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Une seule culture, celle du « quartier »

Ancien préfet et fin connaisseur des cités, Michel Aubouin explique l’embrasement des banlieues par la désocialisation de leur jeunesse. Mais il pointe aussi la responsabilité des politiques. Pour lui, la palme revient à Jean-Claude Gayssot, ministre du logement dans le gouvernement Jospin et auteur de la fameuse loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU).


Causeur. La haine de la France et de notre société paraît être le ferment des émeutes. Qu’en pensez-vous, vous qui venez de publier Le Défi d’être Français ?

Michel Auboin. La plus grande partie de ceux qui mettent le feu à la France se revendiquent d’une même culture, celle des quartiers. Une culture tribale, primitive où les habitants des quartiers se considèrent comme propriétaires de leur enclave de leur territoire et considèrent que c’est chez eux et non un bout de France. S’ils nourrissent un fort ressentiment et se vivent comme des victimes, les émeutiers sont souvent au degré zéro de la conscience politique. Ils attaquent pour montrer qu’ils sont forts, qu’ils sont les meilleurs, ils font des dégâts car c’est une preuve de dangerosité qui met en valeur leur virilité et leur permet d’obtenir la reconnaissance dans le quartier. Leur vision du monde est paradoxale : ils haïssent la police, alors que le meilleur prédateur du jeune de banlieue n’est pas le policier, mais l’autre jeune de banlieue. En effet, la violence est endémique dans certains quartiers, les jeunes s’entretuent dans des rixes, peuvent se donner la mort pour des raisons absurdes. Après, tout le monde pleure dans une sorte de scène de catharsis primitive, mais là personne ne réagit, ne s’indigne, ne cherche à trouver un sens à ce gâchis. En revanche, si c’est un policier qui est en cause, tout s’embrase et le problème devient national.

Comment l’expliquez-vous ?

Ce que l’on peut constater à travers les vidéos notamment, c’est la profonde désocialisation de ces jeunes, la pauvreté de leur langue et l’absence de conscience des conséquences de leurs actes. Ils sont très frustes et n’ont pas les moyens de donner un contenu à leurs actions, faute de vocabulaire et de capacité à conceptualiser. Si certains tiennent parfois des embryons de discours politiques, c’est parce que les seuls adultes avec lesquels ils sont en contact, et dont ils acceptent la légitimité, sont des militants qui portent le discours de la victimisation, du ressentiment, de l’oppression. Parmi les très jeunes, on a affaire à une génération de gamins dont beaucoup sont déscolarisés et très violents. La plupart ont été traumatisés par la période du Covid, qui leur a symboliquement montré qu’ils n’avaient de place nulle part, ni dehors ni dedans, car ils sont nombreux à appartenir à des familles dysfonctionnelles, violentes. Ils se sont sentis en dehors du monde.

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Comment reprendre la situation en main ?

D’abord il faut que les Français réinvestissent leur histoire. Non pas parce qu’elle serait particulièrement glorieuse, encore qu’elle comporte de belles pages, mais tout simplement parce que c’est la leur ! La France est une histoire de famille. C’est cette histoire qui nous a forgés et dont nous sommes les héritiers.

Trop de personnes pensent que l’histoire de l’Europe se résume à la colonisation, donc qu’on est des salauds. Mais ils ne connaissent même pas leur histoire ! Savent-ils qu’avant que la France colonise cette zone, l’Algérie n’existait pas ? Que la région était sous domination ottomane ? Que c’était une mosaïque de tribus berbères et arabes, un repaire de pirates où prospéraient des marchés d’esclaves ? Ce n’était pas un « État » et encore moins un pays « indépendant », mais une sorte de colonie ottomane.

Pour vous, le logement social est à l’origine de cette contre-culture des quartiers.

Tout à fait. En France, c’est une vision collectiviste du logement social qui a rendu possible l’appropriation des territoires. Ces logements sociaux appartiennent en général au secteur public, par le biais des sociétés d’HLM gérées par les élus locaux. La démultiplication des violences partout, et notamment dans les petites villes, est la conséquence de l’application de la loi SRU (loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain, portée par le ministre du Logement PC du gouvernement Jospin, Jean-Claude Gayssot). Il fallait du logement social partout et la loi a imposé des quotas dans des zones auparavant préservées. Du coup, des familles qui habitaient dans le Val-d’Oise ou dans l’Essonne ont déménagé un peu plus loin. Or, ce sont les mêmes sous-cultures, le même ressentiment, les mêmes logiques liées au trafic de drogue qui ont été ainsi « semées » dans tout le pays.

Comment casser cette « culture de quartier » ?

Il faut la casser en instituant un bail pour les bénéficiaires de logements HLM, comme n’importe quel locataire. En effet, les HLM ont vocation à n’être qu’un passage, une solution à durée limitée. À la fin du bail, on devrait faire un point, vérifier si les bénéficiaires relèvent toujours du secteur social, prendre en compte l’évolution de la composition de la famille et lui proposer un accompagnement pour la suite. Certaines données révèlent que parfois les personnes occupent le même logement sur deux ou trois générations ! Ce qui, par ailleurs, permet de faire construire la maison au pays en la finançant grâce au logement social et aux multiples aides et filets de sécurité que fournit la France à ses ressortissants comme aux étrangers… C’est immoral !

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Les plus pauvres n’ont pas accès au logement social et ceux qui y sont y restent, parfois pour de mauvaises raisons. Enfin, comme on accueille chaque année 250 à 270 000 personnes supplémentaires, notamment via le regroupement familial, et que l’on ne construit que 90 000 logements par an, on a mis en place toute une série de dispositifs (hébergement d’urgence, par exemple) qui favorisent la population immigrée. C’est comme cela que l’on a créé ces communautés dans ces quartiers que je ne qualifierai pas de ghettos, car dans les ghettos les gens sont pauvres. Or, dans les quartiers il existe des manifestations de richesse et de « flambe » que l’on ne voit pas dans les territoires périurbains.

Le défi d'être Français

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Qui a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune ?

Que révèlent les protestations contre l’arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête du JDD ainsi que les griefs formulés par le Monde contre les médias du groupe Bolloré ? Tout simplement que ceux qui prétendent défendre le pluralisme de la presse n’y croient pas du tout, puisqu’ils refusent toute opinion un tant soit peu conservatrice. Le billet de Philippe Bilger.


La rédaction du JDD a mis fin à sa grève historique de 40 jours. Le journal pourrait paraître dans les kiosques, au plus tôt, le dimanche 13 août (Le Figaro). À l’évidence cette issue – on a l’impression qu’elle ne réjouit pas tout le monde et qu’au nom d’une politique du pire on aurait souhaité la continuation de la crise – n’a pas mis fin aux aigreurs et aux fantasmes des donneurs de leçons médiatiques. Au premier rang desquels le quotidien Le Monde qui croit nous apprendre quelque chose avec cet éditorial : « Une presse d’opinion ne peut s’affranchir de tout principe ».

Je pourrais me contenter de cette interrogation : de quoi se mêle-t-il donc ? J’admets que ce serait un peu court.

Il me semble que l’argumentation serait déjà un peu plus dense en questionnant la légitimité de ce quotidien à se poser en surplomb et à s’offrir comme exemple de ce que devrait être, selon ses vœux, une presse d’opinion digne de ce nom. Sur ce plan, même si je ne peux me passer de sa lecture tout en ayant régulièrement le sentiment, et pas seulement sur les sujets régaliens, qu’une partialité élégante y domine (avec notamment une surabondance de tribunes libres de même acabit), il est clair que cette prétention est injustifiée.

En effet la tonalité générale du Monde n’est pas de nature à susciter l’enthousiasme de ceux qui aspirent à une presse vraiment libre et pluraliste, dégagée du progressisme chic de gauche, de l’indulgence pour l’extrême gauche et du courroux exclusif à l’encontre de ce qui est qualifié d’extrême droite, avec une information trop souvent biaisée par le désir de voir le réel tel qu’on le rêverait.

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Cette obsession aussi de considérer que Geoffroy Lejeune, parce qu’il a été rédacteur en chef de Valeurs actuelles avec des sympathies politiques clairement affichées, serait, par une sorte de mimétisme pervers, forcément le même à la tête du JDD sans tenir compte du passé de ce dernier (pas de quoi se vanter non plus avec son macronisme et ses plaidoiries constantes en faveur de Nicolas Sarkozy empêtré dans le judiciaire !), de son lectorat et de la faculté d’adaptation de celui qui ne serait pas assez sot pour oublier de mesurer les effets de cette grève de 40 jours et le poids des attentes sur sa future pratique de direction. Geoffroy Lejeune, à supposer qu’il ait mérité le regard hystériquement critique sur lui hier, ne sera évidemment pas le même demain.

Mais le pire, dans cet éditorial du Monde, est ailleurs, dans cette sinistrose complaisamment développée et d’autant plus scandaleuse qu’elle est non seulement répétitive mais aberrante et mensongère.

D’abord je ne vois pas en quoi la démarche, qui plongerait « dans l’incertain une institution comme le JDD »… serait « autrement inquiétante ». Comme si cette publication était investie d’une essence sacrée et que Geoffroy Lejeune, avec son équipe de journalistes, allait forcément briser une mythologie. C’est surestimer le JDD d’hier et sous-estimer par avance celui de demain.

Ensuite je ne suis pas davantage convaincu par le poncif politique partisan, au sujet de CNews et d’Europe 1, qui voudrait, que « sous le contrôle du groupe bâti par Vincent Bolloré, la pluralité d’opinions dans la presse française aura encore reculé ». C’est exactement l’inverse. Le pluralisme, auquel tient tellement le Monde – mais le sien singulièrement rétréci à sa vision orientée de la France et du monde – sera au contraire rendu plus effectif puisque viendra s’ajouter à la représentation médiatique classique, globalement progressiste, une perception conservatrice sur les sujets de société comme sur d’autres. Derrière la fronde des médias traditionnels, il est manifeste que s’exprime la volonté d’une « chasse gardée » et le refus d’une intrusion pourtant bénéfique à la presse d’opinion et à la démocratie.

Comment cet éditorial ose-t-il, enfin, feindre l’inquiétude, avec une totale mauvaise foi, en se demandant : « Qu’en attendre en matière de respect des faits, régulièrement malmenés sur plusieurs chaînes de ce même groupe, ou de journalisme d’investigation, puisqu’il y est manifestement considéré comme une hérésie ? » ?

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Tant au regard de mon expérience personnelle que de l’ensemble des émissions auxquelles il est fait implicitement référence, j’affirme que le procès intenté à CNews comme à Europe 1, par une vision de l’information non pas meilleure que la leur mais désireuse d’être unique, n’a pas la moindre once de crédibilité, et pas davantage à force d’être ressassé…

Je ne me fais aucune illusion. Personne n’a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune mais peu importe. Que le JDD sorte brillamment ou non de ces quarante jours, il aura des adversaires compulsifs.

Mais que ceux-ci ne couvrent pas leur totalitarisme du voile d’un prétendu pluralisme.

Puisqu’ils ne supportent que le leur.

Bienvenue au Maroc, dans un film de SF mystique

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Animalia, le premier long-métrage de la cinéaste franco-marocaine, Sofia Alaoui, a l’ambition de traiter de la plupart des problèmes sociaux du royaume chérifien à travers une obscure histoire apocalyptique. Mais le caractère ésotérique de l’intrigue prive le film de tout effet dramatique et compromet sa dimension sociale. Sortie en salles le 9 août.


L’orientalisme, en déco, a ses lois que le bon goût ne connaît pas. D’une opulence kitsch déconcertante de hideur, la maison du gouverneur offre ses intérieurs rutilants et surchargés à l’objectif : voilà pour les scènes d’exposition d’Animalia. Amplification d’un court métrage déjà primé au festival Sundance, Animalia est le long-métrage de fiction inaugural de Sofia Alaoui, née en 1990, fille de diplomate très bien élevée qui partage sa vie entre Paris, Pékin et Casablanca. Autant dire que cette enfant gâtée d’un cinéma résolument cosmopolite connait du dedans ce milieu des ultra-nantis du royaume chérifien et d’ailleurs. Au départ, Animalia avait d’ailleurs pour titre Parmi nous. L’édition 2023 du Sundance a, cette fois, gratifié cet ovni d’un Prix spécial. Pourquoi pas ?

Le tour du propriétaire se poursuit dans le luxe tape à l’œil de la cuisine, de l’immense salle de bains puis de la voluptueuse chambre à coucher d’Amine (Mehdi Dehbi), le photogénique rejeton du caïd. Itto (Ounaima Barid) la jeune épouse enceinte jusqu’aux dents (dont on comprendra qu’elle est issue du peuple), a manifestement du mal à s’adapter à un tel clinquant. Là-dessus, une sourde menace extraterrestre met semble-t-il le pays en émoi, les chiens errants envahissent les rues, la faune volatile s’hystérise, tandis que l’armée déploie ses avions, ses chars et ses hélicos tous azimuts. Le réseau lui-même a des sautes d’humeur. Le mari sur les dents restant bloqué pour affaires à Khourigba, au sud de Casablanca, Itto, qui a adopté entre temps un vigoureux berger allemand tirant sur sa laisse, tente de le rejoindre à bord d’une moto triporteur, d’abord conduite par un gars du cru qui la rançonne avant de la laisser choir au bord de la route, puis par Fouad (Fouad Ouhaou) bel et secourable hôtelier plein de droiture. Périple hasardeux au terme duquel, abandonnant le généreux Fouad à son sort, Itto finit par retrouver Amine et les siens, au milieu du chaos régnant. Une bande-son lancinante et répétitive accompagne cette odyssée.

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A la télévision, les actualités témoignent du vent de panique qui se répand sur tous les continents. Au Maroc, le peuple tout entier s’en remet bientôt à Allah, d’où une longue séquence de prière où, les deux sexes séparés comme il se doit (Itto provoque d’ailleurs un scandale en se mêlant aux hommes pour rejoindre son mari), la foule des croyants accroupis se presse en prière dans la mosquée bondée. Quelques échanges nous le suggèrent, toujours de façon aussi énigmatique : « Il y a des forces qui prennent le contrôle. Car tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Un prêche assez abscons précise en voix off : « Et si un jour tu me demandes qui Il est, je te dirais qu’Il n’est rien comme Il est tout. Qui se connaît soi-même connaît la vérité de tout. Tout était pourtant là mais on ne voulait pas le voir […] Et si je dois te faire connaître la vérité des choses, tu verras par toi-même que ce qui n’est pas relié n’a aucune existence sur Terre ou ailleurs ». Quoiqu’il en soit, Itto accouche de son bébé – extraterrestre ? Au final, le titre « PARMI NOUS » s’imprime, en lettres capitales, dans le scintillement d’un ciel étoilé. Générique de fin.

Houlala, que voilà du sérieux ! Si l’on a plus ou moins compris l’intention de Sofia Alaoui – illustrer l’abîme existant, au Maroc, entre riches et pauvres ; montrer la prégnance du religieux sur les esprits ; évoquer le hiatus entre le français, langue usuelle prisée de la haute société, l’arabe qui est le parler indigène, et le berbère, idiome opprimé ; pointer en bref tous les clivages d’un pays durement contrasté – il reste que l’évanescence de cette menace extraterrestre, le caractère sibyllin de l’argument fantastique, le manteau métaphysique qui enveloppe une intrigue noyée dans l’abstraction privent la dramaturgie de tout ressort tant soit peu palpitant. On est tenté de juger passablement prétentieux le nappage mystico-transcendantal qui sert de liant métaphysique à cet onirisme SF sacrément désincarné.

Animalia. Film de Sofia Alaoui. Maroc, France. En salles le 9 août 2023.

Appel des intellectuels en faveur des bouquinistes de Paris lors des Jeux olympiques de 2024

La préfecture de police de Paris a signalé aux bouquinistes des quais de Seine se trouvant dans le périmètre de protection lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024 qu’ils devront retirer leurs boîtes « pour des raisons évidentes de sécurité ». Cinquante personalités des mondes universitaire, littéraire et artistique ont signé cet appel qui conteste la nécessité et le bien-fondé de cette décision.


« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude » : cette réflexion de l’un des plus grands écrivains français du XXe siècle, Albert Camus, prix Nobel de littérature, n’a manifestement pas été assez prise en considération, ni méditée à sa juste valeur, par ceux qui, peu enclins à chérir, sinon à respecter, leur patrimoine culturel en ce qu’il a de plus historique, riche et populaire, gèrent aujourd’hui, en 2023, la ville de Paris !

Une funeste décision

Car comment comprendre cette funeste décision, de la part de l’administration de la Ville-Lumière (préfecture et mairie conjointes), selon laquelle les célèbres et anciens (leur existence a plus de 450 ans) bouquinistes des quais de Seine – la plus vaste librairie à ciel ouvert du monde et l’une des plus romantiques promenades parisiennes, inscrite au patrimoine culturel de l’humanité – devraient être expulsés et leurs fragiles boîtes démantelées (600 sur 950), pour de prétendues raisons de sécurité face à la menace terroriste ou la violence urbaine, lors des Jeux Olympiques de 2024 ?

Un symbole culturellement et moralement scandaleux

Le symbole, lorsque la culture est à ce point méprisée, et l’irremplaçable richesse des livres sacrifiée sur le très vénal autel du sport business, bien plus encore que d’un hypothétique « périmètre de sécurité », est choquant : scandaleux à l’aune de cette ville littéraire par excellence, sur sa rive gauche en particulier, de Notre-Dame à l’Académie Française, qu’est Paris !

Le risque de la faillite économique

C’est aussi tout un pan de la vie économique, par-delà la remise en question de ce que l’on croyait être doté d’un inviolable statut culturel, qui, avec la disparition programmée de ces antiques mais magnifiques boîtes à livres – disparition théoriquement provisoire : le temps de ces JO – qui risque ainsi de s’avérer dramatique, en pleine saison touristique, pour ces modestes bouquinistes, soudain privés ainsi, sans indemnités et jusqu’à une potentielle faillite économique, d’une importante part de leurs nécessaires revenus financiers pour simplement survivre.

#SaccageParis  

Bref, et pour clore ce plaidoyer en faveur des bouquinistes de Paris, mais aussi, plus généralement, de la culture en ce qu’elle a de plus noble sur le plan éducatif, de plus élevé sur le plan moral et de plus précieux sur le plan historique : c’est l’inlassable et triste saccage de l’une des plus belles villes du monde – une destruction affreusement méthodique dans son obtuse permanence – qui continue ainsi, comme en des sortes d’hypocrites, lâches et quotidiens autodafés, son insidieuse, basse et coupable besogne !

Le sport et l’olympisme contre la culture

La loi olympique d’exception, votée afin de permettre d’exécuter ce qui est impossible en temps normal, est l’une des armes favorites de tous les affairistes désirant s’approprier l’espace public. La démocratie se retire alors, et la culture ensuite, quels que soient la ville et le pays d’accueil du barnum olympique, se voit promptement attaquée. Car l’intelligence des arts, qu’ils soient littéraires ou non, s’oppose au spectacle de l’industrialisation des corps sportifs qui ne visent que le rendement. L’histoire olympique en est émaillée de terribles exemples.

La statue de Voltaire déboulonnée

Il est vrai, pour couronner cette médiocre mais dangereuse entreprise de dégradation de l’intelligence, sinon de l’âme de toute une ville, que la Mairie de Paris a même été, il n’y a guère si longtemps, jusqu’à faire déboulonner, au prétexte de mieux la sauvegarder ainsi de possibles vandales, mais au mépris surtout de l’un de ses plus grands hommes de lettres et d’esprit, la statue, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, de l’insigne Voltaire, pourtant hôte immortel, à travers « la patrie reconnaissante », du Panthéon. Le paradoxe fut là, en cette autre tragique circonstance, à son incompréhensible comble : abattu à Saint-Germain-des-Prés alors même qu’il trône au Panthéon !

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Les lumières de Paris contre l’obscurité de la tyrannie

Morale, sous forme d’interrogation, de cette mauvaise histoire : combien de temps encore la France, réputée patrie des Droits de l’Homme et berceau des Lumières, bradera-t-elle aussi honteusement son inaliénable et bel esprit de liberté, sans lequel il n’est point de démocratie qui vaille, contre les infâmes et périlleux défis – le terrorisme international et la violence urbaine – de la tyrannie la plus obscurantiste, sinon criminelle ?

De Camus à La Boétie : discours critique sur la servitude volontaire 

Ne pas répondre, de toute urgence, à cette question critique, de manière sérieuse, constituerait, non seulement une insulte à la vigilante mise en garde d’Albert Camus, mais, de manière plus grave encore, symptomatique des veules abdications et autres pusillanimes renoncements de notre irrationnelle époque, un dangereux, voire complice, préalable à ce fameux Discours de la servitude volontaire tel que cet immense et docte esprit de la plus haute Renaissance que fut La Boétie l’énonça au faite de son humanisme le plus éclairé. 

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Un appel solennel aux autorités compétentes : ne touchez pas aux bouquinistes ni à leurs livres !    

Ainsi, nous, signataires du présent et solennel appel, demandons aux autorités compétentes, qu’elles soient administratives ou policières, de laisser les bouquinistes de Paris libres de pouvoir vendre leurs livres, à leur traditionnel et séculaire emplacement, sans qu’ils aient à déménager de ces lieux aussi prestigieux qu’historiques, durant toute la période de ces JO de 2024, comme pendant tout le reste de l’année.

C’est là un enjeu, l’un des plus nobles et sacrés qui soient, de civilisation face à la barbarie montante en ces temps troublés, y compris sur le plan politico-idéologique, par une croissante, inquiétante et parfois agressive, inculture !

SIGNATAIRES :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, directeur des ouvrages collectifs Penser Salman Rushdie et Repenser le rôle de l’intellectuel

Laurent Alexandre : docteur, auteur de La guerre des intelligences à l’heure de ChatGPT

Marc Alpozzo : philosophe

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art

Stéphane Barsacq : écrivain

Véronique Bergen : philosophe, écrivaine

Marie-Jo Bonnet : historienne, écrivaine

Erick Bonnier : éditeur

Jeannette Bougrab : essayiste, ancienne secrétaire d’Etat à la Jeunesse et à la Vie associative

Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des Universités

Pascal Bruckner : philosophe

Belinda Cannone : écrivaine

Hassen Chalghoumi : président de la conférence des imams de France

Sophie Chauveau : essayiste, écrivaine

Nadine Dewit : artiste-peintre, photographe

Jean-Philippe Domecq : romancier, essayiste

Emmanuel Dupuy : président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe

Luc Ferry : philosophe, ancien ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse

Danièle Fonck : journaliste

Renée Fregosi : philosophe, politologue

Elsa Godart : philosophe, psychanalyste

Christian Godin : philosophe

Dominique Jamet : écrivain, journaliste

Alexandre Jardin : écrivain

François Kasbi : écrivain, journaliste, critique littéraire

Arno Klarsfeld : avocat

Michel Maffesoli : sociologue, professeur émérite à La Sorbonne

Edgar Morin : sociologue, philosophe

Bruno Moysan : musicologue

Véronique Nahoum-Grappe : anthropologue

Eric Naulleau : écrivain

Fabien Ollier : directeur de la revue Quel Sport ? et des éditions QS

Mona Ozouf : philosophe, historienne

Michelle Perrot : historienne

Christiane Rancé : écrivaine

Robert Redeker : philosophe

Jean-Marie Rouart : écrivain, membre de l’Académie française

Elisabeth Roudinesco : philosophe, historienne

Stéphane Rozès : essayiste, politologue

Emmanuel Rubin : journaliste, rédacteur en chef du magazine « Gestes »

Frédéric Schiffter : écrivain

Jacques Sojcher : philosophe

Annie Sugier : présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (association créée par Simone de Beauvoir)

Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, directeur de recherche au CNRS

Patrick Vassort : sociologue, directeur de la revue Illusio

Alain Vircondelet : écrivain, universitaire

Olivier Weber : écrivain, grand reporter, ancien Ambassadeur de France

Elisabeth Weissman : essayiste, journaliste

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain

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Ces artistes qui disent merde au wokisme

Certains échappent encore aux patrouilles épuratrices malgré leurs positions assumées, et c’est tant mieux.


C’est une loi naturelle. L’artiste est de gauche et doit régulièrement le prouver. Les feignants pétitionnent – contre le réchauffement climatique, les violences policières ou le patriarcat sans oublier le must du genre, l’appel contre l’extrême droite –, les plus exaltés ou exhibitionnistes nous infligent, pour toutes les grandes occasions (Césars, Cannes, Molières) de douteuses performances à base d’audaces de cour d’école, nudité et pipi-caca. En effet, cette injonction concerne surtout les milieux du spectacle et du cinéma, où on a besoin de financements, notamment publics. Écrivains ou peintres peuvent encore se dispenser d’aller tous les dimanches à la messe progressiste et professer des idées inconvenantes – surtout s’ils vendent. Encore que les dernières déconvenues de Michel Houellebecq suggèrent que même les esprits les mieux trempés peuvent se lasser d’être les têtes de Turc des salons où on arbitre les élégances.

Il n’est pas question ici du gauchisme culturel, fond de sauce idéologique de l’époque, mais de son sous-produit qu’on appellera le gauchisme cultureux, phénomène transnational au demeurant[1]. À Hollywood, Cannes ou Venise, le gratin des paillettes et du glamour est solidaire des opprimés. En France, terre d’élection de l’« exception culturelle » et de l’intermittence, ses adeptes se reconnaissent à ce qu’ils ont en même temps la main tendue et le poing levé.

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On s’est habitués à cette injustice institutionnalisée : pendant que certains engrangent les premiers prix de morale, des auteurs, des metteurs en scène, des comédiens sont privés de financements ou de rôles parce qu’ils pensent mal et parlent trop. Beaucoup ont échappé à la patrouille en gardant leurs opinions pour eux. Certains ont même fait carrière bien qu’ouvertement – et scandaleusement – de droite.

La déferlante #MeToo et la mutation du progressisme en wokisme ont entraîné une extension continue du domaine de l’interdit et un durcissement des peines qui vont jusqu’à la mort sociale et professionnelle. Ce fanatisme révolutionnaire est-il allé trop loin dans l’ardeur épuratrice ? Toujours est-il que, des deux côtés de l’Atlantique, des artistes se rebiffent, à l’instar de J. K. Rowling qui refuse toujours d’abjurer sa conviction qu’il y a des hommes et des femmes. En France, comme le montre le tour d’horizon établi par Jean-Baptiste Roques, des grands noms du cinéma et du théâtre bravent les interdits sans subir les foudres des prêchi-prêcheurs. Il serait exagérément optimiste d’en conclure que le reflux du wokisme a commencé. Mais on peut dire ceci aux jeunes gens qui veulent percer dans le show-business : si ça vous chante, couchez pour réussir, mais rien ne vous oblige à vous coucher.


[1]. On peut voir sur Twitter une photo de Richard Gere posant sur un bateau avec les migrants dont il finance le transit vers l’Europe.

Peut-il y avoir un consentement de l’enfant à un acte sexuel avec un autre enfant ?

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé, à la fin du mois de juin 2023, que l’éducation à la sexualité va désormais faire partie des programmes d’instruction dispensée au même titre que n’importe quelle matière scolaire[1]. Interview avec la psychologue Ariane Bilheran.


Cette annonce est l’occasion de s’attarder sur le fait que l’éducation sexuelle dispensée auprès des jeunes, tout en donnant les informations pour éviter les MST et les grossesses non désirées, promeut l’activité sexuelle [« tu as le droit de faire l’amour à l’âge que tu veux »[2]], du moment que « tous les protagonistes sont d’accord », autrement dit dès lors qu’ils sont « consentants ». Cette notion de consentement est aujourd’hui le prisme de référence de l’éducation à la sexualité dans la sphère scolaire[3].

En droit, l’incapacité d’un enfant de moins de 15 ans à donner quelque consentement que ce soit à un acte sexuel avec un adulte, a été reconnue par la loi[4]. En revanche, lorsqu’il s’agit d’actes commis par des mineurs entre eux, la qualification des actes dépend toujours du fait de savoir si l’acte a été « consenti » ou non.

Les parents, les éducateurs, les juristes sont bien embarrassés : l’enfant, puis l’adolescent, ont-ils vraiment l’aptitude à donner un consentement en connaissance de cause à des actes sexuels, y compris entre eux ? Les préjudices physiques et psychologiques résultant de tels actes, reconnus dans un cadre judiciaire chez les enfants ou adolescents, ne révèlent-ils pas la nécessité de tenir compte du fait que l’enfance n’est pas le temps de la sexualité, et de prendre les enfants pour ce qu’ils sont, des enfants, et non de petits adultes ?

Nous en parlons avec Ariane Bilheran, normalienne (Ulm), philosophe, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, auteur de nombreux ouvrages dont Psychopathologie de la pédophilie (Dunod, 2013, 2ème éd. 2019) et L’Imposture des droits sexuels paru en 2017, qui en est aujourd’hui à sa 5ème édition.

Causeur. Quelles sont les capacités requises pour pouvoir donner un consentement, en général, et en matière sexuelle en particulier ?

Ariane Bilheran. La notion de consentement ne peut être dissociée de différents critères : maturité intellectuelle (aptitudes à se représenter et à comprendre), maturité émotionnelle (aptitude à une sécurité intérieure suffisante, à l’altérité), maturité physique/biologique. Le consentement suppose la conscience des actes et de leurs conséquences, et cette conscience ne peut pas s’acquérir sur la simple délivrance d’une « information ». Il faut encore que le psychisme soit capable de traiter cette information. Par exemple, un enfant avant la puberté n’est pas du tout capable de comprendre des informations concernant la sexualité des adultes : ces informations sont même de nature à faire effraction dans sa vie psychique et dans la construction de son imaginaire (garantie du développement de la sécurité intérieure), en clair, de nature à le traumatiser psychiquement.

Ce n’est qu’à partir d’une conscience pleine et entière de ses actes, que l’on peut en assumer une responsabilité. La conscience et la responsabilité des actes relèvent d’un psychisme ayant acquis une maturité adulte, c’est-à-dire la capacité de faire des choix éclairés, à partir d’une liberté de pensée suffisante.

Le consentement suppose la possibilité de refuser sans conséquence, et exclut toute manipulation déguisée, sinon il est contraint (la contrainte peut être même dissimulée, par exemple : faire un acte pour plaire au groupe, ne pas en être exclu, etc.).

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De plus, le consentement ne peut être valide lorsqu’une autorité exerce un pouvoir (symbolique et/ou réel et/ou imaginaire, jusqu’à l’emprise) de nature à influencer ce consentement. Il ne peut pas non plus être valide dans des cas de vulnérabilité et d’absence d’autonomie : c’est bien là que l’enfant ne saurait jamais être consentant. Par définition, un enfant n’a pas de consentement, puisqu’il n’a pas terminé son développement psychique. Il n’a pas acquis les prérequis permettant d’exercer un discernement. Par sa nature propre d’enfant, il n’est pas autonome, et a besoin d’être protégé par des adultes. Le Droit pénal a toujours, dans le passé, distingué la nature d’enfant de celle de l’adulte : l’absence de conscience et donc d’autonomie chez l’enfant implique sa protection, et n’entraîne pas le même équilibre de droits et de devoirs qu’engendre le statut d’adulte, lequel a terminé son développement psycho-affectif et intellectuel.

Il n’existe pas non plus de consentement supposé sur des pratiques dont on sait qu’elles sont dommageables : le simple fait qu’elles soient dommageables annule le consentement. D’ailleurs, si l’on a acquis suffisamment de discernement, il est peu probable que l’individu choisisse des actes créant un dommage contre lui-même.

Enfin, j’ai envie de rappeler que pour émettre un consentement, il faut aussi des prérequis, comme des outils langagiers, la capacité de verbaliser, permettant d’accéder à des représentations mentales (capacité d’expression suffisante), une aptitude à raisonner.

En somme, la capacité juridique à consentir doit s’appuyer sur l’achèvement de la maturation du développement psychique. Ainsi, les enfants, les personnes déficientes mentales, les individus présentant de graves troubles psychiques, ou encore, sous l’influence de drogue, d’alcool et de psychotropes, ou en situation de vulnérabilité (traumatismes graves, manipulation, harcèlement, etc.) ne sont pas en situation de consentir à quoi que ce soit.

Cette capacité pour les adultes doit donc s’apprécier au cas par cas.

Pour les enfants, il n’y a pas de consentement.

En matière de sexualité, la question du discernement est encore plus cruciale, car la sexualité relève du domaine de l’intime, et par conséquent, est le lieu des traumatismes psychiques les plus lourds, en particulier sur des psychismes en développement et/ou vulnérables, surtout lorsqu’ils sont pris dans des situations d’abus d’autorité, de menaces, de pressions, d’extorsions, de promesses, de chantage, de prosélytisme, etc. La protection pénale de l’intégrité des individus n’est pas négociable.

Pour récapituler, trois critères sont conjointement indispensables à l’obtention d’un consentement : le consentement doit être libre (et ne doit donc subir aucune forme de contrainte même déguisée), éclairé (la personne doit avoir reçu l’information suffisante et être en capacité psychique de la traiter), et l’individu doit être un sujet apte sur le plan psychologique et juridique, donc avoir achevé son développement psychique.

On admet assez facilement que l’enfant ne puisse donner un consentement à un acte avec un adulte. Est-il en revanche possible de parler de consentement des enfants, ou des adolescents, entre eux ?

En vertu de ce que je viens d’expliquer, les enfants ne peuvent pas avoir de consentement en matière de sexualité. Pour les adolescents, il faut juger au cas par cas, selon le niveau de maturité psychique, émotionnelle et intellectuelle, qui détermine un niveau de conscience, et selon la situation (égalitaire ou non, possible détournement par situation d’emprise ou exercice d’une autorité symbolique et/ou réelle, etc.). Chez l’adolescent, le consentement ne peut donc être toujours que partiel.

On a fixé de principe un âge de majorité sexuelle, supposé permettre de délimiter un consentement plus majoritaire que minoritaire, mais il ne saurait jamais être total, et suppose une relation égalitaire, au même niveau de maturation psychique, pour être valable (écarter toute forme de pression, consciente ou non, de conflit de loyauté, d’emprise ou d’autorité exercée sur le sujet de manière par principe inégalitaire).

Vous dites que l’enfant n’a pas de sexualité. Que voulez-vous dire par là ?

La psychologie du développement indique bien que l’enfant n’a pas de sexualité, et encore moins, de sexualité à la manière des adultes. Il ne faut pas confondre la sensorialité, que cherche précisément à développer l’enfant pour s’inscrire dans la finitude de son propre corps, y trouver une sécurité émotionnelle, et pour assimiler le monde qui l’entoure, avec une sensualité, ou encore, une quelconque sexualité. Lorsque l’enfant explore son corps, il ne l’explore pas pour « se masturber » par exemple, mais il explore ses organes génitaux comme il explore ses oreilles, les parties chatouilleuses, etc. Il n’y a pas de connotation sexuelle. À tel point qu’un enfant qui présenterait des signes de sexualisation précoce est toujours l’indicateur, pour des expertises psychologiques en milieu judiciaire, d’un problème. Car un enfant transgressé devient sexualisé, et peut développer des traits que l’on retrouve chez des adultes pervers, puisqu’il ne fait que répondre à des demandes d’adultes pédophiles qui l’ont initié à cette sexualité. Nous avons développé ce point avec ma collègue Amandine Lafargue dans notre livre Psychopathologie de la pédophilie, paru en 2013 chez Dunod, et qui en est à sa deuxième édition. Le Dr Régis Brunod, pédiatre et pédopsychiatre, explique bien les confusions idéologiques actuelles dans son livre Préserver l’innocence des enfants, paru aux éditions Le Bien Commun.

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Le développement psychique de l’enfant est un long processus qui permet de construire des interdits fondamentaux, qui seront garants de son insertion dans une civilisation régie par des lois et des principes moraux. Ces principes moraux ne sont pas négociables, ils sont la jonction de toute société humaine comme nous l’a définie l’anthropologie de Claude Lévi-Strauss, de Maurice Godelier ou d’André Leroi-Gourhan : interdits du meurtre et de l’inceste, notamment. Tout le rôle de l’éducation est de conduire l’enfant à déployer un équilibre psychique entre le principe de plaisir (ses désirs, ses envies, etc.), et le principe de réalité (les conditions de faisabilité et de réalisation de ces désirs, voire d’interdit : si tu as envie de voler le jouet du copain, tu ne le feras pas).

Si l’enfant n’a pas de sexualité, qu’en est-il de l’adolescent ? On imagine que la puberté est un seuil clé en matière de sexualité, mais un enfant pubère est-il de ce fait capable de « consentir » ?

La pulsion sexuelle émerge avec les hormones et la puberté. Mais l’émergence de la puberté sur un plan biologique ne signifie pour autant pas que l’adolescent ait achevé sa maturité émotionnelle, intellectuelle et psychique, ni qu’il soit pleinement conscient de tous ses actes. Théoriquement, la conscience et le sens de la responsabilité des actes (et donc, le consentement) augmenteront à mesure que l’adolescent s’approchera de l’âge adulte ; cette maturation s’achève en moyenne entre 18 et 25 ans, selon les individus. Certains ne « grandissent » jamais suffisamment, comme des profils qui se structurent par exemple sur un mode pervers ou paranoïaque.

Les jeunes sont parfois blessés par des actes sexuels (avec d’autres jeunes) auxquels ils ont pourtant donné leur accord. Comment analysez-vous cela ?

Il faut examiner dans quelles conditions a été obtenu ce supposé « accord » à être blessé. On sait que les adolescents sont très sensibles à la socialisation, à l’acceptation au sein d’un groupe. Ils sont aussi très vulnérables au regard qu’autrui porte sur eux, et peuvent aisément être influencés pour ne pas être isolés du groupe, ou harcelés par lui. Ce sont des techniques d’influence dans des groupes que j’ai appelés « régressés », qui fonctionnent avec des pratiques harceleuses, et les adultes doivent avoir un regard très vigilant sur ce qui se passe entre adolescents dans des concours morbides ou mortifères parfois extrêmement dangereux et préjudiciables à leur santé psychique et physique.

L’éducation sexuelle dispensée auprès des jeunes promeut la liberté sexuelle, du moment que « tous les protagonistes sont d’accord ». Dès lors que cet « accord », autrement dit ce consentement, est illusoire chez les enfants, faut-il donc inverser le discours éducatif et recommander aux jeunes de ne pas avoir d’activité sexuelle ?

La sexualité n’est pas un acte banal. Elle engage la totalité de l’être, dans sa dimension la plus intime. C’est, précisément, parce que c’est le lieu de l’intime, de la plus grande libération intérieure comme de la plus grande souillure traumatique, qu’il convient de se respecter et de ne pas faire n’importe quoi. « Sexe sans conscience n’est que ruine de l’âme » pourrais-je dire, en paraphrasant Rabelais.

La sexualité est traumatique en deçà de la puberté, comme j’ai pu l’expliquer du point de vue du développement psychique de l’enfant, puisque ce dernier n’a pas les aptitudes d’y faire face. Ceci n’est pas nouveau, nous avons de nombreux travaux en psychologie classique, et notamment en psychologie du développement, sur le sujet.

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Pour avoir une sexualité épanouie à l’âge adulte, il faut ne pas avoir brûlé les étapes du développement sensoriel dans l’enfance, avoir construit un imaginaire, une sécurité affective, des représentations, une tendresse suffisants pour devenir apte à cette sexualité complète, amoureuse, érotique et épanouie, loin de la sexualité mécanique, marchande et pornographique que nous vendent certains « programmes » de cette « éducation à la sexualité », où la sexualité est réduite à quelques positions et des bouchages de trous.

Concernant cette incitation à une sexualité sans conscience, tous azimuts, il est important de ne pas confondre une liberté de choisir une relation épanouissante et amoureuse, qui donnera accès à une sexualité heureuse, profonde et érotique, avec coucher sans conscience avec le premier/la première venue, ce qui engendrera des traumatismes qui grèveront parfois définitivement l’accès à une sexualité heureuse.

Quelles pistes pourriez-vous suggérer aux éducateurs, ou aux juristes, pour préserver les enfants comme les adolescents des violences sexuelles qu’ils s’infligent entre eux ?

En quelques mots : apprentissage de la pudeur, de l’intégrité, de l’intimité, des interdits (ex. : on n’a pas le droit de te toucher ni de te montrer des photographies/des vidéos, sans l’accord de tes parents), prodiguer des conseils de bon sens (ex. : si tu sens quelque chose de bizarre, tu sors de la situation, tu cries, tu viens chercher tel adulte de référence, etc.). Je recommande aussi aux parents d’avoir une observation fine et d’exercer une surveillance appropriée des enfants et des adolescents. Enfin, il faut l’interdiction de l’accès aux écrans seuls pour les enfants, et être très vigilants concernant le temps et l’accès aux écrans pour les adolescents.

L'imposture des droits sexuels

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[1] https://www.education.gouv.fr/education-la-sexualite-le-ministre-de-l-education-nationale-et-de-la-jeunesse-pap-ndiaye-annonce-l-378596

[2] https://www.onsexprime.fr/vos-questions/les-premieres-fois#1231

[3] Voir par exemple la page « consentement » sur le site https://www.onsexprime.fr/la-sexualite/ok-ou-pas-ok/ok-pas-ok-le-consentement-c-est-obligatoire

 

Ticket de caisse, la fin

La fin de l’impression automatique du ticket de caisse à partir du 1er août est censée représenter un pas en avant pour l’écologie et la planète. Mais elle représente aussi un pas en avant pour Big Brother.


Ainsi, c’en serait fini du ticket de caisse. L’obtenir n’est plus automatique, il faut désormais le réclamer pour se le voir remettre. La demande n’est pas encore à formuler en trois exemplaires certifiés conformes sur l’honneur mais cela viendra certainement avant peu. L’alibi de cette trouvaille est bien évidemment écologique, ce bout de papier représentant, paraît-il, une grave menace pour l’environnement, à l’égal sans doute du pet des vaches. Le papier dont il est fait ne serait pas recyclable. On est capable d’aller sur Mars, ou presque, mais toute la science du monde serait impuissante à inventer un matériau écolo compatible pour nos mini additions de courses, de restaurants et de sorties.

Les bras nous en tombent. Donc, plus de facturette pour vérifier le prix des nouilles et de la croquette du chat. Si nous souhaitons accéder à ces données, il nous faut dorénavant, au minimum, être détenteur d’un smart phone, avoir contracté un abonnement auprès d’un opérateur, intégré à l’instrument les applications appropriées, et probablement celles de chaque enseigne commerciale fréquentée. Bref, il nous faut accepter de nous assujettir toujours plus au merveilleux univers de l’homo connectus et consentir à être toujours davantage livrés pieds et poings liés aux bienfaiteurs de l’humanité que sont les multinationales de la technologie la plus avancée. Donc, pour gérer son petit budget commissions on doit à présent en passer par là. C’est-à-dire dépenser pour un service qui était jusque-là gratuit, consommer de l’électricité, de la batterie, participer incidemment et insidieusement aux excellents résultats financiers de quelques fleurons de l’économie mondialisée.

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Au passage, on peut de surcroît s’interroger sur le bilan écologique et énergétique de la chose. Papier versus batterie, électricité, etc… le gain n’est peut-être pas aussi certain qu’on nous le serine. Pareillement, il n’est pas interdit de se poser d’autres questions, d’une autre nature, car ce qui était jusqu’alors remis de la main à la main et donc anonyme ne le sera plus, puisque envoyé à une adresse mail, donc à un destinataire parfaitement identifiable. Ainsi, il suffira à tel ou tel pouvoir bien intentionné, à tel ou tel lobby de s’infiltrer dans ces données pour connaître très exactement ce que Monsieur et Madame Dupont mangent, boivent, fument, jouent, parient, consomment. Bref, s’offrir une vue imprenable sur leur vie privée, sur leur quotidien. Et vous verrez qu’un jour prochain on nous expliquera que cette opportunité de flicage au plus serré est en réalité ce qui peut nous arriver de mieux. Un outil de prévention de santé publique d’où pourraient sortir un jour ou l’autre des messages du genre :  « Attention, Monsieur Dupont, ce mois-ci vous avez forcé sur l’andouille de Vire, le Paris-Brest et vous avez dépassé de cinq flacons votre consommation habituelle de 12,5°. L’infarctus menace. Et accessoirement le classement dans la catégorie peu estimable des alcoolos en puissance, des addicts aux salaisons et à la crème pâtissière ».

Mine de rien, la suppression de ce petit bout de papier n’est pas aussi anecdotique, ni aussi innocente, qu’on pourrait le penser. Certes, on se fera un plaisir de prétendre que, au fond, il ne s’agit que d’un détail. Mais la sagesse populaire ne dit-elle pas que le diable se cache dans les détails ?

Une épopée francaise: Quand la France était la France

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Julius Malema, l’ami sud-africain de Poutine

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Qui est ce chef de parti populiste, toujours coiffé d’un béret rouge, qui au nom de la solidarité avec la Russie, a appelé la Chine, l’Inde et le Brésil à boycotter le prochain sommet des BRICS? (Ce dernier doit se tenir en Afrique du Sud du 22 au 24 août). Portrait.


Le mouvement des Combattants de la liberté économique (EFF), second parti sud-africain d’opposition, a fêté son dixième anniversaire en grande pompe. Malgré des performances scolaires lamentables et en dépit des nombreuses controverses qui jalonnent son parcours politique, le populiste Julius Malema est devenu un symbole de réussite pour tous ses partisans. Un leader pro-russe qui n’hésite pas à s’en prendre à la minorité Afrikaner et la menacer de mort. 

Julius Sello Malema a grandi dans une Afrique du Sud longtemps dirigée par la minorité Afrikaner. Il a vécu dans un township de la province du Limpopo. Très rapidement, il se passionne pour la lutte contre le régime d’Apartheid, intègre la Ligue de jeunesse de l’African National Congress (ANC) pour qui il colle des affiches de propagande dans les villes voisines. En total échec scolaire, délaissant ses études, il reçoit alors une formation militaire au sein du mouvement et se fait vite remarquer par sa facilité à s’adresser à ses camarades. Il gravit progressivement les échelons de la Ligue avant d’en devenir le dirigeant national en 2001. Une ascension fulgurante qui répond aux ambitions de ce jeune loup de la politique sud-africaine. Peut-être trop pour ses aînés qui ne supportent pas un homme dont les paroles outrancières font les choux gras de la presse locale. Une violence verbale qui trouve pourtant écho parmi ses partisans qui considèrent Julius Malema comme un successeur digne du Président Nelson Mandela, celui-là même qui a mené le pays vers sa pleine indépendance. 

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Il développe dès lors une rhétorique anticolonialiste volontiers manichéenne, panafricaine et anticapitaliste, traçant ses pas dans ceux du président défunt du Zimbabwe, Robert Mugabe, qu’il cite souvent en exemple. Contribuant à alimenter les tensions raciales dans le pays, ciblant régulièrement les Boers dans ses discours (en 2018, il promet de couper la tête au maire de Port-Elizabeth car il est blanc), Julius Malema assume tous ses propos. Il a compris que les procès qui lui sont intentés restent de puissantes caisses de résonance dont il peut se servir. Expulsé de l‘ANC qui ne supporte plus son comportement et ses diatribes en 2010, il fonde le mouvement des Combattants de la liberté économique (EFF) qui s’insère dans l’espace politique avec une facilité déconcertante. Une décennie plus tard, Julius Malema peut se vanter d’avoir siphonné un grand nombre de voix à son principal concurrent, surfant sur un programme populiste, touchant les classes populaires déçues des promesses non tenues par l’ANC au pouvoir depuis 1994.

Lors des dernières élections législatives de 2019, l’EFF a obtenu plus d’un million de voix (soit 11%), le plaçant comme second parti d’opposition dans le pays. Un succès qui ne se dément pas et qui inquiète plus d’un Sud-africain. Les sondages montrent même que le parti de Malema a la capacité de remporter des provinces, de surpasser l’ANC en termes de votes, voire de se positionner en « faiseur de roi » en cas de coalition. De quoi réjouir ce trublion qui s’est offert au FNB stadium de Johannesburg un anniversaire à la hauteur des espérances qu’il suscite toujours. C’est un commandant en chef qui sait mobiliser ses troupes. Tous vêtus de rouge, béret vissé sur la tête, ce sont des milliers de membres de l’EFF qui ont convergé le 29 juillet 2023 vers l’ancienne capitale de l’état du Transvaal. Une masse qui a vibré à tous ses discours et qui n’a pas hésité à reprendre d’une seule voix la chanson « Kill the Boer, shoot the Boer ». Très populaire en dépit de son interdiction, les paroles de ce chant traduisent toute la haine de Malema envers les Blancs (le Front de la Liberté, parti d’extrême-droite afrikaner, a déposé plainte contre lui, et il a été accusé par l’Alliance Démocratique de semer les graines d’une guerre raciale). Une minorité qu’il souhaite exproprier de leurs terres sans compensation aucune (un projet similaire au Zimbabwe a plongé ce grenier à blé de l’Afrique australe dans une crise économique sans précédent). Une réforme souhaitée également par l’ANC qui a dû temporairement reculer face à la cristallisation du débat et les menaces d’un conflit qui planaient au-dessus de cette loi qui ne faisait pas l’unanimité parmi les députés. 

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Promettant à ses partisans électrisés par son discours, que sous sa présidence « l’Afrique du Sud sera bien mieux dirigée et de manière égalitaire » et que le pays « sera mené vers un avenir radieux », le député Malema a passé de longues minutes à dénoncer la corruption qui sévit au sein du gouvernement jusqu’au plus haut sommet de l’État. Pointant du doigt l’actuel Président Cyril Ramaphosa, empêtré dans une affaire nébuleuse dont il a du mal à se défaire, le leader de l’EFF lui a promis un trajet direct vers la prison si son parti obtient la majorité des votes lors du prochain scrutin électoral prévu en 2024. Peu importe si les sondages ne le donnent pas gagnant, Julius Malema reste persuadé que le ciel a écrit son destin et va l’asseoir sur le strapontin suprême. Quitte pour cela à être aidé par la Russie dont il n’a pas hésité à chanter les louanges contre l’impérialisme capitaliste qui sévirait en Afrique du Sud.

En tant qu’hôtes du prochain sommet des BRICS, les autorités sud-africaines se trouvaient face à un dilemme, puisque Vladimir Poutine fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Finalement, le président russe n’assistera pas au sommet en personne.

Et s’il ne fallait plus se coucher pour réussir ?

De plus en plus d’artistes ont le courage de s’opposer au gauchisme culturel, à sa police des mœurs et à ses commissaires de la bien-pensance. Face aux délires du wokisme, ils défendent la singularité du théâtre, du cinéma et de la littérature. Démonstration avec huit cas récents de rébellion.


17 novembre : une brochette de stars s’engagent en faveur de la corrida

Une affiche de rêve : Sophie Calle, Philippe Caubère, Hervé Di Rosa, Agnès Jaoui, Catherine Millet, Jean Nouvel, Ernest Pignon-Ernest, Denis Podalydès, Rudy Ricciotti… En quelques jours à peine, ils se sont mobilisés pour dire non à la loi visant à interdire la corrida portée par l’élu LFI Aymeric Caron. Dans Le Figaro, journal où certains d’entre eux n’auraient jamais imaginé un jour apposer leur signature, ils publient une tribune collective : « Députés, n’interdisez pas la corrida, qui est une culture, un patrimoine, une sociabilité ! » Ils y défendent la tauromachie, cette « liturgie rituelle, qui inspire tous les arts autant que la philosophie et l’anthropologie », aux « racines culturelles et populaires incontestablement profondes et vivaces ». Bien sûr, une pluie d’injures s’est vite abattue à travers les réseaux sociaux sur les audacieux dissidents. Mais, beau joueur, Caron a préféré reconnaître sur LCI la « liberté d’aimer cette pratique », rappelant d’ailleurs qu’il avait auditionné Denis Podalydès à l’Assemblée avant de déposer sa loi. Hélas pour lui, sa proposition sera finalement retirée suite à une palinodie interne à la Nupes. Un coup d’épée dans l’eau, qui aura au moins établi que nul n’a à trembler devant les amis de M. Mélenchon.

18 janvier 2023 : Fanny Ardant, Charlotte Gainsbourg et 200 indomptables disent « non » aux Torquemada du cinéma

À Libération, on n’a manifestement toujours pas tiré les leçons de Bruay-en-Artois. Le 25 novembre dernier, le journal de Dov Alfon consacre un long dossier à l’affaire Sofiane Bennacer, du nom de ce comédien mis en examen pour viols et violences sur conjoint. « Plusieurs victimes parlent », promet sans nuance la couverture, alors qu’à ce stade de l’enquête les accusatrices du jeune homme ne sont que des victimes présumées. Ou comment, pour faire un titre qui claque, on piétine l’État de droit et on condamne quelqu’un avant même qu’il soit jugé (au moment où nous écrivons ces lignes, le procès n’a d’ailleurs toujours pas eu lieu). Le 2 janvier, rebelote. L’Académie des César à son tour cloue au pilori l’acteur, qui venait de se distinguer dans Les Amandiers, de Valeria Bruni-Tedeschi, en le rayant de la liste des « talents émergents » sélectionnés par le comité révélations. Dieu merci, quinze jours plus tard, devant cette lettre de cachet des temps modernes, plus de deux cents personnalités se rebiffent et cosignent dans Le Point une « tribune contre la présomption de culpabilité ». Parmi elles, des figures d’autorité du métier comme Fanny Ardant, Yvan Attal, Charles Berling, Patrick Chesnais, Béatrice Dalle, Annie Duperey, Charlotte Gainsbourg, Serge Kaganski, Marin Karmitz, Danièle Thompson… toutes d’accord pour dire que « la défense des femmes est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux mains d’une doxa activiste », comme l’écrit la philosophe Sabine Prokhoris, rédactrice de la tribune et elle-même ancienne plume de Libé en dissidence. Puisqu’on vous dit que « paillettes » ne rime pas forcément avec « mauviettes » !

Fanny Ardant. Copyright Sipa


31 janvier : Vaincre ou mourir fait une percée au box-office

Le réalisateur Vincent Mottez devrait peut-être brûler un cierge pour remercier Libération. Sans le concours involontaire du journal préféré des bobos, jamais son film de cape et d’épée, tout à la gloire des chouans, n’aurait rencontré un si grand succès public. Dès la veille de sa sortie, le 24 janvier, Libé lui consacrait rien moins qu’une « une », avec ce titre fielleux : « Le Puy du fourbe ». Et une accusation terrible : « Le premier long-métrage des productions Puy du Fou Films réécrit l’histoire de la Révolution française. » Une publicité mensongère en réalité. Censé éclairer notre lanterne, le dossier « Événement » du jour n’est qu’un pénible ricanement gauchiste, étalé sur quatre pages sans le moindre commencement de preuve. D’ailleurs, l’historien Jean-Clément Martin, peu suspect de villérisme, confirmera quelques jours plus tard dans Marianne que le film ne comporte « pas d’erreur factuelle notable qui choque, sauf une : la signature par Charette du traité de paix du 17 février 1795, ce qui n’a pas eu lieu ! » Résultat, malgré une distribution limitée à 188 cinémas à travers le pays, l’épopée vendéenne suscite la curiosité de nombreux passionnés d’histoire et dépasse les 250 000 spectateurs en à peine un mois. Au point d’arriver à la deuxième place du classement français des fréquentations moyennes par salle, derrière Avatar 2 de James Cameron. Merci les wokes !

Hugo Becker en Charrette dans le film Vaincre ou Mourir (2023). Coréalisé par Vincent Mottez et Paul Mignot et produit par le Puy du Fou. Copyright Christine Tamalet.

1er février : quarante personnalités défendent Bastien Vivès

La cancel culture dans toute sa laideur. Pour avoir publié des images mettant en scène de banals fantasmes sexuels d’enfants (dans des albums évidemment interdits à la vente aux mineurs), le dessinateur le plus brillant de sa génération subit depuis le début de l’année une odieuse campagne d’effacement. En janvier, on apprenait ainsi que le Festival d’Angoulême avait annulé une exposition censée lui rendre hommage cette année, tandis qu’en mars, les bibliothèques publiques de Montréal retiraient les deux ouvrages incriminés de leurs rayonnages. Mais ne comptez pas sur la ministre de la Culture pour défendre la liberté d’expression de l’artiste : « Je respecte le choix du festival », fait-elle piteusement savoir au Monde le 16 janvier… Dans ces conditions, on ne peut que féliciter les 40 braves, parmi lesquels deux anciens titulaires de la Rue de Valois, François Nyssen et Jack Lang, mais aussi Enki Bilal, Coco, Blanche Gardin, Michel Hazanavicius, Oxmo Puccino et Riss, qui ont signé, quinze jours plus tard et toujours dans Le Monde, une tribune en soutien à Vivès, dans laquelle ils dénoncent le « contrôle de la pensée » et rappellent une évidence : « L’évocation du mal n’en est pas son approbation, comme le soulignait la défense de Baudelaire, accusé de promouvoir le vice. » Les héritiers du procureur Pinard n’ont pas fini de nous soûler.

Bastien Vivès – Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2013

8 mars : Franck de Lapersonne à l’affiche du nouvel Ozon

C’est probablement à ce genre de gestes que l’on reconnaît les plus grands. Dans son nouveau (et génial) film Mon crime, François Ozon a fait appel à un acteur paria, Franck de Lapersonne, pour interpréter le propriétaire du garni parisien typique des années 1930 où habitent les deux héroïnes. Après s’être présenté en 2017 aux élections législatives sous les couleurs du marinisme, l’acteur était devenu tricard au cinéma. Bien sûr, Ozon n’est pas non plus une tête brûlée. Avant d’employer le comédien, il s’est assuré que celui-ci, que l’on a pu voir dans de truculents seconds rôles chez Claude Chabrol, Georges Lautner et Bernard Blier, avait abandonné toute ambition politique. « Il m’a raconté qu’il regrettait d’avoir été enrôlé par Florian Philippot, qu’il reconnaissait avoir fait une erreur, qu’il avait fait une dépression », se justifie-t-il le 2 mars dans les colonnes des Inrockuptibles, bulletin de la paroisse radicale-chic. Reste que, derrière ce mot d’excuse obligatoire dans le milieu si conformiste du septième art, le réalisateur de Huit femmes a bravé un interdit et agi en authentique artiste, se posant tout simplement la question du « meilleur choix pour ce rôle ». Alors ne soyons pas bégueule et osons rendre grâce à Ozon. Et puis, en ces temps de néo-maccarthysme, comment ne pas saluer un admirateur revendiqué de Woody Allen ?

14 mars : À Paris, Bret Easton Ellis soutient J. K. Rowling

« Harry Potter, c’est de la daube ! » avait-il déclaré en 2019 lors de son dernier passage au Salon Fnac Livre. Que s’est-il passé depuis ? Invité à s’exprimer sur la même scène parisienne cet hiver, dans le cadre de la promotion de son nouveau livre Les Éclats (Robert Laffont), le petit prince des lettres américain n’a pas eu cette fois de mots assez doux pour J. K. Rowling, la créatrice du fameux sorcier à la baguette de houx. « Elle n’a rien fait de mal. Elle n’est pas transphobe”, a-t-il lancé au journaliste Christophe Ono-dit-Biot qui l’interrogeait sur sa quasi-jumelle britannique, boudée voire insultée de toutes parts depuis qu’elle a rappelé, voilà trois ans, la réalité biologique de la différence des sexes – autant dire un blasphème pour le lobby LGBT. « Je pense désormais que, dans cette société formatée, c’est même un honneur d’être cancellé », s’est même enhardi Ellis en signe de sympathie appuyée à Rowling. Sans tirer de conclusion hâtive, n’est-il pas inquiétant de voir toutes ces vedettes planétaires de l’édition résister si ostensiblement à l’avènement du progressisme radieux ?

Bret Easton Ellis. D.R

21 avril : à Bordeaux, Frédéric Beigbeder ne se prosterne pas devant les colleuses anti-suceuses

Bordeaux… Sa place des Quinconces. Son pont de pierre. Ses féministes radicales… Qui ont accédé en 2019 à une notoriété nationale quand elles ont carrément fait annuler, à force de menaces, un colloque universitaire de Sylviane Agacinski, philosophe devenue à leurs yeux une « délinquante de la pensée » depuis qu’elle a critiqué la GPA. En 2023, les revoilà à l’œuvre, cette fois-ci face à Frédéric Beigbeder, qui a eu le malheur de commettre au printemps un essai sur ses obsessions érotiques et son rapport au désir, Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé (Albin Michel). Un infâme ouvrage, pensez, puisque l’auteur ose s’y livrer à une scandaleuse « sexualisation des femmes », pour reprendre les termes d’une certaine Sarah, membre du collectif Collages féministes Bordeaux, qui résume ainsi son indignation au micro de France 3 Nouvelle-Aquitaine : « Il y a 94 000 femmes victimes de viol chaque année, ce n’est donc pas assez pour Frédéric Beigbeder ? » Le 20 avril, opération commando contre le vilain satyre basco-béarnais. Dans la nuit, le collectif recouvre d’affiches la devanture de la librairie Mollat, où l’auteur doit tenir conférence le lendemain : « Personne veut te sucer », « Beigbeder forceur », « Aie peur de nos envies meurtrières », peut-on lire. Pas de quoi toutefois intimider l’écrivain, qui se présente à l’heure dite au rendez-vous, certaines militantes ne manquant pas, alors, de venir lui hurler dessus dans la salle, le traitant d’« enfoiré » et lui lançant des doigts d’honneur. Quelque chose nous dit qu’elles ont perdu ce jour-là la bataille de l’opinion. Et que Beigbeder était un peu moins dépassé que son titre ne le suggère.

Frederic Beigbeder. Copyright Sipa

12 mai : Michel Vuillermoz tire à vue dans Le Figaro

Si seulement les gazettes culturelles nous offraient chaque jour des interviews comme celle-là ! En mai dernier, au moment de quitter la Comédie-Française après vingt ans de loyaux services, Michel Vuillermoz, dont on peut raisonnablement dire qu’il « a la carte », nous la joue Fabrice Luchini en se confiant longuement au journal de la liberté de blâmer et de l’éloge flatteur. Répondant à l’excellente critique dramatique Nathalie Simon, que l’on devine incrédule devant tant de franchise, l’inoubliable interprète de Cyrano de Bergerac – version Denis Podalydès – vide son sac, dit son amertume envers Éric Ruf (administrateur depuis dix ans de la maison de Molière), son allergie au « petit technocrate méprisant » Emmanuel Macron, et sa double détestation des Molières et d’Alexis Michalik. Sans oublier de déplorer « le wokisme, la réécriture des livres » et la « censure grandissante ». Suicide social en direct ? Simple excursion sur les terres d’indiscipline de Michel Houellebecq, Gérard Depardieu et Maïwenn ? L’avenir dira si le borderline réussit à Vuillermoz. En attendant, ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois qu’un acteur, descendu des planches, s’illustre ailleurs que dans la presse people ou la chronique judiciaire.

Michel Vuillermoz, Credit:LAMACHERE AURELIE/SIPA

16 mai : Johnny Depp ouvre le Festival de Cannes

Mais pourquoi diable les néoféministes s’acharnent-elles sur Johnny Depp ? Seraient-elles mauvaises perdantes ? Comme chacun sait, l’acteur américain a gagné l’an dernier son procès contre son ex-compagne Amber Heard, qui l’accusait de violences conjugales. Une décision sans appel puisque, moyennant la réduction à un million de dollars seulement des dommages et intérêts qui lui étaient réclamés par le tribunal, la jeune femme a renoncé à tout nouvelle action en justice. On pouvait donc estimer Depp définitivement blanchi et pleinement le bienvenu au Festival de Cannes, où son nouveau film, Jeanne du Barry, réalisé par Maïwenn, était programmé en séance d’ouverture. Mais c’était sans compter sur les dizaines de professionnels français de la profession, parmi lesquels Julie Gayet, Géraldine Nakache et Laure Calamy, qui signèrent le jour venu dans Libération une tribune pour protester contre « ce tapis rouge aux hommes et femmes qui agressent ». Sans doute parce qu’ils ont l’habitude de travailler avec les géants du métier, les organisateurs de la semaine cannoise ne se sont pas laissé impressionner par ce « #Metoo-j’existe » et ont tenu bon. Faisant ici honneur à l’un des droits de l’homme les plus sacrés qui nous soient donnés : celui d’apprécier une sympathique bluette, tournée dans de somptueux décors et avec de jolies actrices, un doux soir de printemps sur la Croisette.

Johnny Depp et Maïwenn. Copyright Sipa.

USA mode d’emploi

La Cour suprême des États-Unis a voté une décision des plus sensibles en vue des prochaines élections législatives…


Tandis que la presse française se jetait sur la récente décision de la Cour suprême des États-Unis donnant raison à une créatrice de sites web qui refusait d’en réaliser pour des couples de même sexe, elle était beaucoup plus discrète sur une autre décision de cette haute juridiction. Car mardi 27 juin, la Cour suprême a rejeté la forme la plus extrême d’une théorie juridique controversée selon laquelle les États, et non pas l’État fédéral, ont le pouvoir de décider des règles électorales. La décision dans l’affaire Moore v. Harper ferme la voie à ce qui aurait pu être une révision radicale des lois électorales. Quand on pense à ce qui s’est passé à Floride en 2000 (George Bush contre Al Gore) et plus récemment aux allégations de Trump concernant certains résultats des présidentielles de 2020, on mesure l’importance de ces pouvoirs. Par six voix contre trois, la Cour a rejeté la théorie dite de la « législature indépendante » avancée par les élus de l’État de Caroline du Nord, dominée par les Républicains.

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Le président de la Cour a déclaré que la Constitution des États-Unis ne mettait pas, comme le prétendaient les législateurs nord-caroliniens, leurs actions à l’abri d’un contrôle par les tribunaux. Au contraire, le pouvoir législatif des États est limité par la constitution fédérale, par celles des États et par les lois ordinaires des États. Ainsi, quand ils supervisent les dispositions électorales, les tribunaux des États « n’ont pas les coudées franches » pour dépasser « les limites ordinaires du contrôle judiciaire ». L’affaire portait sur un redécoupage électoral adopté par l’Assemblée générale de Caroline du Nord. La décision de la Cour suprême est un double revers pour les Républicains. D’abord parce qu’ils tentent souvent de changer les règles électorales pour rendre le vote plus difficile pour les plus pauvres, électorat traditionnel des Démocrates. Ensuite parce que l’électorat républicain, méfiant à l’égard du pouvoir fédéral, demande toujours plus de liberté pour les États. La décision de la Cour suprême, qui fait jurisprudence, fixe les limites de ce désir d’émancipation.

Une seule culture, celle du « quartier »

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Michel Aubouin © D.R

Ancien préfet et fin connaisseur des cités, Michel Aubouin explique l’embrasement des banlieues par la désocialisation de leur jeunesse. Mais il pointe aussi la responsabilité des politiques. Pour lui, la palme revient à Jean-Claude Gayssot, ministre du logement dans le gouvernement Jospin et auteur de la fameuse loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU).


Causeur. La haine de la France et de notre société paraît être le ferment des émeutes. Qu’en pensez-vous, vous qui venez de publier Le Défi d’être Français ?

Michel Auboin. La plus grande partie de ceux qui mettent le feu à la France se revendiquent d’une même culture, celle des quartiers. Une culture tribale, primitive où les habitants des quartiers se considèrent comme propriétaires de leur enclave de leur territoire et considèrent que c’est chez eux et non un bout de France. S’ils nourrissent un fort ressentiment et se vivent comme des victimes, les émeutiers sont souvent au degré zéro de la conscience politique. Ils attaquent pour montrer qu’ils sont forts, qu’ils sont les meilleurs, ils font des dégâts car c’est une preuve de dangerosité qui met en valeur leur virilité et leur permet d’obtenir la reconnaissance dans le quartier. Leur vision du monde est paradoxale : ils haïssent la police, alors que le meilleur prédateur du jeune de banlieue n’est pas le policier, mais l’autre jeune de banlieue. En effet, la violence est endémique dans certains quartiers, les jeunes s’entretuent dans des rixes, peuvent se donner la mort pour des raisons absurdes. Après, tout le monde pleure dans une sorte de scène de catharsis primitive, mais là personne ne réagit, ne s’indigne, ne cherche à trouver un sens à ce gâchis. En revanche, si c’est un policier qui est en cause, tout s’embrase et le problème devient national.

Comment l’expliquez-vous ?

Ce que l’on peut constater à travers les vidéos notamment, c’est la profonde désocialisation de ces jeunes, la pauvreté de leur langue et l’absence de conscience des conséquences de leurs actes. Ils sont très frustes et n’ont pas les moyens de donner un contenu à leurs actions, faute de vocabulaire et de capacité à conceptualiser. Si certains tiennent parfois des embryons de discours politiques, c’est parce que les seuls adultes avec lesquels ils sont en contact, et dont ils acceptent la légitimité, sont des militants qui portent le discours de la victimisation, du ressentiment, de l’oppression. Parmi les très jeunes, on a affaire à une génération de gamins dont beaucoup sont déscolarisés et très violents. La plupart ont été traumatisés par la période du Covid, qui leur a symboliquement montré qu’ils n’avaient de place nulle part, ni dehors ni dedans, car ils sont nombreux à appartenir à des familles dysfonctionnelles, violentes. Ils se sont sentis en dehors du monde.

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Comment reprendre la situation en main ?

D’abord il faut que les Français réinvestissent leur histoire. Non pas parce qu’elle serait particulièrement glorieuse, encore qu’elle comporte de belles pages, mais tout simplement parce que c’est la leur ! La France est une histoire de famille. C’est cette histoire qui nous a forgés et dont nous sommes les héritiers.

Trop de personnes pensent que l’histoire de l’Europe se résume à la colonisation, donc qu’on est des salauds. Mais ils ne connaissent même pas leur histoire ! Savent-ils qu’avant que la France colonise cette zone, l’Algérie n’existait pas ? Que la région était sous domination ottomane ? Que c’était une mosaïque de tribus berbères et arabes, un repaire de pirates où prospéraient des marchés d’esclaves ? Ce n’était pas un « État » et encore moins un pays « indépendant », mais une sorte de colonie ottomane.

Pour vous, le logement social est à l’origine de cette contre-culture des quartiers.

Tout à fait. En France, c’est une vision collectiviste du logement social qui a rendu possible l’appropriation des territoires. Ces logements sociaux appartiennent en général au secteur public, par le biais des sociétés d’HLM gérées par les élus locaux. La démultiplication des violences partout, et notamment dans les petites villes, est la conséquence de l’application de la loi SRU (loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain, portée par le ministre du Logement PC du gouvernement Jospin, Jean-Claude Gayssot). Il fallait du logement social partout et la loi a imposé des quotas dans des zones auparavant préservées. Du coup, des familles qui habitaient dans le Val-d’Oise ou dans l’Essonne ont déménagé un peu plus loin. Or, ce sont les mêmes sous-cultures, le même ressentiment, les mêmes logiques liées au trafic de drogue qui ont été ainsi « semées » dans tout le pays.

Comment casser cette « culture de quartier » ?

Il faut la casser en instituant un bail pour les bénéficiaires de logements HLM, comme n’importe quel locataire. En effet, les HLM ont vocation à n’être qu’un passage, une solution à durée limitée. À la fin du bail, on devrait faire un point, vérifier si les bénéficiaires relèvent toujours du secteur social, prendre en compte l’évolution de la composition de la famille et lui proposer un accompagnement pour la suite. Certaines données révèlent que parfois les personnes occupent le même logement sur deux ou trois générations ! Ce qui, par ailleurs, permet de faire construire la maison au pays en la finançant grâce au logement social et aux multiples aides et filets de sécurité que fournit la France à ses ressortissants comme aux étrangers… C’est immoral !

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Les plus pauvres n’ont pas accès au logement social et ceux qui y sont y restent, parfois pour de mauvaises raisons. Enfin, comme on accueille chaque année 250 à 270 000 personnes supplémentaires, notamment via le regroupement familial, et que l’on ne construit que 90 000 logements par an, on a mis en place toute une série de dispositifs (hébergement d’urgence, par exemple) qui favorisent la population immigrée. C’est comme cela que l’on a créé ces communautés dans ces quartiers que je ne qualifierai pas de ghettos, car dans les ghettos les gens sont pauvres. Or, dans les quartiers il existe des manifestations de richesse et de « flambe » que l’on ne voit pas dans les territoires périurbains.

Le défi d'être Français

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Qui a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune ?

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Daniele Obono et Mathilde Pano du groupe Les insoumis. 27 eme journee de greve pour le Journal du dimanche JDD. Daniele Obono et Mathilde Pano du groupe Les insoumis. 27 eme journee de greve pour le Journal du dimanche JDD. Daniele Obono et Mathilde Pano du groupe Les insoumis. 27 eme journee de greve pour le Journal du dimanche JDD. Paris, 19 juillet 2023. JEANNE ACCORSINI/SIPA 01120892_000006

Que révèlent les protestations contre l’arrivée de Geoffroy Lejeune à la tête du JDD ainsi que les griefs formulés par le Monde contre les médias du groupe Bolloré ? Tout simplement que ceux qui prétendent défendre le pluralisme de la presse n’y croient pas du tout, puisqu’ils refusent toute opinion un tant soit peu conservatrice. Le billet de Philippe Bilger.


La rédaction du JDD a mis fin à sa grève historique de 40 jours. Le journal pourrait paraître dans les kiosques, au plus tôt, le dimanche 13 août (Le Figaro). À l’évidence cette issue – on a l’impression qu’elle ne réjouit pas tout le monde et qu’au nom d’une politique du pire on aurait souhaité la continuation de la crise – n’a pas mis fin aux aigreurs et aux fantasmes des donneurs de leçons médiatiques. Au premier rang desquels le quotidien Le Monde qui croit nous apprendre quelque chose avec cet éditorial : « Une presse d’opinion ne peut s’affranchir de tout principe ».

Je pourrais me contenter de cette interrogation : de quoi se mêle-t-il donc ? J’admets que ce serait un peu court.

Il me semble que l’argumentation serait déjà un peu plus dense en questionnant la légitimité de ce quotidien à se poser en surplomb et à s’offrir comme exemple de ce que devrait être, selon ses vœux, une presse d’opinion digne de ce nom. Sur ce plan, même si je ne peux me passer de sa lecture tout en ayant régulièrement le sentiment, et pas seulement sur les sujets régaliens, qu’une partialité élégante y domine (avec notamment une surabondance de tribunes libres de même acabit), il est clair que cette prétention est injustifiée.

En effet la tonalité générale du Monde n’est pas de nature à susciter l’enthousiasme de ceux qui aspirent à une presse vraiment libre et pluraliste, dégagée du progressisme chic de gauche, de l’indulgence pour l’extrême gauche et du courroux exclusif à l’encontre de ce qui est qualifié d’extrême droite, avec une information trop souvent biaisée par le désir de voir le réel tel qu’on le rêverait.

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Cette obsession aussi de considérer que Geoffroy Lejeune, parce qu’il a été rédacteur en chef de Valeurs actuelles avec des sympathies politiques clairement affichées, serait, par une sorte de mimétisme pervers, forcément le même à la tête du JDD sans tenir compte du passé de ce dernier (pas de quoi se vanter non plus avec son macronisme et ses plaidoiries constantes en faveur de Nicolas Sarkozy empêtré dans le judiciaire !), de son lectorat et de la faculté d’adaptation de celui qui ne serait pas assez sot pour oublier de mesurer les effets de cette grève de 40 jours et le poids des attentes sur sa future pratique de direction. Geoffroy Lejeune, à supposer qu’il ait mérité le regard hystériquement critique sur lui hier, ne sera évidemment pas le même demain.

Mais le pire, dans cet éditorial du Monde, est ailleurs, dans cette sinistrose complaisamment développée et d’autant plus scandaleuse qu’elle est non seulement répétitive mais aberrante et mensongère.

D’abord je ne vois pas en quoi la démarche, qui plongerait « dans l’incertain une institution comme le JDD »… serait « autrement inquiétante ». Comme si cette publication était investie d’une essence sacrée et que Geoffroy Lejeune, avec son équipe de journalistes, allait forcément briser une mythologie. C’est surestimer le JDD d’hier et sous-estimer par avance celui de demain.

Ensuite je ne suis pas davantage convaincu par le poncif politique partisan, au sujet de CNews et d’Europe 1, qui voudrait, que « sous le contrôle du groupe bâti par Vincent Bolloré, la pluralité d’opinions dans la presse française aura encore reculé ». C’est exactement l’inverse. Le pluralisme, auquel tient tellement le Monde – mais le sien singulièrement rétréci à sa vision orientée de la France et du monde – sera au contraire rendu plus effectif puisque viendra s’ajouter à la représentation médiatique classique, globalement progressiste, une perception conservatrice sur les sujets de société comme sur d’autres. Derrière la fronde des médias traditionnels, il est manifeste que s’exprime la volonté d’une « chasse gardée » et le refus d’une intrusion pourtant bénéfique à la presse d’opinion et à la démocratie.

Comment cet éditorial ose-t-il, enfin, feindre l’inquiétude, avec une totale mauvaise foi, en se demandant : « Qu’en attendre en matière de respect des faits, régulièrement malmenés sur plusieurs chaînes de ce même groupe, ou de journalisme d’investigation, puisqu’il y est manifestement considéré comme une hérésie ? » ?

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Tant au regard de mon expérience personnelle que de l’ensemble des émissions auxquelles il est fait implicitement référence, j’affirme que le procès intenté à CNews comme à Europe 1, par une vision de l’information non pas meilleure que la leur mais désireuse d’être unique, n’a pas la moindre once de crédibilité, et pas davantage à force d’être ressassé…

Je ne me fais aucune illusion. Personne n’a le droit de jeter la première pierre à Geoffroy Lejeune mais peu importe. Que le JDD sorte brillamment ou non de ces quarante jours, il aura des adversaires compulsifs.

Mais que ceux-ci ne couvrent pas leur totalitarisme du voile d’un prétendu pluralisme.

Puisqu’ils ne supportent que le leur.

Bienvenue au Maroc, dans un film de SF mystique

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Animalia de Sofia Alaoui (2023) ©AD VITAM

Animalia, le premier long-métrage de la cinéaste franco-marocaine, Sofia Alaoui, a l’ambition de traiter de la plupart des problèmes sociaux du royaume chérifien à travers une obscure histoire apocalyptique. Mais le caractère ésotérique de l’intrigue prive le film de tout effet dramatique et compromet sa dimension sociale. Sortie en salles le 9 août.


L’orientalisme, en déco, a ses lois que le bon goût ne connaît pas. D’une opulence kitsch déconcertante de hideur, la maison du gouverneur offre ses intérieurs rutilants et surchargés à l’objectif : voilà pour les scènes d’exposition d’Animalia. Amplification d’un court métrage déjà primé au festival Sundance, Animalia est le long-métrage de fiction inaugural de Sofia Alaoui, née en 1990, fille de diplomate très bien élevée qui partage sa vie entre Paris, Pékin et Casablanca. Autant dire que cette enfant gâtée d’un cinéma résolument cosmopolite connait du dedans ce milieu des ultra-nantis du royaume chérifien et d’ailleurs. Au départ, Animalia avait d’ailleurs pour titre Parmi nous. L’édition 2023 du Sundance a, cette fois, gratifié cet ovni d’un Prix spécial. Pourquoi pas ?

Le tour du propriétaire se poursuit dans le luxe tape à l’œil de la cuisine, de l’immense salle de bains puis de la voluptueuse chambre à coucher d’Amine (Mehdi Dehbi), le photogénique rejeton du caïd. Itto (Ounaima Barid) la jeune épouse enceinte jusqu’aux dents (dont on comprendra qu’elle est issue du peuple), a manifestement du mal à s’adapter à un tel clinquant. Là-dessus, une sourde menace extraterrestre met semble-t-il le pays en émoi, les chiens errants envahissent les rues, la faune volatile s’hystérise, tandis que l’armée déploie ses avions, ses chars et ses hélicos tous azimuts. Le réseau lui-même a des sautes d’humeur. Le mari sur les dents restant bloqué pour affaires à Khourigba, au sud de Casablanca, Itto, qui a adopté entre temps un vigoureux berger allemand tirant sur sa laisse, tente de le rejoindre à bord d’une moto triporteur, d’abord conduite par un gars du cru qui la rançonne avant de la laisser choir au bord de la route, puis par Fouad (Fouad Ouhaou) bel et secourable hôtelier plein de droiture. Périple hasardeux au terme duquel, abandonnant le généreux Fouad à son sort, Itto finit par retrouver Amine et les siens, au milieu du chaos régnant. Une bande-son lancinante et répétitive accompagne cette odyssée.

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A la télévision, les actualités témoignent du vent de panique qui se répand sur tous les continents. Au Maroc, le peuple tout entier s’en remet bientôt à Allah, d’où une longue séquence de prière où, les deux sexes séparés comme il se doit (Itto provoque d’ailleurs un scandale en se mêlant aux hommes pour rejoindre son mari), la foule des croyants accroupis se presse en prière dans la mosquée bondée. Quelques échanges nous le suggèrent, toujours de façon aussi énigmatique : « Il y a des forces qui prennent le contrôle. Car tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Un prêche assez abscons précise en voix off : « Et si un jour tu me demandes qui Il est, je te dirais qu’Il n’est rien comme Il est tout. Qui se connaît soi-même connaît la vérité de tout. Tout était pourtant là mais on ne voulait pas le voir […] Et si je dois te faire connaître la vérité des choses, tu verras par toi-même que ce qui n’est pas relié n’a aucune existence sur Terre ou ailleurs ». Quoiqu’il en soit, Itto accouche de son bébé – extraterrestre ? Au final, le titre « PARMI NOUS » s’imprime, en lettres capitales, dans le scintillement d’un ciel étoilé. Générique de fin.

Houlala, que voilà du sérieux ! Si l’on a plus ou moins compris l’intention de Sofia Alaoui – illustrer l’abîme existant, au Maroc, entre riches et pauvres ; montrer la prégnance du religieux sur les esprits ; évoquer le hiatus entre le français, langue usuelle prisée de la haute société, l’arabe qui est le parler indigène, et le berbère, idiome opprimé ; pointer en bref tous les clivages d’un pays durement contrasté – il reste que l’évanescence de cette menace extraterrestre, le caractère sibyllin de l’argument fantastique, le manteau métaphysique qui enveloppe une intrigue noyée dans l’abstraction privent la dramaturgie de tout ressort tant soit peu palpitant. On est tenté de juger passablement prétentieux le nappage mystico-transcendantal qui sert de liant métaphysique à cet onirisme SF sacrément désincarné.

Animalia. Film de Sofia Alaoui. Maroc, France. En salles le 9 août 2023.

Appel des intellectuels en faveur des bouquinistes de Paris lors des Jeux olympiques de 2024

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Paris bouqinistes quai de Seine, 02/04/2021 Philippe Dannic/SIPA 01012917_000012

La préfecture de police de Paris a signalé aux bouquinistes des quais de Seine se trouvant dans le périmètre de protection lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de 2024 qu’ils devront retirer leurs boîtes « pour des raisons évidentes de sécurité ». Cinquante personalités des mondes universitaire, littéraire et artistique ont signé cet appel qui conteste la nécessité et le bien-fondé de cette décision.


« Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude » : cette réflexion de l’un des plus grands écrivains français du XXe siècle, Albert Camus, prix Nobel de littérature, n’a manifestement pas été assez prise en considération, ni méditée à sa juste valeur, par ceux qui, peu enclins à chérir, sinon à respecter, leur patrimoine culturel en ce qu’il a de plus historique, riche et populaire, gèrent aujourd’hui, en 2023, la ville de Paris !

Une funeste décision

Car comment comprendre cette funeste décision, de la part de l’administration de la Ville-Lumière (préfecture et mairie conjointes), selon laquelle les célèbres et anciens (leur existence a plus de 450 ans) bouquinistes des quais de Seine – la plus vaste librairie à ciel ouvert du monde et l’une des plus romantiques promenades parisiennes, inscrite au patrimoine culturel de l’humanité – devraient être expulsés et leurs fragiles boîtes démantelées (600 sur 950), pour de prétendues raisons de sécurité face à la menace terroriste ou la violence urbaine, lors des Jeux Olympiques de 2024 ?

Un symbole culturellement et moralement scandaleux

Le symbole, lorsque la culture est à ce point méprisée, et l’irremplaçable richesse des livres sacrifiée sur le très vénal autel du sport business, bien plus encore que d’un hypothétique « périmètre de sécurité », est choquant : scandaleux à l’aune de cette ville littéraire par excellence, sur sa rive gauche en particulier, de Notre-Dame à l’Académie Française, qu’est Paris !

Le risque de la faillite économique

C’est aussi tout un pan de la vie économique, par-delà la remise en question de ce que l’on croyait être doté d’un inviolable statut culturel, qui, avec la disparition programmée de ces antiques mais magnifiques boîtes à livres – disparition théoriquement provisoire : le temps de ces JO – qui risque ainsi de s’avérer dramatique, en pleine saison touristique, pour ces modestes bouquinistes, soudain privés ainsi, sans indemnités et jusqu’à une potentielle faillite économique, d’une importante part de leurs nécessaires revenus financiers pour simplement survivre.

#SaccageParis  

Bref, et pour clore ce plaidoyer en faveur des bouquinistes de Paris, mais aussi, plus généralement, de la culture en ce qu’elle a de plus noble sur le plan éducatif, de plus élevé sur le plan moral et de plus précieux sur le plan historique : c’est l’inlassable et triste saccage de l’une des plus belles villes du monde – une destruction affreusement méthodique dans son obtuse permanence – qui continue ainsi, comme en des sortes d’hypocrites, lâches et quotidiens autodafés, son insidieuse, basse et coupable besogne !

Le sport et l’olympisme contre la culture

La loi olympique d’exception, votée afin de permettre d’exécuter ce qui est impossible en temps normal, est l’une des armes favorites de tous les affairistes désirant s’approprier l’espace public. La démocratie se retire alors, et la culture ensuite, quels que soient la ville et le pays d’accueil du barnum olympique, se voit promptement attaquée. Car l’intelligence des arts, qu’ils soient littéraires ou non, s’oppose au spectacle de l’industrialisation des corps sportifs qui ne visent que le rendement. L’histoire olympique en est émaillée de terribles exemples.

La statue de Voltaire déboulonnée

Il est vrai, pour couronner cette médiocre mais dangereuse entreprise de dégradation de l’intelligence, sinon de l’âme de toute une ville, que la Mairie de Paris a même été, il n’y a guère si longtemps, jusqu’à faire déboulonner, au prétexte de mieux la sauvegarder ainsi de possibles vandales, mais au mépris surtout de l’un de ses plus grands hommes de lettres et d’esprit, la statue, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, de l’insigne Voltaire, pourtant hôte immortel, à travers « la patrie reconnaissante », du Panthéon. Le paradoxe fut là, en cette autre tragique circonstance, à son incompréhensible comble : abattu à Saint-Germain-des-Prés alors même qu’il trône au Panthéon !

A lire aussi: Des nouvelles de Voltaire…

Les lumières de Paris contre l’obscurité de la tyrannie

Morale, sous forme d’interrogation, de cette mauvaise histoire : combien de temps encore la France, réputée patrie des Droits de l’Homme et berceau des Lumières, bradera-t-elle aussi honteusement son inaliénable et bel esprit de liberté, sans lequel il n’est point de démocratie qui vaille, contre les infâmes et périlleux défis – le terrorisme international et la violence urbaine – de la tyrannie la plus obscurantiste, sinon criminelle ?

De Camus à La Boétie : discours critique sur la servitude volontaire 

Ne pas répondre, de toute urgence, à cette question critique, de manière sérieuse, constituerait, non seulement une insulte à la vigilante mise en garde d’Albert Camus, mais, de manière plus grave encore, symptomatique des veules abdications et autres pusillanimes renoncements de notre irrationnelle époque, un dangereux, voire complice, préalable à ce fameux Discours de la servitude volontaire tel que cet immense et docte esprit de la plus haute Renaissance que fut La Boétie l’énonça au faite de son humanisme le plus éclairé. 

A lire aussi: Marseille vit très mal l’approche des Jeux Olympiques

Un appel solennel aux autorités compétentes : ne touchez pas aux bouquinistes ni à leurs livres !    

Ainsi, nous, signataires du présent et solennel appel, demandons aux autorités compétentes, qu’elles soient administratives ou policières, de laisser les bouquinistes de Paris libres de pouvoir vendre leurs livres, à leur traditionnel et séculaire emplacement, sans qu’ils aient à déménager de ces lieux aussi prestigieux qu’historiques, durant toute la période de ces JO de 2024, comme pendant tout le reste de l’année.

C’est là un enjeu, l’un des plus nobles et sacrés qui soient, de civilisation face à la barbarie montante en ces temps troublés, y compris sur le plan politico-idéologique, par une croissante, inquiétante et parfois agressive, inculture !

SIGNATAIRES :

Daniel Salvatore Schiffer : philosophe, écrivain, directeur des ouvrages collectifs Penser Salman Rushdie et Repenser le rôle de l’intellectuel

Laurent Alexandre : docteur, auteur de La guerre des intelligences à l’heure de ChatGPT

Marc Alpozzo : philosophe

Dominique Baqué : philosophe, critique d’art

Stéphane Barsacq : écrivain

Véronique Bergen : philosophe, écrivaine

Marie-Jo Bonnet : historienne, écrivaine

Erick Bonnier : éditeur

Jeannette Bougrab : essayiste, ancienne secrétaire d’Etat à la Jeunesse et à la Vie associative

Jean-Marie Brohm : sociologue, professeur émérite des Universités

Pascal Bruckner : philosophe

Belinda Cannone : écrivaine

Hassen Chalghoumi : président de la conférence des imams de France

Sophie Chauveau : essayiste, écrivaine

Nadine Dewit : artiste-peintre, photographe

Jean-Philippe Domecq : romancier, essayiste

Emmanuel Dupuy : président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe

Luc Ferry : philosophe, ancien ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse

Danièle Fonck : journaliste

Renée Fregosi : philosophe, politologue

Elsa Godart : philosophe, psychanalyste

Christian Godin : philosophe

Dominique Jamet : écrivain, journaliste

Alexandre Jardin : écrivain

François Kasbi : écrivain, journaliste, critique littéraire

Arno Klarsfeld : avocat

Michel Maffesoli : sociologue, professeur émérite à La Sorbonne

Edgar Morin : sociologue, philosophe

Bruno Moysan : musicologue

Véronique Nahoum-Grappe : anthropologue

Eric Naulleau : écrivain

Fabien Ollier : directeur de la revue Quel Sport ? et des éditions QS

Mona Ozouf : philosophe, historienne

Michelle Perrot : historienne

Christiane Rancé : écrivaine

Robert Redeker : philosophe

Jean-Marie Rouart : écrivain, membre de l’Académie française

Elisabeth Roudinesco : philosophe, historienne

Stéphane Rozès : essayiste, politologue

Emmanuel Rubin : journaliste, rédacteur en chef du magazine « Gestes »

Frédéric Schiffter : écrivain

Jacques Sojcher : philosophe

Annie Sugier : présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (association créée par Simone de Beauvoir)

Pierre-André Taguieff : philosophe, historien des idées, directeur de recherche au CNRS

Patrick Vassort : sociologue, directeur de la revue Illusio

Alain Vircondelet : écrivain, universitaire

Olivier Weber : écrivain, grand reporter, ancien Ambassadeur de France

Elisabeth Weissman : essayiste, journaliste

Jean-Claude Zylberstein : avocat, éditeur, écrivain

Repenser le rôle de l'intellectuel

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Ces artistes qui disent merde au wokisme

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Eric Naulleau, Emmanuelle Seigner, Michel Fau, Maïwenn et Johnny Depp, Bret Easton Ellis, Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg © Montage Sipa.

Certains échappent encore aux patrouilles épuratrices malgré leurs positions assumées, et c’est tant mieux.


C’est une loi naturelle. L’artiste est de gauche et doit régulièrement le prouver. Les feignants pétitionnent – contre le réchauffement climatique, les violences policières ou le patriarcat sans oublier le must du genre, l’appel contre l’extrême droite –, les plus exaltés ou exhibitionnistes nous infligent, pour toutes les grandes occasions (Césars, Cannes, Molières) de douteuses performances à base d’audaces de cour d’école, nudité et pipi-caca. En effet, cette injonction concerne surtout les milieux du spectacle et du cinéma, où on a besoin de financements, notamment publics. Écrivains ou peintres peuvent encore se dispenser d’aller tous les dimanches à la messe progressiste et professer des idées inconvenantes – surtout s’ils vendent. Encore que les dernières déconvenues de Michel Houellebecq suggèrent que même les esprits les mieux trempés peuvent se lasser d’être les têtes de Turc des salons où on arbitre les élégances.

Il n’est pas question ici du gauchisme culturel, fond de sauce idéologique de l’époque, mais de son sous-produit qu’on appellera le gauchisme cultureux, phénomène transnational au demeurant[1]. À Hollywood, Cannes ou Venise, le gratin des paillettes et du glamour est solidaire des opprimés. En France, terre d’élection de l’« exception culturelle » et de l’intermittence, ses adeptes se reconnaissent à ce qu’ils ont en même temps la main tendue et le poing levé.

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On s’est habitués à cette injustice institutionnalisée : pendant que certains engrangent les premiers prix de morale, des auteurs, des metteurs en scène, des comédiens sont privés de financements ou de rôles parce qu’ils pensent mal et parlent trop. Beaucoup ont échappé à la patrouille en gardant leurs opinions pour eux. Certains ont même fait carrière bien qu’ouvertement – et scandaleusement – de droite.

La déferlante #MeToo et la mutation du progressisme en wokisme ont entraîné une extension continue du domaine de l’interdit et un durcissement des peines qui vont jusqu’à la mort sociale et professionnelle. Ce fanatisme révolutionnaire est-il allé trop loin dans l’ardeur épuratrice ? Toujours est-il que, des deux côtés de l’Atlantique, des artistes se rebiffent, à l’instar de J. K. Rowling qui refuse toujours d’abjurer sa conviction qu’il y a des hommes et des femmes. En France, comme le montre le tour d’horizon établi par Jean-Baptiste Roques, des grands noms du cinéma et du théâtre bravent les interdits sans subir les foudres des prêchi-prêcheurs. Il serait exagérément optimiste d’en conclure que le reflux du wokisme a commencé. Mais on peut dire ceci aux jeunes gens qui veulent percer dans le show-business : si ça vous chante, couchez pour réussir, mais rien ne vous oblige à vous coucher.


[1]. On peut voir sur Twitter une photo de Richard Gere posant sur un bateau avec les migrants dont il finance le transit vers l’Europe.

Peut-il y avoir un consentement de l’enfant à un acte sexuel avec un autre enfant ?

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© D.R / Unsplash

Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé, à la fin du mois de juin 2023, que l’éducation à la sexualité va désormais faire partie des programmes d’instruction dispensée au même titre que n’importe quelle matière scolaire[1]. Interview avec la psychologue Ariane Bilheran.


Cette annonce est l’occasion de s’attarder sur le fait que l’éducation sexuelle dispensée auprès des jeunes, tout en donnant les informations pour éviter les MST et les grossesses non désirées, promeut l’activité sexuelle [« tu as le droit de faire l’amour à l’âge que tu veux »[2]], du moment que « tous les protagonistes sont d’accord », autrement dit dès lors qu’ils sont « consentants ». Cette notion de consentement est aujourd’hui le prisme de référence de l’éducation à la sexualité dans la sphère scolaire[3].

En droit, l’incapacité d’un enfant de moins de 15 ans à donner quelque consentement que ce soit à un acte sexuel avec un adulte, a été reconnue par la loi[4]. En revanche, lorsqu’il s’agit d’actes commis par des mineurs entre eux, la qualification des actes dépend toujours du fait de savoir si l’acte a été « consenti » ou non.

Les parents, les éducateurs, les juristes sont bien embarrassés : l’enfant, puis l’adolescent, ont-ils vraiment l’aptitude à donner un consentement en connaissance de cause à des actes sexuels, y compris entre eux ? Les préjudices physiques et psychologiques résultant de tels actes, reconnus dans un cadre judiciaire chez les enfants ou adolescents, ne révèlent-ils pas la nécessité de tenir compte du fait que l’enfance n’est pas le temps de la sexualité, et de prendre les enfants pour ce qu’ils sont, des enfants, et non de petits adultes ?

Nous en parlons avec Ariane Bilheran, normalienne (Ulm), philosophe, psychologue clinicienne, docteur en psychopathologie, auteur de nombreux ouvrages dont Psychopathologie de la pédophilie (Dunod, 2013, 2ème éd. 2019) et L’Imposture des droits sexuels paru en 2017, qui en est aujourd’hui à sa 5ème édition.

Causeur. Quelles sont les capacités requises pour pouvoir donner un consentement, en général, et en matière sexuelle en particulier ?

Ariane Bilheran. La notion de consentement ne peut être dissociée de différents critères : maturité intellectuelle (aptitudes à se représenter et à comprendre), maturité émotionnelle (aptitude à une sécurité intérieure suffisante, à l’altérité), maturité physique/biologique. Le consentement suppose la conscience des actes et de leurs conséquences, et cette conscience ne peut pas s’acquérir sur la simple délivrance d’une « information ». Il faut encore que le psychisme soit capable de traiter cette information. Par exemple, un enfant avant la puberté n’est pas du tout capable de comprendre des informations concernant la sexualité des adultes : ces informations sont même de nature à faire effraction dans sa vie psychique et dans la construction de son imaginaire (garantie du développement de la sécurité intérieure), en clair, de nature à le traumatiser psychiquement.

Ce n’est qu’à partir d’une conscience pleine et entière de ses actes, que l’on peut en assumer une responsabilité. La conscience et la responsabilité des actes relèvent d’un psychisme ayant acquis une maturité adulte, c’est-à-dire la capacité de faire des choix éclairés, à partir d’une liberté de pensée suffisante.

Le consentement suppose la possibilité de refuser sans conséquence, et exclut toute manipulation déguisée, sinon il est contraint (la contrainte peut être même dissimulée, par exemple : faire un acte pour plaire au groupe, ne pas en être exclu, etc.).

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De plus, le consentement ne peut être valide lorsqu’une autorité exerce un pouvoir (symbolique et/ou réel et/ou imaginaire, jusqu’à l’emprise) de nature à influencer ce consentement. Il ne peut pas non plus être valide dans des cas de vulnérabilité et d’absence d’autonomie : c’est bien là que l’enfant ne saurait jamais être consentant. Par définition, un enfant n’a pas de consentement, puisqu’il n’a pas terminé son développement psychique. Il n’a pas acquis les prérequis permettant d’exercer un discernement. Par sa nature propre d’enfant, il n’est pas autonome, et a besoin d’être protégé par des adultes. Le Droit pénal a toujours, dans le passé, distingué la nature d’enfant de celle de l’adulte : l’absence de conscience et donc d’autonomie chez l’enfant implique sa protection, et n’entraîne pas le même équilibre de droits et de devoirs qu’engendre le statut d’adulte, lequel a terminé son développement psycho-affectif et intellectuel.

Il n’existe pas non plus de consentement supposé sur des pratiques dont on sait qu’elles sont dommageables : le simple fait qu’elles soient dommageables annule le consentement. D’ailleurs, si l’on a acquis suffisamment de discernement, il est peu probable que l’individu choisisse des actes créant un dommage contre lui-même.

Enfin, j’ai envie de rappeler que pour émettre un consentement, il faut aussi des prérequis, comme des outils langagiers, la capacité de verbaliser, permettant d’accéder à des représentations mentales (capacité d’expression suffisante), une aptitude à raisonner.

En somme, la capacité juridique à consentir doit s’appuyer sur l’achèvement de la maturation du développement psychique. Ainsi, les enfants, les personnes déficientes mentales, les individus présentant de graves troubles psychiques, ou encore, sous l’influence de drogue, d’alcool et de psychotropes, ou en situation de vulnérabilité (traumatismes graves, manipulation, harcèlement, etc.) ne sont pas en situation de consentir à quoi que ce soit.

Cette capacité pour les adultes doit donc s’apprécier au cas par cas.

Pour les enfants, il n’y a pas de consentement.

En matière de sexualité, la question du discernement est encore plus cruciale, car la sexualité relève du domaine de l’intime, et par conséquent, est le lieu des traumatismes psychiques les plus lourds, en particulier sur des psychismes en développement et/ou vulnérables, surtout lorsqu’ils sont pris dans des situations d’abus d’autorité, de menaces, de pressions, d’extorsions, de promesses, de chantage, de prosélytisme, etc. La protection pénale de l’intégrité des individus n’est pas négociable.

Pour récapituler, trois critères sont conjointement indispensables à l’obtention d’un consentement : le consentement doit être libre (et ne doit donc subir aucune forme de contrainte même déguisée), éclairé (la personne doit avoir reçu l’information suffisante et être en capacité psychique de la traiter), et l’individu doit être un sujet apte sur le plan psychologique et juridique, donc avoir achevé son développement psychique.

On admet assez facilement que l’enfant ne puisse donner un consentement à un acte avec un adulte. Est-il en revanche possible de parler de consentement des enfants, ou des adolescents, entre eux ?

En vertu de ce que je viens d’expliquer, les enfants ne peuvent pas avoir de consentement en matière de sexualité. Pour les adolescents, il faut juger au cas par cas, selon le niveau de maturité psychique, émotionnelle et intellectuelle, qui détermine un niveau de conscience, et selon la situation (égalitaire ou non, possible détournement par situation d’emprise ou exercice d’une autorité symbolique et/ou réelle, etc.). Chez l’adolescent, le consentement ne peut donc être toujours que partiel.

On a fixé de principe un âge de majorité sexuelle, supposé permettre de délimiter un consentement plus majoritaire que minoritaire, mais il ne saurait jamais être total, et suppose une relation égalitaire, au même niveau de maturation psychique, pour être valable (écarter toute forme de pression, consciente ou non, de conflit de loyauté, d’emprise ou d’autorité exercée sur le sujet de manière par principe inégalitaire).

Vous dites que l’enfant n’a pas de sexualité. Que voulez-vous dire par là ?

La psychologie du développement indique bien que l’enfant n’a pas de sexualité, et encore moins, de sexualité à la manière des adultes. Il ne faut pas confondre la sensorialité, que cherche précisément à développer l’enfant pour s’inscrire dans la finitude de son propre corps, y trouver une sécurité émotionnelle, et pour assimiler le monde qui l’entoure, avec une sensualité, ou encore, une quelconque sexualité. Lorsque l’enfant explore son corps, il ne l’explore pas pour « se masturber » par exemple, mais il explore ses organes génitaux comme il explore ses oreilles, les parties chatouilleuses, etc. Il n’y a pas de connotation sexuelle. À tel point qu’un enfant qui présenterait des signes de sexualisation précoce est toujours l’indicateur, pour des expertises psychologiques en milieu judiciaire, d’un problème. Car un enfant transgressé devient sexualisé, et peut développer des traits que l’on retrouve chez des adultes pervers, puisqu’il ne fait que répondre à des demandes d’adultes pédophiles qui l’ont initié à cette sexualité. Nous avons développé ce point avec ma collègue Amandine Lafargue dans notre livre Psychopathologie de la pédophilie, paru en 2013 chez Dunod, et qui en est à sa deuxième édition. Le Dr Régis Brunod, pédiatre et pédopsychiatre, explique bien les confusions idéologiques actuelles dans son livre Préserver l’innocence des enfants, paru aux éditions Le Bien Commun.

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Le développement psychique de l’enfant est un long processus qui permet de construire des interdits fondamentaux, qui seront garants de son insertion dans une civilisation régie par des lois et des principes moraux. Ces principes moraux ne sont pas négociables, ils sont la jonction de toute société humaine comme nous l’a définie l’anthropologie de Claude Lévi-Strauss, de Maurice Godelier ou d’André Leroi-Gourhan : interdits du meurtre et de l’inceste, notamment. Tout le rôle de l’éducation est de conduire l’enfant à déployer un équilibre psychique entre le principe de plaisir (ses désirs, ses envies, etc.), et le principe de réalité (les conditions de faisabilité et de réalisation de ces désirs, voire d’interdit : si tu as envie de voler le jouet du copain, tu ne le feras pas).

Si l’enfant n’a pas de sexualité, qu’en est-il de l’adolescent ? On imagine que la puberté est un seuil clé en matière de sexualité, mais un enfant pubère est-il de ce fait capable de « consentir » ?

La pulsion sexuelle émerge avec les hormones et la puberté. Mais l’émergence de la puberté sur un plan biologique ne signifie pour autant pas que l’adolescent ait achevé sa maturité émotionnelle, intellectuelle et psychique, ni qu’il soit pleinement conscient de tous ses actes. Théoriquement, la conscience et le sens de la responsabilité des actes (et donc, le consentement) augmenteront à mesure que l’adolescent s’approchera de l’âge adulte ; cette maturation s’achève en moyenne entre 18 et 25 ans, selon les individus. Certains ne « grandissent » jamais suffisamment, comme des profils qui se structurent par exemple sur un mode pervers ou paranoïaque.

Les jeunes sont parfois blessés par des actes sexuels (avec d’autres jeunes) auxquels ils ont pourtant donné leur accord. Comment analysez-vous cela ?

Il faut examiner dans quelles conditions a été obtenu ce supposé « accord » à être blessé. On sait que les adolescents sont très sensibles à la socialisation, à l’acceptation au sein d’un groupe. Ils sont aussi très vulnérables au regard qu’autrui porte sur eux, et peuvent aisément être influencés pour ne pas être isolés du groupe, ou harcelés par lui. Ce sont des techniques d’influence dans des groupes que j’ai appelés « régressés », qui fonctionnent avec des pratiques harceleuses, et les adultes doivent avoir un regard très vigilant sur ce qui se passe entre adolescents dans des concours morbides ou mortifères parfois extrêmement dangereux et préjudiciables à leur santé psychique et physique.

L’éducation sexuelle dispensée auprès des jeunes promeut la liberté sexuelle, du moment que « tous les protagonistes sont d’accord ». Dès lors que cet « accord », autrement dit ce consentement, est illusoire chez les enfants, faut-il donc inverser le discours éducatif et recommander aux jeunes de ne pas avoir d’activité sexuelle ?

La sexualité n’est pas un acte banal. Elle engage la totalité de l’être, dans sa dimension la plus intime. C’est, précisément, parce que c’est le lieu de l’intime, de la plus grande libération intérieure comme de la plus grande souillure traumatique, qu’il convient de se respecter et de ne pas faire n’importe quoi. « Sexe sans conscience n’est que ruine de l’âme » pourrais-je dire, en paraphrasant Rabelais.

La sexualité est traumatique en deçà de la puberté, comme j’ai pu l’expliquer du point de vue du développement psychique de l’enfant, puisque ce dernier n’a pas les aptitudes d’y faire face. Ceci n’est pas nouveau, nous avons de nombreux travaux en psychologie classique, et notamment en psychologie du développement, sur le sujet.

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Pour avoir une sexualité épanouie à l’âge adulte, il faut ne pas avoir brûlé les étapes du développement sensoriel dans l’enfance, avoir construit un imaginaire, une sécurité affective, des représentations, une tendresse suffisants pour devenir apte à cette sexualité complète, amoureuse, érotique et épanouie, loin de la sexualité mécanique, marchande et pornographique que nous vendent certains « programmes » de cette « éducation à la sexualité », où la sexualité est réduite à quelques positions et des bouchages de trous.

Concernant cette incitation à une sexualité sans conscience, tous azimuts, il est important de ne pas confondre une liberté de choisir une relation épanouissante et amoureuse, qui donnera accès à une sexualité heureuse, profonde et érotique, avec coucher sans conscience avec le premier/la première venue, ce qui engendrera des traumatismes qui grèveront parfois définitivement l’accès à une sexualité heureuse.

Quelles pistes pourriez-vous suggérer aux éducateurs, ou aux juristes, pour préserver les enfants comme les adolescents des violences sexuelles qu’ils s’infligent entre eux ?

En quelques mots : apprentissage de la pudeur, de l’intégrité, de l’intimité, des interdits (ex. : on n’a pas le droit de te toucher ni de te montrer des photographies/des vidéos, sans l’accord de tes parents), prodiguer des conseils de bon sens (ex. : si tu sens quelque chose de bizarre, tu sors de la situation, tu cries, tu viens chercher tel adulte de référence, etc.). Je recommande aussi aux parents d’avoir une observation fine et d’exercer une surveillance appropriée des enfants et des adolescents. Enfin, il faut l’interdiction de l’accès aux écrans seuls pour les enfants, et être très vigilants concernant le temps et l’accès aux écrans pour les adolescents.

L'imposture des droits sexuels

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[1] https://www.education.gouv.fr/education-la-sexualite-le-ministre-de-l-education-nationale-et-de-la-jeunesse-pap-ndiaye-annonce-l-378596

[2] https://www.onsexprime.fr/vos-questions/les-premieres-fois#1231

[3] Voir par exemple la page « consentement » sur le site https://www.onsexprime.fr/la-sexualite/ok-ou-pas-ok/ok-pas-ok-le-consentement-c-est-obligatoire

 

Ticket de caisse, la fin

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Fin du Ticket de caisse, 2/8/23 GILE Michel/SIPA 01122304_000001

La fin de l’impression automatique du ticket de caisse à partir du 1er août est censée représenter un pas en avant pour l’écologie et la planète. Mais elle représente aussi un pas en avant pour Big Brother.


Ainsi, c’en serait fini du ticket de caisse. L’obtenir n’est plus automatique, il faut désormais le réclamer pour se le voir remettre. La demande n’est pas encore à formuler en trois exemplaires certifiés conformes sur l’honneur mais cela viendra certainement avant peu. L’alibi de cette trouvaille est bien évidemment écologique, ce bout de papier représentant, paraît-il, une grave menace pour l’environnement, à l’égal sans doute du pet des vaches. Le papier dont il est fait ne serait pas recyclable. On est capable d’aller sur Mars, ou presque, mais toute la science du monde serait impuissante à inventer un matériau écolo compatible pour nos mini additions de courses, de restaurants et de sorties.

Les bras nous en tombent. Donc, plus de facturette pour vérifier le prix des nouilles et de la croquette du chat. Si nous souhaitons accéder à ces données, il nous faut dorénavant, au minimum, être détenteur d’un smart phone, avoir contracté un abonnement auprès d’un opérateur, intégré à l’instrument les applications appropriées, et probablement celles de chaque enseigne commerciale fréquentée. Bref, il nous faut accepter de nous assujettir toujours plus au merveilleux univers de l’homo connectus et consentir à être toujours davantage livrés pieds et poings liés aux bienfaiteurs de l’humanité que sont les multinationales de la technologie la plus avancée. Donc, pour gérer son petit budget commissions on doit à présent en passer par là. C’est-à-dire dépenser pour un service qui était jusque-là gratuit, consommer de l’électricité, de la batterie, participer incidemment et insidieusement aux excellents résultats financiers de quelques fleurons de l’économie mondialisée.

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Au passage, on peut de surcroît s’interroger sur le bilan écologique et énergétique de la chose. Papier versus batterie, électricité, etc… le gain n’est peut-être pas aussi certain qu’on nous le serine. Pareillement, il n’est pas interdit de se poser d’autres questions, d’une autre nature, car ce qui était jusqu’alors remis de la main à la main et donc anonyme ne le sera plus, puisque envoyé à une adresse mail, donc à un destinataire parfaitement identifiable. Ainsi, il suffira à tel ou tel pouvoir bien intentionné, à tel ou tel lobby de s’infiltrer dans ces données pour connaître très exactement ce que Monsieur et Madame Dupont mangent, boivent, fument, jouent, parient, consomment. Bref, s’offrir une vue imprenable sur leur vie privée, sur leur quotidien. Et vous verrez qu’un jour prochain on nous expliquera que cette opportunité de flicage au plus serré est en réalité ce qui peut nous arriver de mieux. Un outil de prévention de santé publique d’où pourraient sortir un jour ou l’autre des messages du genre :  « Attention, Monsieur Dupont, ce mois-ci vous avez forcé sur l’andouille de Vire, le Paris-Brest et vous avez dépassé de cinq flacons votre consommation habituelle de 12,5°. L’infarctus menace. Et accessoirement le classement dans la catégorie peu estimable des alcoolos en puissance, des addicts aux salaisons et à la crème pâtissière ».

Mine de rien, la suppression de ce petit bout de papier n’est pas aussi anecdotique, ni aussi innocente, qu’on pourrait le penser. Certes, on se fera un plaisir de prétendre que, au fond, il ne s’agit que d’un détail. Mais la sagesse populaire ne dit-elle pas que le diable se cache dans les détails ?

Une épopée francaise: Quand la France était la France

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Julius Malema, l’ami sud-africain de Poutine

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Julius Malema s'adresse à ses supporteurs à Katlehong en Afrique du Sud, le 29 octobre 2021. Themba Hadebe/AP/SIPA ap22619970_000021

Qui est ce chef de parti populiste, toujours coiffé d’un béret rouge, qui au nom de la solidarité avec la Russie, a appelé la Chine, l’Inde et le Brésil à boycotter le prochain sommet des BRICS? (Ce dernier doit se tenir en Afrique du Sud du 22 au 24 août). Portrait.


Le mouvement des Combattants de la liberté économique (EFF), second parti sud-africain d’opposition, a fêté son dixième anniversaire en grande pompe. Malgré des performances scolaires lamentables et en dépit des nombreuses controverses qui jalonnent son parcours politique, le populiste Julius Malema est devenu un symbole de réussite pour tous ses partisans. Un leader pro-russe qui n’hésite pas à s’en prendre à la minorité Afrikaner et la menacer de mort. 

Julius Sello Malema a grandi dans une Afrique du Sud longtemps dirigée par la minorité Afrikaner. Il a vécu dans un township de la province du Limpopo. Très rapidement, il se passionne pour la lutte contre le régime d’Apartheid, intègre la Ligue de jeunesse de l’African National Congress (ANC) pour qui il colle des affiches de propagande dans les villes voisines. En total échec scolaire, délaissant ses études, il reçoit alors une formation militaire au sein du mouvement et se fait vite remarquer par sa facilité à s’adresser à ses camarades. Il gravit progressivement les échelons de la Ligue avant d’en devenir le dirigeant national en 2001. Une ascension fulgurante qui répond aux ambitions de ce jeune loup de la politique sud-africaine. Peut-être trop pour ses aînés qui ne supportent pas un homme dont les paroles outrancières font les choux gras de la presse locale. Une violence verbale qui trouve pourtant écho parmi ses partisans qui considèrent Julius Malema comme un successeur digne du Président Nelson Mandela, celui-là même qui a mené le pays vers sa pleine indépendance. 

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Il développe dès lors une rhétorique anticolonialiste volontiers manichéenne, panafricaine et anticapitaliste, traçant ses pas dans ceux du président défunt du Zimbabwe, Robert Mugabe, qu’il cite souvent en exemple. Contribuant à alimenter les tensions raciales dans le pays, ciblant régulièrement les Boers dans ses discours (en 2018, il promet de couper la tête au maire de Port-Elizabeth car il est blanc), Julius Malema assume tous ses propos. Il a compris que les procès qui lui sont intentés restent de puissantes caisses de résonance dont il peut se servir. Expulsé de l‘ANC qui ne supporte plus son comportement et ses diatribes en 2010, il fonde le mouvement des Combattants de la liberté économique (EFF) qui s’insère dans l’espace politique avec une facilité déconcertante. Une décennie plus tard, Julius Malema peut se vanter d’avoir siphonné un grand nombre de voix à son principal concurrent, surfant sur un programme populiste, touchant les classes populaires déçues des promesses non tenues par l’ANC au pouvoir depuis 1994.

Lors des dernières élections législatives de 2019, l’EFF a obtenu plus d’un million de voix (soit 11%), le plaçant comme second parti d’opposition dans le pays. Un succès qui ne se dément pas et qui inquiète plus d’un Sud-africain. Les sondages montrent même que le parti de Malema a la capacité de remporter des provinces, de surpasser l’ANC en termes de votes, voire de se positionner en « faiseur de roi » en cas de coalition. De quoi réjouir ce trublion qui s’est offert au FNB stadium de Johannesburg un anniversaire à la hauteur des espérances qu’il suscite toujours. C’est un commandant en chef qui sait mobiliser ses troupes. Tous vêtus de rouge, béret vissé sur la tête, ce sont des milliers de membres de l’EFF qui ont convergé le 29 juillet 2023 vers l’ancienne capitale de l’état du Transvaal. Une masse qui a vibré à tous ses discours et qui n’a pas hésité à reprendre d’une seule voix la chanson « Kill the Boer, shoot the Boer ». Très populaire en dépit de son interdiction, les paroles de ce chant traduisent toute la haine de Malema envers les Blancs (le Front de la Liberté, parti d’extrême-droite afrikaner, a déposé plainte contre lui, et il a été accusé par l’Alliance Démocratique de semer les graines d’une guerre raciale). Une minorité qu’il souhaite exproprier de leurs terres sans compensation aucune (un projet similaire au Zimbabwe a plongé ce grenier à blé de l’Afrique australe dans une crise économique sans précédent). Une réforme souhaitée également par l’ANC qui a dû temporairement reculer face à la cristallisation du débat et les menaces d’un conflit qui planaient au-dessus de cette loi qui ne faisait pas l’unanimité parmi les députés. 

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Promettant à ses partisans électrisés par son discours, que sous sa présidence « l’Afrique du Sud sera bien mieux dirigée et de manière égalitaire » et que le pays « sera mené vers un avenir radieux », le député Malema a passé de longues minutes à dénoncer la corruption qui sévit au sein du gouvernement jusqu’au plus haut sommet de l’État. Pointant du doigt l’actuel Président Cyril Ramaphosa, empêtré dans une affaire nébuleuse dont il a du mal à se défaire, le leader de l’EFF lui a promis un trajet direct vers la prison si son parti obtient la majorité des votes lors du prochain scrutin électoral prévu en 2024. Peu importe si les sondages ne le donnent pas gagnant, Julius Malema reste persuadé que le ciel a écrit son destin et va l’asseoir sur le strapontin suprême. Quitte pour cela à être aidé par la Russie dont il n’a pas hésité à chanter les louanges contre l’impérialisme capitaliste qui sévirait en Afrique du Sud.

En tant qu’hôtes du prochain sommet des BRICS, les autorités sud-africaines se trouvaient face à un dilemme, puisque Vladimir Poutine fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Finalement, le président russe n’assistera pas au sommet en personne.

Et s’il ne fallait plus se coucher pour réussir ?

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Johnny Depp et Maïwenn. © Sipa

De plus en plus d’artistes ont le courage de s’opposer au gauchisme culturel, à sa police des mœurs et à ses commissaires de la bien-pensance. Face aux délires du wokisme, ils défendent la singularité du théâtre, du cinéma et de la littérature. Démonstration avec huit cas récents de rébellion.


17 novembre : une brochette de stars s’engagent en faveur de la corrida

Une affiche de rêve : Sophie Calle, Philippe Caubère, Hervé Di Rosa, Agnès Jaoui, Catherine Millet, Jean Nouvel, Ernest Pignon-Ernest, Denis Podalydès, Rudy Ricciotti… En quelques jours à peine, ils se sont mobilisés pour dire non à la loi visant à interdire la corrida portée par l’élu LFI Aymeric Caron. Dans Le Figaro, journal où certains d’entre eux n’auraient jamais imaginé un jour apposer leur signature, ils publient une tribune collective : « Députés, n’interdisez pas la corrida, qui est une culture, un patrimoine, une sociabilité ! » Ils y défendent la tauromachie, cette « liturgie rituelle, qui inspire tous les arts autant que la philosophie et l’anthropologie », aux « racines culturelles et populaires incontestablement profondes et vivaces ». Bien sûr, une pluie d’injures s’est vite abattue à travers les réseaux sociaux sur les audacieux dissidents. Mais, beau joueur, Caron a préféré reconnaître sur LCI la « liberté d’aimer cette pratique », rappelant d’ailleurs qu’il avait auditionné Denis Podalydès à l’Assemblée avant de déposer sa loi. Hélas pour lui, sa proposition sera finalement retirée suite à une palinodie interne à la Nupes. Un coup d’épée dans l’eau, qui aura au moins établi que nul n’a à trembler devant les amis de M. Mélenchon.

18 janvier 2023 : Fanny Ardant, Charlotte Gainsbourg et 200 indomptables disent « non » aux Torquemada du cinéma

À Libération, on n’a manifestement toujours pas tiré les leçons de Bruay-en-Artois. Le 25 novembre dernier, le journal de Dov Alfon consacre un long dossier à l’affaire Sofiane Bennacer, du nom de ce comédien mis en examen pour viols et violences sur conjoint. « Plusieurs victimes parlent », promet sans nuance la couverture, alors qu’à ce stade de l’enquête les accusatrices du jeune homme ne sont que des victimes présumées. Ou comment, pour faire un titre qui claque, on piétine l’État de droit et on condamne quelqu’un avant même qu’il soit jugé (au moment où nous écrivons ces lignes, le procès n’a d’ailleurs toujours pas eu lieu). Le 2 janvier, rebelote. L’Académie des César à son tour cloue au pilori l’acteur, qui venait de se distinguer dans Les Amandiers, de Valeria Bruni-Tedeschi, en le rayant de la liste des « talents émergents » sélectionnés par le comité révélations. Dieu merci, quinze jours plus tard, devant cette lettre de cachet des temps modernes, plus de deux cents personnalités se rebiffent et cosignent dans Le Point une « tribune contre la présomption de culpabilité ». Parmi elles, des figures d’autorité du métier comme Fanny Ardant, Yvan Attal, Charles Berling, Patrick Chesnais, Béatrice Dalle, Annie Duperey, Charlotte Gainsbourg, Serge Kaganski, Marin Karmitz, Danièle Thompson… toutes d’accord pour dire que « la défense des femmes est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux mains d’une doxa activiste », comme l’écrit la philosophe Sabine Prokhoris, rédactrice de la tribune et elle-même ancienne plume de Libé en dissidence. Puisqu’on vous dit que « paillettes » ne rime pas forcément avec « mauviettes » !

Fanny Ardant. Copyright Sipa


31 janvier : Vaincre ou mourir fait une percée au box-office

Le réalisateur Vincent Mottez devrait peut-être brûler un cierge pour remercier Libération. Sans le concours involontaire du journal préféré des bobos, jamais son film de cape et d’épée, tout à la gloire des chouans, n’aurait rencontré un si grand succès public. Dès la veille de sa sortie, le 24 janvier, Libé lui consacrait rien moins qu’une « une », avec ce titre fielleux : « Le Puy du fourbe ». Et une accusation terrible : « Le premier long-métrage des productions Puy du Fou Films réécrit l’histoire de la Révolution française. » Une publicité mensongère en réalité. Censé éclairer notre lanterne, le dossier « Événement » du jour n’est qu’un pénible ricanement gauchiste, étalé sur quatre pages sans le moindre commencement de preuve. D’ailleurs, l’historien Jean-Clément Martin, peu suspect de villérisme, confirmera quelques jours plus tard dans Marianne que le film ne comporte « pas d’erreur factuelle notable qui choque, sauf une : la signature par Charette du traité de paix du 17 février 1795, ce qui n’a pas eu lieu ! » Résultat, malgré une distribution limitée à 188 cinémas à travers le pays, l’épopée vendéenne suscite la curiosité de nombreux passionnés d’histoire et dépasse les 250 000 spectateurs en à peine un mois. Au point d’arriver à la deuxième place du classement français des fréquentations moyennes par salle, derrière Avatar 2 de James Cameron. Merci les wokes !

Hugo Becker en Charrette dans le film Vaincre ou Mourir (2023). Coréalisé par Vincent Mottez et Paul Mignot et produit par le Puy du Fou. Copyright Christine Tamalet.

1er février : quarante personnalités défendent Bastien Vivès

La cancel culture dans toute sa laideur. Pour avoir publié des images mettant en scène de banals fantasmes sexuels d’enfants (dans des albums évidemment interdits à la vente aux mineurs), le dessinateur le plus brillant de sa génération subit depuis le début de l’année une odieuse campagne d’effacement. En janvier, on apprenait ainsi que le Festival d’Angoulême avait annulé une exposition censée lui rendre hommage cette année, tandis qu’en mars, les bibliothèques publiques de Montréal retiraient les deux ouvrages incriminés de leurs rayonnages. Mais ne comptez pas sur la ministre de la Culture pour défendre la liberté d’expression de l’artiste : « Je respecte le choix du festival », fait-elle piteusement savoir au Monde le 16 janvier… Dans ces conditions, on ne peut que féliciter les 40 braves, parmi lesquels deux anciens titulaires de la Rue de Valois, François Nyssen et Jack Lang, mais aussi Enki Bilal, Coco, Blanche Gardin, Michel Hazanavicius, Oxmo Puccino et Riss, qui ont signé, quinze jours plus tard et toujours dans Le Monde, une tribune en soutien à Vivès, dans laquelle ils dénoncent le « contrôle de la pensée » et rappellent une évidence : « L’évocation du mal n’en est pas son approbation, comme le soulignait la défense de Baudelaire, accusé de promouvoir le vice. » Les héritiers du procureur Pinard n’ont pas fini de nous soûler.

Bastien Vivès – Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2013

8 mars : Franck de Lapersonne à l’affiche du nouvel Ozon

C’est probablement à ce genre de gestes que l’on reconnaît les plus grands. Dans son nouveau (et génial) film Mon crime, François Ozon a fait appel à un acteur paria, Franck de Lapersonne, pour interpréter le propriétaire du garni parisien typique des années 1930 où habitent les deux héroïnes. Après s’être présenté en 2017 aux élections législatives sous les couleurs du marinisme, l’acteur était devenu tricard au cinéma. Bien sûr, Ozon n’est pas non plus une tête brûlée. Avant d’employer le comédien, il s’est assuré que celui-ci, que l’on a pu voir dans de truculents seconds rôles chez Claude Chabrol, Georges Lautner et Bernard Blier, avait abandonné toute ambition politique. « Il m’a raconté qu’il regrettait d’avoir été enrôlé par Florian Philippot, qu’il reconnaissait avoir fait une erreur, qu’il avait fait une dépression », se justifie-t-il le 2 mars dans les colonnes des Inrockuptibles, bulletin de la paroisse radicale-chic. Reste que, derrière ce mot d’excuse obligatoire dans le milieu si conformiste du septième art, le réalisateur de Huit femmes a bravé un interdit et agi en authentique artiste, se posant tout simplement la question du « meilleur choix pour ce rôle ». Alors ne soyons pas bégueule et osons rendre grâce à Ozon. Et puis, en ces temps de néo-maccarthysme, comment ne pas saluer un admirateur revendiqué de Woody Allen ?

14 mars : À Paris, Bret Easton Ellis soutient J. K. Rowling

« Harry Potter, c’est de la daube ! » avait-il déclaré en 2019 lors de son dernier passage au Salon Fnac Livre. Que s’est-il passé depuis ? Invité à s’exprimer sur la même scène parisienne cet hiver, dans le cadre de la promotion de son nouveau livre Les Éclats (Robert Laffont), le petit prince des lettres américain n’a pas eu cette fois de mots assez doux pour J. K. Rowling, la créatrice du fameux sorcier à la baguette de houx. « Elle n’a rien fait de mal. Elle n’est pas transphobe”, a-t-il lancé au journaliste Christophe Ono-dit-Biot qui l’interrogeait sur sa quasi-jumelle britannique, boudée voire insultée de toutes parts depuis qu’elle a rappelé, voilà trois ans, la réalité biologique de la différence des sexes – autant dire un blasphème pour le lobby LGBT. « Je pense désormais que, dans cette société formatée, c’est même un honneur d’être cancellé », s’est même enhardi Ellis en signe de sympathie appuyée à Rowling. Sans tirer de conclusion hâtive, n’est-il pas inquiétant de voir toutes ces vedettes planétaires de l’édition résister si ostensiblement à l’avènement du progressisme radieux ?

Bret Easton Ellis. D.R

21 avril : à Bordeaux, Frédéric Beigbeder ne se prosterne pas devant les colleuses anti-suceuses

Bordeaux… Sa place des Quinconces. Son pont de pierre. Ses féministes radicales… Qui ont accédé en 2019 à une notoriété nationale quand elles ont carrément fait annuler, à force de menaces, un colloque universitaire de Sylviane Agacinski, philosophe devenue à leurs yeux une « délinquante de la pensée » depuis qu’elle a critiqué la GPA. En 2023, les revoilà à l’œuvre, cette fois-ci face à Frédéric Beigbeder, qui a eu le malheur de commettre au printemps un essai sur ses obsessions érotiques et son rapport au désir, Confessions d’un hétérosexuel légèrement dépassé (Albin Michel). Un infâme ouvrage, pensez, puisque l’auteur ose s’y livrer à une scandaleuse « sexualisation des femmes », pour reprendre les termes d’une certaine Sarah, membre du collectif Collages féministes Bordeaux, qui résume ainsi son indignation au micro de France 3 Nouvelle-Aquitaine : « Il y a 94 000 femmes victimes de viol chaque année, ce n’est donc pas assez pour Frédéric Beigbeder ? » Le 20 avril, opération commando contre le vilain satyre basco-béarnais. Dans la nuit, le collectif recouvre d’affiches la devanture de la librairie Mollat, où l’auteur doit tenir conférence le lendemain : « Personne veut te sucer », « Beigbeder forceur », « Aie peur de nos envies meurtrières », peut-on lire. Pas de quoi toutefois intimider l’écrivain, qui se présente à l’heure dite au rendez-vous, certaines militantes ne manquant pas, alors, de venir lui hurler dessus dans la salle, le traitant d’« enfoiré » et lui lançant des doigts d’honneur. Quelque chose nous dit qu’elles ont perdu ce jour-là la bataille de l’opinion. Et que Beigbeder était un peu moins dépassé que son titre ne le suggère.

Frederic Beigbeder. Copyright Sipa

12 mai : Michel Vuillermoz tire à vue dans Le Figaro

Si seulement les gazettes culturelles nous offraient chaque jour des interviews comme celle-là ! En mai dernier, au moment de quitter la Comédie-Française après vingt ans de loyaux services, Michel Vuillermoz, dont on peut raisonnablement dire qu’il « a la carte », nous la joue Fabrice Luchini en se confiant longuement au journal de la liberté de blâmer et de l’éloge flatteur. Répondant à l’excellente critique dramatique Nathalie Simon, que l’on devine incrédule devant tant de franchise, l’inoubliable interprète de Cyrano de Bergerac – version Denis Podalydès – vide son sac, dit son amertume envers Éric Ruf (administrateur depuis dix ans de la maison de Molière), son allergie au « petit technocrate méprisant » Emmanuel Macron, et sa double détestation des Molières et d’Alexis Michalik. Sans oublier de déplorer « le wokisme, la réécriture des livres » et la « censure grandissante ». Suicide social en direct ? Simple excursion sur les terres d’indiscipline de Michel Houellebecq, Gérard Depardieu et Maïwenn ? L’avenir dira si le borderline réussit à Vuillermoz. En attendant, ne boudons pas notre plaisir. Pour une fois qu’un acteur, descendu des planches, s’illustre ailleurs que dans la presse people ou la chronique judiciaire.

Michel Vuillermoz, Credit:LAMACHERE AURELIE/SIPA

16 mai : Johnny Depp ouvre le Festival de Cannes

Mais pourquoi diable les néoféministes s’acharnent-elles sur Johnny Depp ? Seraient-elles mauvaises perdantes ? Comme chacun sait, l’acteur américain a gagné l’an dernier son procès contre son ex-compagne Amber Heard, qui l’accusait de violences conjugales. Une décision sans appel puisque, moyennant la réduction à un million de dollars seulement des dommages et intérêts qui lui étaient réclamés par le tribunal, la jeune femme a renoncé à tout nouvelle action en justice. On pouvait donc estimer Depp définitivement blanchi et pleinement le bienvenu au Festival de Cannes, où son nouveau film, Jeanne du Barry, réalisé par Maïwenn, était programmé en séance d’ouverture. Mais c’était sans compter sur les dizaines de professionnels français de la profession, parmi lesquels Julie Gayet, Géraldine Nakache et Laure Calamy, qui signèrent le jour venu dans Libération une tribune pour protester contre « ce tapis rouge aux hommes et femmes qui agressent ». Sans doute parce qu’ils ont l’habitude de travailler avec les géants du métier, les organisateurs de la semaine cannoise ne se sont pas laissé impressionner par ce « #Metoo-j’existe » et ont tenu bon. Faisant ici honneur à l’un des droits de l’homme les plus sacrés qui nous soient donnés : celui d’apprécier une sympathique bluette, tournée dans de somptueux décors et avec de jolies actrices, un doux soir de printemps sur la Croisette.

Johnny Depp et Maïwenn. Copyright Sipa.

USA mode d’emploi

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© Stephen Shaver/shutterstock

La Cour suprême des États-Unis a voté une décision des plus sensibles en vue des prochaines élections législatives…


Tandis que la presse française se jetait sur la récente décision de la Cour suprême des États-Unis donnant raison à une créatrice de sites web qui refusait d’en réaliser pour des couples de même sexe, elle était beaucoup plus discrète sur une autre décision de cette haute juridiction. Car mardi 27 juin, la Cour suprême a rejeté la forme la plus extrême d’une théorie juridique controversée selon laquelle les États, et non pas l’État fédéral, ont le pouvoir de décider des règles électorales. La décision dans l’affaire Moore v. Harper ferme la voie à ce qui aurait pu être une révision radicale des lois électorales. Quand on pense à ce qui s’est passé à Floride en 2000 (George Bush contre Al Gore) et plus récemment aux allégations de Trump concernant certains résultats des présidentielles de 2020, on mesure l’importance de ces pouvoirs. Par six voix contre trois, la Cour a rejeté la théorie dite de la « législature indépendante » avancée par les élus de l’État de Caroline du Nord, dominée par les Républicains.

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Le président de la Cour a déclaré que la Constitution des États-Unis ne mettait pas, comme le prétendaient les législateurs nord-caroliniens, leurs actions à l’abri d’un contrôle par les tribunaux. Au contraire, le pouvoir législatif des États est limité par la constitution fédérale, par celles des États et par les lois ordinaires des États. Ainsi, quand ils supervisent les dispositions électorales, les tribunaux des États « n’ont pas les coudées franches » pour dépasser « les limites ordinaires du contrôle judiciaire ». L’affaire portait sur un redécoupage électoral adopté par l’Assemblée générale de Caroline du Nord. La décision de la Cour suprême est un double revers pour les Républicains. D’abord parce qu’ils tentent souvent de changer les règles électorales pour rendre le vote plus difficile pour les plus pauvres, électorat traditionnel des Démocrates. Ensuite parce que l’électorat républicain, méfiant à l’égard du pouvoir fédéral, demande toujours plus de liberté pour les États. La décision de la Cour suprême, qui fait jurisprudence, fixe les limites de ce désir d’émancipation.