres. Charles quant à lui confirme sa réputation d’animal politique, ce qui l’a par exemple amené à ouvrir la Conférence de Paris sur le Climat en 2015 ou à parler lors du G20 de Rome en 2021. Cette présence détonne et plaît aux Britanniques, qui apprécient ce changement de style de la monarchie sans que cela ne créé de vagues.

Des défis, mais une situation loin de la catastrophe annoncée

Le début de règne de Charles III se marque par une hausse de sa popularité et de la monarchie. En effet, selon un sondage Yougov, 62% des Britanniques ont désormais une image positive du nouveau roi, contre 54% l’année dernière. Le même sondage montre que 60% des sujets de sa majesté sont en faveur de la monarchie alors que seulement 26% d’entre eux veulent que le roi soit remplacé par un chef d’État élu démocratiquement. Ces chiffres contrastent avec la situation lors du décès d’Elizabeth II, avec un Prince Charles très peu populaire et ayant une image écornée. Alors que de nombreux commentateurs estimaient la monarchie britannique en danger à son accession au trône, leurs prévisions s’infirment avec le début de règne du nouveau souverain. Ainsi, même s’il faut rester prudent, il semblerait que Charles III ait pris toute la mesure de son nouveau rôle en ne commettant pas d’impair majeur.

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La place du Royaume-Uni était incertaine à l’automne dernier, avec des crises économiques et politiques d’envergure qui fragilisaient le pays. Le court mandat de Liz Truss, quelques jours avant le décès d’Elizabeth, a conduit les Britanniques vers une crise économique d’envergure. Son successeur Rishi Sunak parvient à stabiliser une situation économique qui reste fragile malgré tout. Par contre, il arrive à rétablir peu à peu l’influence du Royaume Uni dans le monde, avec des relations normalisées avec l’Union Européenne. Tout cela fait penser que le règne de Charles III ne démarre pas sur des si mauvaises bases que cela, même si le plus dur pourrait encore être devant lui… Alors que certains prédisaient les plus grandes catastrophes avec l’arrivée de Charles III sur le trône britannique, le nouveau souverain semble réussir ses débuts. La monarchie ne semble pas remise en cause et le pays est parvenu à surmonter la catastrophe provoquée par Liz Truss. Vraisemblablement, Charles III ne parviendra pas à surpasser sa mère, mais reconnaissons que ce n’est pas pour autant qu’il ne peut être un bon roi pour les Britanniques.

Marlène Schiappa: «Les Français attendent qu’on règle leurs problèmes, pas qu’on fasse la gueule»

Marlène Schiappa © Hannah Assouline

Elle va là où les autres ministres ne vont pas. Du plateau de Cyril Hanouna à la couverture de Playboy en passant par les universités d’été des Insoumis ou un débat organisé par Valeurs actuelles, la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et de la Vie associative assume pleinement sa liberté, quitte à déplaire à ses collègues, à choquer les puritains et à heurter les néoféministes. Pour la première fois, elle s’explique aussi sur le fonds Marianne.


Causeur. Après votre « une » de Playboy, un essaim de dames patronnesses s’est abattu sur vous. Derrière les critiques politiques, on a senti un petit vent de vertu outragée : « une mère ne pose pas dans Playboy », a dit Ségolène Royal. Une femme convenable n’agit pas de la sorte Marlène Schiappa ! Vous attendiez-vous à ce déferlement ?

Marlène Schiappa. Non, pas du tout ! De nombreuses personnalités politiques, partout dans le monde, ont été dans Playboy. Sauf erreur, il y a eu François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Malcolm X, Martin Luther King, Thierry Breton, Jacques Attali, Carla Bruni… Gilbert Collard est dans le même numéro que moi. Ce déchaînement en dit long sur la vision que certains ont de la liberté des femmes. Les femmes seraient libres de faire ce qu’elles veulent… Il y a beaucoup de puritanisme dans ce « sauf quelque chose ». Les propos de Ségolène Royal que vous citez montrent que, pour elle, il existe une dichotomie, dans l’identité féminine, entre la mère et la femme.

C’est la maman et la putain…

Je n’osais pas le dire. 

En vente actuellement: Causeur #112: «Schiappa la chipie», après “Playboy”, elle répond aux puritains

Au point où vous en êtes, osez !

Banco ! Ségolène Royal qui pose à l’hôpital, juste après son accouchement en chemise de nuit, ça va, mais moi qui pose en robe dans Playboy, ça ne va pas ? Si je précise que je suis habillée, c’est parce que, pendant trois jours, les bandeaux des chaînes d’info annonçaient : « Marlène Schiappa pose nue dans Playboy ».


Vous êtes habillée mais, sur certaines images, pas excessivement. Jusqu’où une ministre peut-elle aller sans attenter à la fonction ?

Je pourrais porter la robe longue que j’ai sur la fameuse couverture dans n’importe quelle autre circonstance. Avec mon équipe, nous avons refusé certaines propositions de Playboy, trop sexy ou qui allaient trop loin. L’idée n’était pas de choquer.

Votre collègue Isabelle Rome a écrit : « Pourquoi avoir choisi Playboy alors que ce magazine est un condensé de tous les stéréotypes sexistes. Nous sommes en plein dans la culture de la femme-objet. » Vous lui avez répondu par texto, écrivant notamment: « Regarde au fond de ton sac à mains si tu trouves un peu de courage pour m’appeler. »

J’ai toujours préféré les échanges francs. Parfois volcaniques (rires).
Nous avons échangé par la suite pour apaiser les tensions parce que nous sommes dans la même équipe. Sur le fond, j’ai toujours parlé à tout le monde. Je suis allée à la convention annuelle de Valeurs actuelles, aux universités d’été de La France insoumise, ça a toujours été ma ligne et je continuerai. Après ma dernière interview à Causeur, le titre « J’adore les hommes » m’avait valu les foudres de certaines personnes qui pensent que les hommes sont nos ennemis.

Ce qui est frappant, c’est la convergence droite, gauche et centre. Puritains de tous les horizons, unissez-vous ! Derrière la prétendue défense de la cause des femmes, il y a la haine de l’érotisme et du désir, la haine de la liberté sexuelle.

Il y a effectivement beaucoup de puritanisme. Mais beaucoup de femmes de soixante ou soixante-dix ans m’ont dit : « Bravo, on vous soutient, c’est ça la liberté des femmes. » C’est étonnant que deux générations après, Mai-68 accouche de cette forme de détestation pour la sexualité et les hommes. On n’a pas fait MeToo pour interdire aux femmes de parler de sexualité.

Mais dans le même numéro, il y a une créature blonde et très dévêtue qui, pour certaines féministes, incarne la femme aliénée au désir des hommes.

Moi je suis pour que toutes les femmes fassent absolument tout ce qu’elles ont envie de faire, y compris d’être Miss France si ça leur chante. Je ne défends pas les femmes en fonction de leur comportement. Ce que beaucoup de puritains, et pas seulement les islamistes, ne supportent pas, c’est qu’une femme accepte de se montrer. J’ai été prise en photo en maillot de bain par des paparazzis, ça n’a choqué personne parce que je n’étais pas consentante. Le problème n’est donc pas la nudité des femmes mais leur liberté, le fait qu’elles choisissent ce qu’elles veulent faire de leur corps. La société n’aime pas ça.

Pour beaucoup de gens, la question est réglée.

Oui, je ne devrais pas dire « la société », mais « certains médias », D’ailleurs, Playboy a eu un énorme succès. Les ventes ont explosé. Bien sûr, l’intelligentsia s’est offusquée mais depuis 2017, elle s’offusque dès que je bouge une oreille. Redescendons sur terre, on parle de photos en robe dans un magazine !

Vous bougez souvent une oreille !

J’arrive de New York, j’étais à l’ONU pour faire voter une résolution sur l’économie sociale et solidaire, personne n’en a parlé ! Alors, je m’adapte à la société du buzz, je trolle le système !

Sur le féminisme, d’un côté, vous êtes sur la ligne universaliste (la bonne), mais en même temps vous restez un peu dans la case victimaire. « Une femme a toujours besoin d’être émancipée », dites-vous. Non, pas plus qu’un homme ! La bataille de l’égalité est gagnée parce qu’elle est la norme. Ne faut-il pas défendre la cause des hommes aujourd’hui ?

Vous avez raison, d’ailleurs, vous verrez, un jour les hommes seront contents qu’il y ait des quotas par genre, parce que cela les protégera. Et s’agissant des violences sexuelles, il y a aussi des hommes victimes, ils doivent pouvoir en parler tout aussi librement.

Je vous parle féminisme, vous répondez violences ! Mais la violence n’est pas le quotidien des relations entre les hommes et les femmes en France. Marcel Gauchet pense que la domination masculine n’existe plus. Comme le disait Napoléon : « Nous avons fini le roman de la Révolution, il faut en commencer l’histoire. »

Vous voulez dire, pour paraphraser Warren Buffett, que la guerre des sexes est terminée, et que nous l’avons gagnée ? Pourtant, derrière les critiques de Playboy, il y a aussi chez certaines la conviction qu’il ne faut pas parler avec les hommes. Laurence Rossignol a fait un tweet offusqué sur Playboy alors qu’elle avait donné une interview à Lui quand elle était ministre des Droits des femmes. Si on refuse d’aller à « TPMP » ou à Valeurs actuelles, si on ne répond pas à Playboy, chacun reste dans son couloir, avec des gens avec qui il est complètement d’accord. Ce sectarisme est délétère. Aujourd’hui, vous m’interviewez Élisabeth, cela ne veut pas dire que vous soyez devenue schiappiste…

Ni que vous soyez léviste d’ailleurs.

Il faut discuter, ne jamais dire « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau »… (rires)

Ne payez-vous pas les excès de Me Too ?

Ce que je paie surtout, c’est de n’appartenir à aucune chapelle. Je suis une féministe iconoclaste. Permettez-moi de citer la tribune que j’ai signée dans le JDD avec mon amie Tristane Banon, sous le titre « Que faire des connards innocents ? ». Peut-être que Julien Bayou ne s’est pas très bien comporté avec des femmes, mais il n’appartient ni aux médias ni à la justice de rendre un avis là-dessus. Ne pas rappeler une femme, mentir, manquer à une promesse, c’est peut-être déplorable, mais ce n’est pas pénal. On ne peut pas tolérer cette inquisition de la vie personnelle.

Le président a lui-même déclaré : « Victimes, on vous croit ! »

Il a dit aussi qu’il voulait défendre la présomption d’innocence et que ce qui faisait foi dans notre pays, c’était la justice et l’État de droit.

N’empêche que cette phrase était une lourde erreur. Et puis, ras-le-bol d’entendre parler des femmes comme de petites saintes incapables de mentir ou de fomenter des coups tordus ! C’est aussi une puissance d’être un objet de désir !

Oui ! On peut être un objet de désir et un sujet désirant à la fois. Dans l’entretien de Playboy, que mes détracteurs n’ont pas lu, j’annonce ce qui s’est passé. Les pires critiques ne sont pas venues d’hommes, mais de femmes. Beaucoup d’hommes m’ont félicitée : « Vous êtes une femme libre ! Nous ne sommes pas en Iran ! »

On nous rebat les oreilles avec la sororité, alors que la rivalité féminine est vieille comme le monde.

En effet, la sororité n’est pas un acquis, mais un combat contre soi-même, parce que cette rivalité existe, particulièrement dans les domaines compétitifs comme la politique. En politique, une femme et un homme ne sont jamais en concurrence, de même que deux personnes appartenant à des partis différents. Si bien que l’amitié idéale en politique, c’est entre une femme et un homme qui ne sont pas du même bord !

Justement, on imagine qu’Élisabeth Borne et vous n’avez pas la même conception de la liberté des femmes et du féminisme.

Vous savez, elle est beaucoup plus rock qu’elle en a l’air ! Je m’entends très bien avec elle. Je refuse qu’on instrumentalise l’affaire Playboy pour s’en prendre à ma Première ministre.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’argent ne fait pas le bosseur

Elle vous a quand même engueulée.

Elle m’a dit que, selon elle, ce n’était pas approprié dans une période de contestation sociale. C’est son rôle de chef de la majorité. Je ne me suis jamais sentie lâchée par elle.

Une ministre ne fait pas de jolies photos quand le peuple souffre ?

En effet, on se méfie de tout ce qui est léger et gai. Ce n’est pas parce qu’on est ministre qu’on est obligé d’être sinistre. Les Français attendent qu’on règle leurs problèmes, pas qu’on fasse la gueule. À l’ère de la victimisation et de la glorification de la souffrance, il faudrait passer son temps à répéter que c’est dur, qu’on est un ascète, qu’on ne tombe pas amoureux, qu’on ne prend pas de vacances…

Vous dites que vous n’êtes pas prête à vous donner corps et âme. Peut-on faire de la politique comme ça ?

J’ai passé deux ans au ministère de l’Intérieur où j’ai défendu le gouvernement pour 37 lois au détriment de ma vie de mère et de personne. J’étais disponible 24h/24. J’étais là pour consoler les familles de policiers quand il y avait des suicides dans la police, j’étais présente pour des choses lourdes et difficiles, et je l’ai fait corps et âme, avec le sens du devoir et c’était un honneur. Cela dit, les Français ont une relation très paradoxale, d’amour et de haine, avec leur personnel politique, particulièrement les femmes.

Ça vous reprend ! Non, les Français ne sont pas plus durs avec les femmes. Sont-ils durs avec vous ?

Dans la rue, les gens ne me menacent jamais et ne m’insultent jamais. Ils demandent des selfies, viennent me dire merci. La détestation sur les réseaux sociaux est organisée par des opposants. Pourtant, j’ai gagné dix points chez les sympathisants de La France insoumise : les cadres de LFI ont détesté Playboy, mais ceux qui votent pour eux sont allés l’acheter.

Votre livre s’appelle Juste une petite gifle, ce qui nous amène à l’affaire Quatennens. Non, personne n’a dit que c’était bien, que ce n’était rien, ou qu’elle « l’avait bien cherché ». Mais dans un couple, un conflit peut tourner à la bagarre, un homme peut perdre le contrôle. C’est malheureux, mais ça ne fait pas de Quatennens le symbole des violences conjugales.

Je ne suis pas sortie du couvent la semaine dernière. Je me suis mariée deux fois, j’ai divorcé deux fois, je sais très bien ce qu’est un conflit dans un couple. Au-delà de la gifle elle-même, ce qui me gêne, ce sont les arguments convoqués ensuite. Oui, j’ai bien entendu un leader insoumis dire: « On ne connaît pas le contexte, elle l’avait très certainement provoqué. » C’est aussi ce que dit l’avocat de Jonathan Daval, condamné pour le meurtre de son épouse : « Alexia avait une personnalité écrasante. »

Photo: Hannah Assouline

C’est son boulot d’avocat ! Et c’est celui du juge de comprendre le contexte.

Ce que je dénonce, c’est le schéma qui fait des femmes les responsables des violences qu’elles subissent. Adrien Quatennens aurait gagné à dire « j’ai merdé, ce que j’ai fait ne se fait pas ». Et pour finir, le groupe LFI a voté contre la proposition de loi de Renaissance sur l’inéligibilité des personnes condamnées pour violences conjugales.

Ce n’est pas au Parlement de décider si on est éligible après avoir payé sa dette.

Vous êtes cohérents, c’est votre ligne. Les Insoumis ne sont pas cohérents. Ils demandaient la démission de gens accusés par de simples tweets, mais quand ça touche quelqu’un de leur parti, les violences conjugales ne sont plus si graves.

Il y a six ans, vous étiez favorable à une interdiction définitive de mandat public pour les personnes condamnées pour violences sexuelles et sexistes. L’êtes-vous encore ?

Non, je suis moins radicale et meilleure en droit constitutionnel. « Définitive », cela ne serait pas constitutionnel. En revanche, une inéligibilité, c’est le minimum. Nous n’avons pas à savoir avec qui tel ou tel responsable politique couche, mais on devrait s’intéresser à ces condamnations.

La suite demain sur Causeur.fr

Trans-folie: Budweiser ne s’y fera pas prendre deux fois

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© D.R.

54% des Américains ont approuvé le boycott de la célèbre marque de bière, après la production d’une canette à l’effigie de Dylan Mulvaney…


#Go Woke Go Broke (« Devenez woke, faites faillite »). Depuis cinq ans, ce slogan est utilisé par des conservateurs anglophones pour organiser des boycotts de marques dont la publicité fleure trop le progressisme. Pendant la pandémie, Dylan Mulvaney, 24 ans, connu jusqu’alors comme acteur dans des comédies musicales, commence à attirer des followers sur TikTok avec des vidéos qui racontent sa transition vers l’état de femme. Aujourd’hui, « elle » a engrangé plus de 10 millions de followers et plus d’un milliard de vues. Le 13 mars 2022, elle lance une série intitulée « Jours en tant que fille », où elle met en scène son idée de la féminité, qui est une caricature de comportement girly. L’expression de « Womanface », sur le modèle de « blackface », est forgée par la commentatrice, Candace Owens, pour condamner cette façon de renforcer les stéréotypes féminins du passé.

A lire aussi: Timothée Chalamet est leur nouveau gen(d)re idéal

En octobre, Dylan est invitée à la Maison Blanche pour interviewer Joe Biden qui déplore la législation « anti-trans » promulguée dans certains États. Devenue une « influenceuse » incontournable, Mulvaney noue de nombreux partenariats avec des marques, mais un comble d’absurdité est atteint cette année quand elle fête ses 365 jours « en tant que fille ». Parrainée par Nike, elle poste une vidéo où on voit cet être maigrichon caracoler de manière ridicule dans son jardin pour exhiber des leggings et un soutien-gorge de sport – sur un corps sans seins. Mais quand la bière Bud Light lui offre une canette spéciale ornée de son visage, la réaction est féroce. Des vidéos postées en ligne montrent des Américains en casquette de baseball qui tirent sur des canettes de Budweiser avec des armes automatiques. Dans un sondage, 54 % d’Américains approuvent ce boycott. Bien que le lien de causalité reste à prouver, la société mère de Budweiser, Anheuser-Busch InBev, perd jusqu’à 5 milliards de dollars en capitalisation boursière. Voyant la valeur de ses concurrents augmenter, Bud réagit avec une publicité patriotique. Enfin un cas de cancel culture de droite qui marche ?

L’argent ne fait pas le bosseur

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La journaliste Elisabeth Lévy © Pierre Olivier

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


Il est trop fort le président. Pour tourner la page de la réforme des retraites, il a sorti de son chapeau une idée folle que personne n’avait eue (à l’exception de tous ses prédécesseurs) : réformer l’Éducation nationale. Cette ambition occupe une place de choix dans la liste de promesses que Papa Macron nous a faites pour nous prouver qu’il nous aime. Calmez-vous et buvez frais : l’avenir radieux, c’est maintenant. Enfin dans 100 jours. La Justice aura des moyens, mille usines s’épanouiront, la bureaucratie s’allégera. On inventera l’industrie écolo et l’IA qui rase gratis. Et donc, dès la rentrée, l’École aura changé de visage.

Cette annonce aurait pu réjouir ceux qui, comme votre servante, enragent que les Français se roulent par terre pour leur retraite, mais laissent leur École aller à vau-l’eau depuis des décennies, bercés par les illusions rassurantes du taux de réussite au bac – comme si le bac avait encore le moindre sens – et du solide pourcentage de jeunes qui vont glander dans des facs-poubelles. Évidemment, il y a une entourloupe. La pierre angulaire de cette grande réforme, c’est de mieux payer les profs. D’accord, c’est indispensable : selon une estimation consensuelle, depuis les années 1980, leur traitement aurait chuté de 2,3 à 1,1 SMIC. Il faudrait aussi augmenter les policiers qui acceptent de se faire caillasser au même tarif, ou les médecins généralistes, qui ont obtenu un infamant euro cinquante supplémentaire par consultation. Mais que ces mesures financières soient les premières réclamées et annoncées révèle notre soumission à l’empire du nombre[1]. Notre époque, observe Olivier Rey, a accouché d’une inversion diabolique : c’est à la statistique que nous demandons ce qu’il faut penser de la réalité.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Uniforme à l’école? Osons un référendum!

La dégradation de la politique en solutionnisme, toute solution se mesurant en euros, est l’image en miroir de la rengaine des moyens entonnée par toutes les corporations et, à travers l’obsession du « pouvoir d’achat », terme ô combien significatif, par toute la société. Cela ne signifie pas que les problèmes de fins de mois soient méprisables, ni qu’il faille se satisfaire de l’incroyable distorsion entre le pognon de dingue investi dans les services publics et leur utilité sociale réelle, mais que toute réforme d’une activité humaine devrait commencer par une réflexion sur ses finalités. À moins que l’homme se nourrisse seulement de pain.

S’agissant de l’École, cette réflexion sur les fins est d’autant plus impérieuse que le brouillage de ses missions est au cœur du désastre. Depuis l’adoption du collège unique en 1974, elle est sommée de panser toutes les plaies de la société et d’acclimater les enfants à toutes les lubies de notre temps. Elle doit former de bons citoyens, gentils avec les filles et avec la planète, antiracistes et LGBT-friendly, pallier les carences des parents en domptant les plus durs et en cajolant les moins doués. Mais l’objectif sacro-saint, rappelé par tous les gouvernements et adopté avec enthousiasme par une grande partie des enseignants, c’est la lutte contre les inégalités sociales. Ainsi, l’obsession de Pap Ndiaye, c’est la mixité scolaire – qui ira peut-être même jusqu’à l’École alsacienne où sont inscrits ses enfants : le ministre prétend imposer des quotas sociaux aux établissements privés, dont la destruction ne doit pas être assez aboutie à son goût. Peu importe que toutes les réformes égalitaires aient, en plus du reste, aggravé les inégalités. Et peu importe que tant d’élèves soient moyens, voire nuls, pourvu qu’ils le soient tous ensemble.

A relire, Elisabeth Lévy: Papa Macron

On demande donc tout à l’École, tout, sauf de transmettre des connaissances. Le résultat est à la hauteur des espérances. D’après Nicolas Baverez[2], « plus de 40 % des collégiens de sixième ne maîtrisent ni la lecture, ni l’écriture, ni le calcul ». Une partie de la jeunesse lycéenne manifeste pour sa retraite. Une proportion notable des jeunes issus d’un système éducatif qui les câline parce que, ces pauvres petits, on ne va pas les décourager avec des mauvaises notes, est incapable de rigueur intellectuelle, de concentration, en un mot : d’effort, terme banni du vocabulaire pédagogique. De tous les crânes d’œuf qui ont dû plancher sur la funeste réforme du bac, aucun ne s’est avisé qu’elle allait amputer d’un trimestre la dernière année de lycée. Grâce au mirifique « contrôle continu », moins traumatisant on suppose, qu’un examen, et aux impénétrables desseins de Parcoursup, pour les élèves de terminale, les jeux étaient faits fin mars. La majorité en a conclu que l’école était finie…

Pour Nicolas Baverez, Emmanuel Macron a considérablement accéléré la déconstruction, d’une part en validant la priorité donnée à l’objectif de justice sociale et, d’autre part, « en euthanasiant le mérite pour le remplacer par les algorithmes ». Ce n’est plus une équipe pédagogique qui évalue les mérites et les capacités d’un élève, mais un logiciel dont la logique est aussi opaque (et semble-t-il aussi dévoyée) que celle des modérateurs automatiques de Twitter et consorts. Tant pis si d’excellents élèves se retrouvent sur des voies de garage, ils n’avaient qu’à naître pauvres. Il faut que le ministre puisse annoncer triomphalement que le pourcentage d’enfants d’ouvriers dans les universités augmente. Nos gouvernants ne sauraient avoir politiquement (et même philosophiquement) tort puisqu’ils ont statistiquement raison. Personne ou presque ne s’est donc demandé en quoi les 5 milliards d’euros mobilisés pour les profs rendraient l’école meilleure. Le plus ballot, c’est qu’ils ne suffiront même pas à acheter la paix sociale.

Quand le monde s'est fait nombre

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[1] Olivier Rey, qu’on lira avec bonheur sur l’euthanasie (pages 24-27) a publié en 2016 Quand le monde s’est fait nombre (Stock).

[2] Nicolas Baverez, « La grande déconstruction de l’éducation », Le Figaro, 24 avril 2023.

Didier D. répond à Françoise M.

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Affiche du spectacle "No(s) Dames" au Trianon le 11 avril à Paris © D.R.

À propos d’un article en particulier et du wokisme dans les arts en général…


Suite à mon billet sur le spectacle musical intitulé No(s) Dames (qu’on peut retrouver ici), une lectrice, Françoise M., a écrit un commentaire ayant retenu mon attention pour deux raisons. La première est qu’il m’est adressé personnellement et que, bien que réprobateur, il est écrit sans animosité, en usant du ton ferme mais courtois qui sied à la discussion contradictoire et civilisée. La deuxième est qu’il me donne l’occasion de préciser certains points que l’écriture d’une brève ne pouvait que survoler.

Les goûts les couleurs

Françoise M. qui, écrit-elle, a vu quatre fois le spectacle en question, regrette que je n’aie pas donné mon opinion sur l’aspect strictement musical de cet événement. Il est vrai que j’ai volontairement omis de préciser que j’avais écouté le disque sorti en janvier 2022. Avant de donner la raison de cette omission, disons en un mot, que, si je trouve plutôt réussies les transpositions des partitions orchestrales pour quatre instruments à cordes et l’interprétation offerte par le quatuor Zaïde – des passages uniquement instrumentaux mettent en valeur le jeu de chacune des instrumentistes – je reste en revanche très dubitatif quant à l’interprétation de Théophile Alexandre, en particulier pour le plus connu des airs de Carmen, L’Amour est un oiseau rebelle. Mais je ne suis pas un spécialiste et, comme dit mon tonton Raymond, il en faut pour tous les goûts.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Le wokisme est un fascisme

Et d’ailleurs peu importe. Ma critique ne portait absolument pas sur l’aspect musical de ce spectacle mais sur une tendance se confirmant au fur et à mesure que l’esprit woke étend son emprise sur le monde de l’art, je veux parler de l’inclination panurgique de certains artistes moralisateurs pour l’incrimination de créateurs et de leurs œuvres, sous couvert de dénoncer le patriarcat, le masculinisme, le sexisme, la misogynie, le racisme et que sais-je encore. Au contraire de ce que me reproche Françoise M., je ne me suis pas contenté de « reprendre (à contre-courant) les mots de M. Greze-Masurel et de la revue Causette pour faire un papier anti-woke ». J’ai lu tous les entretiens donnés par le contre-ténor Théophile Alexandre, nombre d’articles dédiés à ce spectacle et, avec une extrême attention, le livret du disque qui, à lui seul, eût pu suffire à démontrer qu’il n’est pas question ici d’art opératique mais de dogmatisme woke et d’extension du politiquement correct au domaine de l’art. L’introduction dudit livret annonce la couleur : « No(s) Dames sont nées d’une volonté d’hommage aux héroïnes de quatre siècles d’opéras masculins, pour en célébrer la beauté musicale tout en déconstruisant leurs modèles de genre. » Tout le texte est sur le même ton et adopte exclusivement le vocabulaire propre à l’idéologie néoféministe, déconstructiviste et woke. Sont ainsi évoqués le « patrimoine patriarcal », la « duplicité de cet héritage », « les fatalités de genre réservées aux femmes » et la nécessité d’une « relecture dégenrée ». On tient à y dénoncer les « stéréotypes de madones, de putains ou de sorcières » tout « en reliant ces ersatz de femmes à la sororité morbide ». On y annonce prétentieusement l’intention de « donner du sens au son et [de] réhumaniser ces airs », rien que ça. Aux enfants emmenés à l’opéra et demandant « Dis maman, dis papa, pourquoi la dame elle crie ? Pourquoi elle pleure ? Pourquoi elle meurt ? », on ambitionne de ne plus jamais répondre : « Parce qu’un homme l’aime… » – nous avons échappé de justesse au mot « féminicide ». Ce livret ressemble aux innombrables bréviaires déconstructivistes circulant actuellement dans les théâtres et les opéras – le plus furieusement woke restant celui de l’Opéra de Paris qualifiant « l’opéra européen » de « point de vue sublime des dominants sur le monde » et proposant de « repenser l’unité chromatique » en favorisant « la diversité mélanique », co-signé par… Pap Ndiaye.

Verbiages woke incessants

Jamais, écrit en outre Françoise M., le contre-ténor ne s’habille en femme, pas de « bustier corseté », rien de « drag-queenesque ». Pourtant, une photo incluse dans le livret du disque montre Théophile Alexandre, de dos, le corps contraint dans un bustier. L’image se veut porteuse d’un message : il s’agit de « décorseter les stéréotypes de genre ».

Sous ce verbiage, nous reconnaissons aisément le wokisme qui envahit actuellement les écoles d’art, le théâtre, le cinéma, le monde de l’édition et celui de la musique et de l’opéra. L’art est surveillé de près. On le scrute, on le juge, on le sermonne, on le corrige… Aucune œuvre ne semble devoir échapper au procès anachronique instruit par les nouveaux inquisiteurs. Les exemples se multiplient. Tout récemment, dans la plus réputée de nos écoles de cinéma, la Fémis, des étudiantes de première année ayant gobé les notions de « culture du viol » et de « féminicide » ont écrit à leur professeur pour lui signifier leur refus de voir les films dans lesquels des scènes représentent des viols ou des meurtres de femmes : « Le viol n’est pas un motif narratif, il n’est pas un pivot dramatique. […] Le viol est une construction sociale largement acceptée, normalisée, esthétisée et érotisée. Il est temps d’en parler comme tel. » Avant cela, le directeur du Théâtre du Nord, David Bobée, « déconstruisait » le Dom Juan de Molière car, disait-il, il avait réalisé que « chaque scène qui compose cette pièce représente quelque chose contre lequel [il] lutte depuis toujours. Dom Juan est classiste, sexiste, glottophobe, dominant… ». Incapables de rien créer, insensibles aux beautés des chefs-d’œuvre qu’ils devraient protéger, les activistes wokes propagent leur camelote idéologique en phagocytant les œuvres d’antan ou en empêchant tout simplement leur diffusion.

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Ce phénomène révisionniste de réécriture et de cancel culture s’étend jour après jour. Des livres sont caviardés, corrigés, censurés. Des séries, sous prétexte d’inclusivité et de diversité, révisent l’histoire et élucubrent d’improbables scénarios afin d’y caser toutes les « minorités ». Des musées imposent, sous les tableaux ou au pied des sculptures, des cartels explicatifs « contextualisant » l’œuvre afin de dénoncer le seul Occident, son colonialisme, son patriarcat, son racisme, etc. À Florence, Carmen tue Don José « parce que, aujourd’hui, on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme », explique le metteur en scène. À Perth, le West Australian Opera annule la représentation de l’opéra de Bizet au prétexte de lutter contre le tabagisme. Il est ainsi entendu que notre époque vertueuse est l’apogée de l’histoire humaine. Aux yeux de nos angéliques casuistes, les époques antérieures à leur naissance ne peuvent être qu’imparfaites, grossières, inachevées et coupables. Les œuvres créées durant ces époques considérées comme déficientes et fautives ne sauraient échapper à ce triste constat. Il est vrai qu’au grand dam de nos nouveaux puritains avides de platitudes artistiques n’offensant personne, il y demeure des restes d’humanité, des restes d’histoires, des destins tragiques, des rêves, des cauchemars, des tumultes étranges, de sombres pensées, des gestes plus sombres encore, des drames recouvrant d’éphémères instants de bonheur, des cris, des meurtres, des suicides, des amours contrariées, d’ironiques retournements, des rires, du désir, des excès, le bien, le mal, des hommes et des femmes, et même des dieux désireux de vivre une vie humaine afin d’éprouver et de tenter de comprendre les tourments et les joies de ces êtres à la fois admirables et misérables que sont les hommes.

Subversion convenue

Les artistes de No(s) Dames auraient pu se contenter de promouvoir un spectacle jouant sur l’ambiguïté des voix d’opéra, mettant en valeur à la fois celle du contre-ténor dans un répertoire qui ne lui est a priori pas destiné et le travail de transcription d’une partition orchestrale pour un quatuor d’instruments à cordes. Au lieu de cela, et parce qu’il fallait bien montrer qu’on est des artistes « engagés », ils ont gribouillé un tract dogmatique et bête, en parfaite adéquation avec les travaux de démolition en cours. Les « intentions » de Théophile Alexandre affadissent les plus beaux airs d’opéra en les recouvrant d’un lourd et ennuyeux dispositif discursif sans aucune valeur artistique. Il est demandé au spectateur d’oublier la beauté formelle de l’œuvre originelle et d’adopter le point de vue post-moderne et politiquement correct de l’artiste militant, cet homme-sandwich du wokisme ambiant. Celui-là croit alors avoir atteint le summum de la subversion et de la transgression, alors qu’il n’est rien de plus conformiste et moralisateur que cette mascarade. L’épaisse moraline qui nappe No(s) Dames étouffe la musique et anéantit l’œuvre d’art – nous n’entendons plus le chant de Carmen mais un argumentaire pompeux, une tribune bien-pensante, un slogan, un bruit. Quel ennui ! Oublions vite ces cuistres ! Nettoyons nos oreilles ! Réécoutons la sublime Carmen-Teresa Berganza aux côtés de Don José-Plácido Domingo et du London Symphony Orchestra dirigé par Claudio Abbado (DG, 1978) – et relisons la critique de Juliette Buch sur le site Forum Opéra : « L’incarnation de la mezzo espagnole est certainement une des plus abouties […] cette mozartienne et rossinienne hors pair nous livre avec musicalité, finesse et raffinement, une Carmen noble et fière, secrète, mais aussi insolente, emplie d’humour et avant tout éprise de liberté. » – bref, une Carmen à mille lieues de la Carmen dégenrée, sororisée, revue et esquintée par l’idéologie néoféministe et woke.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Ce député n’a rien trouvé de plus urgent que de légiférer contre les « discriminations capillaires »

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Le député Olivier Serva photographié dans les couloirs à l'Assemblée nationale, en février 2020. Il est à l'époque dans le groupe LREM © NICOLAS MESSYASZ/SIPA

On touche le fond. Nos députés se consacrent chaque jour davantage à des lois basées sur l’individualisme, plutôt que sur l’intérêt général. Et cela aggrave l’éclatement de notre pays.


Que l’individualisme soit devenu la règle d’aujourd’hui relève de la banalité. Chacun est son petit maître et souhaite que sa subjectivité, ses humeurs, ses faiblesses, ses blessures, ses frustrations, ses imperfections soient considérées comme prioritaires et servent de base aux futures inventions législatives.

Comble du ridicule

Je ne plaisante pas. Il y a ce paradoxe qui montre bien la folie française. On admet qu’il y a trop de lois, mais on est prêt cependant à en fabriquer de nouvelles, de moins en moins nécessaires, de plus en plus absurdes. Par exemple, le député du groupe « Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires » (LIOT) de la première circonscription de la Guadeloupe, Olivier Serva, parce qu’il a du mal à supporter sa propre calvitie et les moqueries qu’elle peut susciter, va déposer une proposition de loi contre les discriminations capillaires, dont les femmes aux cheveux crépus ou frisés sont également victimes, dit-il. Il y a là la démonstration qu’on touche le fond, que le comble du ridicule est atteint et que le député ne se consacre plus à l’intérêt général, au service de tous mais prend sa mission législative pour un remède, un pansement, une thérapeutique purement personnelle. Je ne doute pas que certain(e)s puissent parfois être victimes de critiques indélicates à propos de leur chevelure ou non mais cette réalité si minime peut-elle justifier qu’on s’engage dans une voie qui constituera un détail en généralité, des éléments intimement particuliers en un terreau législatif. On ne légifère pas pour quelques-uns, car sinon on va aggraver l’éclatement d’un pays en mille clans, chapelles, autonomies et dissidences.

A lire aussi, Jonathan Sturel: De la susceptibilité à «l’offense»

Constatant une telle dérive qui fait de soi l’initiateur de tout, je n’ose imaginer, pour chacun, les revendications à venir. Certains se sont moqués de mon cheveu sur la langue. Il est intolérable qu’aucune loi n’ait été édictée pour interdire cette attitude! D’autres ont vu tourner en dérision leur petite taille. Ils en souffrent. Il faut les consoler par une loi. Bien au-delà de ces dispositions physiques sur lesquelles on n’a pas de prise, le simple fait de respirer et de vivre, pour des pessimistes, n’est pas perçu sans trouble ni incommodité. Ils pâtissent, sur ce plan, d’une grave infériorité par rapport à beaucoup d’heureux. Il convient de les soulager par une loi qui interdira de les traiter de tristes sires.

Ensemble tout devient possible

Si on continue ce processus, plus rien ne sera impossible: notre monde ne sera plus qu’un champ de multiples prohibitions où, de notre apparence à nos pensées, de nos disgrâces à nos complexes, tout sera régi par des dispositions légitimes qui nous priveront, avec notre consentement suicidaire, de l’honneur et de la liberté d’être nous-mêmes, tout compris, ombres et lumières mêlées.

À chacun sa loi: ce sera un enfer.

Libres propos d'un inclassable

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Bruno Le Maire, son roman et notre mauvaise foi

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Ministre le jour, écrivain la nuit, Bruno Le Maire n'a pas une minute pour se reposer ! © ISA HARSIN/SIPA

Quoi que vaille le roman de Bruno Le Maire, les attaques contre lui sont d’une stupidité rare.


Je n’ai pas lu le roman de Bruno Le Maire et je ne le lirai probablement jamais. À part la page érotique et anatomico-présodomitique qui fleurit sur les réseaux, comme tout le monde.

Je n’aime pas le Bruno Le Maire politique. Il incarne une sorte de libéralisme totalement anachronique et il a une pensée économique à peu près aussi exaltante qu’un plat de coquillettes sans beurre, sans jambon, sans gruyère râpé, sans rien. Ancien de LR affichant un gaullisme ornemental, il s’est rallié au président le plus antigaulliste qui soit par sa capacité à humilier son propre peuple et à soumettre le destin de tout un pays à la logique des marchés. Le Maire est son fidèle exécutant et il est bien mal récompensé par les agences de notation qui dégradent la note de la France en motivant explicitement leur décision par l’incapacité macroniste de faire passer une réforme sans mettre le feu partout.

Qu’on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j’y trouverai de quoi le faire pendre…

Mais je n’aime pas non plus la façon dont on se fout de lui à propos de son roman. On peut extraire une page d’à peu près n’importe quel livre, même d’un très grand écrivain, et tourner l’auteur en ridicule. Certains critiques sont experts en la matière. Même avec les grands du passé, ça marche. Savez-vous qu’on peut lire, dans un des plus beaux romans d’amour de langue française, Le Lys dans la Vallée, une phrase aussi franchement ridicule que « N’aigrissez point le lait d’une mère » ? Elle est prononcée par une femme mariée, face aux tentatives de séduction d’un jeune homme…


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Tous englués dans l’idéologie managériale

Je n’aime pas non plus l’argument qui consiste à dire que trouver le temps d’écrire un roman supposerait qu’on fasse mal son travail. C’est une des raisons qui m’ont fait quitter mon métier. Jusque dans les années 90, disons, publier un livre était considéré par la hiérarchie comme un plus, la preuve que l’Education nationale avait des profs formidables. Je me souviens encore de ce principal me donnant mon après-midi sans demande de récupération pour que je puisse participer à une émission de France-Culture. Puis, peu à peu, au fur et à mesure que le langage managérial gagnait l’école et que les collèges et lycées ont commencé à être gérés comme des PME, toute activité extra-pédagogique a été considérée comme suspecte, comme du temps distrait à la tâche que l’on devait exécuter avec un dévouement total…

Bref, prof ou ministre, travailleur social ou même ouvrier, comme le regretté Joseph Ponthus et son A la ligne (La Table Ronde, 2019) qui racontait ses journées dans les abattoirs bretons et qui connut le succès que l’on sait, le désir d’écrire, la passion d’écrire, c’est comme la Grâce, elle frappe où elle veut, qui elle veut, quand elle veut. Est-ce que Bruno Le Maire est possédé par cette passion ? Est-ce qu’il est écrivain, bon ou mauvais, peu importe? Je n’en sais rien et personne ne le sait. Alors, attaquons-le sur tout ce que vous voulez, mais là-dessus, j’ai comme un doute. La seule chose qu’on pourrait objecter, c’est que si vraiment Bruno Le Maire ne peut se passer de ce démon de l’écriture, qu’il publie sous un pseudonyme bien verrouillé ! Et là, il se confrontera à un jugement qui ne sera pas faussé – ni par la complaisance des larbins ni par la mauvaise foi des adversaires…

Le Lys dans la vallée

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